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Full text of "Bulletin de la Societe botanique de France."

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SOCIÉTÉ BOTANIQUE 


DE FRANCE 


BULLETIN 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE 


FONDÉE LE 23 AVRIL 1854 


TOME HUITIÈME 


— Á——— 


PARIS 


AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ 
*RMAIN, 84 


1861 


LISTE DES MEMBRES 


ADMIS DANS LA 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE 


PENDANT L'ANNÉE 1860. 


ALLEIZETTE (CHARLES D’), directeur des postes, à Nantua (Ain). 


BESCHERELLE (ÉMILE), attaché au ministère des travaux publies, avenue du 
Maine, 32, à Paris. : 

BOUCHET, secrétaire de la Société impériale et centrale d'Horticulture, rue de 
la Tour-d'Auvergne, 31, à Paris. 

BRIOSO (MIGUEL), docteur en droit, à San-Miguel, État de San-Salvador (Amé- 
rique centrale). — Corresp. à Paris: M. le docteur Humbert, rue Saint- 
Martin, 5. 


CHABOISSEAU (l'abbé), à Pindray, par Montmorillon (Vienne). 

CHÉRON (Louis), docteur en médecine, médecin-adjoint de l'Établissement de 
santé du Bouscat prés Bordeaux. 

CHUART, rue Carnot, 6, à Paris. 

CLAUSON (Tn.), instituteur, à Beni-Mered (Algérie). 


vi SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


DAILLE , pharmacien, à Périgueux (Dordogne). 
DROUSSANT, boulevard du Temple, 34, à Paris. 
DUHAMEL, propriétaire, à Camembert près Vimoutiers (Orne). 


GERMA (Jos£pa), étudiant, rue Barralerie, 1, à Montpellier. 
_GUÉPIN (ANGE-ViCTOR), docteur en médecine, cours de Tournon, 17, à Bor- 
deaux. 


GUERLAIN (MAXIME), interne des hôpitaux, rue des Francs-Bourgeois, 4, 
à Paris. 


HUET, professeur au collége, rue Lafayette, 57, à Toulon-sur-Mer (Var). 


LATERRADE (CHARLES), professeur de botanique, de littérature et d'histoire , 
Allées-Damour, 27, à Bordeaux. 

LEJOURDAN, directeur du Jardin-des-plantes, à Marseille. 

LE SOURD-DUSSIPLES (ERNEST), élève des hôpitaux de Paris, rue Bona- 
parte, 31, à Paris. 

LÉVÊQUE DE VILMORIN (MADAME VEUVE), rue Saint-Germain-l'Auxerrois, 
65, à Paris. 

LÉVÊQUE DE VILMORIN (HENRI), méme adresse. 


MÆDER (ALBERT), négociant, à Kingersheim près Mulhouse (Haut-Rhin). 
MAGNAN (JACQUES), ancien pasteur, à Montauban (Tarn-et-Garonne). 
MARCHAND (LÉON), licencié ès sciences naturelles, rue de Buci , 40, à Paris. 
MORIÈRE , professeur à la Faculté des sciences de Caen (Calvados). 


ODIER (Louis), à Genève (Suisse). 


PIHAN-DUFEILLAY, interne des hôpitaux, rue du Chàteau-d'Eau, 38, à Paris. 
PIN, directeur de l'École normale primaire de l'Isère, à Grenoble. 


QUENTIN (AUGUSTE), pharmacien, à Vire (Calvados). 


RICARD (MADAME VEUVE), au Parquet, par Maromme (Seine-Inférieure). 
ROSS (Davip), 14, Parksede-street, à Édimbourg. ; 
ROUX (Honoré), rue Sainte-Victoire, 41, à Marseille. FAR 
ROZE (ERNEST), attaché au ministère des finances, rue Cassette, 23; à Paris, 


LISTE DES MEMBRES. vi] 


SENOT (CHARLES DE), à Rosseau, commune de Brain-sur-l'Authion, par Corné 
(Maine-et-Loire). 
SONGEON (ANDRÉ), rue de la Roche, à Chambéry (Savoie). 


TESTENOIRE (VICTOR), quai de Pierre-Scize, 72, à Lyon. 
VÉRIGNON, pharmacien, à Hyères (Var). 


WALKER (le docteur ARTHUR), 32, Melville-street, à Édimbourg. 


ZETTERSTEDT, professeur à l'Université d'Upsal (Suède). 


viij SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Admis comme membre à vie. 
MAUGIN (Gustave). 


Membres décédés. 


BRONDEAU (Louis de), 24 décembre 1859, 
CLAUSON (Th.), janvier 1860. 

LÉVÊQUE DE VILMORIN (Louis), 22 mars. 
HUGUENIN (Auguste), juillet. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 4 JANVIER 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 28 décembre 1860, dont la rédaction est 
adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la dernière séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. Axpovanp (Ambroise), interne en ‘pharmacie, à l'hópital de 
la Pitié, à Paris, présenté par MM. Dezanneau et Eug. 
Fournier ; 

TriBour (A.), docteur en médecine, médecin-major de pre- 
miére classe au 55* régiment d'infanterie de ligne, à 
Marseille, présenté par MM. Choulette et Cosson. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 

MM. Ad. Chatin et Ch. Fermond sont proclamés membres à vie, 
sur la déclaration faite par M. le Trésorier, qu'ils ont rempli la 
condition à laquelle l'art. 14 des statuts soumet l'obtention de ce 
litre, 

Lecture est donnée d'une lettre de M. Le Sourd-Dussiples, qui 
remercie la Société de l'avoir admis au nombre de ses membres. 


Dons faits à la Société : 
1* Par M. Alph. De Candolle : 
Notice biographique sur Jacques- Denis Choisy. 
2" De la part de MM. Vilmorin, Andrieux et Cie : 


Le Bon Jardinier pour 1861. 
T. VIII. 1 


e 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
3° De la part de M. Hasskarl : 
Bonplandia, décembre 1860, n? 25 et 24. 
^p. De la part de la Société d'Horticulture et de Botanique de 
l'Hérault : 
Statuts de cette Société. 
5 De la part de la Société d Horticulture de la Haute-Garonne : 
Annales de cette Société, septembre et octobre 1860. 
6° De la part de la Société des sciences historiques et naturelles 
de l'Yonne : 
Bulletin de cette Société, 2° semestre de 1860. 
7° De la part de la, Société hessoise pour les sciences naturelles 
et médicales : 
Rapports VII et VIII, 1859 et 1860. 


8* En échange du Dulletin de la Société : 


Pharmaceutical journal and transactions, janvier 1861. 
L'Institut, décembre 1860, un numéro. 


Conformément à l'art. 28 du règlement, M. le Président fait con- 
naitre à la Société les noms des membres des diverses Commissions 
nommées par le Conseil, pour l'année 1861, dans sa séance du 
28 décembre dernier. > 

Ces Commissions sont composées de la manière suivante : 

1° Commission de comptabilité, chargée de vérifier la gestion de 
M. le Trésorier : MM. Brice, Gide et Al. Jamain. 

2° Commission des archives, chargée de vérifier la gestion de 
M. l'Archiviste : MM. Lasègue, Le Maout et de Schænefeld. 

3° Commission permanente du rer MM. Cosson, Al. Jamain 
et Prillieux. 


ho Commission permanente des gravures : MM. Boite J. Gay 
et Moquin-Tandon. 

9^ Commission chargée de recueillir les opinions émises relati- 
vement à la tenue de la prochaine session extraordinaire, et de for- 
muler une proposition sur le lieu et l'époque de cette session : 
MM. Boisduval, Cosson, J. Gay, le comte Jaubert et de Schenefeld. 


M. le Président annonce qu'il y a lieu de remplacer cette année, 
comme membres du Conseil, MM. Laségue, Le Maout, Moquin- 


UNS PR ice 
en CONSER OL UPS QURE EC NN 


LA 


SÉANCE DU A JANVIER 1861. 3 
Tandon et T. Puel, nommés en 1858 et dont les fonctions sont 
expirées. 
On procéde ensuite à l'élection du président pour l'année 1861. 
M. Ad. BronGniarr, ayant obtenu 103 suffrages sur 155, est pro- 
clamé président de la Société pour 1861. 
La Société nomme ensuite successivement : 


Vice-présidents : MM. Chatin, A. Passy, Laségue et Andry. 
Membres du Conseil : MM. Gide, Cosson, Ed. Bureau et 
Decaisne. 


Il résulte de ces nominations que le Bureau et le Conseil d'admi- 
nistration de la Société se trouvent composés, pour l'année 1861, 
de la maniére suivante : 

Président. 


M. Ad. BRONGNIART. 


Vice-présidents. 


MM. Andry, MM. Laségue, 
Chatin, A. Passy. 
Secrétaires. Vice-secrétaires. 
MM. Duchartre, . MM. Eug. Fournier, 
de Schœnefeld. A. Gris. 
Trésorier. Archiviste, 
M. Fr. Delessert. M. de Bouis. 
Membres du Conseil. 
MM. Brice, ! MM. Gide, 
Ed. Bureau, Al. Jamain, 
E. Cosson, le comte Jaubert, 
Decaisne, Ém. Le Dien, 
Fermond, le marquis de Noé, 
J. Gay, Éd. Prillieux. 


Avant de se séparer, la Société vote des remerciments unanimes 
à M. Decaisne, pour le dévouement avec lequel il a bien voulu 
diriger ses travaux pendant l'année qui vient de finir. 


^ 


A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


SÉANCE DU 11 JANVIER 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. de Schenefeld, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de 
la séance du 4 janvier, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la dernière séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


M. GuicvE (Hippolyte), docteur en médecine, à Jarnages (Creuse), 
présenté par MM. Grenet et Eug. Fournier. 


Dons faits à la Société : 


4° De la part de M. John Eliot Howard : 
Illustrations of the Nueva Quinologia of Pavon, parts 5 et 6. 


2^ De la part de M. Michelin : 


Ehrenfridi Hagendornii C ynosbatologia ad normam Academic naturæ 
Curiosorum adornata, Yene, 1681. 


3° En échange du Bulletin de la Société : 
L'Institut, janvier 1861, un numéro, 


M. J. Gay donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre adressée 
à M. Durieu de Maisonneuve par M. O. Debeaux, pharmacien aide-: 
major, attaché à l'expédition francaise en Chine : 


LETTRE DE M. Odon DEBEAUX A M. DURIEU DE MAISONNEUVE. 
Camp de Tche-fow (Chine), 24 octobre 1860. 


J'ai recu vos bonnes nouvelles, ainsi que votre lettre de juillet dernier, 
aujourd'hui 24 octobre, et je suis heureux de pouvoir vous annoncer que vos 
vœux à mon égard sont en partie réalisés. Débarqué à Tche-fow (1) le 9 juil. 
let dernier, et désigné pour étre le pharmacien en chef de l'hópital que 


. (1) Tehe-fow, près la ville de Teu-tche-fow (province de Chan-tong) : long. E. (de Pa- 
ris) 118° 30/ ;lat. N. 37° 407. C'est à peu près la latitude de Séville, de Carthagéne, de 
Tunis, de la Sicile méridionale, de Nauplie en Morée, etc. — Pe-king : long. E. (de 
Paris) 114? 7/ 30"; lat, N. 39" 54143”, (Note de M. J. Gay.) 


- 


SÉANCE DU 11 JANVIER 1861. 5) 
l'on établissait dans le camp, je me suis immédiatement occupé de mon installa- 
tion particulière et des moyens le plus propres à faire d'abondantes récoltes 
botaniques. Mes espérances sont dépassées lorsque je contemple les quatre 
énormes paquets de plantes que j'ai recueillies aux environs de Yan-tai, Tehe- 
fow, et dansles montagues voisines. La végétation de cette partie de l'empire 
chinois (province de Chan-toug) paraît être identique avec celle du Pe-tchi-li 
et de tout le nord de la Chine proprement dite, et je puis aujourd'hui vous 
donner des renseignements suffisants pour vous faire juger de cette curieuse 
végétation. 

Prenez une carte de Chine, reconnaissez l'entrée du golfe de Pe-tchi-li et le 
cap Chan-tong ; suivez la côte, et, à côté d'une baie immense, voyez la position 
des iles Mi-a-tao. En face, sur le continent, vous apercevrez facilement la 
situation de Teu-tche-fow, ville dont nous sommes peu éloignés. Maintenant 
que vous connaissez mon habitat particulier, je puis vous parler de nos belles 
plentes chinoises, qui seules occupent mes loisirs de la vie du camp, sous un 
ciel inhospitalier. Ce qui frappe le plus le botaniste en débarquant sur le littoral 
du nord de la Chine, c'est l'aspect européen de la végétation. A peine avez- 
vous mis le pied sur le sable impropre à toute culture, que vous rencontrez tout 
de suite un petit Dianthus, les Convolvulus Soldanella, Salsola Tragus, Che- 
nopodina maritima, Xanthium strumarium? et plusieurs Artemisia, sans 
oublier une Ombellifère acaule qui est probablement une Férule ou un Pas- 
tinaca. Dès que l'on pénètre dans la campagne, au bord des chemins ou 
des fossés aquatiques, on rencontre à chaque pas un Silene (voisin du velu- 
tina), des Sedum, plusieurs Asclepias, des Rhamnus et des Zizyphus, l Inula 
odora, le Polygonum Persicaria, des Aster et Erigeron en quantité; dans 
les prés, un Eupatorium à fleur blanche, un Senecio voisin du Bertolonii, e 
enfin un très beau Scilla; sur le bord des fossés, un Mentha voisin de l'aqua- 
tica, un Stachys, le Pieris hieracioides?, un Vicia, etc. 

Lə végétation des rochers maritimes, tous composés de micaschiste, diffère 
quelque peu de celle du littoral. C'est là que j'ai cueilli, dès le 20 juillet, un 
splendide Statice, l' Hemerocallis flava, un Tris à fleur bleue, et enfin une série 
de Potentilles très remarquables par leurs belles fleurs d'un jaune d’or, Ces 
rochers maritimes recélent encore une Campanule à grande fleur et à racine 
napiforme, plus un Rosa à fleur d'un rouge vif et à tige presque naine. J'y 
ai rencontré aussi plusieurs Artemisia et un Cynanchum qui me semble être 
le nigrum. 

Ce qu'il me tardait le plus d'explorer, c'était la chaine de montagnes qui 
s'élève à l kilomètres environ de Yan-tai et qui va rejoindre le grand prolon- 
gement des montagnes du cap Chan-tong. J'ai exploré ces montagnes le 4 ct 
le 12 août dernier. A mesure qu'on s'élève sur leurs flancs, la végétation 
change graduellement et prend enfin un aspect tout différent. Des la base, je 
rencontre un Polygala à feuilles filiformes, un Thymus voisin de l'a/geriensis 


6 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


Boiss. et Reut., un Aspidium, un Lycopodium, un grand Scutellaria à fleur 
d'un beau bleu et un Commelyna à fleur d'un bleu clair. En suivant les escar- 
pements du pic le plus élevé (1000 mètres environ), je rencontre Hypericum 
montanum ?, Convallaria multiflora, un Angelica ou Imperatoria, un Gera- 
nium, et cà et là le Polygonum Bistorta ! Non loin d'une pagode bâtie sur le 
flanc de la montagne, je recueille un beau Clematis etun Thalictrum voisin du 
minus. Un Pinus et le Quercus castaneæfolia ? apparaissent en même temps, 
et je les trouve jusqu'au sommet du pic, où se montre de nouveau le Poly- 
gonum Bistorta, accompagné d'an Vitis, d'un Matthiola en fruit, conservant 
encore quelques fleurs roses, d'un Nepeta, et d'un Sempervivum? abondant. 

Ainsi que vous le voyez, je me trouve au milieu de genres connus, mais il 
me serait difficile de vous signaler les noms des espéces, n'étant point à méme 
de les étudier et déterminer en ce moment. Je me borne à recueillir le plus 
de matériaux possible, pour faire connaître’la végétation du pays que j'aurai 
parcouru. 

Le Pinus et le Quercus dont je viens de parler sont les seuls arbres spon- 
tanés du pays. J'ai cependant rencontré isolément plusieurs petits arbres dont 
l'indigénat parait certain, et qui constituent des espéces à moi inconnues des 
genres Cratæqus, Pirus et Malus. 

Les Chinois cultivent dans leurs jardins plusieurs variétés d'Abricotier, 
de Prunier, de Pommier et de Poirier, le Juglans regia, le Zizyphus vul- 
guris, et surtout le Mespilus japonica dont nous mangeons les fruits en ce 
moment. 

A six kilomètres de Tche-fow, dans la direction du nord, s'élèvent d'immenses 
dunes de sable, et à leur base il y a bon nombre de marais salés. J'ai dirigé 
plusieurs fois mes herborisations de ce cóté. J'y ai recueilli plusieurs Salso- 
lacées de genres indéterminés, des Graminées, des Aster, des Pulicaria, un 
Statice à fleurs blanches, jaunes au milieu, des Cynanchum et des Convol- 
vulus. Ces dunes, sans renfermer une flore spéciale, ont cependant quelques 
espèces qui leur sont particulières et que l'on ne rencontre pas ailleurs, entre 
autres un Lythrum voisin du Salicaria, et un Cerisier nain dont la tige n'a 
pas plus d'un décimétre de hauteur ! 

Toutes les plantes de Tche-fow, au nombre de plus de 400 espèces, ont été 
recueillies par moi en nombre considérable d'échantillons , autant que possible 
en fleur et en fruit, et bien desséchées. Votre part ne sera E la moindre ; : 
- vous pouvez y compter. 

En somme, les genres dominants dans le nord de la Chine sont: Artemisia, 
Inula, Cynanchum, Convolvulus, Rhamnus, Z izyphus. La végétation diffère 
complétement de celle d'Amoy ou de Hong-kong, mais elle a plus de ressem- 
blance avec celle de Shang-haï et de Woo-song. 

Le Márier et le ver à soie ne sont pas connus dans le nord de la Chine, et 
encore moins à Tche-fow, localité exposée au vent glacial de la Sibérie. Je 


SÉANCE DU 14 JANVIER 1861. 7 


ne puis donc étudier ici les Sphæria que vous me signalez; j'espere être plus 
heureux dans le sud. 


M. Gay donne ensuite lecture de l'extrait suivant d'une lettre qui 
Jui a été adressée par M. le docteur Lebel : 


i 


LETTRE DE M, LEBEL A M. J. GAY. 


Valognes (Manche), 31 décembre 1860, 


Je viens vous soumettre aujourd'hui quelques observations sur une com- 
munication faite par vous à la Société botanique, dans la séance du 44 mai 
1860, dont l'écho vient de me parvenir dans le dernier numéro du Bulletin. 

En réclamant une place dans la Flore parisienne pour le Primula varia- 
hilis Goupil, vous rappelez, en y donnant l'autorité de votre assentiment, les 
motifs qui engagent des botanistes chaque jour plus nombreux à regarder cette 
plante comme un hybride du Primula grandiflora et du Pr. officinalis (4). 

L'habitation commune des trois plantes notées par vous dans la forêt de 
Halatte, par M. Godron à Nancy, par M. de Lavernelle dans la vallée de Cau- 
don, par M. Jean Muret à Montreux (Suisse), la rareté, la stérilité du Pr. 
variabilis, tout vous semble prouver son origine hybride. 

M. Cosson, au nom de M. de la Perraudière et au sien, énoncait la méme 
opinion, motivée à peu prés de la méme maniére, devant la Société, le 
27 avril 1860 (2). 

M. Loret (Glanes d'un botaniste) déclarait (juin 1859) que cette manière 
de voir était la sienne depuis longtemps (3). 

M. Grenier, en 4852 (FL. de Fr.), regardait comme trés probable l'hybri- 
dité du Pr. variabilis, avec les Pr. officinalis et grandiflora pour parents. 

Dès 1849, MM. Boreau (/7/. centr. éd. 2) et de Brébisson (F7. Norm. 
éd, 2) avaient dit la même chose, à l'instigation de M. Durand-Duquesnay 
(de Lisieux). 

Voici en effet ce que m'écrivait ce judicieux observateur au commence- 
ment de 1851 : 

« J'ai la conviction que cette plante (Pr. variabilis) est un hybride du 
Pr. officinalis et du Pr. grandiflora. Elle a quelquefois le style velu comme 
la première, elle émet des hampes uniflores comme la deuxième, et ne se 
rencontre que sur les points où croissent les deux espèces citées. C'est sur 
mes observations réitérées que M. de Brébisson s'est décidé à hasarder quelques 
mots à ce sujet dans sa deuxième édition. » (Voir Boreau, éd. 2, p. 340.) 


(1) Voyez le Bulletin, t. VII, p. 306. 
(2) Ibid., p. 253, 
(3) Ibid., t. VI, p. 404. 


8 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Malgré l'accord qui parait tendre à s'établir sur ce point entre les bota- 
nistes, rien n'est moins prouvé à mes yeux que l'hybridité du Pr. variabilis. 

La communauté d'habitat n'est en effet qwure simple induction, qui 
perdrait toute valeur s'il était une fois démontré que l'hybride. prétendu 
ne croit pas toujours en compagnie des parents qu'ou lui doune. Or c'est 
précisément ce qui a lieu dans la presqu'ile de la Manche, et j'ai constaté 
le fait, plusieurs fois chaque année, pendant dix ans, de 1847 à 1857. 

Jugez vous-méme, Monsieur, si les circonstances du fait se prétent à une 
autre interprétation. : 

Le Pr. grandiflora est trés répandu dans notre presqu'île. Le Pr. offi- 
cinalis et le Pr. variabilis y sont àu contraire très rares, et je ne connais 
à chacun que deux stations étroitement limitées et trés éloignées les unes 
des autres. Quant au Pr. elatior, que personne au reste ne fait intervenir 
dans la question, il manque complétement chez nous. 

Les stations péninsulaires du Pr. officinalis sont : 1° un pré élevé, à côté 
de la roche aux Fées prés Valognes ; 2° un herbage de la Pierre-butée près 
Cherbourg. La plante, médiocrement abondante sur le premier point, était 
déjà trés rare sur le second quand je l'y ai trouvée en 1854 et en 1855 : 
on m'a assuré qu'elle ne s'y montre plus depuis trois ans. Sur les haies de 
l'herbage et du pré, croissait et croi encore abondamment le Pr. grandi- 
flora; jamais on n'a vu le Pr. variabilis dans l'une ou l'autre de ces loca- 
lités. 

Quant à l'espéce de Goupil (Pr. variabilis), je la connais, depuis treize 
ans, dans un pré, sur un coteau qui fait face aux ruines de l'église Saint- 
Michel, à Lestre, Elle ne se montre que sur une petite partie du pré. Dans 
le pré et sur les haies, pullule le Pr. grandiflora et lui seul. Pour rencontrer 
le Pr. officinalis, i1 faut aller soit à la roche aux Fées, à 18 kilomètres, 
soit à la Pierre-butée, à 30 kilométres environ. 

La deuxième station du Pr. variabilis est un herbage entre le mont Tho- 
mas et la roche Samson, à Négréville. Il en a disparu depuis deux ans ; ce que 
j'attribue à une meilleure tenue de l'herbage, qui a été copieusement fumé ces 
dernières années. Là encore le Pr. variabilis se trouvait parmi le Pr. grandi- 
flora. Le Pr. officinalis le plus voisin, celui de la roche aux Fées, est à plus 
de 3 kilomètres. Il n'y a pas moins de 12 kilomètres de là à Ja Pierre-butée. 
Entre Lestre, la roche aux Fées et Négréville, et au delà de Négréville, dans 
un rayon de 5 à 6 kilometres vers Cherbourg, je connais le terrain mètre 
par métre, pourrais-je dire, et je n'y ai jamais rencontré que le Pr. grandi- 
flora. Comment faire intervenir ici, je vous le demande, la paternité du Pr. 
of ficinalis ? 

Permettez-moi d'ailleurs de ne pas admettre, comme un fait aussi général 
que vous semblez le croire, la stérilité du Pr. variabilis. Il.est vrai que je ne 
l'ai jamais vu en graines; mais la dent des bestiaux l'a toujours détruit préma- 


SÉANCE DU 14 JANVIER 1861, 9 


turément à Négréville, et la croissance de l'herbe ne permet guère les recher- 
ches dans le pré de Lestre. Ce que je peux vous certifier, c'est que j'ai vu 
dans les deux localités, et que je conserve dans mon herbier, de jeunes indi- 
vidus arrivant à leur première floraison : leur souche mince portant seule- 
ment 3 ou 4 feuilles, et leur hampe grêle, biflore ou méme uniflore, ne lais- 
sent pas de doutes à cet égard. 

Voilà, si je ne me trompe, la reproduction établie en fait. J'ajoute que 
l'examen des organes sexuels ne m'a pas fait trouver ce résultat surprenant. 
Je viens en effet de jeter un coup d'ail comparatif sur quelques fleurs, de 
provenance diverse, prises dans mon herbier et qui ont été empoisonnées plus 
ou moins anciennement, Je les ai choisies de manière que leurs anthères fussent 
encore closes pour la plupart. Les pistils, sous une loupe de 27 miliimétres 
de foyer, m'ont paru de forme et de dimensions normales; c'est tout ce que 
je puis dire aprés un examen aussi superficiel. Sous ce méme grossissement, 
les anthères semblaient bien conformées et leur pollen assez abondant. Du 
pollen pris séparément sur chaque anthère, humecté et soumis à un grossis- 
sement de 300/1, était en majeure partie bien conformé, de forme un 
peu ovoide, d'aspect granuleux. Trois grains pris sur une anthère ouverte 
avaient émis leur boyau déjà assez long et bien intact. Une portion des grains 
polliniques, mais toujours la moins nombreuse, s'était arrêtée dans son déve- 
loppement. Ces grains étaient plus petits, plus déformés, presque transpa- 
rents et comme vides. La fleur qui m'a présenté le plus de ces grains impar- 
faits de pollen vient de Nancy et m'a été envoyée par M. Godron. 

Je n'accorde pas plus d'importance qu'elles n'en méritent à des recherches 
aussi incompletes, mais il me semble toutefois qu'elles ne permettent pas 
de regarder comme stérile une plante qui a plus de la moitié de son pollen 
régulièrement développé ; quant à la rareté du Pr. variabilis, qui tendrait à 
prouver son origine hybride, je ferai remarquer seulement qu'il n’est ni 
plus ni moins rare chez nous que le P7. officinalis. Or comment ce qui 
ne prouve rien pour une des espèces, prouverait-il quelque chose pour 
l'autre ? 

Mais est-on bien d'accord au moins sur l'identité du Pr. variabilis? VM 
me semble permis d'en douter. 

La plante unique trouvée à Chatenay, intermédiaire entre le Pr, officinalis 
et le Pr. grandiflora, puis cultivée au Jardin-des-plantes (1), où elle est 
(du moins en majeure partie) retournée, dès la première génération, à ces 
deux types, ne peut être identique avec la plante de notre presqu'ile, qui 
croit toujours loin du Pr. officinalis et ne l'a pas reproduit une seule fois 
pendant dix ans. 


Le Primula présenté à la Société botanique, le 27 avril 1860, est-il le 


(1) Voy. le Bulletin, t, VII, p. 307. 


10 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Pr. variabilis, comme le pensent MM. de la Perraudiére et Cosson, ou 
n'est-il qu'une forme caulescente du Pr. grandiflora? 

Selon vous, Monsieur, et selon M. Grenier (FI. de Fr.), le Pr. variabilis a 
les feuilles insensiblement atténuées en pétiole : sur vingt exemplaires que je 
possède de la Manche, de l'Orne, de la Meurthe, huit seulement ont les feuilles 
insensiblement amincies ; dix les ont brusquement contractées; deux ont des 
feuilles de l'une et de l'autre forme. 

Le Pr, variabilis de M. Grenier a les fleurs inodores; le mien les a tou- 
jours odorantes. Au premier abord, on pourrait prendre votre plante pour 
une variété du Pr. grandiflora à hampe développée et à fleurs d'un tiers plus 
petites ; celle de la Manche se distingue toujours de la forme caulescente du 
Pr, grandiflora par ses corolles d'un jaune plus foncé, souvent par ses 
styles hérissés, habituellement par ses hampes plus longues et ses pédoncules 
plus dressés. 

En définitive, que conclure de tout ceci? Que, sous le nom de Pr. varia- 
bilis, se cachent des plantes bien différentes, mais non encore étudiées com- 
parativement : une forme caulescente du Pr. grandiflora, une et peut-être 
méme plusieurs formes hybrides, enfin un type qui paraît stable, bien qu’assez 
faiblement caractérisé. C'est à ce dernier que doit rester, au moins provisoi- 
rement, le nom spécifique imposé par Goupil. Conclure ainsi, du reste, c'est 
appeler des recherches ultérieures pour juger définitivement la question. 

Voilà une lettre hien longue, et pourtant je voudrais encore vous dire que je 
ne crois nullement à la spontanéité des Brassica à Granville (4). De la rangée 
de maisons qui longe le rempart, on jette par-dessus le parapet, trés bas comme 
vous le savez, les balayures, des débris de légumes, etc. Il en est résulté, sur 
la portion de roc située au-dessous, un véritable potager, oà j'ai compté, il y a 
quelques années, trois espèces de Choux et bon nombre d'autres plantes 
usuelles. Cela n'a dá que croitre et embellir depuis lors. 


M. de Schænefeld dit qu'il a recueilli le Primula grandi flora, aux 
environs de Cherbourg, encore en pleine floraison le 6 juin 1853. 
M. Cosson rappelle que M. Durand-Duquesnay avait trouvé, aux 
environs de Lisieux, de nombreux hybrides de Primula, dont les 
fleurs étaient remarquables par leur tendance à prendre des couleurs 
variées. 1l ajoute qu'il est trés difficile de juger de l'hybridité des 
plantes, puisqu'il existe incontestablement des hybrides fertiles qui 


se perpétuent de graines, par exemple le Cirsium hybridum, 
M. Eug. Fournier dit : 


Qu'il a semé des graines de Cirsium hybridum, et qu'il a obtenu, dés la 


(1) Voyez le Bulletin, t. VI, p. 342. 


.SÉANCE DU 14 JANVIER 1861, 14 
première année, une forme stérile, très voisine du C. palustre par ses bractées 
linéaires et sa tige ailée-épineuse. Ces graines avaient été recueillies au bois 
de Meudon, prés de l'étang de Trivaux, dans une localité découverte par M. P. 
de Bretagne, où l'on rencontrait en abondance les Cirsium palustre et 
C. oleraceum, ainsi que d'autres formes hybrides fort remarquables. M. Durieu 
de Maisonneuve, qui a recu des graines de C. hybridum de méme prove- 


nance, a ‘dû les semer également, et fera sans doute connaître à la Société 
le résultat de ses expériences. 


M. Cosson fait remarquer que ce qui complique l'étude des plantes 
hybrides, c'est qu'on observe, dans la nature comme dans la culture, 
des intermédiaires entre les hybrides mémes, intermédiaires qui 
proviennent soit d'une hybridation nouvelle, soit d'un retour plus ou 
moins incomplet vers les types primitifs. Il rappelle que l'on observe 
aux environs de Paris, notamment sur les coteaux calcaires de lIe- 
Adam (Seine-et-Oise), toutes les formes de transition entre les Orchis 
fusca, galeata et Simia. 

MM. Chatin, Brongniart et Andry ajoutent qu'ils ont observé les 
mémes formes intermédiaires à Fontainebleau, à Mantes, sur les 
pentes de Bellevue prés Paris, et aux environs de Tours. 


M. Eugéne Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la com- 
munication suivante, adressée à la Société : 


. NOUVEL APERÇU SUR LA THÉORIE DE L'INFLORESCENCE, par M. D. CLOS. 


(Toulouse, décembre 1860.) 


Dans quelques communications antérieures adressées à la Société botanique 
de France, j'ai cherché à démontrer : 4° que le phénomène de partition dans 
les plantes, loin d'appartenir au groupe des anomalies, est un phénomène gé- 
néral à tous les organes; 2° qu'il donne seul une explication rationnelle de 
l'absence de bractées aux inflorescences des Crucifères et d'un grand nombre 
de Borraginées, de Saxifragées, de Solanées; et 3° qu'il convient d'ajouter à la 
division des inflorescences en ?ndéfinies, définies et mixtes, un quatrième 
groupe sous le nom d'inflorescences de partition (voir le Bulletin de la 
Société botanique, t. II, p. 499 et suiv.; t. HI, p. 608 et suiv.; t. IV, 
p. 141). Je sais que tous mes confrères n'ont pas donné leur assentiment à 
ces idées ; je sais aussi que l'année méme où je proposais l'établissement de ce 
dernier groupe, en 1857, M. Norman publiait à Christiania ses Observetions 
de morphologie végétale, tendant à faire prévaloir une doctrine tout opposée 
à la mienne, c'est-à-dire l'avortement des bractées chez les Cruciferes, ou la 


42 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sondure de ces organes avec les pédoncules sortis de leur aisselle. Mais, déjà 
en 1821, De Candolle annonçait que cette hypothèse pèche sous ce point de 
vue que lorsque les bractées existent, elles sont grandes et foliacées ; lors- 
qu'elles manquent, elles manquent complétement et sans qu'il soit possible d'en 
trouver le moindre rudiment (in Mém. du Muséum, t. VII, p. 183). Faut-il se 
contenter, avec M. Norman, de la présence de trés petits processus glanduleux 
placés de chaque cóté des pédoncules dans plusieurs genres de cette famille, 
pour déclarer que ce sont des stipules témoiguaut de l'avortement des brac- 
tées? Mais je demanderai si cet avortement méme ne devrait pas, en vertu de 
la loi de balancement, donner à ces prétendues stipules une forme et des 
dimensions qui les rendissent au moins manifestes sans le secours des verres 
grossissants. « Je ferai remarquer, dit M. Payer, qu'il m'a été impossible, 
malgré tous mes efforts, de découvrir ce que MM. Duchartre et Krauss out 
pris pour des stipules. A la base des feuilles de toutes les Cruciferes que j'ai 
étudiées, je n'ai jamais rien trouvé (Traité d'Organogénie, p. 210). » Cette 
assertion est, sans nul doute, trop absolue; quelques Cruciféres montrent 
une trés petite écaille de chaque côté des pédoncules, mais il en est aussi où 
nous l'avons vainement cherchée un botaniste exercé et moi. Je demanderai où 
l'on s'arrétera, si, pour l'explication de phénomènes purement morphologiques, 
on a recours à une hypothèse; il y a méme là un danger réel, comme le 
prouve l'hypothèse des bourgeons latents, qui, admise avec complaisance par 
les Geoffroy, les Duhamel, les Saint-Hilaire, les Turpin, les Gaudichaud, a 
prété son appui à des doctrines erronées (1). Jusqu'à plus ample déinonstration, 
je me refuserai donc à voir des stipules à l'inflorescence des Cruciferes, et je 
tiendrai cette inflorescence pour nue. 

J'ai déjà fait remarquer combien était illogique la marche suivie dans la 
description de l'inflorescence par la plupart des auteurs, s'attachant à énumérer 
les divers types qui rentrent dans l'inflorescence indéfinie, pour se borner 
ensuite à quelques mots sur l'inflorescence définie (voyez Bullet. de la Soc. 
bot. , t. IT, p. 78). II me paraît que désormais il conviendra d'admettre trois 
sortes d’inflorescences, les inflorescences indé finies, définies, et de partition, 
et de supprimer les inflorescences mixtes. Les trois sortes d'inflorescences 
comprennent chacune les mêmes termes (épi, grappe, corymbe, panicule, etc.); 
en passant successivement en revue ces divers termes, on devra les étudier 
dans chacune d'elles, et, par exemple, à propos de l'épi, définir et décrire com - 
parativement l'épi indéfini, 'épi défini, l'épi de partition. Caractérisés tous 
les trois par des fleurs trés brièvement pédonculées ou sessiles, étagées le long 
d'un axe avec ou sans bractées, ces épis se distiugueront, le premier, par ses 


(1) Je ne reviendrai pas ici sur ce que j'ai déjà dit à cet égard (Voy. Bullet. de la 
Soc. bot., t, VIT, p. 7); seulement, à ceux pour qui la feuille précède et forme l'axe , et 


qui font descendre les fibres des feuilles ‘ou des bourgeons, le phénoméne de partition 
me semble offrir une insurmontable difficulté. 


SÉANCE DU 44 JANVIER 1861. 13 
fleurs toutes de seconde génération par rapport au rachis et à l'aisselle de 
bractées ; le second, par ses fleurs soit opposées aux bractées dans les plantes 
à feuilles alternes, soit accompagnées de deux bractées opposées (Caryo- 
phyllées), soit à l'aisselle de bractées, mais dans ce cas avec une fleur termi- 
nant le rachis; le troisième, par l'absence de bractées. 

Dans ces trois sortes d'épis, comme dans les trois sor tes de grappes de 
méme nom, la floraison marche également de bas en haut; mais la premiere 
de ces inflorescences n'a pas de fleur terminale, la seconde en a une, la troi- 
sieme deux, les deux branches de la partition devant se terminer finalement 
chacune par une fleur, et ces deux fleurs terminales étant de méme géné- 
ration. 

Ainsi, absence de bractées aisselières et de bractées opposées aux fleurs, 
absence de bourgeon foliaire terminal, tels seront les caractères des inflo- 
rescences de partition. 

Quelques exemples vont montrer que l'inflorescence de partition. offre des 
termes tout à fait paralléles à ceux des inflorescences définie et indéfinie. 

J'ai déjà énoncé, dans mon premier travail sur la partition (voy. Bull. Soc. 
bot. t. IT, p. 500), que les inflorescences dites scorpioides rentrent dans le 
groupe des inflorescences de partition. El convient donc de diviser chacun des 
termes de l'inflorescence de partition en deux sous-groupes, et l'on aura des 
épis de partition droits et scorpioides, et il en sera de méme pour les grappes, 
pour les corymbes, etc. Cette distinction a de l'importance, car dans la parti- 
tion scorpioide les pédicelles florifères sont constamment disposés d'un méme 
côté de l'axe; la partition s'y opérant toujours dans un méme plan, de ses deux 
branches c'est toujours la supérieure qui est terminée par une fleur et l'infé- 
rieure qui se bifurque (1). 


us droit : Clypeola et autres Crucifères. 
NE | phun Heliophytum indicum Alph. DC. 
droite : Nombreuses Crucifères, Capsella, etc., Omphalodes 
| linifolia Mœnch, Cytisus sessilifolius L. , Sicyos angulatus 
L. , Sempervivum glutinosum Ait, 


scorpioide : Cynoglossum pictum Ait., Eutoca viscida Benth. 


2, Grappe de partition 


et droit : Iberis, Spiræa pubescens Lindl., S. Ree- 
| vesiana Lindl., Bryonia alba L., Polygonatum 
simple multiflorum All., Smilax. 
J^ subscorpioide: Solanum nigrum L., S. minia- 
tum Willd. 
b droit : Hydrangea arborescens L., H. Hortensia 
composé DC., Sambucus nigra L., Solanum Dulcamara L., 
Spiræa Fortunei Planch., Ehretia corymbosa Boj, 
et scorpioide : La plupart des Hydrophyllées, 


3. CORYMBE de partition 


(1) L'auteur de la Morphologie végétale avait vaguement entrevu le rôle que joue la 
partition dans l'inflorescence, car il a écrit, p. 322 : « Dans un méme genre, souvent 
dans une même espèce, les grappes scorpioides se combinent de différentes manières 
par des avortements, des usurpations, peut-étre méme des partitions, etc. » 


14 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


4. OMBELLE de partition: Foeniculum vulgare Gærtn., Pimpinella magna L., P. saxi- 
fraga L. 
5. CAPITULE de partition : Pyrethrum, Matricaria. 
G. PANICULE de partition : Panicum maximum Jacq., Bergenia crassifolia Mœnch, b. 
cordifolia, Ehrelia petiolaris Lam. 
. CHATONS de partition : Populus, Juglans, 
. SPADICES de partition : Arum. 


D 1 


Aurai-je réussi à montrer que la partition, loin d’être bornée à quelques 
cas particuliers, est au contraire un des phénomènes que l'on rencontre le 
plus fréquemment? A l'inflorescence de partition se rapportent la plupart des 
plautes de la famille des Borraginées, toutes les Hydrophyllées à moi connues, 
savoir : Z/ydrophyllum virginicum L., Cosmanthus viscidus Alph. DG., 
Ellisia, Nemophila, Phacelia, Witlavia grandiflora Harv., W. minor Harv. , 
la plupart des Crucifères, les Drosera et Drosophyllum. Ainsi l'inflorescence 
de partition est tantôt un caractère ordinal ou de famille (Hydrophyllées et, à 
part quelques exceptions, Borraginées et Crucifères), tantôt un caractère gé- 
nérique (Bergenia, Matricaria, Fœniculum, Drosera), et d'autres fois seule- 
ment un caractere spécifique (Circea lutetiana L., Sedum aureum Wirtg. , 
lequel ne diffère du S. elegans Wirtg. que par l'absence de bractées) ou 
méme peut-être individuel ou de variété (Farsetia clypeata R. Br. bracteosa 
et ebracteata DC.). 

On peut opposer à cette théorie des inflorescences de partition quelques 
objections, les unes spécieuses, les autres fondées. Je vais essayer d'y ré- 
pondre. 

4° L'absence de bractées à une inflorescence suffit-elle pour rapporter 
celle-ci à l'inflorescence de partition ? C'est là, il est vrai, le principal caraca 
tère ; mais, par cela méme que dañs les caractères appelés primaires il n'en . 
est pas d'absolu, celui-là est loin de l'être. Et s'il ne l'est pas, comment rap- 
porter avec certitude à l'inflorescence de partition celle de certaines Ombelli- 
feres? Dans cette famille, en effet, il est des plantes, on le sait, entiérement 
dépourvues d'involucre et d'involucelle (Fæniculum vulgare Gaertn. , Pimpi- 
nella, Ægopodium, etc.) ; il en est d'autres privées d'involucre, mais munies 
d'involucelle (plusieurs espèces de Seseli, Cicuta virosa L., Æthusa Cyna- 
pium L., Helosciadium inundatum Koch, Œnanthe fistulosa L. , etc. ). Faudra- 
t-il donc admettre, dans les premières, une inflorescence de partition complete ; 
dans les secondes, une inflorescence de partition à l'ombelle et non aux invo» 
lucelles ? Au premier abord, cette conclusion paraît avoir, je l'avoue , quel- 
que chose de tout à fait paradoxal. Mais il suffit de se rappeler que dans le 
genre Farsetia il est deux variétés dont une seule appartient à l'inflorescence 
de partition, qu'il est quelques Cruciferes dont les pédoncules inférieurs sont 
à l'aisselle de feuilles, alors que les supérieurs n'ont pas de bractées aisse- 
liéres, pour concevoir que cette explication n'a rien d'irrationnel. On pourrait 
comprendre ces inflorescences des Ombelliferes, comme celles des Crucifères 


SÉANCE DU 14 JANVIER 1861. 15 


signalées en dernier lieu, dans un groupe particulier, le groupe des inflores- 
cences hétérogènes (4). 

2° Là où se trouvent réunies les causes prédisposant à un avortement, 
comment distinguer cet avortement de la partition? Dans certains cas, 
où l'on pourra suivre tous les degrés entre un demi-avortement et un avor- 
tement complet, la distinction sera possible. Mais, à la question de savoir s'il 
y à où non avortement aux capitules des Composées quand ils sont entièrement 
dépourvus de paillettes, et s'il faut ou non les rapporter à l'inflorescence de 
partition, la réponse n'est pas facile. Cependant je crois devoir me détermi- 
ner en faveur de l'opinion qui les range dans cette dernière catégorie, d’après 
ce fait que les fleurs paraissent aussi serrées aux capitules des Matricaria et 
des Pyrethrum qu'à ceux des Anthemis, et l'on sait que ces derniers ont des 
paillettes à l'exclusion des autres. 

MM. Bravais ont publié, en 1837, un grand travail sur l'inflorescence 
(voy. Annal. des Se. nat., deuxième série, t. VIT, p. 193 et 291, et t. VIII, 
p. 14). Les considérations qui précédent, si elles sont reconnues exactes, 
doivent nécessairement frapper d'erreur les propositions suivantes qui ser- 
vent de base aux recherches de ces botanistes :.1^ tout rameau naît d'un 
nœud vital axillaire à une feuille, qui est la feuille - mère du rameau (2) ; 
2° il existe aux grappes des Borraginées une série de deux bractées opposées, 
avec avortement soit de l'une (plusieurs Borraginées), soit des deux (Myosotis); 
3° si dans beaucoup de Borraginées les deux rangées de bractées sont écar- 
tées, alors que les fleurs sont rapprochées, cette excentricité tient à ce que 
les pédoncules ne grossissent pas également sur les deux faces opposées (voir, 
dans Institut, t. V, p. 56, un résumé du travail de MM. Bravais, communi- 
qué par eux à la Société philomathique, et auquel nous avons emprunté ces 
propositions). 

On me pardonnera ces détails sur la partition, car j'ai la conviction qu'elle 
donne la seule explication rationnelle de l'inflorescence des Cruciféres, des 
Hydrophyllées et d'une foule d'autres plantes. La simplicité de cette théorie 
me parait témoigner hautement en faveur de sa vérité. Voilà plus d'un 
demi-siècle qu'on s'occupe avec ardeur de morphologie végétale, et, lorsque 
la partition est si manifeste au sommet de l'axe des Nicandra (ordinairement 
trifurqué) et des Datura, à l'inflorescence des Bergenia, de l Aponogeton dis- 


(1) Dans un premier travail, j'ai cherché à montrer que l'ombelle d'un certain nombre 
d'Ombelliferes appartient à l'inflorescence définie (v. le Bull. de la Soc. bot., t. M, p. 74). 
S'il est aussi dans cette famille des inflorescences indéfinies et des inflorescences de par- 
tition, il y aurait donc dans ce groupe, où la disposition des fleurs est en apparence $i ho- 
mogéne, des types des trois grandes divisions de l'inflorescence. 3 

(2) Dans un travail antérieur, j'ai cherché à prouver le peu de fondement du principe 
qui attribue à toute feuille un ou plusieurs bourgeons axillaires. Le phénomène de pat- 
tition vient fournir à son tour un nouveau témoignage en faveur de l'indépendance réci- 
proque de l'axe et de la feuille. 


16 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tachyus Thunb., du Spiræa Ulmaria L. et du S. Filipendula L. (1), on a 
vraiment lieu de s'étonner qu'elle n'ait point encore été signalée comme phéno- 
mène normal et comme base d'un groupe d'inflorescences. Mais, s'il est d'autres 
cas, et même nombreux, où, comme à l'inflorescence des Cruciféres, elle 
semble au premier abord moins évidente, qu'est-ce à dire, sinon que la pat- 
tition, comme toute disposition organique, se joue sous mille formes, obéis- 
sant à la grande loi qui modifie à l'infini la matière et ses manifestations ? Loin 
de moi l'idée de vouloir porter les faits observés au delà des limites de leur 
application. Mais la théorie de la partition dévoile à la fois un nouveau type 
de ramification normale (dans les Phanérogames) et un nouveau type d'inflo- 
rescence ; à ce double titre, elle mérite, je crois, un sérieux contróle que 
j'appelle de tous mes vœux. 

Le phénomène de partition me parait aussi devoir rendre raison de cer- 
taines inflorescences que présentent plusieurs Borraginées, plusieurs Asclé- 
piadées, un certain nombre d'espéces des genres Sedum et Crassula, et dans 
lesquelles les pédoncules ne sont pas placés à l'aisselle, mais à cóté de la 
feuille. Voici mes raisons : 

1° Il n'est pas rare de voir des branches de Lithospermum officinale L. (où 
l'on observe cette position latérale des bractées) naître de la tige sans feuille 
aisselière. 

2° On voit parfois les tiges aériennes de la même espèce se diviser au 
sommet en trois ou quatre branches dont une est un pédicelle, et, au point où 
se fait cette partition, il n'y a qu'une seule feuille ou il n'y en a point du 
tout. 

3° Il arrive fréquemment, dans plusieurs Borraginées et Crassulacées, que Ja 
feuille ou la bractée correspondant à un pédicelle, loin d’être placée collaté- 
ralement à lui, se trouve à un niveau soit supérieur, soit inférieur. 

4° Enfin tout le monde sait que plusieurs inflorescences de ces plantes 
olfrent dans leur partie inférieure des bractées collatérales aux pédicelles, la 
partie supérieure étant nue. 

Or, s'il est inexact d'accorder à toute feuille un ou plusieurs bourgeons 
axillaires (voy. Bullet. Soc. bot., t. II, p. 6), il suffira, pour se rendre 
compte des inflorescences que je viens de signaler, d'admettre que, les 
feuilles et les bractées étant stériles (sans bourgeon axillaire), la partition 
s'opère ordinairement de préférence au niveau d'insertion de ces feuilles ou 
bractées. Aux yeux de ceux qui n'auront pas suivi dans toutes ses modifi- 
cations le phénomène de la partition, cette explication peut avoir quelque 


(1) Dansle Spiræa Filipendula, où l'inflorescence est sans bractées, il semble y avoir 
d'abord une fleur terminale, au-dessous de laquelle naissent des pédoncules qui se com- 
portent de même; mais avant la production de cette prétendue fleur terminale ont eulieu 


plusieurs partitions, autant qu'il y a de pédoncules à compter du plus inférieur sur l'axe 
jusqu'à la prétendue fleur terminale, 


SÉANCE DU 11 JANVIER 1861. 17 


chose d'étrange , mais je la crois fondée. Toutefois je n'hésiterai pas à l'aban- 
donner si on en démontre la fausseté ou si on en signale une meilleure. 

Dans un grand nombre d'Asclépiadées, et en particulier chez le Vince- 
loxicum officinale Mænch, les pédoncules apparaissent dans l'intervalle de 
séparation de deux feuilles opposées, celles-ci offrant à leur aisselle des bour- 
geons foliaires ou des rameaux feuillés (1). Je ne vois que le phénomène de 
partition propre à expliquer cette apparente anomalie. La comparaison de 
cette inflorescence avec celle des Solanées me confirme pleinement dans cette 
opinion. En effet, chez celles-ci et en particulier chez les So/anum, les co- 
rymbes naissent tantót en face de la feuille, tantót en un point variable de 
l'entre-neud; s'il en est autrement chez les Asclépiadées, c'est que la 
symétrie des plantes à feuilles opposées est infiniment mieux réglée ou plus 
stable ; chez elles, la moitié des faisceaux foliaires ou le quart de ceux de tout 
le cercle vasculaire de la tige s'épanouit aux nœuds (Lestiboudois) et entraîne 
l'épanouissement des faisceaux pédonculaires. 

Dans plusieurs espèces indigènes de Thesium, l'axe primaire écourté donne 
naissance à de nombreuses branches, simples à la base avec des feuilles al- 
ternes, plus haut ramifiées. De ces ramifications, les inférieures seules sont à 
l'aisselle de feuilles; les autres et les petits ramuscules qu'elles portent 
naissent directement par partition de la tige, en l'absence de tout organe fo- 
liaire à leur base. 

En 1842, M Naudin et M. Payer publiaient le résultat de leurs recherches, 
le premier sur l'inflorescence des Solanées, le second sur celle des Borraginées, 
des Cistées, des Asclépiadées. Tandis que M. Naudin admettait dans les So- 
lanées la disparition de l'axe primaire avec développement concomitant de 
rameaux usurpateurs, M. Paver croyait pouvoir expliquer toutes les anoma- 
lies des inflorescences, soit par la soudure d'une bractée ovec le rameau né à 
son aisselle, soit par la soudure de ce dernier avec la tige qui le supporte, 
soit enfin par ces deux espèces de soudures (voir les Comptes rendus de L'in- 
stitut, t. XV, p. 147 et 148). Or ou s'accorde à reconnaitre aujourd'hui que 
la plupart des morphologistes contemporains de De Candolle, entrainés par son 
exemple, ont fait jouer aux soudures d'organes un róle beaucoup plus con- 
sidérable qu'il ne convient (2); et cela est vrai surtout à propos de l'inflores- 


(1) Inflorescentia extra-axillaris, rarius axillaris, a écrit M. Decaisne dans la des- 
cription des caractères généraux des Asclépiadées (in DC., Prodr., t. VIII, p. 491). 
Aug. de Saint-Hilaire a cherché à expliquer cette inflorescence en supposant d'une part 
qu'une des branches axillaires avorte, et de l'autre que l'axe primaire se trouve déjeté 
de cóté entre les deux feuilles (Legons de Bot., pages 249 et 250). 

(2) On lit dans le dernier numéro du Bulletin de la Société bolanique (t. VII, p. 383) 
une intéressante communication de M. Decaisne sur les résultats oblenus par M. Naudin 
dans ses recherches sur les Cucurbitacées : « M. Naudin, dit son savant rapporteur, croit 
peu aux soudures, auxquelles on fait jouer un si grand rôle dans l'organographie de la 
fleur », et, en effet, cet ingénieux botaniste est disposé à attribuer aux tubes des calices 
et des corolles une signification axile ou réceptaculaire, 


T. vul. 2 


18 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


cence, cé dont témoignent si manifestement les détails qui précèdent. Aug. de 
Saint-Hilaire accorde aussi une large part à ces soudures dans la ramification : 
« Des bifurcations, dit-il, qui, chez les plantes à inflorescence scorpioide, 
telles que les Borraginées, se montrent au-dessus d'une feuille, indiquent 
bien clairement aussi la soudure de la tige et du rameau, soudure dont un 
sillon: montre parfaitement la place dans l'Anchusa angustifolia » (loc. cit., 
p- 326). Or ce sillon est l'indice, non de la soudure, mais d'une prochaine 
partition, : 

ll importe, afin de ne pas confondre la partition avec une ramification dif- 
férente, de s'assurer que les pédoncules ou pédicelles dépourvus de bractées 
à leur base n'en ont pas eu à l'origine; ainsi, aux épis développés du Polygala 
amara L., du. P. vulgaris L. et de quelques antres espèces de ce genre, les 
bractées font défaut; mais elles existaient avant leur élongation, et l'on voit 
trés bien leur cicatrice d'insertion. 

11 faut bien distinguer la partition, phénomène normal, de la partition, 
phénomene tératologique. Autant il serait oiseux de rechercher les causes de 
la premiere, autant il peut y avoir d'intérét à scruter celles de la seconde. 

Link a écrit : Caulis fasciatus est caulis partitio non absoluta (Elem. phil. 
bot., 2° éd., t. I, p. 324). Après lui, M. Durand (de Caen) a proclamé que la 
partition vient à la suite de la fasciation, et qu'elle est toujours un indice de 
vigueur ( Mémotres de la Société Linnéenne de Normandie, t. IX, p. 31 à 33). 
Telle est aussi l'opinion de M. Germain de Saint-Pierre, déclarant que la 
fasciation est le premier degré de la partition (Guide du bot. , t. II, p. 556). 
Cette proposition, vraie pour un certain nombre de cas tératologiques, perd 
toute sa valeur, formulée avec ce degré de généralité. J'ai vu des faits de par- 
tition anomale uon accompagnée de fasciation ; et, tout derniérement encore, 
deux pieds de Typha m'ont offert l'un et l'autre, à la place d'un seul épi 
terminal, deux épis collatéraux parfaitement conformés et cylindriques, mais 
qui, en se développant et grossissant cóte à cóte, avaient forcé par leur écar- 
tement l'extrémité supérieure de la tige, ou, si l'on veut, le pédoncule, à se 
fendre dans une longueur de 3 à 4 centimètres. Quant à la partition nor- 
male, si elle coincide avec l'aplatissement de certaines inflorescences scor- 
pioides des Borraginées, il suffit de se rappeler qu'elle préside seule à la ra- 
mification des racines, à la ramification des tiges d'un grand nombre de 
plantes (Solanées, Bergenia, Cruciferes, etc), et sans que les axes résultant de 
cette partition offrent le moindre aplatissement, pour comprendre tout ce qu'a 


d'exagéré et, par suite, d'inexact, la proposition soutenue par MM. Durand et 
Germain de Saint-Pierre (1). 


(La fin à la prochaine séance.) 


(1) Ces nouveaux détails sur la partition et sur l'inflorescence des Cruciféres m'ont 
paru d autant plus opportuns, que MM. les rédacteurs des Annales des sciences naturel- 
les, reproduisant le mémoire, cité plus haut, de M. Norman, sans l'accompagner d'au- 


L4 


SÉANCE DU 14 JANVIER 41861. | 19 
M. Éd. Prillieux fait à la Société la communication suivante : 


OBSERVATIONS SUR LA STRUCTURE DE L'EMBRYON ET LE MODE DE GERMINATION 
DE QUELQUES ORCHIDÉES, par M. Éd. PRILLIEUX. 


Bien que les Orchidées soient mises sans contestation au nombre des végé- 
taux monocotylédonés, l'existence d’un cotylédon dans l'embryon de ces 
plantes a été jusqu'ici l'objet de bien des doutes. Ayant eu occasion d'étudier 
les graines müres (1) d'un assez grand nombre d'Orchidées exotiques, j'ai 
observé quelques faits qui pourront, je l'espére, contribuer à jeter un nou- 
veau jour sur la nature de l'embryon qu'elles contiennent. — Je résumerai 
brièvement ce que j'ai vu en particulier dans des graines de Miltonia, de 
Pleurothallis et de Catasetum. 

Ces graines, extrémement ténues, sont formées d'un petit corps celluleux. 
ovoide qu'enveloppe une.sorte de sac membraneux fort grand, eu égard au 
volume du globule celluleux qu'il contient. Lé sac est le testa, c'est à lui 
qu'est dû l'aspect singulier des graines, que l'on a fort bien comparées à de 
la sciure de bois. Le petit. corps ovoide qu'il enveloppe est l'embryon : cet 
embryon est uniquement formé de cellules; il ne présente ni cotylédon, 
gemmule, ni radicule : c'est un globule plus ou moins allongé, qui porte seu- 
lement, du côté qui regarde l'ouverture du sac, un prolongement celluleux 
que l'on voit trés nettement dans la graine müre d'un assez grand nombre 
d'espéces, et qui est tantót simple et formé, soit d'une seule rangée de cel- 
lules (Maxil/aria), soit de deux (Catasetum, Miltonia), tantôt ramifié (P{eu- 
rothallis, Restrepia). 

Cette organisation extrémement simple me parait tout à fait comparable à 
celle qu'offrent les embryons monocotylés ou dicotylés à une certaine pé- 
riode de leur développement, où, eux aussi, sont uniquement formés par un 
petit corps celluleux à peu près sphérique (globule embryonnaire), que porte 
à son extrémité un prolongement celluleux (suspenseur). Mais, tandis que, dans 
les autres plantes, l'embryon ne fait que passer par cette forme qui pour lui 
n'est que transitoire, ici, au contraire, cette structure rudimentaire est per- 
manente; l'embryon, ou plutôt l'ébauche d'embryon, s'arréte à ce point de 
son développement, et n'atteint jamais dans la graine la forme plus corapliquée 
d'embryon monocotylé. — L'embryon que contient une graine mûre d’Or- 


cune hole, ont paru lui donner leur sanction, et qu'un autre recueil, la Bibliothèque 
universelle de Genéve, dans une analyse du travail de M. Norman, a combattu notre opi- 
nion au sujet de l’inflorescence des Cruciferes (Voy. Archiv. des sciences physig., t. H 
(1858), p. 275 et 276). 

(1) J'ai considéré comme mères les graines sorties de fruits qui s'étaient ouverts na- 
turellement, quand méme il ne m'a pas été possible de m'assurer qu'elles fussent aptes 
à germer. 


20 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


chidée peut donc, ce me semble, être considéré comme un embryon mono- 
cotylé dont le développement s'arrête avant qu'il soit entièrement formé et 
qui naît pour ainsi dire normalement avant terme, 

Toutes les observations publiées jusqu’à ce jour, toutes celles que j'ai faites 
moi-même sur la germination des Orchidées, me paraissent de nature à confir- 
mer cette maniere de considérer l'embryon de ces plantes. 

Quand là germination commence, on voit le petit corps celluleux qui est 
l'embryon grossir sans changer. sensiblement de forme, sans qu'on y puisse 
distinguer d'organes spéciaux, puis se couvrir à sa partie inférieure de pa- 
pilles tout à fait semblables à celles que portent d'ordinaire les racines des 
plantes phanérogames, le prothallium des Fougères, etc. Ces papilles sont 
destinées à puiser dans le sol les aliments nécessaires au développement de la 
plante naissante. 

Le corps embryonnaire grossit surtout par sa partie supérieure, c'est-a-dire 
par la partie opposée à celle où l'on voit souvent encore les débris du suspen- 
seur, et il prend par suite la forme d'une toupie. Puis apparait, sous forme 
d'un petit mamelon, la première feuille de la plante. Une deuxième, une troi- 
sième feuille se développent ensuite, la tige se faconne au sommet du petit 
tubercule embryonnaire, et enfin on voit apparaitre des racines. 

L'absence de racines pendant les premieres phases de l'existence de la jeune 
plante, qui vit durant un temps plus ou moins long à la facon des végétaux 
inférieurs, me parait un fait trés général et qui est intimement lié à l'état ru- 
dimentaire dans lequel s'arréte l'embryon des Orchidées. 

Mais cette période trausitoire de la végétation qui précede l'apparition de 
la première racine, varie beaucoup de durée : les racines apparaissent plus ou 
moins tard ; la plante naissante se développe, s'accroît plus ou moins, avant 
qu'elles se montrent. 

Ainsi, dans les Ophrydées (1), la première racine apparait de fort bonne 
heure et se développe à la partie supérieure du tubercule embryonnaire, au- 
dessous de la première ou de la deuxième feuille, qui sont de simples gaines, 
avaut que les feuilles vertes se soient développées. 

Dans d'autres plantes, les feuilles vertes se déploient, la tige se forme, s'al- 
longe plus on moins avant l'apparition des racines, qui naissent de la tige, 
au-dessus de l'insertion des premières feuilles : c'est ce qui a lieu, selon 
toute apparence, non-seulement dans le Miltonia spectabilis, dont j'ai suivi 
avec détail le développement, mais dans beaucoup d'autres Orchidées. J'ai 
eu occasion d'observer un Neottia exotique et une Vanille dans lesquels le 
petit tubercule embryonnaire, couvert de papilles, portait une tige élancée 


(+) La germination de ces plantes a été parfaitement décrite par M. Th, Irmisch, avec 


la précision et la clarté habituelles à cet excellent observateur. Les mêmes faits ont été 
également observés par M. Fabre. ; 


SÉANCE DU 11 JANVIER 1861, 21 
d’où naissaient des feuilles vertes, et qui cependant n'avaient pas encore de 
racines. Malheureusement il ne m'a pas été possible de suivre le développe- 
ment de ces jeunes plantes jusqu'à l'apparition de la premiere racine. 

Dans toutes ces plantes, la croissance du corps embryonnaire qui se renfle 
en tabercule est fort bornée, en comparaison de ce que j'ai observé dans 
l'Angrecum maculatum (1), où la tige qui porte les feuilles et les racines 
n'apparait que trés tard et après que le tubercule embryonnaire a pris un dé- 
veloppement excessif, Dans cette plante, le bourgeon terminal du tubercule 
embryonnaire ne produit pas de fcuilles vertes, mais seulement de petites 
écailles à l'aisselle desquelles naissent des rameaux charnus, qui forment, en 
se développant, un tabercule lobé qui vit comme le tubercule initial, en pui- 
sant sa nourriture dans le sol au moyen de papilles, atteint un volume consi- 
dérable, et produit enfin une tige dressée munie de feuilles vertes et de ra- 
cines. Ce n'est que lorsque cette tige est bien enracinée, qu'elle s'est renflée 
en pseudo-bulbes, qu'elle présente en un mot sa forme définitive, ce n'est 
qu'alors que le tubercule, dont le róle est achevé, languit, meurt, pourrit et 
disparait. 

Enfin, dans le Corallorrhiza innata (2) et l Epipogium aphyllum, on voit 
un tubercule lobé qui est formé de la même facon que celui de l'Angræcum 
maculatum, mais qui, au lieu d'avoir seulement une existence passagère, per- 
siste au contraire durant toute la vie de la plante. Jamais ces singuliers vé- 
gétaux ne portent ni feuilles vertes ni racines : quand ils sont parvenus à 
l'état adulte, ils présentent une si complète ressemblance avec la forme pri- 
mitive qu'offre l’Angræcum maculatum durant sa germination, qu'ils sem- 
blent s’être arrêtés dans leur développement au milieu de la période embryon- 
naire qu'ils n'ont pu dépasser. 


M. le Président fait remarquer qu'il existe quelque analogie appa- 
rente entre l'embryon des Orchidées en voie de développement e! 
le prothallium des Fougères, au point de vue du mode de végéta- 
tion. 

M. Chatin dit que l'embryon des Balanophorées se développe pro- 
bablement d'une maniére analogue. Il rappelle que, chez plusieurs 
plantes aquatiques, l'embryon est dépourvu de radicule. 

M. Brongniart ajoute que certaines Cactées (Echinocactus, Mamil- 
laria) sont aussi privées de cotylédons, leur embryon étant réduit 
à un petit corps sphérique, terminé d'un cóté par un rudiment de 
suspenseur. 


(1) Voyez le Bulletin, t. IIl, p. 28. 
(2) Ibid., t. IV, p. 768. ` 


22 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


SUR LA STRUCTURE ANATOMIQUE DES PÉTALES COMPARÉE A CELLE DES FEUILLES; 
UNE CONSÉQUENCE PHYSIOLOGIQUE DES FAITS OBSERVÉS, par M. Ad. CHATIN, 


( Résumé fourni par l'auteur.) 


I. Les cellules épidermiques des pétales, celles surtout de la face supé- 
rieure (ou la plus colorée), sont fréquemment étendues au dehors en longues 
papilles. C'est à la présence de ces papilles qu'est dà le velouté des fleurs. 

TI. Contrairement à ce qui a été admis (d'une facon trop absolue d'ailleurs) 
pour les feuilles, là matière colorante des pétales est contenue dans leurs cel- 
lules épidermiques (Calendula, Dahlia, Scabiosa, Tropæolum, etc. 

III. La matière colorante des pétales est habituellement à l'état liquide, 

IV. Dans quelques pétales, notamment dans ceux à tissus épais (Ulloa, AS- 
clepias), la matière colorante occupe fréquemment, comme la matière verte 
des feuilles, les utricules du parenchyme comprises entre les deux épidermes. 
Comme dans les feuilles aussi, le principe — se présente parfois sous 
la forme de granulations. 

V. On peut formuler d'une manière générale "rp entre les pétales 
et les feuilles, quant à l'état (solide ou liquide) et au siége de la matière colo- 
rante, en disant que ce qui est la règle chez les uns est l'exception chez les 
autres, 

VI. En général, le tube des corolles différe du limbe, et l'onglet de la lame, 
par le moindre développement du mésophylle. 

VII. Dans un grand nombre de végétaux, chez les Composées surtout, le 
mésophylle parenchymateux du tube ne diminue pas seulement d'épaisseur; 
il fait défaut complétement, le tissu. cellulaire n'étant plus composé alors que 
de deux feuillets épidermiques immédiatement appliqués l'un contre l'autre. 

VIII. Chez plusieurs Gomposées (CAysanthemum sinense, Cosmos bipin- 
natus, Helianthus petiolaris), la structure du tube corollin atteint le dernier 
degré de simplicité en se réduisant (dans l'intervalle des nervures, celles-ci 
étant toujours placées entre deux feuillets épidermoidaux) à une seule assise 
de cellules. Cette structure, la plus simple que l'imagination puisse conce- 
voir, et dans laquelle l'un des épidermes a disparu, est absolument inconci- 
liable avec les idées théoriques d’une école anatomique, d'ailleurs justement 
célèbre, pour laquelle aucune membrane organique ne saurait exister sans 
contenir au moins les éléments d'un double feuillet, 


IX. Les nervures des pétales, comme celles des feuilles, se composent de 
vaisseaux et de fibres (ou cellules allongées). 


X. Dans les pétales, la forme des vaisseaux protodisimte, ordinairement 
même exclusive, est la trachée, 


SÉANCE DU 28 JANVIER 1861. 23 


XI. Les fibres qui entourent les trachées des pétales diffèrent de celles de 
la plupart des feuilles par leur délicatesse ou ténuité. 

XII. Les fibres corticales ou libériennes, assez communes dans les feuilles, ^ 
n'existent jamais dans les pétales. On peut en dire autant des cellules sclé- 
reuses (?). 

Les faits précédents établissent que l'unité de type entre les pétales et les 
feuilles, reconnue et incontestée depuis Gæthe et A.-P. De Candolle, n'exclut 
pas des états anatomiques différents et en rapport avec la destination physio- 
logique spéciale de chaque organe. Il ressort en particulier de l'absence ha- 
bituelle de stomates et de la structure des membranes épidermiques des pé- 
tales, que ceux-ci, dont l'action chimique sur l'atmosphére est d'ailleurs 
inverse de celle des parties vertes, ont une respiration dermique ou bran- 

 Chiale comparable, bien que s'exercant dans un milieu gazeux, à celle des 
plantes aquatiques, si bien établie, aussi à l'aide des seules données de l'ana- 
tomie, par M. Ad. Brongniart. 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART, 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 11 janvier, dont la rédaction est adoptée. 
M. le Président annonce trois nouvelles présentations. 


M. J. Gay demande la parole et s'exprime de la maniére sui- 
vante : 


Messieurs, 

L'Académie des sciences vient encore une fois de se recruter parmi nous. 
Notre honorable confrére M. Duchartre a été appelé par les suffrages de 
l'Académie à occuper, dans la section ‘de botanique, la place laissée vacante 
par le décès de M. Payer. Les circonstances qui ont accompagné cette élec- 
tion mettaient en danger la légitime représentation de notre science daus le 
sanctuaire de l'Institut. Mais le bou sens de la compagnie et le mérite de 
notre confrère ont heureusement écarté ce péril. M. Duchartre l'a emporté 
de huit voix sur un candidat que portait une fraction considérable de l'A- 
cadémie, un homme d'un haut mérite assurément, mais qui avait le malheur 
de ne connaitre la botanique que d'une manière indirecte, par les rapports, 


2h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
d'une importance secondaire pour nous, qu’elle a avec une autre science, déjà 
brillamment représentée dans une section particulière de l'Académie. Ge 
^ résultat, Messieurs, est aussi flatteur pour M. Duchartre qu'il est rassurant 
pour l'avenir dela section qui s'est ainsi complétée. Espérons qu'on ne cherchera 
plus à y introduire des éléments qui lui sont étrangers, et qu'on respectera 
notre science comme une des branches essentielles du majestueux faisceau des 
counaissances humaines. Espérons-le, et en méme temps félicitons M. Du- 
chartre du succès qu'il vient d'obtenir. Comme doyen des membres présents, 
et peu s'en faut de la Société entiére, je vous propose, Messieurs, de témoi- 
gner à notre honorable confrére combien nous sommes tous heureux d'un 
événement qui couronne si dignement sa carrière scientifique. 


La Société s’associe par des applaudissements unanimes aux sen- 
timents que M. Gay vient d'exprimer. 

Lecture est donnée d’une lettre de M. A. Passy, qui remercie la 
Société de l'avoir appelé aux fonctions de vice-président, et d'une 
lettre de M. Moriére (de Caen), qui remercie la Société de l'avoir 
admis au nombre de ses membres. 


Dons faits à la Société : 


4° De la part de M. le pasteur Duby : 
Mémoire sur la tribu des Hystérinées de la famille des Hypoxylées 
(Pyrénomycètes). 
2 De la part de M. Ph. Parlatore : 
Elogio di Alessandro Humboldt. 


Enumeratio seminum in horto botanico regii musti florentini anno 1860 
collectorum. 


3° En échange du Bulletin de la Société : 


Flora oder allgemeine botanische Zeitung, numéros 25 à 36 (juillet- 
septembre 1860). 


Botanische Zeitung, numéros 27 à 39 (juillet-septembre 1860). 
Linnca, Journal fuer die Botanik, t. XIV, livr. 5. 
L'Institut, janvier 1861, deux numéros. 


M. de Schenefeld, secrétaire, fait à la Société la communication 
suivante, au nom de la Commission du Bulletin : 


Messieurs, 
Votre Commission du Bulletin vient de prendre une décision importante, 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 25 
qu'elle doit vous faire connaitre, et qui, nous l'espérons, recevra votre assen- 
timent unanime. 

Le retard de la publication du Bulletin de la Société a de graves inconvé- 
nients que votre Commission déplore plus que qui que ce soit, et sur lesquels 
je n'ai pas besoin d'insister, car tout le monde les comprend. I faut à tout 
prix que ce retard cesse, et que notre publication prenne une allure plus ra- 
pide. 

Par les moyens ordinaires, c'est-à-dire en accélérant le plus possible l'im- 
pression, ce but ne pourrait être atteint qu'en. deux ou trois années, peut- 
être plus encore, car l'accélération est limitée par la nécessité de maintenir 
la bonne exécution et la correction du Bulletin. qui ne doit pas faillir à la 
bonne renommée qu'il a acquise. En supposant qu'aucun obstacle imprévu 
ne surgisse, on arriverait à grand'peine à regagner par an un ou deux mois ; 
et nous sommes, hélas ! en retard de cinq ou six. 

L'exemple d'une Société, sœur de la nôtre, qui plus d'une fois nous a servi 
de modèle et qui vient de regagner rapidement un arriéré plus considérable 
encore, nous a suggéré un moyen qui seul nous parait devoir apporter un re- 
méde prompt et efficace à la situation actuelle. 

Ce moyen, c'est de commencer. immédiatement la publication du volume 
de 1861, dont le premier numéro (séances de janvier) pourra paraitre dans 
quelques semaines, et d'achever simultanément le volume de 1860, auquel il 
ne manque plus que le compte rendu de la session de Grenoble et des quatre 
séances de novembre et décembre derniers. 

Une convention que nous venons de conclure avec notre honorable et ha- 
bile imprimeur, M. Martinet, nous assure les moyens matériels nécessaires 
pour parvenir à ce résultat. 

Toutefois, il faut le reconnaitre, un inconvénient passager sera la consé- 
quence de cette mesure, Les séances de janvier, de février, et peut-étre de 
mars 1861 seront publiées avant celles de novembre et décembre 1860. Mais 
votre Commission a examiné les procès-verbaux de ces dernières séances, et 
n'y à point trouvé de communications où des questions de priorité fussent 
réellement en jeu. Nous sommes d'ailleurs convaincus que nos savants confréres 
qui ont pris la parole dans ces séances, reconnaissant qu'il s'agit d'une affaire 
d'intérêt général, d'une question importante pour la Société entière, voudront 
bien accepter avec abnégation le léger passe-droit que nous regrettons de leur 
faire momentanément subir. 

Permettez-moi d'ajouter, Messieurs, qu'en se chargeant du fardeau d'une 
double publication simultanée, votre Commission du Bulletin donne à la So- 
ciété une preuve de zèle qui ne peut manquer d’être justement appréciée. 
Pour l'accomplissement de cette lourde tâche, la Commission compte sur 
votre concours à tous. Son activité serait infructueuse si elle n'était secondée 
par la vôtre, et, malgré le laborieux effort que nous allons tenter, sans votre 


26 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


appui, nous retomberions bientôt dans l'ornière du passé. Nous prions donc 
instamment nos confrères de nous venir en aide par leur obligeant empres- 
sement à nous remettre leurs manuscrits en temps utile et par la célérité , 
de la correction et du renvoi des épreuves qui leur seront soumises. Il est 
indispensable que chaque auteur, en faisant une communication à la Société, 
prenne, par cela méme, vis-à-vis de sa conscience, l'engagement d'honneur 
de livrer son manuscrit au plus tard à la séance suivante. 

Ce que nous réclamons de vous, Messieurs, le règlement vous l'impose 
d'une manière plus pressante encore. Mais, dans les circonstances actuelles, 
nous aimons mieux vous le demander comme un témoignage de dévouement 
à notre institution que comme l'accomplissement d'un devoir réglementaire. 
C'est réellement à la conscience de chacun de vous que nous nous adressons, 
et nous ne pouvons douter que notre appel ne soit entendu. 


M. le Président fait valoir les intentions de la Commission du 
Bulletin et dit qu'il importe beaucoup, pour assurer l'authenticité 
et la priorité des travaux de chacun des membres, et pour en accé- 
lérer la publication, que les communications faites dans une séance 
soient remises au Secrétariat avant la séance suivante. 


M. Planchon (de Montpellier) fait à la Société les communica- 
tions suivantes : 


SUR LA FAMILLE DES GUTTIFÈRES, pr MM. J-E. PLANCHON ct J. TRIANA. 


Amenés par nos études sur la flore de la Nouvelle-Grenade à nous occuper 
du groupe des Guttiféres, nous avons pu constater, des l'abord, et l'intérét 
du sujet, et l'état de confusion où reste encore cette remarquable famille. Des 
observations patientes , étendues graduellement au groupe entier, et aboutis- 
sant à une sorte de monographie générique, nous ont fourni sur ces plantes 


les éléments d'un travail à la fois organographique et systématique, dont nous 
nous bornerons à extraire ici les résultats les plus généraux. 


Un fait domine dans la classification naturelle des Guttifères, c'est limpor- 
tance capitale des caractères de la graine, et particulièrement de l'embryon. 
C'est donc par fà que nous devons aborder ce court expos. 

Le vrai fondateur parmi nous de l'analyse exacte des fruits et des graines, 
L.-C. Richard, à l'occasion des embryons qu'il appelait macropodes, figura le 
premier comme appartenant à ce groupe l'embryon d'un Clusia de la 
Guyane qu'il appelle C7. palmicida (Cl. alba Choisy pro parte, non L.). 
Il y fit voir une énorme tigelle (vulgo : radicule) ét deux très petits cotylédons. 
Retrouvé par Turpin chez le Clusia rosea, ce caractère fat pourtant presque 
toujours méconnu, on peut même dire presque oublié, et nous le restituons, 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861, 27 


en quelque sorte, en le signalant comme un trait général des Guttiferes-Clu- 
siées, c’est-à-dire de la tribu qui renferme tous les genres à fruits régulière- 
ment déhiscents, avec une placentation axile. j 

D'autre part, un observateur émérite, le classique carpologiste Gærtner, 
avait, en décrivant et figurant les diverses graines de Garcinia, considéré 
comme un albumen certaine région corticale de l'embryon, et comme em- 
bryon indivis une portion centrale de la masse embryonnaire. A.-L. de Jussieu 
soupconna l'erreur; il comprit, avec sa sagacité habituelle, qu'il ne devait pas 
y avoir là d'albumen, mais il crut voir dans le prétendu embryon du Garci- 
nia la trace de la commissure de deux gros cotylédons soudés en une seule 
masse : cette vue inexacte, partagée par Du Petit-Thouars, est celle que l'on 
reproduit dans tous les livres, sauf les cas où l'on a pris pour la tigelle méme 
la portion interne de l'embryon, et comme cotylédons soudés la portion péri- 
phérique. 

La vérité sur cette structure se trouve consignée dans des notes et des des- 
sins faits il y a plus de quinze ans par l'un de nous (grâce à l'herbier de sir 
William Hooker) sur l'analyse des graines du Moronobea coccinea et d'un 
Rheedia inédit (Ah. Gardneri Planch. mss. Brésil, Gardner). La partie 
corticale de la tigelle est là, comme d'ordinaire dans le groupe, toute parse- 
mée de canaux résinifères flexueux ; la partie centrale ou médullaire est dé- 
pourvue ou à peu prés de ces cryptes résiniféres, Une étude attentive des 
graines d'un autre Rheedia (Rh. edulis Nob., Calophyllum edule Seemann) 
nous a fait voir, dans cette partie interne de la tigelle, des cellules polyé- 
driques gorgées de fécule et, tout autour, une sorte d'étui médullaire renfer- 
mant des vaisseaux ponctués. 

A côté de ces embrvons macropodes dont la tigelle forme la masse princi- 
pale, les deux tribus des Calophyllées et des Quiinées nous présentent, comme 
on l'à déjà bien reconnu, des embryons construits sur le type le plus ordi- 
naire, savoir avec une petite tigelle (radicule) et deux gros cotylédons libres 
ou soudés. 

C'est en prenant pour base ces différences si remarquables dans la structure 
des embryons et en les combinant avec les caractères des fruits, déhiscents 
ou indéhiscents, à loges uni- ou pluri-ovulées, avec ceux de l'estivation, de la 
symétrie florale, etc., etc., que nous avons pu, sans créer un seul nom not- 
veau pour les tribus, limiter avec une précision évidente cinq de ces divisions 
primaires de la famille. On en trouvera plus loin les caracteres ainsi que l'in- 
dication de leurs genres constitutifs (1). 

Nous pourrions longuement nous étendre sur l'organisation des graines 
des Guttiféres. Celles de la tribu des Clusiées sont remarquables par la va- 
riété de structure de leur tégument externe. Tantôt ce tégument, dépourvu 


(4) Voyez plus bas, séance du 8 février. 


28 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

d'arille, a été décrit comme arille (Zovomita) ; tantôt il présente autour, et 
comme expansion de son exostome, un arillode en forme de caroncule lobu- 
lée-plissée, ou de membrane charnue plus ou moins réfléchie sur la graine 
(Pilosperma, Clusia, Quapoya, etc.). D'autres fois il existe un arille vérita- 
ble, expansion du funicule autour du hile (CArysochlamys) ; d'autres fois 
enfin, l'arille et l'arillode, confluents l'un avec l'autre sur un point, coexistent 
chez la méme graine (Æavetia). 

La position du raphé par rapport au placenta, sur laquelle on a voulu fon- 
der, dans de récents travaux, des caractères presque de premier ordre pour 
la classification, cette position du raphé offre, chez les Guttiféres-Clusiées, des 
divergences frappantes, méme chez des genres d'ailleurs conügus, et avec des 
ovules également suspendus dans la loge carpellaire. Chez l Havetia, le hile 
est au-dessous du micropyle et le raphé introrse ; chez le Pilosperma Nob., 
le hile est au-dessus du micropyle et le raphé extrorse. Dans ce dernier cas, 
l'ovule est évidemment résupiné. 

L'estivation des piéces florales est encore un de ces caracteres dont on au- 
rait tort d'exagérer l'importance chez les Guttifères. Ce caractère, parfois 
constant chez telle tribu (ex. Moronobéées), devient variable entre genres 
voisins et même chez la méme espèce (Balboa membranacea Nob.). Jamais 
valvaire, souvent décussée, parfois quinconciale, cà et là convolutée, elle pré- 
sente, soit pour le calice, soit pour la corolle, des combinaisons et des pas- 
sages de l'un à l'autre de ces types; mais les détails à cet égard sont trop 
variés pour nous arréter plus longtemps. 

A l'égard de la symétrie florale, peu de familles offrent autant d'intérêt que 
les Guttiferes. L'étude approfondie de ces plantes, à ce point de vue, fourni- 
rait, nous en sommes sûrs, des éléments précieux pour la connaissance des 
rapports entre les lois de la phyllotaxie appliquées aux feuilles et bractées , et 
les lois encore si mal fixées de l'arrangement symétrique des pieces florales. 

La décussation, ou opposition avec alternance des paires successives qui se 
coupent à angles droits, telle est la régle fondamentale pour les bractées, les 
bractéoles et trés souvent pour les pièces calycinales et les pétales. C'est alors 
la continuation de la position des feuilles. On peut concevoir l'arrangement 
des piéces (feuilles ou phylles floraux) comme deux hélices parallèles, repré- 
sentées phyllotaxiquement par la fraction 1 /2. Ici donc, concordance entre 
l'arrangement des feuilles et celui des pièces externes de la fleur (T'ovomita, 
Havetia, etc.). ll y a, dans ces cas, répétition de verticilles des pieces de 
méme nature, absolument comme chez les Berbéridées, Papavéracées, Mé- 
nispermées et autres familles par lesquelles s'ouvre la série des Thalamiflores 
de De Candolle, 

Mais bientót les choses se compliquent. Le calice présente 5 pièces au lieu 
de ^ pièces sur deux rangs. Les pétales sont également au nombre de 5, quel- 
quefois avec un calice à 4 pièces décussées, et, chose presque inouie, on ob- 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 29 
serve parfois 5 pétales opposés à 5 sépales. Dans ce dernier cas, on croit un 
instant retrouver la loi phyllotaxique des feuilles d’après laquelle (suivant l'ar- 
rangement 2/5) la sixiéme piéce ou premier pétale devrait tomber juste sur 
la première piece de l'hélice ou premier sépale. Mais l'estivation contredit 
cette idée, en montrant que le pétale le plus externe n'est pas toujours opposé 
à l'un des deux sépales les plus externes. Nous nous expliquons plutót cette 
opposition des pétales aux sépales, en supposant une déviation légère dans le 
type fondamental de décussation des pièces florales, qui donnerait 4 sépales 
sur deux rangs, 4 pétales sur deux rangs, avec alternance binaire au fond, 
mais opposition quaternaire apparente, le tout compliqué par l'addition d'un 
sépale et d'un pétale supplémentaires dont la position varie, et qui seraient 
comme les acolytes de l'un ou de l'autre des sépales et pétales fondamentaux. 

Ailleurs reparait le type de symétrie florale le plus ordinaire chez les Dico- 
tylédones, savoir alternance des pétales avec les sépales, nombre quinaire des 
pieces, estivation parfois quinconciale, parfois convolutée, mais souvent mixte 
et complexe (Xanthochymus, Moronobéées). 

Dans ce résumé concis, nous supprimons à dessein bien des détails qui 
trouveront place dans la publication prochaine d'un mémoire spécial. Il sera 
curieux de montrer le parallélisme qui se manifeste, au point de vue des em- 
bryous, entre les Guttiféres et les Lécythidées, au point de vue de la symétrie 
florale, entre les Gutüferes et les Nymphéacées ; mais, sans parler méme de la 
merveilleuse diversité que présentent chez les Guttifères les organes de la re- 
production, on pourra tirer du tableau synoptique (1) des divisions et subdi- 
visions de la famille jusqu'aux sections de genres inclusivement, la conclusion 
cxw'il n'est peut-être pas de groupe de méme étendue qui, tout en restant très 
naturel, présente plus de variété dans son organisation. 


LA VRAIE NATURE DE LA FLEUR DES EUPHORBES EXPLIQUÉE PAR UN NOUVEAU GENRE 
D'EUPHORBIACÉES, par M. J,-E. PLANCHON. 


Deux idées contradictoires sont en présence relativement à la vraie signifi- 
cation de l'appareil floral des Euphorbes. D'une part, l'ancienne opinion lin- 
néenae, qui donne à ces plantes une fleur hermaphrodite et les classe dans la 
Dodécandrie. D'autre part, la théorie qui voit, dans la prétendue fleur herma- 
phrodite, une véritable inflorescence ; dans son soi-disant calice, un involucre 
commun à plusieurs fleurs; dans chaque étamine, une fleur måle monandre, 
articulée sur un pédicelle; enfiu, dans le prétendu pistil, une fleur femelle 
terminale, également articulée sur un pédicelle plus ou moins loug. 

Émise avec prudence, comme une hypothèse possible, par Lamarck et par 


(4) Ce tableau synoptique, qui servira de complément au rapide exposé que nous ve- 
nons de présenter, sera incessamment adressé par nous à la Société, de manière à être 
inséré dans le compte-rendu de la prochaine séance (8 février). 


30 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


A.-L. de Jussieu, étayée par Robert Brown de preuves aussi nettes qu'ingé- 
nieuses, adoptée, corroborée et développée par Adrien de Jussieu et par M. Ræ- 
per, dans des travaux restés célèbres, cette dernière théorie avait conquis, il 
faut le dire, l'assentiment à peu prés unanime des botanistes, lorsque feu 
Payer, et son disciple M. Baillon, sont venus récemment, au nom de l'orga- 
nogénie, ressusciter, avec une apparence de raison, l'ancienne vue de Linné. 

Nous sommes prét à reconnaitre hautement les services que l'organogénie 
a déjà rendus et peut rendre encore à la botanique. Mais, pour si précieux 
que soit un nouveau moyen d'investigation, il ne doit pas s'imposer au point 
de faire oublier lesanciens moyens, éprouvés par de longs succés. Des raisons 
d'analogie ou de morphologie, par exemple, peuvent bien contre-balancer ou 
méme faire mettre en doute des arguments organogéniques : car, en suppo- 
sant les faits de ce dernier genre exactement observés, leur interprétation peut 
laisser place à l'erreur. Aussi nous semblait-il un peu hardi, pour ne pas dire 
imprudent, de contredire sur le point qui nous occupe les plus hautes auto- 
rités, avant d'avoir détruit d'une facon évidente et sans réplique l'échafaudage 
de leurs arguments. 

Robert Brown, en particulier, dans le passage de ses General Remarks 
où il expose, avec sa sagacité habituelle, sa théorie sur la fleur des Eu- 
phorbes, Robert Brown, après des arguments divers, cite à l'appui, comme 
preuve décisive, l'existence d'un genre inédit d'Euphorbiacées de la Nou- 
velle-Hollande, dont les fleurs, tant les mâles que Ja femelle, renfermées dans 
un involucre évidemment analogue au soi-disant calice des Euphorbes, pos- 
sédent chacune, à léur point d'articulation sur leur pédicelle, un véritable 
calice. 

On pourrait dire avec raison qu'il ne faut pas jurer sur la parole du maitre, 
ce maître fût-il le sagace, le prudent, le profond auteur des General Re- 
marks. Mais, pour notre part, nous avons depuis quinze ans et plus, mieux 
qu'une telle parole ; nous avons pour garant de ce qu'il affirme, une preuve 
de fait, palpable, évidente, décisive. C'est le genre méme qui donne lieu à 


celte note, et que nous allons décrire d'abord en l'appelant Calycopeplus, 
comme pour dire Euphorbe à calice. 


CALYCOPEPLUS, gen. nov. (Euphorbiaceæ- Euphorbiec). 


Flores monoici. /nvolucrum commune urceolatum, ore quadrilobo, glan- 
dulis ħ scutelliformibus, subsessilibus , lobis introrsum interjectis. Inflores- 
centiæ mascula 4, involucri fundo sessiles, ejusdem lobis alternæ. Bracteæ 
involucrantes circiter A-5, inæquales, verticillato-fasciculatze , :estivatione im- 
bricatze, situ leviter vario. Flores masculi intra involucrum partiale 4-5, mo- 
nandri, bracteis tecti, singuli basi bractea primaria bracteolisque 2 secunda- 
riis lateralibus stipati, perianthio destituti. Staminis filamentum brevissimum, 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1864. 31 


subnullum, cum pedicello longiusculo (filamenti vicem gerente) articulatum, 
ad articulationem nudum, in connectivum abiens. Antheræ extrorsæ, ovato- 
oblonga, supra medium dorso affixa, loculis basi discretis, longitudinaliter 
dehiscentibus. los femineus (dum adsit) in inflorescentia singula solitarius, 
involucro communi fasciculisque florum masculorum 4 basi circumdatus, lon- 
giuscule stipitatus, cuim stipite articulatus (?), subsessilis, calyce (v. involu- 
cello proprio?) urceolato 5-6-lobo ovarium plus minus velante donatus, 
Ovarium subglobosum, stylis 3 brevibus coronatum, triloculare, ovulis in lo- 
culo quovis solitariis, sub processu membranaceo angulo interno affixis, pen- 
dulis, exostomio, ut in affinibus, in arillodium dilatato. 

Species unica : GALYCOPEPLUS EPHEDROIDES Nob. — Herba australasica, 
perennis (?), multicaulis, glaberrima, glaucescens, caulibus erectis, virgatis, 
ramosis, siccitate substriatis, aliis sparse foliatis, aliis (floridis) tantum ad no- 
dos squamis 2 oppositis, aridis, ornatis; foliis raris, oppositis, lineari-spathu- 
latis, integris, in petiolum sensim attenuatis ; involucris florigeris ad nodos 
geminis, oppositis, sessilibus v. subsessilibus, flores utriusque sexus v. mas- 
culos tantum foventibus. 

Hab. Swan-River, in ora occidentali Noyæ-Hollandiæ extratropicæ. Drum- 
mond in herb. Hooker. 

D’après la description qui précède, on pourrait croire, au premier abord, 
qu'il s'agit là du genre inédit auquel Robert Brown a fait allusion dans le 
passage que nous avons cité. Mais l'absence de calice chez les fleurs máles, et 
le peu d'évidence de l'articulation des étamines (ou fleurs monandres) et de la 
fleur femelle avec leur pédicelle, nous font penser que notre genre est un type 
particulier. 

Ici, du reste, pas plus que dans le genre inédit de Robert Brown, aucun 
doute ne peut rester sur la nature composée de la fleur apparente, ni sur sa 
parfaite analogie avec ]a prétendue fleur simple des Euphorbes. L'involucre 
est construit sur le même type et présente les mêmes glandes que l'Euphor- 
bia. Les fleurs mâles sont groupées en quatre faisceaux, qui représentent 
^ ombelles alternes avec les lobes de l'involucre ; la fleur femelle, entourée de 
ces quatre faisceaux de fleurs máles, est le centre et le terme de la cyme 
dont ces dernières font partie. Chaque fleur mâle se compose d'un pédicelle 
assez long pour simuler un véritable filet, et d'un filet tellement court qu'on 
pourrait le dire presque nul, confondu comme il l'est avec le connectif de 
l'anthére ; mais une articulation placée presque immédiatement sous l’anthère 
marque la limite de ce filet et du pédicelle. La fleur femelle (dont certains 
involucres n'offrent pas de trace) présente un ovaire plus ou moins saillant 
hors de l'involucre commun, mais, de plus, enveloppé d'un urcéole à 5 ou 
6 lobes, qui s'appliquent exactement sur sa partie inférieure. Cet urcéole est 
d'ailleurs porté sur un pédicelle plus ou moins long. N'ayant pu vérifier pour 
le moment si l'articulation dela fleur femelle sur le pédicelle se trouve au- 


32 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

dessous où au-dessus de l'urcéole, la nature de ce dernier reste quelque peu 
indécise. Si l'articulation est au-dessus, entre l'ovaire et l'urcéole, l'urcéole 
semble devoir être un involucelle; si l'articulation était au-dessous de l'urcéole, 
ce dernier organe serait un calice (nous penchons vers cette dernière idée). 
Mais l'une et l’autre interprétation laissent incontestable l'idée principale et 
véritablement intéressante, savoir : que l'ensemble d'organes compris dans 
l'involucre caliciforme est une inflorescence monoique et non une fleur her- 
maphrodite. C'était là l'objet réel du débat ; c'est de ce probléme que le nou- 
veau genre donne une évidente solution. 


M. Brongniart demande à M. Planchon si les fleurs mâles qu'il a 
examinées étaient adultes, et fait observer que, dans le cas con- 
aire, M. Planchon pourrait avoir eu sous les yeux une plante déjà 
signalée par Rob. Brown, et dont les pédicelles sont articulés, mais 
chez laquelle ces organes n'auraient pas encore pris leur dévelop- 
pement dans la partie inférieure aux bractées. 


M. Planchon répond qu’il a dù examiner les fleurs mâles dans 


le bouton, et qu'il n'a pas aperçu de trace d'articulation dans le 
pédicelle. 


M. Moquin-Tandon présente à la Société plusieurs fragments de 
Mussenna, tels qu'on les trouve en Abyssinie dans le commerce, 
et ajoute ce qui suit : ` 

J'ai déjà dit, dans notre séance du 14 décembre dernier, que le Mussenna 
ou Moussenna (aussi appelé Bessenna, Boussenna, Aboussena) est une écorce 
qui jouit dans l'Orient d'une grande réputation comme authelminthique, et 
qu'on l'emploie surtout contre le ténia, 

Dans la méme séance, M. Brongniart nous a entretenus du végétal, fort peu 
connu, auquel elle appartient. C'est une Légumineuse, l' Albizzia anthelmin- 
thica Ad. Brongn. (Bessenna ? anthelminthica A. Rich.). 

Les morceaux d'écorce que je mets sous les yeux de la Société m'ont été 
donnés par M. Antoine d'Abbadie; ce sont des plaques de 12 à 25 centimè- 
tres de longueur, sur 3 à 4 de largeur, et dont la plus grosse offre 6 millime- 
tres d'épaisseur. Ces plaques sont oblongues, irrégulières et un peu en forme 
de tuile. Leur surface est lisse, trés peu fendillée et d'un gris roussátre tirant 
sur le verdâtre dans les endroits dénudés. L'intérieur est jaunâtre pâle, d'ap- 
parence assez fibreuse. 

Celte écorce se rompt sans effort; elle présente une cassure homogène, un 
peu grenue, comme spongieuse, d'un blanc jaunâtre. On peut la pulvériser 
facilement, surtout si l'on a soin d'en ôter le liber. 


Odeur nulle, du moins dans les échantillons secs. Saveur non désagréable, 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 33 
à peine astringente, tres peu amère, laissant dans l'arriére-gorge une sensa- 
tion comme aigrelette. 


M. J. Gay annonce que M. C.-C. Babington a récemment fait 
connaitre à la Societé Linnéenne de Londres la découverle de 
l'Isoétes Hystrix dans l'ile de Guernesey, où cette plante a été 
trouvée, en juin dernier, par M. G. Wolsey, à l'endroit nommé 
l'Ancresse-Common. 

M. Brongniart rappelle qu'il existe un Zsoétes sur la côte de 
Coromandel (I. coromandelina Wilid.). 


M. A. Gris, vice-secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressóe à la Société : 


OBSERVATIONS SUR LES DOURGEONS ET SUR LES FEUILLES DU LIRIODENDRON TULIPIFERA, 
pr M. A. GODRON. 


(Nancy, décembre 1860.) 


Il n'est pas de botaniste qui, en fixant pour la première fois son attention 
sur les feuilles du Tulipier, n'ait été frappé de la forme exceptionnelle qu'elles 
présentent à leur sommet. L'étonnement augmente si l'on étudie ces mêmes 
organes dans les autres genres de Magnoliacées, qui tous possèdent des feuilles 
aiguës, obtuses ou acuminées. Cependant, en disséquant leurs bourgeons, on 
s'assure immédiatement qu'ils sont stipulaires et emboités les uns dans les 
autres dans presque toutes les plantes de cette famille, sans en excepter ceux 
du Liriodendron Tulipifera, qui ne. s'écartent pas essentiellement du plan 
général d'organisation suivant lequel sont disposés ces organes dans toutes les 
Magnoliacées stipulées. 

D'où vient donc que, dans le Tulipier, les feuilles sont tronquées ou plutôt 
largement émarginées à leur sommet, contrairement à ce qu'on observe dans 
toutes les autres espèces du méme groupe naturel? Nous pensons avoir re- 
connu la cause de cette différence dans une particularité que nous montre le 
bourgeon du Œulipier. 

Mais, pour bieu comprendre ce que nous avons à exposer à ce sujet, il est 
indispensable, tout d'abord, de décrire avec quelques détails la disposition 
curieuse et instructive du bourgeon de ce végétal arborescent. 

Lorsqu'on étudie ce bourgeon, on constate qu'il est porté sur un entre- 
nœud plus ou moins court, qu'il est ovoide ou oblong, comprimé latéralement, 
compléteuent clos par une membrane verte qui l'enveloppe et dont nous indi- 
querons bientót la signification morphologique, connue, du reste, depuis long- 
temps. Si ce bourgeon sort de l'aisselle d'une des feuilles inférieures d'un 


rameau de l'année (fig. 1, a), il est presque toujours supporté par un entre- 
T VIIL 3 


94 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nœud long de quelques millimètres, qui, à son sommet et à son côté interne 
par rapport à l'axe principal, c'est-à-dire àla base méme du bourgeon, porte 
une feuille incomplétement développée (fig. 1, 5), dont le limbe reste petit et 
ordinairement sans lobes latéraux. Si l'on examine un bourgeon placé plus 
haut sur le méme rameau (fig. 1, o^, l'entre-nceud qui le porte est raccourci 
et ne présente plus à son sommet de véritable feuille, mais un pétiole gréle, 
rudimentaire (fig. 1, 0’), promptement caduc et laissant à son point d'inser- 
tion une cicatrice petite, mais indélébile, Les bourgeons axillaires qui suivent 
(fig. 1, a”, a”, a!!!) sont fixés sur des entre-nœuds de plus eu plus petits, et 
la feuille n'est plus représentée que par un filet court et caduc, ou méme par 
un simple tubercule à peine visible (fig. 1, b”). Ainsi, au fur et à mesure que 
les bourgeons axillaires sont plus brièvement stipités, la feuille s'efface de plus 
en plus. A quoi tient cet avortement progressif aux différents nœuds d'un 
méme rameau, suivant leur rang de superposition ? Il nous semble qu'on peut 
l'attribuer à ce que la feuille dont il est ici question se trouve de plus en plus 
resserrée entre le rameau et le bourgeon à la base duquel elle s'insère. La 
compression serait donc, à notre avis, la cause de cet avortement progressif 
qu'elle éprouve. Les bourgeons du Liriodendron vont nous fournir encore un 
deuxième exemple, plus important que le premier, des elfets de la compression. 

Si l'on attend que le bourgeon (fig. 1, a, o', a”), qui porte à sa base cette 
feuille rapetissée ou ce rudiment de pétiole, ait acquis tout son développement, 
on voit bientót l'enveloppe foliacée qui l'emprisonne se séparer en deux fo- 
lioles qui s'écartent Pune de l'autre et entourent entièrement par leur base 
l'axe du bourgeon, Ces deux folioles ne sont pas autre chose que les stipules 
de la feuille à demi développée ou du pétiole plus ou moins rudimentaire ; 
ces stipules se développent normalement dès leur origine, et ne subissent pas 
l'arrêt de développement qui frappe la feuille à laquelle elles appartiennent. 
C'est que, placées latéralement, rien ne gêne leur accroissement ; elles s'a- 
grandissent méme encore après s'étre séparées l'une de l'autre, puis elles se 
flétrissent et tombent sur le sol. 

Mais, du moment où les stipules d'un bourgeon (fig. 4, e, e"), primitive- 
ient agglutinées par leurs bords, ont rompu l'adhérence qui les unissait l'une 
à l'autre, on voit distinctement que la vésicule qu'elles formaient renferme une 
nouvelle enveloppe foliacée semblable à la premiere (fig. 4, f) mais moins 
grande, une nouvelle feuille encore peu développée (fig. 4, g) et un petit 
bourgeon placé à l'aisselle de cette méme feuille (fig. 1, a". Celle-ci est 
alterne avec la précédente et s'insére du côté opposé de l'axe; elle est tou- 
jours munie de son limbe plié en deux suivant sa longueur ; elle nous offre 
son échancrure terminale et ses deux lobes latéraux, mais elle est d'abord 
renversée sur elle-même par la courbure de son pétiole (fig. 2, k); son limbe 
indupliqué es! accolé à l'une des faces latérales de l'enveloppe stipulaire, à 
laquelle elle est associée, et son sommet tronqué (fig. 2, m), dirigé en bas, cor- 


NEU 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 35 


respond à une rainure formée par la base d'une des stipules et par l'axe, et 
reste parallèle à cette rainure. Cette feuille dégage bientôt son limbe, qui se 
déploie; son pétiole se redresse; elle s'accroit rapidement, 

En incisant les deux bords saillants de la deuxième enveloppe herbacée 
(fig. 1, f) qu'on a découverte dans la première, on constate qu'elle est, comme 
cette dernière, formée par l'adhérence de deux stipules, et que celles-ci ap- 
partiennent, comme leur insertion le prouve, à la feuille que nous venons de 
voir se développer (fig. 4, g), et l'on trouve de nouveau dans l'intérieur de 
cette seconde enveloppe stipulaire une troisieme enveloppe du méme genre 
et une troisième feuille en voie de développement, indupliquée , réfléchie 
comme la seconde (fig. 2, 4), et portant aussi uu petit bourgeon à son aisselle. 

En continuant à ouvrir ainsi les enveloppes stipulaires qui s'emboitent in- 
définiment les unes dans les autres, on y observe toujours les mémes organes 
de plus en plus rudimentaires ; mais, dans Ja troisième ou dans la quatrième, et 
aussi dans les suivantes, on trouve déjà le limbe de la feuille qui y est in- 
cluse ayant acquis sa forme définitive, et son sommet tronqué est engagé 
étroitement au fond de la rainure dont nous avons parlé. Cette nouvelle 
feuille n'a pu étendre au delà de cette rainure le sommet de son limbe, d'oü 
résulte la forme tronquée que ce limbe indupliqué affecte ; ce sommet s'est 
moulé, pour ainsi dire, sur l'obstacle qui s'oppose à tout développement uul 
térieur. 

Les arréts de développement par compression jouent, ce nous semble, en 
organogénie, un róle bien plus important qu'on ne l'a pensé jusqu'ici, et nous 
espérons en faire connaitre bientót de nouveaux exemples. 


Explicalion des figures (Planche I de ce volume). 


Fig. 1. Représente un rameau de l'année en voie de développement et montrant ses 
différents bourgeons axillaires. 
a, a, a" a/", q^, bourgeons axillaires. 
b, petite feuille placée au-dessous du bourgeon axillaire inférieur du ramean. 
b’, b", filet ou tubercule représentant un pétiole avorté. 
c, pétioles de feuilles normales complétement développées. 
d, cicatrices laissées par les stipules caduques. 
e, e/, stipules étalées. 
f, bourgeon stipulaire clos par l'adhérence des stipules. 
g, feuille sortie de l'enveloppe stipulaire, encore indupliquée et se redressant. 
Fig. 2. Représente un bourgeon stipulaire dont la stipule antérieure a été enlevée 
pour montrer la jeune feuille réfléchie par la courbure de son pétiole. — 
h, stipule postérieure. 
i, cicatrice laissée par la stipule antérieure enlevée. 
k, position de la feuille renfermée dans l'enveloppe stipulaire et indupliquée, 
l, son pétiole. , 
m, bord de la troncature de cette même feuille. 
n, nei stipulaire renfermée dans la première et placée derrière la 
Fig. 3. Représente les mémes faits que la fig. 2, mais sous une autre face ; l'enve- 
loppe stipulaire n est placée devant la feuille Kk. 


36 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. Brongniart dit que Mirbel et M. Trécul ont déjà fait connaitre 
la disposition que présente la feuille du Tulipier dans le bour- 
geon. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de l'extrait suivant 
d’une lettre qui lui a été adressée par M. Duval-Jouve : 


Strasbourg, 22 janvier 1861. 
Mon cher confrère, 

L'article de nos statuts qui établit que la Société a pour objet de faciliter 
les études et les travaux de ses membres, m'engage à vous adresser la de- 
mande suivante : 

Toutes les fois que j'ai à parler de Cryptogames vasculaires, de Fougères 
par exemple, en plein état de........., c'est précisément là que me manque le 
mot, Floraison et fleur me paraissent supposer fruit et fructification ; maturité 
ne convient pas mieux ; anthése a un autre sens. Je ne sais donc comment 
dire pour exprimer l'état d'une Fougère au moment où a lieu l'émission des 
spores. 

S'il existe un mot, veuillez, je vous prie, me l'indiquer. Si, au contraire, 
il n’en existe pas, ayez l'obligeance de demander à nos savants confrères si 
SPOROSE (de crop et &orc, action d'expulser, de chasser) leur paraitrait un 
terme convenable. On pourrait alors dire aisément et sans circonlocution : la 
sporose a lieu à tel moment de l'année, etc. 


Les membres présents reconnaissent unanimement qu'il n'existe 
pas jusqu'à présent, dans le langage botanique, de terme spécial 
pour désigner l'état d'une Fougére au moment de l'émission des 
spores, mais les avis sont partagés sur l'opportunité de la création 


du mot nouveau, d'ailleurs heureusement choisi, que propose 
M. Duval-Jouve. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la communi- 
cation suivante, adressée à la Société : 


. NOUVEL APERÇU SUR LA THÉORIE DE L'INFLORESCENCE, par M. D, CLOS (fn) (1) 


Des inflorescences mixtes. — Ce groupe d'inflorescence, proposé par De 
Candolle et admis par la plupart des auteurs de traités didactiques, me pa- 
rait devoir être entièrement supprimé, les divers représentants de cette caté- 
gorie appartenant par toute sorte de droits, les uns aux inflorescences définies, 


(1) Voyez plus haut, p. 11. 


^ 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 37 


les autres aux indéfinies. Voyons d'abord ce qu'il faut penser de l'inflores- 
cence des Labiées, qui semblent avoir surtout déterminé l'immortel genévois 
à la création de ce groupe. 

Si l'inflorescence indéfinie est celle dont l'axe principal ne se termine jamais 
par une fleur, elle réclame la plus large part des inflorescences des Labiées. 
Elle les réclamerait même toutes, si dans certains genres (Galeopsis, etc.) ou 
seulement dans certaines espèces, les faux- verticilles, au lieu d’être à l'aisselle 
de bractées, n'étaient accompagnés de feuilles florales. Dans ce dernier cas, 
ohaque moitié de faux-verticille constitue comme une inflorescence distincte, 
c'est-à-dire une cyme azillaire déterminée (1). Lorsque, au contraire, cha- 
que demi-verticille est à l'aisselle de bractées, on a des panicules spiciformes 
indéterminées (Lavandula Spica L. et L. Stechas I., Mentha silvestris L. et 
autres, etc.), et des capitules indéterminés rameux (Teucrium pyrenaicum L.), 
des panicules indéterminées (plusieurs espèces de Sauges) et quelquefois des 
grappes simples indéterminées, une seule fleur occupant la place d'un demi- 
verticille (quelques pieds de Z'eucrium Botrys L., de Salvia patens Cav.). 
On objectera peut-être que ces pédoncules simples axillaires portent deux 
bractéoles qui sont comme l'indice d'une ramification ultérieure : mais, mal- 
gré le sentiment contraire de plusieurs auteurs, et en particulier de M. Roper 
(in Seringe, Mélang. bot., t. I, p. 90), je ne saurais accorder à ce caractere 
une valeur quelconque. Je trouve ces pédoncules aussi bien déterminés que 
le sont ceux d'une grappe de Scille, et l'on sait que dans beaucoup de grappes 
rangées par les botanistes dans les grappes indéterminées ( Gladiolus, 
Scilla, etc.), chaque pédoncule a 3 bractéoles à sa base (2). 

Des inflorescences définies. — Si le caractere de l'inflorescence indéfinie 
se tire uniquement de l'axe primaire, il en est ainsi de l'inflorescence définie 
où l'axe principal doit se terminer per une fleur. C'est parce qu'on n'avait 
guère admis d'autre inflorescence définie que la cyme, méconnaissant l'indis- 
pensable nécessité de la répétition des mêmes termes dans les deux grandes 
divisions de l'inflorescence admises par M. Reeper, que les botanistes ont été 


(1) Je suis le premier à reconnaître que cette distinction de l'inflorescence des Labiées 
en définie et indéfinie, suivant que l'on a des feuilles florales ou des bractées, n'est rien 
moins que philosophique; elle n'est pas méme tranchée, car on passe par des degrés 
insensibles de la feuille à la bractée, Maís n'en est-il pas ainsi de la plupart de nos 
divisions en histoire naturelle? Qui pourrait fixer la limite entre la grappe et l'inflo- 
rescence composée de pédoncules simples à l'aisselle de feuilles? 

(2) On lit dans les Leçons de Botanique d'Aug. de Saint-Hilaire, p. 314 : « M. De 
Candolle ...ayant reconnu qu'une méme inflorescence pouvait étre indéfinie par l'axe 
primaire et définie par l'axe secondaire ...a établi une troisième division, celle des inflo- 
rescences mixtes. » À mon sens, tous les épis indéfinis, toutes les grappes indéfinies, 
tous les capitules indéfinis offrent ce caractére. MM. Bravais me paraissent avoir raisonné 
à l'inverse de ce qu'il convient de faire en histoire naturelle, lorsqu'ils hésitent à 
admettre l'absence réelle de bractées latérales aux pédicelles des Ombellifères, des 
Dipsacées, des Synanthérées, des Primulacées, des Globulariées, etc., où l'on n'en voit 
cependant pas la moindre trace (loc. cit., t. VIII, p. 12). 


38 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


conduits à admettre ce groupe disparate d'infloréscences mixtes. Aug. de 
Saint-Hilaire, décrivant l'inflorescence du Troéne (classée par Adr. de Jussieu 
dans les inflorescences mixtes, Cours d'hist. nat., 17° édit., p. 184 et 185), 
arrive à cette conclusion : « Ainsi nous avons ici, contre les principes qui ont 
été établis, des panicules avec une inflorescence définie » (Leçons de Bót., 
p. 316); et plus loin : « chez le Rubus fruticosus, il y a tantôt grappe et tan- 
tôt panicule, et cependant l'inflorescence est définie » (757d., p. 317). Ce pro- 
fond naturaliste rapporte aussi à cette inflorescence la grappe du Lilium can- 
didum, le corymbe du Viburnum Tinus (ibid.) Adr. de Jussieu cite €t 
figure comme exemple d'inflorescence mixte une grappe déterminée d'une 
Campanule (Zoc. cit., fig. 199). Mais, dans le genre Campanula, Vinflores- 
cence, toujours définie, est variée à l'infini, et pour ceux qui ne pourraient 
observer les faits sur les plantes en nature, je signalerai quelques figures du 
Corollarium de Tournefort bien propres à en donner une idée : ainsi le Campa- 
nula pauciflora (t. 26) etle C. tubulosa (t. 32) ont de longs rameaux terminés 
chacun, comme l'axe primaire, par une fleur, les fleurs axillaires faisant défaut ; 
le C. ptarmicæfolia (t. 25) et le C. stricta (t. 28) ont des grappes de fleurs 
axillaires solitaires; le C. corymbosa (t. 30) a ses fleurs en corymbe, et le 
C. parviflora (t. 29) une panicule terminée. 

Les épis et les grappes définis me paraissent se préter à une subdivision 
parfaitement naturelle. Ou bien ils ont une fleur terminale qui s'épanouit la 
première avec d'autres fleurs axillaires toutes de seconde génération et dont 
l'épanouissement marche de bas en haut ; ou bien, formés par une série d'usur- 
pations, ils ont toutes leurs fleurs opposées aux bractées et représentant une 
suite de générations, Dans ce second cas, les fleurs seront unilatérales, dis- 
tiques ou polystiques. 

. Une troisiéme modification de ces grappes et de ces épis terminés se mon- 
tre dans la famille des Caryophyllées, et en particulier dans plusieurs espèces 
du genre Silene, où elle a été bien décrite par M. Godron (Observations cri- 
tiques sur l'inflorescence, p. 13 et 17). On y voit let je citerai comme exém- 
ples le Silene gallica L., le S. nocturna L. et le S. imbricata Desf.) des 
grappes et des épis unilatéraux représentant des sympodes, et chez lesquels 
cependant les bractées qui accompagnent les fleurs sont opposées comme les 
feuilles de la tige. 

Les termes grappe et ép? doivent être réservés pour des cas où des pédon- 
cules simples uniflores ou des fleurs sessiles sont étagés le long d'un axe 
commun réel ou apparent ; et il faut rejeter les expressions épis composés, 
grappes composées, pour leur préférer celles de panicules spiciformes, pani- 
cules racémiformes ; c'est d'ailleurs rester fidèle aux définitions données par 
Linné t Racemus, pedunculo communi pedicellisque lateralibus instructo. — 
Spica, floribus sessilibus alternis, pedunculo communi simplici (rachi) ad- 
fixis. A vrai dire, les dénominations d'épis et de grappes composés devraient 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. 39 


s'appliquer aux épis et aux grappes définis d’usurpation; mais mieux vaut, 
ce me semble, les abandonner afin d'éviter toute amphibologie. 

Quant au mot cyme, qui, dans la théorie de.M. Rœper, est en quelque 
sorte synonyme d'inflorescence définie, il doit perdre, selon moi, sa signifi- 
cation, si je puis dire, ordinale, pour n'avoir plus qu'une valeur spécifique. 
C'est ainsi que, dans le groupe corymbe et dans le groupe panicule, on aura 
le corymbe défini dichotome ou en cyme, la panicule définie dichotome ou 
en cyme. 

Je n'ignore pas que, depuis le travail de M. Roper, dont les idées ont été 
justement préférées à celles que Turpin et Link avaient émises avant lui sur le 
méme sujet, plusieurs grands mémoires ont été publiés sur l'inflorescence, en 
1837, par MM. Bravais (voy. Ann. des Sc. nat., 2° sér. , t. VIT, p. 193 et 291, 
et t. VIH, p. 11), en 1843, par M. Wydler (voy. Linnæa, t. VII, p. 153), et 
tout récemment, en 1857, par M. Guillard (voy. Bullet. de la Société bot. 
de France, t, IV, p. 29, 116, 374, 152, 932). Ils témoignent tous de re- 
cherches longues et laborieuses, et ils sont infiniment utiles, envisagés à un 
point de vue purement scientifique; mais, d’après le dernier auteur cité, 
« MM. Bravais ont forgé un certain nombre de mots qui ne répondent pas 
assez, pour la plupart, aux idées générales qu'ils doivent représenter ; et ils 
ont en outre détourné arbitrairement les termes les plus usuels, épi, grappe, 
cyme, de leur sens généralement accepté » (loc, cit. p. 31). M. Wydlernes'est 
occupé que de l'inflorescence dichotomique ou en cyme. Quant à M. Guillard, 
il établit des principes nouveaux et une terminologie nouvelle. N'aura-t-il 
pas voulu opérer trop brusquement une réforme radicale ? J'ai toujours pensé 
qu'en fait de nomenclature, les changements doivent être gradués, et qu'à 
part quelques rares.exceptions, les dénominations nouvelles sont d'autant 
meilleures qu'elles s'éloignent moins des anciennes. J'ai cherché dans le pré- 
sent travail à me conformer au précepte d'Horace, à exprimer mes idées par 
de nouvelles associations de mots anciens, et à défaut d'autre mérite, il se dis- 
tinguera du moins par la sobriété en fait de néologisme. 


Tableau des divers termes de l'inflorescence. 


Inflorescence ou fleurs terminales. 
Inflorescence axillaire indéfinie : Vinca major L., Veronica persica Poir. 


/ INDÉFINI : Plantago, OEnothera biennis L., Verbena officinalis L. 
normal: Une fleur terminale, toutes les autres axillaires 
s’épanouissant de bas en haut : Specularia falcata Alph, 
: DÉFINI + 0 .. DC., Campanula pérsicifolia L, 
Epl «ia d'usurpation ou.) Silene gallica L., S. nocturna L., S. im- 
sympodique : { bricata Desf. et autres. 
droit : Clypeola. 
scorpioide : Heliotropium europæum L., Heliophytum in- 


» nemo dicum Alph. DC. 
\miæte : Myosotis stricta Link, 


hO SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


INDÉFINIE : Ribes rubrum L., Acer Pseudoplatanus L. 


normale : Campanula persicifolia L., Symphyandra cretica 
Alph. DC. 


A tion ou | Silene ciliata Pourr. et autres espèces. 
sympodique : | 


droite : Capsella Bursa-pastoris Mœnch, Cardamine et autres 
DE = 


DÉFINIE s.e 
Grappe ... 


Crucifères, Fraxinus Ornus L., Sicyos, Cyclanthera, Mattia 
glastifolia 6. Don., Helianthemum guttatum Mill., Om- 
phalodes linifolia Mænch. 

scorpioide : Symphytum officinale L., S. echinatum Ledeb. 
mixte : Myosotis intermedia Link, M. palustris With., Cy- 
\ noglossum pictum Ait, 
indéfini : Cerasus Mahaleb Mill. 
MES fers Drosophyllum lusitanicum Link. 
: droit : Iberis, Spiræa Reevesiana Lindl., 
de partition... | Bryonia alba L. 
subscorpioide : Solanum nigrum L, 
Corymbe... indéfini : Clerodendron. 
dichotome ou en cyme: Dianthus bar- 
| batus L. 
défini........{non dichotome: Campanula corymbosa 
COMPOSÉ . , , | Desf., Viburnum Tinus L., Trachelium 
cæruleum L. 
droit : Spiræa Fortunei Planch., Sambucus 
3 nigra Li, Sedum Telephium L. 
ge scorpioide : Heliotropium peruvianum L., 
H. grandiflorum L. 
indéfinie : Allium, Nerine, Chænomeles japonica Lindl. 
SIMPLE, + >. . 4 définie : Sparmannia; Chelidonium, Pelargonium. 
de partition : Cistus umbellatus L. 


Ombelie ... — ? (1). 
ASEET définie : Xanthosia hirsuta DC., X. tridentata DC. » lagaià 
cuminoides L. 
ti. partition : Feeniculum, Pimpinela, Ægopodium, 
INDÉFINIE : Rhus, Æsculus, Kælreuteria paniculata Laxm. 
( asymétrique : Ligustrum vulgare L., Campanula parviflora 
DÉFINIE , +»: Lam., C. patula L., C. lactiflora Bieb. 
Panieule... l dicholome o Qu en cyme : Gypsophila paniculata : L. 
DE PARTITION : Isatis, Borrago officinalis L., B: longifolia Poir., Philip- 
í podendron regium Poit., Spiræa Filipendula L., S. Ulmaria L. On la 


dira, suivant les cas : spiciforme, en thyrse, étalée, divariquée, uni- 
latérale, etc. 


INDÉFINI : Salix. 

DÉFINI ?, 

DE PARTITION : Populus, Juglans, 
(rem Anthemis, Trifolium. 
Capitale ... 4 DÉFINI 


DE PARTITION : Pyrethrum, Matricaria. 


Chaton, t... 


Je m'abuse peut-être sur la portée de cette esquisse d’une nouvelle classi- 
fication, mais elle me paraît avoir les avantages suivants : 


1° D'étre très simple, facile à saisir, et, par cela méme, utile dans l'ensei- 
gnement, 


(1) Voir dans le Bull. de la Soc. bot. de France, t. Hi, p. 74, m t titulée : 
L'Ombelle, inflorescence définie et indéfinie. : d X _ 


— 


SÉANCE DU 25 JANVIER 1861. hi 


2» D'offrir une parfaite correspondance des mêmes termes, 

3* De conserver les dénominations anciennes et d'éviter les inconvénients 
du néologisme. 

h^ De supprimer le groupe si disparate des inflorescences mixtes, et de 
maintenir la grande division des inflorescences définies et indéfinies. 

5° De dévoiler l'existence d'un groupe d'inflorescence, l'inflorescence de 
partition, jusqu'alors inconnu, et qu'il convient de placer sur la méme ligne 
que les inflorescences définies et indéfinies. 

6° De montrer que, si toutes les dispositions florales peuvent rentrer dans 
ces trois groupes, il est cependant plus logique d'étudier chacune des princi- 
pales formes de l'inflorescence en y établissant cette triple subdivision. 

7° De diviser la grappe et l'épi définis d’après le caractère du nombre 
d'axes qui les composent, formés tantôt seulement de deux axes (c'est l'état 
normal), et tantôt d'une suite d'axes superposés (sympode). 

8° De rapporter les inflorescences scorpioides à l'inflorescence de partition. 


M. Duchartre, secrétaire, donne leeture dé la note suivante, 
adressée à la Société : 


STIRPES CRYPTOGAM/E VOGESO-RHENANÆ, FASCICULUS XV. 


Les botanistes auxquels la cryptogamie est chère avaient lieu de craindre 
que la mort si regrettable du vénérable docteur Mougeot n'eüt mis fin à la 
publication des Stirpes cryptogamæ vogeso-rhenanc. Mais cet excellent re- 
cueil avait toujours été l'objet de sa prédilection. Avec une ardeur que la 
vieillesse n'avait nullement affaiblie, il réunissait encore, à ses derniers mo- 
ments, les matériaux qui devaient composer un nouveau fascicule. Cette be- 
sogne était avancée; cependant elle füt restée inachevée, si M. Antoine Mou- 
geot n'eüt regardé comme un devoir imposé à sa piété filiale de mettre la 
derniere main à un monument élevé, en quelque sorte, à la mémoire de son 
pere, Il a comblé les lacunes, vérifié l'exactitude des déterminations, rédigé 
les notes qui accompagnent chaque espéce, et nous a donné, par son travail, 
une nouvelle preuve qu'il est des familles privilégiées où la science et les ver- 
tus sont également héréditaires. 

La 15° centurie des Stirpes cryptogam«e vogeso-rhenanæ n'est inférieure, 
sous aucun rapport, à celles qui l'ont précédée. Elle se compose de 2 Fou- 
gères, 14 Mousses, 7 Hépatiques, 23 Lichens, 41 Champignons et Hypoxylons 
et 13 Algues. Parmi les raretés et les nouveautés qui y figurent, je citerai 
seulement les Sphagnum fimbriatum Schimp., Dicranum Muehlenbeckii 
Schimp., Andreæa petrophila var. robusta Schimp., Rhynchostegium de- 
pressum Schimp., Jungermannia potamophila Muell., Lejeunia calcarea Li- 
bert, Z. minutissima Dumort, , Pellia calycina Nees, Lecidea turgidula Fries, 


A2 | SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

L. myrmecina Fries, Xylographa flexella var. virescens Nyland, , Sphinctrina 
microcephala Nyland. , Spilomium pertusariæcola Nyland. , Sphæria molyb- 
dina Mont., S. Prachycladii Lacroix, Nectrina Rousseliana Mont. , Septo- 
ria Frangule Guép., S. Euphorbie Guép., Nemaspora Mougeoti Lacroix, 
Geastrum quadrifidum Pers., Himantidium Serra Bréb. 

Le portrait du docteur Mougeot, placé en téte de cette livraison, lui donne 
encore un nouveau prix. Il rappelle bien ses traits, mais ses amis n'y retrou- 
vent malheureusement pas cette expression pleine de finesse, d'esprit et de 
bienveillance, qui prétait un si grand charme à sa physionomie, 


R. LENORMAND, 
Vire, 23 janvier 1861, 


M: Éd. Prillieux, à l'appui de la communication faite par lui dans 
la derniére séance (1), met sous les yeux de la Société deux Orchi- 
dées en germination (Angrecum maculatum et un Neottia exotique), 
ainsi qu'un pied de Corallorrhiza, conservés dans l'alcool. 

M. Eug. Fournier montre les échantillons desséchés de Cirsium 


hybridum, de deux générations, dont il a parlé dans la dernière 
séance (2). 


(1) Voyez plus haut, p. 19. 
(2) Voyez plus haut, p. 10, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


MARS 1861 (1). 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Remarks on so-called woody and vascular fasciculi of 
Ferns (Remarques sur les faisceaux dits ligneux et vasculaires des 
Fougères); par M. George Ogilvie (The Annals and Magazine of natu- 
ral history, vol. VI, cahier de novembre 1860, pp. 313-330, avec deux 
planches gravées, 


M. Ogilvie rappelle d'abord, dans ce travail, qu'il a déjà publié des obser- 
vations sur le même sujet ( The Annals, etc. , cahier de décembre 1859) (2). I 
entre ensuite dans l'exposé de ses observations nouvelles, en regrettant de 
n'avoir pu consulter certaines publications faites sur l'anatomie des Fougères, 
notamment par M. Duval-Jouve ; d'ailleurs il assure n'avoir pu trouver nulle 
part d'observations méthodiques sur la structure des espèces de cette famille 
qu'il a examinées; cet examen lui parait d'autant plus important, qu'on pourra 
probablement, suivant lui, fonder sur les particularités anatomiques une clas- 
sification systématique des Fougères plus naturelle que celles qui ont été pro- 
posées jusqu'à présent. 

L'auteur s'est principalement occupé, dans ce mémoire, de la distribution 
qu'affecte, dans le rhizome et dans le pétiole des Fougères, la matière brune 
qui se développe à l'intérieur de certaines cellules. Dans quelques cas, l'au- 


(1) M. Duchartre, jusqu'ici exclusivement chargé de la rédaction de la Revue biblio- 
graphique, ne peut, en raison de ses occupations multipliées et par motif de santé, 
continuer à remplir cette mission, dont il s'est acquitté durant sept années avec autant 
de succès que de talent. Les vifs regrets que nous cause la retraite de notre habile et 
savant collaborateur ne peuvent manquer d'étre partagés par tous les lecteurs du Bulletin 
de la Société botanique de France. — Le Conseil d'administration, par une décision 
réglementaire, sanctionnée par la Société dans sa séance du 8 mars 1861, a autorisé les 
nouveaux rédacteurs de la Revue bibliographique à signer leurs articles. — Chaque 
série de Revue portera aussi dorénavant la date de sa publication. 

(Note de la Commission du Bulletin.) 

(2) Voy. le Bulletin, t. VII, p. 276. 


> v» 


hh SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


teur a pu observer, dans des cellules tapissées intérieurement par une couche 
peu épaisse de cette matière, la présence de grains de fécule ; il rapproche ce 
fait de ceux qui ont été observés dans le Lierre, le Banksia, et quelques rares 
Phanérogames. Les cellules endurcies par le dépôt brun forment tantòt des 
îlots fusiformes placés entre les faisceaux vasculaires, tantôt, et plus fréquem- 
ment, des bandes, des gaines ou des demi-gaines placées à leur périphérie. 
L'auteur décrit avec détail, dans les plantes qu'il a examinées, la consistance 
du parenchyme, laquelle est d'autant plus dure que le dépôt brun a été plus 
abondant. Mais, quel que soit l'état de ce tissu, il le considère toujours comme 
profondément différent du bois des Phanérogames, par les deux raisons sui- 
vantes : 4° parce que les cellules ligneuses des Fougères sont toujours séparées 
des vaisseaux par une couche de cambium intermédiaire et immédiatement 
appliquée sur les vaisseaux; 2° parce que le tissu constitué par ces cellules 
. n'est pas formé comme le vrai bois des Dicotylédones, par la couche de cam- 
bium, mais résulte de l'induration et de l'allongement progressifs des cel- 
lules du parenchyme. 
Le mémoire de M. Ogilvie se termine par l'énumération des espèces qu'il 
a observées, et l'indication des observations qu'il a faites sur chacune d'elles. 
Ce sontles Polypodium vulgare, P. Dryopteris, P. Phegopteris, P. alpestre; 
Polystichum Lonchitis, P. aculeatum; Lastrea Filix mas, L. dilatata, L. 
Oreopteris, L. cristata, L. Thelypteris; Athyrium Filiz femina, A. fonta- 
num; Asplenium marinum, A. Adiantum nigrum, A. lanceolatum, A. viride, 
A. Trichomanes, A. Ruta muraria, A. septentrionale; Woodsia ilvensis; 
Cystopteris fragilis; Adiantum Capillus Veneris ; Scolopendrium vulgare ; 
Ceterach officinarum; Pteris aquilina ; Allosurus crispus; Blechnum bo- 
reale; Trichomanes radicans; Hymenophyllum tunbridgense, H. Wilsoni; 
Osmunda regalis; Botrychium Lunaria; Ophioglossum vulgatum. Des 


figures, au nombre de 48, aident à l'intelligence des détails décrits dans le 
texte, 


EUGÈNE FOURNIER, 


Nota sulla morfologia e micrografia degli organi delle 
Cicadacee (Note pour servir à l'étude morphologique et microgra- 
phique des C'ycadées) ; par le professeur Pietro Savi (Journal 7/ Nuovo 


Cimento, XII* volume, cahier de novembre et décembre 1860; tirage à part 
en brochure de 8 pages). 


Les observations de M. Savi ont porté sur l Encephalartos horridus, les 
Zamia muricata et mexicana, les Dion aculeatum et edule, mais principale- 
ment sur le Cycas revoluta. Au commencement de sa note, l'auteur rappelle 
d'abord qu'il a annoncé au congrés des savants italiens, dans sa seconde 
séance tenue le 5 octobre 1839, que les Cycadées ont un mode de végétation 


| 4 Lal 


to cai 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A5 
particulier dans notre climat, et qu'il s'écoule toujours deux années après 
l'apparition d’un bouquet de feuilles, avant que leur bourgeon terminal en 
produise de nouvelles ; cependant, ajoute-t-il, la végétation ne s'arréte pas 
daus l'intervalle de ces deux années, puisque l'axe central s'allonge continuel- 
lement. L'auteur décrit ensuite les organes de la végétation dans les Cycadées 
qu'il a observées ; il distingue parmi eux les vraies feuilles et des organes beau- 
coup plus petits qu'elles, triangulaires-lancéolés, d'un brun clair, paraissant 
avant elles et destinés, selon lui, à les protéger. Il étudie la valeur morpholo- 
gique de ces organes et les compare à la ligule des Graminées. Il examine 
ensuite les organes de la reproduction, évite de discuter la nature controversée 
du gynécée, et s'en tient à l'étude des spadices, qu'il regarde, avec la plupart 
des auteurs, comme des feuilles imparfaitement développées. Étudiés au 
microscope, ces spadices lui ont paru creusés de nombreuses cavités superfi- 
cielles dépourvues de parois propres. Poursuivant les mémes observationssur 
les feuilles, M. Savi dit avoir reconnu, sur la page supérieure de leur limbe, 
des cellules dont les parois sont creusées de canalicules, ce qui les fait paraître 
perforées ; et. sur la page inférieure, des saillies équidistantes, creuses, au fond 
desquelles sont les stomates. Il s'appuie, pour ces observations, sur l'autorité 
de M. Amici, qui en a fait de semblables. Sa note se termine par l'examen 
microscopique du duvet qui recouvre les deux faces du spadice et la face 
inférieure des appendices cités plus haut; duvet qui présente des caractères 


différents selon les organes d’où il provient. 
E. F. 


Études sur la structure et le développement dc Ja 
fleur des Philésiacées; par M. le docteur H. Baillon (Recueil 
d'observations botaniques, cahier d'octobre 1860, pp. 44-49). 


Dans ce travail, l'auteur déclare d'abord qu'il s'est proposé de contrôler les 
opinions diverses émises par les auteurs sur la forme des ovules des genres 
Lapageria et Philesia. Il a dà pour cela suivre l'évolution florale complète 
de ces plantes, dont il a pu observer de nombreux individus dans les serres. 
Aussi décrit-il successivement l'ordre d'apparition des divers éléments de la 
fleur. D'aprés ses observations, les étamines ne doivent point étre considérées 
comme insérées sur le périanthe. Leurs anthères adultes sont creusées d'une 
cavité conique qui occupe à peu prés la moitié inférieure de la hauteur du 
connectif, et au fond de laquelle s'insére le sommet du filet, comme cela se 
voit dans le groupe des Tulipacées. Les ovules sont, en général, hémitropes, 
et présentent un arille vrai que l'auteur n'a pas encore vu signaler dans ces 
plantes. Son travail se termine par le tableau parallélique des caractères diffé- 
rentiels que présentent les genres PAilesia et Lapageria. 

E. F. 


A6 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Remarques sur landrocée des Asarum et sur des 
appendiees qui tiennent la place des pétales dans 
VA. europæumn ; par M. le docteur H. Baillon (Recueil d'obser- 
vations botaniques, cahier d'octobre 1860, pp. 55-57). 


Dans cette note, l'auteur, qui a étudié avec soin l'organogénie des Asarum 
canadense L. et A. europæum L., expose qu'il a aperçu dans la fleur de cette 


dernière espèce trois petites languettes alternant avec les sépales, et qui tiennent 
la place d'une corolle. 


E. F. 


Notes on the Germination of ecrtain species of Cyr- 


tandreæ (Remarques sur la germination de quelques espèces de Cyrtan- 

drées) ; par C. -W. Crocker (Journal of the proceedings of the Linnean 

Society, vol. V, cahier de novembre 1860, p. 65). 

Les observations de M. Crocker ont été faites au jardin de Kew, princi- 
palement sur le Streptocarpus polyanthus Hook. D’après ses observations, les 
graines de cette espèce et d'autres espèces voisines germent au bout d'une 
semaine environ et produisent deux cotylédons d'abord égaux ; l'un des deux 
prend un développement énorme, et devient cette feuille étalée à la surface du 
sol, a l'aisselle de laquelle naissent les liampes florales. L'auteur a observé une 
inégalité de développement analogue, quoique moins prononcée, dans d'autres 
espèces de la méme famille. Son mémoire est accompagné d'une planche qui 


représente la germination des Srreptocurpus polyanthus, S. Rexii et 
S. biflorus. 


E. F. 


Recherches sur la distribution den matières minérales 
fixes dans les divers organes des plantes ; par M. L. Gar- 


reau, docteur-ès-sciences (Ann. sc. nat., * Vine; t VII, pp. 145-218, 
avec une planche gravée). 


Dans ce travail, M. Garreau s'est proposé de rechercher, à l’aide d'expé- 
riences suffisamment nombreuses, les principales causes qui concourent à la 
distribution des matières minérales fixes dans les divers organes des 
plantes, et d'étudier ces matieres tant sous le point de yue de leurs quantités 
comparées au poids de l'organe d’où elles proviennent, que sous celui du rôle 
qu'elles jouent dans le végétal. Il a pensé que l'organe qu'il convenait le mieux 
de choisir pour premier sujet de ses études était l'embryon pris dans Ja graine 
méme, à l'époque où il n'a encore rien perdu par évaporation ni rien acquis 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A7 


en dépóts de diverse nature. Sur la plante adulte, M. Garreau a répété plu- 
sieurs observations de Th. de Saussure, en les étendant et les complétant. 
D'aprés ses observations, la proportion des sels est plus grande dans les fibres 
radicales anciennes que dans les jeunes; dans les tiges monocarpiques, elle 
augmente jusqu'a la floraison et décroit ensuite jusqu'à la maturité des 
graines ; dans les végétaux ligneux, elle parait d'autant plus abondante qu'on 
examine un mérithalle plus jeune ou une couche concentrique plus extérieure. 
Quant aux feuilles, les matières minérales s'y accumulent pendant toute la durée 
de leur vie, et cela dans toutes les feuilles, qu'elles soient aériennes ou sub- 
mergées, minces ou charnues; les plantes cellulaires aquatiques se comportent 
à cet égard comme les feuilles. Leurs pétioles contiennent plus de sels que les 
nervures, et les nervures plus que le parenchyme. Les ovules, étudiés peu 
apres la fécondation, en renferment plus du double de ce qu'en présentent les 
graines mûres, 

Passant à l'étude chimique des sels dont la quantité absolue ou relative a été 
évaluée par les expériences précédentes, M. Garreau donne l'exposé des 
méthodes qu'il a employées pour le dosage de chacun d'eux. Il examine la 
nature de ces produits suivant les périodes et suivant les organes dans les- 
quels il les a rencontrés, et conclut de ses observations que les matiéres 
minérales fixes contenues dans l'individu végétal qui vient de naître et qui 
s'accroît à l'abri du contact des agents extérieurs, sont d'une tout autre 
nature que celles de l'individu qui a parcouru les phases diverses de sa végé- 
tation. 

Le mémoire de M. Garreau est divisé en deux parties : nous venons d'ana- 
lyser la première. La seconde donne beaucoup plus que ne promettait le titre. 
L'auteur y étudie les fonctions de la matière azotée des plantes, et décrit d'abord 
avec détail des particularités anatomiques observées par lui avec prédilection 
depuis dix ans ; ce sont : une pellicule membraneuse qui entoure le nucléus ; 
des processus du nucléus dirigés vers la paroi de la cellule et susceptibles de se 
constituer en canaux contractiles dans lesquels circule un fluide granuleux ; 
un réseau vasculaire continu avec ces canaux, et placé dans la: membrane 
interne de la paroi cellulaire (utricule primordiale de Mohl), d'où il commu- 
nique avec les canaux des cellules adjacentes. Eusuite sont développées des 
considérations physiologiques sur la circulation qui s'effectue dans ces canaux, 
sur la couleur du liquide, opaque dans les végétaux à latex blanc, jaunâtre 
dans le Chelidonium, et sur la vitalité de tout l'appareil. L'auteur se livre 
ensuite, sur le paralléle des végétaux et des animaux, à des réflexions où 
nous ue pouvons le suivre, et d’où nous extrairons seulement la conclusion 
suivante : i 

« D’après les faits consignés dans ce travail, la matière azotée vivante qui se 
» meut dans l'intérieur des cellules des plantes réunit les principaux attributs 
» de celle qui vit chez les animaux ; elle en possède l'excitabilité, la contrac- 


48 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
» tilité, la composition élémentaire ; et sa respiration, eu égard à ses résultats 


» les plus appréciables, ne différe pas de celle des animaux. » 
E. F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Catalogue raisonné des plantes pbanérogames qui 
croissent spontanément dans le département de la 
Charente; par MM. Alphonse Trémeau de Rochebrune et Alexandre 
Savatier, 4 vol. in-8° de xv et 294 pages. Paris, chez J.-B. Bailliére et fils. 


Dans l'avant-propos qui précède ce livre, les auteurs rappellent que le dépar- 
tement de la Charente n’a été l'objet d'aucune publication botanique durant 
les quarante derniéres années, bien que peu de départements en France offrent 
un sol plus varié, et une végétation plus digne de captiver l'attention des 
observateurs, Viennent ensuite des détails nécessaires sur la constitution: géo- 
logique de ce pays ; ils ont été empruntés à l'ouvrage de M. Coquand. 

L'ordre suivi dans l'énumération des espèces est celui de la Flore de France 
de MM. Grenier et Godron. Nous citerons ici un certain nombre d'entre elles, 
afin de donner une idée de la végétation dela Charente, qui comprend, outre 
les plantes vulgaires généralement répandues en France, beaucoup de plantes 
méridionales, quelques espèces descendues de l'Auvergne et habitant les der- 
niers contre-forts granitiques du Limousin ; quelques autres enfin qui, parti- 
culières à des régions plus septentrionales, semblent être descendues jusque 
dans la Charente. Voici ce résumé : Ranunculus parviflorus L.; Nigella gal- 
| lica Jord. ; Aconitum Lycoctonum L, ; Diplota:xis erucoides DC.; Sisymbrium 
austriacum Jacq.; Cistus salviæfolius L.; Viola pumila Vill. ; Silene annu- 
lata Thore; Arenaria controversa Boiss.; Malva nicæensis Al.; Rhamnus 
infectorius L.; Lupinus reticulatus Desv.; Dorycnium suffruticosum Vill. ; 
Laserpitium latifolium L. ; Galium corrude folium Vi. ; Cirsium eriophorum 
Scop. var. involucratum Coss. ; Phyteuma lanceolatum Vill., Wahlenbergia 
hederacea Rchb.; Scrofularia vernalis L.; Orobanche Artemisiœ Vauch., 
sur PHelichrysum Stæchas; Lavandula Spica L.; Euphorbia falcata L.; 
Ficus Carica L.; Celtis australis L.; Quercus Toza Bosc, Q. Cerris L., 
Q. lex L.; Narthecium ossifragum Huds. ; Fritillaria Meleagris L. ; Anthe- 
ricum bicolor Desf.; Gladiolus segetum Gawl. ; Cyperus Monti L. Phalaris 
truncata Guss.; Avena barbata Brot.; Bromus madritensis L.; Lepturus 
cylindricus Trin.; Asplenium Halleri DC.; Adiantum Capillus Vene- 
ris L. (1). 

D'ailleurs les auteurs ne se sont point bornés à une simple énumération. Ils 


(1) Malgré son titre de Catalogue des Phanérogames, l'ouvrage à 
les Équisétacées et les Characées, Premi mt 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A9 


mentionnent avec soin les faits nouveaux qu'ils ont observés sur des plantes 
déjà connues, sur des questions actuellement controversées, et sur les espèces 
litigieuses. Ainsi leur ouvrage renferme des observations sur le développement 
des bulbilles du Ficaria ranunculoides, lesquels se présentent toujours, 
d'aprés les auteurs, sur des sujets dépourvus de carpelles fertiles, développés 
dans les prairies et les lieux découverts, tandis que la plante est ordinairement 
fructifióe dans les bois couverts, et alors dépourvue de bulbilles. L'inondation 
qui a lieu pendant l'hiver favorise la production de ces organes. Les auteurs 
ont vu, sur cette méme espèce, que quand il existe deux ou trois bulbilles à Pais- 
selle de deux feuilles caulinaires opposées, la tige se flétrit au-dessous de l'in- 
sertion de ces feuilles, qui tombent sur le sol et continuent à végéter en restant 
attachées aux bulbilles. Le Cardamine pratensis est dans le Catalogue l'objet 
d'observations analogues. Le genre Linum a été étudié avec un soin particulier, 
relativement au nouveau caractère spécifique reconnu par M. Planchon dans 
les barbes des cloisons et des demi-cloisons de la capsule. La synonymie de plu- 
sieurs espéces est discutée avec détail, par exemple celle de l Arenaria controversa 
et du Lupinus linifolius. M n'y a de nouvelle qu'une seule espèce, proposée 
avec doute sous le nom de Salvia ambigua, et plusieurs variétés, par exemple 
le Bellis perennis L. var. caulescens. Quant au nombre d'espèces admises 
dans les genres oü elles ont été récemment multipliées, MM. de Rochebrune 
et Savalier paraissent n'avoir adopté à priori aucune théorie et s'en être rap- 
portés à l'examen.des faits ; tandis qu'ils ont accueilli la plupart des Viola et 
des Erophila nouvellement décrits et qui se rencontrent dans la circon- 
scription de leur Flore, ils se sont montrés plus réservés dans le genre Rubus 


et surtout dans le genre Galium. 
B. F, 


Prodromo della Flora toscana (Prodrome de la Flore toscane); 
par M. Théodore Caruel, fascicule I, in-8° de xix et 427 pages. Florence, 
octobre 1860. Paris, J.-B. Baillière et fils. 


M. Caruel, aprés de soigueuses recherches dans les riches collections 
réunies au Musée royal de Florence par le zèle de M. Parlatore, dans les her- 
biers de MM. P. Savi, Targioni-Tozzetti, Attilio Tassi et de beaucoup d'autres 
botanistes, appuyé d'ailleurs sur ses propres travaux et sur ceux de Bertoloni 
et de M. Gussone, vient d'entreprendre la publication d'un Catalogue des 
plantes spontanées ou largement cultivées en Toscane. Le premier fascicule de 
cet ouvrage, que nous annoncons aujourd'hui, renferme les Thalamiflores ; 
l'ordre suivi par l'auteur est celui du Prodromus. Les synonymes cités sont 
presque exclusivement empruntés aux auteurs italiens, et les localités sont 
indiquées pour chaque espèce rare avec le plus grand soin. Nous avons remar- 


qué dans cette énumération une note sur les caracteres des Renonculacées, note 
T. VIL 4 


90 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

où l'auteur regrette qu'on ait établi la division de cette famille en tribus d’après 
le mode de déhiscence des anthères, qui est, selon lui, latéral plutôt qu'introrse 
où extrorse dans cette famille, et varie dans le seul genre Helleborus. L'ordre 
des Caryophyllées comprend quatre sous-ordres, qui sont les Si/énées, Alsi 

nées, Scléranthées et Paronychiées. Y y a, dans les Cruciféres, une espèc 

nouvelle, pourvue de sa diagnose, c’est le Bivonæa Saviana Car. 

L'ouvrage est précédé d'une préface importante, où l’auteur donne des 

détails sur la constitution géographique et géologique du pays et expose ses 
opinions sur différents points controversés en botanique descriptive. La Tos- 
cane, telle qu'elle est limitée dans sa Flore, étendue d'une part entre la Médi- 
terranée et les Apennins, d'autre part entre le golfe de la Spezia et les lacs de 
Trasimene et de Bolsenna, et comprenant les îles d'Elbe, de Caprée et autres 
adjacentes, renferme des régions fort distinctes par leur nature géologique et 
leur végétation. On y rencontre des terrains siliceux (granite, stéaschistes, 
trachytes, sables et tufs pliocènes), argileux (mattagoni de Sienne et de Vol- 
terra), calcaires (travertin, macigno) et magnésiens (serpentines, etc.). Dail- 
leurs le pays offre un relief trés variable, puisqu'il borde la mer et se trouve 
coupé en tous sens par des chaines montueuses dont les principaux sommets 
s'élévent jusqu'à 1800 et 2000 metres. Le rivage, généralement plus ou moins 
marécageux, offre, dans les parties sablonneuses, des bois de Pins; ailleurs, des 
plantations serrées d’Oliviers, ainsi que des taillis où croissentle Myrte, l’Alaterne, 
les Phillyrea, V Arbutus Unedo ; on y rencontre encore le Pistacia Lentiscus, 
les Quercus Suber et Q. Pseudosuber, etc. A l'intérieur du pays, il y a peu 
de prairies d'une grande étendue ; elles ne se trouvent que dans les terrains 
inondés pendant l'hiver. Dans les vallées, au milieu des cultures de céréales, 
se rencontrent des Oliviers clair-semés et taillés courts ; des Vignes que l'on 
entrelace à dessein dans les rameaux des Peupliers ou des Acer, principale- 
ment de l’ Acer campestre. Sur les coteaux, l'Olivier s'élève jusqu'à une cer- 
taine hauteur, laissant à découvert, de place en place, des landes garnies de 
Genéts et de Bruyères. Au-dessus des Oliviers s'élèvent les bois de Chàtaigniers ; 
aux Châtaigniers succèdent les Hétres, qui sont dans ce pays les derniers végé- 
taux arborescents. L'Abzes pectinata se montre sur quelques montagnes, et il 
occupe alors une région située entre celle des Châtaigniers et celle des Hétres. 
Quant à la limite de ces diverses zones, elle varie probablement suivant l'expo- 
sition, la nature du sol et la distance de la mer. 

Les remarques de M. Caruel portent ensuite sur les variations de l'espéce, 
auxquelles il donne des limites assez étendues, en regrettant que les études de 
certains botanistes descripteurs aient de nos jours porté la confusion dans la 

cience. L'auteur déclare, en outre, qu'il négligera complétement la descrip- 
tion des hybrides, qui ne sont point des races, des variétés ou des espèces, 
mais des individus monstrueux, des formes rares et éphémères, et qui, s'ils 
sont dignes de beaucoup d'intérét à certains égards, ne doivent pas figurer 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 51 


dans les ouvrages descriptifs sur la même ligne que les espèces d'une valeur 


pour ainsi dire héréditaire, 
E, F. 


Icones Flor: germanieæ et helvetieæ, simul terrarum 
adjacentium, ergo medic Europæ; auctoribus L. Reichen- 
bach et H.-G. Reichenbach filio. Tom, XIX, auctore H.-G. Reichenbach 
filio. In-4°, Leipzig, chez Ambroise Abel. 


La publication de ce grand et important ouvrage se continue toujours avec 
régularité, Notre Revue bibliographique n'en ayant pas fait mention depuis la 
terminaison du tome XVIII, nous donnons ici la liste des planches parues 
depuis cette époque. 

Decades 1-2. 

Tab. 4352. Scolymus hispanicus L, 1353. S. maculatus L.; Lampsana 
communis L. var. crispa Pers., var. pubescens DC. 1354. Arnoseris pusilla 
Gærtn. ; Aposeris fœtida Less. 1355. Rhagadiolus stellatus W. 1356. Rh. edulis 
W.; Rh. intermedius Ten. 1357. Cichorium spinosum L.; C. Intybus L.; C. 
divaricatum Schousb. 1358. C. Endivia L. 1359. Tolpis barbata W.; T. vir- 
gata Bertol. 1360. Hyoseris radiata L.; H. scabra L. 4364. Hedypnois tubæ- 
formis Ten. 1362. H. cretica Vis. var. genuina Bisch., var. monspeliensis 
Bisch., var. rhagadioloides Bisch., var. furfuracea, var. crepidiformis, 1363. 
Catananche cærulea L.; C. lutea L. 1364. Thrincia tuberosa DC. ; Th. hispida 
Roth. 1365. Th. hirta Roth var. leiolæna Bisch., var, lasiolæna Bisch. 1366. 
Leontodon Taraxaci Lois.; L. autumnalis L. var. pratensis Koch. 1367. L. 
alpinus Vill.; L. pyrenaicus Gouan. 1368. L. hispidus L, var. vulgaris Koch, 
var. ericetorum, var. glabratus Koch; L.|saxatilis var. glaber Vis, 1369. 
L. hispidus L. var. vulgaris Koch, var. dubius, vat. opimus Koch, var. 
pseudocrispus Schultz Bip. 1370, L. Villarsii Lois. ; L. asper Rchb. 1371, L. 
Berinii Roth; L. crispus Vill. 

Decades 3-4. 

Tab. 1372. Leontodon incanus Schrank ; L. tenuifolius DC. 1373. Picris 
pauciflora W.; P. Sprengeriana Lam. 157^. P. laciniata Vis,; P. stricta Jord, 
1375. P. hieracioides L. 1376. P. pyrenaica L.; P. Villarsii Jord. 1377. Uros- 
permum Dalechampii Desf.; U. picroides Desf. 1378. Helminthia echioides 
L. 1379. Geropogon glaber L. 1380. Galasia villosa Cass. ; Scorzonera 
hirsuta L. 4381. Sc. aristata Ram.; Sc. parviflora Jacq. 1382. Sc. purpu- 
rea L.; Sc. rosea W. et K. 1383. Sc. austriaca W.; Sc. humilis L. 1384, Sc. 
hispanica L. var. glastifolia Koch, var. latifolia Koch. 1385. Sc. hispanica 
L. var. latifolia Koch; Podospermum calcitrapæfolium DC.; P. laciniatum 
DC. var. integrifolium Led. 1386. P. laciniatum DC.; P. Jacquitianum 
Koch. 1387. Tragopogon eriospermus Ten.; T. porrifolius L. 1388, T. cro- 


52. SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


cifolius L.; T. major Jacq. 1389. T. pratensis L. var. tortilis W. 1390. T. 
orientalis L. ; T. minor Fr. 1391. T. Tommasinii Schultz Bip. 

Decades 5-6. 

Tab. 1392. Tragopogon heterospermus Schweigg. 1393. T. floccosus W. et 
K: 4394. T. Gorskianus Rchb. fil. 1395. Seriola ætnensis L. ; Robertia taraxa- 
coides DC. 1396. Hypochæris maculata L. ; H. uniflora Vill. 1397. H. radicata 
L. 1398. H. radicata L. var. minor Schultz Bip.; H. glabra L. var. Loiseleu- 
riana Godr., var. erostris Coss. et Germ. 1399. H. pinnatifida Cyr. ; Chondrilla 
stipitata Schultz Bip. 1400. Ch. juncea L. 1401. Ch. prenanthoides Vill. ; 
Ch. juncea L. var. latifolia Koch. 1402. Taraxacum serotinum Sadi. 1403. 
T. Pacheri Schultz Bip ; T. tenuifolium Hopp. 1404. T. officinale Wigg. var. 
genuinum Koch. 1405. T. officinale Wigg. var. glaucescens Koch, var. alpi- 
num Koch, var. taraxacoides Koch, var. lividum. 1406. 'T. officinale Wigg. 
var. leptocephalum Koch. 1407. Picridium vulgare Desf. var. maritimum 
Boiss. 1408. Prenanthes purpurea L. var. angustifolia Koch. 1409. Sonchus 
tenerrimus L. 1410. S. oleraceus Wallr.; S. asper Vill. var. pungens Bisch. 
1411. S. asper Vill. var. inermis Bisch. 

Decades 7-8. 

Tab. 1412. Sonchus arvensis L. var. lævipes Koch ; S. crassifolius Pourr. 
1513. S. aquatilis Pourr.; S. maritimus L. var. angustifolius Bisch., var. 
latifolius Bisch. 1414. S. palustris L. 1415. Mulgedium alpinum Less. 1416. 
M. Plumieri DC. 1417. Mycelis muralis Rchb. 1418. Lactuca viminea 
Link ; L. chondrillæflora Boreau. 1419. L. ramosissima Gr. et Godr. ; L. quer- 
cima Bisch. var. pinnatifida Bisch. 4420. L. saligna L.; L. quercina Bisch. 
var. integrifolia Bisch. 1421. L. Scariola L.; L. sativa L. 4422. L. virosa L. 
1423. L. tenerrima Pourr. ; L. perennis L. 142^. Zacintha verrucosa Gærtn. 
1425. Andryala ragusina L. 4426. A. tenuifolia DC.; A. sinuata L. 4427. 
Pterotheca Dioscoridis Rchb. fil. 4428. P. aspera Rchb. fil. 4429. P. nemau- 


sensis Cass. 1430. Trichocrepis bifida Vis. 4434. Phæcasium pulchrum 
Rchb. fil. 


Decades 9-10. 


Tab. 4432. Anthochytrum alpinum Rchb. fil 4433. Aëtheorhiza bulbosa 
Cass. ; Crepis aurea Cass. 1434. C. fœtida L. 1435. C. setosa Hall fil; 
C. rubra L. 1456. C. bellidifolia Lois. ; C. leontodontoides All.1437. C. taraxa- 
cifolia Thuill. ; C. vesicaria L. 4438. C. neglecta L.; C. Suffreniana Lloyd. 
1439. C. biennis L. 1440. C. nicæensis Balb. var. adenantha (4). 4451. 
C. virens L. var. dentata Bisch., var. runcinata Bisch., var. pectinata Bisch., 
var. agrestis Bisch. 1452. C. lacera Ten.; C. tectorum È. 4453, C. albida 


(1) Dans la pagination des planches en chiffres romains, qui régne depuis le commen- 
cement de l ouvrage, il y a eu ici une dizaine sautée, erreur qui west pas reproduite 
dans la pagination en chiffres arabes particulière à chaque volume. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 53 


Vill. 4454. C. præmorsa Tausch. 1455. C. incarnata Tausch, var. lutea Koch. 
1456. C. chondrilloides Jacq. 1457. C. rigida W. et K. 1458. C. sibirica L. 
1459. C. alpestris Tausch; C. montana Rchb. 1460. C. Jacquini Tausch ; €. 
grandiflora Tausch. 4461. C. succisæfolia Tausch; C. blattarioides Vill, 

Decades 11-12. 

Tab. 1462, Crepis lampsanoides Fro. 1463. C. paludosa Meench. 1464. 
C. alpestris Tausch var. Visianiana Rchb. fil.; C. chrysantha Frœl; C. jubata 
Koch. 1465. C. hvoseridifolia Tausch ; Omalocline pygmæa Rchb. fil. 1466. 
Chlorocrepis staticifolia Griseb. 1467. Schlagintweitia intybacea Griseb. 1468. 
Hieracium Pilosella L. var. vulgare, var. farinaceum, var. Peleterianum. 
1^69. H. auriculiforme Fr.; H. piloselliforme Hpp. ; H. anisotrichum Griseb. 
1470. H. bifurcum M. B.; H. acutifolium Vill. 1471. H. stoloniflorum Kit. 
1472. H. hybridum Chaix; H. pumilum Lap. 1473. H. angustifolium Hpp. ; 
H. glaciale Reyn.; H. fuscum Vill. 4474. H. fulgidum Heinh.; H. aurantia- 
cum L. 1475. H. præalto-Pilosella Wimm. ; H. Auricula L. 1476. H. stolo- 
nifloro-collinum Wimm. ; H. myriadenum Boiss. et Reut. 4477. H. collinum 
Gochn, var. melachætum Tausch. 4478. H. Pilosello-piloselloides Næg. ; 
H. ambiguum Ehrh. 1479. H. echioides Lumn.; H. Rothianum Wallr. 4480. 
H. oreades Heuff. ; H. piloselloides Vill. 1481. H. præaltum Griseb. var: obscu- 
rum Rchb., var. Berninæ Griseb. 

(La suite au prochain numéro.) 


E. F. 


Plants of Bover, ete. (Liste des plantes recueillies aux environs de 
Douvres, Walmer, Folkstone et Sundgate, depuis le milieu de mai jus- 
qu'au commencement de juillet 4860) ; par M. H. C. (The Phytologist, 
cahier de février 1861, pp. 33-45). 


Ce travail comprend l'énumération des espèces que l'auteur a observées, 
depuis les Fougères jusqu'aux Renonculacées. Plusieurs de ces plantes n'avaient 
pu étre déterminées exactement, à cause du mauvais état des échantillons, 
dans les genres Polygonum, Rumex et Chenopodium. Les noms latins des 
espèces ne sont pas suivis du nom de l'auteur qui les a créés, comme cela se 
pratique ordinairement. 

Le méme cabier du Phytologist annonce la découverte de l /soétes Hystrix 
faite à Guernesey par M. George Wolsey, lequel pense que cette plante se 


rencontrera aussi sur les cótes d'Irlande. 
E. F. 


An account of the plants, ete. (Mémoire sur les plantes récol- 
tées au Groënland et dans l' Amérique boréale, par le docteur. Walker, 
pendant l'expédition de sir Fr. Mac-Clintock) ; par M. J. D. Hooker. 


öh SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


(Journal of the proceedings of the Linnean Society, vol. V, cahier de 
novembre 4860, pp. 79-89). 


Ce mémoire renferme l'énumération des espèces récoltées par le docteur 
Walker, chirurgien et naturaliste de l'expédition dirigée par sir Fr. Mac Clin- 
tock à là recherche de Franklin, dans les iles de l'Amérique boréale, et prin- 
cipalement à Port-Kennedy, sous le 72* degré de latitude nord. Le nombre 
de ces espèces s'éleve à 170 environ, dont une centaine de Phanérogames. 
Parmi les Cryptogames, les Mousses ont été déterminées par M. W. Mitten, 
ainsi que les Lichens, qui sont les plus nombreux; les Algues par M. Dickie, 
et les Champignons par le révérend M. Berkeley. Il n'y a point d'espèces nou- 
velles, si ce n'est trois champignons. Aussi M. Hooker fait-il remarquer que 
l'intérét de ces observations tient en grande partie à ce que Port-Kennedy. 
situé prés du póle magnétique, est le centre d'une région à peu prés inexplorée 
jusqu'ici. Hl a accompagné son travail de considérations sur la géographie bo- 
tanique des pays explorés par M. Walker et des contrées voisines, et l'a 


fait suivre des observations météorologiques recueillies à Port-Kennedy par 
ce naturaliste, 


E. F. 


A list of plants collected at Mogador, etc. (Catalogue. des 
plantes recueillies à Mogador ou dans les environs immédiats de cette ville, 
durant une courte exploration de ces localités, faite en avril 4859) ; par 


le révérend R. -T. Lowe (Journal ofthe proceedings of the Linnean Society, 
vol. V, cahier de juin 1860, pp. 26-45). 


L'auteur de ce travail rappelle d'abord l'intérêt que présente, au point de 
vue botanique, l'exploration du territoire de Mogador, cette ville étant voisine 
de régions déjà bien connues, telles que l'Algérie, Madère et les Canaries, 
et n'ayant guère été visitée par des botanistes depuis le voyage de Brousson- 
net, 1l décrit ensuite le caractère général de la végétation qu'il a observée, en 
la comparant à celle de Madère et des Canaries. D’après ses observations, les 
plantes les plus communes à Mogador sont les Peganum Harmala, Anacyclus 
clavatus, Retama monosperma, Pistacia Lentiscus ; on y remarque encore 
beaucoup de buissons d'Argania , Rhamnus, Vites, Ephedra, Clema- 
tis, ete. ; l'ensemble de la végétation rappelle beaucoup celle des côtes d'Al- 
gérie. Vient ensuite l'énumération des Phanérogames que l'auteur a recueil- 
lies, et qui sont au nombre de 477; il n'est pas fait mention des Crypto- 
games. Chaque espèce est accompagnée de lettres qui indiquent si elle se 
retrouve en Algérie, en Angleterre, aux Canariesou à Madère ; c’est: la 
etre a, indiquant l'Algérie, qui paraît le plus souvent; et méme, comme 
l'auteur n'a eu à sa. disposition, en fait de documents sur l'Algérie, que le 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 55 


Flora atlantica de Desfontaines, il pourrait bien avoir omis de signaler quel- 
ques espéces de ce pays parmi ses plantes de Mogador, Son travail se termine 
par des notes particulières sur certaines espèces, notamment sur les Fumaria 
agraria Lag., Ceratocapnos umbrosus Drege, Daucus maximus, Argania 
sideroxylon Rom. et Schult. (Rhamnus L.), Lycium barbarum L., Parie- 
taria diffusa Koch, Asparagus fæniculaceus Lowe (sp. nova). 


E. F. 


Flora Indiæ batavæ; par M. F.-A.-G. Miquel, 4 vol. in-8°, avec 
54 planches gravées et 2 cartes géographiques. Amsterdam, Utrecht et 
Leipzig, 1855-1860. 


Ce grand et important ouvrage, dont notre Revue a annoncé le commencement | 
en 1855 (voy. le Bull., t. III, p. 797), est aujourd'hui terminé. Il comprend 
quatre forts volumes, composés chacun de plusieurs fascicules, et renferme la 
description de 7093 Dicotylédones, dont 31 Gymnospermes, et de 2025 Mo- 
nocotylédones, en tout 9118 Phanérogames. Les Cryptogames n'ont pas été com- 
prises dans le plan de l'ouvrage. L'ordre adopté par l'auteur dans l'exposition des 
familles differe beaucoup de celui qui est généralement suivi ; il se rapproche 
un peu de celui que M. Brongniart a établi dans lÉnumération des genres de 
plantes cultivées au Muséum , car les Apétales sont disséminées parmi les Po- 
lypétales et les Gamopétales, L'ouvrage commence par les Calyciflores de De 
Candolle, les Térébinthacées sont reliées aux Cupulifères par les Juglandées ; 
les Caryophyllées sont rapprochées des Chénopodées, et les Celtidées des Tilia- 
cées; les Conifères sont placées après les Éricacées. On comprend, du reste, 
qu'il nous est impossible, à cause des limites imposées à cette Revue, de suivre 
l'auteur dans les détails de la classification qu'il a cru devoir employer. Les 
familles qui contiennent le plus d'espéces sont les Orchidées, Ruhiacées, Papi- 
lionacées, Graminées, Cypéracées, Artocarpées, Acanthacées, etc. L'ouvrage 
est accompagné de deux tableaux synoptiques donnant des notions trés impor- 
tantes sur la géographie botanique des espèces qui y sont décrites ; l'un qui 
énumère le nombre d'espèces communes aux îles étudiées dans la Flore et à 
l'Asie méridionale ou à la Nouvelle-Hollande, l'Afrique ou l'Europe ; l'autre 
qui donne la distribution des plantes de Java, selon leur altitude qui s’élève 
jusqu'à 3300 mètres. Le dernier tableau contient encore les observations 
météorologiques de Junghuhn. Enfin deux cartes géographiques représentent, 
l'une l'ensemble des régions étudiées dans la: Flore, l'autre spécialement l'ile 
de Java, En terminant, l'auteur donne la liste des herbiers qu'il a consultés 
avec le plus de fruit, et qui sont : l'herbier royal de Hollande à Leyde, conte- 
nant les plantes de MM. Blume, Van Hasselt, Kuhl, Zippel, Spanoghe, Korthals 
et Forsten ; les herbiers de Reinwardt et de Junghuhn, tous deux également 
à Leyde ; l'herbier de Horsfield, conservé à Londres dans la bibliothèque de la 


’ 


56 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Compagnie des Indes; enfin les eæsiccata de Zollinger, qui font partie des 
collections de M. le comte de Franqueville, à Paris. Pour les travaux spéciaux 
faits sur la flore de l'Inde hollandaise, l'auteur renvoie à l'ouvrage de Junghuhn 
intitulé : Java, zijne gedaante, enz. vol. I. : 

ef 


Orthotrichum anomalum (Remarques sur l'Orthotrichum ano- 
malum des auteurs anglais et étrangers) ; par J.-B. Wood (The Phytolo- 


gist, cahier de décembre 4860, pp. 353-367 ; cahier de -janvier 4864, 
pp. 26-29). 


Ce travail, peu susceptible d'analyse, contient des considérations trés 
détaillées sur la synonymie de l'Orthotrichum anomalum et des espèces voi- 
sines. L'auteur compare les descriptions qui en ont été données dans l English 
Botany, dans le supplément à cet ouvrage, et dans le Bryologia europa. M 
s'appuie sur des documents quiluiont été fournis par M. Wilson et M. Schim- 
per pour élucider les différences qui séparent les Orthotrichum anomalum, 
O. cupulatum, O. strangulatum, O. nudum et O. saxatile. 

Il résulte de cette discussion que l'O. anomalum Hook et Tayl. n'est point 
l'O. anomalum Hedw., Br. Eur.; mais qu'il doit être, selon lui, rapporté à 
l'O. saxatile Dill., Bridel. On trouve dans le même travail l'indication des es- 
pèces qui constituent maintenant, dans le genre Orthotrichum, la section de 
l'O. anomalum. ; 


E. F. 


Notes on Ternstræmiaceæ (Hemarques sur la famille des Terns- 
treemiacées) ; par M. G. Bentham (Journal of the proceedings of the Lin- 
nean Society, vol. V, cahier de novembre 1860, pp. 53-65). 


Dans ce travail, M. Béntham rappelle d'abord les études faites sur les 
Ternstreemiacées par plusieurs auteurs, entre autres par Cambessèdes, Choisy 
et M. Planchon. 1l expose ensuite qu'en préparantla Flore de Hong-Kong, il 
a été obligé de vérifier les caractéres génériques adoptés par M. Choisy, et 
qu'ensuite il a étendu cette étude à l'ensemble de la famille, en vue du Genera 
plantarum qu'il prépare en collaboration avec M.J. D. Hooker. La division des 
Ternstreemiacées proposée par M. Choisy, qui y distingue deux familles 
principales, savoir : les Ternstreemiacées proprement dites, voisines des Ébé - 
nacées, et les Camelliacées, voisines des Guttifères, ne paraît pas naturelle à 
M. Bentham. Pour lui, les Ternstræmiacées n’ont d'affinités intimes qu'avec 
les Dialypétales, et celles que leur a reconnues M. Lindley avec les Sapotacées, 
M. Planchon avec les Éricacées, et M. Choisy avec les Ébénacées, doivent 
étre considérées comme beaucoup plus faibles. 


Dans la suite de son mémoire, M. Bentham expose avec détails les motifs 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 57 
pour lesquels il croit devoir diviser la famille des Ternstreemiacées en cinq 
tribus. 

Les TERNSTROEMIÉES Choisy comprennent les genres 7ernstremia, Adi- 
nandra, Cleyera, Freziera et Eurya. M. Bentham y ajoute les genres Anneslea 
et Visnea, qui composent pour Choisy le groupe des Visnéacées, et le genre 
Pentaphylax placé par cet auteur dans la section des Zzzonanthées, genre que 
M. Bentham regarde comme voisin du genre Furya, et comme intermédiaire 
aux Zernstramiées et aux Gordoniées. 

Les GORDONIÉES Choisy renferment les genres Stuartia, Schima, Gordonia, 
Hæmocharis, Camellia (inclus, Thea), et Pyrenaria Bl.; ce dernier était 
pour M. Choisy le type du groupe des Pyrénariées. 

Les SAURAUJÉES se composent des genres Saurauja (inclus. Seapha Choisy), 
Actinidia Lindl., que M. Lindley rapproche des Dilléniacées, et StacAyurus 
Zucc. 

Les BONNÉTIÉES Choisy comprennent les genres Bonnetia, Archytea, Mahu- 
rea, Kielmeyera et Caraipa ; plus deux genres à feuilles opposées, Marila et 
Haploclathra Benth. , ce dernier formé aux dépens du Caraipa. 

Enfin viennent les MARCGRAVIACÉES de Jussieu, que l'auteur regarde comme 
une tribu des Ternstræmiacées, voisine des T'ernstræmiées. 

Le mémoire de M. Bentham renferme encore la discussion des caractères 
de plusieurs genres anciens et nouveaux de la méme famille, et se termine 
par la description de plusieurs espèces des genres Caraipa, Bonnetia, Mahu- 


rea, Marila et Hoploclathra. 
E. F. 


On the Calyceraeeæ (Recherches sur les Calycéracées) ; par M. John 
Miers (The Annals and Magazine of natural history, cahier de septembre 
1860, pp. 174-190 ; cahier d'octobre, pp. 279-288 ; cahier de novembre, 
pp. 350-356; cahier de décembre, pp. 396-404). 


L'auteur de ce travail commence par rappeler que l'ordre des Calycéracées 
est fort peu connu, et que cependant il est fort important, puisqu'il sert de tran- 
sition naturelle entre la famille des Composées d'une part , et celles des Valé- 
rianées et des Dipsacées d'autre part. Il mentionne ensuite les travaux faits 
sur les Calycéracées par R. Brown, Cassini et L.-C. Richard, puis expose sa . 
manière, de voir sur les points controversés dans l'étude de cette famille. 
Au sujet des cinq glandes alternes avec les étamines et situées environ au point 
où le faisceau staminal, devenu monadelphe, se soude avec le tube de la 
corolle, M. Miers, discutant les opinions contraires de R. Brown, et de Richard, 
les regarde comme n'appartenant point à la corolle. Quant au tubercule qui 
couronne l'ovaire de ces plantes, que R. Brown regarde comme la base du 
style notablement accrue, et Richard comme un disque épigyne, M. Miers se 


58 ‘SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


range à l'opinion de Richard, et voit dans la présence de ce disque la cause 
de la soudure des étamines en un seul faisceau, soudure qui n’a lieu qu’à leur 
partie inférieure ; c’est encore ce disque qui porte les glandes sus-mention- 
nées, lesquelles, dans le JVastanthus, sont représentées par cinq dents qui 
paraissent autant d'étamines avortées, et qui, pour M. Miers, ne sont que 
l'indice des bords du disque. Dans l'AcicarpAa, le disque s’élève jusqu'à 
l'extrémité supérieure du cylindre staminal, dont les filets sont soudés dans 
toute leur hauteur, et dont les anthères paraissent articulées. — Le fruit des 
Nastanthus est un akène bordé de cinq ailes continues avec les dents du 
calice ; quand on fait une coupe transversale de ce fruit, on ne trouve de 
tissu mésocarpique que dans l'intérieur de ces ailes. L'endocarpe contient dix 
faisceaux vaseulaires, dont cinq opposés et cinq alternes aux ailes du fruit; 
sur des sections longitudinales on voit que ces faisceaux traversent le disque 
épigyne et y forment un plexus d’où partent des divisions destinées les unes 
au style, aux étamines ou à la corolle, d'autres, en retour, au funicule et à la 
graine. Celles qui sont destinées à la corolle sont au nombre de dix, dont cinq 
occupent le milieu des pétales, cinq la ligne de jonction de ces pétales ; 
celles-ci, arrivées au point de séparation des lobes, se divisent en deux ner- 
vures marginales, analogues à celles des Composées, et qui se terminent en 
s'anastomosant avec la nervure médiane. Dans les Calycéracées, mais surtout 
dans les genres Nastanthuset Anomocarpus, les nervures de la corolle ne sont 
apparentes qué sur sa face interne ; les deux lames interne et externe sont 
écartées l'une de l'autre sans qu'il y ait de tissu intermédiaire, si ce n'est à 
l'extrémité, ainsi que cela a été confirmé par les observations du docteur 
Philippi. 

L'auteur décrit ensuite les caractères qui distinguent la famille des Calycé- 
racées de celle des Composées, et discute la place que l'on doit donner aux 
Calycéracées dans l'ordre naturel. 1 ne saurait admettre l'opinion de M. Clarke, 
qui place le groupe des Onagrariées entre les Composées et les Calycéracées, 
non plus que la disposition proposée par M. Agardh, qui réunit dans unc 
même classe les Composées, Cycadées, Conifères, Protéacées et Bruniacées, 
et comprend les Calycéracées dans un autre groupe avec les Plantaginées, Pri- 
mulacées, Dipsacées et Gunnéracées. Aprés cette discussion, M. Miers trace 
le conspectus des genres et en donne la description monographique ; voici les 

. noms des espéces décrites dans son travail : 


1. Nastanthus Miers. N. agglomeratus M., N . laeiniatus M., N. és 
dus M., N. Gilliesii M., N. ventosus M., N. scapi- 
gerus M., N. compactus M., N. spathulatus M., 
N. Gayanus M. 

2. Gamocarpha DC. G: Pæppigii DG., G. Gilliesii M., G, pumila M., 
G, ligulata M, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 59 


3. Boopis Juss. B. anthemoides Juss., B. rigidula M., B. graeilis 
Philippi, B. multicaulis Ph., B. squarrosa M., B.? 
australis Dcne, B. graminea Ph. 
4. Anomocarpus M. A. axillaris M., A. subsessiliflorus M., A. eryngioi- 
des M., A. pulvinatus M. , A. leucanthemus M., A. te- 
nuis M., A. tenuifolius M. 

Calycera Cav. C. Cavanillesii Rich. , C. balsamitæfolia Rich., 
C. squarrosa M., C. sinuata M., C. viridiflora M., 
C. spinulosa Gillies. 

6. Acicarpha R. Br. A. spathulata R, Br., A. crassifolia M., A, bupleu- 
roides Less., A. procumbens Less., A. tribuloides 
R. Br., A. pinnatifida M., A. runcinata M. 


Qı 
5 


Cette monographie renferme la description d'un genre nouveau, Anomo- 
carpus, composé aux dépens du genre Calycera, et comprenant le Leuco- 
cera de Turczaninow. Les espèces nouvellement décrites sont au nombre 
de 15. Les matériaux dont s'est servi M. Miers ont été recueillis par lui soit 
durant son voyage aux Cordillieres en 1825; soit dans les collections rappor- 
tées par Cuming, Germain, Gillies et d'autres voyageurs, lesquelles font partie 
de l'herbier de sir Will. Hooker ; soit enfin dans les exsiccata que MM. CI. 


Gay et Weddell ont déposés au Muséum de Paris. 
E. F. 


Notes on Anonaee:e (Remarques sur les Anonacées) ; par M. G. Ben- 
tham (Journal of the proceedings of the Linnean Society, cahier de 
novembre 1860, pp. 67-72). 


Dans ce travail, M. Bentham étudie l'affinité de plusieurs genres américains 
dela famille des Anonacées, surtout grâce aux documents nouveaux fournis par 
les exsiccata de M. Spruce. Ses observations ont porté principalement sur les 
genres Guatteria, Oxandra, Duguetia, Asimina, Porcelia, Trigyneia et 
Bocagea; elles sont accompagnées de la description de plusieurs espèces nou- 
velles. C’est surtout à la forme et à l'estivation des pétales que M. Bentham s'en 
rapporte pour juger de l'affinité des genres et les placer dans leurs tribus 


respectives. 
E. F, 


Mémoire sur la tribu des Hystérinées, de la famille 
des Hypoxylées ; par M. le pasteur Duby (extrait du vol. XVI des 
Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève ; 
tirage à part en brochure in-4° de 58 pages, avec deux planches litho- 
graphiées). ; 


M. Duby rappelle d’abord, au commencement de ce travail, que, tandis 


60 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


qu'un grand nombre de savants ont fait faire de grands progrès, durant 
ces trente dernières années, à la connaissance de plusieurs familles de Crypto- 
games, celle des Hypoxylées (Pyrenomycetes Fr.) n'a été étudiée que 
par trés peu de botanistes. M. Duby se plaint, en outre, de ce que les 
premières études de Fries, qui avaient commencé à élucider ce groupe, 
ont été gâtées par des publications postérieures du méme auteur, qui ont, 
dit-il, fait rétrograder la science. Pour lui, il s'est entouré de tous les docu- 
ments écrits que l'on posséde sur ce sujet, de toates les collections publiées, 
ainsi que des communications et des échantillons qui lui ont été envoyés 
par la plupart des cryptogamistes de.l'Europe. Toutefois, avant de publier 
l'ensemble de son travail, il a jugé convenable d'en détacher la monographie 
d'une tribu, celle des Hystérinées. 

Avant d'entrerdans l'étude monographique proprement dite, l'auteur expose, 
dans le $ 1°, les caractères des Hypoxylées et ceux de la tribu des Hystéri- 
nées, laquelle se distingue des tribus voisines par la forme de ses réceptacles..1l 
discute ensuite les opinions de Fries, qui a placé plusieurs Æystérinées vraies 
parmi les Pézizées, et conclut que les Æystérinées ayant, à la vérité, quel- 
ques analogies avec cette famille, doivent constituer dans les Hypoxylées une 
tribu spéciale qui, par le Zriblidiwm, fait le passage aux Pézizées. Le $ 2 est 
consacré à l'étude de la valeur des caractères dans les Æystérinées. L'auteur, 
rejetant l'opinion de De Candolle sur l'importance de l'enfoncement plus ou 
moins grand du réceptacle dans le tissu qui lui a donné naissance, ne trouvant 
pas de caractères principaux suffisants dans les lèvres de la fente ouverte au-des- 
sus de l'hyménium, non plus que dans les paraphyses, a recours aux thèques et 
aux réceptacles qui présentent dans les Æystérinées deux conformations trés 
diverses. Parmi les thèques, les unes, #hèques indéhiscentes, sont de vrais 
sacs qui renferment 8 spores (4 ou 6 par exception) ; les autres, £Aéques 
déhiscentes, sont constituées par huit spores hyalines filiformes, qui se déta- 
chent les unes des autres par leur partie supérieure. Parmi les réceptacles, les 
uns sont verticaux, latéralement comprimés, les autres horizontaux, plus ou 
moins aplatis. Donnant la prééminence aux caractères fournis par le récep- 
tacle, M. Duby établit la classification suivante : 

Section I. LOPHIÉES (réceptacles verticaux) : 

Thèques déhiscentes : Lophium Fr. 

Thèques indéhiscentes : Ostreichnion Duby, Mytilinidion Duby. 

Section II. HYSTÉRIÉES (réceptacles horizontaux) : 

Thèques indéhiscentes : 7riblidium Duf., Hysterium Tode, Glonium 
Muehl., Aylographum Lib., Hypoderma DC., Angelina Fr., Acti- 
dium Fr. 

Thèques déhiscentes : Lophodermium Chev., Sporomega Corda, Cocco- 
myces Not., Colpoma Wallr., Ostropa Fr. 

Appendice : Aporia Duby. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 61 


BOTANIQUE APPLIQUÉE. 


Du Croton Tiglium, recherches botaniques ct thérapeu- 
tiques; par M. le docteur Léon Marchand (in-4° de 94 pages, avec 
2 planches). 


Dans un court avant-propos, l'auteur rappelle que la plupart des descriptions 
du Croton Tiglium données par les auteurs présentent des contradictions 
flagrantes, ce qui l'a engagé à entreprendre ce travail; il a puisé ses docu- 
ments dans l'examen d'un échantillon dépourvu de fleurs, cultivé au jardin bo- 
tanique de la Faculté de médecine, et dans les collections du Muséum, de M. De- 
lessert et de M. Baillon. Le corps de l'ouvrage est divisé en deux parties: dans la 
premiere, l'auteur établit les caractères botaniques du Croton Tiglium, c'est- 
à-dire l’histoire, la synonymie, l'habitat, le port, les organes de végétation et 
de reproduction de cette plante; en général, il s'en rapporte aux travaux de 
M. Baillon. La seconde partie est consacrée à l'exposé des recherches théra- 
peutiques de l'auteur ; il insiste sur l'emploi des racines de la plante, qui ne 
sont usitées que fraîches et dans le pays où elles croissent, et dont il n'est pas 
fait mention dans les traités classiques de matière médicale. Étudiant ensuite 
le siége de la matière âcre du Croton dans les différents éléments de la graine, 
il conclut de ses expériences que ce principe n'existe pour ainsi dire pas dans 
les euveloppes, se rencontre dans l'embryon, mais est surtout uniformément 
répandu dans l'albumen. Son travail se termine par l'examen des indications 
et des contre-indications de l'usage externe ou interne de l'huile de Croton, et 
le récit de plusieurs observations recueillies sur ce sujet à l'hópital de la Gha- 


rité, dans le service de M. le docteur Nonat. 
E. F. 


MÉLANGES. 


On preserving newly-colleeted flowers (Manière de conser- 
ver fraîches les fleurs récemment cueillies) ; par M. Merrifield (The 
Phytologist, cahier d'aoüt 1860, pp. 225-227). 


M. Merrifield donne dans cette note un moyen qui lui a réussi pour conserver 
fraiches pendant quinze jours et plus, jusqu'à la chute naturelle de la corolle, 
des fleurs récemment coupées. Ce moyen peut étre utile aux peintres de fleurs 
ou aux botanistes désireux de connaitre la fleur d’une plante qu'ils ont recueil- 
lie en bouton. Il est d'ailleurs trés simple, et M. Merrifield avoue qu'il en doit 
la connaissance au hasard. Ce moyen consiste à placer dans l'eau du vase où 
sont plongées les tiges des fleurs, des Algues d'eau douce, et à exposer la sur- 


62 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


face de l'eau à la lumière solaire. Les Algues se couvrent alors de bulles d'air 
qui, entrainées à travers le tissu des tiges coupées, les entretiennent en bon 


état. 
A 


Philibert Commerson , naturaliste voyageur (Étude biogra- 
phique lue à la séance de rentrée de l'École supérieure et de la Société de 
pharmacie de Paris réunies, le 14 novembre 1860, par M. Paul-Antoine 
Cap (brochure in-8° de 40 pages). 


On ne possédait sur la vie de Commerson que des détails donnés dans un 
Éloge publié en 1775 par l'astronome Lalande, ami de Commerson, dans le 
Journal de physique de l'abbé Rozier. M. Cap, auteur d'études biographiques 
intéressantes sur divers naturalistes, compatriote de Commerson, a réussi, 
grâce à de patientes investigations dirigées soit dans le pays et parmi les des- 
cendants de ce célèbre voyageur, soit dans ses manuscrits conservés aux 
archives du Muséum, à réunir de précieux documents sur une vie dévouée 
entièrement à la science, et abrégée, comme celle de tant d'autres, par les 
soucis et les périls des expéditions lointaines, 

Philibert Commerson naquit à Chátillon-les-Dombes (Ain), le 18 novembre 
1727, d'une famille de jurisconsultes, et eut à lutter contre ses parents pour ob- 
tenir l'autorisation d'embrasser la carrière de l'histoire naturelle. H fit ses études 
médicales à Montpellier, où professait alors Sauvages. Son goût pour la botanique 
le signala de bonne heure à Gouan,qui le fit connaitre à Linné, sous la direction 
duquel Commerson rédigea la description des poissons de la Méditerranée. 
En 1764, il se détermina à venir à Paris, alors que s'organisait le voyage de 
Bougainville ; on sait qu'il fut attaché à cette expédition, Au moment de partir, 
Commerson redigea un testament très curieux où se rencontre la première idée 
de la fondation d'un prix de vertu. Après avoir visité avec Bougainville une 
partie du Brésil et surtout l'ile de Taiti, dont il envoya en France des relations 
parficuliéres, il aborda au bout de vingt et un mois de navigation, à l'ile de 
France, où il trouva un protecteur dans la personne de Poivre, intendant-de 
la colonie et naturaliste distingué ; Poivre lui facilita, pendant plusieurs années, 
les moyens d'observer la végétation des iles de France, de Bourbon et de Mada- 
gascar. C'est à cette époque que Commerson fit des récoltes immenses et des 
études considérables, dont il entretenait de temps à autre l'Académie des 
sciences ; il fut nommé membre associé de cette compagnie le 21 mars 1773, 
en méme temps qu'Antoine-Laurent de Jussieu. Malheureusement il était mort 
huit jours auparavant. Abreuvé de dégoûts parl’administration de Maillard, suc- 
cesseur de Poivre, affaibli par des excès de diverse mature, accablé de chagrins 
et de souffrances, il avait succombé le 13 mars à l’âge de quarante-six ans. 

La notice de M. Cap renferme, outre la biographie détaillée de Gommer- 


BEVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 63 


son, des détails intéressants sur l'étymologie des noms de genre nouveaux 
créés par ce botaniste, qui avait pour habitude de mettre en rapport les formes 
des plantes nouvelles qu'il décrivait avec les qualités ou les talents des per- 


sonnes auxquelles il les dédiait. 
E, F, 


NOUVELLES. 


— Nos lecteurs apprendront sans doute avec intérêt que le Japon est actuel- 
lement exploré dans des conditions avantageuses par M. John Gould Veitch, 
fils d'un des plus célèbres horticulteurs de l'Angleterre, qui est parti pour ce 
pays au printemps de l'année dernière, à l'époque del'expédition de Chine. 
Recommandé aux nombreuses autorités qui protégent au Japon les intéréts 
anglais, attaché momentanément à l'établissement consulaire de Jeddo, 
M. John Veitch a pu pénétrer dans l'intérieur du pays autant qu'il est permis 
aux étrangers de le faire, et méme visiter la montagne sainte, le Fuzi-Yama, ce 
qui n'était encore arrivé à aucun Européen. Ce pic atteint presque la hauteur 
du Mont-Blanc, et présente des zones de végétation différentes; il s'élève 
jusqu'a 3600 mètres. On peut voir des détails fort intéressants sur ce sujet, 
extraits de lettres de M. Veitch, dans le Gardner's Chronicle, 4860, p. 1126; 
1861, pp. 22, 24, 49, 97. M. Naudin a donné, dans la Revue horticole, 
1861, pp. 67 et 92, une analyse des articles anglais. Bien que le voyage de 
M. Veitch ait été entrepris surtout dans le but d'introduire de nouvelles plantes 
dans le domaine de l'horticulture, il herborise avec soin au profit de la bota- 
nique proprement dite, et l'une de ses lettres renferme déjà la description 
d'une Conifére nouvelle, Abies Alcoquiana, dédiée au consul anglais, 
M. Alcock. M. Veitch a déjà commencé à former une collection des bois du 
Japon, et il est à espérer que, gráce à lui, on verra s'accroitre les connais- 
sances que l'on doit déjà sur la végétation de ce pays à Kæmpfer, à Thunberg 
et à M. Siebold. 


— On s'est, depuis plusieurs années, beaucoup préoccupé, et avec juste 
raison, de la situation des Quinquinas dans les foréts de l'Amérique du Sud, 
où les indigènes les abattent sans aucun ménagement, et l'on sait que la pré- 
cieuse écorce devient rare, On sera heureux d'apprendre que le gouvernement 
hollandais a tenté avec succes d'introduire le Quinquina dans les montagnes 
de l'ile de Java. M. Hasskarl, envoyé, il y a plusieurs années, ayec une mission 
spéciale, au Pérou et en Bolivie, réussit à s'y procurer 400 pieds de Cinchona 
Calisaya qui, transportés à Java dans les montagnes de Bandong, y prospè- 
rent aujourd’hui parfaitement, ainsi qu'il résulte d'une lettre écrite à M. Schænf- 
fele par M. de Vry, inspecteur pour les recherches chimiques à Bandong 
(Voyez le Journal de pharmacie et de chimie, avril 1860, pp. 255 et 294, et 
le Pharmaceutical Journal, 4860, pp. 201 et 220). 


64 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


— La Société d'Horticulture et de Botanique de l'Hérault annonce que sa 
premiere exposition annuelle aura lieu à Montpellier du 12 au 19 mai 1861, 
Conformément aux statuts de la Société, un jury sera chargé de décerner des 
récompenses (médailles d'or, de vermeil, etc.) pour les divers objets présen- 
tés à l'exposition. Daus le programme dressé par les soins du Conseil de la 
Société, les botanistes verront avec satisfaction figurer un article spécial qui 
mentionne, parmi les travaux indiqués à l'appréciation du jury, les ouvrages, 
mémoires, etc. , publiés récemment ou en cours de publication, traitant spé- 
cialement de la flore du département de l'Hérault. 


— Collection de plantes à vendre. — On offre à vendre un herbier suisse 
très bien conservé, formé par feu M. le pasteur Lamon, Cet herbier se com- 
pose de 1100 à 1200 espèces, et contient presque toutes les plantes rares et 
alpines de la Suisse, On le cédera à bon compte. S'adresser à Madame veuve 
Lamon, à Bienne (canton de Berne, Suisse). 


— M. Bourgeau, l'infatigable et zélé collecteur, doit partir, vers la fin du 
mois de mars 1861, pour explorer d'une manière toute particulière l'ancien 
comté de Nice et la chaine des Alpes maritimes. Pour ce voyage, comme par 
le passé, les souscripteurs qui feront à l'avance un versement de 50 francs 
entre les mains de M. Bourgeau prendront leur rang d'inscription dans la 
répartition de ses récoltes, et n'auront qu'à parfaire, à raison de 20 francs par 
centurie, le prix des collections qui leur seront délivrées. Les plantes seront 
munies d'étiquettes imprimées et numérotées, et seront déterminées par 
MM. J. Gay et E. Cosson. 

S'adresser à M. Bourgeau, 14, rue Saint-Claude (au Marais), à Paris. 


— Les plantes que le docteur Kotschy a rapportées de son dernier voyage 
dans la Cilicie et le Kurdistan, sont maintenant en ordre et sont mises en 
vente par ce botaniste voyageur au prix de 35 fr. la centurie. On annonce 
également que M. Kotschy vient de terminer son travail sur le genre Quercus, 
qui, comme on le sait, lui fournit la matière d'un grand et splendide ouvrage 
encore en cours de publication. Au printemps prochain, ce botaniste se pro- 
pose de faire un nouveau voyage dans le Kurdistan, pour y récolter non-seule- 
ment des plantes séches, mais encore et principalement des graines et des oi- 
gnons. Les personnes qui désirent souscrire par avance aux produits de cette 
nouvelle exploration, dont on a tout lieu d'espérer de bons résultats peuvent 
adresser leur demande au docteur Kotschy, attaché à l'herbier impara, a 
Vienne (Autriche), Josephstadt, n° 88. 11 est bon de faire observer que les 
demandes à cet égard ne devront subir aucun retard, l'époque du-départ du 
voyageur étant déjà peu éloignée. | 


E. F. 


Paris, — Imprimerie de L. MARTINET, rue Miguon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. | 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART, 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 25 janvier, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. PassEvILLE, horticulteur, rue des Tournelles (Passy), 6, à 
Paris, présenté par MM. de Bouis et Andry ; 
MaunicEAU, boulevard Montparnasse, 147, à Paris, présenté 
par MM. Grenet et Eug. Fournier ; 
SAINT-GERMAIN (Louis de), interne des hôpitaux, rue de 
l'Ouest, 72, à Paris, présenté par MM. A. Gris et 
G. Bergeron. 


M. le Président annonce en outre uhe nouvelle présentation. 


Dons faits à la Société : 


1* Par M. Arthur Gris : 


Du développement de la fécule et en particulier de sa résorption dans 
l'albumen des graines en germination. 


2 De la part de M. Ch. Martins : 
Index seminum Horti monspeliensis, anno 1860. 
3° De la part de M. Ortgies : 
Selectus seminum in horto botanico turicensi anno 1860 collectorum. 


h° De la part de M. le docteur Baillon : 


Recueil d'observations botaniques, t. I, livr. 6. 
T. Vil. 5 


66 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


5 De la part de M. Paul Gervais, doyen de la Faculté des sciences 
de Montpellier : 


Rapport sur les travaux de cette Faculté pendant l'année 1859-60. 
6° De la part de la Société d'Horticulture de la Gironde : 


Notice sur l'exposition des produits de lhorticulture qui aura lieu en 
juin 4861. 
7* En échange du Bulletin de la Société : 


Bulletin de la Société impériale polie d Acclimatation, décem- 
bre 1860. 


Pharmaceutical journal and transactions, février 18614. 
L'Institut, janvier et février 1861, deux numéros. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


SUR LA FAMILLE DES GUITIFÈRES, par MM. J.-E. PLANCHON et TRIANA (suite) (1). 
CONSPECTUS DIAGNOSTICUS. 


Orpo GUTTIFERJE Juss. 
Flores diclines, sæpius dioici, nunc polygami. Petala sæpius libera, hypo- 
gyna. Placentatio axilis v. basilaris. Embryo exalbuminosus. 


Arbores v. frutices, sempervirentes, succo resinoso scatentes. Folia oppo- 
sita, decussata, rarius verticillata, petiolo basi intus foveola marginata ex- 
sculpto axillaque seriem glandularum fovente ; stiputæ sæpius nulle. Inflores- 
centia rite cymosa. Æstivatio, symmetria, numerus, proportio partium floris 


valde varia sub generibus describenda. | 
Tre. I. — CLUSIEÆ. 


Fructus capsularis, valvis navicularibus, septicide dehiscentibus, columella 


angulato-alatam nudantibus. Stigmata radiata, distincta. Embryonis tigella 
(vulgo radicula) maxima; cotyledones minutæ, 


SUBTRIB, À, — EUGLUSIEZ. 

Ovula in loculo singulo 2 v. plura. Semina arillodio plus n minus involuta. 
. . GEM. I. — CLUSIA Plum. 

Calyx ^i-5-phyllus. Petala 4-5-6-8. Stamina fl. masc. indefinita. Ovarii lo- 


(1) Voyez plus haut, p. 26, : 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861. 67 


culi pluriovulati, Capsulæ polyspermæ, endocarpio non cartilagineo. Semina 
anatropa, arillodio amplo carnoso involuta. 


SECT. I. — EUCLUSIA. 


Calyx 4-phyllus. Petala 4-8. Stamina fl. masc. dimorpha : externa fertilia, 
pluriseriata, in coronam cupuliformem v. annulum concreta, antheris linea- 
ribus connectivi productione cuspidatis, loculis 2 linearibus rima longitudinali 
dehiscentibus; interna sterilia in globum resinifluum conferruminata. Floris 
fem. staminodia in cupulam coucreta, plane ananthera v. hinc inde antherifera. 
Semina subhorizontalia. 

Clusia rosea L. — Clusia grandiflora Splitg. — Clusia nemorosa Mey., 


et affines. 
SECT. H. — OMPHALANTHERA. 


Calyx 4-phyllus. Petala 5. Stamina (flor. masc.) in corpus solidum, super- 
ficie areolatum, plane concreta, Antheræ discoideo-annuliformes, umbilicatæ 
in apice filamenti semi-immersæ, uniloculares, columella solida verticali, cen- 
trali donatæ, margine interiore ruptura irregulari dehiscentes. Flores fem. 
ignoti. 

Clusia eugenioides Pl. et Lind. mss., Nova Granata, Schlim, n° 934. 

SECT. HI. — GOMPHANTHERA, 


Calyx 5-phyllus. Petala 5. Stamina (fl. masc.) in globuin areolatum con- 
creta. Pistilli rudimentum in apice androcei semi-immersum, stigmate sterili 
crasso, 5-lobo. Antherz ín apice filamenti semi-immerse, disciformi-umbo- 
nate, uniloculares, columella destitutæ, dehiscentia verosimiliter irregulari. 

Clusia Gardneri Nob. , Brasilia, Gardner, n° 4098. 

Sect. IV. — PHLOEANTHERA. 

Calyx 4-phy!lus. Petala 5, rarius 4. Stamina (fl. masc.) in corpus solidum 
concreta, connectivorum apicibus vix conspicuis. Pistilli rudimentum nullum. 
- Antheræ 2-3-4-loculares, in stratum quasi corticalem dense conglutinatæ, lo- 
culis verticaliter cylindraceis apice rima brevi v. poro apertis. Flor. fem. 
staminodia in urceolum latum coalita, pluriseriata, filamentorum connato- 
rum limitibus obsoletis, antheris nullis v. abortivis, muticis. 

Clusia Gaudichaudii Choisy non Camb. — Clusia lanceolata À. Si-H, et 
zamb. — Clusia Hilariana Schlecht. (Cl. Lhotzkyana Choisy, pro parte, 
non Schlecht.). — Clusia microstemon Nob., Brasilia, Spruce, n° 2511. — 
Clusia myriandra Nob. (Tovomita? myriandra Benth.) 

- Species floribus masculis ignotis in sectione dubie: Clusia minor L. 
(Cl. parviflora Humb. et Bonpl. — Cl. pratensis Seem.). — Clusia odorata 
Seem. — Clusia Plumerii Nob. 

SEcr. V. — RHETINOSTEMON. 


Calyx 4-5-phyllus. Petala 4-5. Stamina (fl. masc.) in massam resinosam 


“+: 


68 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

superficie lobulatam v. levem concreta. Antherae 2-3-h-loculares, loculis su- 
perficialibus in longum adnatis v. semi-immersis discretis, rima extrorsa longi- 
tudinali dehiscentibus. Staminodia fl. fem. (ubi nota) in cupulam anantheram 
concreta. Ovula in loculis pauca (2-8); an semper? 


Typus A. — GYMNACRON. 
Androcei massa pulviniformis, basi antherifera, caeterum nuda, non lobu- 
lata. Antherz circiter 36-40, biseriatæ. 
Clusia laurifolia Nob., Nova Granata, Triana. 


Typus B. — TRIPLANDRON (gen. Triplandron Benth.) 
Stamina plus minus regulariter triseriata, intima 4 in lobos totidem cru- 
ciatos tumentia, foveola apicali pistilli rudimentum minutum includente. 
Clusia lineata Nob. (Triplandron lineatum Benth.) 


Typus C. — PENTACRON. 

Audroceum totum fertile, apice 5-lobum, lobis monantheris. Stamina alia 
(praeter 5 apicalia) obscure triseriata. Ovarii rudimentum nullum. — Fl. fem. 
staminodia ananthera, in cupulam concreta. Ovarii loculi 6-7-8-ovulati. Ovula 
horizontalia. 


Clusia decussata R. et Pav. mss, — Clusia Spruceuna Nob., Spruce, 
n? 4197. 
Typus D. — DIPLANDRON. 


Calyx 4-phyllus. Petala 4. Androceum apice 4-lobum, lobis 2-antheris. 
Antherae biseriatæ, seriei inferioris circiter 16, seriei superioris 8, geminatim 
approximate. Pistilli rudimentum nullum. 

Clusia loranthacea Nob., Nova Granata, Triana. 


Tyrus E, — SORANDRON. 
Calyx 4-phyllus. Petala 4. Androceum totum fertile, non lobulatum. An- 
theræ 2-3-loculares, inordinatim congesta. 
Clusia Seemanni Nob. (Triplandron lineatum Seem. non Benth.) 


Tyrus F. — MESOSTYLION. 
Calyx 4-phyllus. Petala 5. Androceum globosum, apice e fovea lata co- 


lumnam styliformem (pistilli rudimentum) exserens, undique antheriferum. 
Antherz parvæ, biloculares, inordinatim conferta. 


Clusia Candelabrum Nob. , Regio amazonica, Spruce, n? 2531. 


Secr. VI. — CURDYLANDRA. 

Flores polygami. Calyx 4-5-phyllus. Petala 5. Masc. Stamina 12-15 irregu- 
lariter 2-3-4-seriata. Filamenta crassa, angulosa v. teretia, cuneata à clavi- 
formia, libera v. basi confluentia, apice truncata v. depressa. Antheræ apicales 
biloculares, loculis discretis rima longitudinali extrorsa dehiscentibus. — Her- 
maphr. Stamina illis fl. masc. subconformia, antheris minoribus, interd. semi- 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861, 69 


effaetis. Stigmata 5, crassa, in pyramiden conniventia. Ovula plura, horizon- 
talia v. subpendula. 

Clusia Gaud ichaudii Nob., Brasilia, Gaudichaud, n° 781. — Clusia or- 
ganensis Nob., Brasilia, Gardner, n. 330 et 331. — Clusia renggerioides 
Nob., Brasilia, Spruce, n° 2895. 


SECT. VII. — CLUSIASTRUM. 


Calyx 4-5-phyllus. Petala 6-8. Stamina (fl. masc.) plurima, receptaculo dis- 
ciformi inserta. Filamenta brevia. Antheræ lineares, muticæ, loculis 2 mar- 
ginalibus, rima longitudinali dehiscentibus. Fem. Staminodia plura, obscure 
biseriata, linearia, ananthera, basi in annulum confluentia. 

Clusia cuneata Benth. — Cl. crassifolia Nob., Guiana, Schomb., n° 709. 


SEcT. VIII. — STAUROCLUSIA. 


Flores polygami. Sepala 4. Petala A, cruciatim biseriata, Masc. Stamina 
plurima, receptaculo inserta, congesta, libera. Filamenta brevia, Antheræ ba- 
sifixe, muticæ,  biloculares, loculis laterali-introrsis, rima longitudinali 
dehiscentibus. — Hermaphr. Stamina 4-5-8, hypogyna, libera, nunc plus 
minus effæta. 

Clusia flava L. — Clusia alba Jacq., et affines. 


SECT. IX. — CRIUVOPSIS. 


Calyx 5-phyllus. Petala 5, crassiuscula, calyce parum longiora, sepalis plane 
opposita. Masc. Stamina indefinita, receptaculo tumido acervatim inserta ; 
filamenta brevia, libera. Antheræ basifixæ, lineares, muticæ, loculis 2 margi- 
nalibus rima longitudinali dehiscentibus. — Fl. pseudo-hermaphr. Stami- 
nodia 5, petalis opposita. Filamenta complanata, basi dilatata in annulum con- 
fluentia. Antherae complanatæ, truncatze, loculis 2 marginalibus semi-effeetis, 
angustis, rima longitudinali dehiscentibus. Stigmata 5, crassa, conniventia. 
Ovula ascendenti-horizontalia. 

Clusia acuminata Nob. (Renggeria acuminata Seem. )— Clusia amazonira 
Nob. (Quapoya Spruce, n^ 2878). 


SEcT, X. — CRIUVA. 


Calyx 4-5-phyllus. Petala 5, sepalis partim opposita, non crassa. Masc. 
Stamina plura receptaculo prominulo inserta. Antherz sectionis praecedentis. — 
Pseudo-hermaphrod . Staminodia sectionis Criuvopsis. Ovula in loculo quovis 
directione varia. 

Clusia Criuva A. St-H. et Camb. — Clusia Sellowiana Schlecht. 


SECT. XI. — ANANDROGYNE, 


Calyx 4-5-phyllus. Petala 5-6. Stamina plura receptaculo prominenti inserta, 
quasi monadelpha. Filamenta brevia, libera. Antherz lineares v. lineari- 
vblongæ, connertivo angusto loculis marginalibus, rima longitudinali dehis- 


70 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
centibus. Staminodia 5-10, hypogyna, membranacea, dentiformia, plane 


ananthera. 
Clusia multiflora H.B.K. — Clusia Ducu Benth., et affines. 


GEN. Il. — OXYSTEMON Nob. 


Calyx 10-phyllus, foliolis imbricatis, non decussatis. Petala 5-6. Masc. 
Stamina dimorpha : externa fertilia, libera, pluriseriata, antheris linearibus 
connectivo in cuspidem subulatam producto; interna centro floris in corpus 
oblongum, resinosum, anantherum concreta, 

Oxystemon nervosum Nob., Nova Granata, Triana. 


GEN. HI. — COCHLANTHERA Choisy. 

Calyx 10-phyllus, foliolis non decussatis. Petala 5-6. Masc. Stamina dimor- 
pha : externa fertilia, circiter 20-2^, uniseriata, libera v. basi ima varie con- 
fluentia, filamentis arcuatis, antheris oblongis, nruticis, introrsum rima du- 
plici dehiscentibus, demum circinatim revolutis; interna 4 (v. 5?), sterilia, 
filamentis crassis, concretis, antherze vestigium apice gerentibus. 

Cochlanthera lunceolata Choisy. 


GEN. IV. — POLYTHECANDRA Nob. 

Calyx 4-5-phyllus. Petala 4-5: Mase. Stamina plura (circiter 20-25) ob- 
scure 4-seriata, receptaculum depresse conico-globosum sub rudimento ovarii 
apicalis vestientia. Filamenta subnulla, in cupulam obtuse pentagonam expansa. 
Antherae loculi plurimi, sacciformes, a basi lata oblongo-lineares, inaequales, 
undique e fundo cupulæ exsurgentes, marginalibus directione convergen- 
tibus, membrana tenui pollinitega, dehiscentia ignota. — Fl. fem. ignoti. 

Polythecandra Spruceana Nob., Regio amazonica, Spruce, n° 2251. — 
Polythecandra Schomburgkiana Nob., Guiana, Schomb., n° 633. 


GEN, V. — ARRUDEA A. St-H, et Camb. 


Flores polygami. Bracteæ calycinæ 4 v. plures. Calyx 5-phyllus. Petala 5-10. 
Stamina (in flore masc. v. pseudo-hermaphrod.) plurima, receptaculo conico 
undique inserta, in massam conglutinata. Antheræ lineares, biloculares, apice 
2-porosæ. Ovarium pluriloculare, loculis pluriovulatis. Capsula (ubi notæ) 
endocarpio cartilagineo, rugis transversis plicato. 

Arrudea clusioides A. St-H. et Camb. — Arrudea purpurea Splitgerb. 


GEN. VI. — CLUSIELLA. 


Calyx 5-phyllus, æstivatione quincunciali. Petala 5, sepalis alterna, æstiva- 
tione convoluta. Fem. Staminodia in cupulam latam concreta, dimorpha : 
alia numerosa, corpuscula c'avata v. fusiformia v. oblonga, ceracea sistentia, 
cupulam extus dense vestientia; alia marginalia biseriata, breviter stipitata, 
cupuliformia, resiniflua. Ovarium 5-loculare. Stigmata 5, sessilia, puncti- 
formia. Ovula plurima, horizontalia, descendentia. 


SÉANCE DU S FÉVRIER 1861. 71 

Clusiella elegans Nob., Nova Granata, Triana. : 

GEN. VII. — ANDROSTYLIUM Miq. 

Flores dioici. Calyx 5-phyllus. Petala 5. Masc. Androceum e basi tumida, 
glandulosa (staminodiis anantheris in globum concretis obsita) columnare, apice 
antheriferum. Antherz in globum confertæ, concreta, biloculares, dehiscentia 
ignota. — Fem. Staminodia ananthera, circa ovarii basim in annulum con- 
glutinata. Ovarium 5-loculare, loculis multiovulatis. Stigmata 5, triangu- 
laria, peltata, arcte conniventia. 

Androstylium Fockeanum Miq. 

GEN, VIII. — QUAPOYA Aubl. (pro parte). 

Calyx 5-phyllus. Petala 5, partim sepalis opposita. Masc. Stamina in massam 
discoideam arcte conferta, non vere coadunata : filamenta brevia crassa ; an- 
theræ biloculares, connectivi dorso adnatæ et semi-immersæ, loculis bilocel- 
latis biporosis. — Æem. Staminodia 5-8, cuneiformia, crassa, ananthera. 
Ovarium 5-loculare, loculis pluriovulatis. Stigmata 5, peltata, pyramidato- 
conniventia, Capsule (ubi nota) endocarpio cartilagineo, rugis transversis 


plicato. 
SECT. I. — EUQUAPOYA. 


Stamina numerosa, obscure /4-seriata, seriei intimæ 5; locellis antheræ 
subverticalibus, poris valde discretis. Capsula extus exsiccatione transverse 
rugosa, intus cartilaginea. Ovula in loculis circiter 5- 6. Semina abortu pauca 
(3-4), anatropa, suspensa. 

Quapoya Pana-Panari Aubl. (Q. surinamensis Miq.) 


SECT. II. — RENGGERIA (Schweiggera Mart. non Spreng.). 
Stamina 10, biseriata, locellis antheræ obliquis, poris 2, antice approxi- 
matis. Capsula (ex icone) non rugosa. Semina in loculis plura, horizontalia. 
Quapoya comans, Nob. (Schweiggera comans Mart.) 


GEN. IX. — RENGIFA Popp. (Quapoyæ sp. Aubl.). 
Calyx 5-phyllus. Petala 5. Masc. Stamina 5-10, receptaculi in columnam ` 
brevem producti apici inserta, in orbem horizontaliter radiantia. Filamenta 
brevia; antheræ anguste cuneiformes, truncatæ, loculis 2 marginalibus rima 
longitudinali dehisceatibus. — Fem. Staminodia 5, erecta, complanata, linea- 
ria, utrinque sub apice vestigium antheræ loculorum exhibentia (ex icone 
Aubletiana). 
Rengifa scandens Nob. (Quapoya scandens Aubl.) — Rengifa peruviana 
Popp. — Rengifa acuminata Nob. , Guiana, Schomburgk, n° 999. 


GEN. X. — BALBOA Nob. 


Calyx 4-phyllus, foliolis decussatis. Petala 4, æstivatione varia, non decus- 
sata, sepius sepalis alterna. Masc. Stamina 5-6, biseriata, monadelpha v. 


72 SOCIÉTÉ POTANIQUE DE FRANCE. 
saltem receptaculo columniformi adnata. Filamentorum pars libera brevis. 
Antheræ basifixæ, ovata, biloculares, loculis marginali-introrsis, rima lon- 
gitudinali dehiscentibus. 

Balboa membranacea Nob., Nova Granata, Triana. 


GEN. XI. — OEDEMATOPUS Nob. 


Calÿx 4-phyllus, foliolis decussatis. Petala 4, decussata, crassiuscula. Masc. 
Stamina 8-12, in centro floris fasciculata, triseriata ; filarhenta e basi ventri- 
cosa, subulata; anthera ,obverse cuneatæ v. ellipticæ, loculis 2 marginali- 
extrorsis rima longitudinali dehiscentibus. — Fem. (ex icone Peeppig) Sta- 
minodia 8, hypogyna, cuneato-linearia. Ovarium 4-loculare, loculis pluri- 
ovilatis. 

"GEdematopus octandrus Nob. (Havetia octandra Pœpp.) — OEdematopus 


obovatus Nob. (Havetia obovata Spruce.) — (Ædematopus dodecand rus Nob., 
Bahia, Martius, Blanchet, n° 2310. 


GEN. XII. — HAVETIOPSIS. 

Calyx 4-phyllus, foliolis decussatis. Petala 4, decussata, crassiuscula. Masc. 
Stamina 4, petalis opposita ; filamenta basi dilatata confluentia ; antheræ ovatæ, 
basifixæ, biloculares, loculis marginali-introrsis, rima longitudinali dehiscenti- 
bus. — Fem. Staminodia 4, antherifera v. castrata. Styli 4, breves. Capsula 
h-valvis, oligo- v. polysperma. 


Sect. 1. — EUHAVETIOPSIS. 


Staminodia antherifera. Ovula seminaque numerosa, horizontalia (fide icon. 
Martianz). 


Havetiopsis Martii Nob. (Havetia laurifolia Mart. non H. B. K.), et affines. 


Sect. JI. — HAVETIELLA, 
Staminodia antherifera. Ovula seminaque plura, adscendentia. 


Havetiopsis hippocrateoides Nob., Peruvia, Cl. Gay, n. 1501, 1080,957 
et 1569. 


Sect. III. — OLIGOSPORA, 


Staminodia ananthera. Semina in loculis pauca (3-4), e basi adscendentia , 
arillodiis sacciformibus sæpe inter se concretis. 


Havetiopsis caryophylloides Nob., Nova Granata, Triana. 


GEN. XIII. — PILOSPERMA Nob. 
Calyx 4-phyllus, foliolis decussatis. Petala 4, decussata. Fem. Staminodia 
in cupulam concreta, Capsula 6-locularis. Semina in loculo singulo 2, imbri- 


cato-superposita, pendula (v. melius resupinata), arillodio pileiformi coronata, 
raphe extrorsa. 


Pilosperma caudatum Nob., Nova Granata, Triana. 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 15861. 73 


GEN. XIV. — HAVETIA H.B.K. 

Calyx 4-phyllus, foliolis decussatis. Petala 4, decussata. Masc. Stamina 4, 
petalis alterna, filamentis crassissimis in discum 4-lobum concretis ; antheris 
sessilibus, in lobi (id est filamenti) apice immersis, trilocularibus, trilobis. 
— Fem. Staminodia in cupulam 4-lobam concreta, ananthera. Capsula 
A-5-valvis. Semina in loculo gemina, collateralia, pendula, semi-anatropa, 
hilo ventrali lineari, arillo membranaceo, arillodio lobulato, raphe introrsa. 

Havetia laurifolia H.B.K. : 


SUBTRIB. B. — TOVOMITEZÆ. 
Ovarii loculi uniovulati. 
GEN. XV. — CHRYSOCHLAMYS Popp. et Endl. 
Semina arillo sacciformi, dorso pervio, inclusa. 
SECT. i. — EUCHRYSOCHLAMYS. P 
Calyx 5-phyllus. Petala 7-9. Stamina (fl. hermaphr.) in cyathum margine 
glandulosum concreta. Antherz biloculares, poris 2 apicalibus dehiscentes. 
(Endl. et Pœpp.) 
Chrysochlamys multiflora Peepp. et Endl. 
SECT. II. — POECILOSTEMON. 


Calyx 5-phyllus. Petala 5. Antherz biloculares, loculis rima longitudinali 


dehiscentibus. 
Typus A. — HETERANDRA. 


Stamina (fl. masc.) dimorpha, externa fertilia, interna sterilia in corpus 
centrale concreta. 
Chrysochlamys (Poecilostemon) laxa, membranacea et myrcioides, Nob., 


Nova Granata. 
Tyrus B. — ADELPHIA. 


Stamina (fl. masc.) æqualiter fertilia, monadelpha. 
Chrysochlamys (Pæcilostemon) Goudotii et petiolaris, Nob., Nova Gra- 


nata. 
GEN. XVI. — TOVOMITA Aubl. 


Semina exarillata, tegumento externo, carnoso, venoso. 


Tovomita guianensis Aubl., etc., etc. 
(La fin à la prochaine séance.) 


M. Le Dien fait à la Société la communication suivante : 


SUR UN PHÉNOMÈNE TÉRATOLOGIQUE OBSERVÉ CHEZ QUELQUES MOUSSES, 
pr M. Émile LE DIEN. 


Dans les études de tératologie végétale, on s'est jusqu'ici occupé des Pha- 


7h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nérogames bien plus que des Cryptogames, et, eu venant signaler à la Société 
une monstruosité peut-être assez fréquente que j'ai rencontrée sur des Mous- 
ses, je crois pouvoir avaucer que, si elle a déjà été observée, elle n'a du moins 
été mentionnée dans aucun des livres qui sónt le plus ordinairement consultés 
par les botanistes francais. 

Au mois ‘de septembre dernier, dans un court séjour que je fis au Mont- 
Dore, il me fut rapporté qu'un éminent botaniste, qu'en ce moment-là même 
une mort bien prématurée enlevait à la science, M. Payer, avait, plusieurs an- 
nées de suite, observé, auprès de la grande cascade, une Mousse qui l'avait vi- 
vement intéressé. Conduit par ce vague renseignement, je parcourus les parties 
accessibles de la localité indiquée. Mes recherches, trop abrégées par l'impa- 
tience de compagnons de voyage étrangers à la botanique, n'amenérent pour 
moi la découverte d'aucune espèce qui mérite ici une mention particulière, 
et je quittai le Mont-Dore avec le regret d'avoir manqué le trésor signalé, 
mais en emportant, comme provision d'hiver, un grand nombre d'échantillons 
de Mousses à examiner. C'est en en faisant l'examen que, dans une touffe de 
Trichostomum rigidulum, provenant de la grande cascade du Mont-Dore, et 
au milieu d'un assez grand nombre de capsules normalement conformées, j'ai 
trouvé deux pédicelles portant chacun une double capsule. 

Est-ce cette anomalie qui; retrouvée plusieurs années de suite, avait attiré 
l'attention de M. Payer? Je suis porté à le croire, puisque des recherches 
attentives ne m'ont fait trouver dans la localité aücune espèce bien rare. Ce 
retour régulier de la méme anomalie la rendrait plus intéressante, mais je ne 
puis, à cet égard, émettre qu'une conjecture. . 

Pour mon compte, c'était la premiére fois que je rencontrais cette disposi- 
tion anomale. Depuis, je l'ai retrouvée sur un échantillon rapporté de l'her- 
borisation de M. Chatin, en Savoie, par notre confrère M. Rose, et que j'ai 
malheureusement intercalé dans mon herbier sans prendre le nom de l'es- 
pèce. i 

Dans ce dernier échantillon, les deux capsules étaient entièrement sem- 
blables et trés régulières. Les miens, au contraire, offraient une certaine 
irrégularité dans le mode d'insertion des capsules. Dans l'un, que je présente 
à la Société, les deux capsules, de dimension à peu près égale, sont insérées 
sur le sommet du pédicelle, l'une des deux cependant un peu plus latérale- 


ment que l'autre. Cette sorte de prédominance d'une capsule sur l'autre était - 


bien plus marquée dans l'autre échantillon, où la seconde capsule, plus petite 
que la première, était insérée sur celle-ci. J'ai perdu ce second échantillon 
en cherchant à m'assurer si les capsules contenaient des spores. Quant au 
premier, on peut voir, à l'aide d'un trés faible grossissement, qu'il s'est 
échappé de chacune des capsules des spores qui sont restées aux environs de 
leurs orifices. 

L'anomalie dont je viens de rapporter trois exemples peut s'expliquer par 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861. 75 


la soudure des deux pédicelles ; mais cette soudure suppose elle-même un 
fait bien plus extraordinaire, la naissance de deux capsules dans le même ar- 
chégone. 

On trouve sur un certain nombre d’espèces de Mousses, assez peu nom- 
breuses du reste, plusieurs capsules dont les pédicelles partent tous du même 
perichèse ; mais chacune de ces capsules provient d’un archégone distinct, et 
il est impossible que les pédicelles se soudent, car chacun d’eux est protégé 
pendant sa formation par une enveloppe qui est l'archégone. L'archégone con- 
siste en une sorte de sac en forme de bouteille, dans lequel prend nais$ance 
la cellule qui est le germe de la capsule. Ce germe, dans son premier déve- 
loppement, prend la forme d'une soie; en s'allongeant, il emporte le sac 
qu'il détache de sa base et en reste plus ou moins longtemps coiffé, ce qui a 
fait donner à cet organe, dans son dernier état, le nom de coiffe. Les pédi- 
celles étant ainsi isolés les uns des autres, il est impossible d'admettre qu'ils 
puissent se souder, et il faut nécessairement supposer que les doubles cap- 
sules dont il s'agit sont nées dans un seul archégo:e. 

Ce fait, certainement trés curieux, peut avoir pour cause une double fé- 
condation, et, pour le comprendre, il faut se rappeler quel est le dien on 
que l'on nomme fécondation chez les Mousses. 

Dans l'état actuel de la science, il n’est guère permis de douter que, chez la 
plupart des Crvptogames et notamment chez les Muscinées, le concours de 
deux organes différents et presque toujours isolés l’un de l'autre, soit sur le 
même pied, soit sur des pieds différents, ne soit nécessaire à la reproduction, 
ou pour parler peut-être plus juste, à la complète évolution du végétal. Ce 
concours, qui produit la fécondation, rapproche sans doute les Cryptogames 
des Phanérogames, mais non cependant autant que l'idée généralement atta- 
chée au mot de fécondation pourrait le faire croire. Dans toutes les plantes 
phanérogames, la fécondation présente un caractère constant d'uniformité, et 
dans son mode d'action, et dans son objet. Son mode d'action, c'est la pént- 
tration de l'organe mâle dans l'ovule, quand celui-ci fait encore partie de la 
plante-mére ; son bat, la formation d'un embryon, c'est-à-dire d'un individu 
nouveau. Chez les Cryptogames, là où le mode d'action de l'organe féconda- - 
teur est suffisamment connu, on le trouve, non-seulement autre que chez les 
Phanérogames, mais encore différent dans les divers groupes de Cryptogames. 
Dans aucun de ces groupes il n'y a d'embryon formé; dans aucun méme, 
l'action fécondatrice ne parait s'exercer sur la spore. Pour ne pas sortir de la 
famille des Mousses, la fécondation y a lieu avant la naissance des spores et 
presque avant celle de la capsule. 

M. Schimper, dont l'autorité est si grande en cette matiére, considére 
comme un point incontestablement établi que l'anthérozoide pénétre dans 
l'archégone au moment où celui-ci ne contient encore que ce qu'il appelle 
la cellule germinative, et que c'est aprés avoir recu l'influence de l'organe 


76 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


fécondateur que cette cellule commence à subir les modifications qui ea font 
l'origine de la capsule. Dans cet état du sporange, non-seulement les spores 
n'existent pas, mais il n'existe pas méme encore un premier élément du tissu 
qui les produira plus tard. C'est donc bien à la capsule elle-méme que l'in- 
tervention de l'anthérozoide donne naissance. Si la capsule est double, on 
peut supposer que deux anthérozoides ont pénétré dans l'archégone. Il faut 
tout au moins, si l'on ne veut pas trop approfondir la manière encore bien 
obscure dont la fécondation s'accomplit, attribuer l'anomalie en question à la 
naissance de deux capsules dans le méme archégone et à la soudure des pé- 
dicelles, soudure qui se serait prolongée inégalement dans les trois exemples 
que j'ai cités, puisque, dans l'un, elle comprend une partie importante des 
capsules, tandis que, dans les autres, elle ne comprend que les pédicelles. 

Si l'on veut comparer ce fait à quelque anomalie analogue chez les Phané- 
rogames, il faut supposer le cas où deux embryons naîtraient dans le méme 
ovule. Mais les comparaisons qu'on fait entre les Phanérogames et les Crypto- 
games sont rarement justes. J'ai déjà rappelé que ce qu'on nomme féconda- 
tion chez les Mousses diffère, autant dans son but que dans ses moyens, de 
ce qu'on appelle fécondation chez les Phanérogames. On compare, sans plus 
de raison, les spores des Cryptogames aux ovules des Phanérogames. 

Les spores, qui, par leur mode de formation, leur constitution organogra- 
phique et inéme par la maniére dont elles s'allongent en filaments pour for- 
mer le prothallium des Mousses, rappellent plutót les grains de pollen que les 
ovules, n'ont besoin du concours d'aucun organe étranger à elles-mémes pour 
se développer. Les spores, en un mot, ne sont pas fécondées, ce qui devrait 
repousser toute comparaison entre elles et les ovules. Chez les Mousses, l'or- 
gane considéré comme fécondateur intervient, je le répéte, pour donner nais- 
sance, non pas à l'embryon, c'est-à-dire à l'individu nouveau, mais bien au 
fruit, .réceptacle futur des spores. 

La science arrivera peut-étre un jour à trouver le point encore inconnu 
par lequel doivent se joindre les deux grandes divisions du règne végétal ; 
mais ce serait manquer le but que de le chercher dans des organes ou des 
phénoménes n'ayant entre eux rien de commun que le nom, et dans des com- 
paraisons qui ne peuvent tromper que les botanistes étrangers à la crypto- 
gamie. 

Ces réflexions me mènent, loin du fait que ma communication avait pour 
objet de vous signaler, dans des questions dont la portée, je ne me le dissi- 
mule pas, dépasse de beaucoup mes forces. Mais je me suis laissé entrainer 
par le désir d'appeler l'attention de la Société sur une partie de son domaine, 
dont, à mon avis, elle s'occupe trop rarement. 1l faudrait sans doute des ef- 
forts partant de plus haut pour exciter le zèle des botanistes en faveur de la 
cryptogamie ; mais, à leur défaut, il n'est pas tout à fait inutile que de plus 
modestes vienuent de loin en loin rappeler que cette partie si intéressante de 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861. 77 
la science n'est pas en dehors du programme de la Société botanique de 
France. 


M. Brongniart pense que la monstruosité observée par M. Le 
Dien est plutôt due à l'existence simultanée de deux cellules germi- 
nalives dans l'archégone, qu'à la pénétration de deux anthérozoides 
dans l'intérieur d'un méme archégone ; car, dans l'état normal, on 
voit presque toujours plusieurs anthérozoides déposés au moins à 
l'entrée de cet organe. Dans cette hypothése, les capsules doubles 
observées par M. Le Dien rappelleraient les ovules des Coniféres et 
des Cycadées, qui renferment ordinairement plusieurs sacs embyon- 
naires. 7 

M. de Schænefeld rappelle que M. G. Thuret, dans ses belles 
observations sur la fécondation des Fucacées, a vu chez ces végétaux 
les anthérozoides s'attacher en trés grand nombre autour de la 
spore qu'ils fécondent (1). 

M. Brongniart fait remarquer qu'il y a une trés grande différence 
entre la fécondation des Algues et celle des Mousses, puisque dans 
ces derniéres les spores ne préexistent pas à la fécondation. 

M. Meniére met sous les yeux de la Société de petits fragments 
de végétaux aromatiques, conservés, depuis une cinquantaine 
d'années, dans un vase ouvert, et qui cependant exhalent encorc 
une odeur assez forte. — M. A. Gris veut bien se charger d'ana- 
lyser ces débris, afin de tâcher de découvrir de quelle plante ils 
proviennent. 


M. Brongniart fait à la Société la communication suivante : 


OBSERVATIONS SUR UN GENRE REMARQUABLE DE VIOLACÉES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE, 
pr M. Ad. BRONGNIART. 


M. Pancher, ancien jardinier au Muséum d'histoire naturelle, chargé pen- 
dant longtemps de diriger les cultures des établissements francais à Taiti, et 
attaché au méme titre, depuis quelques années, à la colonie de la Nouvelle- 
Calédonie, avait adressé au Muséum, en 1859, des échantillons de trois plantes 
qu'il considérait comme constituant des genres nouveaux. Je me propose de 
faire connaitre à la Société ces plantes remarquables, en complétant les 
notes de M. Pancher par une analyse plus détaillée de leur organisation et 


(1) Voy. Ann. sc. nat., sér. IV, t. IL, 


am - SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE 


par la comparaison de ces végétaux avec ceux déjà décrits des mêmes 
familles. 

Dans cette séance, je m'occuperai d'une plante que M. Pancher considé- 
rait comme appartenant à un nouveau genre de Violacées, auquel il donnait 
le nom de. Payenia, nom qui ne pourrait être admis, car M. Alph. De Candolle 
a déjà, dés 1844, dédié à M. Payen un genre de Sapotées. 

L'examen des fleurs de cette plante me parait en outre prouver qu'elle ap- 
partient à un genre récemment établi par M. Asa Gray sous le nom d'Agatea, 
mais dont les caractères doivent être assez notablement modifiés et complétés 
par l'étude des échantillons plus parfaits de l’espèce de la Nouvelle-Calédonie. 

Ce genre, voisin des /onidium, en différait, suivant M. Asa Gray, par ses éta- 
mines, dont les quatre antérieures étaient réunies par leurs filets, tandis que 
l'étamine postérieure, placée entre les deux pétales les plus petits, restait libre, 
et rappelait ainsi le mode de diadelphie de la plupart des Papilionacées. M. Asa 
Gray supposait en outre, d'après l'épaisseur des parois de l'ovaire, que le fruit 
devait être charnu. Dans la plante de la Nouvelle-Calédonie envoyée par 
M. Pancher, les étamines sont parfaitement monadelphes, les cinq étamines 
étant réunies par leurs filets larges et membraneux, tandis que les anthères et 
les appeudices qui naissent de leur connectif sont libres ou légèrement cohé- 
rents dans la fleur non épanouie. Dans une seconde espéce du méme pays, 
faisant partie des collections adressées au Musée des colonies par M. Vieillard, 
ces étamines sont unies par leurs filets et en partie par leurs appendices mem- 
braneux, qui sont soudés avec le connectif jusque prés de son sommet ; mais 
on remarque que l'étamine postérieure se sépare facilement dés autres lorsque 
l'ovaire, en s'accroissant, rompt l'espèce de cupule formée par leurs filets réu- 
nis. On comprend donc que l'indépendance de cette étamine, soit qu'elle ait lieu 
normalement dans l'espèce décrite par M. Asa Gray, soit qu'elle résulte seule- 
ment de l'observation de fleurs déjà trop développées, ne peut pas fournir un 
caractère différentiel. Quant au fruit, que nous avons en parfait état dans 
la plante envoyée par M. Pancher, il est sec et capsulaire, à.trois valves; mais 
son péricarpe est plus épais que dans la plupart des Violacées : il est crustacé 
et presque ligneux, et recouvert d'un duvet court et serré. Enfin les graines 
offrent un caractère des plus singuliers, dont je ne connais encore aucun 
exemple. L'ovule, observé dans la fleur ou peu aprés la floraison, est anatrope 
et montre seulement un raphé trés prononcé, large et saillant. En se dévelop- 
pant, les graines deviennent planes, lenticulaires et même ailées; elles sont 
appliquées l'une contre l'autre, parallélement à la face interne du péricarpe, 
de telle manière que le raphé parcourt horizontalement la face dirigée vers le 
centre du fruit. Lorsque les graines sont arrivées à leur développement 
complet, ces deux faces offrent une structure et une coloration tout à fait 
différentes: la face interne présente une couche assez épaisse d'un tissu dur, 
rigide, coloré en noir, au milieu duquel se trouve plongé le raphé, et qui 


SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1861. 79 
présente par conséquent à une de ses extrémités le hile, et à l'autre la chalaze ; 
la face externe de la graine est formée au contraire d'un tissu délicat, d'un 
blanc jaunâtre, au milieu duquel était placé le nucelle, et qui renferme dans la 
graine l'amande, composée d'un périsperme peu épais et de l'embryon, à co- 
tylédons orbiculaires, plats et minces. A la maturité, ces tissus différents ap- 
partenant à la face interne et à la face externe de la graine se séparent : la 
partie correspondant au raphé forme des sortes d'écailles noires de méme 
forme que les graines et interposées entre elles; la partie membraneuse, 
isolée, semble. constituer à elle seule une graine ailée, ressemblant à celles 
de certaines Apocynées ou Bignoniacées. On y reconnait facilement le point 
d'union avec la chalaze et l'absence de tout faisceau vasculaire ; elle présente 
dans son milieu une partie plus épaisse, occupée par l'embryon et le péri- 
sperme. 

Ce genre est ainsi caractérisé par ses étamines et ses graines; mais le nom 
que M. Asa Gray lui a imposé me parait exiger une légere modification. Ce 
savant botaniste trouve que le nom d’Agatea, qu'il lui a donné en l'honneur 
du dessinateur du voyage de M. Wilkes, diffère suffisamment, par sa prononcia- 
tion, du nom Agathæa (Agathea Endlicher) donné par Cassini à un genre 
de Composées. Il est possible qu'en suivant la prononciation anglaise cés deux 
mots se distinguent facilement, mais il est certain que, d'aprés la maniere 
dont les autres peuples de l'Europe prononcent généralement le latiu, il serait 
impossible d'apercevoir la moindre différence. Pour éviter cette confusion, 
je propose de donner à ce genre le nom d’Agation, qui rappellera le nom 
donné par M. Asa Gray, modifié par la terminaison tov (nom grec de la Vic- 
lette), adoptée pour quelques genres ou sous-genres de Violacées, et par 
M. Asa Gray lui-même dans son genre /sodendrion. 

Les Agation sont des arbustes sarmenteux, à feuilles alternes, à petites sti- 
pules caduques, à fleurs en panicules ou grappes ramifiées, axillaires et ter- 
minales, petites et nombreuses. L'espéce décrite par M. Asa Gray provient 
des iles Fidji ou Viti. La Nouvelle-Calédonie nous en présente deux autres 
bien distinctes par leurs feuilles et leur inflorescence. 

On peut résumer ainsi les caractères de ce genre et des trois espèces con- 
nues jusqu'à ce jour : 


AGATION. 


Agatea Asa Gray, Botany of the United States exploring expedition, 
command. Ch. Wilkes, vol. 1, p. 89 (1854). 

Calyx pentaphyllus subæqualis, basi haud productus deciduus. Corol/e 
petala 5, hypogyna, erecta, inaequalia, postica lateralibus paullo minora, an- 
ticum majus labelliforme, limbo inferius coarctato, ungue basi dilatato gib- 
boso-saccato. Stamina 5 monadelpha, filamentis brevibus membranaceis in 


80 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

cupulam unitis, postico sæpe post anthesim libero (ac tunc stamina diadelpha), 
anticis caruncula glandulæformi auctis; anthera introrsum adnate, loculis 
appositis rima dehiscentibus apice liberis mucronatis, connectivo in appen- 
dicem petaloideam latam producto. Ovarium globosum (villosum) uniloculare, 
placentis-parietalibus 3 pluriovulatis, ovulis anatropis. Stylus apice clavatus 
incurvatus ; stigma conicum latere inflexum. — Fructus : Capsula crustaceo- 
lignosa trivalvis, placentis medio valvarum affixis. Semina bi-triseriatim pla- 
centis affixa, compresso-alata imbricata, pericarpio parallela, e stratis duobus 
valde diversis constituta, altero ad faciem internam raphe percurso crustaceo 
nigro, altero ad faciem externam membranaceo albo nucleum includente, 
deinde liberis, textu laxo interposito rupto, laminas nigras crustaceas et semina 
membranacea, alba, late alata efformantibus. Perispermium carnosum, molle. 
Embryo rectus, cotyledonibus subrotundis planis tenuibus adpressis, tigella 
brevi, radicula hilo proxima. 

Frutices sarmentosi, foliis alternis, petiolatis, glabris, stipulis minimis ca- 
ducis, floribus parvis, albis vel virescentibus, in racemos paniculatos, axillares 
et terminales dispositis, pedicellis 2-bracteolatis, infra apicem articulatis. 

1. AGATION VIOLARE (Agatea violaris Asa Gray, l. c., tab. 7). Foliis 
oblongo-lanceolatis acutis, integerrimis vel repando-subdentatis; paniculis 
axillaribus patentibus folia æquantibus vel brevioribus; corolla labello spathu- 
lato truncato. 

Hab. in insulis Fidji seu Viti. 

2. AGATION PANCHERI. Foliis oblongis acuminatis grosse dentatis; pani- 
culis elongatis subterminalibus erectis, folio duplo longioribus, corolla labello 
ovato oblongo subcordato ; fructu ellipsoideo dense puberulo cinerascente. 

Hab. in Nova Caledonia (Pancher, 1859). 

3. AGATION VIEILLARDI. Foliis ellipticis rotundatis, abrupte acuminatis, 
remote et denticulis parvis serratis ; paniculis laxifloris ; corollae labello ovato. 

Hab. in Nova Caledonia (Vieillard). 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 81 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 
PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 8 février, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


M. Royer (Eugéne), interne des hôpitaux, rue du Dragon, 24, 
à Paris, présenté par MM. Eug. Fournier et A. Gris. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 


Dons faits à la Société : 


Í* De la part de M. de Martius : 
Vermischte Schriften botanischen Inhalts. 


2^ De la part de M. P. Savi : 


Nota sulla morfologia e micrografia degli organi delle Cicadacee. 


3° De la part de M. D. Clos: 
Supplément au catalogue des graines récoltées au Jardin-des-plantes 
de Toulouse. 
^^ De la part de M. Doümet père, président de la Société d'Hor- 
üculture et de Botanique de l'Hérault : 
Programme de l'exposition qui doit avoir lieu à Montyel lie: en 
mai 1861. 
9" De la part de M. N. Doümet fils : 


Souvenir d'une herborisation au Mont- Viso, faite pendant la session 
extraordinaire de la Société botanique de France. 


Catalogue des poissons recueillis ou observés à Cette. 
6" De la part de M. Hamel: 

Traité sur les maladies des plantes alimentaires, t. T, Paris, 1854. 
7° De la part de la Société d'Horticulture de la Gironde : 


Annales de cette Société, h° année, n° 6. 
T VUL 6 


82 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
8° De la part de la Société d'IIorticulture de la Haute-Garonne : 
Annales de cette Société, 1* année, 1860. 


9° En échange du Bulletin de la Société : 
Journal de La Société impériale et centrale d' Horticulture, janvier 1861. 
L'Institut, février 1861, deux numéros. 


Lecture est donnée d'une lettre de M. Hamel, accompagnant 
l'envoi de son livre. 


M. E. Roze fait à la Société la communication suivante : 


DEUXIÈME NOTE SUR QUELQUES MOUSSES RARES QU NOUVELLES, RÉCEMMENT TROUVÉES 
AUX ENVIRONS DE PARIS, 
pa MM. Ernest ROZE ct Émile BESCHERELLE. 


Nous avons déjà eu l'honneur d'entretenir la Société, dans la séance du 
8 juin dernier (1), des résultats de nos premières recherches sur la bryologie 
parisienne ; nous venons aujourd'hui lui soumettre les observations nouvelles 
que nous avons faites en commun depuis cette époque, sur cet intéressant 
sujet. 

Nous lui signalerons d'abord, comme espèces nouvelles pour notre Flore, le 

Sphagnum molluscum Bruch, récolté par nous le 15 juillet dernier, au 
milieu des marécages tourbeux de Saint-Léger, daus les touffes de SpAagnum 
cymbifolium Dill. ; 

Et les deux suivantes, citées dans le Synopsis Muscorum europæorum de 
M. Schimper, comme espèces également parisiennes : 

Campylopus brevipilus Br. et Schimp., découvert par M. Al. Braun dans 
la forêt de Fontainebleau, où M. Schimper l'a trouvé lui-même assez commun ; 

Eurynchium striatulum Br. et Schimp. (Hypnum striatulum R. Spruce), 
observé par Chevallier dans nos environs, 

Nous croyons devoir y ajouter, pour compléter le Catalogue de notre savant 
confrere M. Le Dien, le 

Fissidens bryoides Hedw., qui, dans le Zryologia europea, se trouvait 
réuni au F. exilis, mais dont M. Schimper fait aujourd'hui une espèce dis- 
tincte dans son Synopsis. Il est bon de faire remarquer à ce sujet que la Flore 
de Chevallier donnait déjà ces deux espéces comme parisiennes. 

Il nous reste à signaler, pour les espèces suivantes, les stations nouvelles où 
nous les avons récoltées : 

Dicranella squarrosa Schimp. (Dicranum squarros«m Schrad:).— Forme 


(4) Voyez le Bulletin, t. VII, p. 433. 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 83 
courte, mais bien fructifiée, entre les pierres du bord de la Marne, nou loin du 
pont de Charenton. 

Dicranella varia Schimp. (Dicranum varium Hedw.).—— Dans les pierres 
du quai, au bas du pont de Grenelle. 

Dicranum undulatum Br. et Schimp. (D. polysetum Swartz). — Bien fruc- 
tifié, forêt de Compiègne, au pied du mont du Tremble, dans une touffe 
V Hylocomium splendens Br. et Schimp. 

Nous ferons observer, à propos de cette espèce, que M. Le Dien, dans son 
Catalogue, cite, il est vrai, d’après Chevallier, Mérat et Graves, le Dicranum 
undulatum Turn., mais seulement comme synonyme du D. polustre Brid., 
en partageant les doutes émis sur ce rapprochement par M. Wilson, dans son 
Bryologia britannica. M. Schimper décrit, au contraire, sous ces diversnoms, 
deux espèces très distinctes, et caractérise le D. palustre par des périchèses 
polycarpes. Or les échantillons que nous avons récoltés dans la forêt de Com- 
piègne, offrant ce dernier caractère essentiellement distinctif, se rapportent 
parfaitement au D. undulatum. Il nous resterait peut-être à affirmer l'exis- 
tence des deux espèces dans nos environs ; mais nos échantillons antérieurs, 
déterminés comme P. palustre Brid., étant tous stériles, et la synonymie des 
auteurs nous paraissant encore quelque peu obscure, nous croyons devoir 
ajourner la question, en nous contentant d'inscrire, dés à présent, comme 
parisien, le Dicranum undulatum Br. et Schimp., mieux spécifié par Swartz 
sous le nom de D. polysetum. 

Didymodon rubellus Br. et Schimp. — Parc de Saint-Cloud; forêt de 
Compiègne. 

Leptotrichum pallidum Hampe (Zrichostomum pallidum Wedw.). — 
Bois de Chaville, où il était mêlé au Dicranella heteromalla Schimp. 

Barbula revoluta Schwægr. — Sur des murs de terre et des toits de 
chaume à l'Isle-Adam; à l'Abbaye-aux-Bois, prés du bois de Verrières. 

Barbula squarrosa De Notaris. — Stérile, bois de la Varenne-Saint-Maur ; 
forêt de l'Isle-Adam. 

Encalypta streptocarpa Hedw. — Assez commun, mais stérile, aux 
Beaux-Monts, et très bien fructifié au sommet du mont du Tremble (forêt de 
Compiègne). 

Aulacomnium palustre Schwægr. — Bien fructifié dans les marais tour- 
beux de Saint-Léger. 

Buxbaumia aphylla Haller. — Nous ne citons cette curieuse espèce que 
pour noter ce feit remarquable, qu'elle a été retrouvée par nous ces jours 
derniers, identiquement à la méme place et en échantillons aussi nombreux 
qu'il nous avait été donné de la récolter, l'année dernière, dans les descentes 
sablonneuses qui conduisent de l'étoile du pavé de Meudon au pavillon 
d'Ursine, et du carrefour de la Tour à la fontaine d'Ursine, dans le bois de 
Meudon. 


8h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Neckera complanata Br. et Schimp. — Très abondant et bien fructifié sur 
Les hétres de la forêt de Compiègne. 

Leucodon sciuroides Schwægr. — Forêt de Compiègne, où il fructifie assez 
bien sur les chênes. 

Climacium dendroides Web. et Mohr. — Stérile, mais assez abondant, 
sur le bord des étangs de Saint-Hubert et de Hollande. 

Brachythecium glareosum Br. et Schimp. — Stérile, bois de Chaville. 

Brachythecium albicans Br. et Schimp. (Hypnum albicans Necker). — 
Stérile : Argenteuil; forêt de l'Isle-Adam; bois de Chaville ; bois de Ver- 
rières. 

Plagiothecium denticulatum Br. et Schimp. (Hypn. denticulatum L.).— 
Forêt de Montmorency ; bois de Chaville. 

Hypnum fluitans var. submersum. — Stérile, mais assez abondant, dans 
les creux de rochers de la forét de Fontainebleau. 

Hypnum filicinum L. — Stérile : marais de Trivaux (bois de Meudon); 
étangs de Commelle (forêt de Chantilly). 

Hypnum cupressiforme L. var. mamillatum. — Forêt de Fontainebleau. - 

Hypnum Schreberi Willd. — Bien fructifié, forêt de Compiègne, non loin 
de la Faisanderie. 

Hylocomium triquetrum Br. et Schimp. (Hypn. triquetrum L.).— Cette 
Mousse, trés commune, mais presque toujours stérile, a été trouvée par nous 
bien fructifiée, dans la forêt de Compiègne, au pied du mont du Tremble. 


M. Cosson signale l'extréme abondance du Campylopus brevipi- 
lus aux environs de Nemours (Seine-et-Marne). 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne Jecture de la communica- 
lion suivante, adressée à la Société : | 


NOTE SUR L'ARAUCARIA BRASILIENSIS ET SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE D'ARAUCARIA 
D'AMÉRIQUE , par ME. Philippe PARLATORE. 


(Florence, 41 février 1861.) 


Le but de cette note est de faire disparaître la confasion qui a régné jus- 
qu'ici sur la détermination des espèces communément cultivées dans les jar- 
dins sous les noms d'Araucaria brasiliensis et d'A. Ridolfiana, et de faire 
connaître une nouvelle espèce de ce genre, qui fructifie depuis deux ans dans 
le jardin botanique de Pise. Sai pu, par mes études, me convaincre que lA. 
Ridol fiana de M. Savi fils est l'arbre décrit par tous les auteurs sous le nom 
Y'A. brasiliensis, et quetoutes ses parties correspondent parfaitement aux échan- 
tillons qu'on possede dans les herbiers de Florence, recueillis prés de Rio-de- 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 85 
Janeiro par Raddi et par Gaudichaud, ainsi qu'aux chatons mâles et aux fruits 
jeunes et mürs que le premier de ces botanistes a aussi rapportés de Rio-de- 
Janeiro; tandis que, d'un autre cóté, l'arbre que M. Savi fils considérait 
comme le véritable A. brasiliensis, est une espèce nouvelle que j'appellerai 
Araucaria Saviana en son honneur. Je crois donc utile de donner ici la des- 
cription, que j'ai pu faire sur le vivant, des deux espèces qui se trouvent 
maintenant en fruit, l'une, l Araucaria brasiliensis, sous le nom d'A. Ridol- 
fiana, dans le jardin de Bibbiani de M. le marquis Ridolfi, et l'autre dans le 
jardin botanique de Pise, et de faire l'histoire des deux espèces. Je commence 
par l'espèce anciennement connue, 


ARAUCARIA BRASILIENSIS A. Rich. 


A. dioica vel raro monoica, arborea; coma demum effusa ; ramis verticillatis 
subhorizontalibus ascendentibusve, elongatis, denudatis, ramulis in ramorum 
apicibus confertis, brevibus, subcorymbosis; foliis confertiusculis, patentibus, 
caulinis lanceolatis tandem retrorsum imbricatis, rameis obliquis ovato- 
lanceolatis brevibus, omnibus apice acutato-mucronatis, mucrone recto 
pungentibus, subtus obsolete carinatis, junioribus subtus glaucescentibus ; 
amentis masculis solitariis geminisve, longis, cylindraceis, obtusis, curvulis, 
squamis plurimis, dense imbricatis, apicem versus in mucronem subrhom- 
beum sursum flexum incrassatis; amentis femineis solitariis, appendicibus 
squamarum breviusculis, lanceolato-acuminatis, retrorsum imbricatis, squa- 
mas omnino occultantibus; strobilis basi a foliis superioribus magis approxi- 
matis brevibus subhorizontalibusque involucratis, junioribus subovoideis 
obtusis, adultis ovato-subrotundis, squamis subelongato-cuneatis, apice. sub- 
rhomboideo-incrassatis, appendiculatis, appendicula reflexa, lanceolato-acu- 
minata, pungente, seminibus apteris. 

Pinus dioica Arrabida Fl. flum. X, tab. 55, 56, malae. 

Columbea angustifolia Bert. Piante del Brasile [1820] p. 7, et in 
Opusc. scient. di Bologn. III, p. 411. 

Araucaria brasiliensis A. Rich. in Dict. class. d'hist. nat. Y, p. 512 
(1822]; Raddi! Mem. in Atti della R. Accad. dei Georgof. di Firenze, t. V, 
part, 4, p. 185 [1824]; Lamb. Pin. edit. 2, II, p. 79, tab. 46, 46 bis ; 
Loud. Arbor. IV, p. 2539; Link in Linn. XV, p. 553; Ant. Conif. III, tab. 
51-55 ; Spach Hist. vég. phan. XI, p. 365; Endl. Syn. Conif. p. 185 ; Car- 
rière Conif. p. L15; Gord. Pinet. p. 23. 

Araucaria Ridolfiana Savi fil. ! in Atti della terza riunione degli scienziati 
italiani tenuta in Firenze [1841], p. 458, 783, tab. 2, 3, in Giorn. agrar. 
toscan. XVI, [1842] p. 214 et in Giorn. bot. ital. 11 [4846], p. 52; Ridolfi 
Album di Bibbiani hort. ital. 

Habitat in Brasilie montibus, inter 23^39' et 21° lat. austr. , silvas vastas 


86 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


efformans ad 1200, et in regionibus calidioribus ad 3000 pedes supra mare 
(Aug. de Saint Hilaire, Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de 
Sainte-Catherine, t. I, p. 99). 

Description. — Arbre majestueux, à cime arrondie (1), de prés de 70 métres 
de hauteur et de 6 mètres de circonférence (Raddi, /. c.), à tronc droit, renflé 
circulairement à chaque verticille de branches, nu par la chute des feuilles 
qui le couvrent dans sa jeunesse. Les branches occupent les deux tiers ou pres- 
que les trois quarts de la longueur du tronc ; elles sont longues, verticillées, de 
quatre à huit dans chaque verticille, horizontales ou ascendantes, partant du 
tronc à angle obtus au-dessus, ramifiées, avec des rameaux qui s'écartent aussi 
à angle très ouvert des branches et qui portent à leur sommet d'autres rameaux 
courts, trés rapprochés en forme de petit corymbe. Les feuilles sont coriaces, 
rapprochées entre elles, ouvertes; celles de la tige se rejettent en bas plus tard 
et se couvrent en partie entre elles, puis elles se séchent, se fendent, ou plus 
souvent tombent, ainsi que celles dela base des branches et des rameaux. Dans 
la plante jeune, elles sont toutes ovées-lancéolées ou oblongues-lancéolées, 
trés effilées vers le sommet, oü elles se terminent en une pointe longue, 
droite, trés aiguë et piquante, jaunâtre, mais qui noircit plus tard; elles sont 
toutes un peu élargies et un peu obliques à leur point d'insertion à la base, 
surtout celles des rameaux qui sont aussi un peu courbées en forme de faux, 
légèrement concaves en dessus, avec une nervure longitudinale en dessous qui 
les rend presque carénées; leur couleur est d'un vert foncé, et les plus 
jeunes sont un peu glauques, surtout en dessous. Ces dernières feuilles 
sont plus étroites et presque lancéolées; mais, dans les rameaux terminaux 
de l'arbre adulte, les feuilles sont beaucoup plus courtes, n'ayant que 2 cen- 
timctres de longueur, plus larges, de forme ovée, un peu acuminées, avec 
la pointe moins prolongée, plus rapprochées entre elles et d'un vert plus 
foncé. í 

L'arbre est dioïque ; celui qui est cultivé dans le jardin de Bibbiani du 
marquis Ridolfi est souvent monoique. Les chatons mâles sont solitaires ou 
rarement géminés, cylindriques, obtus, longs de 8 à 14 centimètres, un peu 
courbés, naissant au sommet des rameaux. Leurs écailles sont très nombreuses, 
étroites à la base, dirigées horizontalement et élargies au sommet en une partie 
coriace, presque rhomboidale, obtuse, par laquelle elles se recouvrent les 
unes les autres de bas en haut : au-dessous de ces écailles se tronvent des 
anthères linéaires-allongées, disposées en ‘deux séries, Le pollen est jaune. 


(1) Auguste de Saint-Hilaire a fait connaitre que cet arbre change de port à ses différents 
âges; que, dans sa jeunesse, ses rameaux, comme brisés, lui donnent un aspect bizarre ; 
que plus tard il s'arrondit à la manière de nos pommiers; qu'adulte il s'élance parfai- 
tement droit à une grande hauteur et se termine par un corymbe de branches, espéce 


de plateau immense, parfaitement égal et d'un vert foncé. (Voyage dans les „prov. de 
Saint Paul et de Sainte-Catherine, Paris, 1851, t. Il, p. 3.) ^ 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861, 87 


Les chatons femelles sont aussi solitaires au sommet des rameaux ; ils ont des 
écailles trés nombreuses avec des appendices verts, lancéolés-acuminés, réflé- 
chis et imbriqués de haut en bas, de sorte qu'ils cachent entièrement les 
écailles. Les jeunes fruits, à l'àge de huit mois, sont un peu plus gros qu'un 
œuf de poule; ils ont une longueur de 8 centimètres et une largeur de 4 1/2 
à 5 1/2 centimètres, sont de forme légèrement ovoide, obtus, et ont à la base 
une sorte de collier formé par les feuilles du sommet du rameau, qui sont, dans 
cet endroit, plus rapprochées entre elles, un peu plus courtes et presque 
horizontales ou un peu réfléchies : ce collier s'applique parfaitement à la base 
du fruit mûr. Les écailles sont trés nombreuses, insérées sur un axe commun 
qui est gros, obtus, en forme de fuseau allongé ; les inférieures sont dirigées 
un peu en bas, les supérieures un peu en haut; les moyennes sont horizon- 
tales, toutes très serrées, allongées-coniques, comprimées de haut en bas, avec 
des bords presque aigus et terminées au sommet par une partie plus large, 
plus dure, presque rhomboidale, verte, du centre de laquelle, un peu vers le 
haut, part un appendice long à peu près de 4 à 5 millimètres, lancéolé-acuminé, 
un peu large vers la base, brun, avec les bords un peu blanchátres et comme 
dentelés, réfléchi et piquant au sommet, de sorte qu'on ne peut pas prendre 
le fruit sans se piquer. Ces appendices ne couvrent pas entièrement le sommet 
des écailles qu'on voit bien en regardant entre eux, Le fruit mûr est plus 
gros qu'un gros œuf d'autruche, ové-arrondi, obtus. Les écailles sont de là 
couleur des châtaignes, plusieurs stériles, petites, les autres fertiles, grosses, 
obconiques-oblongues, renflées dans presque toute leur longueur, c'est-à-dire 
dans la partie qui renferme la graine, excepté la partie voisine du sommet qui 
est comprimée avec deux bords aigus. L'appendice de l'écaille est court et de 
la méme forme que dans le fruit de huit mois. Dans la cavité des écailles fer- 
tiles, on voit une membrane délicate, de couleur châtain foncé, qui embrasse 
la graine, Celle-ci est obconique et sans appendice ailé à la base. L'albumen 
est dur. L'embryon est de la largeur de la graine, droit, dicotylé, avec la 
radicule inférieure, 

Observations. — Cette espèce, connue pour la première fois en Europe 
par un échantillon recueilli en 1769 par le célébre Banks dans les environs 
de Rio-de-Janeiro, fut d'abord considérée comme la même espèce que le 
Pinus Araucana de Molina, connu maintenant sous le nom d'Araucaria im- 
bricata Pavon. Salisbury (1), qui vit l'échantillon de Banks, fut porté à le 
croire une espece distincte, à cause de ses feuilles glauques et moins longue- 
ment mucronées. Mieux éclairé sur les différences des deux espèces, M. Berto- 
loni (2) décrivit comme nouveau l'arbre du Brésil sous le nom de Columbea 


(1) The character of several genera of the natural order of Coniferæ, in Transactions 
of the Linnean Society of London, 1805, t. VHI, p. 317. Dy tué 

(2) Piante del. Brasile, Bologna, 1819, p. 7, et in Opusc. sciendif. di Bologna, 

HI. 


88 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


angustifolia, en admettant le genre Columbea établi par Salisbury pour 
l'Araucaria imbricata. A. Richard (1), ne connaissant pas le travail de 
M. Bertoloni, et persuadé que l'espèce du Brésil était bien différente de celle 
du Chili par son bois blanc et mou, par ses rameaux verticillés et surtout par 
ses fruits dépourvus d'appendice aliforme, lui donna le nom d’Araucaria 
brasiliensis qui a été adopté par les botanistes. Lambert (2) et Raddi (3), sans 
connaitre ou se rappelerles travaux de M. Bertoloni et de Richard, ont décrit 
plus tard cette espèce comme nouvelle sous le méme nom d' A. brasiliensis. Les 
descriptions que les différents botanistes ont données de cet arbre s'accor- 
dent toutes à lui attribuer des branches qui partent à angle trés ouvert, des 
feuilles lancéolées ou presque lancéolées, très graduellement rétrécies en 
pointe acérée et brunâtre, des fruits ovoides ou presque ovoides, obtus au 
sommet, semblables pour la forme et le volume au capitule d'un Dipsacus, 
de grosses écailles dans le fruit mür, renflées dans les deux tiers ou trois quarts 
inférieurs et comprimées à deux taillés vers le sommet, et des graines de forme 
obconique sans appendice en forme d'aile. Lors du congrés des savants ita- 
liens réunis à Florence en 1841, M. Pierre Savi présenta aux membres de la 
section botanique une espèce d’ Araucaria qui venait de fructifier dans le jardin 
de Bibbiani du marquis Ridolfi, et qu'il penchait à considérer comine différente 
de PA. brasiliensis, surtout à cause du collier de feuilles presque renversées 
qui se trouvait dans l'arbre de Bibbiani, et qu'il ne voyait pas représenté dans 
la planche de l'A. brasiliensis donnée par Lambert, et à cause de la présence 
d'un appendice au sommet des écailles des cônes mürs, qu'il croyait devoir 
manquer dans les écailles de PA. brasiliensis, ayant interprété comme écailles 
des cônes mûrs dépourvues d'appendice, ce que Richard avait voulu dire des 
graines dépourvues d'appendice en forme d'aile, graines que, dans son langage, 
le botaniste francais appelait fruits. Mais le collier existe, tel qu'on le voit dans 
l'arbre de Bibbiani, dans le jeune cône de l'A. brusiliensis rapporté par Raddi 
du Brésil, et, s'il n'a pas été bien représenté sur la planche de Lambert, cela 
est dû en partie à la position des jeunes cônes dans le dessin : du reste, ce 
collier disparaît dans le cône mûr, car les feuilles qui le formaient s'appliquent 
alors sur la base du fruit. Comme je viens de le dire plus haut, il n'existe pas 
la moindre différence entre l'arbre de Bibbiani, l'arbre de Rio-de-Janeiro 
dont on possède les échantillons et les fruits dans les herbiers et les collec- 
tions botaniques du Musée d'histoire naturelle de Florence, et l'arbre du 
Brésil qu'on cultive aussi dans les jardins d'Europe. 


(1) Dictionnaire classique d'histoire naturelle, Paris, 1822, t. I, p. 512. 

(2) À description of the genus Pinus, second edition, t. II, p. 79, tab. 46, 46 bis, 
46 ter, ann. 1828, et peut-être aussi, à ce qu'il paraît, dans la première édition, ce dont 
je ne puis m'assurer, n'ayant que la seconde. 

(3) Dell Araucaria del Brasile, mem. letta il di 2 mag. 1824, nell Accad. dei Georgof. 
di Firenze. Voyez Atti di quest Accad., t. V, 1827, p. 185. 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 89 


ARAUCARIA SAVIANA Nob. 


A. dioica, arborea; coma subrotunda ; ramis verticillatis, subhorizon- 
talibus ascendentibusve, elongatis, denudatis, ramulis in ramorum apicibus 
confertiusculis, elongatis, fastigiato-subcorymbosis ; foliis confertiusculis, 
lanceolatis, caulinis demum retrorsum imbricatis, rameis longiusculis, rectis 
vel subobliquis, lanceolatis vel oblongo-lanceolatis, apice acutiuscule brevissime- 
que mucronatis, mucrone sursum inflexo, subtus carinatis, utrinque glauces- 
centibus ; amentis masculis....., femineis.....; strobilis basi a foliis superio- 
ribus magis approximatis longioribus angustioribus et retrorsum versis invo- 
lucratis, junioribus perfecte ovalibus apice rotundatis, adultis subrotundo- 
ovalibus, squamis cuneatis, apice rhomboideo-incrassatis, appendiculatis, 
appendicula longiuscula, reflexo-uncinata, latiuscule lanceolato-lineari, acuto 
pungente ; seminibus..... 

Araucaria..... Gaudich. pl. ezsiec. ex Cobija in herb. Webbiano. 

Araucaria brasiliensis Savi fil. p/. viv. in hort. bot. pisano. 

Habitat probabiliter in Boliviæ montibus non procul a mare, prope Cobi- 
jam, inter 22-23 gradus latitudinis australis. 

Description. — L'arbre que je vais décrire est, comme je l'ai dit au 
commencement de cette note, cultivé au jardin botanique de Pise. Il avait 
à peu prés onze ans lorsqu'on l'a planté en plein air en 1846, de sorte 
qu'il est maintenant âgé de vingt-cinq ou vingt-six ans. Sa hauteur est de 
10 métres ; il a une forme arrondie au sommet, qu'il perdra probablement 
plus tard, car ordinairement les Araucaria de l'Amérique du Sud chan- 
gent beaucoup de forme selon leur àge. Le tronc est droit, il a à la base 
3 mètres de circonférence et présente des renflements en forme d'anneaux à 
la naissance des branches comme dans l' A. brasiliensis. Il est nu dans le bas, 
car les feuilles sont tombées en grande partie; quelques-unes restent encore, 
mais desséchées et souvent fendues à la base. Les branches sont verticillées, 
6 ou plus souvent 5 à chaque verticille, rapprochées les unes des autres, 
longues, presque horizontales ou ascendantes, perdant leurs feuilles en bas 
comme le tronc, et se ramifiant surtout prés du sommet. Les rameaux qui 
sont prés du sommet sont rapprochés entre eux, allongés, ouverts ou dressés, 
et comme fastigiés, de sorte qu'ils forment, au sommet de chaque branche, 
une espèce de corymbe ou d'ombelle entièrement dressée, qui est vraiment 
magnifique à voir. Les feuilles du tronc sont lancéolées, plus larges à la base, 
terminées en une pointe aiguë, réfléchies-imbriquées ; celles des rameaux sont 
ouvertes, un peu moins coriaces que dans l'A. brasiliensis, plus étroites 
que celles du tronc, longues de 3 à 4 centimètres, oblongues-lancéolées ou 
lancéolées, obtuses ou légèrement aiguës au sommet, avec une petite pointe 
recourbée en haut et en dedans; elles sont un peu scabres sur les bords, 


90 ` — SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ponctuées, lorsqu'on les observe à la loupe, glaucescentes sur les deux 
faces même à un âge avancé, un peu concaves en dessus avec une petite carène 
en dessous. Les jeunes cônes sont solitaires au sommet de branches courtes 
qui naissent au bas du corymbe formé par les rameaux qui terminent chaque 
branche ; ces cónes, à l'àge de huit mois, sont parfaitement elliptiques, arron- 
dis au sommet, ils ont de 7 1/2 à 8 centimètres de longueur et 6 centimètres 
de largeur ; à leur base, on voit une couronne de feuilles plus longues et plus 
étroites que celles des branches, réfléchies, et se conservant telles méme dans 
le fruit mür, L'axe des cónes est gros, arrondi sur une coupe transversale. 
Les écailles sont trés nombreuses, trés serrées, et se couvrent les unes les 
autres, de sorte qu'on voit seulement de dehors leur sommet de forme presque 
rhomboidale, ayant au milieu un appendice légèrement coriace, d'un vert 
foncé, long de 6 à 7 centimètres, plat, lancéolé-aigu, réfléchi et presque en 
forme d'hamecon, un peu scabre sur les bords qui sont blanchâtres et quel- 
quefois même comme dentelés. Le fruit mûr, sans graines fécondes, est 
arrondi, ovale. 

Observations. — Gette espèce, qui se trouve probablement dans les jardins 
sous le nom d' Araucaria brasiliensis, est très distincte de l'espèce que nous 
venons de reconnaitre pour telle, par des caractères bien marqués surtout du 
fruit. Les jeunes cônes de mon Araucaria sont parfaitement elliptiques, arron- 
dis à leur sommet, involucrés à la base par des feuilles longues, étroites et 
réfléchies, méme dans les fruits mûrs, et leurs écailles ont un appendice 
large, lancéolé- linéaire, réfléchi et recourbé au sominet en dedans, de sorte 
qu'on peut prendre et serrer ces cónes dans les mains sans en étre piqué, 
tandis que les cônes de lA. brasiliensis au méme âge sont plutôt ovoïdes, 
seulement obtus au sommet, involucrés à la base par des feuilles courtes et 
presque horizontales, qui s'appliquent aux écailles dans le fruit mûr. Les 
appendices des écailles de cette dernière espèce sont ordinairement d'une cou- 
leur brune, lancéolés-acuminés, réfléchis avec la pointe dirigée en bas et en 
avant, de sorte qu'on ne peut pas prendre les cônes sans en être piqué, même 
si on ne les serre pas. Ou pourrait peut-étre objecter que la longueur et la 
direction des feuilles qui forment un collier à la base des cónesde l'A, Saviana 
seraient une conséquence de la stérilité de ces cónes, par suite du manque de la 
plante mâle pour les féconder ; mais, dans les cônes stériles de l'A. brasilien- 
sis, qui, du reste, sont très fréquents sur l'arbre de Bibbiani, on voit toujours 
le même collier de feuilles qui se trouve dans les cônes fertiles des arbres 
de Rio-de-Janeiro. Le beau et grand corymbe, avec les rameaux longs et 
dressés, de A. Saviana, la couleur glauque et la longueur des feuilles de ses 
rameaux, même à un âge avancé, lui donnent un port tout à fait particulier et 
distinct de celui de A. brasiliensis, qui a des rameaux courts, la plupart 
horizontaux ou ouverts, les feuilles de ces rameaux plus courtes, plus larges, 
plus rapprochées entre elles, vertes et seulement un peu glauques en dessous 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861, 91 
lorsqu'elles sont jeunes. Chacun peut apercevoir, au premier coup d'œil, la 
différence des deux espèces, lorsqu'on regarde l'A. Saviana du jardin de Pise 
planté à peu de distance de l'A. brasiliensis, et le bel et grand arbre de 
cette dernière espèce qui est cultivé dans le jardin de Bibbiani. 


M. T. Puel donne lecture de la lettre suivante, qui lui a été 
adressée par M. T. Letourneux : 


SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA VENDÉE 
ET LES RÉGIONS VOISINES, par M. Tacite LETOURNEUX. 


[Extrait d'une lettre adressée à M. T. Puel.) 


Fontenay-le-Comte (Vendée), 47 avril 1859, 


Je viens de relire votre dernière lettre, et je vais tàcher de répondre de 
mon mieux à toutes vos questions ; mais auparavant je crois indispensable de 
vous préseuter, sur l'ensemble de la végétation vendéenne, quelques idées 
générales qui serviront à relier ensemble et à encadrer, si je puis m’exprimer 
ainsi, les détails que j'ai à vous donner. Il en résultera de plus la preuve que 
vous avez eu parfaitement raison de distinguer une flore aquitaine et une flore 
bretonne, en placant dans notre département la limite qui les sépare. 

Vous savez, et d'ailleurs cela est écrit partout, que trois grandes divisions, 
correspondant à trois natures de terrain, se partagent le territoire de la 
Yendée, 

Le Bocage, composé de schiste et de granite, est le prolongement évident 
des terrains primitifs de la Bretagne dont il est limitrophe ; avec cette diffé- 
rence, toutefois, que les affleurements calcaires s'y montrent plus fréquents, 
annoncant l'approche des terrains supercrétacés qui occupent tout le sud- 
ouest de la France. 

Le Bocage forme les deux tiers au moins du département : il comprend. la 
presque totalité des arrondissements des Sables et de Napoléon avec la partie 
nord de celui de Fontenay. 

A l'opposé, c'est-à dire au sud, le Marais, vaste alluvion conquise sur la 
mer par les dépôts de la Sévre-Niortaise et de ses affluents, la Vendée et 
l'Authise, recouvre un sous-sol calcaire de méme nature que celui de l'Au- 
nis. Cà et là émergent des collines élevées qui furent autrefois des iles et qui 
en portent encore le nom. La face ouest ou sud de ces iles est en général 
abruptement coupée et comme rongée par l'action des flots: elle offre une 
ressemblance complète avec les falaises des environs de la Rochelle. 

Entre le Marais et le Bocage, sur une largeur qui varie de 4 à 8 kilomètres, 
s'allonge, de Benet à Luçon, une bande étroite de calcaire à bélemnites ; c'est 
la Plaine, qui descend des plateaux du baut Poitou et s'abaisse graduellement 


92 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
jusqu'au niveau du Marais, sous lequel elle disparaît pour se remontrer dans 
le département voisin. 

Géologiquement, la Vendée n’a donc rien qui lui soit propre : le Bocage 
appartient au département de la Loire-Inférieure, les Deux-Sèvres reven- 
diquent la Plaine, et le Marais n'est qu'un fragment détaché de la Charente- 
Inférieure. 

Je crois bien que, dans une étude générale, le calcaire de la Plaine et celui 
du Marais ont trop d'analogie pour n'étre pas réunis dans un même système ; 
ils appartiennent, selon moi, tous les deux à la flore aquitaine ; mais, au point 
de vue restreint du département où je les considère, ils méritent d’être 
distingués. 

La botanique confirme les indications de la géologie. Si, de la liste de nos 
plantes, vous retranchez ce qui fait le fond de toutes les flores et quelques 
espèces dont la présence n’est pas encore expliquée, le surplus pourra être 
divisé en trois groupes très distincts, auxquels je donnerais le nom des dépar- 
tements limitrophes à la végétation desquels nous empruntons ces plantes. 

Ainsi, à l'est, nous avons les plantes des Deux-Sèvres ou de la Plaine. Plu- 
sieurs ne pénètrent pas au delà des communes de Benet, d'Oulmes et de 
Nieul; d'autres atteignent Fontenay, et quelques-unes vont jusqu'a Lucon. 
Mais il est à remarquer qu'à partir de Fontenay la végétation change peu à 
peu de caractère, et qu'en approchant de Lucon elle se confond de plus en 
plus avec celle du Marais, c'est-à-dire des iles du Marais. 

Dans ce premier groupe viennent se ranger : Thalictrum minus, Delphi- 
nium cardiopetalum, Biscutella levigata, Holosteum umbellatum, Euphor- 
bia falcata, Veronica praecox, Orobanche Epithymum, Vicia peregrina, 
Adonis flammea, Nigella arvensis, et probablement quelques autres que 
j ‘oublie, mais en petit nombre, la plupart plantes ségétales et toutes apparte- 
nant à la flore poitevine. 

Les plantes de la Charente-Inférieure ou du Marais sont beaucoup plus 
nombreuses, parce que le Marais occupe une plus grande surface, et surtout 
parce qu'elles comprennent les plantes maritimes ou sabulicoles. Tels sont: 
Nigella damascena, Sisymbrium Columnæ, Calepina Corvini, Linum 
strictum, Trigonella monspeliaca, Euphorbia palustris, etc. 

Quant aux plantes de la Loire-Inférieure ou du Bocage, elles comprennent 
nécessairement tout ce qui est exclu des deux autres groupes, c'est-à-dire la 
série des plantes caractéristiques des terrains primitifs. 

Vous le voyez, Monsieur, nos idées se trouvent en parfaite concordance 
sur ce point, qui donne à l'étude de notre département un grand intérét, à 
savoir quela Vendée est une contrée de transition : transition graduelle et 
insensible du nord au midi, résultant de notre position centrale ; transition 
brusque et heurtée du calcaire aux terrains primitifs. 


Vous avez fixé le point de jonction des deux flores aux Sables-d'Olonne, 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 93 
et, pour un travail général, cette indication est peut-étre suffisamment exacte. 
S'il s'agissait d'une étude départementale, oà la précision est nécessaire, je 
reporterais ce point à un myriamétre environ au sud des Sables vers l'anse 
de Perray. C'est là, en effet, que se termine, avec les roches primitives, la 
flore bretonne, et qu'avec le calcaire commence la flore aquitaine. Partant 
de là, je prendrais, pour délimitation des deux flores, la ligne sinueuse qui 
circonscrit le Bocage et le sépare du Marais d'abord, puis de la Plaine, jus- 
qu'à Saint-Hilaire-des-Loges, frontière est du département, d’où je viendrais 
retrouver la Loire, en coupant les départements des Deux-Sèvres et de Maine- 
et-Loire. 

Voulez-vous me permettre de hasarder quelques observations, non pas sur 
les divisions que vous faites de la France en dix régions, mais sur la dénomi- 
nation d'une partie de ces régions ? 

Dans votre systéme, le bassin de chacun de nos grands fleuves donne son 
nom à une division botanique ou flore. 

Comprendrez-vous dans chacune de ces flores tout ce qui appartient au 
bassin du fleuve dénominateur? Il est évident qu'alors vous réunirez ensemble 
une foule de choses disparates et des terrains qui n'auront d'analogie entre 
eux ni par leur constitution géologique, ni par la nature de leur végétation. 

Plus le cours du fleuve sera long, et plus le défaut sera sensible: je ne 
comprendrais guère une flore du bassin du Danube, encore moins du Gange, 
del'Orénoque ou du Mississipi. Mais, pour nous en tenir à ce qui nous 
touche, attribuerez-vous à la flore bretonne le département de la Vienne, 
parce quela Vienne est un affluent dela Loire? En excluerez-vous une partie 
du Bocage vendéen, sous prétexte que la Vendée et les deux Lays n'appar- 
liennent pas au bassin de la Loire? Que ferez-vous des petits bassins inter- 
médiaires de la Sévre, de la Charente, dela Vilaine ? 

La constitution du sol, l'altitude et la chaleur sont les causes qui modifient 
la végétation ; la déclivité des terrains qui dirige les eaux vers tel ou tel fleuve, 
n'exerce, au contraire, aucune influence sur les plantes. C'est donc, selon 
moi, à la géologie et à la climature que la géographie botanique doit emprunter 
ses bases, et non à l'hydrographie. 

Si, au contraire, vous étes entrainé par la force des choses, pour ne pas 
rompre des affinités évidentes et pour donner à vos régions l'homogénéité 
nécessaire dans une bonne division, à retrancher, comme vous l'avez déja fait 
pour les régions de montagnes, telle ou telle partie du bassin, ou à y ajouter 
telle ou telle autre partie d'un bassin étranger, si, dis-je, vous étes obligé de 
tailler à chaque fleuve un bassin de fantaisie, ne vaut-il pas mieux chercher 
des dénominations qui ne renferment pas une idée fausse ? 

Pardonnez-moi ces longues causeries : j'arrive enfin au véritable objet de 
la lettre à laquelle je réponds. 

Les questions d'altitude, qui ont tant d'intérét dans l'intérieur de la France 


94 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

et surtout dans les régions de montagnes, sont complétement négligées par 
nous autres habitants du littoral, parce qu'elles sont indifférentes et qu'elles 
n'exercent aucune influence sur la végétation. 

Fontenay est à peine élevé de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. 
La Vendée écoule avec difficulté, faute de pente, ses eaux à demi stagnantes, 
jusqu'à la Sèvre, à travers des prairies toujours inondées pendant l'hiver. 

Saint- Michel-Mont- Mercure, le point culminant du département, n'atteint 
pas 300 mètres, et les herborisations que j'y ai faites ne m'ont pas fait décou- 
vrir la moindre différence entre sa végétation et celle des coteaux de la 
Vendée prés de Fontenay, qui ont la mé:ne nature avec une élévation de 40 
à 50 mètres seulement. 

Me voici enfin parvenu aux détails de géographie botanique, que je vais 
ranger sous forme de liste et dans l’ordre de la Flore de l'Ouest de M. Lloyd. 

(La suite à la prochaine séance.) 


M. Puel répond de la mauiére suivante aux objections qui lui 
sont faites dans cette lettre : 


Dans mes Zfudes sur les divisions géographiques de la flore française, 
j'ai dit de la manière la plus positive que les limites des régions contiguës 
sont tracées par la nature méme de la végétation et fondées uniquement 
sur des considérations botaniques. J'ai montré qu'en général les régions bota- 
niques coincident avec les limites naturelles des bassins géologiques, mais je 
n'ai pas présenté cette coincidence comme constante, et je n'ai jamais considéré 
leslimites géologiques que comme la représentation matérielle et approximative 
des limites botaniques. 

Quant aux dénominations que j'ai adoptées, je n'y attache qu'une médiocre 
importance, et je ne les ai employées qu'après avoir vainement cherché des 
expressions plus convenables. 

Dans la prochaine séance, j'aurai l'honneur de présenter à la Société un extrait 
du catalogue fort intéressant qui m'a été communiqué par M. Letourneux. 


M. Ed. Bureau fait observer que la limite indiquée par M. Letour- 
neux entre la flore du Bocage ei celle de l’Aquitaine ne lui parait 
pas pouvoir étre fixée d'une maniére aussi précise. Il existe; en 
effet, dans l'intérieur du Bocage, des îlots calcaires dont la végéta- 
tion présente une grande ressemblance avec celle de l’Aquitaine. 
Dans toute cette région, les terrains calcaires, quel que soit leur âge, 
reproduisent toujours la même flore. M. Bureau est disposé à 
admettre que la nature chimique du calcaire est la cause principale 
de cette uniformité de végétation: 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 95 
M. Brongniart rappelle que, dans les terrains analogues, mais 
d'âge différent, il s’est souvent produit, dans la suite des temps, des 
modifications chimiques qui annulent complétement l'influence que 
l'âge géologique de ces terrains pourrait exercer sur la végétation 
qui les couvre aujourd'hui. Il ajoute que la couche de terre végétale, 
sur laquelle se développent habituellement les plantes, ne participe 
que jusqu'à un certain degré à la constitution chimique el physique 
du sous-sol qui lui sert de base. 


M. de Schenefeld, secrétaire, donne lecture des communications 
suivantes, adressées à la Société : 


NOTE SUR LE VEPPAMARUM VEMBOU (Azadirachta indica A. de Juss.), 
par M. Jules LÉPINE. 


(Pondichéry, 17 décembre 1860.) 


Parmi les arbres utiles de l'Inde, celui-ci mérite de fixer l'attention, et il se- 
rait à désirer que son acclimatation fût essayée dans nos colonies et en Algérie. 
C'est un bel arbre, dont les feuilles alternes, à quinze folioles trés inéquilaté- 
rales, sont à dents trés écartées. Les panicules, plus courtes que les feuilles, 
portent des fleurs blanches et inodores. Les fruits sont ovoides-globuleux, et 
renferment une graine allongée, presque trangulaire ; l'épisperme est blanc, 
inince, non adhérent à l'amande ; celle-ci est jaune verdátre, recouverte d'une 
pellicule brune; 1000 grammes de semences renferment 470 grammes d'épi- 
sperme et 530 grammes d'amandes qui contiennent 41,5 pour 100 d'huile. 
Cet arbre est le Melia Azadirachta de Linné, Y Aria-Zepouri de Rheede, le 
Neem des Bengalis, le Margosier des Européens. 

L'auteur du Muksunul- Udwieh décrit quatre espèces de Vembou ; 

1° Le Nim (Azadirachta indica); 

2 Le Bukayum, Ban-Azad-i-durukt (Melia Bukani, Melia sempervi- 
rens), Maha-Nimbo ; les semences de cette espèce sont considérées comme 
émétiques et anthelminthiques ; l'écorce est amère et anthelminthique ; 

3° Le Dek (Melia Azedarach) ; c'est le Lilas-des-Indes, Y Arbre-d-cha- 
pelet ; 

h° On n'est pas d'accord sur l'identité de la quatrième espèce; Royle 
suppose que c'est le Melia composita. 

Le Margosier, trés commun à Pondichéry et sur toute la cóte de Coroman- 
del, a un bois dur, d'un grain fin et propre à beaucoup d'usages; il est blanc 
jaunâtre, amer. L'écorce, brune extérieurement, est à l'intérieur jaune pâle, 
avec des parties blanches ; elle est très amère. C'estun bon tonique, un fébri- 
fuge léger. Les natifs l'administrent en décoction et en poudre dans les fièvres 


96 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

intermittentes. Quelques médecins prétendent que c’est même un excellent 
succédané du quinquina. M. Piddington a annoncé en avoir retiré un principe 
fébrifuge, qu'il appelle azadirine. Cette découverte, quoique déjà ancienne, 
ne paraît pas avoir été confirmée. Les feuilles sèches, ajoutées aux cataplasmes, 
arrêtent le développement des tumeurs glanduleuses. Les médecins natifs 
considèrent les feuilles comme un bon résolutif, et les font infuser dans l'eau, 
le vin ou l'alcool camphré, et, aprés avoir imbibé des linges avec ces liquides, 
les appliquent dans les contusions, les entorses et les fractures. Le docteur 
Wight prétend que les éruptions pustulaires et les psoriasis, méme les plus 
rebelles, sont guéris par l'application des feuilles réduites en pulpe. Les natifs 
ont l'habitude, au déclin de la variole, de couvrir le malade avec des feuilles 
de Margosier. La gomme qui suinte de l'écorce est considérée comme stimu- 
lante. Les graines dénudées sont insecticides; on les pile, et, aprés les avoir 
délayées avec de l'eau, on s'en sert pour nettoyer la chevelure. L'huile retirée 
de la graine est jaune, a une saveur amére, une odeur alliacée; elle renferme 
un principe sulfureux; à 25 degrés, il s'y forme un dépôt ; elle se solidifie 
à + 7 degrés; sa densité est de 0,921. Cette huile, à la température de 
30 à 32 degrés, forme un dépót rouge-marron, bien distinct de celui obtenu 
par un abaissement de température ; il est soluble dans l'alcool, se liquéfie à 
+ 36 degrés; l'alcool dissout un cinquième de l'huile qui surnage sur le 
dépôt; l'huile dissoute par l'alcool ne se liquéfie qu'à 30 degrés. L'huile de 
Margosier, saponifiée par la soude, donne un savon couleur nankin, trés dur ; 
si l'on décompose ce savon par l'acide sulfurique, on obtient 35 pour 100 
d'àcides gras, liquides à + 30 degrés, et 65 pour 100 d'acides gras, solides 
à 4h degrés, qui cristallisent dans une dissolution alcoolique. L'huile de Mar- 
gosier est un remède usuel contre la lèpre; on l'emploie dans les maladies cu- 
tanées et pour panser les ulcères, en frictions dans les rhumatismes. On l'ati- 
lise aussi comme anthelminthique, comme huile à brüler, et pour la teinture du 
coton. Le tourteau qui reste après l'expression de l'huile est trés amer ; nous 
en avons retiré une résine jaune, friable, amère, et une matière jaune nankin, 
très amère, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, 


SUR LA FAMILLE DES GUTTIFÈRES, par BEM. J.-E. PLANCHON 
et eJ, TRIANA fin (1). 


Tnm. Hl. — MORONOBEÆ. 


Æstivatio calycis quincuncialis, corollae contorta. Stylus 5-fidus, divisuris 
apice foveola minuta stigmatosis. Ovula in loculis ovarii plura. Bacca corti- 


cosa, indehiscens, oligo- v. polysperma. Embryonis tigella maxima ; cotyledones 
nulla. 


(1) Voyez plus haut, p. 26 et 66. 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1864, 97 


GEN. XVII. — MORONOBEA Aubl. 

Stamina in tubum lageniformem apice 5-fidum concreta, antheris adnatis 
extrorsis. Discus cupuliformis, androcei basim extus cingens. Bacca oligo- 
sperma. Semina tomentosa. 

Moronobea coccinea Aubl., et affines. 


GEN. XVIII. — CHRYSOPIA Pet.-Th. 


Bacca polysperma. Semina lævia. Caetera Moronobeæ, 
Chrysopia fasciculata Pet.-'Th., etc. 


GEN. XIX. — MONTROUZIERA Pancher mss. 

Stamina pentadelpha, glandulis 5 staminum phalangibus interjectis. Fila- 
menta a basi ad apicem concreta, Antherz in adelphia singula 8-10, libera, 
extrorsæ, lineares. Bacca oligosperma. Seminum testa glabra. 

Montrouziera spheroidea Panch. mss., Nova Caledonia, Pancher. 


GEX. XX. — PENTADESMA Don, 

Stamina inferne breviter pentadelpha, numerosis glandulis 5 phalangibus 
interpositis. Filamenta filiformia, longe libera. Antheræ lineares. Bacca poly- 
sperma. Seminum testa glabra. 

Pentadesma butyraceum Don, Africa occid. trop. 


GEN, XXI. — PLATONIA Mart. 

Stamina numerosa, breviter pentadelpha, lobis 5 disci hypogyni cum pha- 
langibus alternantibus ; filamenta longe libera, filiformia; antheræ lineares. 
Bacca loculi abortu monospermi. Seminum testa villosa. 

Platonia insignis Mart., Regio amazonica. 


Trig. III. — GARCINIEÆ. 


Ovarium 2-pluriloculare, loculis 'angulo interno unioyulatis. Stigmata in 
discum concreta. Baccæ loculi monospermi. Semina exarillata. Embryonis 
tigella maxima, cotyledones minutæ v. nullæ, 


GEN. XXI. — OCHROCARPUS Pet,-Th. 

Calyx 2-phyllus. Corolla... Stamina (in flore pseudo-hermaphrod.) plura, 
simplici ordine basi coalita. Stigma crassum, sessile. Ovarium 4-loculare. 

Ochrocarpus madagascariensis Pet.-Th. — 0. evonymoides Nob., Mada- 
gascar, Chapelier. 
GEN, XXIII, — GARCINIA L. 

Flores polygami. Calyx ^-phyllus. Petala 4, sepalis alterna. Masc. Stamina 
plurima libera v, mono- v, tetradelpha. — Hermaphr. v. pseudo-hermaphr. 
Stamina plus minus effæta, uniseriata v. obscure pluriseriata, definita v. inde- 
finita, libera v. varie connexa. Ovarium 4-6-8-12-loculare, rarius B 

T. VIIL 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DEFRANCE. 


Le) 


JO ASEET. f; — MANGOSTANA. 


^ Sigma radiatum, leviusculum, non torulosum. 
Garcinia Mangostana L. — G. cornea L;, etc. 


Secr. I. — CAMBOGIA (Cambogia L., Briadonia Pet.-Th., Oxycarpus Loureiro). 

Stigma radiatum, radiis torulosis v. tuberculosis, tuberculis in longum bi- 
seriatis. rise à 

Garcinia Cambogia Desrouss. — Garcinia lancifolia Roxb, — Garcinia 
Cowa Roxb., et affines. 

Sect. HI. — PELTOSTIGMA, 

. Stigma discoideum, margine repandum, superficie sinuoso-rugosum. Ova- 
rium biloculare. 
' Garcinia anomala Nob. , Khasya, Hook. fil. et Thoms, 


: SECT. IV. — TRACHYCARPUS. 
Stigma discoideum, peltatum, irregulariter lobatum, superficie tubercu- 
losum. Drupa echinulato-muricata, 1-3-sperma. 
Garcinia echinocarpa Thwaites, Zeylana. 
SECT. V. — COMAROSTIGMA. 
Stigma obsolete 4-lobum, ^-suleum, anfractuoso-tubereulatum, Ovarium 
h-loculare, leve. Antherae (fl. masc.) 4-loculares, 4-valves, 
Garcinia paniculata Roxb., Ind. or. 
: Secr. VI. — HEBRADENDRON (gen. Hebradendron Grah.). 
Stigma repando-h-lobum, tuberculis elevatis, discretis, sparsis ásperatum. 
Antherz (fl. masc.) peltatæ, circumscissæ, 
Garcinia Gutta Night. — Garcinia pictoria Roxb. , et affines. 


GEN. XXIV. — DISCOSTIGMA Hassk. i. 
Calyx 4-phyllus, foliolis biseriatis. Petala 4, sepalis alterna. Masc. Stamina 
tetradelpha, phalangibus petalis oppositis. Antheræ biloculares, poris geminis 
dehiscentes. — Fem. Staminodia squamiformia, ananthera. Stigma peltatum, 
integrum, leve. Ovarium biloculare. 


SECT. I. —— EUDISCOSTIGMA. 


Phalanges staminum a petalis liberæ. Pistilli rudimentum fungiforme, Sta- 
minodia (fl. fem.) ^4, uniseriata. 
Discostigma rostratum Hassk., et affines. 


SECT. IL. — TERPNOPHYLLUM (gen. Terpnophyllum Thwait.). 


Phalanges staminum petalorum basi adhzerentes, Pistilli radimentum mi- 
nutum. Staminodia(tl. fem.) plura, imbricata, 


. Discostigima (Terpnophyllum Thw.) zeylanicum Nob. 


SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1861. 09 


GEN. XXV. — XANTHOCHYMUS Roxb.. (Stalagmitis Murray, pro parte). 


«Calyx 5-phyllus. Petala 5, sepalis alterna. Masc. Stamina pentadelpha , 
phalangibus petalis oppositis. Ovarium 3-5-loculare, in stylum productum. 


Stigma 3-5-lobum. 
Xanthochymus dulcis Roxb. — Xanthochymus pictorius Roxb. , et affines. 


GEN. XXVI. — RHEEDIA L. (Rheediæ, Verticillarie, Mamméæ, Calophylli 
et Garciniæ sp. auclor.). . 


Flores polygamo-dioici. Calyx 2-phyllus. Petala 4, biseriata (rarius, lusu 
quodam, calyx 4-phyllus, petala 2). Masc. Stamina sub disco pulviniformi 
inserta, numero indefinita, libera. — Æermaphr. Stamina minus numerosa, 
subuniseriata. Ovarium 2-3-loculare, disco carnoso insidens, stylo brevi, stig- 
mate umbonato. Bacca 1-2-sperma. Semina pulpa endocarpii involuta; tigella 
(radicula) maxima ; cotyledones minutissimæ. 


Seet. f. — EURHEEDIA. 

Bacca laevis. 

Rheedia lateriflora L. — Rheedia edulis Nob. (Calophyllum edule Seem.) 
— Rheedia Commersonii Nob., Madagascar, Commerson. — Rheedia Per- 
billei Nob., Madagascar. 

SECT. II. — VERTICILLARIA. 

Bacca extus muriculato-tuberculosa. 

Rheedia acuminata Nob. (Verticillaria acuminata R. et Pav.) — Rheedia 
Madrofio Nob. (Calophyllum Madroño H.B.K.) 


Tre. IV. — CALOPHYLLEÆ. 
Ovarium 1-2-loculare, loculis 4-2-4-ovulatis. Ovula anatropa, e basi loculi 
erecta. Stylus 1. Drupa 1-2-4-locularis, 4-4-sperma, v. capsula bivalvis. Co- 
tyledones maxim, liberae v. coadunatæ; tigella (radicula) minima. Stipulæ 


nulla. 
GEN. XXVII. — CALOPHYLLUM L. 


Ovarium uniloculare, uniovulatum. Drupa unilocularis, monosperma, pu- 
tamine crustaceo. 

Calophyllum Inophyllum L. — Calophyllum Calaba Jacq., etc. 

GEN. XXVIII. — KHAYEA Wall 

Ovarium uniloculere, 4-ovulatum. Stylus apice 4-fidus. 

Khayea floribunda Wall — Khayea philippinensis Planch. mss., Gu- 
ming. 

Gen. XXIX. — MESUA L. 
Ovarium biloculare, loculis biovulatis, Capsula bivalvis, 1-4-sperma. 
Mesua ferrea L., et affines, 


100 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


GEN. XXX. — MAMMEA L. 


Ovarium 2-4-loculare, loculis 1-2-ovulatis. Bacca corticosa, 4-4-sperma, 
mesocarpio pulposo, endocarpio fibroso testæ seminum fibrose adhærente. 
Cotyledones conferruminatæ. Folia pellucido-punctata. 


SEcT. 1l, — EUMAMMEA. 
Loculi uniovulati (fide Camb. et auctor. ). 
Mammea americana L. 


SECT. II. — CALYSACCION (gen. Calysaccion Wight). 


Loculi biovulati (fructus nobis ignotus). Flos et facies plane Mammeæ ame- 
ricanæ. 
Mammea longifolia Nob. (Calysaccion longifolium Wight). — Mammea 


asiatica (Calysaccion ovalifolium Choisy). — Mammea (Calysaccion) euge- 
nioides Nob., Madagascar. | 


Tum. V. — QUIINEÆ Tul. 

Ovarium 2-3-loculare. Ovula in loculo quovis 2, angulo interno basim versus 
affixa, adscendentia. Styli 2-3, distincti. Bacca exsucca, corticosa, 1-/-sperma. 
Semina tomentosa. Embryonis cotyledones crassæ, tigella (radicula) minima. 
Stipulæ ad basim folii cujusvis 1-2. 


GEN. XXXI. — QUIINA Aubl., Tulasne (Guiina Crueger, monente cl. Sagot 
in litt.). 
'Structura floris varia. Genus ulterius in sectiones caute dividendum. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


—MM 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Considérations sur la parthénogénése dans le régne 
végétal; par M. le docteur H. Baillon (Recuei! d'observations bota- 
niques, cahier de décembre 1860, pp. 124-128; cahier de janvier 1861, 
pp. 129-138). 


La parthénogénèse, ou la production d'un embryon sans fécondation préa- 
lable, a été, depuis quelques années, l'objet d'études suivies dans plusieurs 
des grands centres scientifiques de l'Europe. Notre Revue a déjà rendu 
compte des travaux de M. Radlkofer (t. VI, p. 494), et de ceux de M. Regel 
(t. VI, p. 815). Antérieurement à ces publications, les lecteurs du Bul- 
letin avaient déjà eu connaissance de plusieurs documents sur ce sujet, et 
entre autres de quelques observations de M. Baillon lui-méme (Voy. le 
Bull., t. IV, p. 692). Aujourd'hui, M. Baillon reproduit les considérations que 
plusieurs auteurs et lui-méme ont déjà présentées sur la moncecie accidentelle 
des Mercuriales, et rapporte de nouvelles expériences qu'il a faites sur le trans- 
port à distance du pollen du Bryonia dioica. Il examine ensuite de nouveau les 
phénomènes offerts par le Cælebogyne, et s'attache à réfuter les objections 
qui lui ont été faites à ce sujet. Il se croit en droit de conclure que cette 


plante ne justifie pas plus que les autres la théorie de la parthénogénèse, 
EUGÈNE FOURNIER. 


Mémoire sur le développement des fleurs à couronne ; 
par M. le docteur H. Baillon (Recueil d'observations botaniques, cahier 
de novembre 1860, pp. 90-96 ; cahier de décembre, pp. 97-103). 


L'auteur expose dans ce travail l'organogénie florale de quelques types choi- 
sis, à savoir : le Peliosanthes, plusieurs Narcisses et le Pancratium mariti- 
mum. Ses études lui ont montré que, dans toutes les fleurs qu'il a examinées, 
la couronne ne commence à se montrer que postérieurement aux étamines et 
aux carpelles, et sur un point supérieur à l'insertion des étamines dans le tube 
de la fleur. Il croit, en conséquence, devoir exclure de l'interprétation de la 
couronne des Narcissées toute opinion qui rattache cette couronne au groupe 


102 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

staminal. Il se demande ensuite de quelle nature est le tube assez court qui 
s'étend entre l'insertion des pétales et celle des étamines. Pour lui la réponse 

n'est pas douteuse : « un organe qui porte le calice, puis la corolle, puis l'an- 

» drocée, est un organe réceptaculaire. » Donc la couronne est une production 

tardive qui apparait sur l'axe après que le gynécée s'est constitué, c'est-à- -dire 

un disque. 

Le mémoire se termine par l'étude des Narcisses à fleurs doubles. Ici 
encore l'auteur croit pouvoir conclure de ses observations que les lames, de 
forme et de coloration variables, qui se produisent autour des appendices péta- 
loides surnuméraires, ne sont que des portions du réceptacle gonflées et 
tuméfiées. Pour la bibliographie déjà compliquée de la question, l'auteur 
renvoie aux travaux de M. J. Gay (Ann. sc. nat., h° série, t. X, p. 79; et 
Bull. Soc. bot. de Fr., t. VI, pp. 9 et 151). AG 
Organogénie florale des JXen£hiwm; par M. le docteur 

H, Baillon (Recueil d'observations botaniques, cahier de décembre 1860, 

pp. 117-120). 


Dans cette note, l'auteur rappelle d'abord les travaux de M. Clos et de 
M. Payer sur l'organisation florale des Ambrosiacées. Puis il décrit le déve- 
loppement des fleurs du X. strumarium et du X. orientale. Les fleurs 
femelles sont au nombre dé deux, collatérales sur un réceptacle commun, 
et placées chacune à l’aisselle d'une bractée. Elles sont représentées d'abord par 
un mamelon convexe, lequel s'évase en une coupe circulaire qui représente 
probablement la corolle. Le gynécée est formé de deux feuilles carpellaires 
opposées, dont l'une est exactement superposée à la bractée axillante, L'ovule 
“naît un peu latéralement, son point d'insertion remontant vers la bractée ; il 
devient ensuite anatrope, et les deux raphés font face aux bractées. L’ auteur 
décrit ensuite le développeïnent de la fleur mâle du X. orientale. 

E. F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Note ‘sur le Bromus maximus Desf. et sur d'autres 
espèces voisines; par M. A. Jordan (Annofations à la Flore de 
France et d'Allemagne, par M. C. Billot, 1861, pp. 227-232). 


. Dans cette note, M. Jordan étudie six espèces voisines qui ont été, d’après 
Jui, confondues jusqu'ici sous le nom de Bromus maximus, surtout dans la 
Flore de France de MM. Grenier et Godron, et dans le Flora /taliana de 
M. Parlatore. Ce sont les B. rigidus Roth, B., magimus Desf., B. ambi- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 103 
gens Jord. (P. maximus Bor. non Des), B. asperipes Jord. (B. Gussonii 
Guss.), D. orci Jord. (B. Gussoni Bor.), B. propendens Jord. (B, 
Gussonii Parl. pro parte). La diognose de chacune de ces espèces est donnée 


en latin, 
E. F, 


Icones Floræ germanico et helveticæ, simul terrarum 
adjacentium, ergo medic Murops; auctoribus L. Reichen- 
bach et H.-G. Reichenbach filio. Tom. XIX, auctore H.-G. Reichenbach 
filio. In-4°, Leipzig, chez Ambroise Abel. (Suite.) 


Decades 13-15, | 

Tab. 1482. Hieracium præaltum Griseb. var. auriculoides Lauge, var. fallax 
.W. 1483. H. Bauhini Bess. 1484. H. floribundum Wimm. ; H. præaltum Griseb. 
var. Reichenbachii Rchb, fil. 1485. H. cymigerum Rchb. 1486. H. Nestleri 
Vill.; H. poliotrichum Wimm. 1487. H. sabinum Seb. var. Laggeri Schultz 
Bip.; H. multiflorum Schlch. 1488. H. Auriculo-præaltum Rchb. fil. 1489. 
H. Hausmanni Rchb. fil.; H. hybridum Chaix var. pusillum. 1490. H. fulgi- 
.-dum Heynh.; H. hybridum ai AA Rchb. fil. 1591. H. Lawsouii Vill. 
1492. H. vestitum Gr. et Godr. ; H. sericeum Lap. 1593. H, Ramondi Griseb. 
15495. H. iricum Fr. 1495. H. iei a var. glabrescens Gr. Godr.; 
H. olivaceum Gr. et Godr. 1496. H. cerinthoides L. ; H. vogesiacum Mougeo!, 
4497. H. Pseudocerinthe Gaud. 1498. H. Reuteri Rchb. fil; H. Candollei 
Fræœl, 4499. H. Morisianum Rchb. fil. 4500. H. aa L. 1501. 
H. rupicola Jord.; H. amplexicaule L. var. petræum Hoppe. 1502. H. pul- 
monarioides Vill, ; H. nobile Gr. et Godr. 1503. H. ligusticum Fr. 150A. H. 
compositum Lap. 1505. H. ochroleucum Schleich. 1506, H. alpinum L. var. 
glanduliferum Rchb. fil; H. sudeticum Stbg. 1507. H, alpinum L. var, Hal- 
leri Griseb., var. atratum Griseb. 1508. H. alpinum L. var. longifolium ; H. 
pilosum Schlch. 1509. H. nigrescens W. 1510. H. pallidiflorum Jord. 1511. 
H. .jurassicum Griseb. ; H; prenanthoides Vill. 

Decades 16-19. 

Tab. 1512. Hieracium lycopifolium Fræl. 1515. H. prenanthoides yill. 
var.? yogesiacum Gr. et Godr.; H: denticulatum Sm. 1514. H. rhomboidale 
Lap.; H. carpaticum Bess. 13515. H. valdepilosum Vill; H. dovrense Fr. 
1516. H. cydonifolium Vill, 1517. H. humile Jacq.; H. lucidum Guss. 1518. 
H. Bocconei Griseb. ; H. scapigerum Boiss. 1519. H. murorum L, var. vulgare, 
- Var. plumbeum Griseb. 1520. H. murorum L. var. arnicoides Griseb. , var. al- 
pestre Griseb. 4524. H. atrovirens Guss. ; H. incisum Hopp. 1522, H, symphy- 
üfolium Fræl. 1523. H. porrectum Fr.; H, italicum Fr. 1524. H. levigatum 
W.; H- cæsium Fr, 1525. H. Virga-aurea Coss. ; H. crinitum $m. 1526. H. yul- 
gatum Fr. var. genuinum, var. microcephalum Hausm. , var, rosulatum Griseb. 


104 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


1527. H. vulgatum Fr. var. medianum Griseb., var. irriguum Fr. 1528. H. 
onosmoides Fr, 1529. H. patens Bartl. 1530. H. australe Fr.; H. ramosum 
Kit. 15341. H. rigidum Hartm. var. tridentatum Fr. 1532. H. Lortetiæ Balb. ; 
H. elatum Fr. 41533. H. umbellatum L. var. genuinum Griseb. var. latifo- 
lium Fred. 153^. H. umbellatum L. var. autumnale, var. coronopifoliurn, 
var. limonium Griseb. 1535. H. æstivum Fr.; H. corymbosum Pers. 1536. 
H. virosum Pall. 1537. H. sabaudum All.; H. umbellato-vulgatum Hausm. 
1538. H. Notarisii Rchb. fil. ; H. croaticum Schloss. 1539. H. racemosum Kit. 
1550. H: trichodes Griseb.; H. autumnale Griseb. 1541. H. boreale Fr. 1542. 
H. compositum Lap. ; H. boreale Fr. var. lactucaceum Griseb. 1543. H. boreale 
Fr. var. racemosum Hausm. , var. virescens Griseb. , var. subsabaudum Rchb. 
fil. 1544. H. eriophorum St. -Am. var. prostratum Gr. ct Godr. 1545. H. den- 
ticulatum Sm. var, macrotus Rchb. fil. 1546. H. hirsutum Bernh. ; H. erio- 
pus Boiss. Heldr. 1547. H. rupestre All; H. Sartorianum Boiss. Heldr. 
1548. H. rupicola Fr. var. franconicum Griseb. 1549. H. Schmidtii Tausch. 
var. Sternbergii Griseb., var. vulcanicum Griseb. 1550. H. lasiophyllum 
Koch. 1554. H. Retzii Fr.; H. cinerascens Jord. 

Decades 20-23. 

Tab. 1552. Hieracium norvegicum Fr.; H. stelligerum Froel. 1553. H. saxi- 
fragum Griseb. var. oreades Griseb. , var. saxifragum Fr. 4554. H. Gougetianum 
Gr. et Godr. ; H. pallescens Waldst. et Kit. 1555. H. lanatum Vill.; H. panno- 
sum Boiss. 1556. H. Waldsteinii Tausch; H. Schlosseri Rchb. fil. 1557. H. 
Friwaldii Rchb. fil; H. taygeteum Boiss. 1558. H. farinulentum Jord.; H. 
andryaloides Vill. 1559. H. Liottardi Vill.; H. versutum Friw. 1560. H. 
glanduliferum Hopp.; H. piliferum Hopp. 1561. H. villosum L.; H. bomby- 
cinum Boiss. et Reut. 1562. H. dentatum Hoppe var. macedonicum Griseb. 
1563. H. scorzonerifolium Vill. 1564. H. Sartorianum Boiss. Heldr.; H. gla- 
bratum Hoppe. 1565. H. bupleuroides Gmel. var. Schenkii Griseb. 1566. 
H. bupleuroides Gmel. var. glaucopsis Griseb.; H. speciosum Horn. 1567. 
H. glaucum All. var. Facchinii. 1568. H. stuppeum Rchb. 1569. H. Tom- 
masinii Rchb. fil. 4570. H. saxatile Jacq. 1571. H. leiocephalum Bartl.; H. 
Papperitzii Rchb. fil. 1572. H. Tatræ Griseb.; H. politum Gren. 4573. H. 
Willdenowii Monn.; H. porrifolium L. 157^. H. politum Fr.; Xanthium 
italicum Mor. 1575. X. spinosum L. 1576. X. saccharatum Wallr.; X. 
strumarium L. 1577. X. macrocarpum DC.; Ambrosia maritima L. 1578. 
Jasioné montana L. var. littoralis Fr.; J. perennis L. 1579. Phyteuma 
comosum L.; Ph. pauciflorum L. var. globulariefolium K. 1580. Ph. humile 
Schlch.; Ph. hemisphæricum L. 4584. Ph. Charmelii Vill. var. lanceola- 
tum; Ph. serratum Viv. 4582. Ph. Balbisii Alph. DC. 1583. Ph. orbicu- 
lare L. var. genuinum, var. fistulosum K., var. lanceolatum Gr. Godr., 
var, Sieberi. 1584. Ph. Scheuchzeri All; Ph. Halleri All. 4585. Ph. Mi- 
chelii Bert. var. betonicifolium Kit. , var. angustissimum Kit, 1586. Ph. nigrum 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 105 


Schmidt; Ph. spicatum L. 1587. Ph. limoniifolium Sibth. Sm.; Ph. canes- 
cens Waldst. et Kit. 1588. Edraianthus Kitaibelii Alph. DC.; E. graminifolius 
Alph. DC. 1589. E. tenuifolius Alph. DC.; E. caudatus Rchb. fil. 1590. E. 
Pumilio Alph. DC.; E. serpyllifolius Alph. DC. 1591. Campanula Medium L. ; 
C. Allionii Vill. 

Decades 24-26. 

Tab. 1592. Campanula Medium L.; C. Grossekii Heuff.; C. dichotoma L. 

1593. C. sibirica L. var. divergens. 1594. C. barbata L. var. stricto pedunculata; 
C. alpina Jacq. 1595. C. multiflora Waldst. et Kit.; C. petræa L.; C. lingulata 
Waldst. et Kit. 1596. C. Cervicaria L.; C. glomerata L. var. speciosa Alph. DC. 
1597. C. spicata L.; C. thyrsoidea L. 1598. C. rhomboidalis L. ; C. lanceolata 
Lap.; C. bononiensis L. 1599. C. latifolia L. var. eriocarpa Alph. DC. 1600. 
C. Trachelium L.; C. rapunculoides L. 1604. C. Waldsteiniana R. et S. var. 
.Freyeri Rchb. fil., var. Visianii Rchb. fil. 4602. €. Scheuchzeri Vill. var. 
glabra Kit., var. hirta Kit. ; C. linifolia Scop. 1603. C. rotundifolia L. 160^. 
C. cæspitosa Scop.; C. macrorhiza Gay. 1605. C. stenosiphon Boiss. et Reut. ; 
C. excisa Schleich. 1606. C. pusilla Haenke var. pubescens Koch, var. Hop- 
peana Rupr., var. paniculata Næg.; C. pulla L. 1607. C. Erinus L.; C. elati- 
noides Morett. 1608. C. garganica Ten.; C. Elatines L. 1609. C. Morettiana 
Rchb.; C. cenisia L. 1610. C. Rainerii Perpent.; C. Zoysii Wulf. 1611. 
C. fragilis Cyr. ; C. clisophylla Mor. ; C. Portenschlagiana R. et S. 1612. C. py- 
ramidalis L.; C. carpatica Jacq. 1613. C. persicifolia L.; C. Rapunculus L. 
1644. C. patula L.; C. abietina Griseb.; C. Steveni Bieb. 1615. C. Wanneri 
Roch.; C. Loreyi Poll. 1616. Specularia falcata Alph. DC.; Sp. Speculum 
Alph. DC. var. cordata; Sp. hybrida Alph. DC. 1617. Campanula capitata 
Sims. ; Specularia pentagona Alpb. DC. ; Wahlenbergia hederacea Rchb. 1618. 
Adenophora lilifolia Led.; Lobelia Dortmanna L. 1619. Ecbalium agreste 
Rchb. 1620. Bryonia alba L. 1621. B. dioica Jacq. 

Les dix livraisons qui composent le dix-neuvième volume comprennent 
123 pages de texte, et renferment les familles des Chicoracées, Ambrosiacées, 


Campanulacées, Lobéliacées et Cucurbitacées. 
E, F. 


Plant: Wrightianæ è Cuba orientali (Polypetale et Apetalæ ; 
par M. A. Grisebach (Extrait des Memoirs of the American Academy of 
arts and sciences, t, VIII, pp. 153-192); Cambridge et Boston, 1861, 
in-A*, 


Ce travail renferme, ainsi que nous l'apprend une note de M. Asa Gray, la 
détermination des plantes récoltées de 1856 à 1860 par un naturaliste améri- 
cain, M. Ch. Wright, dans la partie orientale de l'ile de Cuba, ainsi que les dia- 
gnoses des genres et des espèces nouvelles. Selon notre usage, nous indiquerons 


406 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

ici les genres nouveaux qui sont les suivants : . PAlebotænia (Polygalées) ; 
Ditta (Euphorbiacées); Wæhleria (Amarantacées); Carpodiptera (Bombacées); 
Rheedia (Guttifères, différent du Rheedia L.); Gyrotænia (Urticacées); Zino- 
dendron (Thymélées). Il y a des espèces nouvelles dans les genres suivants : 
Clematis (Renonculacées) ; Nasturtium (Crucifères) ; Xylosma, Lætia (Bixi- 
nées); Tricera, Savia, Phyllanthus, Croton, Bernardia, Sapium, Exco- 
caria, Pedilonthus (Euphorbiacées) ; Sloanea (Tiliacées); Zaplacea (Terns- 
trœmiacées) ; Gomphia. (Ochnacées) ; Tovomita (Guttifères) ; Byrsonima, 
Stigmaphyllon (Malpighiacées); Serjania, Cupania . (Sapindacées); Mos- 
choxylum (Méliacées); Vaccinium, Clethra (Éricacées); Evonymus (Gélastri- 
nées); {lex (Iiċinées); Anthodon (Hippocratéacées ) ; Dorstenia, Pilea, 
.Pouxolsia (Urticacées) ; Peperomia, Ottonia (Pipéracées) ; Amyris (Térébin- 
thacées); Myrica (Amentacées); Galactia, Canavalia, Dioclea, Andira, 
„Belairia, Calliandra (Légumineuses) ; Calyptranthes, Eugenia , Psidium, 
.Mouriria (Myrtacées) ; Calycogonium, Clidemia, Miconia, Charianthus, 
-Graffenrieda (Mélastomacées) ; Phæbe, Nectandra, Strychnodaphne , Hér- 
nañdia (Laurinées) ; Aristolochia (Aristolochiées) ; Phoradendron, Arceulho- 


bium, Eremolepis (Loranthacées). 
E. Fi 


Flora Hougkongensis (Flore de l'ile dé Hong-Kong); par M..G. 
Bentham. 4 vol. in-8° de LI et 482 pages. Londres, 1861. 


Cet ouvrage est le premier d'une série de Flores coloniales qui doiv ent être, 
d'ici à quelques années , publiées sous le patronage du gouvernement anglais. 
L'ile de Hong-Kong, dont la végétation y est étudiée dans les plus grands 
détails, est située sur la côte méridionale de la Chine, à l'embouchure de la 
rivière de Canton, par 2209/ de latitude nord, Elle appartient, depuis 1842, à 

l'Angleterre, qui vient d'acquérir en vertu des der niers traités une nouv elle 
portion de territoire sur la cóte voisine. Quoique d'une étendue. trés restreinte, 
puisqu 'elle n'a que huit milles anglais en longueur, et moins de quatre en 
largeur, l'ile de Hong-Kong renferme cependant 1056 espèces parmi les 
Phanérogames, les Lycopodiacées et les Fougères, et offre des faits très 
intéressants de géographie botanique. Cela tient en grande partie à des 
accidents locaux, savoir à l'élévation du pays, dont quelques pics atteignent 
environ 1700 pieds, aux ravius profonds qui sillonnent un sol rocailleux, gra- 
'nitique ou balsatique, et à l'étendue relative dés côtes profondément découpées 
par la mer, et tour à tour brûlées par un soleil tropical ou dévastées par des 
vents froids venant du nord. Aussi bien, si le nombre des espèces parait consi- 
dérable à Hong-Kong, celui des individus y est-il souvent trés faible, et les 
espéces des régions tempérées y prennent-elles, quoique moins nombreuses, 
une extension supérieure à celle des plantes tropicales, D'ailleurs la propor- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 107 


tion des genres monotypes est bien plus grande à Hong-Kong que dans aucune 
ile de méme étendue. D’après M. Bentham, qui a développé dans sa préface 
des considérations fort intéressantes sur sa géographie botanique, cette con- 
trée paraît servir de limite septentrionale à l'extension de beaucoup d' espèces 
de l’Asie tropicale ; cependant elle contient 80 espèces qui lui sont communes 
avec le Japon, et offre encore plusieurs points de contact avec la végétation de 
l'Australie, surtout par des plantes herbacées et maritimes. Enfin on y trouve 
environ une centaine de ces espèces qui paraissent suivre partout l’espèce 
humaine, et que M. Alph. De Candolle a nommées « plantes cultivées malgré 
la volonté de l'homme. » 

Les matériaux que M. Bentham a eus à sa disposition étaient assez nom- 
breux, bien que rarement accompagnés des indications locales utiles pour la 
rédaction d'une Flore, et que les botanistes voyageurs négligent trop souvent. 
Outre les Plante Meyenianæ, d'origine douteuse, de nombreuses collections 
avaient été recuillies à Hong-Kong par plusieurs voyageurs, entre autres par 
feu Richard Brinsley Hinds, chirurgien du vaisseau Ze. Sulphur; par feu le 
docteur Harland ; par M. Ch. Wilford; par M. Ch. Wright, au retour de l'ex- 
pédition scientifique envoyée par les États-Unis dans l'océan Pacifique ; par 
M. le docteur Hance; mais surtout par M. Berthold Seemann, aprés son 
voyage à bord de l Herald ; et par feu le colonel Champion, qui était resté trois 
ans à Hong-Kong. Sir William Hooker avait déjà publié, dans le Journal 
de Kew, plusieurs espèces nouvelles prises parmi les récoltes de ces divers 
Voyageurs; et M. B. Seemann avait publié une flore de l'ile de Hong-Kong, 
contenant 773 espèces. 

C'est à l'aide de ces travaux et de ces collections que M. Bentham a rédigé le 
livre que nous annoncons aujourd'hui. L'ordre qu'il a suivi dans l'énuméra- 
tion des espèces est à très peu près celui du Prodromus. Les Aquifoliacées 
sont rapprochées des Célastrinées, les Ambrosiacées rangées, comme tribu 
distincte, parmi les Composées, et le genre Corchorus placé dans les Tiliacées, 
Les familles les plus nombreuses sont les Graminées, les Fougères, les Légu- 
mineuses et les Composées. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, il y a beaucoup 
d'espéces nouvelles ; elles s'élèvent au chiffre de 51. Nous croyons utile, pour fa- 
“Ciliter les recherches de ceux de nos confrères qui se livrent à dés travaux mo- 
nographiques, de signaler les genres où sont décrites des plantes nouvelles ; ce 
sont les suivants : Kadsura (Magnoliacées) ; Vitis (Ampélidées) ; Neustanthus 
(Papilionacées); Amplectrum (Mélastomacées); Aucuba (Cornacées); Hedyo- 
tis, 2 esp. (Rubiacées) ; Aster (Composées) ; Ardisia, Reptonia (Mélastoma- 
cées) ; Symplocos, 2 esp. (Styracacées); Marsdenia (Asclépiadées); £rycibe, 
Argyreia (Convolvulacées) ; Aungia (Acanthacées); Gmelina (Verbénacées) ; 
Alseodaphne (Laurinées) ; Daphne, Aquilaria (Thymélées) ; Endospermum, 
Croton, 2 esp., Phyllanthus, Cicca, Glochidion, Daphniphyllum, Aporosa 
"(Euphorbiacées) ; Quercus (Cupulifères); Gironniera, 2 esp., Artocarpus, 


108 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
Ficus, 3 esp., Pellionia, 2 esp. (Urticées), Chavica (Pipéracées) ; Habe- 
maria (Orchidées); Smilax, Thysanotus (Liliacées); Æriocaulon (Restia- 
cées) ; Fimbristyles, Arthrostyles, Carez, 3 esp. (Cypéracées); Aspidium 
(Fougères). | 

- Nous devons encore mentionner, avant de terminer l'analyse de cet impor- 
tant ouvrage, une carte géographique de l'ile de Hong-Kong, une introduc- 
tion destinée à familiariser le lecteur avec les termes usités en botanique, ét 
un glossaire. Les descriptions des genres et des espéces sont faites en anglais, 


et l'ouvrage est à la portée de tous. 
E. F. 


Observations on the Bignoniaceæ (Observations sur les Bigno- 
niacées) ; par M. J. Miers (The Annals and Magazine of natural history, 
cahier de mars 1861, pp. 153-168 ; cahier d'avril, pp. 255-268). 


Dans ce travail, M. Miers, au milieu de beaucoup de remarques intéres- 
santes sur les affinités que présentent les divers genres de Bignoniacées entre 
eux, s'attache d'abord à donner une description complète de la graine et une 
interprétation nouvelle du fruit de cette famille. Relativement à la graine, 
l'auteur prend pour type celle du Pithecoctenium Squalus. L'aile si ténue qui 
l'entoure peut, dit-il, étre séparée en deux lamelles aprés une macération 
assez prolongée, et les lignes rayonnantes dont elle est sillonnée sont dues à 
des plis de ces lamelles; elles ne contiennent pas de vaisseaux. Cette aile 
représente pour lui la primine ou le testa; c'est dans ce tissu que passe le 
raphé pour se rendre du hile au sommet de la graine ; là il pénètre, en for- 
mant la chalaze, dans une deuxième enveloppe, la secondine, laquelle est 
opaque et émarginée à ses deux extrémités, qui regardent, l'une la chalaze, 
l'autre le hile. Cette dernière présente l'origine d'un tube creux qui se rend 
jusqu'au hile, et qui, soudé en haut et en bas àla premiere enveloppe, forme 
comme une demi-cloison dans la partie basilaire de la graine. Il y a une troi- 
siéme tunique de la méme forme que la précédente; c'est la tercine; on ne 
peutla prendre pour un albumen, parce qu'elle est trés làchement unie à 
Jembryon, et parce qu'elle est pourvue d'une chalaze distincte. Quant à l'em- 
“bryon, il se compose de deux cotylédons profondément bipartits, et d'un axe 
-dont la radicule occupe l'entrée du tube mentionné plus haut. — L'auteur 
expose ensuite les modifications que présente l'embryon dans les autres genres; 
il offre des cotylédons entiers dans le Calampelis, l'Oxycladus, et la plupart 
des Crescentiées. 

A l'égard du fruit, pour faire bien comprendre les opinions de l'auteur, 
nous intervertirons un peu l'ordre qu'il a suivi dans son exposition. Si l'on 
“examine les genres Jacarandu, Fridericia, Calampelis et Eccremocarpus, 
„On voit que leur fruit est uniloculaire et se compose de deux carpelles placen- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 109 


tiféres sur leur milieu, unis par leurs bords, suivant lesquels a lieu la déhis- 
cence. Dans lés genres P/atycarpum et Henriquezia, on trouve encore deux 
carpelles seulement, placentiféres sur leur milieu également, mais unis dos à 
dos; il en résulte un fruit biloculaire, dont la cloison est perpendiculaire aux 
valves, et dont les valves se séparent suivant les sutures carpellaires, en restant 
attachées à l'axe. Dans les autres Bignoniacées, les carpelles sont au nombre 
de quatre. Dans les E'ubignoniées, ils sont placés par paires à l'opposite les 
uns des autres; les deux nervures médianes, toujours placentiféres, sont sou- 
dées deux à deux de chaque cóté du fruit, et ce sont elles qui se séparant, à 
la maturité, des parties latérales des carpelles ainsi que des placentas, con 
stituent ces côtes bifides si singulières qui ne restent attachées qu'à la base du 
fruit et souvent à son sommet. Dans ce cas, chaque valve est formée par les 
moitiés extérieures de deux carpelles opposés. Les Catalpées sont conformées 
sur le méme type, si ce n'est que chez elles la. déhiscence a lieu suivant les 
bords de deux carpelles contigus, de sorte que la cloison est perpendiculaire 
aux valves au lieu de leur être parallèle. Dans ces deux dernières tribus, la 
cloison est formée par la moitié de chacun des quatre carpelles, qui sont 
soudés par paires. Enfin on n'a qu'à supposer que les carpelles prennent une 
inclinaison différente, et que leurs parties médianes rentrent dans l'intérieur 
du fruit, pour concevoir le type de l'Zeterophragma, qui présente quatre 
loges et deux cloisons disposées en croix; on y arriverait encore en doublant 
par la pensée le fruit du P/atycarpum. 

Appuyé sur ces études carpologiques, M. Miers éléve quelques objections 
sur les sous-tribus établies par De Candolle dans les Zgnoniées. Ainsi la tribu 
des /ncarvillées ne peut être maintenue, puisque, des deux genres qu'elle 
renferme, l'un, l’/ncarvillea, doit être placé parmi les Catalpées, et l'autre, 
l'Amphicoma, appartient aux Cyrtandracées. Le Platycarpum, qu'il faut reti- 
rer des Catalpées, devient le type de la sous-tribu des Platycarpées, laquelle 
comprend encore les genres Zenriquezia, Oxycladus et probablement le 
Monttea etle Reyesia de M. CL Gay. Enfin, dans les Æccrémocarpées, il 
faut joindre à l'Eccremocarpus les genres Jacaranda, Fridericia et Calam- 
pelis. 

Dans un second article, M. Miers étudie les Crescentiées, que Gardner, 
MM. Lindley et Seemann ont regardées comme une famille distincte. Plusieurs 
Opinions des auteurs sont révoquées en doute par M. Miers, relativement 
aux Crescentiées. Ainsi le Colea lui parait avoir des graines ailées et des 
fruits déhiscents, et devoir être placé dans les Bignoniacées. Le Zanæcium, 
par son port, son fruit cylindrique allongé, doit, selon lui, être rapproché de 
l'Adenocalymna dans la tribu des Bignoniées, tandis que le genre Schle- 
gelia, établi par Miquel aux dépens du Zanæcium, appartient manifestement 
à la division des Crescentiées. Le Parmentiera qui, d’après une figure du 
Botanical Herald, offre un fruit à deux valves, et dont les graines, petites et 


410 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nombreuses, sont attachées à une cloison qui remplit presque tout l'intérieur 
du früit, est voisin du Spathodea, et se place parmi les Catalpées. Les 
Crescentiées sont ainsi réduites à trois genres, Crescentia, Kigelia et Schle- 
gelia ; or, la structure de leur fruit rappelle beaucoup celui des £cerémocar- 
pées. Il est uniloculaire, indéhiscent et composé de deux carpelles placenti- 
feres sur le milieu de la face interne. Aussi M. Miers pense-t-il que les 
Crescentiées doivent être, à l'exemple de De Candolle, considérées comme 
une tribu de Bignoniacées. 

L'auteur étudie ensuite les rapports des Cyrtandracées, des Pédaliacées et 
des Sésamacées. L'ovaire des deux premières de ces familles se rapprochant 
beaucoup de celui des Æccrémocarpées et de celui des Crescentiées, il con- 
clut que les Cyrtandracées et les Pédaliacées, tout en ayant des droits incon- 
testables à constituer des familles particulières, restent trés voisines des Bigno- 
niacées. Quant aux Sésamacées, qui diffèrent beaucoup des Pédaliacées par 
leur ovaire à quatre carpelles placentiféres sur leurs bords, elles lui paraissent, 
à certains égards, se rapprocher des Verbénacées. C'est aux Sésamacées qu'il 
faut rapporter le Zourretia, qui a été placé avec doute parmi les Bignoniacées, 

Aprés ces détails, M. Miers définit la classe à laquelle il donne le nom 
de « Zignonial alliance », et qui comprend pour lui les Bignoniacées, 
Cyrtandracées, Pédaliacées , Gesnériacées et Orobanchacées, lesquelles pré- 
sentent pour caractére commun des placentas situés le long de la nervure 
médiane du carpelle, à droite et à gauche de l'axe de l'inflorescence. Il exclut 
de cette classe trois familles qui y avaient été rattachées par M. Lindley, 
savoir les Lentibulariacées, qui ont un placenta central libre, les Acanthacées 
et les Scrofulariacées, dont les carpelles portent les placentas sur leur bord, en 
avant et en arrière de l'axe, et qui constituent avec les Gentianacées, les Atro- 
pacées et les Solanacées, une autre classe epe sous le nom de » Solanal 
alliance. » 

Les considérations nouvelles présentées par M. Miers sur le fruit des 
Bignoniacées, les efforts qu'il fait pour introduire une classification plus natu- 
relle dans une famille qui, de l'aveu de beaucoup de botanistes, réclamait de 
nouvelles études, nous ont engagé à donner connaissance immédiatement des 
opinions de l'auteur sans attendre la suite qu'il annonce à sa publication, et 
qui d'ailleurs, devant renfermer la description de Bignoniacées nouvelles où 
peu connues, sera moins de nature à être analysée dans cette Revue. — 

E. F; 


Étude sur les Algues dans le département de l'Aisne; 
par MM. Ed. Lambert et Burgue, in-8° de 109 pages (Extr. du Bulletin 
de la Société littéraire et scientifique de Chauny (Aisne); Paris, F. Savy- 


Cet ouvrage est une énumération des Algues qui croissent dans le départe- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 111 


ment de l'Aisne, accompagnée de quelques phrases descriptives qui indiquent 
principalement le port, la couleur et l'habitat de chaque espèce. Les auteurs 
ont suivi la classification adoptée par M. Payer dans sa Botanique crypto- 
gamique, et ont conservé les CAaracées parmi les Algues. Les espèces signalées 
par eux dans le département de l'Aisne sont au nombre de 157. Plusieurs 
d'entre elles paraissent devoir être regardées comme nouvelles, leur nom 
n'étant suivi d'aucun nom d'auteur. L'ouvrage est précédé de quelques 


RO MAN générales sur l'organisation des Algues. 
E. F. 


Hepaticæ Endiw orientalis (Hépatiques de l' [nde orientale) ; par 
M. William Mitten (Journal of the proceedings of the Linnean Society 
cahier de novembre 1860, pp. 89-108; cahier de mars 1861, pp. 109-128). 


Cette florule comprend les espèces récoltées par M. J. D. Hooker dans l'Hi- 
malaya, par M. Thomson dans les montagnes du Khase, et par MM. Gardner 
et Thwaites dans l'ile de Ceylan ; elle renferme encore les espéces observées par 
Griffith, ainsi que celles qui ont été décrites par Lindenberg et Nees d'Esen- 
beck dans le Synopsis Hepaticarum. L'ordre suivi est celui de ce dernier 
ouvrage, avec quelques légères modifications. Les espèces indiquées sont au 
nombre de 290. Parmi elles, il s'en trouve 107 nouvelles réparties dans les 
genres Jungermannia, Plagiochila, Lophocolea , Giymnanthe, Isotachis, 
Scapania, Gottschea, Physiotium, Lepidozia, Mastigobryum, Calypogeia; 
Radula, Madotheca, Lejeunia, Frullania, Steetzia, Marchantia, Dumortiera 
et Riccia. Un seul genre est de création nouvelle, c'est le genre Ca/ycularia, 
voisin du Steetzia de Lehmann. - 
` L'auteur n'a donné de diagnoses que pour le genre nouveau et les espèces 


nouvelles ; ces diagnoses sont en latin. 
E. F. 


Mosses of the Amazon aud Andes (Mousses de l'Amazone et 
des Andes); par M. R. Spruce (Journal of the proceedings of the Lin- 
nean Society, vol, V, cahier de juin 1860, pp. 45-51). 


~ M. Spruce se propose, dans le travail dont nous annoncons ici le commen- 
cement, de décrire les Mousses les plus remarquables qu'il a récoltées sur les 
rives de l’ Amazone et de ses affluents, ainsi que dans les Andes de Maynas et de 
Quito, puis de donner un tableau synoptique de toutes les Mousses qu'il a 
observées dans ces régions. Il réserve pour la dernière partie ses remarques 
sur la distribution géographique des espèces. Les pages que nous signalons 
aujourd'hui renferment la description de plusieurs espèces nouvelles, qui sont 
les Andrea brevipes Spr., Acroschisma andensis Spr., Tayloria limbata 


Spr., et celle du Tayloria erythrodonta Spr, (Tortula Tayl. ). 
? E. F, 


112 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


BOTANIQUÉ APPLIQUÉE. 


Des Champignons comestibles et vénéneux qui crois- 
sent dans les environs de Paris; par Ernest Roussel, phar- 
macien. In-8* de 68 pages ; Paris, Victor Masson et fils ; 1860. 


Cet ouvrage n'est présenté par l'auteur que comme « le canevas d'une 
» édition plus compléte qu'il se propose de publier ultérieurement sous le 
» titre de Flore des Champignons comestibles et vénéneux. » I se divise 
en trois parties : la première contient des notions préliminaires et très 
générales sur l'organisation des Champignons, leur durée et leur repro- 
duction; la deuxième renferme, aprés l'exposé des classifications employées 
par Micheli, Dillen, Linné, Gleditsch, Persoon, Richard et M. Léveillé, une 
clef dichotomique qui conduit au nom de chaque espèce ; l’auteur indique 
toujours si elle est comestible, suspecte ou vénéneuse, Il s'est fait une loi de 
n'indiquer, dans ce tahleau, que les espèces qui ont un diamètre de 
h centimètres au moins. La troisième partie présente quelques considérations 
sur la constitution chimique des Champignons, empruntées aux travaux de 
Vauquelin et d’autres auteurs plus récents ; l'ouvrage se termine par l'exposé 
des opinions de M. Letellier sur les divers modes d'action exercés par les 
Champignons sur l'économie. 

E. F. 


NOUVELLES. 


— M. P. Duchartre, membre de l'Institut, l'un des secrétaires de la So- 
ciété botanique de France, vient d'étre nommé professeur de botanique à 
la Faculté des sciences de Paris, en remplacement de M. Payer. Le nouveau 
professeur doit, cette année, traiter de l'organographie et de la physiologie 


végétales. Ses lecons ont lieu les mercredis et vendredis, à onze heures et 
demie. 


— L'un des derniers cahiers des Atti dell” imp. reg. Istituto veneto nous 
apprend, par une communication de M. de Visiani, que l'on espère la publica- 
tion plus ou moins prochaine d'une Flore de la Servie, due aux soins de 
M. Giuseppe Pancie, professeur à Belgrade. 


— Nous annoncons la mise en vente des septième et huitième fascicules des 
Lichenes selecti Germanic, publiés par M. G. Kærber. Ces fascicules con- 


tiennent chacun trente espèces et coûtent chacun 16 francs; ils sont livrés 
dans des boites de carton. 


E. F. 


Paris, — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 


DE FRANCE. 


a 


SÉANCE DU 8 MARS 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 22 février, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la dernière séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


M. Durour (Édouard), licencié ès sciences, directeur de l'École 
supérieure professionnelle.de Nantes, rue des Coulées, 
à Nantes, présenté par MM. Viaud-Grandmarais et 
Éd. Bureau. 


M. le Président annonce en outre deux nouvelles présentations. 
Dons faits à la Société : 


1* De la part de M. G. Bentham : 
Flora hongkongensis. 
2 De la part de la Société d'Horticulture et de Botanique de 
l'Hérault : 
Annales de cette Société, t. I, n° 1. 
3° En échange du Bulletin de la Société : 


Bulletin de la Société impériale zoologique d’Acclimatation, janvier 
et février 1861. 
L'Institut, février et mars 1861, deux numéros. 


M. le Président annonce que le Conseil (à la demande de la Com 
T. VIII. 8 


114 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


mission du Dulletin, et considérant que M. Duchartre, exclusivement 
chargé jusqu'ici de la rédaction de la Revue bibliographique, ne 
peut plus, en raison de ses occupations multipliées et par motif de 
santé, continuer à rédiger cette Revue), a décidé que la modification 
réglementaire suivante serait soumise à la sanction de la Société : 


Les premiers mots de l'art. 54 du règlement, ainsi conçus : Les articles 


de la Revue bibliographique ne portent pas de signature, sont et demeurent 
supprimés. 


Le reste de l'art. 54 est maintenu ainsi qu'il suit : Les auteurs des articles 
de la Revue bibliographique n'y exprimeront aucune opinion sur le mérite 
des ouvrages dont ils doivent simplement et brièvement rendre compte. 


La Société sanctionne par un assentiment unanime cette modifi- 
cation apportée à son règlement, et, sur la proposition de M. Cosson, 
président de la Commission du Bulletin, vote des remerciments à 
M. Duchartre, pour le zèle et le dévouement constants dont il a fait 
preuve depuis longues années dans la rédaction de la Revue biblio- 
graphique. 

M. le Président annonce ensuite que le Conseil, sur le rapport 
d'une Commission composée de MM. Boisduval, Cosson, J, Gay, le 
comte Jaubert et de Schænefeld, et chargée d'examiner les avis 
reçus des départements, relativement à la tenue de la prochaine 
session extraordinaire, a décidé que la proposition suivante serait, 


conformément à l'art. 47 du réglement, soumise à l'approbation 
de la Société : 


La Société tiendra cette année une session extraordinaire qui s'ouvrira à 
Nantes dans les premiers jours d'aoüt prochain, et qui sera consacrée à l'ex- 


ploration du littoral du département de la Loire-Inférieure et, s'il se peut, 
des iles de Belle-Ile et de Noirmoutiers. 


La Société adopte cette proposition à l'unanimité. 


M. le comte Jaubert fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR QUELQUES PLANTES DU HAUT PÉROU, par ME, le comte JAUBERT. 


Deux jeunes gens, MM. Ernest et Alfred Grandidier frères, entfainés par 
une noble ardeur pour les sciences, ont exécuté, durant les années 1857 et 
suivantes, un grand voyage d'exploration dans les deux Amériques du Nord 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. 145 


et du Sud : ils en publieront prochainement la relation et les résultats. Ils ont 
parcouru le Canada, les États-Unis, une partie des Antilles, le haut et le bas 
Pérou, la Bolivie, le Chili, les provinces de la Confédération argentine, et 
enfin le Brésil. Ils n'avaient pas hésité à s'arracher aux douceurs de la famille 
pour braver les fatigues, les dangers de toute espèce, auxquels une pareille 
entreprise les exposait. Plus heureux d'ailleurs que tant de voyageurs natu» 
ralistes que l'exiguité de leurs ressources: financières oblige à limiter leurs 
explorations et trop souvent à les abandonner au moment où quelque grande 
découverte allait illustrer leur nom, MM. Grandidier étaient pourvus de tous 
les moyens matériels que la fortune peut mettre au service d'une instruction 
solide et variée et d'un courage à toute épreuve : de plus, ils étaient accré- 
dités auprés de tous les agents francais à l'étranger comme chargés d'une 
mission par M. le Ministre de l'instruction publique. Ils s'étaient proposé 
d'abord d'étudier plusieurs questions importantes relatives à la physique 
du globe ; la géologie proprement dite et la zoologie ont été aussi l'objet de 
leurs actives recherches. 

La botanique ne leur est pas restée étrangère, et ils ont bien voulu mettre 
à ma disposition 231 espéces recueillies pour la plupart dans les hautes 
Andes et spécialement aux environs du col de Mollepata, entre Lima et Cuzco, 
à une altitude d'environ 4400 mètres. i 

Le Chloris andina de M. Weddell, qui résume si heureusement tout ce 
qu'on connaissait avant lui et ses propres travaux sur la végétation de cette ré- 
gion, m'est surtout utile pour assurer la détermination d'une bonne partie des 
espéces composant le précieux fascicule de MM. Grandidier : quelques-unes 
d'ailleurs avaient été nommées par M. Jameson, si connu par ses herborisa- 
tions aux environs de Quito, que sir William Hooker a enregistrées dans ses 
publications. Malheureusement l'ouvrage de M. Weddell, en cours de publi- 
cation, m'a fait défaut en ce qui concerne plusieurs familles que l'auteur s'est 
réservé de traiter plus tard. 

Je signalerai dés à présent à la Société deux plantes remarquables et que je 
crois nouvelles, recueillies à 4300 métres au-dessus du niveau de la mer, mais 
dans une des quebradas (ou vallons resserrés, abrités contre l'excés du froid) 
qui avoisinent le port de Mollepata, à 12 myriamètres environ de Cuzco. Je 
les ai consacrées toutes deux au souvenir de l'énergie et du dévouement fra- 
ternel que les deux jeunes voyageurs ont déployés pour se soutenir l'un - 
l'autre dans leurs rudes épreuves. 

La première est un arbrisseau grimpant, d'environ 2 mètres de hauteur. 
Ce qui frappe au premier coup-d'ciil, c'est la longueur extraordinaire (42 à 
13 centimètres) de ses fleurs tubuleuses et pendantes qui rappellent certains 
Tacsonia et les Fuchsia de la section Longifloræ. Aussi ne suis-je pas étonré 
que, dans une note de voyage écrite à la hâte et jointe à l'échantillon, on lise : 
Fuchsia jaune clair ; mais l'analyse nous conduit bientót vers un de ces 


116 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


groupes de la famille des Solanacées, tribu des Solanées, qui abondent dans 
les contrées équinoxiales de l'Amérique, où M. Miers a récemment proposé 
divers genres distribués ensuite d’une manière assez arbitraire par Dunol, 
entre ses deux sous-tribus des Atropinées et des Lyciées. 

Notre plante appartient au genre Salpichroma, caractérisé principalement 
par son calice à tube court et à dents étroites-allongées, par sa corolle tubu- 
leuse, infondibuliforme, à lobes plus ou moins pointus, à estivation val- 
vaire et comme indupliquée par un duvet marginal, par les filets de ses 
étamines soudés dans le bas du tube de la corolle, libres à partir du milieu 
de sa longueur, faisant saillie hors du limbe, par le disque charnu entourant 
l'ovaire, enfin par son style allongé et son stigmate claviforme. L'ovaire, 
encore jeune dans notre échantillon, m'a paru constituer une capsule plutót 
qu'une baie; les ovules, examinés au microscope, sont réniformes, compri- 
més, à ombilic latéral, à la maniére d'un grand nombre d'autres Solanacées. 

La diagnose générique donnée dans le Prodromus, t. XIII, a besoin 
d’ailleurs d’être modifiée quant aux anthères : 1° en ce qu'elles sont dites 
triloculaires, indication qu'on ne peut qu'attribuer à une erreur typo- 
graphique, tant elle serait anomale, et que l'examen d'aucune espéce, à ma 
connaissance du moins, ne vient justifier, méme comme exception; 2° parce 
qu'elles sont évidemment de forme hastée, sinon dans toutes les espèces, du 
moins dans la plante de MM. Grandidier et dans le S. Mandonianum Wedd. 
de l'herbier du Muséum. 

Enfin, si les différences que présentent la dimension et surtout la forine de 
la corolle dans les diverses espèces, tantôt tubuleuse et simplement infondi- 
buliforme, tantôt rétrécie à la gorge, tantôt cyathiforme (S. breviflorum) et 
méme urcéolée (S. urceolatum), ne paraissent pas suffire pour distinguer 
plusieurs genres aux dépens du Sa/pichroma, il y aurait lieu du moins, ce 
me semble, d'augmenter, à ces deux points de vue de la dimension et de la 
orme, le nombre des sections entre lesquelles les espèces sont distribuées. 
C'est avec raison que dans le Prodromus on a eu égard en premier lieu au 
caractère tiré de la présence, dans l'intérieur de la corolle, d'un anneau charnu 
et laineux (Perizoma Miers) et à l'absence d'un tel anneau (Se/pichromata 
vera). Mais le second caractére, tiré du plus ou moins de longueur de la corolle, 
ne répond nullement au rangement des espèces dans les deux sections actuelles. 
| Sur huit espèces de Sa/pichromata vera, dites à longues corolles, six ont des 
corolles qui ne dépassent pas dix lignes ; deux seulement, S. g/andulosum et 
S. dependens, répondent à l'intitalé de la section, et il y aurait d'autant plus 
de raison à les séparer des autres que, à la différence de celles-ci, leur corolle 
est véritablement infondibuliforme sans aucune trace de rétrécissement à la 
gorge. Cette nouvelle section, trés naturelle et tranchant sur le reste du genre, 
répondrait mieux que toute autre à l'image d'une trompette qui domine daus 
le nom, d'ailleurs assez mal fabriqué, de Sa/pichroma : c'est là que se range 


SÉANCE DU 5 MARS 1861. 417 
la plante de MM. Grandidier. Autant que j'ai pu en juger par les descrip- 
tions et les figures du S. glandulosum Hooker, découvert aussi dans les mon- 
tagnes du Pérou par Cruckshauks, entre Lima et Pasco, et dont il n'existe 
pas d'échantillon dans les herbiers de Paris, les caractères de la végétation 
sont à peu près les mêmes dans cette espèce et dans notre plante ; ceux de la 
fleur concordent aussi, sauf les étamines hastées et surtout la longueur excep- 
tionnelle de la corolle double de celle que présente la variété grandiflorum du 
S. glandulosum, qui d'ailleurs est elle-même d'origine non plus péruvienne 
mais mexicaine. Cette dernière particularité si saillante m'a paru à elle seule 
de nature à justifier l'établissement d'une espèce nouvelle. Une comparaison 
ultérieure de notre plante avec les échantillons de Cruckshanks et de Mathews, 
qui ont servi de base à la description du S. glandulosum, révélera peut-être 
d'autres différences entre l'espéce de M. Hooker et la description suivante : 


SALPICHROMA DIDIERANUM Nob. 


Suffrutex scandens 2-metralis, crassitie digiti in parte inferiori ; ramis 
costatis 'subangulatis; epidermide lutescente longitudinaliter lacera ; foliis 
alternis in summitate ramulorum suboppositis, petiolatis, lanceolatis, acutis, 
basi subrotundatis, nervatis, subscabris, superne nigrescentibus, subtus palli- 
dioribus ; pedicellis axillaribus brevibus, pubescentibus. 

Flores speciosi, 12-13 centim. longi, cernui, lutei. 

Calyx tubo brevi, dentibus 5 linearibus obiter ciliatis 2 1/2 cent. longis, 
Corolla infundibuliformis, tubo longissimo, limbi lobis 5 acutis, æstivatione 
valvatis et quasi mediante flocco marginali induplicatis. 

Stamina 5, basi corollae adnata, versus medium tubi libera, antheris limbo 
dimidio minoribus, basifixis, hastatis. 

Ovarium disco carnoso brevi circumdatum. 

Stylus gracilis, apice in stigma claviforme incrassatus. 

Capsula conica, tubum calycinum subæquans. 

Semina reniformia, umbilico laterali. 

Habitat in montibns Peruviæ, in valle reducta (seu quebrada vernacule), 
altitudine 4300 metr.. inter villam rusticam Totora et fauces dictas Mollepata 
(alias. San- Quentíno), 12 myr. distantes ab urbe Cuzco, detectum a fratri- 
bus de scientia naturali bene meritis Grandidier, die 13 septembris 1858. 


La seconde des plantes de la quebrada en avant du col de Mollepata se dis- 
tingue par une fleur non moins gigantesque : c'est une Amarvllidée appartenant 
au genre A/strameria et au sous-genre Bomaria très répandus dans les Andes. 
Il faudra lui ouvrir un compte à part dans la nomenclature des Bomaria, telle 
que l'ouvrage de Kunth nous la donne d’après Herbert. Dans la division à 
Pédoncules uniflores et la sous-division à périanthe subrégulier, elle formera à 


118 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


elle seule, quant à présent du moins, un paragraphe 16 bis suffisamment dis- 
tinct, à feuilles pubescentes et à fleurs très grandes en petit nombre. 


ALSTROEMERIA (Bomaria) DIDIERANA Nob. 


Suffrutex scandens, lævis, crassitie culmi secalini. 

Folia disticha approximata sessilia, caulina patula in summitate caulis 
erecta, semi-amplexicaulia, lanceolata acuta, 6-8 centim. longa, striato-multi- 
nervia, superne hirta, pilis brevibus, albis, subtus glabra. 

Flores terminales, erecti, speciosi, extus rubescentes, intus luteo-vires- 
centes, 10 centim. longi, Lapageriam æmulantes, pedicellis glabris, brac- 
teatis. Perianthium infundibuliforme ; foliola petalina sepalinis paulo breviora 
et apice subspathulata, 

Stamina epigyna, distincta, exserta, filamentis tenuibus, antheris glabris 
crassis basi pro receptione filamentorum perforatis. 

Stylus longitudine filamentorum ; stigmata 3, brevia. 

Capsula (immatura) turbinato-depressa, nigrescens, glabra. 

Habitat cum Salpichromate Didierano (vide supra). 


En compagnie du Salpichroma Didieranum et de l’Alstræmeria Didie- 
rana, croissaient : 4° une Loasée, Cajophora contorta ; 2» un Asplenium que 
je crois voisin de PA. fontanum, ces deux espèces avaient déjà été signalées 
par Cruckshanks, dans une localité analogue parmi les rochers (excursion de 
Lima à Pasco, Hooker, Misc. II) ; 3° le Lycopodium elongatum ; h^ un beau 
Lichen fort ressemblant au Cladonia organensis de Gardner (Field et Gardn. 
h61), si ce n'est cette espèce méme. 

MM. Grandidier ont aussi récolté, au port méme et sur le terrain fú- 
cailleux de Mollepata, plus élevé de 1500 mètres que la quebrada, entre 
autres espèces, une jolie Composée labiatiflore, Perezia (Clarionea) pedi- 
cularifolia (Loasa chiquitensis Meyer, Senecio socialis Wedd.), formant de 
grosses touffes arrondies. , 

à Prés de Limatambo, localité entre le village de Mollepata et Cuzco, 
limite supérieure de la culture de la canne à sucre, MM. Grandidier ont 
recueilli un Dalechampia grimpant qui se rapporte au D. aristolochifolia 
Humb. et Kunth, de la Nouvelle-Grenade (dont il n'existe d'ailleurs pas 
de figure), par ses feuilles cordiformes, pubescentes en dessous, munies de 
deux petits appendices linéaires dressés au point de jonction du pétiole 
avec le limbe; et par les deux grandes bractées intérieures de son involucre, 
denticulées, originairement d’une couleur rose violacée, aujourd’hui altérée 
en jaune : ces bractées rappellent immédiatement à l'esprit celles des Bu- 
ginvillæa. 


Je me tiens à la disposition de MM. Grandidier, pour la relation qu'ils se 


SÉANCE DU 8 MARS 1861. 119 
proposent de publier, et je pourrai communiquer plus tard à la Société la 
liste complète et méthodique des plantes recueillies par ces intrépides 
voyageurs. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la communi- 
cation suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR LES PLANTES LES PLUS REMARQUABLES DU VERSANT MÉRIDIONAL DE LA 
MONTAGNE-NOIRE, RECUEILLIES EN JUIN 1860, DANS LE CANTON DE MAS-CABARDES, 
ARRONDISSEMENT DE CARCASSONNE (AUDE), pr MI. Ch. OZANON. 


(Lyon, février 1864.) 


M. Puel, dans son travail sur les divisions géographiques de la flore fran- 
caise qui a paru dans le Zulletin de la Société botanique de France, insiste 
particuliérement sur l'utilité des catalogues de plantes de deux régions bota- 
niques contigués. C'est ce qui m'engage à offrir à la Société le résultat de 
mes premières herborisations dans le département de l'Aude. 

Le versant méridional de la Montagne-Noire a été jusqu'ici peu visité au 
point de vue de la botanique. 

M. Léon Dufour a signalé dans le Bulletin (1) quelques espèces intéres- 
santes de la vallée de l'Orbiel, que j'ai eu le plaisir de retrouver pour la 
plupart. 

Feu M. Doumenjou, dans ses Zerborisations sur la Montagne-Noire, 
publiées en 1847, a pour ainsi dire négligé la vallée moyenne de l'Orbiel. 

MM. de Larambergue et de Martrin-Donos n'ont guére herborisé que sur 
les points extrémes. 

Nul doute que d'aussi bons observateurs, en explorant de nouvelles locali- 
tés, n'eussent enrichi la flore francaise par la découverte d'un grand nombre 
de plantes. J'avais formé depuis longtemps le projet de faire quelques courses 
dans cette région en temps opportun : aussi ai-je saisi avec empressement l'oc- 
casion qui s'est offerte à moi de passer le mois de juin tout entier en pleine 
montagne, chez MM. Masson, docteurs-médecins. Grâce à leur généreuse 
hospitalité, j'ai pu recueillir un bon nombre d'espèces remarquables, parmi 
lesquelles je signalerai le Physocaulis nodosus Tausch (Chærophyllum nodo- 
sum Lam., Scandix nodosa V..), plante nouvelle pour la flore francaise. Com- 
ment cette espèce méridionale se trouve-t-elle dans la Montagne-Noire? Je 
laisse à d'autres plus compétents que moi le soin de décider cette ques- 
tion de géographie botanique. 

Le canton de Mas-Cabardès est traversé dans toute sa longueur par l'Or- 


LI 


(1) Voy. le Bulletin, t. VII, p. 173. 


120 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE 

biel qui, profondément encaissé dans la partie supérieure de son cours, 
devient un torrent impétueux à la moindre pluie. D'autres cours d'eau, de 
moindre importance , forment la séparation des vallons ; de grandes planta- 
tions d'Oliviers, des taillis de Chénes-verts, des foréts de Hétres, des chátai- 
gneraies, des rochers presque partout, une grande diversité de terrains, don- 
nent à la végétation de ce pays un aspect des plus curieux, par le mélange 
peut-être plus apparent que réel d'espéces montagnardes et d'espèces dites 
méditerranéennes. Ainsi, par exemple, le Gentiana lutea, le Viola sudetica, 
le Geum montanum, etc. vivent paur ainsi dire côte à côte avec le Coris 
monspeliensis, V Asterolinum stellatum, V'Opopanaz Chironium, etc. 

D’après les lieux cités par M. Puel pour indiquer les limites qui séparent 
la flore d'Auvergne de la flore du Rhóne, i| semblerait que le versant 
méridional de la Montagne-Noire se trouve englobé dans la flore d'Au- 
vergne ; mais ce botaniste a eu soin de dire que les lignes tracées par lui 
n'étaient que provisoires, et que des herborisations ultérieures pourraient 
modifier telle ou telle partie au contact de deux flores contigués. M. Puel a 
subordonné ses limites à des considérations purement botaniques, et les faits 
viennent lui donner raison en ce qui concerne le versant sud de la Montagne- 
Noire, dont la végétation est essentiellement méridionale. | 

Il est à remarquer, en effet, que la plupart des plantes dont le centre de 
végétation est dans la région méditerranéenne remontent partout sur le 
terrain calcaire, pour ne s'arréter qu'au granite, tandis que les plantes mon- 
tagnardes s'arrétent aux limites du calcaire, C'est ce que je vais essayer de 
démontrer par quelques exemples choisis parmi les plantes les plus remar- 
quables que j'ai eu occasion de rencontrer. 

RÉGION CALCAIRE. — Deiphinium cardiopetalum, Alyssum macrocarpum, 
Linum strictum, Ruta angustifolia, R. montana, Pistacia Terebinthus, 
Cytisus sessilifolius, Colutea arborescens, Dorycnium suffruticosum , Ge- 
nista hispanica, G. Scorpius, Lathyrus ensifolius, Ononis minutissima, 
Thapsia villosa, Physocaulis nodosus (4), etc., etc. 

RÉGION GRANITIQUE. — Ranunculus aconitifolius, Geum montanum, 
Senecio adonidifolius, Vaccinium Myrtillus, Gentiana lutea, Arnica 
montana, etc., etc. | 

Je n'ai pas la prétention d’avoir épuisé les richesses végétales du petit 
canton de Mas-Cabardés, et il reste encore bien à glaner aprés moi, surtout 
sur la rive gauche de l'Orbiel, mais mon but sera rempli si cette note, qui se 
recommande surtout par l'exactitude des localités, peut étre utile à ceux qui 
voudront explorer ces riches localités. 

Avant de présenter une énumération plus complète, je ferai remarquer 

(4) Dans les broussailles, sur les bords de l'Orbiel, rive droite, en avant de Lastours- 


Cabardès, sur le terrain calcaire, j'ai recueilli une douzaine de pieds de cette espèce, et 
j'en ai laissé à peu près autant. 


SÉANCE DU 8 MARS 1861. 121 
que, si les espèces situées sur le granite, au nord du canton de Mas-Cabardès, 
appartiennent incontestablement à la flore d'Auvergne, tandis que les parties 
calcaires des vallées méridionales rentrent dans la flore du Rhône, il serait 
néanmoius impossible de tirer une ligne oü se trouveraient d'un cóté les 
plantes du midi et de l'autre celles d'Auvergne : la fusion des deux flores se 
fait sur un terrain schisteux placé entre le granite et le calcaire. 

On observe, par exemple, un fait assez intéressant dans la distribution 
géographique des trois Cistes suivants, qui sont trés communs et mélangés. 
Le Cistus albidus est celui qui remonte le plus au nord, sans toutefois aller 
au delà de la Tourrette ou de Miraval (granite); ensuite vient le Cistus salvi- 
folius ; puis, aux Thes (contact des schistes et des calcaires), c'est le Cistus 
monspeliensis qui domine, pour devenir presque exclusif à Villaniere et à 
Salsigne (calcaire). 

Voici un tableau des localités citées dans le catalogue, avec l'indication des 
terrains : 

Miraval, Villardonnel, les Martyrs, Pradelles, la Bastide, la Tourrette, Cau- 
debronde (granite) ; Roquefére, Mas-Cabardès (schistes ou micaschistes) ; les 
Mhes (schistes au nord, calcaire au sud); Villanière, Salsigne, Lastours 
(calcaire). 

En terminant, qu'il me soit permis de remercier MM. Grenier et Jordan 
qui ont bien voulu réviser un certain nombre d'espéces douteuses, et M. le 
docteur Masson dont les indications m'ont été d'un grand secours. 

(La fin à la prochaine séance.) 


M. J. Gay éléve quelques doutes sur la détermination du Geum 
rapporté par M. Ozanon au Geum montanum, la présence de cette 
espéce lui paraissant surprenante à une altitude aussi peu considé- 
rable. 

M. Cosson dit qu'il a rencontré le PAysocaulis nodosus associé à 
des plantes méridionales, dans les gorges de la Chiffa, en Algérie. 


M. Brongniart fait àla Société la communication suivante : 


NOTE SUR UN GENRE NOUVEAU D'OMBELLIFÉRES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE , 
par MM. Ad. BRONGNIART ct Arthur GRIS. 


La famille des Ombellifères renferme tant de genres à peine différents les 
uns des autres, et dont les formes se confondent facilement entre elles, qu'il 
peut paraitre imprudent de créer un nouveau groupe dans cette famille, sans 
en faire une révision générale; cependant les deux plantes qui font l'objet de 
cette note sont si remarquables parmi celles de cette famille, par le pays dont 
elles proviennent, par plusieurs des caracteres de leur fruit, enfin par leur 


172 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
forme arborescente, que nous n'avons pas hésité à les signaler immédiatement 
aux botanistes. 

Par leur port, on les aurait prises plutót pour des Araliacées que pour des 
Ombellifères. L'une est un arbre de 5 à 6 mètres de haut, à feuilles simples, 
rappelant un peu celles del Hedera arborea et des espèces voisines ; les fleurs 
sont en ombelles simples, disposées en panicules comme dans la plupart des 
Araliacées. L'autre est évidemment un arbre à rameaux robustes, mais sur la 
taille duquel nous n'avons pas de renseignement ; ses feuilles sont pinnées 
comme celles du Gastonia, du Polyscias et de plusieurs autres Araliacées, et 
les fleurs en ombelles simples sont également disposées en grandes panicules 
terminales. 

Mais ces plantes, dont heureusement nous avions des échantillons en fruits 
mûrs, ont tous les caractères des vraies Ombellifères ; leurs fruits secs sont 
formés de deux akènes qui se séparent à la maturité de bas en haut, qui sont 
parcourus par des nervures au nombre de cinq pour chaque méricarpe, peu 
saillantes, à l'exception de la nervure dorsale qui se développe en une aile 
membraneuse peu marquée vers le haut du fruit ou naissant au-dessous de 
son sommet, s'élargissant plus bas et se prolongeant vers sa base, au-dessous 
de la partie occupée par la graine, en une aile arrondie et échancrée vers la 
commissure, de sorte que les deux ailes simulent parfaitement les ailes d'une 
mouche lorsqu'elle est en repos, forme singulière d’où nous avons tiré le 
nom générique de Myodocarpus. Ge fruit, couronné par les lobes trés pro- 
noncés du calice, offre un autre caractére trés remarquable, commun aux 
deux espèces : il est dépourvu de ces canaux résinifères allongés qui forment 
les vittæ de beaucoup d'Ombelliféres, mais le péricarpe renferme un grand 
nombre de réservoirs glanduleux sphériques, remplis d'une huile essentielle 
d'une odeur forte et balsamique, trés apparents à l'extérieur dans la premiére 
espèce où le péricarpe est mince et sur lequel ils forment au dehors des ma- 
melons nombreux entre les nervures, plongés dans l'épaisseur d'un péricarpe 
plus épais et vers sa face interne dans la seconde espèce où ils ne se montrent 
pas au dehors. Il résulte enfin de la présence de ces grosses vésicules glandu- 
leuses et de leur pression sur la graine, que celle-ci est excavée à sa surface de 
nombreuses dépressions hémisphériques qui lui donnent une forme tout à fait 
irréguliére. Ces vésicules manquent cependant le plus ordinairement dans la 

partie du péricarpe qui forme la cloison ou la face interne fort étroite des 
méricarpes, et la graine y est alors parfaitement ee comme dans les autres 
Ombellifères orthospermes. 

Ces caractères, joints à la forme latéralement comprimée des méricarpes, 
au grand développement du calice, dont les lobes arrondis dans une des 
espèces sont imbriqués en préfloraison quinconciale, distinguent trés bien 
ce genre, qui pourra être placé auprès des ZLeucolæna de la Nouvelle- 
Hollande. 


` 


SÉANCE DU 8 MARS 1861. 195 


On peut résumer ainsi les caractères du genre et des deux espèces qu'il 
renferme : 


MYODOCARPUS Ad. Br. et A. Gris. 


Calyx limbo quinquepartito, lobis acutis vel orbiculatis. Petala (in M. pin- 
nato) subrotunda concava. Stamina brevia erecta. Styli filiformes divergentes 
glabri, e stylopodio crasso hemisphærico nascentes. Fructus calycis limbo 
coronatus, obconicus vel ovatus, latere compressus. Mericarpia ad commis- 
suram vix contracta, quinquejuga vel potius quinquenervia, jugis commissuræ 
proximis lateralibusque vix prominentibus nerviformibus, dorsalibus in alam 
membranaceam latam expansis et infra partem fructus semen includentem 
extensis (alas muscæ simulantibus). Vittæ nullae, sed vesiculæ numerosa sub- 
sphæricæ endocarpio immerse , externe prominentes et interne semini im- 
presse. Semen vesiculis endocarpii irregulariter excavatum, difforme, super- 
ficie interna commissura proxima plana. 

Arbores vel arbusculæ, foliis alternis simplicibus vel pinnatis, petiolo basi 
caulem non amplectante, umbellis simplicibus paniculatis, involucello parvo 
vel foliaceo, floribus pluribus abortivis (an polygamis ?). 


1. M. SIMPLICIFOLIUS. 

M. foliis glaberrimis, petiolo gracili limbum lanceolatum integerrimum 
subæquante, nervis pinnatis approximatis ; umbellis parvis, in paniculam termi- 
nalem dispositis; involucello bracteis paucis, parvis, reflexis; floribus breve 
pedicellatis ; calycis lobis acutis ; fructibus nervis gracilibus vix prominentibus, 
pericarpio tenui, vesiculis externe valde distinctis, ala infra calycis limbum 
nascente, inferius valde extensa et emarginata. 

Arbor 5-metralis erecta, floribus candidis (ex Pancher mss.), in montibus 
Novae Caledoniæ crescens (Pancher, in herb. Mus. coloniarum). 


2. M. PINNATUS. d 

M. foliis glaberrimis imparipinnatis subtrijugis, foliolis ovato-lanceolatis 
integerrimis breve petiolulatis, superioribus et terminali majoribus, nervis 
pinnatim reticulatis; wnbellis simplicibus majoribus, in paniculam terminalem 
maximam dispositis; involucello bracteis 3-5 magnis obovatis integerrimis 
nervosis concavis ; floribus longe pedicellatis plerisque abortivis (masculis ?); 
calveis lobis rotundatis quincuncie imbricatis ; petalis subrotundis breve acu- 
minatis ; fructibus obconicis, nervis juga prominula efformantibus, pericarpio 
Crasso et vesiculis externe vix distinctis, ala dorsali e basi limbi calycis nas- 
cente, inferius expansa et rotundata. 

Arbor ramis crassis, paniculis amplis. Hab. in Nova Caledonia (Vieillard, 


A 


in herb. Mus. coloniarum). 


424 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. T. Puel donne lecture d'un nouvel extrait de la lettre qui lui a 
été adressée par M. T. Letourneux : 


. 


SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA 
VENDÉE ET LES RÉGIONS VOISINES, par M. Tacite LETOURNEUX (suite) (1). 


Thalictrum minus. — Plaine. Poitiers. 

Ranunculus tripartitus, — Bocage exclusivement ; je l'ai cependant rencon - 
tré sur le calcaire, prés de Lusignan (Vienne). 

R, trichophyllus, R. Drouetii. — Calcaire. Plaine et Marais. Bassins calcaires 
du Bocage. 

R. hololeucos, R. cœnosus, R. hederaceus. — Exclusivement dans le Bocage. 

R. divaricatus. — La Sévre, Poitiers ; me parait affecter le calcaire. 

R. ophioglossifolius. — Calcaire; se trouve trés exceptionnellement dans 
d'autres terrains, par exemple à Ancenis (Loire-Inférieure); encore y est- 
il accompagné de quelques autres plantes qui préfèrent aussi le calcaire, 
d’où l'on pourrait induire que le terrain est mixte. 

R. chwrophyllos. — Croit ici dans le Bocage seulement, mais à Lusignan il 
abonde sur le calcaire oolithique. 

R. Boræanus. — Indifféremment sur tous les terrains en Bretagne et en Poi- 
tou. C'est ce qu'on peut appeller une plante de l'ouest , oà elle remplace 
le À. acris. 

R. auricomus. — Deux formes remarquables : l'une, à pétales développés, 
et qui mérite son nom spécifique; l'autre, à pétales toujours plus ou moins 
avortés. La premiere forme est la seule que j'aie vue dans le calcaire de la 
Vienne, à Poitiers et à Lusignan ; je la retrouve ici dans l'ile de Maillezais. 
Quant à la seconde, elle me semble appartenir aux terrains primitifs, du 
moins je n'en ai pas rencontré d'autre dans la Bretagne et dans le Bocage 
de la Vendée. Je voudrais que des observations, faites dans diverses parties 
de la France, vinssent confirmer ou détruire mes conjectures sur les causes 
qui déterminent ces deux formes. 

R. parviflorus. — CC. Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Vienne et Vendée, 
sans distinction de terrain. 

R. nemorosus. — Je ne l'ai jamais rencontré que dans les bois des terrains 
primitifs ; il abonde dans la forét de Vouvant prés Fontenay. 

li. muricatus, R. trilobus. — Limite nord : ile de Ré. 

Helleborus viridis. — Commun sur le micaschiste, dans les bois autour de 
Fontenay ; manque dans la Loire-Inférieure; reparait dans Ille-et-Vilaine. 


H. fœtidus.— Très commun aux environs de Poitiers; manque complétement 
en Vendée. 


(1) Voyez plus haut, p. 91. 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. 195 

.Jsopiyrum thalictroides. — Indifférent sur la nature du sous-sol, il aime sur- 

tout le terreau de feuilles décomposées, facilement pénétrable à ses racines 

traçantes. Fontenay, Nantes, Rennes, sur le terrain primitif; Lusignan, 
Poitiers, sur le calcaire. 

Nigella gallica. — Trouvé dans la Charente-Inférieure, n'arrive pas même 
aux frontières de la Vendée. 

N. arvensis. — Moissons calcaires : Benet et le haut Poitou. 

N. damascena. — Esp. méridionale et calcaricole ; passe de la Charente-Infé- 
rieure en Vendée jusqu'à Chaillé-les-Marais et Lucon. 

Delphinium Ajacis. — Luçon, ile d'Elle; se retrouve dans la Loire-Infé- 
rieure, mais ne parait pas s'éloigner de la région maritime. 

D. cardiopetalum. — Ne croit qu'à Benet, sur la limite du département des 
Deux-Sèvres. J'ai déjà dit que Benet et les deux communes voisines em- 
pruntent un certain nombre d'espéces au département des Deux-Sèvres et 
qu'à vrai dire ces plantes n'appartiennent pas à la Vendée. 

Papaver modestum?. — Ile de Ré. 

Sisymbrium Columna. — Esp. calc. et mérid. Limite nord : rochers de la 
Dive (Vendée). 

Rapistrum rugosum. — Esp. calc. et mérid. Limite nord : La Rochelle. 

Calepina Corvini. — Limite nord : Fontenay, Poitiers. 

Neslia paniculata. — Calc. La Plaine. i 

Lepidium Draba. — Mérid. La Rochelle. 

Hutchinsia procumbens. — Mérid. Limite nord : Saint-Gilles (Vendée). 

Biscutella lævigata. — Calc. Benet et Oulmes. 

Cistus salvifolius. — Lim. nord : Noirmoutiers. 

Helianthemum salicifolium. —.Calc. et mérid. Lim. nord : Chaillé-les- 
Marais; Poitiers. 

Polygala calcarea. — CC. dans la Vienne et dans la Charente-Inférieure , 
probablement aussi dans les Deux-Sèvres ; manque dans la Vendée. 

P. monspeliaca. — Mérid. Lim. nord : ile de Ré. 

Silene maritima. — Partie nord des côtes de la Vendée (dans le sud il cède 
la place au S. Thorei) ; commun dans l'intérieur, sur les rochers quart- 
zeux de la Châtaigneraie et sur ceux de Cheffois, On trouve quelques dif- 
férences entre la forme maritime et celle de l'intérieur. Peut-être y a-t-il 
lieu d'y voir deux espéces. 

S. Thorei. — Mérid. Dernière limite nord : Noirmoutiers ; n'allant pas jus- 
qu'à la Loire-Inférieure. 

S. brachypetala. — Mérid. Lim. nord : île de Ré. 

Linum corymbulosum.— Mérid. et calc. Lim. nord : gué de Velluire (Vendée). 

L. strictum. — Mérid. et calc. Lim. nord : Chaillé-les-Marais. 

Malva mamillosa Lloyd. — Mérid. Lim. nord : Les Sables; parait étre la 
méme plante que le Lavatera cretica. 


126 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Althæa cannabina. — Mérid. et calc. Lim. nord : la Plaine, Poitiers. 

Acer monspessulanum, — Mérid. et calc. Lim. nord : Nalliers (Vendée) , 
Poitiers. : 

Erodium malacoides. — Lim. nord : Noirmoutiers. 

E. Botrys. — Mérid. Lim. nord : Les Sables; il reparaît dans les Cótes-du- 
Nord, à Dinan. 

Tribulus terrestris, — Mérid. Lim. nord : Le Pouliguen (Loire-Infé- 
rieure). 

Genista pilosa, G. sagittalis. — Communs dans la Vienne et la Charente- 
Inférieure ; manquent dans la Yendée. 

Cytisus supinus. — Mérid. et calc. Lim. nord: Saiute-Gemme. 

Ononis striata. — Calc. et mérid. Vienne et Charente-Inférieure; manque en 
Vendée. 

O. Columna. — Calc. et mérid. Lim. nord : Auzais (Vendée). 

O. reclinata. — Mérid. Lim. nord : La Rochelle. 

Medicago littoralis? (M. Braunii?). — Mérid. et maritime. Lim. nord : 
Noirmoutiers. 

Trigonella monspeliaca. — Mérid. Lim. nord : Chaillé-les-Marais. 

Tr. gladiata. — Mérid. Lim. nord : La Rochelle. 

Melilotus sulcata. — Lim. nord : gué de Velluire (Vendée). 

Trifolium rubens. — Calc. Lim. nord : Noirmoutiers. 

Tr. lappaceum. -— Mérid. Lim. nord : La Rochelle. 

Astragalus purpureus. — Mérid. Lim. nord : ile d'Elle (Vendée). 

A. hamosus. — Mérid. Lim. nord : gué de Velluire (Vendée). 

A. monspessulanus. — Mérid. et calc. Lim. nord : Mouzeuil (Vendée). 

Coronilla minima. — Commun dans la Vienne et la Charente-Inférieure; 
manque dans la Vendée. 

C. scorpioides. — Calc. Dans la Plaine et le Marais. 

Ornithopus roseus. — Mérid. Saint-Nazaire, sur la rive droite de la Loire, 
derniere localité vers le nord. 

Vicia serratifolia. — Mérid, Lim. nord : Sainte-Gemme et Bessay. 

V. bithynica. — Mérid. Lim. nord : Chaillé-les-Marais, Champ-Saint-Père 
(Vendée). à 

V. peregrina. — Calc. et mérid. La Plaine, Poitiers. 

V. cassubica. — Calc. et mérid. Lim. nord : Sainte-Gemme, Bessay; Poitiers 
et Lusignan. 

Ervum Ervilia. — Vienne et Deux-Sèvres; manque dans la Vendée. 

E. gracile. — Calc. et mérid. Loire-Inférieure, rive gauche, jusqu'aux 
Cléons. 


Lathyrus latifolius. — Calc, et mérid. Lim. nord : dunes, pr. des Sables- 
d'Olonne. 


L. tuberosus, — Mérid, Lim. nord : Vix (Vendée). 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. 127 


Potentilla Chaubardiana Timb.-Lagr. (P. rubens St.-Am., non Vill.). — 
Plante du sud-ouest. Lim. nord : Maillezais. 

Rosa sempervirens. — Mérid. et probablement calc. Lim. nord : Auzais. 

Lythrum bibracteatum. — Saint-Michel- en-l'Herm, prés du fameux banc 
d'huitres fossiles; indiqué jusqu'ici exclusivement dans la région des 
Oliviers. 

Sedum littorale Guss. (S. Marichalii Lloyd). — Mérid. Sables- d'Olonne, 
seule localité française, jusqu'à l'année dernière où la plante a été retrouvée 
prés de Marseille, 

S. anopetalum. — Charente -Inférieure et Vienne; manque dans la 
Vendée, 

(La fin à la prochaine séance.) 


M. Chatin, vice-président, fait à la Société la communication sui- 
vante : 


EXCURSION BOTANIQUE DIRIGÉE EN SAVOIE ET EN SUISSE, par M. Ad, CHATIN, 


professeur de botanique à l'École supérieure de pharmacie de Paris. 


PREMIÈRE PARTIE. 


Le 31 juillet 1860, à deux heures du soir, nous quittions, au nombre de 
195, Paris pour Genève, rapidement emportés par ces voies ferrées qui bien- 
tót donneront l'Europe pour rayon à la flore parisienne. Qu'il est loin le temps 
où, tantôt avec M. Clarion, qui connaissait si bien et les espèces et les loca- 
lités, tantót avec M. A. de Jussieu, dont les vues ingénieuses sur les rapports 
des groupes naturels entre eux trouvaient aux herborisations l'occasion de se 
manifester en fins et rapides apercus, quelquefois avec M. A. Richard, tous 
maîtres aimés et regrettés, nos grandes expéditions étaient Montmorency, 
Saint-Léger et Fontainebleau : Montmorency à qui on consacrait deux jours, 
Saint-Léger et Fontainebleau qui exigeaient trois ou quatre jours. | 

Déjà le train qui nous emportait traversait Montbard, quand, au cri de : 
Vive Buffon! tous les mouchoirs flottent aux portières des Wagons. C'est 
notre troupe qui salue le prince des naturalistes francais, ancien seigneur de 
Montbard, l'émule et le rival du grand Linné, si l'on peut être rivaux quand, 
avec des esprits divers, on suit les routes les plus différentes. : 

A Mâcon, un train spécial, disposé d'avance, nous conduisit directement à 
Genève, où nous arrivàmes dès sept heures et demie du matin. 

Pendant un court arrét à la gare d'Ambérieux, nous avions fait ample pro- 
vision, sur les sables mêmes de la voie, du Polycnemum arvense L., plante 
peu commune dans nos herborisations parisiennes. Au sortir des gorges pilto- 
resques de la chaine jurassique, nous avions apercu, quelques instants avant 


198 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
d’entrer à Genève, de petits bois montneux où viennent fréquemment herbo- 
riser les étudiants de cette cité savante (1). 

A quatre heures de l'aprés-midi, nons quittions Genève (au moment de 
notre passage dans une grande effervescence politique) sur de nombreux véhi- 
cules, qu'un loueur de Carouge, plus accommodapt que ses confrères de 
Genéve, mit à notre disposition. 

Nous avions quitté Genève seulement depuis quelques minutes, quand, 
traversant le village et passant le pont du Foron, nous nous trouvâmes dans 
la nouvelle France, la Savoie, dont les habitants allaient nous faire un accueil 
empressé. 

Laissant à droite les Saléves, dont la végétation est passée, nous étions, dès 
cinq heures et demie, installés à Bonneville, quelques-uns dans les hótels, la 
plupart chez les habitants qui nous avaient enlevés à la descente de voiture. 
Ma bonne étoile me livra à M. l'avocat Wachez, naturaliste distingué, qui 
viendra bien un jour, je l'espére, herboriser à Paris. Un autre avocat de 
Bonneville, M. Moret, voulut bien se charger des dispositions à prendre à 
Chamounix pour le jour où nous y arriverions. M. Rey, juge de paix, géo- 
logue et grand chasseur de chamois, recut un grand nombre des nótres et 
voulut être de l'expédition du lendemain à la montagne du Brizon, où 
il possède une ferme qui devait, dans l'aprés-midi de ce jour-là, être une 
hótellerie. 

Le 2 août, il était six heures et demie du matin, quand, ayant expédié nos 
impedimenta sur Cluses, nous partimes, dirigés par M. Dumont, pharmacien, 
savant botaniste et géologue, par M. Rev, juge de paix, et par M. Timothée, 
intrépide chasseur des plantes rares de la contrée, sur la chaine du Berger ou 
du Vergy, qui s'éléve de l’autre côté de l'Arve, en face du Môle, et que sou- 
vent on nomme le Brezon (par l'altération de Zrizon), quoique le Mont-Brizon, 
ou d'Audey, ne soit que l'un des étages inférieurs ou des contre-forts de la 
haute chaine. 

Après avoir passé l’ Arve sur un beau pont (2), au delà duquel s'élève, sur une 
colonne de 22 mètres de hauteur, la statue du roi Charles- Félix (qui endigtia 
le mobile et impétueux torrent), nous traversâmes rapidement la vallée où se 
pressent des espèces parisiennes, pour arriver au pied du rocher, où tout à 


(1) La journée se passa vite. On visita le Jardin-des-plantes, le Musée académique, 
la cathédrale byzantine, que dégrade un portique corinthien, les aigles de la boucherie 
(entretenus par la ville comme les ours le sont à Berne), l'ile de Jean-Jacques, au 
milieu des eaux du lac (alt. 374 m.), avec tous ses instruments météorologiques, la 
maison de Jean-Jacques et Ferney. Plusieurs de nous furent assez heureux pour offrir 
leurs hommages à M. Alph. De Candolle, digne fils du plus grand botaniste de notre 
siècle.On sait qu'un beau travail sur le Suber vient de donner aux botanistes la bonne 
nouvelle que la savante dynastie comptera avec orgueil un troisiéme nom, celui du jeune 
Casimir De Candolle. 

(2) Au pont méme nous prenons : Campanula pusilla Hænke, Gypsophila repens L. 
et Corydalis lutea DC, 


SÉANCE DU 8 MARS 1861. ' 199 


coup commença l'un des plus riches butins d’espèces alpines qu'il soit donné 
de faire en un seul jour. 

Bonneville est à une altitude de 446 mètres, et nous devons dans la journée 
atteindre, contre les aiguilles du Vergy, à 1900 mètres, sans quitter les forma- 
tions calcaires appartenant aux terrains urgonien, néocomien, crétacé. A un 
endroit seulement, nous passerons sur une tranche de grès vert supéricur, 
intercalé entre les formations crétacée et néocomienne, Ce sont à peu prés les 
roches de la Grande-Chartreuse. 

A la base de la montagne et contre les escarpements urgoniens qui en for- 
ment la face nord, nous cueillons (1): 


Buphthalmum salicifolium L. 

Potentilla caulescens L., à fleurs d'un beau blanc rosé (la variété petiolulata 
est au Saléve), dans les fissures des rochers. 

Lamium maculatum L. 

Salvia glutinosa L. 

Cyclamen europæum L. 

Digitalis grandiflora All., espèce calcaréenne, comme 2. lutea L., tandis 
que D. purpurea est saxophile. 

Kernera saxatilis Rchb. , en fruit. 

Asplenium Halleri DC., remplit les fentes des rochers. 

Polypodium Dryopteris L. var. 8 calcareum, que distinguent la roideur de 
ses frondes et ses épais rhizomes. 

Actæa spicata L. 

Hieracium villosum L. 

Mahringia muscosa L. 

Asplenium viride Huds. 

Cystopteris fragilis Bernh. 

Lychnis silvestris Hoppe. : gott 

Mentha silvestris L. 

Saxifraga Aizoon Jacq. 

Leucoium vernum L. , en fruit. 

Ægopodium Podagraria L., cet ancien spécifique de la goutte, qui croit sans 
doute pour cause dans les parcs de tant d'anciennes habitations féodales. 

Phalangium ramosum Lam. 

Asarum europæum L., commun au bois des Camaldules près Paris. 

Aconitum lycoctonum L. 


(1) Les espèces seront énumérées, dans tout le cours de ce compte rendu, suivant 
l'ordre dans lequel elles se sont présentées à notre observation. Si le nom de quelques - 
unes d’entre elles revient plusieurs fois, c’est qu’elles auront été observées à des altitudes 
ou dans des localités différentes. J'ai pensé qu'il y avait aussi un grand avantage à noter 
et parfois à rappeler les altitudes, pour lesquelles j'ai pris des moyennes entre plusieurs 
observations. 


T. VII, 9 


430 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Nous voici à 550 mètres d’altitude. Nous passons à Thuet, village engagé 
dans un cul-de-sac de rochers, et dont la population, privée d'air sec et renou- 
velé, en même temps qu'elle est alimentée par des eaux peu iodurées, est 
une agrégation de goitreux mélés de quelques pauvres crétins ; puis, montant 
par la gorge où roule impétueusement le Bronse, nous cueillons, d'abord dans 
de vieilles moraines, puis sur le terrain néocomien : 


Rubus saxatilis L. et Hieracium glaucum AM. , aux feuilles linéaires. 

Saxifraga mutata L., grande et belle plante aux fleurs orangées, dont on ne 
trouve, au grand regret de tous, qué quatre ou cinq exemplaires. 

Hieracium staticefolium Vill., aux multiples stolons hypogés. 

Campanula linifolia L. 

Alchemilla vulgaris L. 

À. alpina L. 

Tofieldia calyculata Whlnbg, 

Paris quadrifolia L. 

Veronica urticifolia L., une des espèces les plus communes de la région 
sous-alpine. 

Arabis alpina L. 

Digitalis grandiflora, déjà trouvé, et D. lutea Li 

Adenostyles albifrons Rchb. et Homogyne alpina Cass. , qui devaient se pré- 
senter à nous chaque jour dans nos excürsions en montagne. 


Nous laissons à droite une localité à 7'ozzia alpina L, et à Cypripedium 
Caiceolus L., et nous cueillons : 


Saxifraga aizoides L 

Lonicera alpigena L. 

Valeriana tripteris L. 

Spiræa Aruncus L., que quelques jours plus tard nõüs dévions trouver déco: 
rant l'hôtellerie du Weisenstein près Soleure. 

Erinus alpinus L. 

Lonicera Xylosteum L. 

Rübus saxatilis L. 

Rosa vubrifolía Vill; 

R. montana Chaix, bien distinct du précédent par ses petites feuilles ärřönə 
dies, ses pédonéules et calices hérissés-hispides , Ses carpelles plüs longüé- 
ment pédicellés, 

Rosa alpina L.; diffère à son tour des deux Scan par ses feuilles 
non slatiquéss -Fougeàtres, par ses pédoricules (d'ailleurs glabrés ou hispides) 
recourbés avant et aprés la floraison, 

Dianthus silvestris Jacq. 

Saponaria ocimoides L. 


SÉANCE DU 8 Mans 1864. 134 


Cherophiyllum hirsutum L. 

Geranium pyrenaicum L, 

G. silvaticum L. 

Mentha silvestris L., revient ici à environ 900 mètres, mais au sud et portaut 
sa charmante chrysomèle bleue, dont les entomologistes font provision. 

Chenopodium Bonus Henricus Lı, qui nous annonce le village de Brizon, où 
nous attend un déjeuner sur l'herbe, que le bon curé de cette charmante 
oasis de la montagne, instruit par M. le docteur Guillard du cóté le plus 
faible de nos modestes approvisionnements, complète par un panier de vin 
de la cóte de Lausanne. 


Nous sommes à une altitude de 1000 métres à peu prés. Laissant derriere 

nous le Mont-Andey, plus spécialement le Brezon des Genévois, nous tr&- 
versons un plateau herbeux et boisé qui nous sépare du second étage de la 
montagne; là nous trouvons en abondance : 
Campanula rhomboidalis L 
Polygonum Bistorta L. 
Melampyrum silvaticum L. 
Crepis blattarioides Vill., que plusieurs ds nous ont déjà récolté à la Graiie- 

Chartreuse et au Lautaret. 

Phyteuma orbiculare L. 

Astrantia major L. 

Soyeria paludosa Godr. 

Prenanthes purpurea L. 

Centaurea montana L., qui a rang de cité dans nos parterres. 

Bartsia alpina. L., très abondant, 

Myosotis palustris With., forme alpestre de la var, genuina. 

Homogyne alpina Cass. et Bellidiastrum Michelii Gass., que nous rever- 
rons chaque jour. 

Polygala calcarea Schultz. 


En nous livrant inutilement à la el che de l’Æpipogium Gmelini Rich, 
ROUS trouvons; 


Lychnis silvestris Hoppe: 

Saxifraga rotundifolia L. 

Gentiana campestris L. 

Poygala calcarea Schultz. 

Polygonum viviparum L. 

Trifolium spadiceum L: 

T. badium Schreb., mêlé au précédent, dont les fleurs plus hâtives sont 
aujourd’hui toutes desséchées. 

Triglochin palustre L., qui, disparu de Saint-Gratien (?), croit encore : 
Meudon, Saint-Germain, etc. , prés Paris. 


132 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Carex Dovalliana Sm., trouvé autrefois à Fontainebleau et à Crouy par 
Thuillier, et que je cueillis abondamment en 1851 dans les fonds, aujour- 
d'hui presque tout couverts de cultures, de la Reine- Blanche, à Orry près 
Chantilly. 

Scirpus compressus Pers. 

Ranunculus aconitifolius L., qui, dans quelques rigoles de la prairie, est 
réduit à une tige de 5-10 centimètres, ne portant que quelques fleurs 
rudimentaires comme toute la plante. En faisant cueillir ces miniatures 
d'exemplaires, je fis remarquer, ce qui devait se vérifier bientót, que 
le A. platanifolius, espèce très voisine, ne croissait que dans les lieux 
rocailleux et secs, de telle sorte que la station des deux plantes est un 
moyen assuré de les distinguer l'une de l'autre. 

Phyteuma orbiculare L., pas trés rare dans la flore de Paris. 

Gentiana lutea L. , cette superbe reine des Alpes, dont les racines contiennent, 
à cóté du principe amer, assez de sucre pour donner par fermentation une 
eau-de-vie particulière. 

Phleum alpinum L. 

Trollius europæus L., en fructification. 

Thesium alpinum L. | 

Herminium Monorchis R. Br., aussi abondant que beau. On le cueille par 
poignées dans la prairie, et j'y encourage d'autant plus que c’est là une 
forte diversion en faveur de notre plante de Mantes, oü toutefois, soit dit 
en passant, notre excellent. collegue M. Beautemps-Beaupré a découvert 
cette année une localité extrémement riche. 


ec 


Nous gravissons des rochers boisés, et, sur le plateau qui les couvre, nous 
recueillons en assez grande abondance, dans une formation albienne où l'élé- 
ment, en partie siliceux, favorise le développement de quelques espèces : 


Rosa alpina L. 

Arnica montana L. 

Le joli Equisetum silvaticum L. 

Botrychium Lunaria Sw., espèce parisienne, que M. Dumont, notre savant 
guide, n’a jamais rencontrée dans les Alpes au-dessous de 4200 mètres. 

Selaginella spinulosa M. Braun. 


Après une assise de craie de Meudon grise et dure, prés et lieux boisés 
où croissent : 


Gentiana punctata L. (G. purpurea Vill), dont les beaux exemplaires, de 
30-40 centimètres de longueur, nous rappellent la plante de la Grande- 
Chartreuse, et contrastent avec ceux que nous trouverons tout à l'heure sur 
les hauts pâturages. 

Solnadella alpina L. 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. 133 

Alnus viridis DC. 

Hieracium aureum Scop. et H. aurantiacum L., dont chacun cueille de 
gros bouquets dorés. 

Trifolium badium Schreb. , ici à peine fleuri. 

Orchis globosa L. 

Veratrum album L. 

Mulgedium alpinum Less., que nous retrouverons haut de 2 metres sur les 
bords de la Dranse, entre Saint-Pierre et la cantine du grand Saint-Bernard. 

Sorbus Chamæmespilus Grantz, que nous avons récolté sur le calcaire de 
Saint-Nizier et le terrain siliceux des hautes Vosges. 

Maianthemum bifolium DC. 

Leucanthemum maximum DC. 

Biscutella levigata L, 

Adenostyles albifrons Rchb. et Rhododendron ferrugineum L. 


On descend un peu pour arriver à la glacière de Solaison, vaste cavité 
ouverte dans l’escarpement urgonien de Léchaud, et où, quoique à une aiti- 
tude de 1300 mètres seulement, se maintiennent de la neige et des glaces dont 
chacun de nous croque quelques fragments, en évitant avec grand soin de 
s’exposer au souffle glacé d'un courant d'air qui sort avec impétuosité, de 
temps immémorial, d'une crevasse du rocher. 

C'est alors qu'à nos pieds, et comme transportés au milieu d'un jardin com- 
posé des espéces les plus ravissantes que puissent réver des botanistes pari- 
siens, nous cueillons : 


Anemone narcissiflora L., aux larges fleurs disposées en sertules. 

A. alpina L. 

Pedicularis verticillata L. 

Ranunculus Thora L. 

Astrantia minor L. 

Asplenium viride Huds. , très abondant. 

Thalictrum aquilegifolium L., rare. 

Dryas octopetala L. 

Salix hastata L., S. retusa L. et S. reticulata L. 

Cystopteris montana Link. 

Arabis pumila Jacq. 

Gentiana acaulis L. var. (G. angustifolia Vill.). ) 

G. verna L., reparaît mêlé au G. bavarica L., que distinguent ses tiges moins 
gazonnantes, ses feuilles obovales obtuses et ses lobes corollins à peine 
d’un tiers plus longs que le calice. 

Valeriona montana L. 

Pinguicula alpina L. 

Senecio Doronicum L. 


134 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Carex [rigida MI., qui se distingue bien du C. nigra par ses épillets pédi- 
cellés, etc. 

Viola biflora L. 

Pedicularis adscendens Gaud. 

Ribes petræum L. 

Encore Asplenium viride Huds. 

Streptopus amplexifolius DC., que nous avons déjà cueilli au Hohneck, au 
pied du pic de Sancy et à la Grande-Chartreuse (à la Grande-Vache). 

Arctostaphylos alpina Spr. - 

Helianthemum variabile Spach, var. grandiflorum, trés belle forme alpine. 

Polygonatum verticillatum AM. 

Globularia nudicaulis L., dont la floraison est passée ainsi que celle du 
Gentiana nivalis L. 

Lonicera cœrulea L. 

Primula Auricula L., fleurs passées. 

Erinus alpinus L., en fructification. 

Melica nutans L. 

Poradisia Liliastrum Bertol. 

Hieracium villosum L. 

Galium silvestre Poll., forme alpestre très réduite. 

Saxifraga muscoides Wulf., plus une forme Aypnoides. 

Campanula thyrsoidea L., rare; nous le reverrons en montant au grand 

- Saint-Bernard. 

Hieracium glabratum Hoppe. 

Vaccinium uliginosum L, et V. Vitis idea L. 

Ranunculus platanifolius L.; débris de rochers. 

Cystopteris montana Link, élégante Fougère à fronde rhomboidale rappelant 
le Polypodium Dryopteris L. 

Potentilla aurea L. 

Silene quadrifida L. 

S. acaulis L., sans mélange de S. ezscapa, 

Gentiana nivalis L 

Aspidium Lonchitis Sw. 

Ranunculus montanus L. 

Pirola minor L. 

Viola calcarata L., espèce souyent substituée, avec le Viola sudetica si 
répandu dans les Vosges et le Mont-Dore, au. V, odorata pour les usages 
médicaux. 

Aronicum scorpioides DC., dont nous avons vu les larges calathides à la 
Grande-Chartreuse (route du Grand -Som). 


Après avoir gravi une roche abrupte et coupée de profondes crevasses où 


SÉANCE DU 8 Mars 1861. 135 


nichent les Pyrocoraz, nous débouchâmes sur les Planets, vaste plateau 
gazonné, comme tant de pâturages alpins, par notre Nardus stricta L. des 
prairies de Rambouillet et des friches d'Aigremont. 

Là nous apercámes, dans un fond tourbeux que suit un petit ruisseau, les 
jolies têtes blanches de l’ Eriophorum Scheuchzeri Roth, sur lesquelles tous 
se précipiterent, sans tenir compte de la boue noire qui en gardait les abords. 
Près de l’ Eriophorum croissait le Cardamine amara L. 

Sur la pelouse nous cueillons ; 


Selaginella spinulosa Al. Braun, qui est ici assez commun. 

Gentiana bavarica L., répandu en larges touffes. 

Plantago alpina L. 

P. montana Lam. 

Phyteuma orbiculare L., forme alpine. 

Gnaphalium dioicum L. ! 

Arenaria verna L., notablement suffruticuleux , ainsi que l'espèce suivante. 

A. ciliata L. | 

Carex verna Vill., qui n'est qu'une forme alpine et réduite de notre Carex 
praecox Jacq. i 

C. sempervirens Vill. 

C. ferruginea Scop. 

Sesleria caerulea Ard. 

Botrychium Lunaria Sw. 

Gentiana punctata L. B pumila, variété naine réduite à une grande foijr 
qui semble naître du gazon. Nous ue sommes qu'à une altitud de 
1800 métres, et cependant notre plante differe tellement des beaux spéci- 
mens que nous avons récoltés 600 mètres plus bas, qu'on croirait voi: des 
espèces tout à fait distinctes. 

Mahringia polygonoides M. et K. 


Après avoir cueilli, dans une petite mare à moitié desséchée, cette espèce 
précieuse, qui n'était jusqu’à présent connue en France qu'au Mont-Vericux 
et peut-étre sur un point des Pyrénées (Prats-de-Mollo, ex herb. Gay), nous 
nous hátàmes, le soleil descendant rapidement derriere la montagne, d'avan- 
cer contre les aiguilles du Berger ou Vergy (ces aiguilles sont au nombre de 
trois : l'aiguille du Midi à gauche, l'aiguille Blanche au milieu, l'aiguille de 
Jalouvre à droite), liautes de 2500 métres. 

Après avoir traversé uu ravin où le Bronse prend sa source, nous nous éle- 
vàmes, dans la direction du col (de Balasau), entre l'aiguille du Midi et l'aiguille 
Blanche. C'est là qu'est la combe de Cétis, où la neige ne fond jamais, et qui 
reçoit, par les avalanches, par les vents et par la dégradation des roches, les 
Végétaux des cimes voisines. en 

Contre les flancs difficilement accessibles des rochers, nous cueillimes, 


136 SOCIÉTÉ BÔTANIQUE DE FRANCE. 


avec une hâte fiévreuse, et désolés de mauquer de temps pour explorer le 
sommet de la montagne : 


Draba aizoides L. 

Carex firma Most, espèce dont on ne connaissait en France que deux ou 
trois localités, et dont chacun fait ici ample provision. 

Nigritella suaveolens Koch (N. fragrans Rchb., Orchis suaveolens Vill), 
regardé comme un hybride des deux espèces suivantes, qui ici du moins 
vivent mélangées avec lui. 

N. angustifolia Rich. 

Gymnadenia odoratissima Rich. 

Ici croissent encore : 

Gymnadenia conopsea R. Br., qu'on a aussi considéré comme l'un des 
parents du Nigritella suaveolens. 

G. viridis Rich., petite forme alpine à labelle brunátre. 

Orchis globosa L., dont quelques individus avaient leurs épis rosés changés 
en épis blancs. + 

Myosotis alpestris Schm. 

Linum alpinum L., qui paraît ne pas différer du Z. montanum Schl. de nos 
coteaux d'Épizy. 

Sedum atratum L. 

Aster alpinus L. 

Veronica aphylla L. et V. alpina L. 

V. fruticulosa DC. 

V. saxatilis Jacq., qui diffère du V. fruticulosa par ses poils non glan- 
duleux et par ses fleurs (d'un beau bleu), n'ayant de rouge que la 
gorge. 

Valeriana montana L. 

Hutchinsia alpina L. 

Sibbaldia procumbens L. 

Salix retusa L., S. reticulata X. et S. herbacea L. 

Ranunculus alpestris L., rare. 

R. Thora L., rare. 

Erigeron uniflorus L. 

Astrantia minor L. 

Saxifraga oppositifolia L. 

Meum Mutellina Gærtn. 

Geum montanum L. 

Gaya simplex Gaud. 

Empetrum nigrum L. 

Globularia nudicaulis L. 

Agrostis rupestris All. 


SÉANCE DU S8 MARS 1861, 137 


En descendant le ravin qui s'étend au pied du Vergy, on trouve encore, 
avec plusieurs des espèces ci-dessus : 


Linaria alpina Mill., l'une des plus charmantes plantes des montagnes. 

Phaca astragalina DC. , aux fleurs odorantes, lavées de violet sur fond blanc, 
se mêlant aux fleurs roses de l'Ozytropis montana DC. 

Erigeron glabratus Hoppe. 

Rumex scutatus L., qui sert, plus que l'Ozalis Acetosella, à l'extraction du 
sel d'oseille. 

Draba aizoides L., en fructification. 

Papaver alpinum L., un pied tombé des Aiguilles. 

Thlaspi rotundifolium Gaud., en fructification, avec quelques fleurs re- 
poussées. 

Adenostyles alpina Bl. et Fing. 

Et, en nous rapprochant davantage du village de Saxonnex, qui n'est qu'à 
l'altitude de 1000 mètres, comme le village de Brizon : 

Arabis ciliata Koch. 

Sempervivum montanum L. 

Euphrasia salisburgensis Funk. 

Orchis fusca Jacq. 

Pirola secunda L., dans un bois de Sapins où croit aussi Amanita muscaria, 
cette terrible Fausse-Oronge, que M. le pharmacien Dumont nous dit étre 
l'un des mets les plus recherchés des habitants de Bonneville! Une seule 
fois il a vu ce Champignon causer un délire furieux, qui céda à l'émétique 
suivi d'une potion éthérée. 


Ayant fait une halte d'une demi-heure à Saxonnex, nous descendimes ra- 
pidement sur Cluses, où toute la troupe était rendue vers 9 heures 1/2 du soir. 
Aprés nous étre élevés de Bonneville sur le flanc des Aiguilles, c'est-à-dire de 
450 mètres à 2000, nous revenons à 490 mètres, ayant marché 15 heures. 

Comme à Bonneville, nous sommes, par les bons soins du maire, promp- 
tement et confortablement installés dans les hótels et chez les habitants. 

Le 3 aoüt, de grand matin, les plus infatigables d'entre nous sont allés 
dans la montagne, à quelques kilomètres de la ville, enflammer le gaz qui se 
dégage des fissures naturelles du sol ou des trous qu'on y pratique. 

Cependant la plupart ont mis en papier les riches dépouilles du Brizon, et 
à 10 heures, aprés avoir fait charger les bagages sur deux fourgons qui doi- 
vent nous précéder à Sallanches, nous nous dirigeons, par une pluie assez 
intense, vers cette dernière ville. 

A une demi-lieue de Cluses, deux canons, placés sur la route, nous invitent 
à monter à la belle grotte de la Balme, ouverte contre le flanc de la montagne 
à 370 mètres au-dessus de la route, et longue de plus de 150 mètres. L'esca- 
lade est exécutée, et chemin faisant nous cueillons : 


138 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Cyclamen europeum L., en pleine floraison. 

Globularia cordifolia L. 

Digitalis lutea L. et D. grandiflora AM. 

Salvia glutinosa L. 

Epipactis atrorubens Hoffm. et Phalangium ramosum Lam. , de nos calcaires 
parisiens. 

Asplenium Halleri DC. , dans les fissures de la roche. 

Saponaria ocimoides L. 

Coronilla Emerus L., Vun des jolis sous-arbrisseaux de nos parterres, 

Potentilla caulescens L. 

Dianthus silvestris Wulf. 

Sedum dasyphyllum L. 

S. alpestre Vill. (S. saxatile All., non DG.) 
Et sous le vestibule même de la grotte : 

Polypodium Dryopteris L. 


Après avoir repris la route de Sallanches, nous cueillimes : 


Cinclidotus fontinaloides, avant de passer le pont d'un petit torrent qui 
traverse la route pour se jeter daus l'Arve. 
Moœhringia muscosa L., en magnifiques touffes, 


On admire la cascade de Magland, qui s'échappe à côté de la route et que 
Saussure présume être alimentée par le lac de Flaine; on fait tirer le canon 
pour entendre l'un des plus beaux échos des montagnes. Bientót le saut 
d'Arpenaz, ce rival du Staubach, jette à nos pieds, d'une hauteur de 800 mè- 
tres, son torrent de mousse, et la vallée s'élargit pour nous laisser entrevoir, 
par une demi-éclaircie de l'atmosphère, l'imposante croupe neigeuse du 
Mont-Blanc, placée en face de nous. 


Nous cueillons, sur les bords de la route et de l'Arve : 


Lonicera Xylosteum L. 
Melilotus leucantha Koch. 
Sisymbrium obtusangulum Lois. 
Sedum sexangutare L. 
Geranium pyrenaicum L, 


Nous traversons l’ Arve à Saint-Martin, sur un beau pont de pierre, et à 
6 heures nous sommes installés dans les grands hôtels qui ont pris, à Sallan- 
ches, la place des auberges détruites, avec tout le bourg, par le terrible incen- 
die de 1850. Une demi-heure plus tard, chacun de nous a pris place autour 
d'une table de 200 couverts, que le maire a eu l'attention. de faire dresser 
dans la grande salle de l'hôtel de ville, que décorent des peintures murales 
et des plafonds d'un bel effet, Qn pense bien que nous fétàmes l'annexion, 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. 139 


Le samedi 4 août, après avoir, non sans quelques démélés avec un voitu- 
rier trés exigeant, organisé le transport des bagages sur Chamounix, nous 
nous dirigeàmes de nos personnes vers ce centre des excursionistes au Mont- 
Blanc, en passant par Saint-Gervais-les-Bains. 

Entre Sallanches, situé à 570 mètres, et les Bains, dont l'altitude est de 
620 métres, nous cueillons : | 


Viola tricolor L. var. alpina. 

Silene rupestris L. j 
Lychnis silvestris Hoppe. 

Geranium pyrenaicum L. 


La pluie, qui jusque-là était tombée avec abondance, s'arrête au moment 
de notre entrée dans la cour du bel hôtel des Bains, dont le propriétaire, mon 
vieil ami le docteur de Mey, fait avec empressement les honneurs. Nous visi- 
tons avec intérêt son musée du Mont-Blanc, riche surtout en échantillons de 
minéralogie. 

Après une visite aux sources thermales salines subsulfureuses et bromo- 
iodurées, qu'accompagne une petite source ferrugineuse, nous nous rendons 
à la belle cascade que forme le Bon-Nant (torrent qui descend du col du 
Bonhomme), en se jetant du haut des rochers dans une étroite gorge placée 
derrière l'établissement : là nous cueillons : 


Silene exscapa All. , descendu des sommets alpins, peut-être avec l'aide des 
baigneurs, dans un froid ravin que jamais le soleil ne visite. 

Impatiens Noli tangere L., dont les boutons seuls se montrent, 

Cluerophyllum hirsutum L. 

Campanula pusilla Hænke. 

Mahringia muscosa L, 


A la cascade, l'incertitude du temps nous divise en deux troupes, dontla plus 
nombreuse et la moins entreprenante, avec laquelle j'avoue que je restai, 
rentra dans la vallée de l'Arve pour se rendre à Chamounix par Chéde et 
Servoz, tandis qu’une petite troupe, confiante en son agilité, aux bâtons ferrés 
dont elle s'était munie en sortant de Sallanches, et surtout à la Providence 
des botanistes, monte au pont du Diable et passe par le village de Saint-Gervais 
(à 820 mètres) pour franchir le Prarion, 

Laissons un instant celle-ci, qui nous retrouvera aux Ouches, sur la route 
de Chamounix; où il sera procédé à l'échange des butins, 

Ayant traversé, au milieu des touffes de l’Æippophaë, la large plaine d'allu- 
vions que forme l'Arve au débouché des gorges qui séparent la vallée de Sal- 
lanches de celle de Servoz, et franchi le torrent sur un pont de bois, que les 
grandes crues emportent, de temps à autre, avec la chaussée que couvre le 
Sisymbrium obtusangulum, nous laissons à gauche la cascade de Chède, à 


140 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


droite la chute de l'Arve, dont le bruit arrive jusqu'à nous, et, gravissant le 
chemin boisé qui mène, par des roches d'un calcaire noir veiné de blanc, à la 
vallée de Servoz, nous récoltons : 


Goodyera repens R. Br., cette jolie Orchidée stolonifère que la flore de Fon- 
tainebleau a offerte, en 1854, à la surprise des botanistes parisiens. 

Hieracium staticefolium Vill, et Pirola secunda, déjà trouvés le premier 
jour de l'herborisation. 

Polygala Chamebuzus L. 

Melampyrum silvaticum L., très commun, mêlé à quelques pieds du beau 
M. nemorosum L. 

Brunella grandiflora Jacq. 

Gentiana lutea L, 

Teucrium montanum L, 


Nous donnons un dernier regard à la vallée de Sallanches, et nous entrons 
dans celle de Servoz, en forme de cirque arrondi, autrefois remplie par les 
eaux d'un lac, et élevée d'environ 820 mètres. 

Il est midi quand nous entrons à Servoz, choisi comme lieu de déjeuner. 
La faim jette les plus pressés dans les hôtels des Trois-Rois et de la Balance, 
les plus heureux dans celui de l'Univers, situé à l'autre bout du village. 

En quittant Servoz, on cueille le Cuscuta major sur les orties qui bordent 
la route. Bientót nous passons la Dioza, qu'alimentent les glaciers du Buet 
(3100 mètres), et, laissant à gauche le monument d'Eschen, traducteur 
d'Horace, qui périt en tentant l'ascension de cette montagne, nous passons 
de nouveau l'Arve sur le pont Pélissier, jeté sur un abime entre deux ro- 
chers, comme tous les ponts du diable. 

Sur les bords du chemin qui suit l'aréte escarpée des Montets, nous cueil- 
lons, mélés à de rares espèces de Mousses (dont la liste sera donnée par 
M. Roze, le savant bryologue de l'expédition) : 


Sedum alpestre Vill. et Silene rupestris L., qui recouvrent de gros quartiers 
de granite du Mont-Blanc (protogine) ; 

Sedum dasyphyllum L., qui nous rappelle les murs de Rambouillet. 

Seleranthus perennis L., si commun dans les sables de Fontainebleau. 

Vaccinium Myrtillus L., de Montmorency et de Marines, mélé au V. Vitis 
idea L., plus rare dans la flore parisienne, 

Asplenium septentrionale Hoffm. , Cystopteris fragilis Bernh. et Woodsia 
hyperborea R. Br., que nous retrouverons jusqu'à Chamounix dans les 
murs de pierres sèches qui bordent la route. 

Sazifraga cuneifolia L. 

Primula viscosa Vill. (fleurs passées). 

Epilobium alpinum L. 


SÉANCE DU 8 Mans 1861. . 141 


Stellaria aquatica Poll. 

Viola tricolor L. var. alpina. 

Astrantia minor L. 

Prenanthes purpurea L. ` 

Lycopodium Selago L. 

Listera cordata R. Br., sur les troncs pourris du Pinus silvestris et de 
l Abies excelsa. 

Selaginella helvetica Spr., dont nous retrouverons souvent les pousses 
aplaties recouvrant les rochers humides. 

Dianthus silvestris Wulf. 

Veronica spicata L. 

V. fruticulosa DC. 


Depuis le passage de l'Arve sur lè pont Pélissier, le paysage a pris une 
forme plus montagnarde, plus sauvage. L’ Abies excelsa DC. , au noir feuillage, 
se mêle à des masses de rochers à pic, dont les sommets, changeant de place 
avec les contours de la route, se détachent sur le fond neigeux des croupes 
du Buet et du Mont-Blanc, tandis que leurs flancs sont comme émaillés par le 
Lepra chlorina aux thalles jaunes, et par les plaques rouges du Parmelia 
elegans. 

En arrivant aux Ouches (ou Houches), nous rencontrons ceux de nos com- 
pagnons qui nous avaient quittés à la cascade de Saint-Gervais pour franchir 
le Prarion. Les uns sont venus par la route plus courte du col de Forclaz ; 
les autres ont pris par le col de Voza et ont déjeuné (mal et chèrement, pre- 
nons-en note) au pavillon de Bellevue. Tous, mais ces derniers surtout, ont 
eu le spectacle de magnifiques panoramas sur les glaciers de Trè-la-tête, du 
Buet et du Mont-Blanc, sur les vallées de Sallanches et de Chamounix. 

Leurs chapeaux sont ornés de belles fleurs de Rhododendron ferrugi- 
neum (dans le plus frais état de floraison), dont chacun porte, en outre, un 
très gros bouquet, et leurs boites, qui s'ouvrent pour nous, renferment, 
outre plusieurs espèces moins rares : 


Corallorrhiza innata R. Br., curieuse Orchidée, voisine de l' Epipogium, aux 
rhizomes de corail, et dont quelques exemplaires, rapportés des sapinieres 
du Villard-de-Lans par MM. le comte Jaubert, de Schenefeld, Greenland 
et Vigineix, ont fourni à deux autres de nos savants collégues, MM. Ger- 
main de Saint-Pierre et Prillieux, le sujet d'études morphologiques d'un 
grand intérét (1). 

Pirola uniflora L. 

Juniperus alpina Clus. 

Anemone vernalis L. 


(1) Voyez le Bulletin, t. IV, p. 766-770. 


142. SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Centaurea montana L. 
Calamintha alpina Lam. 


Nous passons les torrents de Griaz, de Tacconay et des Bossons, sortis des 
beaux glaciers de mémes noms qui descendent, le dernier surtout, jusqu'aux 
bords de la route, qu'un jour peut-étre ils couperont; nous nous replacons, 
par le pont de Pérallottaz, sur la rive droite de l'Arve, et, aprés avoir encore 
cueilli, le long de la route ou sur les blocs de granite tombés du Mont-Blanc 
ou poussés par les glaces : 


Epilobium Fleischeri Hochst, et Æ. rosmarinifolium Hænke, aux larges 
fleurs roses, qui nous rappellent les bords de la Romanche. 

Solidago minuta Vill., plante naine et à grands capitules, qui semble n'étre 
qu'une forme alpine du S. Virga aurea. 

Veronica fruticulosa DC. 

V. saxatilis Jacq. 

Campanula barbata L., jolie espèce de l'un des plus beaux genres, que je 
cueillis pour la première fois au col de la Téte-Noire, il y a, hélas ! dix-sept 
ans, et que demain, en montant au Brévent, nous retrouverons avec ses 
amples corolles nuancées de toutes les teintes comprises entre le bleu 
et le blanc. 

Alchemilla vulgaris L. 

Sempervivum montanum L, 

Woodsia hyperborea R. Br. 


Nous arrivons, vers 7 heures du soir, à Ghamounix, où notre installation, 
préparée par de zélés fourriers, se fait avec ordre dans le grand hôtel de 
l'Union et ses succursales. 


(La suile prochainement.) 


M. Moquin-Tandon met sous les yeux de la Société une partie 
d’un tronc de Chêne frappé par la foudre et dévoré par des larves 


de cerfs-volants. Cet échantillon lui a été communiqué par M. Ad. 
de Barrau. 


SÉANCE DU 22 Mans 1861. 143 


SÉANCE DU 22 MARS 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 8 mars, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. CourBon (Alfred), docteur en médecine, médecin de la 
marine impériale, place Saint-André-des-Arts, 2, à Paris, 
présenté par MM. Brongniart et Moquin-Tandon; 

SIMON (Jules), docteur en médecine, rue Bonaparte, A1, à 
Paris, présenté par MM. Eugéne et Henri Fournier. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 


M. J. Gay s'exprime en ces termes : 


M. Moquin-Tandon et moi avons l'honneur de vous proposer, Messieurs, 
d'admettre dans notre Société M. le docteur Hénon, député de Lyon au Corps 
législatif, qui s'est fait connaitre par plusieurs travaux de botanique, insérés 
dans les Mémoires de l’Académie des sciences et arts de Lyon (1), préludes 
d'un travail plus considérable sur le genre /ris, auquel il consacre depuis 
longues années tous ses loisirs. 

C'est à lui que M. Moquin-Tandon a dédié le genre Henonia, d’après un 
arbuste de Madagascar qui appartient à la famille des Amarantacées (in DC. 
Prodr. XVI, 2, 1849, p. 237). 

Madame Aurélie Héton, née Favre, qui seconde si bien les travaux scien 
tifiques de són mari par un talent de peinture hors ligne, a aussi trouvé sa 
place d'honneur dans lé catalogüé des genres. C’est à cette dame que j'ai 
voulu rendre hommage en proposant le genre Aurelia, fondé sur une plante 
marocaine de la tribu des Narcissées (Ann. sc. nat., h° série, t. X, 1859, 
p. 95, et Pull. Soc. bot. de Fr., Vl, 1859, p. 87). 

Un autre M. Hénon, celui-ci interprète militaire de la division de Gonstan- 
tine, fait déjà partie de notre Société, et lui aussi a bien mérité de notre 
science par ses études sur la flore algérienne. MM. Cosson et Durieu de 
Maisonneuve lui en avaient rendu témoignage en donnant son nom à un 
genre algérien de Crucifères, voisin des Moricandia (Bull. Soc. bot. de Fr., 
II, 1855, p. 246). Mais ce nom, déjà employé pour un autre genre antérieur 


(1) Notamment une notice Sur une espèce de Narcisse peu connue (Mém. cités, nouv, 


14^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

de six ans, ne pouvait pas étre conservé à la Crucifere algérienne. MM. Cosson 
et Durieu de Maisonneuve ont depuis remédié à ce double emploi en trans- 
formant leur Æenonia en Henophyton (loc. cit. p. 625). 


Dons faits à la Société : 


1* De la part de M. Bouchardat : 
Annuaire de Thérapeutique, 1861 (avec un supplément). 


2 De la part de M. Viaud-Grandmarais : 


Études médicales sur les serpents de la Vendée et de la Loire- 
Inférieure. 


3° En échange du Bulletin de la Société : 


Journal de la Société impériale et centrale d' Horticulture, février 1861. 
L'Institut, mars 1861, deux numéros. 


M. Al. Jamain fait hommage à la Société de l'Annuaire de Thé- 
rapeutique de M. Bouchardat, et donne une courte analyse des 
chapitres de ce livre qui ont rapport à la botanique. 

M. Eug. Fournier présente à la Société l'ouvrage de M. Viaud- 
Grandmarais Sur les serpents de la Vendée et de la Loire-Infé- 
rieure, et insiste sur le moyen proposé par l’auteur pour prévenir 
les accidents qui résultent de la morsure des vipères : 


M. Viaud-Grandmarais, se fondant sur les succès obtenus par MM. Brainard 
et Green, qui sont parvenus à neutraliser même le venin du crotale, conseille 
aux chasseurs, botanistes, etc., de porter sur eux un flacon contenant une 
solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium. Ce flacon doit être fermé à 
l'émeri par un bouchon long et conique inférieurement, qui plonge dans le 
liquide et au moyen duquel on puisse faire pénétrer quelques gouttes du réac- 
tif jusqu'au fond des blessures agrandies. M. Viaud-Grandmarais considére ce 
moyen comme bien supérieur à l'emploi de l'ammoniaque, d'autant plus que 
le venin de la vipère n'est point du tout acide, ainsi qu'on l'a cru longtemps. 


M. Delavaud fait à la Société la communication suivante : 


ÉTUDE TÉRATOLOGIQUE SUR DES FEUILLES DE L'ORME CHAMPÉTRE, 
pr M. €. DELAVAUD. 


(Résumé fourni pàr l'auteur.) 


J'ai trouvé, l'automne dernier, dans une allée à Rochefort, huit feuilles 
anomales d'U/mus campestris, détachées et tombées à terre. Au premier 


SÉANCE DU 22 MArs 1864. 145 


aspect, elles semblent résulter de la soudure incomplète de deux feuilles libres 
au sommet. Mais un examen attentif et l'étude particulière des diverses ano- 
malies appliquée à ces feuilles doivent les faire considérer comme constituant 
un organe réellement uuique et simplement hypertrophié et déformé. 

Il est remarquable que, des deux lobes dans lesquels elles ,sont partagées, 
l'un est toujours latéral, situé au côté inférieur ou non auriculé, et de moin- 
dres dimensions. Chacun de ces segments est pourvu d'une nervure médiane, 
et les nervures secondaires pennées se rendent toutes aux dents correspon- 
dantes, sans anastomose. : 

La conséquence immédiate de cet examen, c'est qu'il y a Aypertrophie et 
développement d'un lobe supplémentaire ; de là, une déformation qui rap- 
pelle, sauf la forme arrondie des sinus et l'asymétrie des segments, celle des 
feuilles à lobe unilatéral du Broussonnetia, du Sassafras et de quelques autres 
plantes. 

La constance de ce mode de déformation, son apparence méme, semblent 
indiquer la constance de la cause qui l'a produite ; et l'on est porté à rejeter tout 
d'abord l'intervention unique d'une cause physiologique générale, d'un excès 
de nourriture par exemple, qui déterminerait indifféremment le développe- 
ment anomal de l'organe tout entier ou de l’une quelconque de ses parties. 

Or la discussion des diverses causes d'anomalie applicables à nos feuilles 
d'Orme permet d'arriver aux conclusions suivantes : 

1° L'origine de leur déformation n'est pas une partition ou disjonction, 

' telle que l'entendent M. Moquin-Tandon et plusieurs auteurs, paisque chacun 
des lobes est symétrique et ne représente pas une simple moitié d'organe. 

2° Le nombre des faisceaux vasculaires ne paraissant pas augmenté dans la 
base du pétiole, on ne saurait admettre un dédoublement véritable, c'est-à- 
dire la formation par multiplication de deux feuilles originairement distinctes 
et soudées ensuite. Quelque divisée que soit une feuille par les progrès de la 
végétation, on doit la regarder comme unique tant que son pétiole conserve 
à son origine se constitution normale ; sans cela, il faudrait ranger dans .es 
dédoublements la simple formation des lobes. 

3^ La forme inéquilatérale des feuilles anomales d'Orme ne permet pas de 
supposer qu'elles résultent de la soudure de deux feuilles normales distiques, à 
la suite de l'avortement du mérithalle, car elles auraient rapproché leurs bords 
similaires, donnant ainsi naissance à une feuille à bords auriculés tous deux 
ou sans oreillette, 

h° La disposition, primitivement et accidentellement décussative dans l'Orme, 
donne lieu de penser à l'analogie que la formation du lobe supplémentaire 
présente avec les phénomènes de dissociation, soit qu'il provienne de celle de 
deux feuilles opposées inégales ou de leurs éléments vasculaires, réunis en une 
seule, à disposition distique. Cette vue, bien qu'elle se rattache à la singulière 
disposition qu'offrent normalement certains genres appartenant à une famille 

T. VIII. 10 


116 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


voisine, les Urticées, tels que Pilea, Elatostema et Procris (Weddell), nous 
semble toutefois trop hypothétique pour qu'on l'admette. 

On voit, d’après cela, que l'hypertrophie ayant causé la déformation des 
feuilles en question n'est pas subordonnée à une autre anomalie, qui en serait 
le point de départ. 

5° Le fait le plus saillant et le plus important, à mon avis, dans la mons- 
truosité étudiée, c'est la formation d'une maiiresse-nervure. On peut dire que 
l'origine du lobe doit se rapporter à la formation ou au développement de son 
centre de vascularisation, ou de sa nervure médiane. 

6° Cette nervure, latérale par rapport à la côte moyenne, indique un 
retour imparfait au type trinervé de la classe des Urticinées (Ad. Brongn.). 

7* Cette interprétation, la plus simple, la plus conforme au fait examiné, 
ainsi qu'à des analogies nombreuses, est une preuve de plus des grandes lois 
tératologiques. La notion de type (plus ou moins général selon les familles et 
les organes considérés) est dominante en morphologie, etsouvent elle est 
révélée par des déviations anomales; les atrophies, les hypertrophies, les 
soudures et les dissociations, les métamorphoses surtout, et les phénomènes 
tératologiques en général, ne sont que des moyens variés que la nature emploie 
pour dévoiler l’unité à laquelle elle se conforme, 

8° Il est possible (c'est un point à examiner) que l’on doive considérer 
comme des lobes, en les rapportant au même ordre de faits, les feuilles surnu- 
méraires qui ont été mentionnées dans divers arbres, notamment dans les 
Máriers, les Tilleuls et les Lauriers. 


M. Brongniart dit qu'il a observé, il y a quelques années, un 
rameau d'Orme portant des feuilles distiques, simples d’un côté du 
rameau et bilobées de l'autre cóté. Il y avait là un cas de dédouble- 
ment analogue à ceux que l'on a observés chez beaucoup de végétaux 
d'autres familles; ce serait donc une anomalie différente de celles 
qu'a signalées M. Delavaud. 


M. Delavaud donne ensuite lecture de la note suivante : 


NOTE SUR UNE FLEUR TÉTRAMÈRE DE TIGRIDIA PAVONIA, par M. €. DELAVAUD. 


J'ai observé, le 16 septembre 1860, au jardin botanique de Rochefort, une 
fleur de Tigridia pavonia tétramère, remarquable par son beau développe- 
ment et par sa forme réguliere; le pied n'en a pas produit d'autres de cette 
sorte. 

Les grandes divisions extérieures du périanthe, creusées en coupe à la 
base, sont au nombre de quatre, toutes égales et disposées symétriquement : 
il est impossible de distinguer celle qui est supplémentaire. Des quatre petites 


SÉANCE DU 22 Mans 1861. 147 


divisions intérieures, panduriformes, alternes avec les précédentes, l'une est 
atrophiée au sommet, la languette qui la termine faisant presque compléte- 
ment défaut. Cette division est soudée avec un faisceau tordu de deux éta- 
mines, qui lui-méme est partagé dans son tiers supérieur en deux filets sup- 
portant des anthéres normales; l'autre faisceau, opposé au précédent, est 
droit, plus allongé, libre d'adhirence avec le périanthe, formé par l'union de 
deux filets jusqu'à la naissance des anthères, qui sont disposées comme les 
mors d'une pince, L'ovaire infère est quadraggulaire, à quatre loges. Le 
style, visible dans presque toute son étendue, part du fond de la fleur, entre 
les deux branches du tube staminal partagé ; au lieu d'olfrir trois stizinates 
bifides, il est divisé en deux brauches subdivisées en deux autres, ce qui porte 
en définitive le nombre des stigmates à quatre, formant comme deux paires ; 
mais de ces stigmates, un seul dans chaque paire est bilide, l'autre est 
simple. 

Quant aux relations de position des organes sexuels entre eux et avec les 
verticilles du périanthe, elles importent assez peu dans ce cas tératologique, 
le fait principal ayant rapport au nombre des parties : ces relatious m'ont paru 
d’ailleurs conformes à la symétrie habituelle de la plante. 

Il y a ici nou-seulement chorise ou multiplication du premier verticille 
de la fleur, mais encore des trois autres plus intérieurs, et de plus atrophie 
d'un segment du périanthe, soudure de ce segment avec un faisceau d'éta- 
mines, torsion et disjonction (ou mieux dissociation) partielle de ce méme 
faisceau, dissociation complète en deux portions du tube staminal, enfin 
atrophie légère des deux stigmates, se manifestant par leur non-bifurcation, 

ll est rare qu'une monstruosité se présente seule, mais les causes de ces 
coexistences sont variables. Parfois c'est une atrophie ou une hypertrophie 
générale, par suite de laquelle tous ou à peu près tous les organes d'une plante 
sont rabougris comme elle, ou offrent un développement insolite. Certains 
phénomènes tératologiques, soudures, métamorphoses, etc. , viennent-ils alors 
compliquer les précédents, ils leur sont subordonnés ; et il arrive ainsi que 
des causes différentes produisent un résultat analogue, indice, ici d'un défaut, 
là d'un excès de développement. 

D'un autre cóté, si les végétaux sont, comme les animaux, soumis aux 
forces de la nutrition, la dépendance physiologique dans laquelle leurs organes 
se trouvent les uns par rapport aux autres est incontestablement moindre. 
L'acéphalie entraîne l'atrophie ou la déviation des membres, sans connexion 
directe ou anatomique avec le cerveau. Rien de semblable ne se présente pour 
les plantes, car les fonctions n'y sont pas localisées, l'individualité y est dissé- 
minée. 

Cependant il est une sorte de coexistence des anomalies qui diffère des pré- 
cédentes, et à laquelle semble se rapporter la monstruosité de notre Tigridia, 
C'est celle qui dépend de la loi de symétrisation ou de parité (Is. Geoffroy 


AAS SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Saint-Hilaire) par laquelle la formation, par exemple, d'un organe supplé- 
mentaire, dans une portion de l'individu, provoque celle d'un organe sem- 
bleble dans la portion normalement symétrique. 1l est difficile, sans doute, de 
distinguer ce cas du premier, où la cause physiologique est générale ::on peut 
dire, en effet, qu'il n'y a pas de raison pour refuser à celle qui a déterminé la 
naissance d'un organe, le pouvoir d'en faire naitre un semblable dans la por- 
tion similaire ou contigué, Mais, si l’on considère que la loi de balancement, 
qui s'applique surtout au volume, et la loi de parité, qui a rapport au nombre, 
se manifestent en sens contraire, à la suite d'une cause identique, excés ou 
défaut de nutrition, il faut en conclure que la derniere posséde quelque chose 
d'essentiel, de spécial, qui la rend indépendante de cette cause primordiale. 
De là son importance en tératologie générale, par la nouvelle preuve qu'elle 
apporte de l'unité de composition (1). 

Dans les animaux, cette loi de parité est une abstraction, car il n'existe pas 
de lien anatomique direct entre les membres, par exemple, où elle a déter- 
miné une méme diminution ou une méme augmentation des parties. Il n'en 
est pas de méme pour les verticilles superposés des végétaux, que réunissent 
des faisceaux vasculaires. Que le premier entre-nœud ait subi une semblable 
multiplication, elle se continuera daus les suivants, de telle sorte que la symé- 
trisation découle ici matériellement d'une disposition anatomique. Steinheil 
a vu naître, à l'aisselle d'une feuille dédoublée de Scabiosa atropurpurea, un 
rameau à feuilles toutes ternées ; il y avait en méme temps augmentation pro- 
portionnelle du nombre des faisceaux (2). C'est ce qui doit avoir eu lieu dans 
le pédoncule du Tigridia en question, et c'est à cette multiplication que se 
bornerait originairement le phénomène observé. Nous ne prétendons pas que 
les faisceaux produisent les appendices auxquels ils correspondent, nous les 
regardons seulement comme les indices ultérieurs des centres de formation de 
ces organes, existant à l'état virtuel dans les entre-nœuds encore cellulaires. 

Tandis que le rameau de la Scabieuse observée par Steinheil avait présenté 
ses feuilles ternées avec un développement normal jusqu'au sommet, où elles 
devenaient méme quaternées (3), l'énergie de la végétation a faibli, au con- 
traire, dans les verticilles intérieurs de notre Tigridia. Il y a ainsi compen- 
sation ou balancement à l'augmentation de nombre, et ce sont des phénoménes 
tératologiques variés, avons-nous dit, qui témoignent de cette impuissance de 
la nature en ces points : une atrophie d'un segment interne, probablement le 
surnuméraire, sa soudure avec un faisceau staminal, la torsion, l'atrophie et 


(1) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Traité de Tératologie, t. 1, p. 675. 

(2) Ann. sc. nat., 2* série, t. IV, p. 150. 

(3) J'ai observé, sur un Justicia croissant dans la serre chaude du jardin botanique 
de Rochefort, et que j'ai cité dans une autre notice, un rameau dont le verticille 
inférieur offrait, à l'opposite d'une feuille normale, deux feuilles plus petites et rap- 
prochées ; plus haut les verticilles étaient formés régulièrement de trois feuilles égales et 
également distantes les unes des autres. 


SÉANCE DU 22 MARS 1861. 149 


la disjonction partielle de celui-ci ; l’autre faisceau est normalement déve- 
loppé, mais sa soudure avec le précédent ne s’est pas effectuée en un tube, 
comme à l'ordinaire : il y a eu arrêt de développement. J'ai signalé encore la 
non-bifurcation de deux stigmates. 


A l'occasion de cette lecture, M. Prillieux fait à la Société la 
communication suivante: — l 


NOTE SUR DES FLEURS MONSTRUEUSES DIMÈRES ET MONOMÈRES D'EPIDENDRUM 
STAMFORDIANUM, par M. Éd. PRILLIEUX. 


J'ai eu récemment occasion d'observer, dans les serres du Luxembourg, 
un pied fleuri d Epidendrum Stamfordianum qui portait, au milieu de nom- 
breuses fleurs disposées à la facon ordinaire, une dizaine de fleurs monstrueuses 
dont la structure m'a paru offrir quelque intérêt. 

Dans presque tous les Apidendrum, l'inflorescence surmonte et termine le 
pseudo-bulbe : il n'en est pas ainsi dans l'£pidendrum Stamfordianum. Là 
l'inflorescence naît de la base du pseudo-bulbe (1) ; on la décrit comme radi- 
cale (2), c'est une grappe rameuse qui porte un grand nombre de fleurs. Dans 
la plante que j'ai observée, les fleurs monstrueuses se montraient çà et là sur 
diverses ramifications de l'inflorescence età diverses hauteurs. 


(1) Cette particularité n'a été observée que dans deux espèces qui forment seules 
une section du grand genre Epidendrum : « Psilanthemum Klotzsch.— The radical inflo- 
» rescence, otherwise unknown in the genus, distinctly marks this section. » (Liudley, 
Folia orchidacea, Epidendrum, p. 28.) 

(2) Je ne sais si l'on a remarqué une particularité assez singuliére dans le mode de 
végétation qui est lié à cette disposition ; je ne crois pas qu'elle ait été mentionnée ; elle 
permet cependant de mieux comprendre quelle est la nature véritable de cette inflo- 
rescence que l'on nomme radicale. 

L'observation directe montre que dans l’ Epidendrum Stamfordianum : 1° L'inflo- 
rescence naît de la base du dernier pseudo-bulbe formé, absolument de la même facon 
que deux pseudo-bulbes successifs naissent à une année d'intervalle l'un de l'autre. (0n 
sait en effet qu'un pied d'Orchidée à pseudo-bulbes est formé par une succession de 
pousses [pseudo-hulbes] dues chacune au développement d'un bourgeon axillaire de la 
pousse de l'année précédente.) 

2° L'inflorescence porte à sa base des bourgeons, exactement comme les pseudo- 
bulbes; d'où il résulte que c'est de l'inflorescence méme que naítra le pseudo-bulbe 
de l'année suivante. 

Il suit de là que l'inflorescence est une pousse florifére, une sorte de pseudo-bulbe 
élancé et dépourvu de fenilles complètes, mais chargé de fleurs. Cette pousse prend un 
développement anticipé, elle diffère des pseudo-bulbes par sa forme et son aspect, mais 
elle n'en a pas moins avec eux une trés grande analogie. On peut dire que l'Epi- 
dendrum Stamfordianum présente deux sortes de tiges : les unes, renflées et chargées 
de feuilles, que l'on désigne sous le nom de pseudo-bulbes et qui sont toujours stériles, 
les autres beaucoup plus minces, qui ne portent que des gaines et des bractées, et qui se 
continuent en une grappe de fleurs; ce sont ces tiges fertiles qu'on décrit comme inflo- 
rescences radicales. : 

Les pousses stériles (pseudo-bulbes) et les pousses fertiles (inflorescences) naissent 
successivement les unes des autres et sont enchaînées toutes ensemble en un sympode, 
comme les pseudo-bulbes florifères des autres Epidendrum. 


150 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Dans la fleur régulièrement organisée de l Epidendrum Stamfordianum, le 
périanthe est formé de deux verticilles composés chacun de trois pièces. Celles 
du verticille extérieur (sépales) sont toutes trois de même forme et se mon- 
trent régulièrement disposées à une égale distance l'une de l'autre. Dans l'in- 
tervalle des sépales et alternant avec eux, on trouve les trois pièces du verti- 
cille interne qui sont deux pétales et un labelle. Les deux pétales sont lancéolés 
comme les sépales, mais de moitié moius larges qu'eux, et peuvent ainsi s'en 
distinguer assez nettement, bien qu ils soient comme eux de couleur verdâtre 
et marqués de taches pourpres. Le labelle, soudé avec la colonne, se développe 
au delà de celle-ci en trois lobes : deux latéraux de couleur b'anche, et un ter- 
minal jaunâtre qui est émarginé .et divisé lui-même en deux lobes dont les 
bords sont frangés. 

Dans toutes les fleurs monstrueuses que j'ai observées, les diverses parties 
de l'enveloppe florale ont toujours conservé la méme forme, le méme aspect 
que dans les fleurs normales ; la nature de chacune d'elles était par conséquent 
facilement reconnaissable. L’altération portait sur le nombre des pièces com- 
posant chacun des deux verticilles, et par suite sur leur mode de groupement 
et sur la symétrie de la fleur. 

Parmi les fleurs monstrueuses, plusieurs présentaient entre elles dans leur 
altération une ressemblance parfaite; toutes pouvaient se rapporter à l'une des 
trois formes que je vais décrire et dont j'ai observé ainsi plusieurs exemples. 

4° La plus légère modification à la disposition normale était offerte par 
des fleurs où les deux verticilles du périanthe n'étaient plus composés chacun 
que de deux piéces au lieu de trois, soit en tout quatre pieces (savoir : deux 
sépales, un pétale et un labelle) entièrement semblables, considérées isolément, 
aux pièces correspondantes d'une fleur norn'ale, mais différemment disposées. 
La suppression d'un sépale et d'un pétale n'avait pas laissé dans chaque 
verticille une place vide; Ja fleur anomale dimére était symétrique aussi bien 
que la fleur normale trimère, mais d'une symétrie différente. Les deux sépales 
du premier verticille, le pétale et le labelle du second, étaient opposés l'un à 
l'autre; en outre les deux verticilles alternaient régulièrement, les pièces du 
périanthe étant décussées. Le périanthe de ces fleurs anomalement dimères 
présentait ainsi exactement la symétrie que l'on observe dans les fleurs norma- 
lement dimères, telles que celles des Circæa par exemple. 

2° D'autres fleurs, tout en offrant le méme nombre de pièces et la méme 
symétrie que les précédentes, en différaient en ce que le verticille interne, au 
lieu d'étre formé d'un pétale et d'un labelle dissemblables de furme, était com- 
posé de deux labelles tout à fait pareils, placés vis-à-vis l'un de l'autre et soudés 
tous deux à la colonne, Ces fleurs n'étaient donc plus seulement symétriques, 
mais encore régulières, 

3° La plus grande simplification dans le nombre des parties composant le 
périanthe m'a été présentée par deux fleurs dans lesquelles chacun des verti- 


SÉANCE DU 22 Mans 1801. 151 


cilles était réduit à une seule pièce. Le verticille externe était représenté par un 
sépale, le verticille interne par un labelle. Ces uniques représentants des 
deux verticilles alternaient encore comme peuvent alterner des pièces isolées, 
comme alternent les feuilles distiques; ils étaient situés vis-à-vis l'un de 
l'autre. Ainsi la fleur était monomère et elle était encore symétrique. 

Divers auteurs ont fait connaitre déjà des cas de réduction dans le nombre 
des parties du périanthe des Orchidées, mais la plupart de ces anomalies ne 
paraissent pas analogues à celles que je viens de décrire, à en juger du moins 
par les figures qui nous les font connaitre et les interprétations qu'on en a 
données. 

M. His (1) a observé, plusieurs années de suite, à Fontainebleau, des (leurs 
très remarquables d'Op/Arys où ie périanthe n'était formé que de quatre 
piéces, dont trois offraient exactement la forme des trois sépales, et le qua- 
trième celle du labelle des fleurs normales. Ces fleurs monstrueuses présen- 
taient trois étamines au lieu d'une seule; de là il était naturel d'admettre 
que les deux pétales manquant s'étaient transformés en étamines. Il n'y 
aurait donc pas eu là de réduction dans le nombre, ni d'altération dans la 
position des parties de la fleur, mais seulement une modification profonde 
dans la forme, la structure et les fonctions de deux des pieces du verticille 
intérieur du périanthe, modification qui n’altérait en rien la symétrie ordinaire 
de la fleur. 

Des fleurs monstrueuses d’ Ophrys aranifera, étudiées par M. Wydler (2), 
lui ont offert des faits fort analogues aux précédents. Le périanthe y était 
encore formé de quatre pièces, dans lesquelles M. Wydler voit trois sépales et 
un labelle, comme dans l'Ophrys de M. His, bien que la forme de ces pièces 
fût fort altérée. Quant aux deux pétales manquant au périanthe, on les 
retrouverait, comme dans les plantes de Fontainebleau, sous forme d'étamines 
supplémentaires. Il n'y aurait pas là, à proprement parler, réduction dans le 
nombre des éléments de la fleur. 

Il n'en est plus ainsi dans l'anomalie d'une fleur de Cypripedium insigne 
que Morren a figurée et décrite sous le nom peu correct de speiranthie (3). 
D'après ses observations et son dessin, cette fleur se serait montrée composée, 
comme le plus grand nombre de celles que je viens de décrire dans l'Epi- 
dendrum Stamfordianum, de deux sépales placés l'un vis-à-vis de l'autre, 
pour le verticille extérieur, et, pour l'intérieur, d'un pétale et d'un labelle 
également opposés l'un à l'autre et alternant régulièrement avec la paire de 
sépales. 

Morren explique cette disposition de la facon suivante : « Une force de 
» torsion s'est emparée des deux éléments calicinaux et leur a fait subir un 


(4) Lettre à l'Institut, août 1807 (Journ. phys., 65, p. 241). 
(2) Arch. bot. II, p. 210. 
(3) Morren, Lobelia, p. 55 (extr. du t. XVII du Bull. Acad. Belg). 


152 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


» mouvement d'un quart de cercle en descension gauche. Puis une force de 
» torsion a fait subir au second verticille floral un mouvement aussi d’un quart 
» de cercle en ascension droite, et dans cette torsion, un élément foliaire, un 
» pétale, a été anéanti, comme si les éléments organiques froissés par ce mou- 
» vement s'étaient trouvés dans l'impossibilité de se développer, et, partant, 
» de produire un appareil foliaire. La force de l'aberration tératologique 
» consiste donc ici en une torsion spiraloide. » De là le nom de speiranthie 
proposé par l'auteur pour désigner cette monstruosité. 

Quand j'ai eu sous les veux la série de fleurs monstrueuses d Epidendrum 
Stamford ianum que je viens de décrire, et que j'ai cherché à en comprendre 
la disposition, il m'a paru bien inutile de faire intervenir ces forces de torsion 
évoquées par Morren; j'ai cru qu'il était tout naturel d'admettre que la dimi- 
nution du nombre des pièces du périanthe entrainait, dans la position de 
chacune d'elles, un changement tel que la symétrie existât toujours. — C'est 
ce qu'on voit dans des plantes où la variation du nombre des parties de la fleur 
peut être considérée comme normale; ainsi dans la Rue (Ruta graveolens), 
certaines fleurs présentent 5 sépales, 5 pétales et 10 étamines; d'autres 4 sé- 
pales, 4 pétales et 8 étamines. Supposera-t- on là encore une torsion spiraloide 
entrainant l'avortement d'un des éléments des verticilles successifs? Ce serait 
une hypothése en contradiction avec l'observation directe. L'étude du déve- 
loppement des fleurs montre que, dès la première apparition des organes 
qui les composent, elles sont régulièrement organisées, les unes d'apres le 
type quinaire, les autres d’après le type quaternaire. A mon avis, les fleurs 
anomales d'Epidendrum Stam fordianum diffèrent des fleurs normales à peu 
prés comme, dans la Rue, les fleurs à 4 pétales diffèrent des fleurs à 5 pétales. 
Seulement, tandis que les fleurs amoindries sont trés nombreuses dans la 
Rue, où elles se développent constamment, elles sont rares dans l Epidendrum 
Stamfordianum, où elles ne se montrent qu'exceptionnellement, Du reste la 
réduction dans le nombre des parties semble se faire dans les deux plantes 
conformément à la même loi, quand même la simplification atteint un degré 
de plus, comme on le voit dans l'anomalie d'Epidendrum que j'ai décrite 
n° 3. Le nombre des parties variant, la disposition de ces parties change en 
proportion ; le type quinaire fait place au type quaternaire, le type ternaire 
au type binaire; la symétrie est modifiée, mais elle n'est pas détruite; des 
dispositions diverses se remplacent, mais la symétrie régne toujours, elle 
préside encore aux altérations que subit la fleur, elle en règle les mons- 
truusités. 


M. Eug. Fournier dit qu’il a observé, au jardin botanique de la 
Faculté de médecine, une fleur d'/ris dont les verticilles étaient 
tous les quatre binaires, avec une alternance parfaite. C'était la fleur 
la plus élevée de l'inflorescence. 


SÉANCE DU 22 Mars 1861. 153 
M. J. Gay fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR L'HISTOIRE DU BIDENS RADIATA Thuill., par MI. J. GAY. 


Les espèces végétales ont quelquefois de singulières destinées. Tandis que 
les unes, une fois décrites et enregistrées, arrivent facilement à une noto- 
riété générale, d'autres peuvent languir pendant plus d'un demi-siécle dans 
leur berceau, négligées ou méconnues par ceux-là méme à qui il incombait 
plus particulièrement, soit comme floristes, soit comme monographes, si ce 
n'est de les admettre, au moins de les discuter. 

De ce nombre est la plante que Thuillier a enregistrée, en 1799, dans la 
nouvelle édition de sa Flore des environs de Paris, sous le nom de Bidens 
radiata, et qui parait étre une bonne espéce, quoiqu'elle n'ait encore trouvé 
sa place dans aucun des catalogues généraux du règne végétal publiés jusqu’à 
ce jour, depuis celui de Willdenow jusqu'à celui de De Candolle. 

De Candolle en parle comme en ayant vu un échantillon authentique (Prodre, 
V, 1836, p. 594), mais il lui fait grand tort en la rapportant purement et 
simplement au Bidens tripartita, et cela en commettant une autre erreur 
qui mérite d’être relevée. Thuillier avait dit sa plante radiata, et il expliquait 
ce terme, dans la diagnose, par les mots : ¿involucris calyces superantibus, 
radiatim polyphyllis, indiquant ainsi clairement qu'ici le rayon était formé 
par les folioles extérieures de l'involucre, les intérieures prises pour un calice. 
Or De Candolle, n'ayant point lu l'explication, a cru que le mot radiata 
s'appliquait à un rayon composé de demi-fleurons, et comme ce rayon manquait 
à l'échantillon authentique qu'il avait sous les yeux, que discoidea in ipsis- 
simo auctoris specimine, il en a conclu trop légèrement que la plante ne 
inéritait pas d’être distinguée du Bidens tripartita, dont les capitules, comme 
on le sait, sont pareillement discoides, c'est-à-dire sans demi-fleurons. 
L'involucre rayonnant n'est, du reste, nullement caractéristique pour le Bidens 
radiata, car il manque très souvent dans cette espèce, tandis qu'il est fré- 
quemment trés prononcé dans le Bidens tripartita. 

Omis ou confondu par les auteurs généraux, le Zidens radiata a été de 
méme méconnu et négligé par les floristes parisiens qui ont succédé à Thuillier. 
Mérat le conserve comme variété du Bidens tripartita dans les trois éditions 
de sa Flore des environs de Paris, mais avec le seul caractère des bractées 
rayonnantes déjà employé par Thuillier, et par conséquent sans aucun des 
caracteres qui pouvaient le distinguer méme co.nme variété, Un pas de plus, 
et nous arrivons à la Flore descriptive et analytique des environs de Paris 
de MM. Cosson et Germain, publiée en 1845. Mais là il n'est plus question 
du Bidens radiata, ni comme espèce, ni comme variété, ni méme comme 
synonyme; la plante est entierement supprimée. 

Il parait cependant que tous les auteurs dont je viens de parler avaient 


15^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


mal jugé la plante, et qu'ils privaient ainsi la science végétale d'une espéce 
légitime. Ce qui est certain, c'est que le Bidens radiata de l'herbier de 
Thuillier (tel qu'il est conservé chez M. Delessert, avec étiquettes impri- 
mées), a été, l'automne dernier, reconnu par M. OErsted (de Copenhague) 
comme identique avec une plante de l'ile danoise de Seeland, qu'il tenait pour 
une espèce parfaitement distincte du Bidens tripartita, et à laquelle il avait 
donné le nom de Bidens platycephala dans le Catalogue des graines du Jardin 
de Copenliague pour l'année 1859. 

Si la plante a été si longtemps et si obstinément méconnue, cela tient sans 
doute à deux causes : d'abord à la diagnose complétement insignifiante que 
Thuillier en a donnée dans l'origine, puis à sa grande rareté, d'oü il est 
résulté que les successeurs parisiens de Thuillier ne l'ont probablement jamais 
vue, du moins sur place et en bon état. 

Trois localités seulement sont indiquées par Thuillier : 4° Chaville ; 2° étang 
du rendez-vous de chasse; 3° étang de Saint-Hubert. 

On vient de voir que la méme plante se trouve aussi aux environs de 
Copenhague, N 

Mais là ne se borne point son rôle géographique, car en attendant d’autres 
localités qui, probablement, se révéleront bientôt plus nombreuses lorsque 
la plante sera mieux connue, je puis en citer deux qui appartiennent à notre 
France : 1° Pleurre, canton de Chaussin, arrondissement de Dóle, département 
du Jura; 2° Fays et Champrougier, canton de Sellières, méme département. 
Là en effet se trouve une plante que M. OErsted a vue dans mon herbier et 
reconnue pour identique avec son Bidens platycephala, synonyme du Bidens 
radiata Thuill. C'est celle que M. Eugène Michalet, notre jeune et zélé 
confrère, a décrite, en 1854, sous le nom de Bidens fastigiata, dans le 
premier volume des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs. 

Je ne décri:zai point longuement ici une plante qui a déjà été deux fois décrite 
dans ces derniers temps, et qui, d'après ce que j'apprends, va être à Berlin 
l'objet d'un travail spécial, aidé par un échantillon de l'herbier de Willdenow, 
que l'on croit envoyé par Thuillier lui-même (1) . Je me bornerai à dire que 


© (4) Depuis que ceci a été lu à la Société, une étiquette envoyée par moi a prouvé que 
l'échantillon de l'herbier de Willdenow provenait réellement de Thuillier lui-méme. Il 
est donc de plus eu plus certain que la plante de M. OErsted est un simple synonyme de 
celle de l'auteur parisien. Quant au travail qui se préparait à Berlin, il a pour auteur 
M. G. Sehweinfurth, et il a été publié le mois dernier, sous le titre de Ueber Bidens ra- 
diatus Thuill., dans les Actes de l'Union botanique pour la province de Brandebourg. 
C'est une monographie complète de notre plante, à laquelle ont principalement servi les 
échantillons que l'auteur avait lui-même récoltés en 1860, dans une ile du Volga, vis-à- 
vis de la ville de Nishnij-Novgorod. M. Schweinfurth cite quelques autres localités russes 
que je vais reproduire, avec toutes celles que j'ai pu recueillir d'autre part, pour montrer 
combien est déjà vaste l'aire géographique de cette plante, probablement destinée à 
figurer bientót dans toutes les flores du nord de l'Europe et de l'Asie. 


(Note ajoutée pendant l'impression, 20 mai 1861). 


SÉANCE DU 22 mars 18061. 155 


le Bidens radiata me paraît différer spécifiquement du Bidens tripartita : 
1° par ses rameaux dressés et roides, non gréles et étalés; 2° par ses capitules 
floraux comparativement plus gros et surtout beaucoup plus larges (d’où le 
nom de platycephala) ; 3" par ses paillettes de moitié plus étroites, uninervées 
et non trinervées; 4° par ses akènes de moitié plus petits. Dans les petits 
échantillons, les rameaux se superposent les uns aux autres, à peu près d'égale 
longueur. Daus les grands échantillons, qui atteignent deux pieds et plus de 
longueur, les rameaux inférieurs partant du bas de la tige sont quelquefois 
beaucoup plus longs que les autres, et c'est sans doute à cet état que fait 
allusion le nom de fastigiata, donné à la plante par M. Michalet. C'est dans 
le méme sens qu'un Populus très connu a été appelé fustigiata, mais ce n'est 
pas le sens que Linné attachait à la méme expression, laquelle signifiait pour 
lui des pédoncules (et sans doute aussi des rameaux) de longueur inégale, 
arrivant tous supérieurement au méme niveau (Linné, Philos. bot., 1751, 
P5224). 

Je termine cette note en récapitulant la synonymie de notre plante, par 
ordre de dates, telle qu'elle est aujourd’hui connue de moi. 

Bidens radiata Thuill. Fl. des env. de Paris, nouv. édit., 1799, p. 422 
et herb.! in mus. Lessert. asservat. — G. Schweinfurth in Verhandl. des 
bot. Vereins fuer die Prov. Brandenb. ,fasc. II, febr. 1861, cum tab. 2 in-fol. 

Bidens tripartita y radiata Mérat, Nouv. Flore des env. de Paris, ed. 4°, 
1812, p. 317; ed. 2, 1821, 1I, p. 267; ed. 3*, 1831, II, p. 288. 

Bidentis tripartitæ synonyma DC. Prodr., V, 1856, p. 594, lin. 19. 

Bidens fustigiata E. Michalet! in Mém. Soc. d'émul. du Doubs, 1, 1854, 
p. 29. — Ejusd. Pi. du Jura.exsicc.! fasc. I, febr. 1856, n. 27. 

Bidens platycephala OErsted! Ind. sem. in hort. Hafn. ann. 1859 collect. 
(45 janv. 1860) p. 27, cum descript. — Kærnicke in diar, Nos VIII, 
n? xiv. (15 jul. 1860), p. 227. 

Habitat circa Parisios (T huill.!) ; in Galliae praefectura du Jura (Michalet!); 
in Dania circa Hauniam (OErsted) ; in Suecia circa Upsaliam, et prope Carlstad 
Wermelandiæ (ex ore Th.-M. Fries); in Rossia europea circa Petropolin, 
cum in insula Crestoffski tum circa Kronstadt (Kærnicke), et in Volga 
fluminis insula prope Nishnij-Novgorod (G. Schweinfurth); etiam in Sibiria 
dahurica (Kærnicke, ex herb. Turczaninow. in hort. bot. Petropolit. asser- 
vato). — In Germania nondum observata. 


A la suite de cette communication, M. Cosson dit : 


Nous avons cru, M. Germain de Saint-Pierre et moi, ne devoir admettre 
dans notre Flore des environs de Paris, aucune plante mentionnée par 
Thuillier seul, sans que sa présence dans la circonscription de la Flore ait 
été constatée ultérieurement, On sait en effet que Thuillier avait indiqué 


156 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

dans sa Flore un certain nombre de plantes introduites à des localités où 
elles ne se sont pas maintenues. Il eût donc été imprudent d'accepter les 
indications de cet auteur sans avoir été à méme d'en contróler l'exactitude. 


M. J. Gay met sous les yeux de la Société un tubercule de Solanum 
tuberosum aplati et partagé sur un des côtés en quatre digitations 
arrondies divergentes. 

M. Cosson dit qu'une forme analogue de tubercule est trés fré- 
quente dans les sables du Souf (en Algérie), oü la Pomme-de-terre 
est en dehors de l'aire normale de sa culture. 


M. le comte Jaubert fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR L'ATTALEA FUNIFERA, par M. le comte JAUBERT. 


Tout s'enchaine dans les innovations de l'industrie, et la science n’en doit 
dédaigner aucune. Depuis que l'usage du procédé de Macadam pour la con- 
struction des chaussées d'empierrement s'est étendu aux grandes voies de 
communication dans nos villes, la boue, à laquelle le piéton échappait autrefois 
plus ou moins, est devenue un vrai fléau. Les anciens balais de genét et de 
bouleau sont aujourd'hui insuffisants,et il a fallu recourir à des moyens plus 
énergiques. Tout le monde a remarqué depuis quelque temps à Paris que 
l'administration avait armé ses cantonniers d'un nouvel outil participant de la 
brosse et du balai, et qui est garni de brins, serrés les uns contre les autres, 
d'une substance élastique et dure, analogue à la baleine ou méme à des fils 
d'acier bruni, deux matières dont on ne suppose pourtant pas, vu leur prix 
élevé, que l'outil soit composé, quelque indifférente que puisse être l'édilité 
parisienne à la question d'économie. 

Vérification faite, la substance dont il s'agit provient d'un Palmier abondant 
sur les cótes brésiliennes de l'Amérique, dans les provinces d'Espiritu-Santo, 
de Porto-Scguro et de Bahia, l Attalea funifera Martius, ou Pi«caba, qui 
appartient à la famille des Cocoinées (1). Ce sont des fibres ligneuses, non 
pas obtenues des tissus de la plante par quelque procédé artificiel, mais 
préparées par la nature elle-même sur les deux bords des pétioles dans leur 
partie inférieure, comme on peut le voir à la planche T, fig. 4 et 2, de M. de 
Martius. Ce qu'elles ont de commun avec les fibres des organes accessoires 
de la gaine chez les Palmiers, soit le reticulum, soit l'ochrea, c'est l'origiue 
du lieu d'insertion, ou, pour parler plus exactement, d'exsertion ; mais leur 
mode de développement est fort différent. En effet, ces fibres ne forment 
point, comme dans tant d'autres plantes de la méme famille, un réseau plus 

(1) Il n'est nullement prouvé que le Leopoldinia Piacaba de M. Wallace, dont il n'est 


point parvenu, que nous sachions, d'échantillons authentiques en Europe, soit différent 
de l' Attalea. Voir l'ouvrage, ci-après indiqué, de M. Seemann. 


SÉANCE DU 22 Mans 1861. 157 


ou moins làche et flétri; au contraire, elles sont isolées les unes des autres 
et restent parallèles à partir des points où elles se séparent de la gaine, et de 
plus il faut. nécessairement supposer qu'à dater du moment de cette sépara- 
tion, et pendant des années peut-étre, elles sont restées pleines de vie, 
puisqu'elles ont atteint, disent les auteurs, une longueur qui va jusqu'à 
lj mètres. Chez une espèce voisine, l’ Attalea cephalotes, les gaines sont aussi 
garnies de la méme facon de fibres fort longues, mais d'un moindre calibre 
et flexibles comme du crin. 

L'organisation des fibres du P?aca£a explique leur force de résistance et leur 
élasticité : c'est une sorte de lame à bords recourbés en dessus de manière 
à s’arc-bouter ; leur rapprochement est marqué par un étroit sillon longitu- 
dinal. L'examen anatomique en a été fait sur ma demande par notre savant 
confrére M. Chatin, si accoutumé à ce genre de recherches : il en publiera 
sans doute lui-méme le résultat. Le fait saillant est la proportion considérable 
des cellules fibreuses reliées en prismes par un tissu cellulaire compressible. 

Les fibres de Piacaba ont été employées de tout temps en Amérique pour 
la fabrication de cordages pour ainsi dire indestructibles, et aussi pour des 
balais : son usage en grand pour le nettoyage des chaussées date à Londres 
d'une dizaine d'années, et chez nous de deux à trois ans seulement. Le 
Parisien doit bien quelque reconnaissance aux pauvres sauvages qui en font 
la récolte, car elle n'est pas sans danger pour eux, non-seulement à cause 
dela hauteur de l'arbre au sommet duquel il faut aller détacher cet utile 
produit, mais parce que les Aftalea funifera sont infestés par des serpents 
trés venimeux du genre Crotalus. On trouvera d'autres détails sur l'A/falea 
dans un petit ouvrage intéressant, intitulé : Popular history of the Palms 
and their allies, London, 1856. L'auteur est M. Seemann, qui l'a dédié au 
célèbre Humboldt, dont le nom est inséparable des grands tableaux de la 
nature tropicale. Humboldt, dans sa réponse, honore l'auteur du titre de 
compagnon de voyage, non pas que M. Seemann ait été assez heureux pour 
le suivre dans ses mémorables explorations, mais parce que, selon la coutume 
académique de l'Allemagne, M. Seemann a recu le cognomen de Bonpland. 


M. Brongniart croit que l'on a fait servir à des usages analogues 
les fibres de l Arenga saccharifera. 

M. Duchartre rappelle que M. Archer a publié dans le journal de 
sir William Hooker une notice sur deux Palmiers dont les fibres 
sont connues sous le nom de Prassaba (1). 


(1) Hooker's Journal of Botany, VIT, 1855, p. 213. MAE 

Dans quelques lignes UG en note à l'article de M. Archer, sir William Hooker 
S'exprime ainsi : « ...Il est donc clair que deux Palmiers différents fournissent le Piassaba 
du commerce ; nous avons de bonnes raisons pour penser que l'un est !' Attalea funifera 
de M. de Martius, et nous savons que l'autre est le Leopoldinia P.as:aba de M. Wallace. » 


458 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la communica- 
tion suivante, adressée à la Société : 


SUR UN CARACTÈRE VARIABLE DES ESPÈCES DU GENRE IBERIS, 
pr M. Maurice BONNET. 


(Paris, 22 mars 1861.) 


Depuis quelques années, le nombre des espèces du genre Jberis a été 
presque doublé dans la Flore francaise, Plusieurs des espéces nouvelles sont 
établies principalement sur le degré d'écartement que présentent les deux 
lobes qui terminent supérieurement les ailes du fruit. Cependant ce carac- 
tere n'est rien moins que constant. Nous avons observé sur l Zberis amara L., 
lZ. pectinata Boiss., l. Violeti Soy.- Will. , V/. Prostii Soy.-Will., que cet 
angle de divergence varie souvent dans la méme grappe et sur le méme 
pied ; en général, les lobes des ailes sont dressés et trés rapprochés du style 
quand le fruit est jeune, et s'en écartent d'autant plus que la maturité est 
plus complète. Cela a été parfaitement figuré par M. Jordan lui-même pour 
son Z. Timeroyi (Observations sur plusieurs plantes nouvelles, 6° fragment, 
pl. I, fig. B). 

C'est en considérant l'importance de ces variations que l'on pourrait se 
croire fondé à réunir certaines espèces nouvelles à titre de variétés à d'an- 
ciennes espèces; par exemple : I7. Forestieri Jord. à PZ. amara L., VJ. polita 
Jord. àT Z linifolia L., V7. Durandii Lor. et Dur., à 17. Violeti Soy.- 
Will., et probablement aussi l7. Zubanii Deville à l7. Bernardiana G. G. 


M. J. Gay dit qu'il pense que la plupart des espéces récemment 
créées dans le genre Jberis peuvent se réduire à une seule, F beris 
intermedia Guers., qui est la seule espéce de ce genre qui soit 


bisannuelle. On la trouve sur des points trés éloignés les uns des 
autres. 


M. Duchartre présente à la Société un pied de Jacinthe et fait 
la communication suivante : 


NOTE SUR DEUX PARTICULARITÉS OBSERVÉES DANS UNE JACINTHE , 
pr M. P. DUCHARTRE. 


Le pied de Jacinthe (Hyacinthus orientalis L.) que j'ai l'honneur de mettre 
sous les yeux de la Société présente deux particularités sur lesquelles je crois 
devoir attirer un instant son attention. 


4° Parmi les fleurs blanches et simples que comprend l'inflorescence de 


SÉANCE DU 22 Mars 4861. 459 


cette plante, il en est une fort curieuse, parce qu'elle résulte évidemment 
de la soudure de deux fleurs parfaitement et complétement organisées, qui 
ont contracté adhérence l'une avec l'autre par la face externe d’une foliole 
du périanthe de chacune d'elles. Cette fleur est la troisième avant-dernière. 
La hampe n'est nullement fasciée, ni vers le point où s'attache cette fleur 
monstrueuse ni ailleurs ; seulement elle s'incline vers son extrémité en un angle 
droit au sommet duquel se trouve l'insertion de la fleur dont il s'agit. Le 
pédicule de celle-ci est visiblement formé par la soudure de deux pédicelles 
collatéraux ; aussi montre-t-il un sillon médian profond, tant en avant qu'en 
arrière. A la base de chacun des pédicelles soudés se trouve une bractée nor- 
male; mais ces deux bractées, au lieu d'étre placées exactement au-dessous 
des deux pédicelles auxquels elles correspondent, ont été rejetées sensible- 
ment de cóté, de telle sorte qu'elles sont assez largement écartées l'une de 
l'autre. Chacune des deux fleurs cohérentes est complète et présente dès lors 
un périanthe de deux verticilles trimères, six étamines et un pistil également 
normal ; leur soudure s’est opérée longitudinalement sur une bande large 
d'environ 07,003, qui occupe le milieu de la face externe de deux folioles 
symétriques et par conséquent latérales, appartenant chacune à l'une des deux 
fleurs : ces folioles font partie du verticille externe. Une conséquence néces- 
saire de cette soudure c'est que la foliole complexe, qui résulte de la soudure 
de deux, est rectiligne, tandis que toutes les autres sont rejetées et recourbées 
en dehors, comme d'habitude dans la Jacinthe. 

2° A côté de la hampe terminée par l'inflorescence à laquelle appartient la 
fleur qui vient d’être décrite, on voit sortir du milieu de la touffe de feuilles 
une petite hampe grêle et longue seulement d'environ 0™,1 qui porte une 
seule fleur terminale. L'existeace de deux hampes florales, sortant du centre 
de la méme rosette d'une Jacinthe, a été observée par M. Thilo Irmisch, qui 
la signale avec son exactitude ordinaire, dans les termes suivants (1) : « Il ne 
faut pas confondre avec ce cas (celui où, sur le méme bulbe, deux bour- 
geons distincts ont donné, la méme année, deux hampes) celui dans lequel 
du centre d'une rosette de feuilles naissent deux hampes adjacentes. Dans 
Cette circonstance, on reconnaitra généralement que la deuxiéme hampe, 
dont le développement est plus tardif, se trouve, en méme temps que le jeune 
bourgeon principal (destiné à fleurir l'année suivante), dans l'aisselle de la 
feuille supérieure et au-devant de celle-ci. » A cette description parfaitement 
exacte, j'ajouterai que, sur ma plante, la petite hampe supplémentaire se 
trouve au côté gauche du bourgeon principal destiné à donner la hampe de 
l'année prochaine; en outre, cette petite hampe avait, si je puis le dire, 
marqué son empreinte dans la substance de la hampe principale qui, par suite, 
se montre creusée sur toute sa longueur d'une gouttière arrondie et profonde, 


(1) Zur Morphologie der monokotylischen Knollen- und Zwiebelgewæchse, p. 79. 


160 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
comme si, à mesure qu'elle s'est allongée, la présence de ce corps étranger 
l'avait obligée à se mouler sur celui-ci. 

La première des deux particularités que je viens de signaler me semble 
fournir une nouvelle objection parfaitement décisive contre l'opinion profes- 
sée par certains botanistes de nos jours qui nient d'une maniére absolue que 
des fleurs puissent se confondre par soudure en une fleur unique, et qui 
font dériver de partitions toutes les formations florales complexes regardées 
par d'autres comme le résultat de la confluence plus ou moins compléte de 
deux ou quelquefois trois fleurs. 


M. J. Gay dit qu'il a observé, sur le Narcissus chrysanthus, un 
phénoméne analogue à celui que M. Duchartre vient de montrer 
chez une Jacinthe. Dans ce cas, il y avait deux pédicelles et deux 
ovaires soudés, deux limbes distincts portant chacun six étamines, 
et une couronne unique. 

M. Lecoq ajoute qu'il n'est pas rare d'observer dans les Jacinthes 
une fleur supplémentaire indépendante de la hampe. 


M. T. Puel donne lecture d'un dernier extrait de la lettre qui 
qui lui a été adressée par M. T. Letourneux : 


SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA 
VENDÉE ET LES RÉGIONS VOISINES, par MI, Tacite LETOURNEUX (în) (1). 


Bupleurum affine. — Olonne prés les Sables; vient d'étre retrouvé à Saint- 


Michel-en-Retz (Loire-Inférieure). Plante isolée, et qui ne rentre dans 
aucun de mes trois groupes. 


B. protractum. — Calc. Toute la Plaine et le Marais. 


B. rotundifolium. — Calc. Beaucoup plus rare ; Chaillé-les-Marais (seule 
localité). 


Caucalis daucoides. — Calc. La Plaine. 

Turgenia latifolia. — Calc. La Plaine et le Marais. 

Orlaya grandiflora. — Calc. La Plaine et le Marais ; plus rare. 

Trinia vulgaris. — Calc. et mérid. Limite nord : La Rochelle. 

Bifora testiculata, — Calc. et mérid. La Plaine et le Marais. 

Falcaria Rivini. — Calc. La Plaine et le Marais. 

Libanotis montana, — Je note cette plante, qui appartient au calcaire, parce 
que, malgré son nom spécifique, elle abonde dans la Plaine jusqu'à la cóte, 
où on la trouve derrière les dunes au niveau de la mer. 

Peucedanum officinale. — Plante de la Loire-Inférieure, qui a été décou- 


(1) Voyez plus haut, p. 91 et 124. 


SÉANCE DU 22 Mans 18061. 161 


| verte l'an dernier, dans une ou deux localités du Bocage vendéen, région 
voisine de la mer. 

Lonicera X ylosteum. — Charente-Inférieure, Deux-Sèvres, Vienne: manque 
dans la Vendée. 

Asperula galioides. — Deux-Sèvres, Vienne ; manque dans la Vendée. 

A. arvensis. — Calc. La Plaine. 

Crucianella angustifolia. — Charente-Inférieure, Vienne, Deux-Sèvres ; 
manque dans la Vendée. i 

Valeriana dioica. — Charente-Inférieure, Vienne, Deux-Sèvres; manque 
dans la Vendée. 

Micropus erectus. — Mérid. et calc. Limite nord : Auzais. 

Pallenis spinosa. — Mérid. Limite nord : Saintes (Charente-Inférieure). 

Inula squarrosa. — Mérid. et calc. Limite nord : Auzais. 

I. montana. — Calc. et mérid.? Limite nord : Maillezais. 

Senecio erucifolius, — Calc. Limite nord : Chantonnay. 

Carduncellus mitissimus. — Calc. et mérid. Limite nord : Maillezais. 

Centaurea aspera. — Mérid. et marit. Limite nord : Noirmoutiers. 

Crupina vulgaris. — Deux-Sévres, Vienne ; manque dans la Vendée. 

Xeranthemum cylindraceum. — Calc. et mérid. Limite nord : Triaize. 

Catananche cœrulea. — Mérid. Limite nord: forêt de Benon (Charente- 
Inférieure). 

Scorzonera hirsuta. — Mérid. Limite nord : forêt de Benon (Charente-Infé- 
rieure). 

Lactuca perennis. — Calc. La Plaine. 

Crepis Suffreniana, C. bulbosa. — Marit. Saint-Jean-d'Orbetiers près les 
Sables. 

Phyteuma orbiculare. — Deux-Sèvres, Charente-Inférieure, Vienne; manque 
dans la Vendée. 

Campanula persicifolia. — Limite nord : Pont-Charrault (Vendée); Poitiers. 

C. Erinus. — Calc. et mérid. Limite nord : Fontenay. - 

Phillyreamedia.—Mérid. Limite nord: Rochers de la Dive (Vendée); Poitiers. 

Cynanchum acutum. — Mérid. Limite nord : ile de Ré. 

Chlora imperfoliata. — Région maritime dela Vendée; n'entre pas dans 
la Loire-Inférieure. 

Erythræaspicata. — Mérid. Limite nord : Triaize (Vendée). 

Convolvulus lineatus. — Mérid. Limite nord : Chaillé-les- Marais. 

Echium pyramidale. — Mérid. Limite nord : entre Jard et Talmont (Vendée). 

Lithospermum apulum. — Mérid. Limite nord : La Rochelle. 

L. purpureo- ceruleum. — Calc. La Plaine et le Marais. 

Echinospermum Lappula. — Calc. Bourneau, Olonne (Vendée). 

Cynoglossum pictum. — Calc. et mérid. La Plaine et le Marais; se retrouve 
prés de Rennes. 

T. VIII. 1 


162 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Omphalodes littoralis. — Olonne, Noirmoutiers ; plante occidentale, qui n’a 
encore été trouvée que dans les départements du Morbihan, de la Vendée 
et de la Charente-Inférieure. 

Physalis Alkekengi. — Calc. La Plaine. 

Digitalis lutea, — Charente-Inférieure, Deux-Sèvres, Vienne ; manque dans 
la Vendée. 

Veronica prostrata, V. triphyllos. — Gharente-Inférieure, Vienne; man- 
quent dans la Vendée. 

V. precoz. — Mérid. et calc. Benet (localité unique); assez commun dans 
la Vienne. 

Melampyrum arvense. — Oulmes (localité unique) ; trés commun dans la 
Vienne, la Charente-Inférieure et les Deux-Sèvres, 

Odontites Jaubertiana. — Calc. Limite nord : Fontenay. 

Orobanche cruenta. — Calc. et mérid. Limite nord : Bourneau (Vendée), 
dans la Plaine. 

O. Epithymum. — Nieul-sur-Authise (Vendée), prés des Deux-Sèvres (loca- 
lité unique). — 

Stachys heraclea. — Mérid. et calc. Limite nord : forêt de Benon (Charente- 
Inférieure. 

Teucrium Botrys. — Calc. La Plaine, 

T. Chamædrys. — Calc. La Plaine et le Marais. 

T. montanum. — Calc. et mérid. Limite nord : Mouzeuil (Vendée). 

Rumex bucephalophorus. — Mérid. Limite nord : ile d'Yeu, sur le schiste. 


Polygonum Bellardi. — Charente-Inférieure, Deux-Sèvres, Vienne; manque 
dans la Vendée. 


Passerina annua. — Calc. La Plaine. 

Daphne Gnidium. — Mérid, Limite nord : Jard (Vendée), 

Osyris alba. — Mérid. Limite nord : Soubise (Charente-Inférieure). 

Euphorbia angulata. — Plante du sud-ouest; Vienne, Gharente-Inférieure ; 
manque dans la Vendée. 

E. verrucosa, — Calc. Charente-Inférieure, Deux-Sèvres, Vienne ; manque 
dans la Vendée. 

E. palusiris. — Limite nord : le Marais à Nalliers; se retrouve dans l'ile 
d'Yeu. 

E. serrata. — Mérid. Limite nord : La Rochelle. 

E. Gerardiana. — Calc. Charente-Inférieure, Loire-Inférieure, Vienne; 
manque dans la Vendée. 

E. falcata. — Beuet. 

Saliz caprea. — Manque dans la Vendée. 

Orchis fusca. — Deux-Sèvres; manque dans la Vendée, 

O. galeata. — Charente-Inférieure ; manque dans la Vendée. 

0. Simia. — Calc. Limite nord : Mouzeuil. 


SÉANCE DU 22 Mans 1861. 163 


Ophrys anthropophora. — Calc. Limite nord : Auzais. 

Limodorum abortivum. — Limite nord : forêt de Benon (Charente-Infé- 
rieure. 

Iris spuria. — Mérid. Limite nord : Luçon. 

Gladiolus segetum. — Limite nord : La Rochelle (sur le continent), Noir- 
moutiers. 

Allium roseum. — Mérid. et presque marit. Limite nord : Chaillé-les- 
Marais. 

A. polyanthum. — Calc. et mérid. Limite nord : Fontenay. 

Juncus anceps. — Les Sables-d'Olonne, où il abonde; localité unique jus- 
qu'ici dans toute la circonscription de la flore de l'ouest; mais il se 
retrouvera sans doute ailleurs. 

J. Gerardi. — Plante maritime. 

Scirpus ovatus. — Encore une plante isolée, qui ne se rencontre dans la flore 
de l'ouest qu'aux environs de Napoléon. 

Carex dioica. — Même observation. 

C. depauperata. — Je l'ai trouvé (depuis la publication de la Flore de 
M. Lloyd) à Fontenay, dans la forêt, sur les micaschistes. | 

C. tomentosa. — Calc. Limite nord : Bazoges- en- Pareds, 

C. gynobasis. — Calc. et mérid. Limite nord : Maillezais. 

Tragus racemosus. — Mérid. Limite nord : Notre-Dame-de-Mont, 

Crypsis schænoides. — Mérid. Limite nord: Lairoux (Vendée); reparait 
dans le Finistère. 

Lagurus ovatus. — Croit à l'ile d'Oléron, disparaît dans les dép. de la Vendée 
et de la Loire-Inférieure, se retrouve dans le Morbihan et jusqu'en Nor- 
mandie. : 

Milium scabrum. — Abondant aux Sables-d'Olonne. Les localités les moins 
éloignées qu'on indique pour cette plante sont la Gironde au sud, Indre- 
et- Loire à l'est, la Hollande vers le nord. 

Echinaria capitata. — Mérid. et calc. Limite nord et localité unique : 
Chaillé- les- Marais. 

Koleria valesiaca. — Même observation. 

K. phleoides. — Charente-Inférieure, Loire-fuférieure; manque dans la 
Vendée. 

Ara media. — Mérid. Limite nord : Saint-Cyr-en-Talmondais (Vendée). 


Briza Eragrostis. — Limite nord * Challans. 
Cynosurus echinatus. — Mérid. Charente-Inférieure et Morbihan; manque 


dans les deux départements intermédiaires de la Vendée et de la Loire- 
Infér eure. 

Æ giloys ovata. — Mérid. et calc. Limite nord : La Rochelle; entre Châtel- 
lerault et Poitiers (Vienne). 

Æ. triuncialis. — Limite nord : Vienne. 


164 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. Roze communique à la Société la liste des Mousses recueillies 
en Savoie pendant l'excursion botanique dirigée par M. Chatin, en 
août 1860 (1). 

M. Durieu de Maisonneuve met sous les yeux de la Société une 
inflorescence défleurie de Furcræa gigantea, couverte de bourgeons 
foliaires déjà développés en rosettes de feuilles et pouvant reproduire 
la plante (2). 

M. Duchartre rappelle que le développement particulier de ces 
bourgeons a été cilé par plusieurs auteurs, ei entre autres par M.Ch. 
Koch, dans son Essai monographique sur les Agave. 

M. N. Doümet dit qu'il se souvient d'avoir lu dans un ouvrage de 
botanique, que la hampe du Bonapartea juncea forme de nouveaux 
bourgeons si on la coupe au moment de la floraison. 


M. Durieu de Maisonneuve présente ensuite à la Société des 
échantillons de trois espèces d'/soétes (lont deux découvertes dans 
le département de la Gironde en 1860) : 


4° Jsoëtes Hystrix DR. forma subinermis, trouvé sur les buttes basses et 
peu gazonnées des bords de l'étang de Cazau. 

2° Isoëtes Boryana DR. (sp. nova), trouvé dans l'étang méme de Cazau 
(où il avait déjà été aperçu, il y a plus de soixante ans, par Bory de Saint- 
Vincent, qui ne supposait pas alors qu'il existàt d'autre espèce que lZ. lacus- 
tris), plante essentiellement aquatique, constamment submergée et qui n'at- 
teint tout son développement que lorsqu'elle croit à la profondeur d'environ 
un mètre. Cette. espèce ressemble par son facies à l'7. setacea (des mares 
du midi de la France), mais ses spores subtétraédriques et fortement tuber- 
culeuses l'en éloignent beaucoup et la rapprochent des Zsoétes palustres de 
l'Algérie, ainsi que de l'7. tenuissima Boreau. 

3° Jsoëtes echinospora DR. (sp. nova), l'une des espèces les mieux carac- 
térisées du genre, par ses spores toutes hérissées d'aiguilles extrémement fra- 
giles, et qui néanmoins a été confondue jusqu'ici avec l'/. lacustris. Elle 
croit dans quelques lacs du centre de la France et parait s'avancer assez 
haut vers le nord-ouest de l'Europe. M. Durieu de Maisonneuve s'occupe à 
recueillir des documents plus précis sur sa géographie. 


M. Durieu de Maisonneuve veut bien distribuer àux membres 
présents quelques échantillons de son /soëtes Boryana. 


(1) D'après le désir de l'auteur, cette liste sera insérée à la suite du rapport de 
M. Chatin sur cette excursion. 


(2) Voyez le Bulletin, t. VIL, p. 151. 


SÉANCE DU 22 Mars 1861. 165 


M. J. Gay rappelle que Dillen, dans son Historia Muscorum, 
publié en 1741, a figuré deux formes d'/soétes croissant dans le 
pays de Galles, dont l'une (n° 1) ressemble à la plante du lac de 
Guéry en Auvergne (I. echinospora DR.), et l'autre (n° 2) ressemble 
à la plante des Vosges et de la Forét-Noire (qui est notre T. lacus- 
tris). M. Gay ajoute que Willdenow, en réunissant les deux formes 
de Dillen sous le nom d'/. /acustris, a désigné comme variété G la 
forme des Vosges et de la Forét-Noire, et que, par conséquent, c'est 
la plante du lac de Guéry qui devrait porter exclusivement le nom d'7. 
lacustris, si cette plante est réellement le Calamaria n° 1 de Dillen. 

M. Durieu de Maisonneuve ne eroit pas qu'on puisse, sans incon- 
vénient, changer le nom que porte depuis cent ans l'/soétes des 
Vosges et de la Forét-Noire (1). 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR LES PLANTES LES PLUS REMARQUABLES DU VERSANT MÉRIDIONAL DE LA 
MONTAGNE-NOIRE, RECUEILLIES EN JUIN 4860, DANS LE CANTON DE MAS-CABARDES, 
ARRONDISSEMENT DE CARCASSONNE (AUDE), par MI. Ch. OZ ANON (fn) (2). 


Delphinium cardiopetalum DC. — Salsigue. 

Nigella damascena L. — Villanière. 

Ranunculus hederaceus L. — Villardonnel. 

R. aconitifolius L. — Pradelles. 

Ræmeria hybrida DC. — Salsigne. 

Alyssum macrocarpum DC. — Les Ilhes, Lastours-Cabardès. 

Cistus albidus L. — Mas-Cabardès. 

C. salvifolius L. — Ibid. 

C. monspeliensis L. — Lastours. 

Fumana Spachii G. G. — Ibid. 

Viola sudetica Willd. — Pradelles, sur le pic du nord, à 1000 mètres d'alti- 
tude, dans les pâturages granitiques. 

Dianthus virgineus Godr. FL Fr. non L, (D. Godronianus Jordan in litt. ). 
— Lastours. 

Silene muscipula L. — Villanière. 


(1) Dans une lettre en date du 30 mai 1861, M. Durieu de Maisonneuve nous annonce 
qu'il a aujourd'hui la certitude que le Calamaria n° 1 de Dillen n'est autre chose que la 
forme trapue du véritable /soétes lacustris, aue l'on trouve fréquemment dans le nord 
de l'Allemagne, en Suéde et méme daus les lacs alpins. L'/soétes des Vosges aurait donc 
le droit de conserver le nom de lacustris. (Note du Secrétariat.) 

(2) Voyez plus haut, p. 419. 


466 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Silene saxifraga L. — Lastours, les lhes. 

: Arenaria mucronata DC, — Lastours. 

Stellaria uliginosa Murr. — Villardonnel. 

Erodium althæoides Jord. — Lastours. 

Hypericum linarifolium Vahl. — Mas-Cabardès. 

Ruta angustifolia Pers. — Villanière. 

R. montana Clus, — Salsigne. 

Rhamnus Alaternus L. — Lastours. 

Coronilla scorpioides Koch. — Villanière. 

‘Cytisus sessilifolius L. — Salsigne. 

-Colutea arborescens L. — Ibid. 

-Doryenium suffruticosum Vill. — Les Ilhes. 

:Genista hispanica L. — Salsigne. 

G. Scorpius DC. — Lastours, Salsigne, 
Lathyrus ensifolius Bad. — Ibid. 

‘Ononis minutissima L. — Lastours. 
Melilotus sulcata Desf. — Villanière. 
Trifolium suffocatum L. — Mas-Cabardès. 

-Vicia Orobus DC. — Les Martyrs. 

‘Alchemilla microcarpa Boiss. et Reut. — Mas-Cabardès. 
Geum montanum L. — La Bastide. 
Potentilla hirta L. — Lastours. 

Sedum altissimum Poir. — Les Ilhes, etc 
S. brevifolium DC. — Mas-Cabardès. 

S. hirsutum All. — Ibid. 

Cactus Opuntia L. — Naturalisé à Lastours. 
Ribes alpinum L. — Mas-Cabardès. 
Saxifraga hypnoides L. — Ibid. 

S. leucanthemifolia Lap. — Ibid. 

S. obscura Gren. — Ibid. 

Bifora testiculata DC. — Salsigne. 
Bupleurum aristatum Bartl, — Villanière. 

Opopanaz Chironium Koch. — Salsigne. 
Physocaulis nodosus Koch. — Lastours. 
Thapsia villosa L. — Salsigne. 

Lonicera etrusca Santi. — Mas-Cabardès. 
Galium maritimum L. — Salsigne. 
Valerianella echinata DC. — Villaniére. 
Anthemis collina Jord. — Villardonnel, 

Aster acris L. — Lastours. 

 Cupuluria viscosa G. G. — Ibid. 

Inula helenioides. DC. — Salsigne, route de Conques. 


SÉANCE DU 22 MARS 4864. 167 


Inula spiræifolia L. — Salsigne. 
Leucanthemum palmatum Lam. — Mas-Cabardès. 
` Phagnalon sordidum DC. — Lastours. 


Santolina squarrosa Willd. — Salsigne, route de Conques. 

Carlina corymbosa L. — Mas-Cabardès. 

Carduus vivariensis Jord. — Mas-Cabardès, Villardonnel, etc. 

Centaurea montana L. — Les Martyrs. 

C. pectinata L. — Mas-Cabardès. 

C. semidecurréns Jord. — La Tourrette. 

Galactites tomentosa Mœnch. — Villardonnel. 

Microlonchus salmanticus DC. — Salsigne. 

Crepis recognita Hall. f. — Lastours. 

Hieracium amplexicaule L. — Mas-Cabardès. 

Pterotheca nemausensis Cass. — Ibid. 

Picridium vulgare Desf. — Ibid. 

Rhagadiolus stellatus DC. — Ibid. 

Urospermum Dalechampii Desf. — Ihid. 

U. picroides Desf. — Villanière. 

Wahlenbergia hederacea Rchb. — Miraval. 

Vaccinium Myrtillus L. — Pradelles. 

Erica arborea L. — Mas-Cabardès. 

Asterolinum stellatum Link et Hoffm. — Lastours. 

Coris monspeliensis L. — Salsigne. 

Jasminum fruticans L. — Villardonnel, etc. , partout. 

Vinca media Link et Hoffm. — Les Ilhes. 

Gentiana lutea L. — Pradelles. 

Cuscuta Kotschyi Des Moul. — Lastours, sur le Thymus vulgaris, le Silene 
saxifraga, etc. ; 

Cynoglossum cheiri folium Y. L. — Villardonnel, Lastours. 

Hyoscyamus albus L. — Lastours. : 

H. major Mill. — Mas-Cabardès. 

Verbascum Bærhaavii L. — Ibid. 

Antirrhinum À zarina L. — Ibid. 

Scrofularia alpestris Gay. — Ibid. 

Brunella pyrenaica G. G. — La Tourrette. 

Lavandula latifolia Vill. — Lastours. 

Phlomis Herba venti L. — Ibid. 

Phl. Lychnitis L. — Salsigne. 

Sideritis hirsuta L. — Ibid. 

S. romana L. — Ibid. 

Teucrium aureum Schreb. — Lastours. 

T. Polium L. — lbid. 


168 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Plantago carinata Schrad. — Mas-Cabardés. 

Rumex thyrsoides Desf. — Salsigne. 

Thesium divaricatum Jan. — Lastoura 

Th. pratense Ehrh. — Les Martyrs. 

Aristolochia rotunda L. — Villardonnel. 

Euphorbia Characias L. — Mas-Cabardès. 

E. Chamasyce L. — Ibid. 

E. nicæensis All. — Lastours. 

E. serrata L. — Villanière. 

E. segetalis L. var. (E. longibracteata DC.). — Lastours. 
Mercurialis tomentosa L. — Ibid. , sur la route de Conques. 
Urtica pilulifera L. — Villanière. 

Quercus Ilex L. — Mas-Cabardès. 

Asphodelus spherocarpus Gren. — Roquefère. 

A. cerasiferus Gay. — Lastours. 

Allium polyanthum R. et Sch. — Mas-Cabardés 

A. roseum L. — Ibid. 

Ornithogalum narbonense L. — Salsigne. 

Smilaz aspera L. — Très abondant, 

Gladiolus segetum Gawl. — Salsigne. 

Serapias Lingua L. — Villardonnel. 

Juncus capitatus Weig. — Mas-Cabardés. 

Scirpus Holoschænus L. — Lastours. 

Carex lævigata Sm. — Les Martyrs. 

C. Linkii Schk. — Roquefère, Mas-Cabardés. 

C. punctata Gaud. — Miraval, les Martyrs, 

Aira Cupaniana Guss. — La Tourrette, dans les châtaigneraies. 
Bromus rubens L. — Villanière. 
Brachypodium ramosum R. et Sch. — Mas-Cabardés. 
Briza maxima L. — Ibid. 

Cynosurus echinatus L. var. (C. erroneus Jord. }. — Mas- Cabardès. 
C. Castagnei Jord. — Pradelles. 

Melica minuta L. — Lastours. 

Æ gilops ovata L. — Villanière. 

Stipa juncea L. — Lastours. 

Equisetum ramosum Schleich. — Salsigne. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


MAI 1861. 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Anatomische und physiologische Beobachtungen ueber 
die Wieizbarkeit der Geschlechtsorgane (Recherches 

«| anatomiques et physiologiques sur l'irritabilité des organes sexuels) ; par 
M. Kabsch (Botan. Zeitung, n** h et 5 de 1861, pp. 25-37, pl. 1). 


L'auteur, aprés avoir parlé des nombreuses difficultés «u'offrent les re- 
cherches de ce genre, rappelle les beaux travaux qui ont été publiés en 1828 
par M. Geppert sur le méme sujet. Il se borne à rechercher le véritable 
siége de l'irritabilité du filet staminal, et donne d'abord les résultats de 
ses observations sur les Berberis vulgaris L., B. ilicifolia Forst., B. sibirica 
Pall. et B. Lycium Royle. Le siége de l'irritabilité ne se trouve pas exclusi- 
vement à la partie inférieure du filet, mais dans toute son étendue. A l'état de 
repos, les étamines forment un avgle droit avec le pistil; aussitôt qu'on les 
touche, tout le filet se courbe et prend presque la forme d’un croissant en 
appliquant ainsi directement l'anthére sur le stigmate. Les Vahonia Aquifolium 
Nutt. et M. fascicularis DC. offrent un phénomène semblable, c'est-à-dire 
l'incurvation de leurs filets en totalité, mais ceux-ci sont de plus genouillés à leur 
base. Le filet n'étant pas encore irritable avant l'épanouissement de la fleur 
et n’acquérant cette irritabilité que vers l'époque de la déhiscence de l'an- 
thère, l'auteur a cru devoir soumettre à une observation comparative la 
structure anatomique de cet organe aux diverses phases de son développement. 
Selon lui, il est trés probable que les cellules papilleuses, dont est couvert le 
filet au moment de la floraison, sont les agents du mouvement qu'opere celui- 
Ci. Peut-étre aussi le faisceau fibro-vasculaire y jouerait-il un róle plus ou 
moins actif. Les anthéres des Cinarées offrent des phénomènes d'irritabilité 
semblables, coincidant avec la méme structure anatomique. L'auteur pense 
que le but de la nature est de rendre possible ou de faciliter, par les mou- 
vements que permet l'irritabilité, la fécondation des plantes qui offrent cette 
organisation particulière. Il cherche à expliquer les cas fréquents d'hybridité 
dans les Cinarées par le développement tardif du stigmate de ces plantes, 
qui rendrait souvent la fécondation impossible sans l'intervention du pollen 
d'une plante voisine. Le mouvement qu'exécutent les filets du Ruta gra- 
veolens et du Parnassia palustris, tout en ayant le méme but, c'est-à-dire 
la transmission du pollen sur le stigmate, n'est point causé par l'irritabilité. 
Les filets de ces dernières plantes sont munis d'un épiderme lisse. Les anthères, 


170 SOCIETE BOTANIQUE DE FRANCE. 

en s'appliquant sur le stigmate, suivent un certain ordre que l'auteur décrit 
d'une maniere trés détaillée. En terminant, M. Kabsch parle encore des stig- 
mates irritables de différentes espèces de Mimulus, qui offrent, comme les 
filets réellement irritables, un épiderme papilleux. Ce mémoire est accompagné 


d'une planche contenant 15 figures. 
JOHANNES GR(ENLAND. 


Du développement de la fécule, e£ en partieulier de 
sa résorpiion dans lalbumen des graines en germi- 
mation; par M. A. Gris, aide-naturaliste au Muséum (extr. des Ann, 
sc. nat., h° série, t. XIII, cahier n° 2). 


L'auteur de ce travail rappelle, dans une courte introduction, ce qui a été 
écrit par ses devanciers sur le mode de résorption de la fécule. Il a été conduit 
à introduire dans le plan de son travail l'étude du développement de la matière 
amylacée, développement qu'il a seulement indiqué pour certaines plantes et 
exposé en détail pour d'autres. Cette étude lui a semblé nécessaire dans cer- 
tains cas oü la fécule, à son état adulte, se présente. sous des formes si compli- 
quées qu'il faut, pour les comprendre, l'avoir suivie dans les différentes phases 
de son évolution. | 

Ce mémoire, qui a excité l'intérét de l’Académie des sciences (voy. le rapport 
sur le prix de physiologie pour l'année 1860), est accompagné de six planches 
. contenant 155 figures dessinées à la chambre claire par l'auteur et gravées avec 
` soin. 

Les espèces dont l’amidon a été étudié par l’auteur sont les suivantes : 
Triticum vulgare Vill., T. polonicum L.; Secale cereale L., S. montanum 
Guss.; Æ gilops speltæformis Jord., Æ. ovata L., Æ. triaristata L.; Hor- 
deum vulgare L., H. Zeoeriton L. ; Avena sativa L.; Bromus exaltatus 
Bernh., B. tectorum L.; Alopecurus utriculatus Pers., A. agrestis L.; Coix 
Lacrima L.; Zeo Mays L.; Oryza sativa L. (Graminées) ; Commelyna stricta 
Desf.; Tradescantia virginica L. (Commélynacées) ; Arum italicum Mill. 
(Aroidées); Polygonum orientale L., P. Fagopyrum L., Rheum Rhaponti- 
. eum L.; Emex spinosa Campd. (Polygonées) ; Mirabilis longiflora L. (Nyc- 
taginées) ; Rivina lœvis L. (Phytolaceées). 

L'auteur a insisté sur le rôle important que le nucléus joue, en un grand 
nombre de cas, dans le développement de la matière amylacée (Blé, Avoine, 
Mais, Alopecurus, Commelyna, Tradescantin, Arum, Emex, etc.). Il a 
démontré d'une manière très sensible la présence de la cavité interne du grain 
d'amidon (déjà signalée par plusieurs auteurs) en faisant des coupes minces 
transversales des grains d'amidon du Mais, coupes qui offrent alors une perfo- 
ration dont ie diamètre peut parfois atteindre 0?»,0035. Il pense qu'on pour- 
rait diviser naturellement les grains d'amidon en deux catégories : ceux qui 


KEVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 4741 


‘sont simples et ceux qui ne le sont pas. Ceux-ci, pour plus de commodité, 
pourraient s'appeler composés, quel que füt leur mode de formation et 
de développement. Cependant l'auteur fait remarquer qu'il y a une grande 
différence entre ceux des Avena, Alop^curus, Arum, dont les éléments 
constituants grossissent et deviennent polyédriques, et qui se conservent entiers 
et intacts jusqu'à la maturité de la graine, et ceux des Mirabilis et Rivina. Ces 
derniers n'ont qu'une existence éphémère; ils ne présentent pas de facettes 
polyédriques, et ils se dissolvent avant la maturité de la graine. Leurs éléments, 
mis en liberté et confondus avec de petits granules simples qui pouvaient préa- 
lablement exister dans la cellule, forment enfin, par suite de leur accroisse- 
ment individuel et de leur pression réciproque, des masses compactes et 
volumineuses qui sont les moules internes exacts des cellules. 

Enfin M. Gris a étudié avec détail le mode de résorption des grains amy- 
lacés lors de la germination. Selon lui, la fécule se dissout suivant deux 
modes particuliers : dans le premier, qu'il a appelé mode de résorption 
locale, le grain, attaqué par places d'une manière irrégulière et suivant des 
dessins capricieux, est rongé, troué, mis en lambeaux. A ce mode se rattache 
la fécule de tous les genres à grains simples que l'auteur a examinés (7riti- 
cum, Secale, Ægilops, Hordeum, Coix, Zea, Rheum, E mex, Polygonum), 
sauf celle du genre Bromus. Souvent la stratification des grains de fécule 
est dévoilée pendant les premières phases de la résorption; mais, parmi les 
Hordéacées, elle l'est faiblement dans le Triticum vulgare, Y Hordeum Zeo- 
criton et le Secale montanum, d'une manière plus sensible dans l’ Hordeum 
vulgare et le Secale cereale, et tout à fait admirable dans les Ægilops. Dans 
le deuxième mode de résorption, que l'auteur appelle mode de résorption 
égale, le grain, ou l'élément partiel du grain lorsqu'il est ou a été composé, 
semble se dissoudre d'une maniere uniforme, égale, et par toute sa surface qui 
demeure lisse ; il n'est ni troué ni déchiqueté, mais il diminue insensible- 
ment de volume. C'est ce mode de résorption que présente la fécule du genre 
Bromus et de tous les genres dont l'albumen contient ou a contenu, à une cer- 
taine époque de son développement, des grains composés, tels que les Avena, 


Alopecurus, Arum, Mirabilis, Rivina, etc. 
: EuckNE FOURNIER. 


Ueber Poly-embryonie nnd Keimung von Cælebogyne, 
ein Nachtrag zu der Abhandlung ueber Partheno- 
genesis bei Pflanzen (Sur la poly-embryonie et la germination 
du Culebugyne, supplément au mémoire sur la parthénogénèse des 
plantes); par M. Alex. Braun. Tirage à part des Actes de l’Académie royale 
des sciences de Berlin, in-4, pp. 109-293, pl. 1-vL Berlin, 1860, chez 
F. Duemmler. 


Cet important ouvrage se compose de plusieurs parties. La premiére traite 


172 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


du Cælebogyne et donne en quelque sorte une continuation des observations 
dont l'auteur avait déja antérieurement publié les résultats. M. Braun dit que, 
gráce à ses recherches sur la plante en question, il ne lui reste plus aucun doute 
sur l'existence d'une véritable parthénogénese chez les végétaux. Toutefois, 
il admet que ce phénoméne doit étre considéré comme une des anomalies ins- 
tructives dont le règne végétal nous offre quelques rares exemples, et il cite, à 
cette occasión, un certain nombre d'anomalies intéressantes qui, cependant, 
n'ont pas de rapport direct avec la parthénogénése. HM soumet ensuite à un 
examen détaillé les observations que M. Regel a faites sur les Mercurialis 
annua, Spinacia et Cannabis ; il pense qu'on ne saurait tirer de ces obser- 
vations aucune conclusion contraire à la parthénogénèse, surtout aprés la pu- 
blication des travaux de M. Radlkofer, traitant également cette question. Les 
observations publiées dans le Bonplandia sur la parthénogénèse du Cælebo- 
gyne ilicifolia fournissent à M. Braun l'occasion de se demander si les 
graines de cette p'ante sont réellement nées d'ovules proprement dits, ou 
si ces prétendues graines ne sont pas plutôt des bourgeons fo.iaires, de 
sorte que la reproduction de la plante ne constituerait qu'un acte végétatif 
et non sexuel. Les observations de M. Deecke et de M. Radlkofer ont, selon 
lui, suffisamment prouvé que ces graines suivent le développement ordinaire 
et qu'elles ne sont point des bourgeons comme le pense l'auteur du mémoire 
publié dans le Zonplandia; d'ailleurs, M. John Smith avait déja précédem- 
ment dit qu'elles offrent la structure ordinaire de celles des Euphorbia- 
cées (Croton, Phyllanthus, Cluytia, etc.). M. Braun entre ensuite dans 
quelques considérations sur la place qu'occupe, selon les divers monographes 
des Euphorbiacées, le Cælebogyne dans cette famille du règne végétal. La 
planche I, où sont figurées les différentes phases de la germination des graines 
du Cœlebogyne, contient plusieurs figures de la graine mûre; nous y voyons, 
en outre, représentées les premières traces de la germination jusqu'au complet 
développement de la plante, qui porte six feuilles au-dessus de ses cotylédons. 
Des plantes vigoureuses peuvent donner, la premiére année, jusqu'a 9 ou 
12 feuilles. Parmi 23 jeunes plantes obtenues par semis, M. Braun a observé 
7 individus monstrueux qui offrent pour cette plante, déjà si curieuse à d'autres 
égards, le curieux phénomène de la présence de plusieurs embryons dans la 
méme graine. Dans toutes ces monstruosités, l'auteur a observé deux, et 
méme une fois trois embryons plus ou moins soudés ensemble. La planche II 
présente les figures de ces singulières anomalies, dont l'auteur donne une 
description trés détaillée, Cette poly-embryonie aurait, d'ailleurs, déjà été 
constatée dans le Cœlebogyne par M. Radlkofer, qui avait observé dans le 
sac embryonnaire de cette plante le développement de plusieurs vésicules em- 
brvonnaires. La poly-embryonie est, selon l'auteur, bien moins rare dans le 
règne végétal qu'on n'est généralement disposé à l'admettre; elle peut se pré- 
senter sous différentes formes, Elle est produite tantôt par la fécondation de 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 173 


plusieurs vésicules embryonnaires contenues dans le méme sac embryonnaire : 
tantót par la présence de plusieurs sacs embryonnaires dansle méme nucelle 
et par la fécondation de chacun de ceux-ci ; tantôt enfin par une réunion de 
ces deux phénomènes sur le méme ovule. L'auteur rapporte, à ce propos, les 
observations faites par divers savants qui ont constaté la présence de plusieurs 
sacs embryonnaires dans le méme ovule. La présence de plusieurs vésicules 
embryonnaires dans le sac embryonnaire n'est pas une exce,tion ; c'est au con- 
traire la règle, et l'on ne cite qu'un très petit nombre de plantes présentant une 
seule vésicule embryonnaire. Ordinairement on observe la présence de deux 
ou trois de ces organes; chez quelques plantes ils sont méme trés nombreux, 
par exemple dans le genre Citrus. M. Braun ne considere pas les corpuscules 
des Gymnospermes qui offrent des cas de poly-embryonie comme des organes 
correspondant au sac embryonnaire des Angiospermes ; il croit devoir les 
rapprocher des vésicules embryonnaires de ces dernières plantes, et il 
examine à cette occasion les observations de MM. Hofmeister et Schacht. 
Il met ensuite en parallèle avec la vésicule embryonnaire des Phanérogames 
la cellule centrale de l'archégone des Cryptogames, et passe en revue les faits 
connus sur la fécondation de cette cellule centrale. Les cas de véritable 
poly-embryonie sont trés rares chez ces plantes, malgré la présence assez géné- 
rale de plusieurs archégones sur leur prothallium. Une autre forme de Ja poly- 
embryonie serait causée par la division du pro-embryon (Vorkeim), qui naît 
d'une vésicule embryonnaire. Ce fait est oservé chez les Conifères et chez 
les Cycadées, et l'auteur décrit en détail le mode de ce développement ; il 
dit en méme temps que presque toujours, dans ces cas, une seule des plantules 
provenant de cette division se développe, tandis que les autres avortent. Pour 
les Angiospermes, on n'aurait observé de cas analogue que chez le Loranthus 
europæus. L'auteur parle ensuite des cas d'une fausse poly-embryonie causée 
par la soudure de deux ovules, et cite plusieurs faits de ce genre. Enfin il nous 
donne un exposé trés détaillé de toutes les observations faites jusqu'a ce jour 
au sujet de la poly-embryonie, et il résulte de ses recherches que des cas de 
ce développement singulier ont été observés sur 6? espèces de plantes appar- 
tenant à 47 genres et à 35 familles. Un grand nombre de ces observations sont 
dues à l’auteur lui-même et illustrées de très belles figures Il examine ensuite 
les divers degrés de soudure qu'offrent entre elles les plantules issues de cette 
poly-embryonie. 

La seconde partie de l'ouvrage du savant professeur de Berlin est consacrée 
à des observations sur les graines charnues de quelques Amaryllidées. La 
présence de ces graines semble offrir, selon lui, des caracteres suffisants pour 
déterminer non-seulement les espéces, mais peut-étre méme certains genres. 
Il commence par énumérer les genres dans lesquels ces graines charnues ont 
été jusqu’à présent observées, et il nous donne une revue historique de cette 
question: Aprés avoir rappelé les observations de R, Brown et d'Achille 


174 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Richard, il parle d'une manière détaillée des recherches faites par MM. Hof- 
meister, Baillon et Prillieux sur ces graines charnues, et il soumet à dis- 
cussion les différentes maniéres de voir émises par ces observateurs. Compa- 
rant leurs travaux à ses propres recherches, il arrive à cette conclusion, déjà 
proposée par M. Prilieux, qu'on doit distinguer deux formes différentes de 
ces graines charnues. Il appelle les unes graines bulbeuses (Hymenocallis), 
les autres graines tubéreuses (Crinum). Il n'est néanmoins pas entière- 
ment d'accord avec M. Prillieux sur la structure de la graine de l Amaryl- 
lis Belladonna, qui, selon lui, ne serait point entièrement dépourvue 
de tégument, mais offrirait un tégument simple. L'auteur expose ensuite 
en détail ses propres observations qui ont porté principalement sur diverses 
espèces appartenant aux genres Hippeastrum, Sprekelia, Hymenocallis, 
Amaryllis et Crinum; ces observations sont accompagnées de plusieurs 
figures. 

La troisième partie de l'ouvrage de M. Braun traite des plantes vivipares, 
et il y examine les diverses formes de bourgeons végétatifs qu'offrent ces 
plantes. 

L'auteur démontre d'abord que le nom de plantes vivipares est employé 
dans la science de maniéres trés différentes : 1^ on appelle ainsi les plantes 
dont les graines germent quand elles sont encore renfermées dans le fruit, ce 
qui a lieu normalement pour quelques végétaux, tels que les /zophora et 
quelques genres voisins, et ce qui a été observé exceptionnellement sur un 
grand nombre de végétaux ; 2° on pourrait parler dans un autre sens d'une 
reproduction vivipare si, dans les fruits, les graines étaient remplacées par des 
bourgeons foliaires, mais jusqu'ici nous ne connaissons pas de faits suffisam- 
ment certains de cette formation; 3° on a parlé d'une métamorphose du pistil 
entier en bourgeon foliaire, mais de tels exemples ne sont pas non plus, selon 
l'auteur, suffisamment mis hors de doute ; ^' le mode le plus fréquemment 
observé d'une reproduction vivipare s'offre là où il y à des bulbilles, soit dans 
le voisinage des fleurs, soit à la place de ces fleurs; l'auteur passe en revue 
les différentes formes sous lesquelles peuvent se présenter ces bulbilles; 
5° une autre forme de la reproduction vivipare se rencontre dans la méta- 
morphose des bractées en feuilles avec suppression des fleurs qui devraient 
tiaitre dans leurs aisselles, fait qu'on observe, selon l'auteur, normalement dans 
l’Ananas, exceptionnellement dans les Pluntago lanceolata, Eryngium vivipa- 
rum. Gay, Poa alpina vivipara, etc. ; 6° onappelle encore vivipares les plantes 
sur les feuilles desquelles se développent des bourgeons qui, en se détachant 
plus tard, servent à la reproduction de la plante qui les porte. Ces bourgeons 
offrent, selon l'auteur, un intérêt particulier parce qu ils naissent, comme les 
ovules, sur les feuilles carpellaires. L'auteur distingue quatre modes de for- 
mation de ces bourgeons. Ils peuvent naitre à la surface de la feuille, et c'est 
là le cas le plus fréquent, ou sur ses bords (Bryophyllum, etc. ), ou ils 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 175 


sont disposés à sa face inférieure, ce qui n'arrive que trés rarement, ou enfin 
on les observe sur ses deux faces, fait qui a été observé par Turpin sur l'Or- 
nithogalum thyrsoides. Parmi tous ces différents modes de reproduction ap- 
pelés vivipares, il n'y a pas un seul exemple de développement d'un bour- 
geon végétatif dans la graine. Aprés avoir donné l'énumération des ouvrages 
traitant du développement anomal des ovules, l'auteur cite les plantes sur 
lesquelles il a pu faire des observations du méme genre. Il croit devoir com- 
parer les ovules aux dents des bords de la feuille, et il se livre à une discussion 
trés détaillée des différentes opinions émises à ce su,et. Il doune ensuite la 
description des divers modes de développement anomal observés dans les ovules 
et il en figure plusieurs. 

La quatrième partie de l'ouvrage de M. Braun, intitulée : Des témoignages 
ultérieurs en faveur de la parthénogénèse, ne forme, en quelque sorte, que 
la suite de la premiere partie. Il parle d'abord des observations de M. Ruprecht 
sur une Artocarpée, le Sorocea, et des affirmations répétées de M. Tenore qui 
soutient avoir obtenu sans fécondation des graines aptes à germer du Pistacia 
narbonensis. Yl invoque aussi le témoignage des expériences de M. Naudin et 
de M. Lecoq en faveur de l'existence réelle de la parthénogénése. Suivent 
quelques considérations sur le fructificatio spuria, c'est-à-dire sur le dévelop- " 
pement de fruits sans fécondation quand cependant ces fruits offrent des graines 
dépourvues d'embryon. L'auteur croit vraisemblable une reproduction par la 
parthénogénèse dans les Fougères, et méme les Mousses offrent, selon lui, plu- 
sieurs faits problématiques qu'on pourrait attribuer à ce mode de reproduction. 
Déjà dans un mémoire antérieur, l'auteur avait parlé des faits de parthénogénèse 
observés dans la famille des Characées ; faits qu'il est à même aujourd'hui de 
compléter. Quant aux Algues, il réserve encore pour le moment son jugement. 
ll se borne à exposer d'une manière détaillée les observations faites sur la 
reproduction de ces végétaux qu'il classe en plusieurs catégories. 

Une dernière partie contient, sous le titre d’Observations finales, une 
discussion très étendue des observations publiées par M. Radlkofer sur la 
parthénogénése. Dans cette partie, l'auteur pose les trois questions suivantes : 
1° La parthénogénése constitue-t elle un mode de reproducti.n sexuelle ou 
non sexuelle? 2° Où est le commencement de l'existence individuelle d'une 
plante? 3° L'appareil reproducteur des Crytogames woit-il être appelé une 
fleur? 

Pour résoudre la première de ses questions, l'au'eur met en parallèle les 
faits de parthénogénese observés dans le régne animal, notamment chez les 
abeilles, avec ceux du règne végétal. 11 pense que la parihénogénèse, devant 
être considérée comme un fait anomal, appartient néanmoins à la catégorie des 
reproductions sexuelles. C'est, selon lui, une reproduction sexuelle sans fécon- 
dation et, par conséquent, po"r ainsi dire, une nouvelle création de l'ind.vidu. 
Quant à la seconde question, l'auteur, s'appuyant sur la parthénogénèse, pense 


476 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


que, déjà avant la fécondation, l'existence de l'individu commence par la pré- 
sence de la vésicule embryonnaire dans l'intérieur du sac embryonnaire ou 
par la naissance de la cellule centrale dans la cavité de l'archégone Tl examine 
ensuite, comme preuves à l'appui de cette manière de voir, les observations faites 
sur la reproduction des animaux. L'auteur donne à la derniere question une 
réponse négative. Il discute d'une maniere dé:aillée les opinions émises à cet 
égard par différents savants, et, en pesant scrupuleusement leur valeur, il 
admet bien une grande analogie entre les organes qui accompagnent les parties 
sexuelles des Phanérogames et des Cryptogames, sans qu'il pense cependant 
qu'on doive se décider à donner à ces organes des Cryptogames le nom de 
fleurs. 

L'important ouvrage de M. Braun touche à tant de questions fondamen- 
tales du vaste domaine de l'histoire des êtres organisés, il constate et discute 
un si grand nombre d'observations, qu'il n'est possible d'en donner ici qu'un 
résumé incomp'et. Les six belles planches lithographiées dont il est accompagné 


contiennent 108 figures représentant les principaux résultats des observations 
de l'auteur. 


J. G, 


Weber die Dauerschwærmer des Wassernetzes und 
ueber einige ihnen verwandte Bildungen (Sur les Zoos- 
pores permanentes de (Hydrodiction et sur quelques organismes ana- 
logues); par M. N. Pringsheim. Tirage à part des Comptes rendus mensuels 
de l’Académie des sciences de Berlin, séance du 13 décembre 4860. 


M. Pringsheim, auquel la science doit tant d'observations précieuses sur le 
développement et les fonctions des organes reproducteurs des Algues, nous fait 
connaitre dans ce mémoire une nouvelle forme de ces organes. 

Les recherches trés étendues de MM. Alex. Braun, Thuret et de l'auteur 
lui méme avaient déjà antérieurement démontré que plusieurs Algues marines 
et d'eau douce offrent en méme temps deux sortes de zoospores de gran- 
deur différente. Les unes de ces spores constituent l'organe végétatif de 
reproduction de l'espece, ce sont les zoospores proprement dites : les autres, 
plus petites, que M. Pringsheim désigne sous le nom d'androspores, sont 
destinées à donner naissance à de petits organismes (WMænnchen de M. Prings- 
heim) qui, dans l'intérieur de quelques-unes de leurs cellules, développent 
des anthérozoides; et ceux-ci, de leur cóté, constituant les organes mâles de 
ces plantes, servent à féconder les spores (oospores de M. Pringsheim), c'est- 
à-dire les organes femelles qui conserveront l'espéce pendant l'hiver. 

Jusqu'à présent la germination immédiate des zoospores avait été prise pour 
le caractère essentiel de ces organismes. M. Pringsheim vient de découvrir 
dans l’Hydrodictyon une autre forme de zoospores aptes à conserver leur 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 179 


faculté reproductrice après avoir passé un laps de temps plus ou moins pro- 
longé dans un état de repos ; il appelle ces organes des zoospores permanentes 
( Dauerschwiermer). Il compare très ingénieusement l'état de torpeur dans 
lequel restent ces zoospores avec les kystes dans lesquels se renferment pen- 
dant une partie de leur vie certains infusoires. 

Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur l'historique des recherches faites 
sur l Hydrodictyon, l'auteur expose d'une manière trés nette l'évolution de ces 
zoospores permanentes. 

Ces zoospores, au moment où elles sortent des cellules-méres dans lesquelles 
elles se sont développées, ressemblent entièrement aux zoospores ordinaires. 
Elles représentent d'abord de petites cellules ovoides, munies de deux petits cils 
à l'une de leurs extrémités qui est dépourvue de chlorophylle. Ces petits corps, 
après s'être agités pendant quelques heures dans l'eau, se fixent, mais sans 
germer. Ils prennent peu à peu une forme globuleuse et, ayant perdu leurs 
cils, ils se couvrent en méme temps d'une membrane celluleuse trés solide. 
Dans cet état, ils ressemblent aux petits globules du Protococcus, et alors ils 
peuvent rester desséchés complétement pendant plusieurs mois sans perdre 
leur faculté germinative, pourvu toutefois qu'on ait soin de les préserver de la 
lumière du jour. S'ils y sont exposés dans l'état de sécheresse, i's ne tardent 
pas à se décolorer et à périr. Sous l'eau, l'influence de la lumiére ne leur est 
point nuisible, et ils peuvent vivre ainsi pendant des mois entiers sans 
s'altérer. 

Dans les expériences de M. Pringsheim, faites sur des zoospores permanentes 
qui étaient tenues dans l'eau, les premieres traces d'une reprise de développe- 
ment se manifestèrent après un repos d'environ trois mois. Les zoospores 
commencent d'abord par se gonfler considérablement, pais on voit s'opérer dans 
leur intérieur une formation de cellules par division, enfin chacune de ces 
cellules devient une grande spore munie à son extrémité incolore d'un ou de 
deux cils vibratiles. Ces grandes spores s'agitent trés vivement dans l'eau pen- 
dant quelque temps, à la maniere ordinaire des zoospores, mais bientót leur 
mouvement cesse et elles perdent leurs cils. Peu après, on voit se former à la 
surface de ces corps des excroissances plus ou moins nombreuses, de sorte 
qu'ils finissent par prendre une forme polyédrique. Dans l'intérieur de ces 
polyédres, qui augmentent constamment de volume, on voit ensuite s'organiser 
l'Hydrodiction sous sa forme connue, de méme qu'on voit naître dans les 
cellules d'une plante adulte des réseaux de jeunes cellules. Ce développement 
finit par crever la membrane du polyédre. 

M. Pringsheim pense que bien des organismes qu'on a considérés jusqu'ici 
comme des genres ou des espéces particuliéres, ne constituent qu'une phase 
intermédiaire de développement caractérisée par la forme polyédrique. 1l rap- 
pelle les genres Pediastrum Meyen, Cælastrum Næg., Sorastrum Kuetz. , et 
Seenedesmus Meyen, qu'on avait autrefois rapprochés des Desmidiacées, mais 

T. VII. 12 


178 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. - 


qu'il propose de comprendre avec l Hydrodictyon dans une famille qui rece- 
vrait le nom d'Hydrodictyées. 

L'auteur passe ensuite en revue plusieurs genres d'Algues dans lesquels on 
a trouvé des corps plus ou moins analogues à ces zoospores permanentes, et il 
cite notamment le genre Codiolum A. Braun, ainsi que plusieurs genres qui 
composent la petite famille des Draparnaldióes. Le mémoire de M. Pringsheim 
est accompagné d'une planche contenant vingt figures exécutées avec beaucoup 


de soin. 
L4 


Ueber die Anheftungsweise eiiiger phanerogamischen 
Parasiten an ihre Næhrpflanzen (Sur la maniere dont quel- 
ques Phanérogames parasites se fixent à leurs plantes nourricieres) ; par 
M. A. Pitra (Botan. Zeit., n 9, 10, 11 de 1861, pp. 53-74, pl. II). 


Les recherches de l'auteur portent d'abord surle Viscum album. Y com- 
mence par donner une description de la graine de cette plante. Il s'occupe 
ensuite de la manière dont le Gui se sème, et il est d'avis que les graines sont 
déposées, moins souvent qu'on ne l'admet ordinairement, sur les branches des 
arbres avec les excréments des oiseaux qui les ont mangées. Selon lui, au con- 
traire, les oiseaux, après avoir mangé la pulpe visqueuse des graines, les fixent 
aux arbres en nettoyant leurs becs. Souvent les pluies, en lavant les rameaux, 
sont la cause d'un déplacement des graines, qui se trouvent ainsi à leur face 
inférieure. Ces graines, après être restées collées aux rameaux pendant 
quelques semaines, entrent en germination. La tigelle de l'embryon sort de 
l'albumen de la graine; elle est courbée, de sorte que son extrémité, pré- 
sentant la forme d'un petit disque, s'applique à l'écorce où elle se fixe 
ensuite. Ce premier acte de la germination peut avoir lieu, comme l'avait 
déja démontré Dutrochet, non-seulement sur les rameaux des arbres, mais 
sur tout autre objet, tel que des pierres, du métal, du verre, etc. L'auteur 
confirme les observations de Dntrochet, suivant lequel la tigelle du Viscum 
fuit la lumière et se dirige toujours, pour se fixer à l'écorce, vers l'endroit 
le moins éclairé. L'extrémité radiculaire disciforme de la tigelle, après avoir 
atteint l'écorce du rameau, s'y fixe à l'aide d'une sécrétion de sa surface. Les 
cellules de son épiderme s'allongent en forme de papilles, et la matière qui 
attache celles-ci si solidement à l'écorce est probablement produite par une 
sorte de dissolution de leurs couches cuticulaires. A mesure que la radicule 
se développe, le tissu commence à se désagréger au point où eile s'est fixée, 
probablement sous l'influence des sécrétions de la racine, et celle-ci pénètre 
vers l'intérieur du rameau, C'est ordinairement au mois de juillet que la radicule 
s'enfonce dans l'écorce de la plante nourricière. Elle se développe dans le tissu 
parenchymateux de l'écorce intérieure jusqu'au corps ligneux, tout en res- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 179 


pectant les faisceaux fibro-vasculaires. Ce développement dure pendant tout 
l'automne et jusqu'en hiver. Durant ce temps, on n'apercoit aucun chan- 
gement dans l'embryon; son extrémité cotylédonaire est encore renfermée 
dans l'albumen. Ce n'est que l'été suivant que la plantule se dresse et que 
le bourgeon terminal, placé entre les cotylédons, développe deux feuilles. 
Alors les racines se ramifient dans l'écorce de l'arbre; la racine principale 
s'allonge à mesure que le rameau qui porte la plante grossit, de telle manière 
qu'au bout de l'année elle se trouve enfoncée exactement. de l'épaisseur d'uu 
anneau ligneux dans le corps ligneux du rameau nourricier. Chaque année, 
on voit se former un nouvel entre-nœud de la tige, et chaque année la racine 
envahit un anneau ligneux de plus. Mais il arrive quelquefois que le bourgeon 
terminal du Viscum ne se développe pas. Alors la tige ne s'allonge point et 
il ne parait pas de feuilles. Néanmoins, la racine peut continuer de s'accroitre 
pendant quelques années, sans qu'on voie se développer à la surface du rameau 
ni tige ni feuilles. Dans ce cas, il arrive ordinairement que le rameau se 
gonfle considérablement. L'âge du Viscum ne peut alors être déterminé que 
par le nombre d'anneaux ligneux qui sont pénétrés par la racine principale. 
Plus tard, on voit naitre au bas de la tige des bourgeons adventifs. Les 
racines adventives, qui se sont ramifiées dans l'écorce du rameau nourricier, 
peuvent également douner naissance à des bourgeons adventifs, et ceux-ci 
percent l'écorce et viennent au jour, en formant ainsi avec la tige principale 
une souche tracante. Selon l'auteur, les racines du Viscum seraient dépourvues 
de la philéorrhize que M. Schacht leur attribue. M. Pitra nous donne ensuite 
une description trés détaillée de la structure anatomique des racines du Gui. 
En enlevant de différentes manières certaines parties de l'écorce du rameau 
nourricier, l'auteur a cherché à se rendre compte de l'absorption de la sve 
par les racines du parasite. Les vaisseaux et les fibres ligneuses de la plante 
uourricière s'appliquent étroitement à celles du Gui qui absorbent leur séve. 
L'auteur ne pense pas que le parasite rende à la plante qui le nourrit une 
partie des matériaux puisés par lui dans l'atmosphére, ainsi que M. Schacht 
l'admet. Les renflements des rameaux que ce savant observateur a cités en 
faveur de cette théorie paraissent à M. Pitra plutót causés par l'énergie 
de l'absorption du parasite qui accumulerait la nourriture dans son voisi- 
nage. 

M. Pitra s'occupe ensuite du Lathraa. Les premières phases du développe- 
ment de cette plante sont, jusqu'à présent, encore entièrement inconnues, 
cependant il serait, selon lui, évident qu'elle représente, dés sa germination, 
un véritable parasite muni de sucoirs. Au commencement, ces sucoirs sont 
plus solidement fixés à la plante nourricière que plus tard. Il parait probable 
à l’auteur qu'à un âge plus avancé les racines du Lafhræa peuvent égale- 
ment, en partie, puiser leur nourriture dans le sol même. M. Pitra décrit 
ensuite la structure anatomique des suçoirs. Ces organes percent l'écorce 


180 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


de la plante nourricière et s'appliquent au corps ligneux, en respectant cepen- 
dant les faisceaux du liber. 

L'auteur parle, aprés cela, des Rhinanthacées, en passant d'aberd rapidement 
en revue les opinions émises par divers observateurs sur le parasitisme de ces 
plantes. Toutes les Rhinanthacées observées par lui ont offert de véritables su- 
coirs qui étaient en contact complet et en communication physiologique avec 
d'autres plantes. Il a démontré ce rapport au moyen de solutions minérales qu'il 
a fait absorber par les plantes nourricières et qu'il a retrouvées ensuite dans le 
tissu du parasite. La structure anatomique des sucoirs de ces plantes et leur 
manière de pénétrer les tissus des plantes nourricières sont semblables à ce 
qu'il avait observé chez le Lathrea. 

Les Thesium sont également, selon l'auteur, de véritables parasites dès leur 
germination. Ses observations se bornent au Thesium ramosum, qu'il à 
observé sur des Graminées, des Cypéracées, des Medicago, Cirsium, Hype- 
ricum, le Cichorium Intybus et d'autres plantes. Souvent méme, un seul 
T'hesium se fixe par ses sucoirs sur plusieurs autres plantes à la fois. Les sucoirs 
sont de différentes grandeurs. Tantôt ils sont aplatis, tantôt convexes, géuéra- 
lement ils sont solidement fixés sur la plante nourricière. Souvent les sucoirs du 
Thesium offrent plusieurs plis à l'endroit où ils s'appliquent à l'écorce de la 
plante nourricière. L'auteur explique ce phénomène par la résistance qu'oppo- 
sait d'abord l’épiderme de l'écorce au sucoir qui finirait ensuite par la vaincre 
et par pénétrer dans l'intérieur. M. Pitra a observé que, dans les sucoirs du 
Thesium, le faisceau fibro-vasculaire dirige deux larges ramifications aplaties 
qui se mettent en communication directe avec les faisceaux fibro-vasculaires 
de la racine nourricière. L'absorption d'une solution minérale a été également 
expérimentée pour cette plante. 

Le Phelipæa ramosa se distingue, selon l'auteur, de tous les autres para- 
sites qu'il a observés, par ce fait qu'il y a une liaison encore plus compléte 
entre le parasite et la plante nourricière. Les faisceaux fibro-vasculaires, en 
entrant dans le tissu de cette derniére, s'écartent en tout sens et se mélent 
ainsi avec ceux de la racine nourricière. $ 

Le Cusruta germe dans la terre et y développe ses racines. Ensuite cette 
plante tord sa tige autour des plantes voisines, en s'y fixant par ses sucoirs. Si 
la plante nourricière est munie d'un corps ligneux, solide, le sucoir de la Cuscuté 
pénétre à travers l'écorce jusqu'a celui-ci ; les faisceaux fibro-vasculaires des 
sucoirs se mettent en communication avec ceux de la plante nourricière. Si, 
au contraire, la Cuscute attaque des plantes herbacées, ses sucoirs, qui 
pénètrent dans le parenchyme de la plante nourricière, ne communiquent pas 
toujours avec les faisceaux fibro-vasculaires de celle-ci. 

Les observations de M. Pitra sont accompagnées d'une planche contenant 
11 figures. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 181 


Cladodes ct axes ailés; par M. D. Clos (Mémoires de l'Académie 
des sciences de Toulouse, 5* série, t. V). Tirage à part en brochure in-8^ 
de 31 pages. 


Le mémoire de notre honorable confrère M. le professeur Clos, dont nous 
dounerons ici une analyse aussi complète que le permet le cadre restreint de 
cette Revue, renferme l'étude spéciale et détaillée des rameaux foliiformes que 
lon rencontre cà et là dans l'organisation végétale (Ruscus, Asparagus, 
Bossiæa, Euphorbia, Opuntia, etc.), que M. Clos désigne, à l'exemple de 
M. de Martius et de Kunth, par le terme de cladodes, et qu'il compare à 
quelques expansions de la tige connues sous le nom d'ailes ou de décurrences. 
Il examine d'abord séparément lcs cladodes ct les axes ailés, et, parmi les cla- 
dodes, ceux des Monocotylédones et ceux des Dicotylédones, dont l'inflores- 
cence est différente, submarginale chez les premiers, et réellement marginale 
chez les seconds. M. Clos a observé, dans les cladodes des Ruscus, des cas de 
soudure et de partition ; dans ceux-ci, le cladode fendu portait deux fascicules 
floraux opposés sur chacune de ses faces. Dans le Myrsiphyllum, le cladode 
naît au-dessus des rameaux normaux et fertiles, à l'aisselle de la méme écaille 
que ces rameaux. Parmi les Dicotylédones, l'auteur étudie le Polycardia, dont 
il regarde l'organe. bractéiforme florifère comme uu cladode, et le Tilleul, 
dont le pédoncule épiphylle lui parait résulter d'une bifurcation de l'axe, 
lequel reste d'une part élargi en cladode stérile, et de l'autre allongé pour por- 
ter les fleurs. 

Relativement aux axes ailés, M. Clos distingue trois sortes d'ailes, les ailes 
énervées formées par un développement de l'épiderme, les ailes nervées et 
les ailes qui, remplacant la feuille au point de vue physiologique, peuvent étre 
désignées sous le nom de pseudo-phyllodes. Il considère les ailes de l'Acacia 
platyptera comme des pseudo-phyllodes soudés à l'axe, et étudie ensuite les 
ailes et les appendices foliiformes de certains Sfatice, qu'il regarde également 
comme des pseudo-phy!lodes, se dégageant en partie de la tige. Les ailes ner- 

` vées des Légumineuses, et surtout des Lathyrus, fournissent à l'auteur l'oc- 
casion de s'élever contre l'application trop fréquente, selon lui, d’une théorie 
qui fait considérer les ailes de la tige comme résultant de la décurrence des 
feuilles, II signale ensuite une analogie étroite entre les ailes et les lignes de 
poils que présentent certains végétaux. Son travail se termine par l'étude de 
la valeur. taxonomique des cladodes et des tiges ailées, et par le résumé des 
principaux faits qu'il a mis en lumiere dans les pages précédentes. i 


E. F, 


18? SOCIETÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Obseryaciones y reflexiones hechas sobre los movi- 
'adiemtos de las hojas y flores de alzunas plantas eon 
motivo del eclipse de sol del 18 de julio de 1560 
(Observations et réflexions faites sur les mouvements des feuilles et. des 

.. fleurs de quelques plantes à l'occasion de l'éclipse de soleil du 18 juillet 
1860); par don Miguel Colmeiro, professeur d'organographie et de physio- 
logie végétales au jardin botanique de Madrid. Brochure in-8° de 11 pages. 


La dernière éclipse de soleil, bien qu'elle n'ait pas été complète à Madrid, a 
cependant offert un changement assez notable dans l'intensité de la lumière 
solaire pour fournir à M. Colmeiro l'occasion d'observations intéressantes. 
Comme les variations produites pendant les diverses phases de l'éclipse ont 
été assez rapides, il est clair que ce sont seulement les plantes trés impres- 
sionnables aux modifications de la lumière qui ont pu être étudiées avec quel- 
que fruit. Le Porlieria hygrometrica, que beaucoup d'auteurs, à l'exemple 
de Ruiz et Pavon, ont cru doué d'une sensibilité toute particulière pour les 
phénomènes atmosphériques, n'a offert aux observateurs de Madrid, pendant 
l'éclipse, qu'un mouvement à peine sensible dans ses deux paires de folioles 
supérieures, qui se sont légèrement rapprochées. Le Mimosa pudica a replié 
complétement ses folioles, mais ce phénoméne a tenu peut-étre à une brise qui 
s'est élevée pendant l'éclipse; il en a été de méme pour l’ Acacia lophantha. Les 
fleurs du Convolvulus arvensis, quise ferment ordinairement entre deux et trois 
heures, se sont comportées pendant l'éclipse, qui eut lieu précisément vers ce 
moment, comme elles le font d'habitude. Celles du Convolvulus tricolor, qui 
se ferment à six heures du soir, n'ont pas varié pendant l'éclipse, non plus 
que celles de l'7pomea purpurea et du Mirabilis Jalapa. Les pétales de 
l Eschscholtzia californica se rapprocherent seulement un peu, contrairement 
à ce qui a été observé à l'Escurial. Mais les phénoménes les plus intéressants 
sont assurément ceux qu'ont offerts les Lychnis vespertina et divers Mesem- 
brianthemum. La première de ces plantes, qui épanouit sa corolle entre six et 
sept heures du soir, comme on sait, pour la fermer entre huit et neuf heures, 
du matin, a ouvert ses fleurs durant l'éclipse; elles se sont refermées aussitót 
après. Enfin les corolles des Mesembrianthemwm se sont repliées lentement 


dès que la lumière a diminué, au lieu d'attendre la fin du jour. 
E. F. 


Der Pflanzensiaat oder Entwurf einer Entwicklungs- 
geschichte des Pflanzenreiehs (L'État végétal, ou esquisse 
d'une histoire du développement du règne végétal) ; par M. Ch. Mueller 
(de Halle). In-8° de xviij et 599 pages. Halle, 1860, chez Feerstner. 


M. Mueller, connu par plusieurs travaux importants, entre autres par 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 183 


son grand ouvrage intitulé Synopsis Muscorum  frondasorum, considère 
dans ce livre le règne végétal au point de vue du développement de son 
ensemble. 

Dans un avant-propos de trois pages, l’auteur nous indique la disposition 
générale de son livre. Tandis que la simple connaissance des formes et des 
faits existants qui se présentent à nos yeux prendrait des dimensions telle- 
ment coiossales que personne ne serait capable de dominer le vaste terrain 
de la science, tout se classe, selon l’auteur, d’une manière logique, aussitôt 
qu'on prend pour guide l'observation du développement, qui nous prouve 
que l'ensemble de la nature n'est qu'un seul organisme. 

M. Mueller envisage l'histoire du développement sous plusieurs points de 
vue différents. La création du règne végétal qui couvre la surface de notre 
globe étant liée de la maniére la plus étroite au développement de ce globe 
lui-méme, il distingue d'abord l'histoire du développement planétaire, ou ce 
qu'il appelle la fondation de l'État végétal (1). Les considérations de ce genre 
lui fournissent la matière de la première grande division de son livre. Prenant 
pour point de départ la première apparition des végétaux sur la surface peu 
à peu refroidie de notre planète, il nous fait passer en revue les différentes 
formes des plantes qui l'ont couverte dans les périodes antérieures à notre 
époque géologique actuelle. 

Ici commence la seconde partie du livre: l'histoire du développement systé- 
matique du regne végétal actuel, à laquelle l'auteur donne le nom d'organi- 
sation (Gliederung) de l'État végétal. Tandis que l'histoire du développe- 
ment planétaire trace la fondation du régne végétal, celle-ci s'occupe de 
l'enchainement qui existe entre les étres appartenant à ce regne, tel qu'il se 
montre actuellement devant nous. Mais toutes les innombrables formes que 
nous offre le règne végétal n'étant que le résultat de cette action que nous 
appelons la vie, il reste à envisager un troisieme genre de développement 
dont l'auteur nous trace les lois dans une autre partie de son livre, qu'il 
consacre, selon son expression, aux études sur la vie de l'Etat végétal, ou à 
l'étude de l'histoire du développement cosmique du règne végétal. 

L'étendue considérable du cadre des recherches que le livre tend à généra- 
liser ne nous permet de passer que trés sommairement en revue les différents 
chapitres dont se compose chacune de ses grandes divisions, et nous sommes 
obligé de nous borner à citer plus particulièrement les idées propres à l'auteur, 
ou qui s'écartent plus ou moins des idées généralement admises. 

La premiere partie du livre se compose de sept chapitres, dont voici les 
sujets. Le premier chapitre traite de l'origine des plantes. Apres avoir déve- 
loppé le point de vue scientifique auquel il faut envisager celte question, 


(1) Pour reproduire littéralement le mot Pflanzenstaat, nous le traduisons par l'État 
végétal ; mais le seul mot francais qui puisse rendre à peu prés le sens de ce terme est 
la végétalité. 


184 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

l’auteur expose les différentes opinions émises sur la première création des êtres 
vivants, et soumet à un examen détaillé la théorie de M. Ch. Darwin sur la 
transformation des êtres organisés, dont il se déclare l'adversaire. —Le deuxième 
chapitre s'occupe des lois de la morphologie; M. Mueller y recherche les diffé- 
rences caractéristiques qui existent. entre la formation des cristaux et des 
organismes vivants, et il entire la conclusion que, bien que la naissance des or- 
ganismes soit trés différente de celle des corps qui composent le régne minéral, 
on peut néanmoins considérer le règne végétal comme formé par un mode 
de cristallisation plus libre et plus idéal. Les différences et les analogies 
qui existent entre le règne végétal et le règne animal sont également examinées 
par l'auteur. Il admet comme possible la génération spontanée pour les 
organismes qui, dans la série des deux règnes organiques, occupent la place 
inférieure. — Le troisième chapitre décrit les phases du développement des 
végétaux en exposant les différentes périodes de création; il traite du regne 
des plantes acrogenes (Cryptogames vasculaires), du régue des plantes gymno- 
spermes (Conifères et Cycadées) et du règne des plantes angiospermes (Dico- 
tylédones). L'auteur expose ensuite des faits nombreux et intéressants qui dé- 
montrent qu'actuellement encore plusieurs espèces et genres des deux règnes 
organiques disparaissent peu à peu. Le règne végétal, depuis sa première 
apparition jusqu'à uos jours, ne constituerait, selon notre auteur, qu'une série 
continue de développement. — Le quatrième chapitre nous explique de quelle 
manière l'État végétal s'est successivement établi, c'est-à-dire comment la 
nature a opéré pour coloniser les végétaux. L'au'eur y parle de certains végé- 
taux dont le róle principal aurait été de préparer la surface de notre globe à 
la réception ultérieure d'autres genres et espéces; ces végétaux, il les appelle 
les pionniers du régne végétal et il joint à cela des considérations sur la mi- 
gration de certaines plantes. — Le cinquiéme chapitre a pour sujet les différents 
foyers (ou centres) de création. M. Mueller, en passant en revue plusieurs de 
ces foyers, nous offre des fragments, pleins d'intérét, des narrations de plusieurs 
voyageurs célèbres, tels que Chamisso, Ch. Darwin et autres. — Le sixième cha- 
pitre a pour sujet les types des végétaux qui ont appartenu aux époques anté- 
rieures à notre création actuelle. Il traite de la formation de la houille, des 
lignites, de la tourbe, de l'anthracite, ainsi que de la fossilisation des couches 
des végétaux. — Le septième chapitre dépeint d'une manière très saisissante 
la physionomie des paysages des différentes époques géologiques de notre 
globe. 

Dans la seconde partie de son livre, qui traite du développement systéma- 
tique du régne végétal actuel, et qui se compose de treize chapitres suivis d'un 
résumé, l'auteur passe en revue la grande série des végétaux, prenant comme 
point de départ ces organismes qu'il appelle protophytes (Urpflanzen). H 
comprend dans cette classe de végétaux les Algues unicellulaires, les Dia- 
lomacées et les Desmidiacées. Les Algues supérieures ne constituent en 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 185 


quelque sorte, suivant l'auteur, que des colonies de ces protophytes vivant 
en un certain état social. L'auteur ne croit pas devoir encore se pronon- 
cer affirmativement sur la sexualité de ces plantes, que MM. Thuret, 
Pringsheim, De Bary, Karsten et autres savants croient avoir démon- 
trée. M. Mueller comprend aussi, parmi les Algues, les Characées. — Le 
troisième chapitre est consacré aux Lichens, le quatrième aux Champi- 
guons. L'auteur, en parlant de ces Champignons qu'on trouve sur les végé- 
taux malades, tels que les Urédinées, les Mucorinées, etc., est plutôt disposé 
à prendre ces organismes pour des excroissances maladives des végétaux sur 
lesquels ils se trouvent, que pour des plantes proprement dites; il n'admet 
pas de sexualité pour les Lichens et les Champignons. — Le cinquième chapitre 
traite des Hépatiques, et le sixième des Mousses. Pour ces deux grandes 
familles du règne végétal, l'auteur ne croit pas non plus devoir admettre la 
sexualité : les anthéridies ne constitueraient, à son avis, que des bourgeons 
particuliers qu'il compare aux bulbilles du Dioscorea.—Les chapitres VII à X 
traitent des Fougères, des Équisétacées, des Lycopodiacées et des Rhizocar- 
pées. A toutes ces familles de plantes, dont les diverses phases de développe- 
ment sont décrites d'une manière assez détaillée. M. Mueller croit devoir encore 
refuser la sexualité qui, selon lui, contrairement à l'opinion assez généralement 
répandue par suite des recherches de nombreux observateurs éminents, serait 
exclusivement réservée aux Phanérogames. — Les Rhizanthées ( Wurzelblue- 
ther) sont le sujet du onzième chapitre. L'auteur nous apprend que cette famille 
du règne végétal, dans laquelle il classe les Raflésiacées, les Balanophorées et 
les Cvtinées, forme, en quelque sorte, le passage des Cryptogames aux Phané- 
rogames. Il trouve une certaine analogie, d'un côté, entre les Gastéromycètes 
et les Rafflésiacées, d'un autre côté, entre les Hyménomycètes et les Balano- 
phorées. — Le douzième chapitre traite des plantes monocotylédones. Après 
avoir passé en revue les différents modes de classement proposés pour les 
familles qui composent cette grande section des Phanérogames, l'auteur 
éxpose leur structure anatomique et morphologique, et donne, entre autres, 
l'explication d'uné fleur de Graminée. A l'occasion des plantes hybrides, l'au- 
teur dit que la fécondation d'un hybride par le po'len d'un de ses parents peut 
seule rendre cet hybride fécond. — Le treizième et dernier chapitre nous fait 
connaitre les Dicotylédones. Les Dicotylédones se distinguent particulièrement 
des Monocotylédones par l'anneau du cambium et le mode de développement 
Qui en résulte, L'auteur regarde les Cycadées comme un type offrant le pas- 
sage des Palmiers aux Conifères ; il finit ce chapitre par un examen des types 
supérieurs du régne végétal. 

La troisième partie du livre, dans laquelle M. Mueller traite de ce qu'il appelle 
le développement cosmique des végétaux, est divisée en huit chapitres. Dans le 
premier, l'auteur explique les causes des climats et des différentes saisons sur 
notre terre, — Le second chapitre parle du mode de vie du règne végétal pen- 


186 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


dant l'hiver. Le repos de l'hiver n'est point une interruption de la végétation. 
Le froid, la neige, la pluie sont des agents aussi puissants pour la végétation que 
la chaleur de l'été. L'auteur parle des écailles qui renferment les bourgeons pen- 
dant l'hiver, de leur disposition, etc. — Le troisiéme chapitre nous trace une 
image de la vie des plantes pendant le printemps ; il traite des changements 
qu'offrent les matières dont les cellules étaient remplies pendant l'hiver, du mou- 
vement de la séve, etc. — Les quatrième et cinquième chapitres sont consacrés à 
des considérations sur la végétation telle qu'elle se présente pendant l'été et l'au- 
tomne. — Le sixième chapitre, sous le titre de Vie mensuelle des plantes, traite la 
question des quantités de chaleur dont les végétaux ont besoin pour arriver à leur 
développement parfait. L'auteur prouve qu'une foule de proverbes populaires 
sont réellement fondés sur des phénomènes météorologiques que nous offre la 
nature ; il cherche à établir que chaque mois est, pour ainsi dire, caractérisé 
par un type particulier de la flore. — Le septiéme chapitre, ayant pour sujet la 
vie journalière du règne végétal, parle de la respiration des plantes pendant le 
jour et pendant la nuit, de l'origine des couleurs des fleurs, de leurs par- 
fums, etc. — Dans le huitième chapitre, l'auteur passe encore une fois en revue, 
ou, comme il s'exprime, en panorama, les diverses phases que parcourt la vie 
végétale pendant la durée de l'année, en nous tracant une image pittoresque 
de l'aspect caractéristique de chaque mois. La troisième partie du livre est 
suivie d'un chapitre consacré à des conclusions générales et à un résumé. 
206 gravures sur bois, en partie originales, en partie empruntées à d'autres 
publications et souvent d'une assez belle exécution, sont intercalées dans le 


texte. 
J. 6. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Étude sur quelques Cistes de Narbonne ; par M. Éd. Tim- 
bal-Lagrave (Extr. des Mémoires de l'Académie impériale des sciences, 
inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 5° série, t. V). Tirage à part en 
brochure in-8° de 33 pages, Toulouse, 1861. 


Ce travail contient une étude monographique des Cistes qui croissent dans 
le midi dela France, étude dans laquelle M. Timbal-Lagrave s'est principale- 
ment proposé de distinguer les espèces légitimes de celles qu'il faut, selon lui, , 
reléguer au rang d'hybrides. Outre des matériaux d'étude recueillis dans de 
nombreuses herborisations faites dans le midi de la France, surtout à Font- 
froide et aux environs de Toulouse, M. Timbal-Lagrave a trouvé des renseigne- 
ments utiles dans un travail manuscrit de l'abbé Pourret, déposé aux archives 
de l'Académie de Toulouse, et dans le Catalogue des plantes des Pyrénées 
et du bas Langue loc publié par M. Bentham aprés son voyage dans le midi de 
la France et les Pyrénées orientales. Le travail de notre honorable confrère de 


| REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 187 


Toulouse étant, comme on le pense bien, peu susceptible d'être analysé dans 
ses détails, nous nous bornerons à donner ici l'indication des espèces étu- 
diées dans son mémoire, et qui sont, pour les espèces légitimes, les Cistus 
laurifolius L., C. albidus L., C. crispus L., C. salvifolius L., C. popu- 
lifolius L., C. monspeliensis L.; pour les espèces hybrides, les C. inca- 
nus Pourr. (C. pulverulentus Pourr.), C. crispo-albidus Timb. (C. albido- 
crispus Delile), C. salvifolio-populifolius Timb. (C. corbariensis Pourr.), 
C. populifolio-salvifolius Timb., C. monspeliensi-populifolius Timb. (C. 
longifolius auct. non Pourr.), C. salvifolio-monspeliensis Timb. (C. por- 
querollensis Huet et Hanry), C. monspeliensi-salvifolius Timb., C. lau- 
rifolio-monspeliensis Timb. (C. Ledon auct.), C. albido-monspeliensis? 
Timb. (C. Pouzolzii Delile). Un' caractère important a servi à M. Timbal- 
Lagrave pour distinguer les espèces hybrides des espèces légitimes; dans 
les premières, d’après ses recherches, les feuilles des rameaux du printemps 
prennent la forme des feuilles du père, et celles de l'été la forme de celles de 
la mère ; dans les espèces légitimes, au contraire, les feuilles sont les mêmes 


en toute saison. 
E. F. 


Recherches sur lorganisation et le développement 
des Éricoïdées; par M. le docteur H. Baillon (Recueil d'observations 
botaniques, cahier de février 1861, pp. 189-192; cahier de mars, 
pp. 193-211). 


L'auteur s'est proposé dans ce travail d'étudier l'organisation des Éricacées 
et de quelques familles voisines. Nous donnerons ici, dans l'ordre suivi par 
l'auteur, le résumé de ses principales observations. Parmi les Monotropées, il 
a étudié le développement de l'Zypopitys multiflora, et conclut de ses 
observations que les fleurs de cette plante sont privées de calice, et que les 
organes qu'on a jusqu'à présent regardés comme des sépales, variables dans 
leur nombre et manquant souvent dans les fleurs latérales, et disposés d'ailleurs 
sur une spire continue, ne sont que les bractées supérieures des rameaux. 
Dans les Pirolacées, M. Baillon a observé les Piro/a rotundifolia et P. mi- 
nor, le Chimaphila umbellata, le Galaz aphylla et le Cladothamnus. 
A l'exception du Galaz, qui offre une corolle franchement monopétale et des 
étamines réunies à leur partie inférieure en une sorte de couronne, il pense 
que ces genres ont entre eux une affinité trés étroite, et que, quant aux carac- 
teres essentiels, les Pirolacées ne peuvent tout au plus que constituer une 
section dans la grande famille des Bruyéres; il les regarde par cela méme 
comme très éloignées des Droséracées. Les Éricinées se divisent naturellement 
en quatre sections : les Vacciniées, qui ont l'ovaire infère, puis, parmi lesgenres 
à ovaire supere, les Pirolacées qui, réunies au Leiophyllum et à d'autres genres, 


188 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

. voisins, constituent un groupe à corolle polypétale, et les Bruyères, distinctes 
par leur corolle monopétale. Une quatrième section comprend les genres à 
loges ovariennes uni-ovulées, tels que le Cliftonia et le Purdiæa, auxquels 
certains auteurs ont réuni à tort, pour constituer un groupe particulier sous 
le nom de Cyrillées, le Cyrilla et l'Elliotia, dont les loges sont pluri-ovu- 
lées, et qui doivent se placer parmi les Éricinées polypétales. La famille des 
Épacridées se distingue à peine, pour l'auteur, de celle des Éricinées, si ce 
n'est par ses anthères uuiloculaires, et pourrait d'autant mieux lui être réunie 
qu'elle forme une série paralléle à celles des Éricinées. Les Humiriacées, 
que M. Lindley a placées parmi ses E'icales, s'en éloignent, parce qu'elles ont 
les loges overiennes superposées aux sépales, et sont bien plus étroitement 
liées aux Styracacées, comme l'a indiqué Endlicher. Enfin les Sarracéniées, clas- 
sées par M. Planchon à cóté des Piroles, ont les placentas pariétaux, ne se 
réunissant point à la partie inférieure, et sont plus rapprochées des Polypétales 


à placentation pariétale. 
E. F. 


Aufzæhlung der auf ciner Reise dureh Transkaukasien 
und Persien gesammelten Pflanzen (numération des 
plantes récoltées pendant. un voyage au delà du Caucase et en Perse); par 
MM. E. Boissier et F. Buhse. In-4° de LXVII et 246 pages, avec dix planches 
gravées et une carte géographique. Moscou, 1560. 


Ce volumineux travail, qui vient de parvenir à la Société botanique, offre 
tout l'intérét qui s'attache aux travaux de géographie botanique et à la des- 
cription des plantes nouvelles. Il contient plusieurs parties distinctes ; outre un 
catalogue des insectes et une analyse chimique des roches rapportées du voyage, 
il renferme le récit méme de l'expédition, rédigé par M. Buhse, et l'énuméra- 
tion des plantes, non signée, mais due sans doute aux deux auteurs. Le récit 
de l'expédition, accomplie de 1847 à 1849, est divisé en chapitres qui suivent 
les différentes étapes du voyage, de Moscou à Érivan, d'Érivan à Natchischi- 
van, de Natchischivan à Tabris, de Tabris à Ahar, d'Ahar à Ardebil, d' Ardebil 
à Téhéran, sur les rives du Ghilan, de Tunnekabun à Radkan, ensuite à 
Asterabad et sur le littoral de la mer Caspienne, d'Asterabad à Jesd, et de 
Jesd à Ispahan. Ces différentes relations sont remplies de détails intéressants 
sur la végétation des pays que le voyageur a traversés. L'énumération des plantes 
comprend les Phanérogames et les Cryptogames, depuis les Renonculacées 
jusqu'aux Algues et aux Champignons inférieurs ; c'est une habitude qu'il est 
à souhaiter de voir suivre plus généralement qu'on ne le fait encore aujour- 
lhui. Dans ce travail, lequel n'est, comme nous l'avons dit, qu'une énuméra- 
tion, les espéces nouvelles, qui sont du reste en trés grand nombre, sont seules 
décrites: les descriptions sont en latin, l'indication des localités en allemand, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 189 


comme le récit du voyage. Les Tamariscinées et les Salsolacées ont été déter- 
minées par M. de Bunge, les Orobanchées par M. Reuter, les Mousses par 
M. Schimper et les Algues par M. Kuetzing. L'ouvrage se termine par un 
tableau qui indique l'altitude des principales montagnes explorées pendant le 
voyage, par des observations météorologiques et par un index. Les p'anches 
représentent 18 des espèces nouvelles décrites dans l'ouvrage; ce sont les sui- 
vantes : Ranunculus eriorrhizus, R. sahendicus, R. macropus ; Delphinium 
Boissieri ; Berberis densiflora; Papaver chelidonifolium ; Glaucium 
vitellinum, G. oxylobum; Alyssum Muelleri ; [satis biscutellifolia; Heli- 
chrysum Eichwaldi; Pocockia lineata ; Rosa Bungeana ; Lonicera flori- 
bunda ; Achillea cuneatiloba ; (rarhadiolus papposus ; Cousinia albicaulis ; 


Crepis Sahendi. 
E. F. 


Flora brasiliensis, sive enumeratio plantarum in Bra- 
silia hactenus detcciaruan, quas edidit Carolus Frid. Phil. de 
Martius, accurante Ed. Fenzl. Fasciculi XXI-XXVIII ; in-fol. Lipsiæ. 


Notre Revue est en retard à l'égard de cette belle publication, dont elle a 
signalé en 1857 les 19* et 20* fascicules (1). Depuis cette époque, huit fasci- 
cules in-folio ont paru (le 27* et le 28* il y a quelques mois). Nous devons à 
nos lecteurs l'indication des matériaux qui y sont contenus. 

Le 21* fascicule, publié en juin 1858, renferme : 1? la description des Mal- 
pighiacées, traitée par M. Grisebach, au nombre de 294 espèces, et accompa- 
gnée de détails importants sur la distribution géographique de cette famille, 
ses usages et son histoire, ainsi que de 22 planches gravées ; 2° une carte géo- 
graphique des cinq provinces qui constituent l'empire du Brésil. 

Le 22° fascicule, publié en juillet 1858, contient : 1° la description des 
Labiées du Brésil, due à M. J.-A. Schmidt, avec 24 planches gravées ; 2° la 
géographie botanique et les usages des Cordiacées, Héliotropées, Borraginées 
et Labiées, exposés par M. de Martius. 

Le 23* fascicule, paru au mois de juillet 1859, est un volume de Fougeres. 
On y trouve les familles (ou tribus) des Ophioglossées, Marattiacées, Osmonda- 
cées, Schizéacées, Gleichéniacées et H yménophyllées, traitées par M. J.-Guill. 
Sturm, avec onze planches. Une gravure particulière représente la culture du 
Bananier à Rio-de-Janeiro. 

Le 24° fascicule, daté également de juillet 1859, est l’œuvre de M. G. Ben- 
tham. Il contient l'exposition de la famille des Papilionacées, moins les tribus 
des Dalbergiées et des Sophorées, et 56 planches gravées. 

Les 25* et 26* fascicules, qui ont paru en un seul volume en juillet der- 


(1) Voyez le Bulletin, t. IV, p. 228. 


190 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nier, renferment les familles des Santalacées et des Myristicacées, dues à 
M. Alph. De Candolle, et les Apocynacées, traitées par M. J. Mueller. Les 
planches sont au nombre de 60. 

Enfin les 27* et 28° fascicules, publiés en février dernier, forment un seul 
volume, oü l'on trouve la monographie des Antidesmées brésiliennes, rédigée 
par M. Tulasne, avec 4 planches ; celle des Bégoniacées, traitée par M. Alph. 
De Candolle, avec 11 planches ; et celles des Célastrinćes, , Ilicinées et Rham- 
nées, qui sont l'œuvre de M. Sigfr. Reissek, et sont accompagnées de 
541 planches. 

On concoit qu'il nous est impossible de signaler le nombre d'espéces nou- 
velles et les détails particuliers que renferment les volumineux in-folio dont 
nous venons d'indiquer brievement le contenu. 

E. F. 


Filiees Wrightianæ et Fendlerianæ enumeratis novæ- 
que descriptæ; par M. Daniel C. Eaton (Extr. des Memoirs of the 


american Academy of arts and sciences, nouvelle série, vol VIII; 
Cambridge, décembre 1860). 


Ge travail contient l'énumération des Fougères recueillies dans l'ile de Cuba 
par M. Ch. Wright et dans la province de Venezuela par M. A. Fendler, ainsi 
que quelques especes rapportées de l'isthme de Panama par MM. A. Schott et 
S. Hays. Les plantes déjà connues, et seulement indiquées, forment, avec les 
espèces nouvelles dont la diagnose est donnée en latin avec beaucoup de déve- 
loppement, un total de 358 espèces. Cependant l'auteur annonce que celles 
qui font partie de la tribu des Hyménophyllées n'ont pas encore été étudiées 
avec assez de détail pour qu'il puisse en publier la description. Conformément 
à notre usage, nous donnerons ici les noms des espèces nouvelles, qui sont les 
suivantes: Acrostichum Wrightii Mett., A. procurrens Mett. ; Lomariopsis 
Wrightii Mett., L. Fendleri Eat. ; Polypodium Fendleri Eat. ; Pteris 
ciliaris Eat. ; Phegopteris sericea Mett. ; Aspidium Wrightii Mett., A. lon- 
chodes Eat., A. Fendleri Eat., A. draconopterum Eat.; Lindsæa Michle- 
riana Eat,; Cyathea insignis Eat., C. minor Eat., C. balanocarpa Eat. : 
Lygodium digitatum Eat. 

Un appendice, placé à la suite de ce travail, donne la liste des Orchidées 
recueillies par MM. Wright et Fendler, déterminées par M: Lindley. Cette 
liste est dressée suivant l'ordre des numéros que portent les plantes dans les 
Exsiccata publiés par les naturalistes américains. - 

E. F. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 191 


MÉLANGES. 


Notice biographique sur Auguste Le Prévost: 
par M. A. Passy. Brochure in-8° de 26 pages. Évreux. 


Nos confrères ont déjà appris, par l'annonce faite dans la séance du 22 juil- 

` let 1859, la perte considérable que la Société botanique de France a faite dans 
la personne de l'homme éminent qui avait consacré à l'étude des sciences his- 
toriques et naturelles les labeurs assidus de sa vie entière, et dont la mort fut 
un deuil pour toute la Normandie. Auguste Le Prévost était mort le 44 juil- 
let 1859, terminant par une mort chrétienne une longue carrière consacrée 
uniquement à l'étude. La littérature, toutes les sciences qui forment l'im- 
mense domaine de l'archéologie, l'agriculture, l'économie rurale, ainsi que 
les diverses branches de l'histoire naturelle, tels étaient les aliments que s'était 
assimilés cette forte intelligence, et dont le fruit avait été employé par elle à 
faire connaitre, sous une grande variété de points de vue, l'histoire naturelle, 
l'histoire politique, littéraire et archéologique de la Normandie. Nous ne pou- 
vons suivre M. Passy dans les intéressants détails qu'il a donnés sur la vie de 
notre regretté confrère, et sur ses nombreuses publications consacrées sur- 
tout à l'étude des antiquités de la Seine-Inférieure; mais nous devons 
spécialement mentionner, parmi les auires travaux de M. Le Prévost, la 
traduction de l'ouvrage suédois d'Éric Acharius sur les genres Limboria 
et Cyphelium, un mémoire sur les Lichens calicioides, des notes remises à 
M. Duby, pour la publication du Bofanicon gallicum, et à M. de Brébisson, 
pour sa F/ore de la Normandie. Tant de patientes recherches reçurent 
enfin la haute récompense qui leur était due. En 1838, l'Académie des 
inscriptions et belles- lettres appelait Le Prévost à siéger dans son sein. 
Loin de refroidir son zèle, la position éminente oü il se trouvait ainsi élevé, 
et qui le faisait de droit membre des commissions scientifiques instituées 
pour différents sujets par plusieurs ministres de cette époque, donna une 
nouvelle impulsion à ses travaux. Bientôt il entreprit une œuvre capitale qui 
devait résumer les études de sa vie entiere, sous le titre de Géographie, Topo- 
graphie et Histoire des communes du département de l'Eure. Le temps et la 
cécité ne lui ont permis de laisser que des notes en grande partie manuscrites, 
mais qui, heureusement pour la science, pourront être réunies et publiées, 
grâce aux soins de MM. Delisle et L. Passy, grâce surtout à une dotation 
considérable fournie par la fidèle et vénérable amie d'Auguste Le Prévost, 
Mme Ricard, grâce enfin à la généreuse initiative du Conseil général et de la 


Société académique de l'Eure. 
E. F. 


192 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


NOUVELLES. 


— Nos lecteurs apprendront sans doute avec une vive satisfaction que le 
prix Cuvier pour 1860 a été décerné par l’Académie des sciences, dans sa 
séance du 25 mars 1861, à notre vénérable confrère M. Léon Dufour, membre 
correspondant de l'Institut, pour l'ensemble de ses travaux sur l'anatomie 
comparée des animaux articulés. 


— Une Société botanique a été fondée au commencement de cette année à 
Kingston (Canada), sous le nom de Société botanique du Cunada. Elle com- 
prend des membres titulaires, des membres honoraires et des membres cor- 
respondants, ainsi que des abonnés. Parmi les moyens que cette Société croit 
devoir mettre en œuvre pour favoriser l'étude de la botanique, nous devons 


signaler les échanges de plantes. Le secrétaire de la Société est M. le professeur 
Lawson. 


— Le docteur Aug.-Emm. Fuernrohr, professeur d'histoire naturelle au 
lycée de Ratisbonne, directeur de la Société royale botanique de Bavière, 
chevalier de l'ordre de Saint-Michel et rédacteur en chef (depuis 1834) du 
Flora, est mort à Ratisbonne le 6 mai 1861, dans sa cinquante-septiéme année. 


— M. Durieu de Maisonneuve, directeur du Jardin-des-plantes de Bor- 
deaux, a repris son cours d'herborisations aux environs de cette ville le 
dimanche 5 mai. La grande excursion annuelle vient d'avoir lieu, et a eu 
pour but l'exploration de la petite chaine calcaire connue sous le nom de Mon- 


tagne d'Alaric (Aude). Une autre grande excursion pourra être faite au mois 
d'aoüt dans les Monts-Dores. 


Collections de plantes à vendre. 


— Une collection de Phanérogames, de Fougères, de Mousses et de Lichens, 
toutes plantes provenant des régions arctiques, et que l'on annonce comme 
étant en bon état de conservation et comme déterminées par des personnes 
fort compétentes, est mise en vente à Londres. On pourra à volonté faire un 
choix parmi ces plantes. S'adresser à M. Fred. Y. Brocas, botaniste, 25, Hart- 
street, Bloomsbury, London. 

E. F. 


Paris, — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 22 mars, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la derniére séance, M. le. 
Président proclame l'admission de : 


M. HÉxox, docteur en médecine, député au Corps législatif, rue 
de Madame, A0, à Paris, présenté par MM. J. Gay et 
Moquin-Tandon. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 
Dons faits à la Société : 


1* Dela part de M. Ch. Grenier: 
Recherches sur le Posidonia Caulini. 
2 De la part de M. John Eliot Howart : 
Illustrations of the Nueva Quinologia of Pavon, part. 7. 
3° De la part de M. Léon Marchand : 
Du Croton Tiglium, recherches botaniques et thérapeutiques. 


h° De la part de don Miguel Colmeiro : 


Observaciones sobre los movimientos de las hojas y flores de algunas 
plantas, con motivo del eclipse de sol del 48 de julio de 1860. 


5 Bulletin de la fédération des Sociétés d’ Horticulture de la Belgique. 
15 
T on. 


194 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
6° En échange du Bulletin de la Société : 


Bulletin de la Société impériale zoologique d' Acclimatation, fé- 
vrier 1861. 

Pharmaceutical journal and transactions, mars 1861. 

L'Institut, avril 1861, deux numéros. 


M. Prillieux fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR DES FLEURS MONSTRUEUSES DE FUCHSIA, par ME. Éd. PRILLIEUX. 


On peut fréquemment observer des fleurs monstrueuses de Fuchsia qui 
frappent les yeux par leur singulière apparence et se font remarquer tout 
d'abord par la forme inusitée de leurs pétales. — J'indiquerai en quelques 
mots l'organisation de plusieurs de ces fleurs anomales que j'ai récemment 
examinées. Bien que des faits semblables (au moins en partie) à ceux que j'ai 
observés aient déjà été indiqués par Morren qui a figuré et décrit (1) des 
fleurs monstrueuses de Fuchsia analogues à celles sur lesquelles je me pro- 
pose d'attirer l'attention de la Société, il ne sera peut-étre pas inutile de men- 
tionner briévement le résultat de mes observations, qui different en plus d'un 
point de celles du savant professeur de l'université de Liége. 

Toutes les fleurs monstrueuses de Fuchsia que j'ai examinées n'offraient 
pas entre elles une parfaite similitude, les diverses parties similaires n'y 
étaient pas toujours également modifiées. Pour faire plus aisément saisir 
en quoi consistait leur altération, je prendrai d'abord pour exemple une 
fleur où la monstruosité était régulière, si l'on peut s'exprimer ainsi, c'est- 
à-dire où les pièces de chaque verticille étaient toutes semblables entre 
elles. — Dans une telle fleur, le calice n'a subi aucune altération, il est 
formé de 4 pièces soudées ensemble par leur partie inférieure de manière 
àformer un tube au bout duquel elles se séparent et s'étendent en croix. 
C'est dans l'intervalle de ces pièces que naissent, dans les fleurs normales, 
les 4 pétales suivis de 8 étamines dont 4, alternant avec les pétales, sont 
vis-à-vis des pièces du calice, et 4, alternant avec les précédentes, sont 
vis-à-vis des pétales. Dans.la fleur monstrueuse, on voit dans l'intervalle des 
sépales naitre une sorte de baguette qui a tout à fait l'apparence d'un filet 
d'étamine et qui porte à son sommet à la fois une anthère et une lame d'ap- 
parence pétaloide offrant à peu près la forme d'un cornet trés ouvert qui 
surmonte l’anthère, et au delà on ne trouve que 4 étamines libres situées 
vis-à-vis des sépales (2). Au premier abord, on pourrait étre tenté d'admettre 


(1) Ch. Morren, Lobelia, p. 477 et suiv. — Notice sur les anomalies de déplacement 
(extr. du t. XVIII du Bull. Acad. roy. de Belgique). 


(2) La fig. 4 de la planche qui accompagne le mémoire de Ch. Morren représente 
exactement la disposition que j'aj observée. 


SÉANCE DU 12 AVRIL 4864. 495 


que les pétales n'existent pas, qu'ils ont avorté, et qu'une partie des étamines 
teudent à se transformer en pétales; ou bien encore, comme l'a supposé 
Morren, que les pétales sont insérés sur les étamines; mais, si l'on examine un 
certain nombre de fleurs, on reconnaît sans peine qu'il n'en est point ainsi en 
réalité, que les pétales existent, mais qu'ils ont une forme différente de celle 
qu'ils présentent dans la fleur normale, et qu'ils sont soudés avec les étamines 
qui leur sont opposées, sans que leur lieu ordinaire d'insertion soit en rien 
modifié. Dans beaucoup de fleurs, en effet, on voit un des pétales dont la 
lame est portée au sommet d'une longue baguette semblable à un filet d'éta- 
mine ne plus porter d’anthère, et alors la fleur a une étamine libre de plus. La 
baguette qui porte la lame pétaloide fait donc partie du pétale et est essen- 
tiellement distincte du filet staminal auquel elle est souvent, mais non pas 
constamment, soudée. Cette baguette n'est rien autre chose qu'un trés long 
onglet. Parfois il est libre de toute adhérence avec le filet de l'étamine voi- 
sine; d'autres fois il est soudé avec lui jusqu'à la moitié de sa hauteur, et alors 
on voit une baguette bifurquée portant à l'extrémité d'une de ses branches 
une lame pétaloide et au sommet de l'autre une anthére; le plus souvent 
l'onglet du pétale et le filet de l'étamine sont soudés ensemble dans toute leur 
longueur, et il est difficile de les distinguer l'un de l'autre par l'observation 
directe. 

En résumé, la monstruosité de Fuchsia que j'ai observée consiste unique- 
ment dans un changement particulier de la forme des pétales, accompagné le 
plus communément de la soudure des pétales monstrueux avec les étamines 
situées vis-à-vis d'eux. 

I me semble que les faits que je viens de rapporter ne permettent pas 
d'adopter l'opinion de Morren, qui pensait que, dans de semblables fleurs 
monstrueuses, « les pétales, au lieu de naitre entre et à la base des divisions 
» du calice, au-dessus de son tube, naissent et deviennent visibles, amples et 
» colorés au haut des étamines, au-dessous des anthéres » ; de telle sorte qu'il 
ya ce qu'il appelle méfaphérie ou monstruosité par transport (1). Il n'avait 
pas eu occasion de voir de pétale monstrueux libre, et n'avait pu soupconner 
l'existence de ce singulier onglet, qui a l'apparence d'un filet staminal et qui 
ne s'était montré à lui que confondu avec le filet d'une étamine. 

Les monstruosités étudiées par Morren étaient, du reste, moins simples 
que celles que j'ai observées moi-même. Dans les fleurs qu'il a figurées et 
décrites, les pétales sont soudés le plus souvent à 2, quelques-uns méme à 
3 étamines; et de plus les pétales, au lieu d'étre dans la situation normale, 
se seraient montrés vis-à-vis des sépales. Une telle altération à la grande loi 
de l'alternance dés verticilles serait un fait bien remarquable. Dans les fleurs 
monstrueuses de Fuchsia que j'ai eues entre les mains, je n'ai, il est vrai, 


(1) Morren, Lobelia, p. 181, s 


196 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
jamais rien observé de pareil ; mais, comme ces montruosités sont assez com- 


munes, je désire vivement, en attirant sur ce point l'attention des membres 
de la Société, les engager à vérifier, s'il y lieu, l'observation de Morren. 


M. Brongniart rappelle que plusieurs auteurs sont d'avis que les 
étamines opposées aux pétales sont plus externes que les étamines 
alternant avec les pétales, et doivent étre considérées en général 
comme une dépendance de ceux-ci. 


M. Boisduval présente à la Société plusieurs plantes en fleur qu'il 
cultive avec succés et dont la plupart ont été recueillies par lui 
au Lautaret pendant la derniére session extraordinaire de la Société. 
Ce sont les Cardamine resedifolia, Viola biflora, Primula Auri- 
cula, Arabis cærulea, Ranunculus pyrenæus, Orchis pallens. 
M. Boisduval fait remarquer la floraison précoce, sous le climat de 
Paris, de ces espèces qui ne fleurissent dans les Alpes qu’au milieu 
de l'été, en raison de l'altitude élevée de leur station habituelle. 


M. Chatin, vice-président, fait à la Société la communication 
suivante : 


SUR UN CAS EXTRAORDINAIRE DE MONSTRUOSITÉ (?) OFFERT PAR LE CYTINUS HYPOCISTIS, 
pr M. Ad. CHATIN. 


Je dois rappeler en quelques mots, au préalable, quelques faits de la struc- 
ture du Cytinus et du Cynomorium, son compagnon sur la terre d'Afrique. 

Les jeunes individus de Cytinus, longs à peine d'un centimètre, se pré- 
sentent couverts de petites feuilles-écailles; les jeunes Cynomorium, méme 
d'une longueur de deux centimètres, sont complétement privés de feuilles- 
écailles. 

La tige du Cytinus offre les faisceaux disposés avec ordre sur une ligne 
circulaire; celle du C'ynomorium se compose de multiples faisceaux dispersés, 
comme ceux de la tige de la plupart des plantes monocotylédones, dans une 
masse cellulaire. 

L'ovaire du Cyfinus porte d'innombrables et petits ovules sur 6 placentas 


pariétaux; l'ovaire du Cynomorium ne contient qu'un seul ovule pendant au 
sommet de la loge. 


Voici maintenant les faits anomaux. 
Sur un pied de Cistus Clusii, qui m'avait été envoyé de la province d'Oran 
par les soins du Conseil de santé des armées, étaient portés un Cytinus en 


floraison déjà avancée, plus quelques jeunes individus ayant toute lap- 
parence de jeunes Cynomorium. Comme ceux-ci, en effet, ils manquaient 


SÉANCE DU 12 AvRIL 1861. 197 


d'écailles et présentaient, dans leur coupe transversale, de nombreux faisceaux 
(cohortes de M. le docteur Guillard) fibro-vasculaires épars. 

Quant à la plante adulte, qui offrait toutes les apparences extérieures du 
Cytinus, elle avait les faisceaux de sa tige disposés en un cercle presque régu- 
lier, mais, et c'est sur ce point que se fixera l'attention des organographes et des 
taxonomistes, ses deux fleurs femelles (toutes les autres fleurs étaient mâles 
et exactement organisées comme les fleurs normales de Cyfnus) avaient 
l'ovaire absolument privé de placentas pariétaux, la cavité étant presque com- 
plétement remplie par une masse cellulaire, pédicellée, suspendue au plafond 
supérieur de la loge, et offrant toute l'apparence d'un corps ovulaire avec une 
portion centrale de texture plus délicate que le reste de la masse. 

Les anomalies que je viens de décrire résultent-elles d'hvbridation entre le 
Cytinus et le C'ynomorium (celui-ci, toutefois, ne croissait pas dans le voisi- 
nage du lieu où a été cueillie la plante faisant le sujet de cette observation), 
ou sont-elles de simples formes tératologiques du Cytinus? J'hésite d'autant 
plus à me prononcer sur ces questions que, quelle que soit la solution donnée, 
elle heurtera toutes les idées recues, tant sur les limites de l'hybridation que 
ne pourraient franchir des espéces appartenant à des familles différentes, que 
sur la fixité des caractères, non-seulement des espèces, mais aussi des genres 
et méme des familles. 

Une troisième hypothèse, que j'allais omettre, peut encore être formée. 
C'est que la masse cellulaire unique, pendant du sommet de la loge, est un 
ovule monstrueusement accru et restant seul, de placentas qui, d'abord parié- 
taux comme dans le Cytinus, seraient devenus apicilaires comme dans l Hyd- 
nora, genre d'ailleurs voisin. Mais cette explication, déjà trés forcée quant à 
l'anomalie de l'ovaire, laisse intact le fait de l'anomalie offerte par les jeunes 
individus qui ressemblaient au Cynomorium et nullement au Cyfinus. 

Eu présence de si graves et si difficiles questions, je me borne à constater 
les faits et à appeler sur eux le contróle des jeunes et savants botanistes de 
notre armée d' Afrique. 

A plus tard les interprétations. 


M. Brongniart dit qu'il serait disposé à regarder le corps ovuli- 
forme observé par M. Chatin dans les ovaires de ce Cytinus comme 
- résultant d'une altération du placenta. 


M. J. Gay met sous les yeux de la Société des échantillons de plu- 
sieurs espèces ou variétés de Primula du groupe du P: veris L., 
qui lui ont été envoyés du Havre par M. Ramond, et parmi les- 
quels se trouve le P. variabilis Goupil. 


M. Ramond, dit M. Gay, a recueilli ces plantes dans la forét de Tancarville 


498 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


(Seine-Inférieure), localité où ne se rencontre pas le Primula officinalis. 
Aussi M. Ramond partage-t-il l'opinion de M. Lebel (1), qui regarde le Pri- 
mula variabilis comme une espèce légitime et non comme un hybride des P. 
officinalis et P. grandiflora. 


M. Brongniart fait à la Société la communication suivante : 


DESCRIPTION DE QUELQUES ÉLÉOCARPÉES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE, 
pr MM. Ad. BRONGNIART ¢ Arthur GRIS. 


Le groupe des Éléocarpées, signalé par A.-L. de Jussieu (2) comme pou- 
vant former une section particulière ou une famille voisine des Tiliacées, con- 
sidéré comme famille distincte par De Candolle, forme un sous-ordre de la 
famille des Tiliacées dans le Genera d'Endlicher, et reste confondu avec les 
vraies Tiliacées dans d'autres ouvrages modernes. 

La distinction des Tiliacées proprement dites et des Éléocarpées a été essen- 
tiellement fondée : 1° sur la forme des pétales lobés ou laciniés ; 2° sur la 
déhiscence des anthéres par des pores terminaux. L'examen d'un nouveau 
genre de ce groupe affaiblit le premier de ces caractères, mais nous conduira 
à en reconnaître deux autres qui paraissent communs à toutes les vraies Éléo- 
carpées ; ce sont : 1? la préfloraison des pétales valvaire indupliquée, chaque 
pétale enveloppant, plus ou moins complétement, un groupe d'étamines qui lui 
est opposé; 2° l'existence, entre ces faisceaux d'étamines opposés aux pétales, 
d'étamines plus internes, solitaires et alternes avec les pétales, étamines faciles 
à reconnaître lorsque le nombre total de ces organes est peu considérable, se 
confondant avec les étamines externes, dans la fleur adulte, lorsque les éta- 
mines sont très nombreuses. 

Dans les Tiliacées qui sont pourvues de pétales, ces organes, au contraire, 
semblent toujours présenter une préfloraison convolutive, comme dans les 
Malvacées, et les étamines paraissent ne former que cinq groupes opposés aux 
pétales, sans étamines plus internes alternes avec eux; c’est du moins ce 
qu'on peut supposer, soit d’après la disposition de ces organes adultes, soit 
d’après l'organogénie des Tilia et Sparmannia étudiée par M. Payer (3). 

Ces deux caractères manquent, au contraire, dans le Vallea stipularis qui, 
par sa préfloraison convolutive et ses étamines nombreuses, formant, lorsqu'elles 
sont développées, un anneau continu à plusieurs rangs, se rapproche davan- 
tage des Tiliacées, dont il differe par la forme de ses pétales et la déhiscence 
de ses anthères. Le genre Vallea est ainsi intermédiaire entre les Tiliacées et 
les Éléocarpées, et peut être rapporté à l'un ou à l’autre de ces groupes, suivant 


(4) Voyez plus haut, p. 7 et suiv. 
(2) Ann. du Muséum, t. YI, p. 231. 
(3) Organogénie florale, y1. 1V. et V. 


+ 


SÉANCE DU 12 Avr 1864. 199 


l'importance qu'on sera porté à attribuer à ces divers caracteres ; nous serions 
plutôt portés cependant à le considérer comme une vraie Tiliacée ; le mode de 
préfloraison et la disposition des étamines nous paraissant avoir plus de valeur 
que la forme des pétales et le mode de déhiscence des étamines. 

Le nouveau genre, désigné par M. Pancher sous le nom de Dubouzetia (1), 
montre déjà que la forme lobée ou laciniée des pétales n'est qu'un caractére 
d'une valeur secondaire, car ce genre, qui se rapproche trés intimement des 
Tricuspidaria et des Crinodendron, a les pétales spatulés, mais arrondis et 
entiers; son fruit, comme celui des genres de la tribu des Tricuspidariées, 
est capsulaire à cinq loges comme dans le Crinodendron, mais sa déhiscence 
est septicide et non loculicide comme dans les deux genres cités de cette tribu; 
en outre, les étamines sont beaucoup plus nombreuses : au lieu de 15, dont 
10 géminées devant les pétales, comme cela paraît être le cas normal dans les 
Tricuspidaria etles Crinodendron, et 5 alternes avec les pétales, on en trouve 
dans le Dubouzetia 5 ou 6 devant chaque pétale, enveloppées par chacun 
d'eux dans le bouton, et 5 solitaires alternant avec ces organes et plus internes. 

Ce genre diffère donc de toutes les Éléocarpées par ses pétales entiers, et 
des genres de la tribu des Tricuspidariées par ses étamines, au nombre de 35 
environ, et son fruit à déhiscence septicide. Il forme, en outre, une exception 
remarquable à la distribution géographique de cette petite famille, puisque 
toutes les Tricuspidariées, c’est-à-dire les Éléocarpées à fruit capsulaire, étaient 
américaines, tandis que ce genre partage l'habitat des vraies Éléocarpées. 

On peut caractériser ainsi ce nouveau genre et la seule espéce qu'il ren- 
ferme : 


DUBOUZETIA Panch. mss. 


Calyx 5-sepalus, sepalis in præfloratione valvatis caducis. Petala 5, 
oblongo-spathulata integra, in prefloratione valvato-conduplicata. Stamina 
circiter 35, erecta libera, bi-triplici serie in annulum hypogynum inserta, non 
fasciculata, 6 ante quodlibet petalum eoque in præfloratione involuta, 5 solitaria 
et interiora petalis alterna ; antheræ lineares tetragonæ, poro terminali dehis- 
centes, Pistillum : ovarium globosum 5-loculare, ovulis 10-12, angulo interiori 
cujusque loculi biseriatim appensis, anatropis ; stylus simplex filiformis ; stigma 
minimum punctiforme, indivisum. Fructus sphærico-pentagonus, capsularis 
5-locularis, septicide dehiscens, endocarpio tenui membranaceo-lignoso ; 


semina..... 


DUBOUZETIA CAMPANULATA Panch. mss. 
Frutex erectus, 1":1",50 altus, ramis expansis, junioribus tomento fulvo 


(1) Ce genre a été dédié par M. Pancher au contre-amiral Dubouzet, qui a commandé, 
il y a quelques années, les premiers établissements français à la Nouvelle-Calédonie. 


200 *  SOctÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tectis. Folia alterna petiolo brevisuffulta, oblongo-lanceolata, 5-8 centim. longa, 
margine integra subrevoluta, superne glabra, inferius tomentosa. Flores ex 
axillis foliorum superiorum geminatim nascentes, pedunculo communi brevi, 
pedicellis propriis longioribus, sepalisque fulvo-tomentosis. Sepa/a coriacea, in 
præfloratione valvata, cito caduca. Petala oblongo-spathulata, basi contracta, 
apice dilatata, rotundata integra, approximata et corollam campanulatam, Fri- 
tillariæ florem forma et colore rubro-aurantiaco simulantem (ex cl. Pancher), 
efformantia. Stamina 35 (20-25 ex cl. Pancher), filamentis liberis rectis, 
petalis duplo brevioribus; antheris basifixis tetragonis quadrilocularibus, apice 
poro unico subbilabiato apertis. Ovarium disco pentagono impositum, sphæ- 
ricum, extus dense villosum, quinqueloculare, loculis sub-12-ovulatis, ovulis 
biseriatim angulo interiori suspensis anatropis. Stylus filiformis, inferius 
villosus, apice attenuatus, acutus, quinquesulcatus, stamina superans. Stigma 
minimum punctiforme, vix papillosum. 

Hab. in Nova Caledonia, locis argillosis, prope Kana/a, et mensibus octobri 
et novembri floret (herb. Mus. Par. misit cl. Pancher, 1858). 


La Nouvelle-Calédonie possède, en outre, plusieurs vraies Éléocarpées, c'est- 
à-dire des arbres ou arbustes rentrant dans le genre Z/æocarpus ou dans les 
Monocera, si l'on croyait devoir les distinguer génériquement. L'ensemble de ce 
petit groupe si naturel aurait, en effet, besoin d'une révision nouvelle pour fixer 
les divisions génériques ou les simples sections qu'il conviendrait d'y établir; 
le caractère des valvules inégales des pores de l'anthére et du prolongement 
de l'une d'elles, sur lequel est fondé le genre Monocera de Jack, s’affaiblit 
d'une manière tellement insensible, qu'on ne sait où établir la limite entre ce 
genre et les vrais Z/ceocarpus ; d'un autre côté, ces deux genres présentent, 
dans le nombre de leurs étamines et des loges de l'ovaire, des caractères très 
constants et trés bien définis qui pourraient probablement fournir des coupes 
plus précises. 

Ainsi beaucoup d’£læocarpus n'ont que 15 étamines, 10 géminées devant 
chaque pétale et 5 alternes avec eux ; d'autres, au contraire, en présentent 30 
à 50 et jusqu'à 75; alors les 5 internes, alternes avec les pétales, sont diffi- 
ciles à distinguer des autres dans la fleur adulte. 

Quant au pistil, l'ovaire, dans la plupart des espèces, parait constamment 
biloculaire, chaque loge renfermant un nombre défini d'ovules (4 à 8 dans les 
espèces que nous avons examinées); dans d'autres espèces, l'ovaire est à cinq 
loges comme nous l'avons observé dans une des espèces de la Nouvelle-Calé- 
donie, et comme plusieurs auteurs le signalent dans d'autres; enfin certaines 
espèces ont peut-être constamment un ovaire triloculaire. 

On voit que cette organisation variable aurait besoin d'étre étudiée daus 
l'ensemble du genre. Nous nous bornerons pour le moment à signaler les 
caractères des six espèces dont nous avons vu des échantillons provenant de 


SÉANCE DU 12 AvRIL 1861. 201 


la Nouvelle-Calédonie et qui nous paraissent toutes distinctes de celles déjà 
décrites. 

L'une, £læocarpus speciosus, la plus belle sans doute de ce genre par ses 
grandes feuilles argentées en dessous et ses fleurs grandes et nombreuses, est en 
outre remarquable par ses étamines trés nombreuses disposées en 5 faisceaux de 
15 environ, et dont les anthéres offrent d'une maniére trés prononcée le 
caractère des Monocera ; son ovaire est biloculaire, avec 8 ovules dans chaque 
loge. 

Quatre espèces ont également l'ovaire biloculaire, avec 4 à 6 ovules par 
loge, mais les étamines sont au nombre de 15, rarement de 12 seulement, 
dont 5 internes alternent avec les pétales, et les autres sont géminées devant 
chaque pétale. 

Enfin une sixiéme espéce a l'ovaire à 5 loges renfermant chacune 
3 ovules; le fruit, ordinairement réduit à une seule loge monosperme dans les 
espèces à ovaire biloculaire, présente ici un noyau osseux à cinq loges mono- 
spermes, caractère sur lequel Gærtner avait fondé le genre Ganitrus qui 
méritera probablement d'être rétabli ; les étamines sont au nombre de 35. 

On peut ainsi classer et caractériser les six espèces que nous avons obser- 
vées dans les collections de la Nouvelle-Calédonie : 


EL/EOCARPUS. 


8 1. Monocera Jack. — Ovarium  biloculare, loculis sub-8-ovulatis ; 
drupa nucleo uniloculari, monospermo ; stamina numerosa, valvula postica 
antherarum subulata anticam longe superante. 


ELJEOCARPUS SPECIOSUS. 

E. foliis longe petiolatis, elliptico-lanceolatis serratis, nervis pinnatis rigidis 
apice furcatis, supra glabris, pagina inferiore tomento brevi sericeo candido 
nitente; racemis numerosis patentibus foliis brevioribus, inferius in ramulum 
defoliatum nascentibus; floribus magnis, sepalis lineari-lanceolatis, petalis 
subæqualibus cuneatis apice tri-quinquelobis, lobis fimbriatis; staminibus 
circiter 75, filamentis longe pilosis, antheris lineari-pilosis, valvula exteriore - 
longe subulata ; ovario biloculari, loculis 8-ovulatis; fructu (an certe ejusdem 
speciei?) ovato-acuminato, 3 centim. longo, nucleo magno lignoso mono- 
spermo. 

Arbor speciosa. — Hab. in silvis montium Novæ Caledoniæ (Vieillard). 


$2. Dicera Forst. — Ovarium biloculare, loculis 4-6-ovulatis; drupa 
nucleo uniloculari monospermo ; stámina valvulis antherarum subæqualibus, 
postica sæpe paulo longiore apice pilosa. 
ELÆOCARPUS ALATERNOIDES. 

E. foliis obovato-lanceolatis, basi in petiolum brevem attenuatis, integerrimis 


202 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


coriaceis, utrinque glabris, reticulato-nervosis; racemis folio brevioribus 
erectis; floribus parvis nutantibus, sepalis lanceolatis, petalis cuneatis apice 
' denticulatis; staminibus 15, glabris, valvula postica antherarum pilosiuscula ; 
fructu oliviformi uniloculari monospermo. 
Frutex Nova Caledoniæ ramosissimus, floribus candidis fragrantibus (Pan- 
cher). 


ELÆOCARPUS SPATHULATUS. 

E. foliis obovato-spathulatis obtusis, basi in petiolum brevem attenuatis, inte- 
gerrimis, glabris, reticulato-venosis ; racemis folium subæquantibus, rigidis; 
floribus parvis nutantibus, sepalis lanceolatis, petalis cuneato-truncatis crenu- 
latis; staminibus 11-12, antherarum valvulis æqualibus, altera vix apice pilo- 
siuscula. ! 

Frutex diffusus. — Hab. in Nova Caledonia (Vieillard). 


ELJEOCARPUS ROTUNDIFOLIUS. 

E. foliis longe petiolatis, limbo elliptico-subrotundo obtuse acuminato, mar- 
gine obtuse crenulatis undulatis glaberrimis, nervis pinnato-reticulatis ; race- 
mis erectiusculis, folia subzequantibus, gracilibus ; floribus parvis numerosis, 
sepalis lanceolatis, petalis cuneatis profunde laciniatis ; staminibus 15, breve 
puberulis, antherarum valvulis subaequalibus. 

Arbor floribus candidis. — Hab. in Nova Caledonia (Pancher). 


 ELJEOCARPUS VIEILLARDI. 

E. ramis simplicibus erectis, apice foliosis ; foliis lanceolatis acutis, in petio- 
lum pollicarem basi attenuatis, remote denticulatis, glaberrimis, nervis oblique 
pinnatis et tenue reticulatis; racemis numerosis approximatis, ex axilla foliorum 
delapsorum nascentibus, patentibus ; floribus nutantibus, sepalis lineari-lan- 
ceolatis, petalis late cuneatis fimbriato-dentatis ; staminibus 30, antheris linea- 
ribus, valvula postica paululum longiore acuta glabra. 

Hab. in Nova Caledonia (Vieillard). 


83. Ganitrus Gaertn. — Ovarium 5-loculare, loculis 4-ovulatis ; drupa 
nucleo 5-loculari, loculis monospermis; stamina numerosa antherarum val- 
vulis vix inæqualibus, longiore apice pilosa. 


ÉLÆOCARPUS PERSICIFOLIUS. 

E. foliis anguste lanceolatis, petiolo brevi, margine acute serratis, utrinque 
glabris, nervis oblique pinnatis; racemis patentibus folio brevioribus ; floribus 
longe pedunculatis, sepalis lineari-lanceolatis acutis . pubescentibus, . petalis 
longioribus profunde laciniatis ; staminibus 35, antheris linearibus, valvula 
postica paulo longiore pilorum fasciculo superata; fructu sphærico, carne 
parca, nucleo externe rugoso 5-loculari, loculis monospermis. 

Arbor magnitudine media; trunco crasso, floribus candidis, fructu violaceo 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1861. 203 


nucis magnitudine. — Hab. in Nova Caledoniæ planitie et in insula Pinorum 
(Pancher, Vieillard). 


. M. Eug. Fournier met sous les yeux de la Société des rhizomes 
d'Equisetum arvense qui sont pourvus de tubercules. M. Fournier 
ajoute que, bien que ces tubercules aient été rarement observés, il 
ne croit pas devoir en donner la description, parce qu'ils ont été par- 
faitement étudiés par Bischoff (1). 

M. le Président demande à M. Fournier s'il a fait l'examen ana- 
tomique de ces tubercules. 

M. Fournier répond qu'il a fait cet examen, quiluia présenté 
les faits suivants : 


Une coupe longitudinale, pratiquée suivant l'axe de ces tubercules, montre 
des variations notables suivant les échantillons que l'on examine. Parfois le 
tubercule est complétement creux, et ne présente à l'intérieur que des cótes 
latérales saillantes rappelant par leur position les fausses-cloisons d'un ovaire 
de Pavot, et correspondant aux lignes saillantes de la surface extérieure. Par- 
fois il ne reste au centre du tubercule qu'une lacune étroite, allongée, placée 
dans l'axe et entourée d'un tissu féculent, que traversent des vaisseaux poreux 
ramifiés, Parfois enfin cette lacune centrale a elle-méme disparu. Dans tous 
les cas, il reste toujours un espace vide au sommet du tubercule, en dedans 
de l'involucre rudimentaire qui le termine; au centre de cet espace proé- 
mine un mamelon central obtus, formé par le tissu intérieur. 


M. T. Puel fait à la Société la communication suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, pr Mi. T. PUEL. 


Deuxième partie. — HERBIER DU LOT (2). 


1. Delphinium verdunense Balbis Cal. hort. taur. p. 31 (1813). — 
D. cardiopetalum DC.! (herb. Mus. par.) Syst. t. I, p. 347 (4818) ; Puel 
et Maille! (exsicc.) Herb. fl. loc. Fr. n° 201 (1856). — D. peregrinum 
Puel! Cat. du Lot, n° 755, p. 122 (1847) non L. 

Combefolle, cant. de Saint-Germain, arr. de Gourdon. — Champs pier- 
reux. — Terrain calcaire (Jura). — Alt. 300 m. — FI. et fr. juillet 1855. 
— Récolté par M. E. de Valon. 

La plante du sud-ouest dela France, à laquelle je donne le nom de 
D. verdunense, a recu également les noms de D. cardiopetalum, D. Garumna 


(1) Die cryptogamischen Gewæchse, etc., Nuernberg, 1828. 
(2) Voyez le Bulletin, t, VH; p. 373. 


204 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


et D. peregrinum : les trois premiers lui appartiennent exclusivement et n'ont 
jamais été attribués à aucune autre plante, mais le dernier a été tour à tour 
employé pour désigner plusieurs espèces de la méme section (Delphinellum 
DC.), considérées aujourd'hui comme parfaitement distinctes l'une de l'autre, 
notamment le D. junceum DC. Le nom de D. peregrinum, créé par Linné et 
appliqué primitivement à une plante de l'Europe orientale, ne saurait con- 
venir à notre espèce qui, n'ayant encore été trouvée que dans le sud-ouest de 
la France et le nord de l'Espagne, est au contraire éminemment occidentale. 
C'est donc à tort que j'ai adopté ce nom dans mon Catalogue des plantes du 
département du Lot, d'après la synonymie de la Flore agenaise. Il me paraît 
d'autant plus nécessaire de rectifier l'erreur dans laquelle je suis tombé à cet 
égard, qu'elle est partagée par les auteurs les plus récents de flores ou de cata- 
logues, et que, MM. Grenier et Godron ayant également donné la préférence 
à ce nom dans la Flore de France, leur autorité ne tarderait pas à entraîner 
l'opinion générale. 

C'est en 1753, dans la première édition du Species, que Linné a créé le 
nom de D. peregrinum pour une plante décrite dès 1737 dans l Hortus 
cliffortianus et trouvée en Italie, én Sicile et à Malte (Hort. cliff. p. 213, 
belph. n° 3). 

Ce nom appartient donc nécessairement à l'une des espéces de la flore 
d'Italie, et cette remarque suffit pour démontrer qu'il doit étre compléte- 
ment rejeté pour notre plante, dont l'aire de végétation ne dépasse pas à l'est 
le département de l'Aude. 

Au reste, rien n'est plus facile que de déterminer exactement quelle 
est, parmi les espèces de création récente auxquelles on a attribué le nom 
de D. peregrinum, celle qui doit le conserver. 1l résulte, en effet, de l'aveu 
de De Candolle lui-méme, principal auteur de cette confusion, que son 
D. junceum se trouve dans l'herbier de Linné sous le nom D. peregrinum : 
Synonymon linnæanum huc ex herbario suo pertinet (DC. Syst. nat. t. 1, 
p. 348). 

Il n'est pas sans intérêt de rechercher quelle est l'origine de l'erreur qui a 
fait appliquer ce nom à notre plante du sud-ouest, et cette recherche nous 
conduira en méme temps à examiner quel est celui des trois noms qu'elle a 
recus dans ces derniers temps auquel il faut accorder la priorité. 

Dès 1785, Allioni signale, dans le Flora pedemontana, la présence du 
D. peregrinum aux environs de Nice; et un peu plus tard, en 1789, dans 
un ouvrage intitulé : Description des plantes qui croissent dans les environs 
de Montauban, Gaterau emploie ce méme nom pour désigner une plante 
trouvée à Moncau (Tarn-et- Garonne). 

En 1805, les limites de la France comprenant, comme aujourd'hui, le ter- 
ritoire de Nice, De Candolle admet, sous le nom de D. peregrinum, la plante 
d'Allioni à cóté de celle de Gaterau, en ayant soin toutefois de les distinguer 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1861. 205 


comme variétés l'une de l'autre : on peut même dire que, dès cette époque, 
il avait entrevu le caractère différentiel qui lui servit plus tard à les séparer 
spécifiquement. 

La description du type a été faite, comme le dit expressément De Candolle, 
d'après des échantillons recueillis en Languedoc ( Fl. fr. t. IV, p. 914), 
c'est-à-dire d’après la plante de Gaterau, et il lui rattache celle d'Allioni, 
à titre de variété B petalorum limbo ovato nec basi cordato (loc. cit. 
p. 914). 

Dans le tome V ou supplément de la Flore francaise publié en 1815, 
De Candolle élève au rang d’espèce la plante de Nice, sous le nom de D. jun- 
ceum, réservant celui de D. peregrinum pour la plante de Montauban; c'est 
justement le contraire qu'il aurait fallu faire, et De Candolle le reconnut 
implicitement en 1818, lorsqu'il créa, pour l'espèce du sud-ouest, le nom de 
D. cardiopetalum (Syst. nat. t. Y, p. 347). 

On peut s'étonner qu'après avoir visité l'herbier de Linné et reconnu 
l'identité du D. peregrinum et du D. junceum, De Candolle n'ait pas con- 
servé la priorité au nom linnéen, au lieu de le reléguer dans la synonymie : 
cela eüt été d'autant plus juste que la confusion sur laquelle il se fonde pour 
maintenir en premiere ligne le D. junceum, est précisément son œuvre. Je 
ferai remarquer également à ce sujet que, dans le Systema (t. I, p. 347), 
dans le Prodromus (t. I, p. 52) et même dans le Zotanicon (p. 16), 
De Candolle cite à tort, comme synonyme de son D. cardiopetalum, le D. 
peregrinum décrit par Lamarck dans l’ Encyclopédie (Dict. t. YI, p. 264) : 
cet auteur, en effet, ne parle point de la plante du sud-ouest et cite, au con- 
traire, les trois localités classiques de Linné, Italie, Sicile et Malte, en y joi- 
gnant seulement le Levant, d’après les synonymes de Tournefort, et sans 
doute aussi d'aprés l'inspection de son herbier, dans lequel on trouve, en 
effet, le D. junceum sous le nom de D. latifolium parvo flore. Quant à l'autre 
Synonyme donné par Lamarck, Delphinium græcum foliis inferioribus Fuma- 
riam, superioribus Linariam referentibus (Tournef. Cor. p. 30), il s'ap- 
plique à une plante des Cyclades : on peut s'en convaincre en examinant 
l'étiquette de l'échantillon déposé dans l'herbier de Vaillant, qui est, comme 
chacun le sait, le complément indispensable de celui de Tournefort. 

En résumé, le nom de D. peregrinum est inapplicable à notre plante 
du sud-ouest ; il ne reste donc plus qu'à faire un choix entre les trois noms 
qu'elle a recus de Balbis, de De Candolle et de Lapeyrouse. Or, dans ces 
termes, la question est facile à résoudre. De Candolle et Lapeyrouse ont publié 
simultanément en 1818, le premier son D. cardiopetalum, le second son 
D. Garumneæ ; le choix entre ces deux auteurs pourrait être embarrassant, 
mais Balbis a sur eux une priorité incontestable de cinq ans, car c'est en 
1813 qu'il a décrit le D. verdunense. 

La question scientifique étant ainsi résolue, je demande à la Société la 


206 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


permission de rappeler ici quelques détails historiques peu connus, au sujet 
du D. verdunense. 

Je dirai d'abord quelle est l'origine du nom spécifique verdunense, afin de 
prévenir toute fausse interprétation, car il y a en France plusieurs localités 
du nom de Verdun, dans lesquelles notre plante n’a jamais été trouvée et où 
l'on peut même affirmer qu'elle ne sera jamais rencontrée. 

M. Émeric (de Castellanne, Basses-Alpes), qui avait parcouru, en herbori- 
sant, les plus riches provinces dela France, à une époque où les botanistes 
étaient rares, avait envoyé à Balbis un Delphinium récolté à Verdun-sur- 
Garonne, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Castelsarrasin, préci- 
sément dans ce méme département de Tarn-et-Garonne où Gaterau avait 
trouvé, plus de vingt ans auparavant, son D, peregrinum. C'est cette plante 
que Balbis décrivit en 1813, sous le nom de D. verdunense, dans son Cata- 
logue du jardin botanique de Turin. 

Loiseleur- Deslonchamps, après avoir confondu en 1806, dans la première 
édition du Flora gallica, sous le nom de D. peregrinum, la plante de Nice 
et celle de l'ouest de la France, comme l'avait fait De Candolle l'année pré- 
cédente, désigna notre espèce sous son vrai nom de D. verdunense, dans la 
seconde édition de son ouvrage, publiée en 1828. 

De Candolle parait n'avoir pas connu le nom de Balbis, car il n'en fait men- 
tion ni dans le Systema (1818), ni dans le Prodromus (1824), ni dans le 
Botanicon (1828) : ce qui explique et justifie en quelque sorte la création inu- 
tile du D. cardiopetalum. 

Je ne saurais faire les mémes réserves à l'égard de Lapeyrouse, pour son 
D. Garumna. . Cet auteur, en effet, connaissait le D. verdunense, et il dit 
positivement que sa plante est la méme que celle de Balbis, en ajoutant que 
M. Émeric avait récolté à Verdun les semences qui ont produit la plante 
décrite dans le Catalogue du jardin de Turin : il cite, en outre, la localité de 
Blagnac prés Toulouse, également découverte par M. Émeric en 1816. 

Si Lapeyrouse n'avait offert de fréquents exemples d'une tendance extréme 
. à donner aux plantes, sans nécessité, des noms nouveaux, il serait vraiment 
difficile de comprendre la création de celui de D. Garumne. 

Je voudrais pouvoir passer sous silence une petite récrimination de Lapey- 
rouse contre De Candolle au sujet de la localité de Yénasque (Haute-Garonne) 
citée par De Candolle d’après M. P. Boileau; mais, dans l'intérêt de la syno- 
nymie, je ne puis me dispenser d'en parler. Je ne le ferai toutefois qu'aprés 
avoir constaté, avec une satisfaction que la Société partagera, je n'en doute 
pas, combien sont devenues rares, à notre époque, les discussions scientifiques 
mêlées de paroles acerbes, que pour ma part je suis toujours tenté d'excuser, 
en les attribuant à une prédisposition inaladive : telle était, j'aime à le croire, 
la situation de Lapeyrouse. 

L'Histoire abrégée des plantes des Pyrénées, publiée en 1813, ne fait 


.SÉANCE DU 12 AvRIL 1861. 207 


aucune mention de notre Delphinium; au contraire, dans le supplément de 
1818, cette espèce est désignée deux fois sous les noms de D. peregrinum 
et D. Garumna. A cette dernière plante Lapeyrouse rapporte les localités de 
Verdun et de Blagnac découvertes par M. Émeric, et celle de Vénasque 
d’après des échantillons envoyés par M. P. Boileau, mais cette méme plante 
de Vénasque est attribuée au D. peregrinum, sous la responsabilité exclusive 
de De Candolle, et dans le but évident de mettre en relief l'erreur de ce bota- 
niste qui, dans le supplément de la Flore française, au lieu de créer un nom 
nouveau pour la plante du sud-ouest, lui laisse celui de D. peregrinum, qu'il 
devait réserver pour la plante de Nice, ainsi que je l'ai fait remarquer précé- 
demment. Lapeyrouse raconte, dans la note consacrée au D. Garumna , qu'il 
a écrit à M. P. Boileau, pour lui demander la plante envoyée à De Candolle, 
et qu'il en a recu des échantillons identiques avec ceux de M. Émeric. Il ajoute 
ensuite, avec une ironie mal dissimulée : « La vallée de Vénasque produirait- 
» elle deux espèces de Delphinium, dont une serait parvenue à M. De Can- 
» dolle, et l'autre serait entre mes mains ? » 

Lapeyrouse eût été plus exact et en méme temps plus juste, s'il avait con- 
sidéré simplement le D. peregrinum de De Candolle comme synonyme de son 
D. Garumne. 

Afin de rendre plus intelligibles ces questions litigieuses de synonymie, je 
placerai sous les yeux de la Société un tableau qui résume l'opinion des prin- 
cipaux auteurs qui ont fait mention de notre plante ou du vrai D. peregri- 
num L. 


DELPHINIUM VERDUNENSE Balbis (1843); Loiseleur-Deslongchamps (1828); 
Noulet (1855) ; Puel (1860). 

D. peregrinum Gaterau (1789); DC. (1815); Lapeyrouse 1818) ; Saint- 
Amans et Chaubard (1821); Noulet (1837); Lagrèze-Fossat (1847); Puel 
(1847); Grenier et Godron (1847); A. de Rochebrune et Savatier (1860), etc. , 
non Ls 

D. peregrinum (var. a, non var. 8) DC. (1805). 

D. cardiopetalum DC. (4848), etc... 

D. Garumna Lapeyrouse (1818), etc... 

Exsiccata : Endress Unio.itin. (1829); Schultz Fl: Fr. et All. n° 807; 


Billot, n^ 311; Puel et Maille Fl. loe. Fr. n” 4, 116, 204, et Fi. europ. 
n° 1. i 


D. PEREGRINUM L.! (ex herb. auct. teste DC. in Syst. naf. t. I, p. 348) 
Sp. ed. 4, p. 531 (1753) et ed. 2; p. 749 (1762); Allioni (1785); Lamarck 
(1786). 

D. peregrinum (var. B, non var. a) DC. (1805). 

D. junceum DC. (1815). 


208 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Au point de vue géographique, le D. verdunense doit être considéré comme 
spécial au sud-ouest de la France et au nord de l'Espagne : ses limites de vé- 
gétation, à l'est, au nord et à l'ouest, sont parfaitement connues ; mais, faute 
de renseignements précis sur la flore d'Espague, il serait impossible de fixer 
sa limite méridionale, et par conséquent de calculer exactement son carré 
d'expansion, selon la méthode appliquée par M. Lecoq aux plantes du plateau 
central, dans ses Études sur la géographie botanique de l’Europe. On peut 
néanmoins, avec les données actuelles de la science, faire un calcul provisoire 
dont le résultat présentera, d'une manière suffisamment approximative, l'aire 
réelle de végétation du D. verdunense. 

Borné à l'ouest par l'Océan, il s'étend un peu au delà du 3° degré de - 
gitude occidentale, tandis qu'à l'est il ne dépasse pas certaines localités de 
l'Aude et des Pyrénées-Orientales, situées à un demi-degré environ de longi- 
tude orientale : l'écart en longitude est donc à peine de 4 degrés. Au nord, il 
remonte un peu au delà du 46° degré de latitude, vers la limite qui sépare 
les Deux-Sèvres de la Vendée, et, en supposant que la plaute végète 
en Espagne jusqu'au delà de Barcelone vers le 41* degré de latitude, on 
n'obtient que 5 degrés pour l'écart en latitude. Le carré d'expansion du 
D. verdunense serait ainsi représenté par le nombre 20, qui correspond à une 
aire de végétation extrêmement restreinte, et il ne s’élèverait qu'à 24, dans 
le cas où cette espèce serait signalée ultérieurement au sud de Barcelone, sous 
le 40° degré de latitude. P 

Je n'ai pas à m'occuper ici des localités espagnoles de notre plante, et je me 
bornerai aux simples notions qui précèdent, en ce qui concerne sa distribution 
géographique, envisagée à un point de vue général. 

En France, le D. verdunense a été observé, à ma connaissance, dans 
treize départements, dont deux seulement, Aude et Pyrénées-Orientales , 
appartiennent à la flore du Rhóne : les autres sont compris dans les limites 
que j'ai assignées à la flore de la Gironde et forment un groupe compacte, 
embrassant tout le sud-ouest dela France, à l'exception des départements 
des Hautes et Basses-Pyrénées, des Landes, du Gers et de la Dordogne. 

L'absence du Ø. verdunense dans la partie sablonneuse des Landes s'ex- 
plique assez naturellement par la tendance générale que parait avoir cette 
plante, d'aprés les localités connues, à végéter sur les terrains calcaires ; mais 
il est plus difficile de comprendre pourquoi elle manque dans les vallées des 
Pyrénées centrales et occidentales, dans le Gers et surtout dans la Dordogne. 
Dans ce dernier département, où dominent les calcaires jurassiques et crayeux. 
elle a échappé jusqu’à ce jour aux actives recherches de M. Ch. Des Moulins 
et de ses nombreux collaborateurs, mais il est possible qu'on l'y rencontre 
plus tard. Toutefois, si cette exception se confirme, ce sera une véritable 
anomalie dont il sera intéressant de rechercher les causes dans des circon- 
stances locales inapercues jusqu'à présent. 


SÉANCE DU 42 AvrIL 18641. 209 


Mon ami M. E. de Valon, qui a récolté dans l'arrondissement de Gourdon, 
voisin du département de la Dordogne, les beaux échantillons de D. verdu- 
nense de l Herbier du Lot,et qui avait récolté également ceux que nous 
avons publiés, M. Maille et moi, sous le n° 201, dans l Herbier des flores 
locales de France, a fait une observation qui n'est peut-être pas sans impor- 
tance pour la question d'anomalie dont je viens de parler. Ainsi, vers la limite 
des arrondissements de Cahors et de Gourdon, entre Labastide-Murat et les 
moulins de Lamotte-Cassel, à 400 mètres d'altitude, la plante croît en abon- 
dance sur les calcaires oolithiques de l'étage supérieur du Jura ; de là, sans 
quitter le méme terrain, elle descend jusqu'à Saint-Germain-du-Bel-Air, oü 
l'alitude n'est plus que de 300 metres, pour disparaitre complétement au 
contact des dépóts sablonneux tertiaires, qui forment sur ce point la limite 
occidentale du terrain jurassique. 

Je ferai remarquer, au méme point de vue, que, dans l'arrondissement de 
Figeac, le D. verdunense s'avznce à l'est, au lieu dit Puy-les-Martres, jus- 
qu'à l'extréme limite des terrains calcaires, supérieurs au grès bigarré. 

Le tableau suivant présente l'énumération de toutes les localités françaises 
du D. verdunense qui me sont actuellement connues, mais il renferme des 
lacunes nombreuses, que d'autres observateurs, j'en suis persuadé, ne tarde- 
ront pas à combler. 


FLORE DE LA GIRONDE. — GIRONDE : Blaye! (Gren. in h. Mus. p.); la 
Réole, Sainte- Groix-du-Mont (Laterrade). Cian.-INF. : Beauvais-sur-Matha ! 
(Savatier in Puel et Maille, Herb. fl. loc. n° 116); le Pin, Montlieu, Sur- 
gères, etc. (Lloyd); Vandre, Saintes, etc. (Faye); Monné (Delalande). 
Deux-Sèvres : Paizay prés Chizé! (Guillon in h. Mus. p.); Niort, Loubillé 
(Lloyd). VENDÉE : Benet, canton de Maillezais (Letourneuz in litt. et in Bull. 
Soc. bot. t. VIII, p. 125). CHARENTE : Sillac, les Planes, Rouville, Verdille, 
arr. de Ruffec; métairie de Beauregard prés Angoulême (A. de Rochebrune 
et Savatier). Lor : Combefolle près Saint-Germain-du-Bel-Air! (E. de Valon 
in Puel et Maille, Herb. fl. loc. n°201) ; Thémines! (Z. Puel in h. T. Puel); 
entre la Capelle et Figeac, à Puy-les-Martres! (Bourgade in h. Puel) ; 
Limogne ! (Revel in b. Puel) ; Ventaillac! (Lacombe in h. Mus. Cahors). Lor- 
ET-GAR, : Agen! (Chaubard in b. Puel; E. de Pommaret in Puel et Maille, 
Herb. fl. loc. n° 1); Hautefages! (Guillon in h. Cosson). TARN-ET-GAR, ; 
Fauroux ! ( Chaubard in h. Puel) ; Moissac! (Lagréze- Fossat in h. Puel et in 
Schultz, Fl. Fr. et All. u* 807); Montauban (Gaterau); Verdun-sur-Garonne 
(Emeric in Balbis, Cat.). TARN : de Castres à Navès (Doumenjou). H.-Gan. : 
Toulouse! (Colomiés, Filhol in h. Puel; Arrondeau in h. Cosson), Blagnac 
(Emeric ex Lapeyrouse); Bagnères-de-Luchon à la vallée de Vénasque (Boi- 
leau ex DC. et Lap.). ARIÉGE : Mijanez (F. Petit); Quérigut ! (lourrct in 
h. Mus. p.). 

T. Vil 14 


240 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


FLORE DU RHÔNE. — AUDE : Limoux ! (Naudin in h. Delessert) ; vallée de 
l'Orbiel sur la Montagne-Noire, à Salsigne (Ozanon in Bull. Soc. bot. t. VIII, 
p. 165). Pyn.-On. : Arles-sur-Tech ! (Montagne in h. Mus. p.) ; Olette ! 
(Maille in h. Mus. p.) ; Trancade-d' Ambouilla! (/ra£ in h. Cosson). 


(La suite prochainement.) 


M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


EXCURSION BOTANIQUE DIRIGÉE EN SAVOIE ET EN SUISSE, pr M. Ad. CHATIN, 


DEUXIÈME PARTIE (1). 


La lune s'étant dégagée radieuse, le bruit des cornes nous appela à voir, 
par un magnifique effet de nuit, les cimes avancées du Mont-Blanc, depuis 
plusieurs jours enveloppées de nuages. C'était un à-compte pris sur l'incerti- 
tude du lendemain, mais le beau temps devait nous accorder ce jour-là ses 
faveurs tout entiéres, 

La lune fit place au soleil, et le 5 août, à huit heures du matin, nous par- 
tions, conformément au programme arrété la veille, pour faire l'ascension du 
Brévent et de la Fléchére. 

Le bourg de Chamounix est situé à 1044 métres (ce qui est à peu prés l'alti- 
tude de la Grande-Chartreuse, du Brizon et du couvent du Reposoir), dépasse 
le petit Saléve de 140 métres et n'est inférieur au grand Saléve que de 540 
mètres); le sommet du Brévent, que nous devons atteindre, est à 2538 mè- 
tres; le chalet de Priampraz (Pliampraz), où nous déjeunerons, à 2080 mètres, 
savoir aux deux tiers de l'ascension. J'ajoute immédiatement, pour compléter 
le programme de la journée, qu'aprés étre redescendus du Brévent à Priam- 
praz, nous côtoierons, sur une longueur de 2 lieues environ, le pied des 
Aiguilles de Charlanoz et les Aiguilles-Rouges, pour aller à la Fléchére (ou 
Flégère). Ce dernier point de vue (1980 mètres), auquel se rendent les tou- 
ristes pour voir de face la mer de glace, n'ajoute rien au panorama dont on 
jouit du Brévent, et manque d'intérét botanique. Aussi ne saurais-je trop 
engager les botanistes à le négliger désormais, pour donner tout leur temps à 
l'exploration du Brévent. 

La roche qui forme la montagne est un calcaire talqueux azoique. 

Au-dessus de Chamounix, dont l'église et toute la partie haute s'élevent 
contre la base méme de la montagne que couronnent au-dessus de nos têtes le 
Brévent, et successivement, sur notre droite, les Aiguilles de Charlanoz et les 
Aiguilles- Rouges, nous cueillons : 


(1) Voyez plus haut, p. 427. 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1864. 911 


Epilobium collinum Gmel., qui nous parait spécifiquement distinct de l E. 
montanum. 

Alsine Bauhinorum Gay (A. laricifolia Godr.). 

Carduus defloratus L. 

Campanula barbata L. 

Luzula nivea DC. 

L. lutea DC. 

Cystopteris fragilis Bernh. 

Allosorus crispus Bernh., extrêmement abondant dans les débris de ro- 
chers, 

Spiræa Aruncus L. 

Ajuga alpina Vill., peut-être race alpine d' A. reptans. 

Phyteuma betonicifolium Vill. 

Galium rotundifolium L. 


Nous nous arrêtons un instant au plan de Challais ou de Bellevue, près 
duquel se fait jour, sur le bord du sentier, une source limpide; et, après un 
coup d'œil donné dans la vallée de Chamounix qui est à nos pieds, à la chaine 
du Mont-Blanc qui s'étend en face de nous, nous continuons l'ascension en 
cueillant : 


Veronica fruticulosa L. 

Juncus trifidus L. 

Hieracium præaltum L. 

Trifolium alpinum L. 

Cardamine resedifolia L., très commnn. 

Carex montana L., qui nous rappelle Fontainebleau. 

Luzula spadicea DC. 

Ranunculus montanus L. 

Hypericum Richeri Vill. (non Lapeyr.). 

Phleum alpinum L. 

Sempervivum montanum L. 

Viola calcarata L. 

Plantago montana Lamk (P. alpina Vill. non L. p 

Gentiana acaulis L. var. excisa. 

Ranunculus Villarsii DC. 

Saxifraga aspera L. (a. genuina Gr. G.). 

S. Cotyledon L., espèce des Pyrénées, dont l'existence était mise en doute 
quant aux Alpes de France. 

Arbutus alpina L. 

Bupleurum stellatum L., fentes des rochers. 

Laserpitium Panax Gouan, que pulsieurs de nous ont déjà trouvé au Lau- 
taret en 1858. 


242 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Lilium Martagon L., du terrain volcanique du Puy-de-Dôme, des calcaires 
de la Grande-Chartreuse, etc. 

Rosa montana Chaix. 

Viola biflora L. 

Achillea moschata Jacq., espèce désormais acquise à la flove francaise, et 
dont nous fêtons l'annexion par une abondante récolte, que nous renou- 
vellerons au Saint-Bernard. 

Arenaria biflora L., que la France ne comptait jusqu’à présent que sur les 
sommets des Alpes dauphinoises. 

Potentilla grandiflora L. 

P. aurea L., bien distinct du précédent par ses feuilles digitées et non 
ternées. 

Astrantia minor L. 

Rhododendron ferrugineum L. 

Betonica hirsuta L. 

Primula viscosa Vill., fleurs en bon état. 

Liliastrum album Link, Parlat., que nous cueillions le 5 août 1858, c'est- 
à-dire il y a juste deux ans, auprès de la chapelle même de saint Bruno. 

Thesium alpinum L. 

Euphrasia minima Schl., qui croit sur le grés des Vosges et sur les sommets 
volcaniques du Mont-Dore, comme sur les calcaires des Alpes. 

Valeriana tripteris L. 

Homogyne alpina Cass. 

Soldanella alpina L. ' 

Saxifraga cuneifolia L., une des plantes les plus communes de ces régions. 

Selaginella spinulosa Al. Braun. 

Rhinanthus minor var. alpinus. 

Phyteuma hemisphæricum L. 

Geum montanum L., dont les fruits sont déjà prolongés en longs stigmates 
plumeux. 

Hypericum Richeri Vill., souvenir de la Grande-Chartreuse et du Lautaret. 

Allium Victorialis, commun aussi dans les prairies du Puy-de-Dôme et du 
Lautaret. 

Hieracium multiflorum Schl. 

Carex montana L. 

Ajuga alpina Vill, 

Saxifraga Aizoon Jacq. 

Stellaria cerastioides L. (Cerastium trigynum Vill.). 

Meum Mutellina Gærtn. 

Gaya simplex Gaud. 

Gnaphalium supinum L. 

Avena versicolor Vill. 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1861, 213 


Alchemilla pentaphyllea 1. 

Luzula spicata DC. 

L. spadicea DC. 

Veronica bellidioides L. tie, 
V. aphylla L. 

V. alpina L. 

Hieracium angustifolium Vill. (H. glaciale Lachn.). 

H. albidum Vill. 

H. alpinum L. 

Saxifraga moschata Wulf. 


Nous voici à la Priampraz ou Pliampraz (plan-pré) ; une hôtellerie-caravan- 
sérail s'y élève sur un plateau gazonné, et nous offre, indépendamment d'un 
déjeuner passable, tous ces produits de l'industrie du montagnard qu'on est 
heureux de rapporter à ses amis. 

L'altitude est ici de 2080 métres. La vue de face du Mont-Blanc est com- 
plète, la plupart des boites sont pleines, la fatigue se fait sentir; aussi beau- 
coup de nos compagnons, renoncant à monter plus haut, prennentle parti 
d'y.attendre ceux qui iront au sommet du Brévent. 

En quittant le pavillon de Priampraz, nous suivons un frais ruisseau (alimenté 
par les neiges voisines) qui coule dans un tapis de Sibbaldia procumbens et 
rappelle à ceux de nous qui ont pris part, en 1858, aux excursions de la 
Société botanique de France daus les Vosges, la halte réparatrice qu'elle fit 
le 16 juillet prés de la fontaine Sibbaldia. Là aussi nous trouvons l’ Epilo- 
bium alpinum et le Luzula spadicea, qui accompagnent dans les Vosges, 
mais à une altitude de plus de 600 métres inférieure, la plante dont la décou- 
verte en 1821, prés de la fontaine à laquelle elle a donné son nom, fut une 
cause de si grande joie pour son auteur, le vénérable et regretté M. Mougeot 
père (1). 

Gontinuant de monter au travers des rochers et des plaques de neige, nous 
cueillons encore : 


Chrysanthemum alpinum L. 

Leontodon hastilis Koch, forme alpine. 

Crepis aurea Cass. 

Empetrum nigrum L., entrelacé à l’ Azalea procumbens L., tous deux passés 


au Brizon, et ici à pei::e fleuris. 
Rhododendron ferrugineum L., réduit à une taille de quelques décimètres. 


Sur le rocher, dit Nez du gros Béchard (alt. 2250 mètres), on trouve : 


Primula viscosa Vill., qui ouvre sés jolies fleurs purpurines et odorantes, 


(1) Voyez le Bulletin, t. V, p. 474 et 489. 


21h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Luzula lutea L. 

Cardamine resedifolia L. 

Festuca Halleri AN. 

F.: violacea Gaud. , aux larges feuilles. 


Plus une série de Lichens, dont les principaux sont : 


Lecidea geographica, plaques verdátres. 

L. cinerea, plaques grises. 

Thamnolia vermicularis. 

Physcia islandica. 

Cladonia uncialis. 

Cornicularia bicolor. 

Stereocaulon nanum (forme qui est peut-étre une espéce nouvelle). 
S. corallinum. 

. Lecanora ventosa. 


Autour de la Pierre-à-Béchard croissent encore : 


Saxifraga aizoides L., sans fleurs. 

S. muscoides Wulf. 

S. oppositifolia L. 

Juncus trifidus L. 

Homogyne alpina Bass. 

Veronica bellidioides L. 

V. alpina L. 

Geum montanum L., ici en belles fleurs. 
Poa alpina L., non encore fleuri. 


Bientót on est au sommet du Brévent (alt. 2538 métres), que les uns ont 
escaladé par la Cheminée, les autres par un passage moins difficile placé à un 
kilomètre environ plus au nord. On y cueille le Saxifraga biflora et le 
S. aspera, au milieu de plantes dont la végétation est attardée. Un drapeau 
aux couleurs de la France est planté par les jeunes Lemoine et Henrot, élèves 
de l'École de médecine de Reims, par MM. Maugin, Topinard, etc., sur le 
point culminant, et l'on se repose un instant en contemplant le plus grandiose 
des spectacles. 

Devant nous s'éléve la haute croupe du Mont-Blanc, qui, de Chamounix et 
méme de Bellevue, est comme dominée par les grands pics placés en avant 
d'elle, tandis qu'elle se montre d'ici dans toute sa splendeur ; sur ses côtés se 
déroule sa grande chaîne, que du col de Balme on ne voit que de profil ou 
d'enfilade. Plus à droite, derrière le Mont-Joly (alt. 2660 mètres), on aper- 
coit les Alpes du Dauphiné, au milieu desquelles s'éléve le Mont-Pelvoux 
(alt. 4176 mètres), centre granitique d'un système puissant dont les chainons 


SÉANCE DU 12 avRiL 1861. 215 


relevés viennent unir leurs bases à celles du Mont-Blanc, vers les sources de 
l'Isère. En nous retournant, nous avons à gauche la vallée de Sixte et le Buet 
(alt. 3098), à droite, dans le lointain, les cimes blanches des Alpes bernoises, 
en face, et visible seulement avec une lunette, le Weisenstein, de Soleure, 
sur lequel notre expédition cueillera ses dernieres plantes. 

Revenus au plateau de Priampraz, nous en partons aussitót, avec ceux des 
nôtres qui étaient restés à nous attendre, pour la Fléchère. En longeant 
les Aiguilles de Charlanoz, premiers pics, aprés le Brévent, de l'aréte des 
Aiguilles-Rouges, nous trouvons, au milieu de rochers provenant pour la 
plupart d'éboulements : 


Arenaria biflora Le 

Lycopodium alpinum L., espèce remarquable par ses très longues pousses 
radicantes. 

Polypodium rhæticum L., une seule touffe est trouvée par MM. Hassan et 
Abd-el-Asyz, mais la plante abonde sur le versant nord. 

Poa alpina L. 

Laserpitium Halleri Vill. 

Bupleurum stellatum L. 

Hieracium amplexicaule L. 

Rosa alpina L. 

Rhamnus pumila L. 

Convallaria verticillata L. 

Spergula saginoides L. 

Hieracium villosum var. dentatum?. 

Crepis aurea Cass., commun dans les prés sous le pavillon de la Fléchère. 

Sphærophoron coralloides, très joli Lichen. 

Saxifraga cuneifolia L. ; 

Listera cordata R. Br., dans un bois de Pins que nous descendons pour 
gravir la rampe opposée du ravin. 

Circæa alpina L. 

Ranunculus montanus L. 

Gnaphalium norvegicum Gouan, peut-être forme alpine du G. silvaticum ? 

Selaginella spinulosa A. Br. 

Leontodon pyrenaicus Gouan. 

Avena montana Vill. 

Campanula barbata L. 

Stellaria nemorum L., si commun au Mont-Dore dans le bois du Capu- 
cin, etc. 

Lariz europea DC. 

Cerastium strictum L., simple variété du C. arvense T. 

Achillea macrophylla L. 


216 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
En continuant de monter vers la Fléchère, nous voyons eucore : 


Sperqula saginoides L, 

Chrysanthemum alpinum L. 

Sedum annuum L. (S. saxatile DC ), 

Pinus Cembra L. 

Gnaphalium supinum L. 

Meum Mutellina Gærtn. 

Cardamine resedifolia L. 

Cherophyllum hirsutum L. 

Astrantia minor L. 

Arabis alpina L. 

Saxifraga aizoides L. 

S. cuneifolia L., en fructification. 

Potentilla aurea L. (P. Halleri). 

Hieracium sabinum Seb. et M. 

H. villosum L. 

Crepis grandiflora Tausch, belle piante que j'ai déjà vee au Pilat ct au 
Mézenc. 

Homogyne alpina Cass. 


Nous parvenons enfin au pavillon de la Fléchère ou Flégère (alt. 1908 mè- 
tres), moins élevé que celui de Priampraz (alt. 2080 mètres), mais auquel on 
n'arrive de celui-ci que par une marche fatigante de plusieurs heures 
et des alternatives de descentes et de montées. Après un regard donné au 
glacier dit la mer de glace, placé en face de nous de l'autre côté de la valléé 
de Chamounix, aux nombreux glaciers qui descendent à droite et à gauche de 
celui-ci de la chaine du Mont-Blanc, aux crétes du Cirque (glacier du 
Talèfre), dont le fond abrite le fameux Jardin, nous nous hâtons, malgré les 
excitations de notre guide, M. Vénance Payot, qui nous promet le Cystopteris 
alpina Link prés des chalets de la Fléchère, de revenir à Chamounix. Sous 
l'aiguillon de la nuit, qui déjà s'étend dans la vallée, nous ne mettons qu'uue 
heure et demie pour descendre, ou plus justement pour rouler de lo Fléchere 
au village. 

Le programme de la journée de demain, donné à l'issue du diner, est le 
suivant : Départ à dix heures pour lé Montanvert ; traversée de la mer de 
glace; retour par le Chapeau et les sources de l'Arveyron. Toutefois, sépara- 
tion, aprés le passage du Chapeau, de la portion de la troupe (cinquante per- 
sonnes à peu près) qui peut coucher à Argentières et gagner par là, sur la 
journée du 7 (transport de Chamounix à Martigny) deux heures qui seront 
fort utilement employées à herboriser, à sécher les plantes, ou au repos. 


Le 6, à l'heure convenue, les grandes cornes qui servent aux bergers à 


SÉANCE DU 12 AvRiIL 1861. 717 


rallier leurs troupeaux, et dont les plus jeunes étudiants de l'expédition ont 
complété leur attirail, sonnent le départ. 
Au sortir du village, on cueille, en traversant des prairies : 


Juncus alpinus Vill. 
Scirpus compressus. Pers. 
Glyceria fluitans R. Br., forme à épillets d'un joli bleu. 


Après avoir traversé un premier bois de Lorix et d’Abies, situé au pied 
de fa montagne, puis un second bois (dit de Levettaz), on arrive à la fontaine 
du Caillet, rendue célèbre par la légende de Florian sur Claudine, ct qu'om- 
brageaient autrefois de grands arbres aujourd'hui détruits par les avalan- 
ches. Nous sommes à moitié route du Montanvert, et à une altitude d'environ 
1450 mètres. Quelques plantes sont cueillies, parmi lesquelles : 


Aspidium Lonchitis Sw. 

Epilobium alpinum L., ou plutôt Æ. anagallid/folium Lam. 

Hieracium alpinum L. (H. Helleri Vill.). 

Circea alpina L. 

Luzula spicata L. 

Phyteuma hemisphericum L. 

Juncus trifidus L. 

Oxyria digyna Campd. 

Et Chenopodium Bonus Henricus L., ce fidèle compagnon de Phomme, que 
nous trouvons auprès du pavillon et de l'écurie du Montanvert. L'altitude, 
ici de 1891 mètres, ne sera dépassée aujourd'hui que par quelques intré- 
pides qui s'engagent dans les rochers intérieurs de l'Aiguille de Charmoz 
pour y cueillir le Pinus Cembra L. 


Au bruit du canon, que des touristes font tirer pour entendre les échos, 
nous descendons par le rocher (calcaire) vers la moraine (à blocs formés pour 
la plupart de protogine) de la rive droite du glacier, où nous attendent : 


Epilobium montanum L.. 

Bupleurum stellatum L., dans la fente de la même roche où je l'avais cueilli 
le 15 août 1843. 

Festuca Halleri M. 

Salix herbacea L. 

S. hastata L. 

S. Lapponum L., qui nous rappelle l'herborisation au pic de Sancy en 1856. 

S. reticulata L. 

S. retusa L. 

Allosorus crispus Bernh. 

Hi-rac-um alpinum LÈ, 


248 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

H. albidum Vill. 

H. Schraderi Koch (H. alpinum Vill.). 

Agrostis rupestris All. 

Azalea procumbens L. 

Empetrum nigrum L., en fructification. 

Rhamnus pumila L. 

Avena montana Vill. 

Saxifraga bryoides L., qui paraît être spécifiquement distinct du S. aspera. 

Alchemilla alpina L., sur la Pierre-aux-Anglais, bloc de rocher consacré 
par une inscription aux Anglais Socock et Windham, qui visitèrent Cha- 
mounix en 1741 et crurent y avoir pénétré les premiers (1). 

Alnus viridis DC. 

Rhododendron ferrugineum L. 

Pinguicula vulgaris L, 

Oxyria digyna Campd. 

Homogyne alpina Cass. 

Ranunculus glacialis L., rare ici. 


Quelques jolis Lichens (et Mousses), notamment : 


Stereocaulon nanum et corallinum. 
Solorina crocea, sont encore cueillis. 


M. Yénaice Payot nous montre les escarpements inabordables où il a récolté 
le Dracocephalum Ruyschiana L., Pune des belles plantes du coteau des 
Gardes au Lautaret, et nous traversons (en vingt-huit minutes) la mer, ou 


mieux le torrent de glace, sans autre accident que la chute d'un manteau dans 
les crevasses du glacier. 


Sur la moraine droite nous trouvons : 


Al/osorus crispus Bernh. , mêlé à l'Ozyria digyna. 

Linaria alpina L. 

Artemisia glacialis L. 

A. Mutellina Vill. 

Viola biflora L. 

Cerastium latifolium L. (C. glaciale Gaud. ). 

Primula farinosa L., émaillant de ses charmantes fleurs toute une vaste 
pelouse au travers de laquelle se font jour les pleurs (lous plous) de la 

. montagne. 

Saxifraga stellaris L. 


Dans un petit marécage croissent : 


(4) Voir à ce sujet le Guide aux eaux de Saint-Gervais, par J. Determes, page 139. 


SÉANCE DU 12 AVRIL 1861. 219 
Eriophorum angustifolium Roth var. alpinum. 
Carex frigida All., de trés grande taille. 
C. Goodenowii Gay, vieille connaissance de nos botanistes parisiens , ainsi 
que l'espèce suivante, abondante à Auffargis et à Saint-Léger. 
Viola palustris L., assez commun aussi à Revel dans les Alpes du Dau- 
phiné et sur quelques points des Pyrénées. 


Sur le flanc de la montagne viennent encore : 


Pedicularis rostrata L. 

Juncus triglumis L. 
Imperatoria Ostruthium L. 
Bellidiastrum Michelii Cass. 
Saxifraga muscoides Wulf. 

S. aspera L. 

Epilobium origanifolium Lam. 
Bartsia alpina L. 


En descendant le Maupas (mauvais pas), autrefois si redouté, maintenant 
rendu très facile par les marches taillées dans le roc et la rampe de cordes 
(dont on peut même négliger le secours) qui rend l’aide de guides absolument 
superflue, nous prenons contre les parois du rocher, prés du Carez fri- 
gida All. : 


Dianthus rupestris L. fil. (D. Scheuchzeri Rchb.). 

Saxifraga Cotyledon L. 

Arenaria grandiflora All., plante alpine que les botanistes parisiens cueillent 
chaque année dans sa paradoxale station du Mail d'Henri IV, à Fontai- 
nebleau, où elle vit à l'exposition sud avec le Stipa pennata (la localité du 
Mail est détruite depuis quelques années, mais le Stipa existe encore 
assez abondamment dans les gorges d'Apremont prés de la Cave-aux-bri- 
gands) et quelques Helianthemum qui, du moins, trouvent un peu là leur 
soleil du Midi. 

Leontodon. hispidus L. 

Trifolium cæspitosum Reyn. (Tr. Thalii Vill.) 


Nous sommes à la buvette du Chapeau, oà un homme fort bourru fait payer, 
d'avance et trés cher, de mauvais rafraichissements, que naturellement il 
donne pour rien aux guides. 

Entre le pavillon et la cascade du Chapeau, on voit : 


Geranium pyrenaicum L. , formant de très belles touffes. 
Rumez alpinus L., pris, jusqu'à la fin du siècle dernier, pour le vrai Rha- 
pontic (Rheum Rhaponticum L.) par plusieurs botanistes, et dont les 


220 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
pétioles sont mangés, au dire de Villar (1), par les paysans du Dauphiné, 
précurseurs des Anglais mangeurs des pétioles de Rhubarbe. 


Sempervivum arachnoideum L. 
Tofieldia calyculata Wahlnbg. 


Au-dessus du hameau de Lavanché, à peu près à égale distance de Ch.- 
mounix et d'Argentieres, ceux qui doivent coucher dans ce dernier village 
prennent un sentier à droite, Continuant de descendre vers la moraine du 
glacier des Bois (portion inférieure de la mer de glace, l:quelle n'est elle- 
même que la base des glaciers du Géant ou de Taccu, de Léchaud et du 
Talifre), nous allons xoir les belles sources de l'Arveyron, puis, suivant ce tor- 
rent dans la vallée, nous cucillons, sur ses bords et dans ses alluvions siliceuses, 
l'une des plus rares plantes rapportées de notre expédition, le Trifolium 
thymiflorum Vill. (T. saxatile All.), qui n'était connu en France que sur 
quelques points peu visités des Alpes du Dauphiné. La nuit nous surprit 
cherchant le précieux Trèfle des glaciers (Reyn. Mém. Y, 166), que l'obscu- 
rité et sa très petite taille dérobèrent bientôt à notre empressement. 

Le Trifolium thymiflorum termina dignement les deux journées d'excur- 
sions faites aux environs de Chamounix. Nous fümes redevables de cette der- 
nière bonne fortune, comme de tout le succès de nos ascensions au Brévent 
et au Montanvert, à M. Vénance Payot, habile naturaliste, non moins familia- 
risé avec les sentiers du Mont-Blanc qu'avec ses productions tant vivantes que 
minérales. Qu'il recoive encore une fois, pour tous les services qu'il nous a 
rendus, l'expression de notre reconnaissance. 

Le programme de la journée du 7 août consiste à aller, autant qu'on le 
pourra en herborisant, de Chamounix à Martigny. L'itinéraire général est par 
le col de Balme (dix heures de marche), route plus fatigante et moins pitto- 
resque que celle de la Téte-Noire, mais plus riche en plantes, et qui donne, 
sur le profil du Mont-Blanc, une vue à laquelle on ne peut comparer que 
celle prise du Righi sur la chaîne de l'Oberland. Les plus fatigués prendront 
par la Téte-Noire, montés sur des mulets, et quitteront un instant leur route 
pour ANNEXER le /.innæa borealis, cette charmante plante dédiée au plus grand 
des botanistes, et qui vit cachée au fond d'un profond ravin, dans les bois 
d' Abies qui s'étendent sur la rive gauche de l Zau-/Vo?re, vers son confluent 
avec le torrent qui descend des Montets. Une de nos jolies Mousses, l Hyp- 
num splendens, adoucit le lit de rocailles où se plaît le Linnea (2). 

Nous partimes de Chamounix à six i;cures du matin, et, laissant à droite le 
glacier des Bois (portion inférieure de la mer de glace) et la source de l'Ar- 


(1) Notre vieil ami le docteur Bally (l'un des trois héros de la peste de Barcelone) a 
prouvé que Villar ne doit pas étre écrit Villars. 
(2) Ces indications précises m'avaient été données par M. Vénance Payot, 


SÉANCE DU 12 AVRIL 18641. 991 
veyron, nous arrivàmes, après une bonne marche d'une heure et demie, à 
Argentières, gros village dans une vallée dont l'altitude, sensiblement égale 
à celle de la Téte-Noire, est de 1270 mètres. En nous élevant de la vallée de 
Chamounix (1040 mètres) à celle d'Argentieres, nous vimes dans la gorge 
escarpée par laquelle l'Arve se précipite : 


Rosa montana, en fructification. 


Epilobium Fleischeri Hochst., en beaux spécimens. 
» 


Le Myricaria germanica Desv. borde le torrent, et des Tines à Argentières 
le fond humide des prairies offre comme des champs de Rumex alpinus L. et 
d Adenostyles albifrons Rchb., que les habitants récoltent pour nourrir en 
hiver leurs animaux à l'étable. ; 

En sortant d’Argentières, dont le bon curé, qui m'avait fait offrir ses services, 
avait donné l'hospitalité écossaise à M. Paul de Bretagne et au fils du célebre 
docteur Blache, nous nous divisàmes en deux troupes. L'une de celles-ci, que 
suivaient les mulets chargés des bagages, prit à gauche, au nord-est, par les 
Montets et la Téte-Noire ; avec l'autre, je suivis, vers l'est, la ligne presque 
droite qui conduit au col du Balme, en laissant un peu à droite le glacier du 
Tour, et longeant le côté gauche de la grande source de l'Arve. 

Un brouillard épais et froid, bientót changé en une pluie neigeuse, nous 
enveloppa vers le milieu de la montagne. Ce maudit brouillard, qui nous déroba 
complétement la belle vue d'ensemble de la vallée de Chamounix et du profil 
du Mont-Blanc, contraria d'ailleurs beaucoup l'herborisation, eu enpéchant 
que, sous peine de s'égarer, on ne s’éloignât du sentier, et en nous glacant les 
mains. Cependant les boîtes reçurent encore des exemplaires de : 


Geum montanum L. 

Campanula barbata L. 

Gnaphalium dioicum L. 

Phyteuma hemisphæricum L. 

Plantago alpina L. 

Phleum alpinum L. 

Ranunculus montanus Willd. 

Veronica fruriculosa L. 

Trifolium alpinum L. 

Potentilla aurea L. 

Alchemilla alpina L. 

Et #h:dodendron ferrugineum, dont la limite supérieure est ici au plan de 
Sarammot, vaste praz (pré) situé à une altitude de 1900 mètres. 


Au-:lessus de la zone du Æhododendron, nous cueillimes : 


Carer sempervirens Vill. 


999 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Crepis aurea Cass. ; et, ayant franchi deux petits torrents bordés de Ranun- 
culus aconitifolius aux fleurs argentines (on sait qu'une forme à fleurs 
doubles est cultivée comme plante d'ornement sous le nom de Bouton 
d'argent), nous continuâmes de nous élever au milieu d'une riche flore 
alpine représentée sur les bords du sentier par : 

Arnica montana L., ici sur le calcaire presque pur, au Hohneck sur les 
roches de silice. 

Spiranthes æstivalis Rich. , que nous reverrons au Weisenstein. 

Herminium Monorchis R. Br., que nous avons déjà trouvé 2u Brizon et qui 
est décidément une plante de montagne, malgré sa présence dans l'ouest 
et le singulier rendez-vous qu'il a donné, sur les coteaux de Mantes, à l'As- 
tragale de Montpellier. Il est vrai qu'il s'est fait accompagner dans ce voyage 
par Arabis arenosa Scop., par Thlaspi montanum L. et par Daphne Meze- 
reum L., plantes assez montagnardes qui ont pris station un peu en avant 
de Mantes, sur les coteaux de la Roche-Guyon, de Bonnières et de Saint- 
Adrien. 

Luzula lutea L. 

Sempervivum montanum L. 

Hieracium aurantiacum L., que nous nous rappelons avoir trouvé trés beau 
au Mont-Dore en 1856, petit et gréle en 1858 sur le Ballon-de-Soultz. 

Meum Mutellina Yill. 

Veratrum album L., émule du Colchique (dont les bulbes contiennent d'ail- 
leurs aussi de la vératrine) dans la cure de la goutte. 

Gentiana punctata L. 

Scirpus cæspitosus L., forme alpine remarquable par sa trés petite taille et 
en raison de l'alitude (2000 à 2100 métres) à laquelle elle croit. Nous 
venons de voir l Herminium descendre des montagnes dans les pays de 


plaines; maintenant c'est une plante des plaines qui s'éléve vers les sommets 
des Alpes (exposition ouest). 

Chrysanthemum alpinum L. 

Cirsium spinosissimum Scop. 


Il est onze heures. Nous voici à l'auberge du col de Balme, dont nous aper- 
cevions, depuis quelques instants, la silhouette se détachant sur le ciel au tra- 
vers du brouillard. 

De grands feux et un frugal déjeuner (ici le confort n'approche pas de celui 
qu'offrent les deux pavillons de la Téte-Noire) n'étaient pas inutiles pour 
réchauffer notre courage (1). Au sortir de l'auberge, commence la pente est 
de la montagne et finit la France. Un petit drapeau fut mis à la limite nord du 


(4) Le barométre de l'auberge ne marquait que 565 mm. Chacun de nous portait donc, 
ou à peu prés, 3600 k. de moins qu'à Paris! 


SÉANCE DU 12 AvRIL 1864. 223 


col élevée de 100 mètres environ au-dessus du passage, et, favorisés par une 
raréfaction du brouillard, nous nous mimes à herboriser sur la pente suisse 
de l’arête, autour d'amas de neiges dont la fonte tardive n'avait pas permis 
à la plupart des espéces de cette haute région de se développer. Cependant 
on vit : 


Salix helvetica Vill. (S. Lapponum L.), placé comme en védette pour nous 
faire bon accueil sur le sol de l'Helvétie. 

Arenaria biflora. 

Pedicularis verticillata L. 

P. rostrata L. 

Silene exscapa All., à côté de S. acaulis L., dont il est fort distinct. 

Gaya simplex Gaud . 

Alchemilla pentaphyllea L., le type et sa variété soyeuse (A. cuneata Gaud.). 

Butchinsia alpina R. Br. 

Polyġonum viviparum L. 

Linum alpinum L. var. alpicola. 

Gentiana bavarica L. 

G. verna L. 


Et toute une colonie de Véroniques, savoir : 


Veronica alpina L. 

V. aphylla L. 

V. bellidioides L. 

V. fruticulosa L., près desquelles croissent : 

Soldanella alpina L. 

Leontodon pyrenaicus Gouan. 

Cirsium spinosissimum Scop. 

Saxifraga oppositifolia L. 

S. aizoides L., forme à fleurs d’un riche orangé, 

S. Cotyledon L. 

Geum montanum L., commençant seulement à fleurir. 

Gentiana glacialis Thom. 

G. alpina Vill., peut-être forme du G. acaulis L., propre aux régions éle- 
vées des Alpes. 

Gnaphalium supinum L. 

Stellaria cerastioides L. (Cerastium trigynum Vill). 


Continuant de descendre, nous arrivons aux chalets des Herbagères (alt. 
1950 mètres), où nous trouvons : 


Gnaphalium norvegicum L., qui, par quelques pieds nains, semble passer au 
G. supinum. 


99A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Rhododendron ferrugineum L. 

Saxifraga rotundifolia L, 

S. stellaris L. 

Luzula lutea L. 

Veratrum album L., et bientôt après, 

Larix europæa DC., formant de hautes forêts d'un vert tendre, auxquelles 
vient se mêler le noir feuillage de l’ Abres excelsa DC. 


Le long du sentier tracé en lacets dans les flancs escarpés de la forêt de 
Magnin, aujourd'hui bien éclaircie par les avalanches qui, sur plusieurs 
points, ont effacé le chemin, ailleurs barré par l'accumulation des troncs 
brisés, nous trouvons : 


Stellaria nemorum L., jolie Caryophyllée que plusieurs de nous cueillirent 
pour la première fois à l'herborisation du Mont-Dore (en 1856) dans le 
bois du Capucin, où nos savants confrères MM. Lecoq et Lamotte nous ini- 
tiaient aux richesses de leur beau pays. 

Hieracium aurantiacum L., en splendides échantillons. 

Leucanthemum mazimum DC., belle plante se distinguant au premier coup 
d'œil du Z. vulgare par ses feuilles charnues et cassantes, les inférieures 
cunéiformes et dentées seulement au sommet. 

Luzula nivea L. 

Polypodium rhæticum L., ici sur le calcaire, et que nous avons récolté en 
Auvergne sur les roches volcaniques, au Hohneck et au ballon de Soultz 
sur le granite. 

Epilobium origanifolium Lam. (E. alsinifolium Vill,). 

E. alpinum L., dont les petites fleurs contrastent avec celles de l'espéce pré- 
cédente. 

Aspidium Lonchitis Sw. 

Lycopodium clavatum L. 

Spergula saginoides L. 

Polystichum Oreopteris DC. 


Au pied de la montagne, le Nant-Noir, torrent qui descend des Herbagères 
et se jette à quelques pas de là dans le Trient, est passé sur quelques Sapins 
jetés d'une rive à l'autre, et tout aussitôt, malgré une pluie diluvienne, nous 
nous jetons avec avidité sur de magnifiques touffes de PAaca alpina Wulf., 
qui nous rappellent le Lautaret ; de nombreux pieds de Campanula rhom- 
boidalis L. et de Phyteuma scorzonerifolium Vill. sont presque aus: itôt 
cueillis dans une prairie que longe le chemin. 

Le Trient, que nous reverrons daus la gorge affreusement belle par laquelle 
il s'échappe des montagnes pour se jeter dans le Rhône, entre Martigny et la 
cascade de Pissevache, est passé sur un pont élevé à l'entrée du village (alt. 


SÉANCE DU 12 AvRIL 1864. 225 


1350 mètres ?). En montant au col de la Forclaz, nous laissons contre le 
rocher placé à notre droite le Saxifraga Aizoon Jacq. et quelques autres 
plantes, nous prenons le Cirsium rivulare Link dans le pré situé à notre 
gauche. 

Le temps, qui s'est enfin éclairci, nous permet de jouir de la splendide 
vue qui, du sommet du col (alt. 1556 métres; la Forclaz du Prarion a une 
altitude [1530 métres] sensiblement pareille), plane jusqu'au delà de Sion, sur 
la vallée du Rhóne. Un regard en arriere nous montre, au bas de la vallée 
du Trient et commencant à s'engager dans le village, la longue caravane que 
forment, avec leurs'mulets, ceux de nos compagnons qui ont pris la route de 
la Téte-Noire. 

Martigny est à nos pieds; nos fatigues sont oubliées. Cependant, dans notre 
descente, nous cueillons : 


Saponaria ocimoides L., jolie petite plante dont la culture ornementale s'est 
emparée. 

Ajuga alpina Vill. 

Centaurea uniflora L., que nous avons récolté, il y a deux ans, dans les 
prairies sous le glacier de la Grave. 

Artemisia Absinthium L., base de cette liqueur suisse, agréable et perfide, 
qui tue plus d'hommes distingués que le boulet. Nous trouverons cette ter- 
rible plante sur tous les rochers calcaires du bas Valais (1). 

Senecio viscosus L. 

Aconitum lycoctonum L. 

Ononis Natrix L. , l'une des plantes caractéristiques du calcaire. 

Cephalanthera rubra Rich., l'une des plus jolies Orchidées de Fontainebleau. 

Gypsophila repens L. 


Arrivés au pied de la Forclaz, ou hameau de la Croix, intersection des 
routes du Saint-Bernard et de Chamounix sur Martigny, nous constatons 
qu'en descendant la verticale de 1000 métres seulement, ce qui s'est effectué 
en une heure au plus, nous avons passé de la zone du Rhododendron à celle 
des Larix et Abies, de l'Abies aux Fagus, aux Quercus et aux Noyers (pas 
de Castanea, arbre saxophile, comme l'ont établi MM. Dunal et Planchon) ct 
enfin à la Vigne, qui donne, sur le côté placé à notre gauche et où se dressent 
les ruines d'an ancien cháteau-fort báti en 1260 par Pierre de Savoie, le vin 


(1) Qu'il me soit permis, dans l'intérét des jeunes étudiants, mes amis, d'extraire 
quelques lignes de M. A. Gaudon (Souvenirs d'un vieux chasseur d Afrique) : «Je ne dirai 
pas que cette pernicieuse liqueur a tué plus de soldats que le feu de l'ennemi en Afrique ; 
elle a jeté le deuil au milieu des plus nobles et des plus généreuses familles de France, sans 
compter une foule de victimes recrutées surtout parmi les officiers et les sous-officiers. Le 
simple soldat, de mon temps, buvait peu d’absinthe, et j'espère qu'à présent il n'en boit 
plus du tout. » 


TE 15 


226 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


estimé de la Batie (la Batia) Au milieu des vignobles est construite une 
petite ville en bois, habitée seulement aux approches des vendanges. 

A six heures du soir, nous étions descendus à Martigny, où le diner nous 
attendait dans les hôtels Clerc, du Cygne ct de la Grande-Maison. 

Dans cette journée, nous avions herborisé sur le col de Balme, à 
2304 mètres d'altitude ; nous voici retombés à 480 mètres, 104 seulement 
de plus qu'à Genève. Demain nous coucherons au grand Saint-Bernard, 
à 2500 mètres, et quelques-uns auront touché au Roc-Poli, à 2851 mètres. 

(La suite prochainement.) 


SÉANCE, DU 26 AVRIL 1864. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 12 avril, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la dernière séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


M. BAnrHEs (Charles), libraire-éditeur, rue de Verneuil, 5, à 
Paris, présenté par MM. Duchartre et de Schænefeld. 


M. le docteur Hénon, député au Corps législatif, remercie la 
Société de l'avoir admis au nombre de ses membres. 


Dons faits à la Société: 


4° Par M. A. Passy : 
Notice biographique sur Auguste Le Prévost. 
2° Par M, Reveil : 
Sur quelques médicaments nouveaux. 
3° De la part de-M. Timbal-Lagrave : 
Étude sur quelques Cistes de Narbonne. 
^" De la part de MM. Boissier et Buhse : 


Aufsæhlung der auf einer Reise durch Transkaukasien und Persien 
gesammelten Pflanzen. 


SÉANCE DU 26 AVRIL 1861. 227 
5° De la part de M. Ant. Cap: 
Philibert Commerson, naturaliste voyageur (Étude biographique). 


8° De la part de la Société d'Horticulture de la Haute-Garonne : 
Annales de cette Société, janvier et février 1861. 


6° En échange du Bulletin de la Société : 
Bulletin de la Société industrielle d'Angers, 3° série, n° 1. 
Atti dell T. R. Istituto veneto, t. VE, n° 3. 
Pharmaceutical journal and transactions, avril 1864. 
Journal de la Société impériale et centrale d’ Horticulture, mars 1861. 
L'Institut, avril 1861, deux numéros. 


M. Le Sourd-Dussiples fait à la Société la communication sui- 
vante : 


NOTE SUR UNE ANOMALIE PRÉSENTÉE PAR UNE FLEUR D'ORCHIS MASCULA, 
pr ME. E. LE SOURD-DUSSIPLES. 


Nous avons l'honneur de placer sous les yeux de la Société un Orchis 

mascula recueilli dans le bois des Camaldules prés Brunoy, le 21 avril dernier. 

En étudiant la structure de cette Orchidée, une disposition singulière dans 
la fleur voisine de celle que nous venions de disséquer attira notre attention. 

Sur le cóté gauche du labelle, et assez prés du bord, s'élevait une pro- 
duction qui tout d'abord nous parut étre une masse pollinique. Elle surmontait 
une caudicule et se trouvait accompagnée d'une glande visqueuse. L'examen à 
là loupe permettait de distinguer nettement ces diverses parties. 

Comment une masse pollinique se trouvait-elle transportée sur le labelle ? 
S'était-elle développée sur place, ou, quittant sa loge, était-elle venue 
s'attacher par son rétinacle visqueux au point où nous l'observions? 

La première hypothèse était bien séduisante et faisait de notre observation 
un fait trés extraordinaire, mais nous ne pümes nous y arréter longtemps. 

- La loge anthérique de droite n'offrait rien de particulier ; il n'en était plus 
de méme de celle de gauche. En écartant les feuillets de cette loge, nous 
constations l'absence de la masse pollinique, de sa caudicule et de son réti- 
nacle ; il n'y avait plus trace de l'organe. Le doute n’était plus permis, nous 
avions bien affaire à une masse pollinique fixée sur le labelle, et de plus cette 
masse était celle qui avait occupé la loge gauche de l'anthére, Le point du 
labelle où se trouvait fixé le rétinacle ne présentait, du reste, aucun change- 
ment de structure, L'anomalie consistait donc dans le saut de la pollinie 


au dehors de sa loge. 


228 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Ce fait est-il commun ? Nous avons inutilement recherché dans nos souve- 
nirs et en vain feuilleté les livres sur la matière, nous n'avons trouvé aucun 
exemple de cette anomalie dans nos Orchidées indigènes. 

Nous savons bien que M. le docteur Baillon a rapporté des faits du méme 
genre, à propos d'Orchidées exotiques (voyez le Bulletin, t. I, p. 285), et a 
pensé trouver dans ce fait un mode de fécondation du Catasetum luridum de 
Lindley. Nous savons aussi que les conclusions de M. Baillon furent contestées 
(ibid., p. 368 et 371) par M. Menière, appuyé de MM. Moquin-Tandon et 
'Trécul. Mais il s'agit toujours d'observations faites dans des serres, sur des 
Orchidées exotiques. 

D'un autre cóté, M. le professeur Moquin-Tandon, à qui nous présentions 
notre Orchis anomal, nous redisait qu'on voyait trés souvent, dans les serres 
et sous l'infuence de la moindre commotion, les masses polliniques être 
projetées violemment hors de leurs loges et venir s'attacher par leur réti- 
nacle aux vétements de l'observateur. Toutefois cet éminent botaniste ajou- 
tait qu'il n'avait jamais observé un semblable phénomène chez nos Orchidées 
rustiques. 

La nature trouve-t-elle, comme le pense M. Baillon, dans ce déplacement 
des pollinies, un moyen de fécondation ? Sans rejeter d'une manière com- 
pléte cette opinion, nous croyons que, les pollinies étant lancées à tout hasard, 
il ne doit pas arriver souvent qu'elles viennent se fixer sur les labelles d'une 
manière favorable pour la fécondation. 

Sous quelle influence le tissu élastique de la caudicule entre-t-il en action ? 
Il appartient à l'histoire de l'irritabilité végétale de nous éclairer sur ce point. 
En attendant, nous avons voulu soumettre à la Société un fait peu observé, ou 
du moins non encore indiqué, à notre connaissance, chez les Orchis de nos 
régions, persuadé que cette simple observation pourra un jour avoir quelque 
importance, lorsqu'elle servira de noyau à d'autres observations du méme 
genre (1). 


M. le Président rappelle qu'un botaniste, ayant trouvé des masses 
polliniques projetées sur des feuilles d'OrcAzs, avait considéré ce 
fait comme un développement anomal .de pollen produit par les 
feuilles. 


(1) Depuis que nous avons fait cette communieation à la Société, nous avons constaté 
le déplacement d'une pollinie sur .deux Ophrys. L'un (O. Myodes) présentait une 
pollinie fixée par son rétinacle sur le labelle d'une fleur inférieure, la loge vide de la 
masse pollinique se trouvant au-dessus. L'autre (O. Arachnites) avait une pollinie sur 
une bractée. Le fait que nous signalons est donc loin d'étre rare, méme parmi nos 
Orchidées indigénes, puisqu'en si peu de temps nous avons pu l'observer sur trois plantes. 
Reste à étudier le phénoméne d'irritabilité qui préside à ces déplacements de pollinies. 

( Note ajoutée pendant l'impression.) 


SÉANCE DU 26 AVRIL 4861. 290 
M. T. Puel fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR LE CLYPEOLA JONTHLASPI, par ME. 'T. PUEL. 


J'ai l'honneur de placer sous les yeux de la Société un exemplaire de Cly- 
peola Jonthlaspi récolté le 1** avril courant par notre honorable confrère 
M. Léon Soubeiran, dans une herborisation faite en compagnie de mon frère, 
aux environs de Roc- Amadour, dans le département du Lot. 

Cette localité, nouvelle pour la flore française, offre un double intérêt, 
D'abord elle rattache à son centre de végétation la localité la plus septen- 
trionale qui ait été indiquée jusqu'à présent pour cette jolie petite Crucifère 
essentiellement méditerranéenne; je veux parler de Rocoulon prés Saint- 
Cyprien, département de la Dordogne, où la plante a été découverte en mai 
1851 par M. l'abbé Meilhez (Des Moulins, Suppl. final [1858-59] au cat. de 
la Dordogne). 

En second lieu, le Clypeola Jonthlaspi avait été signalé dans le département 
du Lot dés 1771, par dom Fourmeault, et dans des localités peu éloignées de 
Roc-Amadour : Jonthlaspi luteo flore, incanum, montanum discoides Col. 
Park. Y, t. 280. Sur les rochers, le long de la côte Saint-Étienne et au 
port de Lanzac (Dom Fourmeault, Plantes des environs de Souillac-en- 
Quercy, etc., in Buc'hoz, Dict. univ. des pl. t. IV, p. 260). Je n'avais pas 
admis cette espèce dans mon catalogue, parce que le synonyme de Columna 
n'est pas cité par Linné. 


M. Cosson dépose sur le bureau des rameaux d'Oliviers, recueillis 
dans le cercle de Djidjelli et aux environs de Bóne (Algérie), pré- 
sentant, à divers degrés, une. maladie connue des Arabes sous le 
nom d'E/ Menn ou d'El Djaiah, et des colons européens sous le 
nom de noir. Cette maladie, qui a gravement atteint les Oliviers, 
non-seulement sur le littoral, mais méme dans l'intérieur, a vive- 
ment éveillé la sollicitude de M. le général Desvaux, coinmandant 
la division de Constantine, qui désire étre fixé sur la nature du 
mal et sur les remédes à y apporter. — M. Cosson demande en 
conséquence qu'une Commission soit nommée pour étudier la 
question. 

M. le Président désigne MM. Cosson, Duchartre, Grænland, 
Gubler, Montagne et Tulasne pour faire partie de la Commission 
chargée de l'examen des échantillons présentés à la Société et des 
documents qui les accompagnent, documents que M. Cosson se pro- 
pose de compléter dans son prochain voyage en Algérie. 


230 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. Cosson donne ensuite lecture des rapports suivants adressés 
à M. le général Desvaux : 


Rapport de M. le capitaine Cousin sur la maladie régnant sur plusieurs 
plantations d'Oliviers dans le commandement de Collo. 


Les Oliviers sont très répandus dans le commandement de Collo ; ils y 
forment même une des principales richesses des Kabyles, mais malheureuse- 
ment ils sont souvent attaqués par une maladie qui les rend improductifs 
pendant plusieurs années. 

Cette maladie a recu deux dénominations dans le pays : Æ} Menn et El 
Djaiah . Le premier nom se trouve dans les dictionnaires arabes, mais pas 
avec la signification de maladie qui lui est attribuée par les Kabyles ; le second, 
d'aprés le dictionnaire arabe-francais de Kasimirsky (I* volume, p. 350), 
signifierait mal, calamité, malheur qui frappe et détruit; ce qui représente 
assez bien la pensée des indigènes. 

Les arbres atteints de cette maladie deviennent noirs, ainsi que leurs 
feuilles. S'ils portent quelques fruits, ce qui est rare, ces fruits ne contien- 
nent pas d'huile. 

Les vieux arbres y sont plus sujets; cependant les jeunes, s'ils sont mélés 
à ceux-ci, n'y échappent pas. 

Cette maladie fait le désespoir des Kabyles, car ils ne connaissent aucun 
remède réellement efficace pour la faire cesser. Divers essais ont cependant 
été tentés. Comme elle frappe principalement les vieux arbres, quelques indi- 
genes les émondent pour les rajeunir et leur donner de la vigueur ; d'autres, 
outre l'émondage, les labourent au pied. 

Ges opérations paraissent avoir quelque utilité, mais elles donnent tant de 
peine et les résultats se font si longtemps attendre, que la plupart des Kabyles 
préfèrent laisser au temps le soin de guérir leurs Oliviers. D’après les obser- 
vations faites, une plantation atteinte de la maladie du noir ne donne plus de 
bons fruits avant une dizaine d'années. 

Les arbres attaqués par cette maladie sont généralement situés sur des 
cours d'eau, dans des vallées ou des bas-fonds, Les Oliviers malades en ce 
moment se trouvent : 

1° Sur l'Oued Agmès, l'Oued Bibi et Oued Guebli, chez les Beni- 
Mehenna ; 

2° Sur l'Oued Elli-Zeggar, chez les Beni- Toufout ; 

3* Sur l'Oued Zhour, chez les Ouled-Alia et les Beni-Fergan. 

Sur les hauteurs, elle se montre rarement. Cependant il existe aujourd'hui, 
à environ 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, chez les Beni-Fergan, 
une plantation qui est attaquée. Ce qui est bien certain, c'est que sur des points 
plus.élevés, surtout sur ceux où la neige séjourne, cette maladie est inconnue. 


SÉANCE DU 26 AvrIL 1861. 234 


Les indigènes ont du reste constaté que la neige est très favorable à tous 
les arbres fruitiers. 

Les Kabyles ne connaissent pas les causes de cette maladie. Les uns disent 
qu'elle provient du brouillard, d'autres des émanations de la terre, d'autres 
du vent de mer. Ce qui est bien constaté, c'est que presque tous les points 
cités par nous comme ayant des Oliviers malades, sont très sujets aux brouil- 
lards et aux vents de mer. La vallée de l'Oued Elli-Zeggar, chez les Beni- 
Toufout, fait exception ; elle se trouve abritée des vents de mer, et le brouii- 
lard, dont elle est souvent couverte le matin, se forme dans la vallée méme. 

Tels sont les renseignements que nous avons recueillis et les observations 
que nous avons faites sur la maladie qui atteint les Oliviers et qui est si préju- 
diciable aux indigènes. 


Note sur la maladie des Oliviers dans plusieurs tribus des environs de 
Dellys. 


L'une des maladies qui atteignent l'Olivier est connue sous le nom d' Z7 
Menn, qui, en arabe, signifie poussière trés fine; elle est trés commune chez 
les Flicet-el-Bahar ; depuis cinq ou six ans tous les Oliviers en sont atteints. 
Le Menn est déposé sur les Oliviers par les brouillards qui viennent de la mer, 
poussés par le Zahari (vent du nord) ; il est semblable à du noir de fumée et 
se répand sur toutes les parties de l'arbre, C'est au printemps, en mars, avril 
et mai, que les brouillards déposent cette matière noirâtre qui rend l'arbre 
improductif. 

Lorsque la maladie atteint l'arbre avant la floraison, il ne fleurit pas, et les 
jeunes pousses séchent et tombent. Si l'arbre est en fleurs, celles-ci sèchent 
et tombent ; enfin, si le fruit est formé et gros seulement comme du couscous- 
sou, le Menn le fait tomber ; mais, s'il trouve le fruit plus gros, il le rend 
maigre, et si le fruit est mûr, ce fruit ne rend presque rien. Dans toutes ces 
phases, le Menn attaque la tige du bourgeon, de la fleur ou du fruit, et la fait 
Sécher et se détacher de la branche. Lorsque le Menn n'attaque que les fruits 
et les feuilles, l'arbre guérit lorsque ses feuilles se renouvellent, mais s'il a atteint 
aussi les branches et le tronc, l'arbre reste plusieurs années sans produire; 
alors, vers la troisième année, on coupe les branches attaquées, et l'année sui- 
vante, si le Menn n'atteint pas l'arbre, les nouvelles pousses donnent des fruits. 
Lorsque l'arbre guérit, il reprend peu à peu sa couleur primitive. Le nom de 
Menn n'est connu que chez les Flicet-el-Bahar. 


À la suite de cette lecture, M. Cosson ajoute quelques observations : 


Il lui parait difficile de déterminer si le Champignon parasite qui se déve- 
loppe sur les diverses parties de l'Olivier constitue essentiellement la maladie, 


— 


232 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

ou S'il est, au contraire, l'expression d'un état morbide antérieur. Cette ques- 
tion est la méme que celle qui a été agitée, sans étre résolue, pour la maladie de 
la Vigne, si utilement combattue dans ces derniers temps par le soufrage. 1l 
pense qu'il y a une indication utile signalée dans les deux rapports dont il a 
donné communication à la Société. Ces rapports constatent, en effet, qu'a- 
prés l'émondage de l'arbre malade, les jeunes pousses se développent réguliè- 
rement et portent des fruits, si le bois n'a pas été attaqué. Selon lui, on pour- 
rait peut-étre utilement, aprés avoir taillé l'arbre, combattre l'invasion du bois 
par le mal, en y pratiquant des lotions avec de l'eau de chaux, ou mieux avec 
de l'eau chargée d'hyposulfite de chaux, comme on le fait dans les vergers 
pour prévenir le développement des végétaux parasites. Il a été remarqué, en 
outre, que les Oliviers sont rarement malades dans les localités où ils sont 
couverts de neige pendant un certain temps, et ce fait lui paraitrait venir à 
l'appui de l'efficacité probable de l'opération du chaulage ou de toute autre 
pratique analogue pouvant garantir le bois contre la dissémination des spores 
des Cryptogames. 


M. Gubler dit que M. Montagne a étudié le parasite de l'Olivier 
et l'a nommé Antennaria elæophila. On le connait, sous le nom 
vulgaire de fumagine, aux environs de Grasse, où il a causé de 
grands ravages, il y a une quinzaine d'années, notamment à Beau- 
lieu, dans une localité humide et abritée des vents du nord, située 
le long de la route de la Corniche. Dans cette localité, la maladie a 
disparu d'elle-méme sans qu'on eût rien fait pour l'arréter. 

M. Napoléon Doümet ajoute qu'on a observé à Cette des faits sem- 
blables. La maladie des Oliviers a été intense il y a trois ou quatre 
ans, et elle diminue aujourd'hui. La localité oü elle sévissait prés 
de Cette n'était point à l'abri des vents du nord. M. Doûmet a aussi 
observé la méme maladie sur des plantes de serres, telles que des 
Abutilon, des Buginvillæa et divers Orangers. . 


M. Passy fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR LA RÉCOLTE DES TRUFFES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE, 
pr M. A. PASSY, 


On récolte dans les forêts du département de la Haute-Marne, aux environs 
d'Arc-en-Barrois et de Châteauvillain, deux espèces de Truffes : l'une est le Tuber 
æstivum ; l’autre le Tuber rufum. Toutes deux ont été déterminées par mon 
savant confrére M. Tulasne, à qui je les avais soumises. 

La note que j'ai l'honneur de lire à la Société a beaucoup moins pour objet 


SÉANCE DU 26 AvRIL 1861. . 239 


une question de botanique qu'une question d'habitat et du mode de repro- 
duction des Truffes. 

En donnant des observations précises sur les localités où l’on trouve les 
Trutfes, sur leur station, sur la méthode suivie pour les découvrir, on peut 
lever quelques-unes des difficultés qui entourent l'observation exacte des 
circonstances dans lesquelles cette production se manifeste, circonstances sur 
lesquelles tant d'incertitudes règnent encore. Ces incertitudes ont conduit à ` 
des systèmes singuliers sur la culture de ces comestibles et sur leur origine. 
L'exposé de la maniere dont la récolte s'opére dans les lieux où je l'ai pu 
observer et les conséquences que l'on peut en tirer me paraissent de nature 
à expliquer quelques points douteux. 

Habitat. — Dans les taillis au-dessous de sept ou huit ans, on ne trouve 
pas de Truffes, mais, depuis cet âge jusqu'à la révolution de la période d'ex- 
ploitation de vingt à trente ans, les produits suivent une progression qui ne 
fait que s'accroitre en raison de l’âge avancé des coupes, surtout lorsque la 
récolte se fait annuellement, en temps opportun et saison convenable, après 
parfaite maturité. 

Ainsi la première année de récolte a lieu lorsque le taillis est parvenu à sa 
neuvième année, et alors la Truffe, sous la mousse et sous les pierres éparses 
à demi enterrées dans le sol, se rencontre presque à fleur de terre, toutefois 
en petite quantité. Mais, les années suivantes, quand le terrain a été exploré, 
et par conséquent cultivé par la houe ou pioche du truffier, les Truffes 

deviennent plus abondantes, mais aussi plus difficiles à déterrer, parce qu'elles 
sont plus profondément enterrées. 

Les truffiers déclarent qu'ils n'ont jamais rencontré de Truffes adhérentes 
à des fils ni à des corps étrangers, qu'elles croissent à l'ombre, au milieu des 
débris de feuilles de Chêne et d'autres essences sans distinction, pourvu tou- 
téfois que le sol soit maigre, pierreux et mélangé de très peu de terre végétale. 

On les trouve donc isolées, mais disposées comme un chapelet et formant 
un cercle, ainsi que c'est le mode de croissance de plusieurs espèces de 
Champignons. 

Les cépées de Coudrier passent pour être les plus favorables à la végétation 
des Truffes ; mais cette préférence n'exclut pas les autres essences, et l'on a 
aussi rencontré des Truffes en abondance sous les Pins silvestres dans les 
environs d'Arc-en-Barrois. Elles se montrent méme dans les jardins et jusque 
dans le cimetière de cette ville. 

Récolte. — Chaque année, les truffiers demandent et obtiennent des 
propriétaires de bois des permissions pour chercher les Truffes, et voici com - 
ment ils procèdent à cette récolte : 

Armés d'une houe d'une forme triangulaire, ils conduisent dans les taillis 
de petits chiens dressés à cette chasse. 

Ces chiens, qui n'appartiennent pas à une race spéciale, recoivent une édu- 


23h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


cation particulière, et l'on préfère pour leur donner leur instruction ceux qui 
descendent de père et mère qui ont déjà exercé. Leur éducation est simple ; 
elle consiste à cacher un morceau de Truffe avec un morceau de lard dans 
un sabot rempli de terre, et, quand ils les ont trouvés par l'odorat, on leur 
donne un petit morceau de pain. Lors de la récolte dans la forét, chaque fois 
qu'ils ont indiqué une Truffe, la méme récompense économique leur est 
donnée, Un chien-truffier se vend jusqu'à 100 francs. 

Les chiens de chasse ne sont jamais dressés par les truffiers, parce que 
leur instinct les porterait à chercher des traces de gibier plutôt que les Truffes. 

Les chiens, ainsi menés par les truffiers, quétent le long des allées, des 
sentiers, dans les taillis, et, quand ils rencontrent une Truffe, ils s'arrétent et 
commencent à gratter la surface du sol; le maître donne un coup de pioche et 
découvre la Truffe, puis il suit la trace en découvrant le cercle où se trouvent 
les autres tubercules. 

Comment le chien est-il guidé par son odorat ? Ici il y a une remarque à 
faire. La première Truffe rencontrée est toujours piquée par un insecte, géné- 
ralement par un coléoptére que M. Guérin-Méneville a reconnu pour étre 
l’ Anisotoma cinnamomea. Ce coléoptère vit à l'état de larve dans les Truffes 
qu'il perfore et gâte. On le trouve dans tous les pays où l'on rencontre des 
Truffes ; il n'est rare nulle part. 

Quelques personnes ont pensé que cet insecte, comme beaucoup d'autres, 
est la cause de la production des Truffes en piquant les racines des arbres et 
provoquant ainsi la naissance du tubercule sous terre, comme les Cynips pro- 
voquent le développement des galles sur les branches. 

Il était plus naturel d'admettre que cet insecte et les autres assez nombreux 
qui se trouvent dans les Truffes n'ont d'autre objet que d'en faire leur nourri- 
ture. Mais, ce que l'on doit remarquer, c'est que le petit chien-truffier s'arréte 
toujours sur une Truffe piquée par un insecte ; en effet, le parfum de celle-ci 
est plus développé, et cette circonstance explique comment le chien la dé- 
couvre plus facilement que les autres. 

Il arrive que le chien passera sur un dépôt de Truffes sans s'arréter, et 
puis, s'il revient au bout de quelques heures et qu'une Truffe ait été piquée 
dans l'intervalle, il la trouve immédiatement, La piqüre ne fait que donner 
lieu à la manifestation du parfum. 

Quand les truffiers ont fait leur récolte en poursuivant les tubercules 
qui occupent le cercle où elles végètent, ils ont soin de piocher la terre, 
d'enlever les mousses ; c'est ce qu'ils appellent cultiver les Truffes. Ils piochent 
méme les truffiéres déjà exploitées et qui leur paraissent en mauvaise condition. 

Un bon truffier peut gagner jusqu'à 200 francs dans sa saison. 

Les Truffes sont vendues à Arc et conservées dans des bocaux ; on en expédie 
des quantités notables à Strasbourg, où elles sont mélées avec celles du 
Périgord. 


SÉANCE DU 26 AVRIL 48614. 235 


Sans doute les Truffes de Bourgogne et de Champagne n'ont pas la qualité 
de celles du Périgord ; mais celles qui sont bien mûres exhalent cependant un 
parfum presque aussi agréable. 

Cette exploitation occupe trente personnes dans la seule commune de 
Richebourg, sur la route d'Arc à Chaumont-en-Bossigny ; les autres com- 
munes du voisinage n'offrent qu'un truffier par localité, 

Ce que je viens de dire est le résumé d'observations faites en la compagnie 
des truffiers et sur leurs déclarations, aprés une enquéte faite pendant plu- 
sieurs années et confirmées par des propriétaires du pays. 

Il en résulte que les Truffes croissent à l'ombre des cépées et des arbres 
de toutes les essences et méme sous les arbres-verts, et l'on trouve cette note 
dans le Moniteur du 18 décembre 1860 sur les Truffes de l'Algérie : 

« L'Algérie produit en certains endroits d'abondantes Truffes noires, d'un 
» grain délicat et d'un délicieux arome, On remarque que la Truffe qui, en 
» France, semble se plaire dans le voisinage du Chéne et du Charme, vient en 
» Afrique plus abondamment à l'ombre des Pins et des Cédres et quelquefois 
» loin des racines de toute espéce d'arbres. » 

A cette dernière observation j'ajouterai que, dans la Haute-Marne, la Truffe 
rouge (Tuber rufum) vient non-seulement sur les bordures de forêts, mais 
aussi dans les champs du voisinage, à une certaine distance des bois, autour 
d'arbres isolés. 

Il demeure encore constaté que les Truffes ne sont découvertes que dans les 
taillis àgés de sept à huit ans et qu'elles se rencontrent disposées en cercle ; 
que les insectes qui les piquent en font leur nourriture, mais qu'elles ne pro- 
viennent pas d'une excroissance sur des racines piquées par les insectes. Leur 
mode de reproduction naturelle n'est pas encore parfaitement connu. Il est 
difficile à observer, mais on peut tirer de ce qui précède l'induction que leur 
végétation n'est pas différente de celle des autres genres de Tubéracées. 


À la suite de cette communication, M. Gubler présente les obser- 
valions suivantes : 


La communication de M. Passy a nécessairement excité la curiosité et l'in- 
térét de la Société ; pour ma part, j'y ai tronvéun attrait tout particulier, parce 
que je viens de recueillir des renseignements presque entierement conformes 
sur la récolte des Truffes en Provence. 

Dans les environs de Grasse, que j'ai surtout parcourus, ces Champignons 
croissent en grand nombre daus la région montagneuse, Entre autres localités 
qui en sont abondamment pourvues, je citerai les communes d'Aups, de 
Saint-Césaire et la montagne de Courmette. Les Truffes sont d'une chair 
généralement noire. Je m'en procurerai une série d'échantillons, puisque cela 
intéresse la Société, mais, pour le moment, je ne suis pas en mesure d'en 


236 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


déterminer rigoureusement l'espèce on les espèces. C'est sous le Chêne à 
feuilles caduques que la Truffe vient le plus communément. Je saurai vous 
dire plus tard quelle est la variété qu'elle préfère, car il y en a une. Au reste, 
elle se rencontre quelquefois en assez grande quantité sous les Cades (Juni- 
perus Oxycedrus), ainsi que sous les Coudriers, mais ce sont surtout les forêts 
de Chênes-blancs qui sont exploitées. 

Ces foréts, situées sur des pentes ou des plateaux calcaires en partie revétus 
d'une couche d'argile rouge ferrugineuse, ne comptent qu'un certain nombre 
d'arbres-truffiers parfaitement connus des hommes qui se livrent à la recherche 
des Truffes. Telle est l'influence reconnue des arbres sur la propagation du 
Champignon, que les fermiers stipulent expressément dans leurs baux : qu'il 
ne sera pas abattu un seul de ces arbres-truffiers ni méme une de leurs bran- 
ches principales. ; 

L'exploitation se fait, en effet, de deux manières : 4° par des fermiers à 
bail comme je viens de le dire ; 2° par des chercheurs, ou chasseurs de Truffes, 
nomades, qui partagent la récolte avec le propriétaire. Je ne parle pas de l'ex- 
ploitation clandestine par les maraudeurs, qui n'est pas la moins active. 

Quant à la récolte, elle s'effectue par deux procédés. A-t-elle lieu dans des 
conditions licites, elle se fait d'ordinaire à l'aide de cochons efflanqués et 
agiles, que j'appellerai, si l'on veut, des pores de course, ou, avec M. le doc- 
teur Maure, des cochons-lévriers. Ces animaux, trés habiles à découvrir le 
précieux comestible, reçoivent un gland en échange de chaque Truffe qu'ils 
amènent à la surface de la terre. 

Le procédé suivant, beaucoup plus curieux et moins connu, semble avoir 
été inventé par les braconniers de l'industrie truffière, qui seraient, dit-on, 
restés longtemps en possession exclusive de leur secret. Ces hommes, ne 
pouvant mettre à profit l'instinct merveilleux du cochon dont la présence les 
aurait trahis, ont mis un insecte de complicité dans leurs manœuvres. C'est 
une mouche qui les avertit de la présence des Truffes. Lorsqu'ils l'apercoi- 
vent, ils en suivent avec attention les mouvements, et, dès qu'ils la voient, 
aprés des circuits plus ou moins nombreux, revenir toujours à la méme place 
et finir par s’y poser, ils jugent que là doivent exister des Truffes, et leur 
attente n'est jamais trompée, L'indice fourni par ces diptères est tellement 
certain, que les propriétaires eux-mémes se laissent guider par eux lorsqu'ils 
n'ont pour but de récolter que la provision d'un jour, car, on le concoit, le 
moyen est peu expéditif. 

Les mouches en question sont d'une couleur blonde ou fauve, d'une forme 
plus allongée et plus élégante que celle de la mouche domestique. J'en possède 
deux individus qui pourront étre soumis à un entomologiste pour en faire la 
détermination spécifique. 

Si la Société le désire, je demanderai des détails plus circonstanciés sur la 
récolte des Truffes à deux hommes distingués habitant les Alpes-Maritimes, 


SÉANCE DU 26 AVRIL 1861. 237 
M. le docteur Maure, déjà nommé, et M. Morel, propriétaire de Courmette, 
membres tous deux de nos anciennes assemblées législatives. Je n'ajoute 
qu'un mot: c'est que l'existence d'une truffière peut, jusqu'à un certain point, 
se deviner d'aprés l'aspect du sol, qui est aride, stérile, dépourvu d'herbe et 
fendillé. 


M. Passy dit que, dans le département de la Haute-Marne, on 
sait aussi qu'il y a une espéce de mouche qui pique les Truffes, mais 
qu'il n'a pu se procurer cet insecte. 

Plusieurs membres font remarquer que les Truffes sont mainte- 
nant recherchées avec succès dans plusieurs localités des environs 
de Paris, prés d'Étampes, de Nemours, de Magny-en-Vexin, etc. 

M. Brongniart rappelle qu'il y a une quinzaine d'années on exploi- 
tait les Truffes au bois de Vincennes; il ajoute qu'aux environs de 
Paris on a l'habitude de récolter ces Champignons hypogés trop tôt, 
en septembre ou octobre, et qu'il faut attendre le mois de novembre 
pour avoir des Truffes savoureuses. 

M. Andry dit qu'il a vu des Truffes, récoltées avant leur maturité - 
et alors presque dépourvues d'odeur, mürir sur l'appui d'une 
fenêtre et acquérir une saveur trés parfumée. 


M. Gubler fait à la Société la communication suivante : 


OBSERVATIONS SUR LA FLORE DU DÉPARTEMENT DES ALPES-MARITIMES, 
pr M. Adolphe GUBLER. 


Ma santé, gravement compromise l'an dernier par une piqûre anatomique, 
m'ayant conduit cet hiver dans le midi de la France, où j'ai dû séjourner 
pendant les trois mois de janvier, février et mars (1861), j'ai mis à profit 
ces loisirs forcés pour étudier, autant que le permettait la saison, la flore de 
Cannes et des Alpes-Maritimes. Par bonheur, dans cette région privilégiée, 
la végétation ne subit pas, comme dans. nos froides contrées, une suspen- 
sion complete, en sorte qu'il m'a été donné de recueillir un grand nombre 
de plantes et beaucoup d'observations phytologiques. 

J'aurai l'honneur de soumettre à mes collégues un travail d'ensemble sur 
la flore des environs de Cannes, et spécialement sur cette partie de la géogra- 
phie botanique qui prend le nom de phytostatique. Je montrerai alors, par des 
preuves évidentes, je crois, les rapports constants qui existent entre la nature 
chimique du sol et le tapis végétal dont il se couvre, mais auparavant je désire 
présenter à la Société, sans m'assujettir d'ailleurs à un ordre bien rigou- 
reux, des remarques sur divers points de détail. Aujourd'hui j'apporte 


938 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


quelques plantes absolument ou relativement rares dont j'ai trouvé des loca- 
lités nouvelles, et je vais faire passer sous les yeux de mes collègues une nom- 
breuse série d'échantillons reproduisant les principales formes des deux espèces 
d'Anémones propres à notre littoral méditerranéen. 

4° Galium saccharatum Allioni. — Cette espèce curieuse doit son nom 
spécifique à l'aspect de ses fruits blanchátres et hérissés de tubercules à la 
manière de certaines dragées ; elle est considérée comme rare, méme dans la 
région méditerranéenne, puisque MM. Grenier et Godron ne l'indiquent avec 
certitude qu'à Fréjus et à Toulon, d’après MM. Perreymond et Robert: 
« Bien que cette espèce, ajoutent les auteurs de la Flore de France, figure 
» dans les Flores de plusieurs départements, nous n'avons vu d'exemplaires 
» authentiques que des deux localités citées, » Or cette plante est trés com- 
mune dans l'arrondissement de Grasse, oü elle forme parfois un gazon sur les 
champs argileux et dans les terrains privés de calcaire. A l'ile Saint-Honorat, 
je l'ai trouvée plus abondante encore que partout ailleurs. Au reste, il ne 
faudrait pas chercher ce Galium en fleur dans les mois de mai et juin, comme 
l'indiquent les livres ; l'époque de sa floraison est beaucoup plus précoce, du 
moins dans le pays que j'ai exploré, car j'ai recueilli mes premiers échan- 
tillons dès le 7 février, et il était chargé de fruits mûrs au milieu du mois 
suivant. i } 

2° Geranium tuberosum L. — Bien qu'il soit plus répandu en France que 
le Galium saccharatum, c’est encore une espèce rare. A part quelques loca- 
lités aux environs de Toulon et de Marseille, on ne le retrouve plus qu’à Agde 
et dans le département de la Vienne. Je l'ai vu d'une extrême abondance, dans > 
les champs argilo-calcaires du terrain jurassique et de la molasse, autour 
d'Antibes, à ce point qu'en plusieurs endroits il semblait étre l'objet d'une 
culture et partageait avec la Tulipe précoce le terrain conquis sur les 
céréales. Il commençait à fleurir le 12 mars, et je l'ai retrouvé en pleine flo- 
raison le 28 du méme mois. 

3° Sedum dasyphyllum L. B. glanduliferum. — Cette variété est si bien 
considérée comme particulière à la Corse, qu'elle a recu de M. Duby le nom de 
S. corsicum. Toutefois MM. Grenier et Godron émettent la pensée qu'oh la 
trouvera « peut-être sur le continent dans la région méditerranéenne. » En effet, 
non-seulement elle s'y trouve, mais elle y est commune sur les rochers et les 
murailles calcaires seulement. Comme le type de’ l'espéce, la variété glandu- 
lifère manque absolument dans les terrains primitifs ou siliceux. On peut dis- 
tinguer deux sous-variétés au point de vue de la coloration : l'une d'un vert 
glauque, l'autre d'une nuance améthyste fort belle ; celle-ci offre, dans la strüc- 
ture de ses poils, une particularité curieuse. Le renflement glanduleux, vu à 
un faible grossissement, se montre formé par quatre grandes cellules en deux 
étages superposés avec une ligne de séparation cruciale. Les deux cellules 
supérieures sont incolores, tandis que le contenu des deux inférieures, atte- 


SÉANCE DU 26 AvRIL 1861. 339 


nant au pédicule, est coloré en rouge violet. Les mêmes différences s'obser- 
vent d'ailleurs dans le tissu utriculaire des feuilles. 

4° Primula grandiflora Lam. — D'après les auteurs, le genre Primula 
est fort mal représenté dans la région méditerranéenne. Sans parler des 
hybrides, les Primula elatior et grandiflora y feraient complétement défaut, 
et le P. officinalis, si commun partout, serait tellement rare sur nos côtes 
méridionales, et particuliérement vers l'est, que la localité de Toulon, signalée 
par M. Robert, n'est indiquée qu'avec doute par MM. Grenier et Godron. 
Dans la persuasion que cette absence de Primeveres était aussi complète qu'on 
nous la montrait, je la considérais d'avance comme une fâcheuse compensa- 
tion aux richesses que le printemps fait éclore dans ces contrées favorisées du 
ciel. Mais cette infériorité n'existe pas en réalité, du moius pour le départe- 
ment des Alpes-Maritimes. De tous côtés, aux environs de Cannes, la Pritne- 
vere à grandes fleurs étale ses corolles soufrées. Je l'ai recueillie le long de 
plusieurs affluents de la Siagne, notamment dans la vallée de Gourdelour, dans 
celle de la Frayère ainsi qu'auprés de Pégomas et d'Auribeau ; j'en possède éga- 
lement des échantillons provenant des rives du Loup prés de Villeneuve (1). Cette 
derniere localité appartient aux terrains volcaniques ; les autres correspondent 
aux terrains de gneiss. Toutefois, ni dans les unes ni dans les autres, le car- 
bonate de chaux ne manque complétement, soit parce que les cours d'eau ont 
traversé des terrains calcaires, ou bien parce que, ceux-ci existant à une trés 
petite distance, les agents atmosphériques ont pu en apporter des détritus 
dans les vallées des terrains primitifs. Quoi qu'il en soit, la terre dans laquelle 
croissaient mes échantillons, traitée par l'acide chlorhydrique, laissait dégager 
des bulles de gaz carbonique indiquant la présence des carbonates terreux. J'ai 
pourtant quelque raison de penser que le Primula grandiflora n'aime point 
le calcaire pür, attendu que je l'ai vainement cherché dans la partie supérieure 
du cours de la Siagne, du côté de Mons et de Saint-Césaire, c'est-à-dire au 
milieu du terrain jurassique. Au contraire, je le retrouvai plus tard aux 
approches de Vienne (Isére), répandu à profusion sur les pentes herbeuses et 
hümides des collines de grès. 

5° Voici maintenant la collection des formes appartenant aux Anemone hor- 
tensis et coronaria de Linné. 

À voir le nombre et la diversité de ces formes, on comprend qu'une cer- 
taine confusion règne encore dans leur description, et l'on ne s'étonne pas que 
l'illustre auteur du Système sexuel n'ait pas toujours su Jes rapporter à leur 


(1) L'un de ces échantillons offre l'anomalie suivante : la hampe commune produit, 
dès sa base, cing pédoncules uniflóres, de 12 à 15 centimètres de longueur, qui semblent 
partir du collet de la racine; puis elle. s'élève à une hauteur de près d’un décimètre, el 
donne alors naissance à cinq autres pédoncules floraux disposés en ombelle simple et 
dont la longueur ëst telle qué les fleurs qu'ils supportent atteignent à peu pres la méme 
hauteur que celles à pédoncules radicaux. 


240 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


type primordial, puisque, au rapport de De Candolle, il aurait placé l'A. pa- 
vonina parmi les variétés de A. coronaria. Ces deux représentants princi- 
paux du magnifique genre Anémone sont véritablement protéiformes, non- 
seulement dans nos jardins, où ces plantes ornementales sont fréquemment 
cultivées, mais encore dans les lieux où elles croissent naturellement. A la 
vérité, ces deux conditions, si différentes pour la plupart des especes végétales, 
sont, au contraire, fort analogues pour celles qui nous occupent ici. Le plus 
souvent, en effet, les Anémones, spontanées dans nos contrées populeuses, 
sont néanmoins cultivées par l'homme et malgré sa volonté. Elles viennent en 
abondance dans les terres les plus soignées par l'art; c'est sous les Oliviers, 
dans les champs préparés pour d'autres cultures, qu'elles étalent toute la splen- 
deur de leur végétation. Dans les Alpes-Maritimes comme' dans le reste de la 
Provence, la terre sous les Oliviers est remuée à la houe tous les ans, fumée 
par l'engrais humain, c'est-à-dire par la substance la plus azotée et la plus 
excitante pour Ja végétation. Toutes ces circonstances réunies : l'excellence 
naturelle du sol, la richesse de l'engrais, les préparations répétées de la terre, 
tout cela concourt à produire une végétation luxuriante caractérisée par l'élé- 
vation de la taille, les formes plus robustes, la métamorphose pétaloide de 
l'androcée et du gynécée, et en méme temps par diverses modifications du type 
qui ne dérivent pas aussi clairement que l'obésité de cette exubérance de sucs 
nourriciers et des autres conditions d'une plus grande activité organique. En 
définitive, ces changements sont identiques avec ceux que détermine une 
culture régulière pratiquée dans le but d'obtenir des variétés horticoles. 

Ges remarques préalables étaient nécessaires pour faire saisir l'objet prin- 
cipal de mes recherches dans l'étude des deux espèces d'Anémones propres au 
midi de la France. Au milieu de leurs variétés, si nombreuses et si disparates 
qu'elles semblent au premier abord constituer autant d'espéces distinctes, j'ai 
voulu déméler les formes primitives, indépendantes de toute intervention 
méme involontaire de l'art, afin de les prendre comme types spécifiques, à 
l'exclusion de toute autre forme imputable à des circonstances artificielles. 
Après mûr examen, je n'hésite pas à déclarer que de toutes ces variétés il n'en 
est qu'une seule pour chacune des deux espèces d'Anémones qui soit réelle- 
ment, je ne dis pas spontanée, elles le sont toutes dans le pays, mais sauvage, 
c'est-à-dire à la fois spontanée et non modifiée par l'intervention de l'homme. 

Cette distinction entre les formes réellement sauvages et d'autres simple- 
ment spontanées, déjà faite, je crois, par De Candolle et reproduite par le 
savant auteur dela Flore d'A/sace, M. Kirschleger, me parait importante à 
beaucoup d'égards et applicable à nombre d'espéces botaniques. Ainsi plu- 
sieurs plantes des Alpes-Maritimes, dans leur état spontané, sont obéses et 
déformées par l'effet des stimulants trop énergiques de leur végétation. - 

Les deux espéces linnéennes du genre Anémone dont j'ai fait l'objet de mes 
recherches présentent deux séries parallèles de variations homologues, à travers 


* 


SÉANCE DU 26 AvRIL 1861. 241 


lesquelles il paraîtrait difficile de démêler les types spécifiques respectifs si 
l'on ne possédait un caractère fondamental invariable qui permit de les recon- 
naître. Ce critérium c'est la forme de la feuille, qui est palmée dans l’A. kor- 
tensis, trois fois ailée dans l' A. coronaria. En dehors de ce caractère, il n'en 
est pas d'assez net ni d'assez constant pour servir de base assurée à la diagnose ; 
mais celui-là seul suffit. 

Eh bien! de toutes les formes à feuilles palmatiséquées, il n'en est qu'une 
qui se rencontre sur les rochers et dans les lieux incultes : c’est la plus petite 
et la plus grêle, à laquelle s'applique parfaitement la description de l’ Anemone 
stellata Lam. Elle est, en général, fort distincte des autres, non-seulement 
par sa taille, mais eussi par la forme et la couleur des parties de la fleur. Les 
fleurs ne sont jamais d'un rouge écarlate comme dans les autres variétés ; elles 
offrent d'ailleurs des nuances assez diverses : tantót d'un gris clair ou méme 
blanches, plus souvent lilas ou mauve, quelquefois d'un rouge violacé, sur- 
tout dans leur jeunesse. Il en est aussi à pétales (1) discolores, d'un rouge 
vineux assez vif à la face supérieure, et d'un bleu prononcé en dessous. Malgré 
ces caractères, c'est à tort, selon moi, qu'on voudrait séparer cette forme de 
celles dont il me reste à parler, car j'ai rencontré tous les intermédiaires entre 
elles et la variété érigée en espèce sous la dénomination d' Anemone pavoninu 
DC. Ces formes de transition, dont je présente quelques spécimens à la Société, 
se font remarquer par une taille un peu plus élevée et plus robuste que celle 
de l'A. stellata, par des fleurs plus grandes, à pétales plus larges et de cou- 
leurs éclatantes, tantót d'un rose vif, tantót d'un rouge carmin. On arrive 
ainsi d'une maniére graduelle à cette variété splendide, à grandes fleurs écar- 
lates, connue à Nice et ailleurs sous le nom d' Anemone Regina, correspon- 
dant, je. crois, à l'Anemone fulgens des auteurs et susceptible encore de 
quelques légères variations. Les pétales, toujours étroits relativement à leur 
longueur, mais un peu élargis au sommet qui est obtus, peuvent être rouges 
dans toute leur étendue ; plus ordinairement ils sont marqués à la base d'une 
tache jaune-paille, glacée, qui, avec le rouge rutilant du reste du limbe 
et la couleur sombre des étamines, forme un ensemble d'un effet admirable, 

A cette variété se rattachent des formes semi-doubles, à pétales panachés, 
à fleurs proliferes. Cette dernière sous-variété nous offre une hampe portant 
en bas une collerette normale, puis, à la distance ordinaire, un verticille péta- 
loide traversé par l'axe qui se continue au-dessus et se termine enfin par une 
seconde corolle protégeant un androcée et un gynécée régulièrement confor- 
més. C'est moins une variété qu'un accident tératologique. 

A cóté se place une troisième forme principale de l'Anemone hortensis, à 
pétales plus nombreux, plus étroits et plus aigus, mais d'ailleurs d'un rouge 


(1) Je considére l'enveloppe colorée des Anémones comme une véritable corolle et la 
collerette comme un calice. 


T. VIH. 16 


242 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


éclatant comme dans la seconde. Je ne lui ai, pour ainsi dire, jamais vu des 
fleurs simples, elles sont à peu près toujours obèses et souvent entièrement 
doubles. Tous les éléments des verticilles staminaux et pistillaires sont alors 
transformés en lames pétaloides d'un rouge écarlate, différant seulement les 
unes des autres en ce que les plus intérieures sont quelquefois moins avancées 
dans leur métamorphose, plus étroites, plus courtes et couvertes de poils 
appliqués plus nombreux rappelant les carpelles. 1l en est de couleur unie et 
d'autres panachées de blanc sur un fond rouge. 

Malgré leurs différences, ces trois variétés ne constituent qu'une seule et 
méme espèce : la première, qui s'éloigne le plus des deux autres, s'y rattache 
pourtant par des chainons intermédiaires, et ce qui prouve bien que l'essence 
reste identique malgré la diversité de la forme, c'est qu'on voit celle-ci se 
modifier toujours dans le méme seus sous l'influence des mémes conditions 
extérieures; en sorte que, suivant toute vraisemblance, en partant de l'Ane- 
mone stellata, il serait possible d'obtenir artificiellement les autres formes, de 
méme qu'en restituant ces dernières dans les conditions de l'état sauvage, 
elles retourneraient à la longue au. type primitif. Toujours est-il que 
l'Anemone stellata est relégué dans les terrains les plus maigres, tandis que 
les autres formes plus vigoureuses occupent sans partage les terres fortes et 
grassement fumées. Si telle est l'influence du terrain, il s'ensuit que les 
formes intermédiaires entre VA. stellata et l'A. pavonina doivent avoir subi 
l'influence de conditions également moyennes; c'est, en effet, ce que j'ai 
observé, car j'ai rencontré ces formes, non pas en grandes masses et dans le 
centre des grandes cultures, mais sur le bord des champs, au voisinage des 
lieux arides, peuplés uniquement d'A. stellata, comme si des graines de 
cette plante, tombées dans un sol plus riche, avaient déjà donné une forme 
plus robuste qui, sous des influences de méme ordre, mais plus prolongées, 
aboutirait à l'A. pavonina, 

En définitive, puisque I A. stellata est le type sauvage et originel des autres 
formes réunies par Linné sous le nom d'A. hortensis; je pense que l'espèce 
reconstituée sur les mêmes bases devrait à l'avenir porter le nom qui lui a été 
imposé par Lamarck. 

Comme sa congénère, l'A. coronaria n'a qu'une seule forme à l'état sau- 
vage, et cette forme se rapproche singulièrement, en quelques circonstances, 
de la plante de Chypre décrite par De Candolle (Syst. regn. veg. I, 197) 
sous le nom d'A. pusilla, laquelle ne me paraît être réellement qu'une variété 
de l'A. coronaria, En tous cas, la forme sauvage que j'ai rencontrée dans les 
environs de Cannes se distingue par sa taille plus exigué, sa fleur plus petité 
à pétales plus étroits et séparés par des intervalles assez considérables. Ses 
fleurs n'offrent pas d'autres colorations que le violet ou le gris de lin. 

Une forme plus robuste, mais d'ailleurs semblable, se retrouve dans les 
terres riches et fumées ; elle vit péle-méle avec une variété, au premier abord 


SÉANCE DU 26 AvRIL 1861. 2h38 


fort distincte à cause de la couleur rouge de ses pétales, mais d’ailleurs ideti- 
tique, quant à la stature et aux autres caractères. La largeur de ses pétales, 
l'intensité de leur couleur ponceau, leur aspect velouté rappellent la fleur du 

Coquelicot. Cette variété croît en si grande abondance dans les cultures de la 
plaine qui s'étend du pied de la colline de Grasse jusqu'à Mouans, que les 
champs en sont littéralement rouges ; elle étouffe les plantes semées, malgré le 
soin que prennent les paysans d'en extirper les griffes lors de la préparation de 
la terre et malgré le travail spécial de femmes et de jeunes filles payées à la 
journée pour arracher cette mauvaise herbe. C'est, pour lA. coronaria, l'ana- 
logue de la variété fulgens. La forme suivante se rapproche, au contraire, de 
l'A. pavonina. Elle a des fleurs de grandeur généralement médiocre, de cou- 
leurs variées et rarement d'une teinte uniforme. Les unes sont aurores avec 
nuances de jaune, les autres panachées de rouge et de jaune clair ; les pétales 
sont lancéolés, aigus au lieu d’être obtus comme dans l'espèce; les étamines 
et les pistils ont toujours subi une trausformation pétaloide plus où moins 
avancée, souvent complète. Une quatrième variété, qui n'a pas son représen- 
tant dans l'espéce précédente, est remarquable par la disposition réguliére des 
zones colorées de sa fleur qui est ordinairement plus développée que. dans la 
variété précédente, mais moius grande que dans celles que j'ai décrites aupara- 
vant. Les pétales, d'un blanc d'argent vers les cn lets, deviennent brusquement 
d'un rouge amarante trés vif qui s'affaiblit ensuite vers l'extrémité libre oà 
il se fond insensiblement avec du jaune trés lavé. Le groupe des étamines et 
des pistils, d'un bleu violacé sombre, constitue avec le reste un ensemble qui 
reproduit assez exactement la cocarde tricolore francaise. 

Par rapport à leur prédilection pour les terres fortes et riches en humus, ces 
variétés doivent être placées dans l'ordre suivant : d'abord celle à fleur de Co- 
quelicot, ensuite la forme semblable à fleur violette, puis viennent les variétés 
versicolores, eten(in la forme sauvage qui ne se rencontre que dans les terrains 
les plus maigres. 

"Les deux espèces d'Anémones ont une floraison plus hâtive dans les Alpes- 
Maritimes qu'on ne le dit dans la Flore de France. Le 28 janvier, j'ai cueilli 
une fleur d' A. hortensis var. fulgens; mais, dès le 21, j'avais constaté des 
échantillons en fleur, appartenant aux deux espèces, dans des lieux abrités. 
Toutes les variétés étaient en pleine floraison dés le milieu de février, les 
épanouissements successifs continuaient le mois suivant, mais déjà à la fin de 
mars les fleurs étalent moins abondantes et la fructification commencait. 

Les A. stellata et coronaria recherchent également l'argile et prospérent 
d'autant mieux que cette substance entre pour une plus forte proportion 
dans le terrain ; mais cette préférence peut s'expliquer de deux manières, ou 
bien parce que le silicate d'alumine est indispensable à leur nutrition, ou bien 
parce que la glaise protége efficacement leurs tubercules dans les teñps de 
Sécheresse, Peut-étre méme la raison physique et la raison chimique doivent- 


24h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


elles être invoquées toutes les deux. La nature du sol ne paraît pourtant pas 
l'unique circonstance qui décide dela dispersion de chaque espéce d'Anémone, 
d'autres conditions ont aussi leur part dans le phénoméne. Par exemple, dans 
le bas de la plaine de Grasse, dont je parlais tout à l'heure, sur des myriades 
d'Anémones rouges de l'espéce coronaria, on ne trouve pas un seul échan- 
tillon d'A. pavonina, tandis que toutes les variétés de PA. stellata devien- 
nent communes dès qu'on s'élève un peu sur les pentes environnantes. 

Je terminerai ces remarques par le tableau suivant, qui résume mon opi- 
nion sur la manière dont on peut établir les deux espèces d'Anémones avec 
leurs variétés : 

'var. 4. primigenia (type sauvage). 
ANEMONE CORONARIA L.. | var. fj. phœnicea. 


Syn. À. pusilla DC. jyer. . obesa seu variegata. 
var. 9. tricolor. 


Syn. 4. hortensis L. var. D. phœnicea, obesa (A. pavonina DC.). 
A. pavonina DC. (var. y. phœnicea, Regina (4. fulgens DC.). 


ANEMONE STELLATA Lam. i 2. primigenia (A. stellata DC.). 

D'autres divisions pourront étre établies, d'autres formes introduites par 
ceux de nos savants collègues qui s'occupent de la flore francaise; ces distinc- 
tions, je le répète, je ne les donne que comme l'expression de mes recherches 
personnelles et conséquemment sous toutes réserves. 


M. Cosson donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre qui lui 
a été adressée par M. Marcilly fils, pour lui annoncer la découverte, 
aux environs de Beauvais (Oise), d’une espèce de Lycopodium nou- 
velle pour la flore parisienne : 


Beauvais, 21 avril 1861. 


J'ai l'honneur de vous prévenir que j'ai mis aujourd'hui à la poste une 
petite boite contenant quelques fragments d'une plante que je crois étre le 
Lycopodium Chamæcyparissus Al. Braun. Je les ai trouvés le 13 de ce mois, 
mélés.à des bruyéres que je fais extraire en ce moment dans le bois de 
Belloy près Beauvais, pour y établir une pépinière de Pins silvestres. Malheu- 
reusement les ouvriers les avaient arrachés, et je n'ai pu voir la plante pendante 
par racines, comme disent nos paysans; mais, comme la surface défrichée n'a 
pas plus de deux ares, et que j'ai trouvé, parmi les bruyéres arrachées, une 
quinzaine de fragments semblables à ceux que j'ai l'honneur de vous adresser, 
je ne doute pas que des recherches plus completes que celles que j'ai pu faire 
pour le moment ne me fassent retrouver la plaute vivante, 

Je pars ces jours-ci pour Ermenonville, où je dois passer environ six 
semaines pour mon service, et, aussitót aprés mon retour, M. Rodin (un des 


SÉANCE DU 26 AVRIL 1861. 245 


plus zélés botanistes de Beauvais) et moi, nous visiterons toutes les landes du 
bois de Belloy, et j'espere que le Lycopode en question ne nous échappera pas. 


M. Cosson ajoute que la plante trouvée par M. Marcilly, et qu'il 
met sous les yeux de la Société, est bien le Lycopodium Chameæ- 
cyparissus, qui n'avait encore été observé en France que dans la 
chaine des Vosges, à Haguenau (Bas-Rhin) et dans le département 
de la Corrèze. M. Cosson fait en outre remarquer que le L. Chamæ- 
cyparissus doit étre considéré comme une variété du L. compla- 
natum, auquel il se rattache par des formes intermédiaires assez 
nombreuses. . 

M. A. Passy dit que le bois de Belloy repose sur les sables ferru- 
gineux néocomiens. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


—— 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Ueber die Eustchung und den Bau der Tuepfel (Sur le 
développement et l'organisation des ponctuations à interstices lenticu- 


laires); par M. Dippel (Botanische Zeitung, n° ^1 de 1860, pp. 329-336, 
pl. VIII et IX). 


M. Dippel, professeur au lycée d'Idar (principauté de Birkenfeld), démontre 
dans ce mémoire que ces ponctuations particulières des parois cellulaires appe- 
lées Tuepfel par les phytotomistes allemands, naissent d'une plicature circu- 
laire de certaines parties de la membrane cellulaire. Dans la premiére partie 
de sa note, il parle des études qu'il a faites à ce sujet sur les fibres ligneuses de 
plusieurs Conifères, notamment sur celles du Pin sylvestre, ainsi que de quel- 
ques autres espèces ligneuses. Tant que les cellules qui offrent ces ponctuations 
sont remplies d'un liquide, l'échange de leur contenu s'opère à travers la paroi 
cellulaire qui ferme d'abord ces ponctuations, mais celle-ci disparait aussitót 
que les cellules commencent à ne contenir que de l'air ; de sorte que, dans ce 
dernier cas, il existe une communication immédiate entre les cellules à tra- 
vers ces points qui offrent alors de véritables perforations; ce fait differe 
de ce qui se passe dans les cellules ponctuées ordinaires, dont les ponctua- 
tions restent toujours fermées par la membrane cellulaire primitive. Les 
recherches de M. Dippel confirment entiérement les observations publiées 
antérieurement par M. Schacht dans son programme académique intitulé : 
De maculis in plantarum vasis cellulisque lignosis obviis, etc. Dans une 
seconde partie de sa note, M. Dippel démontre que des formations analogues à 
ces ponctuations à interstices lenticulaires ( T'uepfe/), se trouvent dans les parois 
transversales des vaisseaux des Dicotylédones. Les plantes les plus favorables 

pour l'étude de ces ponctuations seraient, selon lui, les Fraxinus excelsior, 
Pyrus torminalis et Acer monspessulanum. j 

La note de M. Dippel est accompagnée de deux planches lithographiées 
contenant 48 figures destinées àexpliquer les diverses phases de cette remar- 
quable formation. 


JOHANNES GRŒNLAND. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 247 


Ueber ruecksehreîitende Metamorphose und Hem- 
mungsbildung der Blumen (Sur la métamorphose rétrograde 
et sur les arrêts de développement dans la formation des fleurs); par 
M. Schultz-Schultzenstein. Flora, 1861, n° 5, pp. 65-78. 


L'auteur commence par exposer les différentes formes sous lesquelles la 
théorie de la métamorphose des plantes a été présentée. Il fait d'abord 
ressortir la différence qui existe entre la métamorphose des animaux et celle 
qu'on a attribuée aux plantes. Dans la métamorphose des animaux un seul 
individu se présente successivement sous des formes différentes; chez les 
plantes, ce sont les feuilles qui subissent, suivant l'opinion assez généralement 
admise, des métamorphoses, et deviennent ainsi des pétales, des sépales, des 
étamines, etc. 

L'auteur expose ensuite que la théorie de. la métamorphose qu'il croit 
devoir combattre, est principalement basée sur la métamorphose rétrograde, 
et qu’en démontrant que cette théorie repose seulement sur des préjugés 
généralement répandus, et qu'elle n'est pas fondée dans la nature, il la ren- 
versera entièrement. 

Selon M. Schultz-Schultzenstein, ceux des pétales d’une fleur pleine qu'on 
attribue à une métamorphose rétrograde des étamines, n'auraient, quant à leur 
origine, rien de commun avec ces derniers organes; car, dit-il, pour être 
réellement des étamines métamorphosées, ces crganes auraient dû tout d’abord 
se développer comme des étamines normales, et subir une métamorphose seu- 
lement après ce développement préalable. Mais comme il est prouvé que les 
pétales des fleurs pleines n'ont été, à aucune époque, des étamines normale- 
ment développées, il n'y a pas ici métamorphose, et l'on ne doit voir dans 
ces pétales que des organes plus ou moins intermédiaires, par leur. structure, 
entre les étamines et les pétales normaux. Il pense qu'on ne devrait point 
attribuer ces phénomènes à une métamorphose, mais que s'il y en existait 
réellement une, ils devraient plutót étre rapportés à la métamorphose rétro- 
grade, Pour résumer ce qu'il cherche à démontrer en détail, il s'exprime 
de la manière suivante + « Il n'y a pas ici métamorphose d'anthéres en pétales, 
seulement. ceux-ci se rapprochent successivement de la forme des étamines 
de bas en haut, ou de la périphérie vers le centre; car les étamines sont 
relativement plus jeunes que les pétales, et comme elles ont pris naissance 
plus tard, il est impossible que les pétales, étant plus ágés, puissent naître 
des étamines qui sont. plus jeunes. » 

L'auteur invoque aussi le nombre des prétendus pétales métamorphosés dans 
les fleurs pleines, qui est souvent considérablement augmenté comparativement 
au nombre des étamines des types simples de ces fleurs, comme un appui puis- 
sant de sa théorie contre la métamorphose rétrograde. En outre, une véritable 


248 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


métamorphose rétrograde devrait commencer, selon lui, par le centre de la 
fleur et s'avancer vers la périphérie. Mais, comme on sait, c'est justement le 
contraire qui se présente dans la nature : « La théorie de la métamorphose 
rétrograde, dit-il, est donc une erreur qui a son origine dans une conclusion 
fausse qu'on a prise pour le résultat d'une observation réelle. » La théorie 
de la métamorphose rétrograde détruite de cette manière, toute la théorie de 
la métamorphose tomberait, selon M. Schultz, en méme temps. 

Les fleurs pleines n'étant pas le résultat d'une métamorphose rétrograde, 
l'auteur essaye de les expliquer autrement. La cause de leur formation consis- 
terait en ce que la nature, ne pouvant directement produire immédiatement 
au-dessus du pétale un organe entièrement différent, tel que l'étamine par 
exemple, créerait d'abord des formes intermédiaires. Il considére donc les 
fleurs pleines comme des formations causées par un arrét de développement 
(Hemmungsbildungen) dans le sens de la théorie des anaphytoses. La termi- 
nologie toute particulière de cette théorie, employant constamment comme 
ayant cours daus la science les mots anaphytoses, enanaphytoses, antholyse, 
phytodomie, etc., rend assez obscures plusieurs des conclusions de l'auteur 
pour ceux qui ne sont pas versés daus ses publications antérieures. 

En somme, le mémoire de M. Schultz-Schultzenstein, n'étant fondé sur 
aucune observation nouvelle, ne présente qu'une interprétation toute parti- 
culière de ces formations que l'on comprend généralement sous le nom de 


métamorphose. 
J. G 


Das Geschleehtsleben der Pflanzen und die Partheno- 
genesis (La vie sexuelle des plantes et la parthénogénése); par 
M. H. Karsten, professeur de botanique à l'université de Berlin. In-4° de 
52 pages avec 2 planches gravées en taille-douce. Berlin, chez M. Decker, 
1860. 


Le travail de M. Karsten débute par un exposé de l'historique des recher- 
ches faites sur la sexualité des plantes. A l'occasion des plantes cryptogames, 
l'auteur donne une description trés détaillée de l'acte de la fécondation chez le 
Vaucheria, surtout dans le but de réfuter les assertions émises par M. - Prings- 
heim contre les opinions antérieurement manifestées par l'auteur dans d'autres 
publications. Pour toutes les plantes cryptogames, excepté les Lichens et les 
Champignons, on a démontré d'une maniere incontestable l'existence d'une 
reproduction sexuelle; mais méme pour ces deux derniers groupes du règne 
végétal, l'existence d'une véritable fécondation devient plus que probable d'après 
les observations de MM. Ehrenberg, Itzigsohn, Rabenhorst, Tulasne, et de 
l'auteur de ce mémoire. Les différentes observations faites sur l'acte de la 
[écondation chez les Cryptogames prouvent que, plus la structure des organes 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 249 


végétatifs de ces plantes est simple, plus le mécanisme de la fécondation, c'est- 
à-dire le mode de rapprochement des deux cellules hétérogènes qui doivent 
produire une nouvelle génération, présente de variétés. 

Les opinions émises par Spallanzani, Henschel, Schelver, Bernhardi et 
autres observateurs qui admettaient une fécondation sans l'intervention du 
pollen contraivement à la théorie de Linné, tout en reconnaissant que, dans 
l'état normal, l'ovule serait influencé et excité à la formation de l'embryon 
par le pollen, ces observations, dit l'auteur, paraissaient donc, grâce à des 
observations exactes, entièrement controuvées. Mais, ajoute-t-il, la prédilection 
pour les miracles et le zèle de certaines personnes à flatter les tendances reli- 
gieuses dominantes ne permettaient pas de laisser inattaqués les résultats de 
tant d'observations concluantes. 

M. Karsten passe ensuite en revue les publications émises depuis 1841 
(année de la publication de la fameuse note sur le Cæœlebogyne de M. Smith 
dans les Transact. of the Linn. Soc., vol. XVIII) par les champions de la par- 
thénogénèse, et il en discute d'une manière très précise la valeur scientifique. 

Les observations de M. Naudin, recueillies sur des plantes qui souvent sont 
polygames ( Cannabis, Mercurialis), ne lui paraissent point concluantes 
ni décisives. Celles de M. Radlkofer, faites sous l'influence des travaux de 
M. Siebold sur le développement des ceufs des Abeilles et des Papillons, ne lui 
semblent que trop inspirées par une opinion préconcue. La présence méme 
d'un grain de pollen sur le stigmate de la fleur du Cælebogyne, observé par 
le professeur de Munich, n'avait pas suffi pour mieux prémunir M. Radlkofer 
contre toute erreur. 

La même année (1856) M. Al. Braun fit faire des recherches sur le Ceele- 
bogyne par M. Deeke et les communiqua à l’Académie des Sciences de Berlin. 
Il soutint également, malgré la découverte, faite par M. Deeke, d'un tube pol- 
linique placé au contact du sac embryonnaire, la théorie de la reproduction 
parthénogénésique, qu'il chercha à appuyer par ses observations sur la rareté 
relative des individus mâles du Chara crinita. , 

Les observations de M. Regel et de M. Schenk auraient démontré aussi, 
d’après M. Karsten, l'insuffisance des observations de M. Naudin sur les 
ovules des Cannabis et Mercurialis. M. Schenk, sur la foi de M. AL Braun, 
qui disait avoir observé scrupuleusement et pendant longtemps le Cælebogyne 
dans son cabinet de travail, consentit à admettre ce cas exceptionnel unique, 
mais M. Regel, jugeant avec plus d'indépendance, n'a pas accordé une 
croyance illimitée à la théorie de MM. Braun et Radlkofer. 

M. Karsten a, en effet, trouvé que les fleurs hermaphrodites ne sont point 
très rares dans le Cælebogyne, et il dit que sur cinq fleurs environ, on 
en trouve une hermaphrodite; aussi est-il persuadé que M. Radlkofer, si son 
séjour à Kew n'avait pas été trop passager, aurait sans doute trouvé des fleurs 
hermaphrodites. 


250 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Après cet exposé très net de l'état où se trouvait, au moment de la publi- 
cation de M. Karsten, la question de la parthénogénese, l'auteur passe à la 
description détaillée du Cælebogyne faite sur des échantillons de cette plante 
cultivés au jardin botanique de Berlin. 

Les fleurs hermaphrodites trouvées depuis le mois de mai jusqu'en août sur 
le Cælebogyne ilicifolia appartenaient toutes à la monandrie. Quelquefois on 
peut observer encore une seconde étamine, mais toujours avortée. Celle qui a 
atteint son entier développement est de la longueur des sépales de la fleur, son 
filet est épais et charnu, et son anthère ovale, réniforme, d'une couleur orangée. 

En donnant la description des parties qui constituent la fleur du Celebo- 
gyne, l'auteur, quia évidemment eu sous les yeux les mêmes plantes que 
M. Al. Braun, déclare trop vagues et parfois inexacts les termes descriptifs de 
celui-ci. Ainsi, par exemple, le calice ne serait point gamosépale, mais fran- 
chement polysépale, l'inflorescence ne constituerait point un épi, mais une 
cyme spiciforme, etc. 

M. Karsten consacre ensuite un chapitre de son mémoire au développement 
et à la description du pollen du Cælebogyne, en y ajoutant des considérations 
générales sur la structure de cet organe. Il parle, dans le chapitre suivant, de 
la formation de l'embryon, laquelle n'offre rien. de particulier. Le tube polli- 
nique, arrivé au sac embryonnaire, féconde une des deux vésicules embryon- 
naires qui s'y trouvent. Les observations de l'auteur ne lui ont pas suffi pour 
décider nettement la question de savoir si la formation de l'endosperme com- 
mence déjà avant. ou seulement après l'acte de la fécondation, 

La dernière partie du mémoire de M. Karsten traite d'un Lichen, le Cænogo- 
nium Andinum Karsten, qu'ila trouvé sur les arbres dela Nouvelle-Grenade et 
du Venezuela, à une élévation de 5000 à 6000 pieds au-dessus du niveau de la 
mer. Après avoir donné la diagnose du genre Cænogonium Ehrenb, et des deux 
especes, C. Linkii Ehrenb., du Brésil, et l'espéce dont il est question ici, 
l'auteur entre dans une description détaillée de cette dernière. 

Il donne, à cette occasion, une description minutieuse des apothécies. Ces 
organes se composent d'un disque de couleur rouge orangé (hymenium) formé 
par des thèques contenant huit spores fusiformes composées chacune de deux 
cellules, et des paraphyses qui sont un peu plus longues, et ont les extrémités glo- 
buleuses. Les thèques et les paraphyses sont supportées par des filaments. arti- 
culés qui prennent naissance dans le tissu mère (matrix), lequel est composé de 
cellules cylindriques, étroites et feutrées. Enfin cette matriz est entourée de la 
couche corticale qui présente un tissu semblable, mais formé de cellules moins 
étroites. 

L'auteur nous fait ensuite suivre le développement de l'apothécie depuis sa 
première apparition. Cet organe se présente au début comme une grande cel- 
lule centrale libre, enveloppée par un tissu cellulaire filamenteux. M. Karsten 
la compare à l'archégone des autres plantes cryptogames. Quelques-unes des 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 251 


petites cellules qui entourent la cellule centrale se détachent ensuite, et l'on 
observe alors des perforations à la surface de la cellule centrale. En méme 
temps on voit naître à la base de l'apothécie rudimentaire (l'archégone), d'autres 
petites cellules qui ne tardent pas à s'appliquer étroitement à l'archégone, 
comme chez les Coleochete et Saprolegmia, offrant cà et là des renflements 
remplis d'un liquide granuleux, mucilagineux. Ces renflements se fixent sur 
les perforations de la cellule centrale, et bientót aprés on les voit vidés, mais 
en méme temps aussi on apercoit un changement dans l'intérieur de la cellule 
centrale ; il s'y développe d'abord quatre cellules ( Tochterzellen), tandis que les 
cellules de l'enveloppe deviennent plus épaisses et moins transparentes. Peu à 
peu l'on voit ainsi se transformer l'archégone jusqu'au moment où cet organe 
est devenu l'apothécie. M. Karsten suit ce développement d'une maniere trés 
détaillée. Les cellules qui entourent la cellule centrale lui rappellent les sper- 
maties découvertes par M. Kzigsohn, mais il dit n'avoir pu y observer aucun 
mouvement dà à des anthérozoides. Il compare ensuite le mode de ce développe- 
ment à l'acte de fécondation observé chez les autres Cryptogames. Les Cham- 
pignons, si semblables aux Lichens par leur organisation, présentent sans 
doute aussi, selon l'auteur, une fécondation analogue. 

Aprés avoir dit que bien des formations rangées aujourd'hui parmi les 
Champignons ne sont pas des excroissances morbides animales et végétales, 
l’auteur arrive à cette dernière conclusion que toutes les véritables plantes 
offrent, outre la reproduction végétative, une reproduction sexuelle, et que la 
parthénogénèse n'existe point dans le règne végétal. Le mémoire de M. Kars- 


ten est accompagné de deux belles planches gravées. 
J: G, 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Reports of explorations and surveys, to ascertain the 
most practicable and economical route for à rail- 
road from the Mississipi river to the Pacifice Ocean; 
Vol XH, Book I. — Route near the forty-scvenih and 

- forty-ninth parallels, explored by I.-I. Stevens, governor of 
Washington territory, in 1853-55. — Botanical report, Washington, 1860, 
in-h° (Relations des explorations et voyages entrepris pour étudier le tra - 
jet le plus facile et (e moins coûteux pour une voie ferrée allant du 
fleuve du Mississipi à l'océan Pacifique, 42*-vol., t. II. — Tracé entre 
les 47* et 49* degrés de latitude, exploré par M. Stevens, gouverneur du 
territoire de Washington. — Relation botanique). 


On sait que, par une heureuse alliance, le gouvernement des États-Unis a fait 
souvent marcher de pair les explorations d'histoire naturelle avec les expédi - 


252 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tions entreprises dans un but politique ou industriel. C'est ainsi notamment que 
les voyages dirigés dans le sud-ouest de l'Amérique du Nord, pour l'étude 
d'une voie ferrée qui doit relier le Mississipi à l'Océan Pacifique, ont fourni 
matière à des publications importantes pour les naturalistes. L'ouvrage que 
nous analysons ici contient la double relation botanique et zoologique de 
l'exploration dirigée à travers les plaines de la Colombie et la chaine de 
montagnes dite chaine Cascade, sous les ordres du gouverneur de Washington, 
M. Stevens ; le botaniste de l'expédition était M. le docteur J.-G. Cooper. 

La partie botanique de l'ouvrage renferme trois travaux différents : la rela- 
tion botanique de l'expédition, rédigée par M. Cooper, le catalogue des plantes 
récoltées à l'est des montagnes Rocheuses, par M. Asa Gray, et celui des plantes 
récoltées aux environs de Washington, par M. Cooper. Dans la relation du 
voyage, qui offre 59 pages d'étendue, M. Cooper examine d'abord la végéta- 
tion des pics et des versants de la chaine Cascade de la grande plaine de la 
Colombie et de la région placée à l'ouest de la chaine, région que l'auteur 
divise en région des plaines et région des foréts; dans cette derniére, M. Coo- 
per étudie séparément les Coniféres, qui y constituent des bois entiers (Abies 
Douglassi, A. grandis, A. Menziesii, A. canadensis, Thuya gigantea, 
Taxus brevifolia, Pinus ponderosa, Cupressus nutkalensis, etc.), puis les 
arbres dicotylédonés angiospermes et enfin les arbrisseaux; viennent ensuite 
des détails sur les climats et sur l'hydrographie des pays dont la végétation a 
été étudiée précédemment. 

Le catalogue des plantes récoltées à l'est des montagnes Rocheuses, dressé 
par M. Asa Gray, contient 323 espéces énumérées suivant l'ordre de De Can- 
dolle, des Renonculacées aux Fougères. On y remarque un genre nouveau, 
l'Endolepis, dans la famille des Salsolacées, et deux espèces nouvelles, les 
Echinospermum | Fremontii Torr. et Obione Suckleyana Torr. ; la diagnose 
de ces plantes est donnée en anglais. Le nom de chaque espèce est suivi, dans 
le catalogue, de l'indication des localités où elle a été rencontrée. 

Le catalogue des plantes récoltées sur le territoire de Washington, dû à 
M. le docteur Cooper, se compose de deux listes distinctes énumérant séparé- 
ment les espèces récoltées sur les versants opposés de la chaine Cascade ; la diffé- 
rence de la végétation sur les deux pentes a motivé l'établissement de ces deux 
listes distinctes. Nous mentionnerons dans ces listes la description de quelques 
espèces nouvelles ou inédites, qui sont les suivantes : Astragalus serotinus 
Coop., Malacothrix crepoides Coop., Phelipæa comosa Torr. et Gray; 
Cymopterus littoralis Coop. 

La partie botanique de l'ouvrage se termine par un index et six planches 
gravées qui représentent les plantes nouvelles ou intéressantes décrites dans les 
deux catalogues. 


„EUGÈNE FOURNIER. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 259 


Catalogus Lichenum quos in provincia Sondriensi ct 
circa Novum-Comuma collegit et in ordinem systematicum digessit 
Martinus Anzi ; Novi-Comi, 1860, in-8° de xvt et 126 pages. 


Sous ce titre, M. Anzi, professeur au séminaire de Côme, vient de faire 
paraitre un catalogue méthodique des Lichens de la Valteline et des contrées 
voisines (1). Dansun court avant-propos, l'auteur rappelle d'abord les ouvrages 
publiés avant lui sur la végétation de cette partie de l'Italie septentrionale, par 
Massara, Comolli, Garovaglio. Il expose ensuite la division du pays qu'il a 
étudié, au point de vue de la géographie botanique. Il y trouve six régions 
différentes, les régions de l'Olivier, du Hêtre, du Sapin, du Pinus 
Mughus, qui monte jusqu'aux limites de la végétation arborescente; enfin 
la région des neiges et celle des glaciers. C'est entre la région du P. Mughus 
et celle des neiges que les Lichens sont le plus abondants. Vient ensuite 
un tableau donnant l'altitude des principales montagnes de la province de 
Sondrio, avec des indications sur leur constitution géologique, puis une liste 
des principaux ouvrages cités dans le Catalogue, qui renferme l'indication 
de 541 espéces, dont 41 sont nouvelles. Nous devons signaler aussi deux 
genres nouveaux, le Solorinella, voisin du Pannuria, et l'Haplographa, 
voisin des Opegrapha. Les genres nouveaux sont accompagnés de diagnoses 
latines, ainsi que les espéces nouvelles. Dans cette énumération, l'auteur a fait 
preuve de beaucoup de réserve dans l'adoption des genres créés par les auteurs 
modernes, et il a souvent opéré plusieurs réunions sur la valeur desquelles les 


Cryptogamistes auront à se prononcer. 
E. F. 


Hepaticologisehe Notizen (Notes sur les Hépatiques) ; par M. G.-M. 
Gottsche (Bot. Zeitung, n° 1 de 1861, pp. 1-4). 


Dans ces notes, l'auteur. parle d'abord du Symphyogyne flabellata Auct. 
ll montre que la plante qui avait été décrite et figurée sous ce nom par 
Labillardiére dans le vol II de son ouvrage intitulé : Novæ Hollandiæ 
plantar. specim. , et par M. Hooker dans ses Muse. exot., tab. 13, diffère, 
par l'insertion ventrale du fruit et par l'organisation de ses enveloppes, de la 
plante présentée sous le. méme nom par M. Montagne dans son Voyage au 
pôle sud, I, p. 216. Le genre Symphyogyne avait été décrit dans le cahier de 
. janvier 1836 des Annales des sciences naturelles comme portant sa fructifi- 
cation sur la face supérieure de la fronde et étant complétement dépourvu de 


(14) Ager bormiensis et clavennensis. 


25h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


périanthe. M. Gottsche affirme qu'il en était autrement des échantillons qui 
lui ont été envoyés d'Australie par M. F. Müller, et il croit devoir établir par 
cette raison pour la plante de Labillardière le nouveau genre Umbreculum qu'il 
caractérise de la maniére suivante : 

Fructificatio ventralis. Involucrum monophyllum bilabiatum denticulatum, 
in dichotomia sub sinubus frondis. Perianthium cylindricum apice denticu- 
latum. Calyptra inclusa basi pistillis abortivis stipata. Capsula ovalis, valvulæ 
discrete, — Antheridia in verrucis ad stipitem vel sub frondem ad nervum 
disposita. — Frondes erectæ subreniformi-orbiculate 3-5-partitæ, laciniis 
semel bisve bifidis nervo perversis, stipite elongato, rhizomate repente ramoso- 
subtomentoso. — Jusqu'à présent on ne connaîtrait qu'une seule espèce de ce 
genre. 

M. Gottsche parle ensuite de l'inflorescence du Æadula complanata. Il 
nous apprend que les rameaux de cette plante, qui portent dans les aisselles de 
leurs feuilles des organes mâles (anthéridies), sont constamment terminés par 
une inflorescence femelle entourée par son périanthe, Il propose la classification 
des diverses espèces de ce genre d’après la disposition de la fructification soit 
axillaire, soit terminale, etc. 

En terminant, M. Gottsche dit que. les observations de M. Klinggræff ont 
mis hors de doute que le Riccia Klinggræffii n'est qu'une forme restée 
inconnue jusqu'à présent du Riccia fluitans, 

3. G. 


BOTANIQUE GÉOGRAPHIQUE ET GÉOLOGIQUE. 


De l'influence chimique des terrains sur la dispersion 
des plantes, par M. A. Le Jolis (Extrait des Procès-verbaux de la 
27* session du congrés scientifique de France à Cherbourg, septembre 


1860); tirage à part en brochure in-8° de 38 pages. Cherbourg, chez 
Mouchel. 


Ce travail a été entrepris par M. Le Jolis pour répondre à une des questions 
contenues dans le programme de la 27° session que le Congrès scientifique 
de France a tenue à Cherbourg au mois de septembre dernier. La grande 
variété de terrains représentée dans le département de la Manche le rendait 
plus favorable que beaucoup d'autres à des observations locales relatives à la 
végétation des différents sols, ainsi que l'ont reconnu, pour la basse Nor- 
mandie en général, MM. de Brébisson, de Caumont, Dubourg d'Isigny, 
Duraud-Duquesney et l'auteur lui-même, On sait que l'influence du so! sár 
la nature des plantes qui le recouvrent peut s'exercer de trois manières : ce 
peut étre une influence géologique, une influence physique ou une influence 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 955 


chimique. Quant à la première, on a reconnu depuis longtemps déjà qu'elle 
est complétement nulle, et que la dispersion des plantes n'est point en 
rapport avec l’âge, mais avec la nature du terrain. Seulement celle-ci exerce-t- 
elle son influence par les propriétés physiques ou les propriétés chimiques 
du sol, ou par la réunion de ces deux agents, et, dans ce dernier cas, 
quel est celui dont l'influence est prépondérante? Autant de questions très 
controversées dans l'état actuel de la science. M. Le Jolis, avant de faire con- 
naître ses observations et son opinion, commence par rapporter les différentes 
maniéres de voir émises par les principaux auteurs sur ce sujet, notamment 
par MM. Alph. de Candolle, Thurmann, Contejean, Delbos, Oswald Heer et 
Schnizlein, partisans de l'influence physique du sol; par MM. Ch. Des Mou- 
lins, Godron, Sendtner, H. Hoffmann, partisans de l'influence chimique ; 
enfin par MM. Lecoq, Dionys Stur et Trautschold, qui croient à la combi- 
naison de ces deux influences auxquelles il fandrait, selon ces auteurs, 
avoir égard en méme temps. L'auteur regrette que M. Alph. De Candolle ait 
accordé une importance décisive dans la solution de la question à la présence de 
quelques plantes éparses dans des sols de toute nature; il regarde ces faits 
comme des exceptions apparentes, susceptibles d'étre justifiées et expliquées 
conformément à la théorie de l'influence chimique par un examen plus appro- 
fondi dela composition et des accidents du sol fait à l'endroit méme où végè- 
tent les plantes à station anormale, A l'appui de cette opinion, M. Le Jolis 
cite quelques localités où la Digitale pourprée, plante spéciale aux ter- 
rains argileux, croit sur le calcaire, mais dans des agglomérations de silex ; 
dans d'autres exemples, le terrain de craie a été recouvert par des alluvions 
argileuses qui donnent naissance à quelques plantes des bruyéres. Aux euvi- 
rons de Cherbourg, sur un sol essentiellement siliceux, se rencontre le Petro- 
selinum segetum, plante calcaréophile, restreinte à un très petit nombre d'indi- 
vidus confinés entre les pierres de deux ou trois murs bâtis avec des taleschistes 
calcariferes. L'auteur cite ensuite quelques plantes des calcaires localisées à 
Cherbourg dans les sables maritimes, où elles croissent en compagnie de 
plantes arénicoles, parce qu'elles trouvent dans les débris de coquilles marines 
rejetés sur le sol la chaux nécessaire à leur végétation. Pour mettre en lumière 
l'importance de l'action chimique du sol sur les végétaux, M. Le Jolis rappelle 
encore l'influence des divers amendements, la composition des cendres 
des divers végétaux, la végétation du Noyer, qu'on active en répandant 
au pied de l'arbre des détritus calcaires, et enfin la flore particulière des 
terrains salés, qui se reproduit dans l'intérieur des terres, au voisinage des 
salines et en dehors de l'influence du climat maritime. En résumé, il est con- 
vaincu que l'influence des terrains sur la dispersion des plantes, influence qu'on 
ne peut révoquer en doute, est avant tout une influence chimique, et que 
l'influence physique, lorsqu'elle se manifeste, n'a qu'une action secondaire et 
pour ainsi dire consécutive : en effet, dit-il, on peut considérer l'état physique 


256 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
d'une roche comme. une conséquence de sa composition chimique, tandis 
qu'il.est de toute impossibilité de dire que la nature chimique d'un terrain 


résulte de ses conditions physiques. 
E. F 


NOUVELLES. 


— Il vient de paraître à Londres, dans la collection de petits manuels 
désignés sous le nom de « /ndispensable Handy books, » deux petits volumes 
in-12 qui ont trait à la botanique; ils sont intitulés : l'un Marine botany 
(Botanique de la mer), et l’autre British Ferns and Mosses (Fougères et 
Mousses de l'Angleterre). Le premier, plus scientifique dans son plan que le 
second, renferme. une énumération des Algues qui croissent dans la Grande- 
Bretagne, distribuées par familles, et quelques détails sur les Polypes, les 
Actinies et autres animaux marins. Il est illustré de gravures empruntées à la 
Phycologia britannica. Le deuxième contient une description, destinée plutôt 
aux gens du monde qu'aux savants, de quelques Mousses et Fougères du méme 
pays; il est divisé en douze chapitres correspondant chacun à un mois de 
l'année, et les plantes y sont classées suivant l'étude de leur développement. 


— M. Schott a récemment publié un nouveau fascicule de son magnifique 
ouvrage intitulé /cones Aroidearum. Les planches de ce dernier fascicule 
représentent les Arum spectabile Schott, À. byzantinum Clusius, A. nigrum 
Schott et A. concinnatum Schott. 


Le 36° congrès des médecins et naturalistes allemands doit avoir lieu cette 
année à Spire ; il sera ouvert dans cette ville, le 17 septembre prochain, pour 
être clos le 24 du méme mois. Les directeurs de ce congrès sont M. le doc- 
teur Jos. Heine, et M. le docteur Rilter, professeur au Lycée de Spire. Ils 
prient les savants qui seraient dans l'intention de se rendre à cette réunion de 
le leur faire savoir quinze jours à l'avance, afin de pouvoir faire préparer les 
logements nécessaires. 

E. F. 


2.1 


Paris, — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. : 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 10 MAI 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART, 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés-verbal 
de la séance du 26 avril, dont la rédaction est adoptée. 


M. Duchartre, secrétaire, s'exprime en ces termes : 
? 


La Société botanique vient de perdre un membre distingué à plusieurs 
égards: M. le comte Alfred de Limminghe a succombé aux coups d'un 
assassin dans une rue de Rome. Quoique fort jeune encore, puisqu'il entrait 
à peine dans sa vingt-troisième année, M. A. de Limminghe avait déjà 
bien mérité de la botanique. Ses travaux avaient porté principalement sur la 
cryptogamie, et les résultats eu avaient été consignés en partie dans sa F/ore 
mycologique de Gentinnes (1). Mais ce n'est pas seulement par ses écrits qu'il 
s'était efforcé de favoriser les progrès de la science; une fortune considérable lui 
avait permis d'y contribuer en formant de riches collections et une vaste biblio- 
thèque botanique, qu'il ouvrait avec une obligeance éclairée aux botanistes 
belges, qui v trouvaient de précieux éléments de travail. La base de ces collec- 
tions lui avait été fournie par l'herbier de notre regretté collègue M. Graves, 
et de nombreuses acquisitions étaient venues s'ajouter successivement à cet 
important noyau, pour en faire, en un petit nombre d'années, l'un des plus 
grands herbiers particuliers de l'Europe. J'ajouterai que les végétaux cultivés 
étaient également recherchés par M. de Limminghe, qui n'avait pas tardé à se 
placer à l'un des premiers rangs parmi les lauréats couronnés aux expositions 
d'horticulture de Belgique. Aussi la mort de ce jeune homme, vraiment dis- 
tingué, sera-t-elle également déplorée par les botanistes et par les horticulteurs. 


Lecture est donnée d'une lettre de M. Edouard Dufour, directeur 
de l'École supérieure professionnelle de Nantes, qui remercie la 


(1) Voy. le Bulletin, t. VI, p. 248. 


T VII. 17 


258 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Société de l'avoir admis au nombre de ses membres. M. Dufour offre 
à ceux de nos confréres qui doivent se rendre à Nantes pour la 
prochaine session extraordinaire, de leur récolter d'avance les 
plantes véernales qu'ils ne pourraient plus trouver en état au mois 
d'aoüt. Des remerciments seront adressés à M. Dufour pour cette 


offre obligeante. 


Dons faits à la Société: 


4° De la part de M. Clos : 
Nouvel apercu sur la théorie de l'inflorescence. 
2 De la part de M. Alfred Chabert : 
Esquisse de la végétation de [a Savoie. 
3° De la part de M. Aug. Mathieu : 
Flore forestière, 2° édition. 
h* De la part de M. G. Schweinfurth: 
Ueber Bidens radiatus Thuill. 
5° De la part de M. l'abbé Lavigerie : 
Exposé de létat actuel des chrétiens du Liban. 
6° De la part de la Société d'histoire naturelle de Colmar : 
Bulletin de cette Société, année 1860. 
7* En échange du Bulletin de la Société : 


Botanische Zeitung, 1860 (4° trimestre) et 1861 (1° trimestre). 
Linnea, Journal fuer die Botanik, t. XIV, livr. 6 et t. XXX, livr. 6. 
Bulletin de la Société impériale zoologique d’ Acclimatation, mars 1861. 
L'Institut, mai 1861, deux numéros. 


M. l'abbé Chaboisseau donne lecture de la communication suivante, 
adressée à la Société : 


DES GAPSELLA BURSA PASTORIS Mœnch, C. RUBELLA Reuter, C. RUBESCENS V. Personnat, 
C. GRACILIS Grenier, par MI. l'abbé S. de LACROIX. 


(Saint-Romain-sur- Vienne, 9 mai 1861.) 


Lorsque j'ai recu le numéro de juillet 1860 de notre Bulletin, j'ai remar- 
qué la note de M. V. Personnat sur son Capsella rubescens (1). Les caracteres 


(4) Voy. le Bulletin, t. VII, p. 511. 


| 


SÉANCE DU 10 mar 1861. 259 


qu'il attribue à sa plante mont paru appartenir à celle que M. Reuter a 
décrite sous le nom de Capsella rubella, dans le Compte rendu des travaux 
de la Société Hallérienne de Genève, page 18 de l'année 185^. — M. l'abbé 
Chaboisseau, qui possède un échantillon type de Capsella rubescens, m'a 
depuis attesté l'identité parfaite de cette espèce avec C. rubella. — Je trans- 
cris ici la description de cette derniere, afin de fixer l'attention sur une plante 
trés vulgaire en France, où elle a été généralement confondue avec C. Bursa 
pastoris Meench. Je les ai observées toutes deux mêlées, depuis la Touraine et 
le Poitou jusqu'aux Pyrénées; j'ai trouvé C. rubella partout où je me suis 
arrêté, dans mon voyage aux Eaux- Bonnes de la saison dernière. 


CAPSELLA RUBELLA Reuter (Soc. Haller. 1854, p. 18, et in Billot Annot. 
p. 124). — C. sepalis glaberrimis oblongis, superne purpurascentibus, 
margine angusto membranaceo cinctis; petalis obovatis, obtusis, calycem 
vix superantibus, stamina æquantibus ; staminibus pistilloque æquilongis ; 
antheris parvis subrotundis ; siliculis obverse triangulari-cordatis, basi valde 
attenuatis, pedicellum æquantibus vel eo paulo brevioribus, apice truncato 
emarginatis, lobis rotundatis, stylo brevissimo apiculatis; foliis nitidulis, 
inferioribus lyrato-pinnatifidis, parce hirsutis, superioribus glabratis inte- 
gris recurvato-deflexis, basi anguste et auriculato-sagittatis. 


Doit-on adopter une espèce qui repose sur des caractères empruntés à une 
modification de taille dans les pétales et de forme dans la capsule, quand on 
sait que le type linnéen dont on la détache varie jusqu'à l'absence entière de 
pétales, et qu'on en voit passer la silicule par toutes les dispositions qui existent 
entre la forme exactement triangulaire, profondément échancrée, à laquelle 
M. Crépin donne le nom de bifida, et la forme très allongée, fort peu échancrée, 
qu'il appelle stenocarpa? Je crois pouvoir répondre trés affirmativement, parce 
que Capsella Bursa pastoris Meench (Thlaspi Bursa pastoris Linné), tel que 
le nord en fournissait des sujets d'étude au maitre de la science, et tel que le 
produisent toujours la Norvége, le cap Nord, le Grænland, l'Amérique arc- 
tique, a constamment les pétales à peu prés doubles du calice, sauf dans une 
modification monstrueuse où ils se transforment en étamines, et portent à dix 
le nombre de ces organes, tandis que C. rubella Reuter les a toujours à peu 
prés égaux aux sépales. Ensuite, quelle que soit la forme prise par le fruit de 
C. Bursa pastoris Meench, ses deux côtés sont en ligne droite, et sa diminu- 
tion se fait graduellement jusqu'à son insertion sur le pédicelle. C'est ce qu'a 
trés correctement dessiné M. Reichenbach, au n° 4229 des /cones flore germ. 
et helv., vol. II, tab. x1; tandis que les côtés de la silicule de C. rubella Reu- 
ter sont en courbe rentrante; ce qui produit cet amincissement marqué, cette 


longue atténuatio: qui est signalée. 
La corrélation des caractères est constante dans C. rubella; et si l’on ajoute 


260 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


* 


la teinte rougeâtre des parties de la plante exposées à la lumière, il v a de 
quoi la faire distinguer tout de suite, au milieu des formes multiples de C. 
Bursa pastoris. Pour peu que l'attention soit excitée, toute hésitation devient 
impossible. Les pétales sont-ils à peine visibles hors du calice? Qu'on examine 
la capsule; elle a des bords à courbe rentrante, et la couleur générale de la 
plante est rougeâtre. — Les fruits ont-ils les côtés arqués en dedans ? Qu'on 
recherche les pétales; ils sont brefs. '— Au contraire, à de longs pétales cor- 
respondent des ovaires dont les côtés sont entièrement droits, ou du moins 
tels dans leur moitié supérieure. Je fais cette restriction par rapport à Cap- 
sella gracilis, dout il me reste à parler. 

Lorsque M. Grenier, dans son Ælorula massiliensis advena, p. 17, don- 
nait de Capsella gracilis une description qui a été traduite à la page 1049 
du tome IV de notre Bulletin, et lui refusait toute désignation d'origine, il était 
loin de soupconner combien cette plante est commune dans toutes les régions 
où j'ai vu croître ensemble C. Bursa pastoris ct C. rubella. Au printemps 
dernier, je la rencontrai sur les bords de la Vienne, de Saint-Romain à Chà- 
tellerault, puis aux alentours de Poitiers. L'abbé Chaboisseau l'observait, sur 
mes recommandations, en plusieurs endroits auprès de Montmorillon. Frappé 
de sa glabrescence habituelle et de sa haute taille, je la crus nouvelle et la com- 
muniquai à mes correspondants sous le nom de C. depauperata de Lacroix, 
en raison de la petitesse et de la stérilité de ses silicules. — M. Grenier, à qui 
je l'avais offerte, eut l'obligeance de m'envoyer un rameau de l'échantillon 
marseillais qui avait servi à la description de son espèce, et me demanda si 
je n'y verrais pas une ressemblance intime avec ma plante. En effet, j'en trouvai 
quelques pieds plus velus et plus rabougris, qui correspondaient assez exacte- 
ment à la forme méridionale, et permettaient de les rattacher l'une à l'autre en 
les confondant dans une méme description qui devait subir de légéres modifica- 
tions de détail pour la hauteur, l'indumentum, la longueur des pétales comparés 
aux sépales. C'est là le parti auquel nous nous sommes arrètés d'un commun 
accord, et qui semble à M. Grenier, comme à moi, le plus conforme à la vérité. 

Capsella gracilis, de méme que C. rubella, a été trouvé par moi depuis 
Saint- Romain-sur- Vienne et les portions limitrophes du département d'Indre- 
et-Loire, jusqu'aux Eaux- Bonnes et aux Eaux-Chaudes. Son aire de diffusion 
s'étend donc au moins sur l'ouest et le midi dela France ; il y est méme assez 
répandu, quoique moins vulgaire que les deux autres. 

On me demandera peut-être comment se reproduit une espèce qui parait 
constamment stérile. — Dés le premier moment, je me le suis expliqué par 
une fécondation réciproque des deux espèces fertiles, au milicu desquelles j'ai 
toujours vu celle-ci se développer : et, dussé-je exciter le sourire incrédule ou 
railleur des détracteurs de l'hybridité, je m'en tiens encore à cette explication. 

J'ai recherché la cause de l'avortement des 46 à 20 ovules bien conformés qui 
existent dans chaque fruit encore renfermé dans le bouton, et qui s'atrophient 


SÉANCE DU 10 mar 1861. 261 


avec le développement de la silicule. Je crois devoir l’attribuer à la stérilité 
des anthères qui contiennent un tout petit nombre de grains de pollen 
flasques, plissés et vides de fovilla. Il ne serait pourtant pas impossible de 
trouver quelque silicule qui contint des graines normalement développées 
par suite du pollen des congénères, que des causes naturelles ou artificielles 
auraient pu déposer sur le stigmate, dans des circonstances favorables à la 
fécondation. A l'automne dernier, quelques silicules me présentaient des 
ovules mieux nourris que d'habitude : je me proposais de les recueillir avec 
soin, lorsqu'une grave indisposition m'a empéché de suivre l'observation 
commencée (1) (2). 

Voici comment il me semble que la description de Capsella gracilis donnée 
par M. Grenier pourrait être modifiée, pour s'appliquer aussi bien à la plante 
de nos régions qu'à celle du midi : 


CAPSELLA GRACILIS Gren. emend. — Fleurs moyennes; sépales oblongs, velus 
ou glabres, rougeâtres au sommet, étroitement membraneux sur les bords ; 
pétales obovés-cunéiformes, presque rétus, au moins d'un tiers plus longs 
que le calice; étamines égales au calice et plus courtes que la corolle ; stig- 
mates grands par la longueur et l'épanouissement des papilles qui les revé- 
tent, plutôt que par leur disque à peu près de méme diamètre que le style; 
silicules petites et courtes, obcordiformes, formant un triangle équilatéral, 
à côtés en ligne droite dans leur moitié supérieure, et à courbe légèrement 
rentrante dans leur moitié inférieure, ce qui les rend d'apparence convexe, 
brièvement atténuées à la base, trois fois courtes comme le pédicelle infléchi 
vers le haut, émarginées au sommet, portant dans l'échancrure un style épais 
et long relativement à la silicule, et non dépassé par les lobes de l'échancrure; 
ovules normaux dans le bouton, mais avortant trés souvent par défaut de 


(1) Note de l'auteur, ajoutée au moment de l'impression. — Je viens d’être plus 
heureux ce printemps. J'ai trouvé à Saint-Romain-sur-Vienne (Vienne) et à Antogny-le- 
Tillac (Indre-et-Loire), plusieurs pieds de Capsella gracilis avec des rameaux garnis de 
silicules entiérement ou partiellement fécondées. La fécondation ne peut étre attribuée 
à l'influence du pollen propre, puisque celui-ci demeure aussi improlifique sur les grappes 
fertiles que sur les infertiles. — Comparés entre eux, les ovules des trois espèces offrent 
quelques différences de longueur et de largeur qu'il est bon de remarquer : le C. rubella 
les a de 4 millimètre de long, sur 55 centimillimètres de large; le C. Bursa pastoris, 
de 1 millimètre 5 centimillimètres de long, sur 65 centimillimètres de large; le C. 
gracilis, de 1 millimètre 20 centimillimètres de long, sur 60 centimillimètres de large. 

(2) Note de M. l'abbé Chaboisseau. — La présence d'un plus ou moins grand nombre 
de fruits parfaits et fertiles dans les hybrides est un fait incontestable, qu'il m'a été donné 
d'observer deux ou trois fois d’une manière certaine. Je citerai notamment les Rumex et 
les Polygonum, plantes vivant en société, et trop négligées, comme s’en plaint énergi- 
quement notre savant confrère M. Alex. Braun. Les Rumex crispus, obtusifolius (Friesii 
Godr.), conglomeratus, etc., forment de ces hybrides, ainsi que les Polygonum Hydro - 
piper, mite Schrank, Persicaria, etc. — Dans les nombreuses formes hybrides de Ver- 
bascum que j'ai observées, je n'ai jamais vu que des capsules stériles, et un pollen nul 
ou imparfait. 


262 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


fécondation ; pollen flétri et sans fovilla. Feuilles inférieures communément 
lyrées-pinnatifides, les supérieures lancéolées, sagittées, toutes plus ou 
moins couvertes de poils simples et bifurqués; tiges gréles, rameuses, à 
très longue inflorescence en grappe, plus ou moins glabres et à poils étoi- 
lés, hautes de 2-6 décimètres ; racine annuelle. — L'ouest et le midi de la 
France, où il habite en compagnie de Capsella Bursa pastoris et de Cap- 
sella rubella. 


Le C. gracilis semble emprunter des caractères mixtes aux parents que je 
lui suppose : il a la teinte rougeâtre et la base de la silicule de C. rubella; 
il a le haut de la silicule et la longueur des pétales de C. Bursa pastoris, 
dont il égale la taille développée. 

D'ailleurs un tableau comparatif des trois espèces permettra mieux d'en 
saisir les rapprochements et les différences. 


CAPSELLA BURSA PASTORIS. CAPSELLA RUBELLA. CAPSELLA GRACILIS. 


Bouton. 


Vert, avec une ligne étroite 
teintée de rose autour des 
sépales, 


Rouge, avec unelarge ligne! Rose, avec une ligne rouge 
plus foncée autour des sé-|autour des sépales. 
pales. 


Sépales. 


Ovales - lancéolés - obtus ,|  Ovales-lancéolés-subobtus,]  Ovales-oblongs-lancóolés , 
verts en dehors, blancs en|rouges extérieurement, lavés|rosàtres à l'extérieur, lavés 
dedans, entourés d’une large de rose à l'intérieur, ainsilde rose à l'intérieur, ainsi 
membrane érodée au sommet.|que la membrane étroite et|que la membrane étroite qui 

entière qui les entoure. les entoure. 


Pétales. 


IASFDINEISIDOE Craie | Légèrement lavés de rose,|  Légèrement lavés de rose, 
cunéiformes-rétus, avec un 'ovales-cunéiformes-rétus , à semblables du reste à ceux 
onglet allongé, ondulé en|onglet ondulé en travers, dé-|de C. Bursa pastoris, peut- 
travers, doubles des sépales, |passant d'un quart à peine le étre un peu moins saillants 
ayant la partie saillante au'calice, qui les tient redressés hors du calice. 
dehors du calice étalée à angle|à la floraison. | 
droit, | 


Étamines. 


Renfermées danslaeorolle;| Les quatre plus grandes)  Renferméesdansla corolle; 
les quatre plus grandes égales sortant au-dessus du calice et|les quatre plus grandes égales 
au calice, élevant l'anthére de la corolle, élevant l'anthére |au calice, mais élevant à peine 
autour et au-dessus du stig-'autour ét au-dessus du stig- |l'anthére à la hauteur du stig- 
mate. mate. mate, qui n'en est jamais 

| recouvert. 


Anthéres. 


Ovoides-quadrangulaires. Ovoides-apiculées par le|  Ovoides, mal conformées. 
prolongement du filet. 


SÉANCE DU 10 mai 1861. 


CAPSELLA BURSA PASTORIS, 


Sphéroidal, lisse; grand 
diamètre 0??*,023, petit dia- 
mètre 07,020, 


En triangle isocèle, obcor- 
diforme, trés communément 
échancrée au sommet, ter- 
minée en ligne droite sur les 
cótés, généralement verte sur 
les deux faces. 


CAPSELLA RUBELLA. 


Pollen. 


Ovoide, lisse; grand dia- 


02,017: 


Silicule. 


En triangle isocèle, obcor- 
diforme, élégamment et pro- 
fondément échancrée au som- 
met, terminée sur les côtés 
par une ligne courbe ren- 
trante, ce qui la rend lon- 
guement atténuée, rouge en 


Court, dépassé par les 
lobes de l’échancrure. 


Du diamètre du style, à 
papilles peu divergentes. 


dessus, verte en dessous. 


Style. 


Très court, grandement 
dépassé par les lobes de 
l'échancrure. 


Stigmate. 


Du diamétre du style, à 
papilles peu divergentes. 


Oblongs-obtus, rugueux, 
sillonnés au milieu longitu- 
dinalement, jaunes avec un 
point orangé en avant du hile, 
à funicule recourbé ; 12-15 
dans chaque loge; longs de 
1771,05, larges de 065. 


Légérement flexueuse, en 
grappe allongée, paraissant se 
terminer en sommet hémi- 
sphérique, parce queles fleurs 
épanouies cachent les boutons 
à courts pédicelles, et que la 
divaricature des pédicelles 
fleuris rend insensible la dif- 
férence de niveau. 


Étalés à angle droit, une 
fois et demie à deux fois longs 


Ovules. 


Semblables aux précédents; 
9-12 dans chaque loge de la 
silicule ;longs de 1™™ , larges 
de 075,55. 


Inflorescence. 


Stricte, en grappeallongée, 
seterminant en cóne rentrant 
que rien ne dissimule, 


Pédicelles. 


Étalés-redressés, une fois 
el demie longs comme la 


comme la silicule. 


silicule. 


263 


CAPSELLA GRACILIS, 


Ovoide, flétri, sans fovilla, 


mètre en moyenne 0"%,024,|de taille trés variable ; grand 
petit diamètre en moyenne |diamétre0,045-077^,022, 


petit diamètre 0"",010- 


Oum, 01] B, 


En triangle équilatéral , 
petite, obcordiforme, à échan- 
crure du sommet peu pro- 
fonde, à côtés terminés vers 
le haut par une ligne droite, 
vers le bas par une ligne à 
courbe rentrante, rouge dans 
les parties exposées au soleil. 


Plus long que dans les deux 
autres espèces, saillant au- 


{dessus des lobes de l'échan- 


„crure. 


Du diamètre du style, mais 
à papilles longues et très di- 
vergentes, ce qui le fait pa- 
raître beaucoup plus large. 


Dans chaque loge 8 à 10 
rudiments de graine, d’abord 
bien conformés, mais s'étio- 
lant d'ordinaire par défaut de 
fécondation; quand ils müris- 
sent, ils sont plus gréles que 
ceux des deux autres espéces, 
ayant 4™™m,20 de long et 
07.60 de large. 


Gréle, trés allongée, ter- 
minée comme dans Capsella 
Bursa pastoris. 


Étalés-redressés , infléchis 
vers le haut, trois fois longs 


comme la silicule. 


264 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


CAPSELLA BURSA PASTORIS. CAPSELLA RUBELLA. CAPSELLA GRACILIS 


Feuilles. 


Les radicales depuis la! Semblables aux précéden-| Semblables aux précéden- 
forme lancéolée-entière jus-|tes, mais d'un vert plus tes, d'un vert tendre. 
qu'à la formé pinnatifide; les sombre. 
caulinaires embrassantes-sa- 
gittées, ondulées, entières; 
toutes plus ou moins velues et 
d'un vert tendre. 


Tiges. 


Rameuses, plus ou moins| Pareilles aux prénidentess | Rameuses , grêles, rou- 
velues, redressées, vertes, de mais rougeâtres, de 1 à 4 geátres, de 1 à 6 décimètres. 
1 à 6 décimétres. décimétres. | 


M. Brongniart dit : 


Qu'il a eu occasion de constater, par plusieurs observations, que la stérilité 
des hybrides est due à l'imperfection de leur pollen, dont les grains sont ordi- 
nairement plissés et imparfaits. T] cite un hybride de Passiflore (Passiflora 
ecruleo-racemosa) dont il a obtenu la fructification par une fécondation 
artificielle, en prenant du pollen normal sur des espèces légitimes. M. Bron- 
gniart ajoute qu'il a fécondé des fruits de Nicotiana Tabacum par le pollen 
du JV. glauca, espèce arborescente et qui paraît fort éloignée du JV. Ta- 
bacum par ses caractères spécifiques. L'hybride qui en est résulté est 
toujours resté stérile. 


M. l'abbé Chaboisseau ajoute qu'il a étudié une douzaine d'hy- 
brides de Verbascum et qu'ila toujours vu les stigmates de ces 
plantes bien conformés, tandis que leur pollen lui a paru im- 
parfait. 


M. Brongniart fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR LE GENRE JOINVILLEA DE GAUDICHAUD ET SUR LA FAMILLE DES FLAGELLARIÉES, 
pr MM. Ad. BItONGNIART ct Arthur GRIS. 


Gaudichaud a figuré dans l'atlas botanique du Voyage de la Bonite (pl. 39- 
A0), sous les noms de Joinvillea elegans et de Joinvillea ascendens, deux plantes 
qu'il considérait comme constituant un nouveau genre et méme comme le 
type d'une nouvelle famille; la première espèce avait été recueillie par lui en 
fruit seulement, et la seconde, sans fleurs ni fruits, était rapportée à ce genre 
d'après ses caractères de végétation. Ces deux plantes, conservées par Gaudi- 


SÉANCE DU 10 Mar 1861. 265 
chaud pour la rédaction du texte de la partie descriptive de son atlas qui n’a 
jamais été publiée, ne se sont pas retrouvées dans ses collections, et on ne sait 
pas même dans quelle localité il les avait recueillies. 

Les figures très détaillées qu'il a données du Joinvillea elegans, par suite 
de l’état seulement en fruit de ses échantillons, du défaut de description et de 
quelques erreurs d'analyse que nous aurons à signaler, laissaient dans le doute 
sur beaucoup des caractères de cette plante et sur ses rapports naturels; aussi 
n’avait-clle pas été comprise dans les recensements génériques récents. Wal- 
pers seul l'a citée, mais évidemment sans avoir vu la figure publiée par Gaudi- 
chaud, car il place le genre Joënvillea parmi les genres de Pandanées figurés 
mais non décrits (Annal. botan. I, 755). 

Les collections recues au Muséum depuis quelques années nous ont permis 
d'étudier assez complétement ce genre remarquable par sa structure et par 
ses affinités. 

L'herbier formé aux iles Sandwich par M. Remy renfermait des échantil- 
lons en trés bon état d'une plante que l'ensemble de ses caractères rappor- 
tait évidemment à ce genre. Les plantes de la Nouvelle-Calédonie, envoyées 
par M. Pancher et par M. Vieillard au ministére de la marine et des colonies, 
comprenaient aussi une autre espèce de ce méme genre, qui nous a paru iden- 
tique avec le Joënvillen elegans de Gaudichaud. Nous ne doutons pas que celle 
des iles Sandwich ne soit le Joinvillea ascendens du méme botaniste, espèce 
dont il n'a vu que de jeunes tiges portant les premières feuilles. 

Ces*deux plantes étant en fleur et eu fruit, il nous a été facile de compléter 
et de rectifier quelques-uns des caractéres indiqués sur les figures de Gau- 
dichaud. 

La fleur montre que le périanthe, ainsi que Gaudichaud l'avait vu par suite 
de sa persistance à la base du fruit, est formé d'une rangée externe de trois 
sépales et d'une rangée interne de trois pétales, plus petits que les sépales dans 
le J. elegans, de méme longueur dans le J. ascendens, mais toujours secs, sca- 
rieux et rappelant ainsi la fleur d'un Jonc. Il y a six étamines égales entre elles, 
à filets assez courts, opposées aux divisions du périanthe, à anthères elliptiques 
introrses : le pistil offre un ovaire à trois loges surmonté de trois stigmates 
allongés linéaires, divergents, papilleux jusqu’à leur base sur leur face interne. 
Gaudichaud, n'ayant observé que des fruits dont les stigmates s'étaient dé- 
tachés, a représenté comme des stigmates courts et sessiles les bases seules 
persistant sur ces fruits. 

Ces fruits rendaient difficile de bien apprécier la structure de l'ovaire ; 
cependant une figure d’ovule imparfaitement développé et avorté, qu'on ne 
peut bien comprendre, par suite de l'absence d'explication des figures, qu'a- 
près avoir étudié la nature elle-même, prouve que Gaudichaud avait observé 
le caractère important de ces ovules, qui consiste en ce qu'ils sont solitaires et 
suspendus au sommet de chaque loge, et qu'ils sont orthotropes, leur micropyle 


266 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


étant à l'extrémité inférieure; double caractère qui éloigne ces plantes des 
Joncées pour les rapprocher des Restiacées. 

La structure du fruit est naturellement en rapport avec celle de l'ovaire : 
le péricarpe est charnu et renferme deux ou trois graines sphériques ou apla- 
ties sur leurs faces internes, dont le testa solide et crustacé est marqué de 
rides transversales trés prononcées, et montre, à son extrémité supérieure, le 
hile et la chalaze, et vers l'extrémité inférieure un disque lisse arrondi, qu'on 
peut séparer du reste du tégument et qui forme un embrvotége qui doit évi- 
demment se soulever lors de la germination. 

L'intérieur de la graine est presque entièrement occupé par un périsperme 
farineux, dont les cellules, remplies de fécule, se désagrègent facilement ; à 
son extrémité inférieure, et sous l'embryotége, on trouve un petit embrvon 
en forme de lentille trés aplatie et presque discoide, placé en dehors du péri- 
sperme entre ce tissu et les tézuments de la graine. La surface supérieure de 
l'embryon, appliquée contre le périsperme, est légérement convexe et parait 
trés homogène ; la surface inférieure, appliquée contre l'embryotége, offre un 
mamelon saillant qui parait représenter la tigelle et la: radicule, et dont le 
tissu plus fin semble aussi plus résistant que celui qui occupe 1a circonférence 
de l'embryon. 

Cette structure singulière paraît absolument semblable à celle de l'embryon 
des Restiacées, des Xyridées, des Ériocaulonées, et concorde avec les carac- 
tères de l'ovule et de la graine pour rapprocher les Joinvilleu de ces familles. 

En tracant cette description de l'embryon de cette plante, nous devons 
faire observer qu'elle semble s'éloigner de la figure publiée par Gaudi- 
chaud. En effet, l'embryon figuré dans la graine et séparément sur la planche 
déjà citée, a bien une forme lenticulaire, mais il est surmonté d'un appendice 
épanoui en éventail, ou plutót en cóne renversé, et formé de cellules rayon- 
nantes; nous n'avons jamais rien vu de semblable sur plusieurs embryons 
étudiés avec le plus grand soin en place et hors fle la graine, et nous ne dou- 
tons pas que l'apparence représentée par Gaudichaud ne soit due à des por- 
tions adhérentes du périsperme dont ies cellules disposées en séries rayon- 
nantes ont pu tromper l'observateur, quoique jamais rien de semblable ne se 
soit présenté à nous. 

Cette organisation, dans ses parties les plus essentielles, cóncorde, ainsi 
que nous l'avons déjà fait remarquer, avec celle des Restiacées et des autres 
familles réunies par Martius et Endlicher dans la classe des £nantioblaste, elle 
diffère cependant de celle de chacune des familles comprises dans cette classe 
par des caractères assez importants. Ainsi les Restiacées et les Ériocaulonées 
ont des fleurs diclines, et les premieres n'ont que deux ou trois étamines; 
leur port est entièrement différent; les Xyridées et les Commélynées ont le 
périanthe interne pétaloïde et les ovules nombreux dans chaque loge de l'ovaire. 
Mais il existe un genre de plantes qu'une description imparfaite a fait placer 


SÉANCE DU 10 mar 1864. 267 


à la suite des vraies Joncées, et dont les caractères sont tellement conformes 
à ceux des Joinvillea, que de trés faibles différences seules les distinguent 
génériquement : c’est le genre /"/agellaria. — Rapporté par A.-L. de Jussieu à 
la famille des Asparagées, R. Brown lui a trouvé plus d'affinité avec les Joncées 
et l'a placé avec doute à la suite de cette famille; Endlicher, tout en le main- 
tenant, comme type d'un groupe particulier des Flagellariées, à la suite des 
Joncées, demande si ce genre n'a pas plus de rapport avec la classe des Enan- 
tioblustæ. Ses doutes à cet égard auraient disparu si la description des carac- 
tèrés du /"/agellaria avait été conforme à la nature, mais il a ajouté aux 
descriptions anciennes de ce genre plusieurs détails omis par R. Brown, qui 
sont inexacts et empéchaient de saisir ses rapports naturels; ainsi, en décri- 
vant l'ovaire, Endlicher dit : « Ovula in loculis solitaria, basilaria, sessilia, 
anatropa. » En décrivant le fruit, il emploie, comme tous les auteurs précé- 
dents, le mot de drupa et il ajoute : « Drupa pisiformis, stigmatibus coronata, 
monosperma, epicarpio carnoso ab endocarpio osseo solubili; » enfin, en ce 
qui concerne la graine, il dit : « Semen subglobosum, testa membranacea te- 
nui, umbilico basilari, chalaza terminali late orbiculari. » 

Ces caractéres étaient complétement opposés à ceux des familles voi- 
sines des Restiacées et s'accordaient avec ceux des Joncées, mais ils sont 
entièrement contraires à la nature. Dans le F/agellaria, comme dans le 
Joinvillea, les ovules sont suspendus au sommet de chacune des loges de 
l'ovaire et sont orthotropes, le fruit est une baie à péricarpe entièrement 
charnu, et le prétendu endocarpe osseux est le testa de la graine, ainsi que le 
prouve l'existence, vers sa base, d'un disque embryotége comme dans le Join- 
villea. L'ombilic ou hile est supérieur et non pas basilaire, d’où il résulte que 
l'embryon, qui est en effet placé prés de la base du fruit, n'est pas pres de 
l'ombilic, mais lui est diamétralement opposé. 

Les caractères de ces deux genres sont tellement semblables, que les seules 
différences qui puissent les distinguer sont, dans le Flagellaria, le fruit con- 
stamment monosperme à péricarpe trés mince adhérent au testa de la graine 
qui est lisse; dans le Joënvillea, le fruit trisperme ou disperme, rarement 
monosperme, à péricarpe charnu assez épais, et le testa des graines qui est 
rugueux transversalement. Enfin, dans les organes de la végétation, il v a une 
différence importante : dans le Flagellaria, les feuilles ont des gaines entières 
non fendues et le limbe non plissé comme dans les Commélynées ; dans le 
Joinvillea, les gaines des feuilles sont fendues et enroulées comme dans les 
Graminées, et le limbe est large et plissé longitudinalement. De cet ensemble 
de caractères, il paraît résulter que le groupe des Flagellariées, indiqué avec 
doute par Endlicher, doit étre maintenu et considéré comme une famille qui 
comprendra les genres Flagellaria et Joinvillea. 

On peut caractériser ainsi cette petite famille et les deux genres qu'elle 
comprend : 


268 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


FLAGELLARIEZÆ. 


FLORES hermaphroditi. — Sepala tria, libera. Petala tria, libera, textura 
scariosa sepalis similia, breviora vel zqualia; stamina 6, hypogyna, libera, 
antheris introrsis. Ovarium triloculare, loculis uniovulatis; ovulis angulo 
superiori funiculo brevi suspensis, orthotropis, micropyle inferiori, tegumentis 
duplicibus; stigmata tria, ex apice ovarii divergentia, filiformia, a basi ad 
apicem intus papillosa. — FRUCTUS: bacca abortu mono-disperma, rarius tri- 
sperma; semen testa crustacea, hilo superiori, micropyle inferiori, perispermio 
candido amylaceo repletum. £mbryo minimus, antitropus, lenticularis, peri- 
spermio non inclusus, tegumento seminis adpressus et disco testae operculi- 
formi (embryotegio) tectus. 

Herba arundinaceæ vel scandentes, foliis longe vaginantibus, nervis limbi 
parallelis. 


I. FLAGELLARIA Linn. 


Fructus abortu monospermus, pericarpio tenui submembranaceo, testae 
seminis crustaceæ lavi arcte adhaerente. 

Plantæ caule gracili pleno scandente. Foliorum vagina integra; limbus 
planus, apice cirrosus. 


H. JOINVILLEA Gaudich. 


Fructus abortu dispermus, rarius mono- vel trispermus, pericarpio carnoso, 
testae seminis crustaceæ transverse rugosæ non adhærente. 

Plante caule arundinaceo fistuloso. Foliorum vagina fissa convoluta, auri- 
culis duabus lateralibus liguliformibus superata; limbus secundum nervos 
longitudinales plicatus, acutus, non cirrosus. 


1. JOINVILLEA ELEGANS Gaud. 

J. foliis limbo late lanceolato acuminato plicato, panicula effusa, ramulis 
flexuosis puberulis; sepalis lanceolatis acuminatis, petala ovata acuta superan- 
tibus ; bacca parva molli subtriloba 2-3-sperma, seminibus sphæricis (peris- 
permii farinacei granulis amylaceis compositis). 

Joinvillea elegans Gaud. Voy. de la Bonite, atlas, tab. 39-40, fig. 7-26. 

Flagellaria (Chortodes) plicata J. Hooker Journ. of bot. ser. 2, t. VII, 
1855, p. 198, tab. 6 (1). 


(1) En communiquant à la Société botanique ces observations sur le genre Joinvillea, 
nous ignorions la publication du docteur Joseph Hooker dans le Journal of botany de 1855, 
que nous venons de citer; d'autres recherches nous l'ont fait connaître avant l'impres- 
sion de cette notice, et nous sommes heureux de nous rencontrer avec ce savant 
botaniste quant aux relations intimes de cette plante avec les Flagellaria; mais M. Hooker 
n'avait pas connaissance du genre Joinvillea figuré par Gaudichaud dans l'atlas du Voyage 


SÉANCE DU 10 mar 18614. 269 


Hab. in insula Pinorum prope Novam Caledoniam et in Nova Caledonia 
(Pancher, Vieillard). 

2. JOINVILLEA GAUDICHAUDIANA. 

J. foliis limbo late lanceolato acuto plicato, panicula erecta, ramulis paten- 
tibus sinuosis rigidis puberulis ; sepalis ovatis acumine filiformi, petalis æqui- 
longis elliptico-subrotundis obtusis mucronulatis ; bacca molli 2-3-sperma, 
seminibus angulosis interne applanatis (perispermii farinacei granulis amylaceis 
compositis). : 

Hab. in insulis Sandwiceusibus, Hawaii, Oahu, Maui et Molakai( Remy, herb. 
sandw. n° 156). 


3. JOINVILLEA ASCENDENS Gaud. 

J. foliis limbo anguste lanceolato longe acuminato plicato, panicula erecta 
foliis breviore, ramulis flexuoso-recurvis ; sepalis petalisque æquilongis ovatis 
obtusiusculis, margine valde scariosis ; bacca sphærica, externe crustaceo-ver- 
nicosa, epicarpio fragili, seminibus tribus sphæricis (perispermii farinosi gra- 
nulis amylaceis simplicibus angulosis cellulas dense replentibus). 

Joinvillea ascendens Gaud. Voy. de la Bonite, atlas, tab. 39-10, fig. 1-6 


(folia tantum). 
Hab. in insulis Sandwicensibus, insula Kauai dicta (Remy, herb. sandw. 


n^ 156 A). 


M. Eug. Fournier, vice-secrétairé, donne lecture de la communica- 
tion suivante, adressée à la Société : 


de la Bonite, et considérait la plante qu'il a décrite comme entièrement nouvelle ; de plus, 
dans le caractère modifié du genre Flagellaria qu'il a publié, il indique, ainsi que les au- 
teurs précédents, les ovules comme dressés et anatropes ; dans la description du fruit, il 
emploie il est vrai le mot de bacca au lieu de drupa, mais il donne le testa comme 
mince et membraneux et parait par conséquent attribuer à l'endocarpe l'enveloppe dure 
et erustacée qui est le vrai testa. La figure qu'il donne de la plante de l'ile des Pins est 
parfaitement conforme à celle de Gaudichaud et ne nous laisse aucun doute sur l'identité 
spécifique des deux plantes, Quant à la distinction générique des Joinvillea et des 
Flagellaria, quoique fondée sur des caractéres assez légers, elle nous parait trés naturelle 
quand on prend en considération les caractères de végétation, la pluralité des espèces de 
ces deux genres, et l'extréme ressemblance des Joinvillea eutre eux et des espéces de 
Flageliaria entre elles. 

Quant au genre Susum de Blume, qui, d'aprés M. Hooker, pourrait peut-étre rentrer 
dans le méme groupe, nous en avons examiné des échantillons en fleurs en bon état, 
envoyés par M. Blume lui-méme, et nous avons reconnu des différences assez importantes 
entre cette plante et les précédentes, particulièrement dans le mode d'insertion et la 
structure de l'ovule. Les ovules, solitaires dans chaque loge, sont attachés latéralement à 
l'angle interne sur une sorte de tubercule placentaire qui pénétre dans l'ovule; ils sont 
semi-anatropes, le mieropyle étant en bas. Ces différences n'empécheraient peut-étre 
pas de rapprocher ce genre des Flagellariées, si la nature du périsperme et la structure 


de l'embryon, qui sont inconnues, étaient favorables à ce rapprochement. 
(Note ajoutée au moment de l'impression.) 


270 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


NOTE SUR QUELQUES RECTIFICATIONS DE SYNONYMIE, par M. Auguste GRAS. 
4 


(Turin, avril 1864.) 


. I. — Deux opuscules d'Allioni, souvent cités par lui-même dans le Flora 
pedemontana, se sont dérobés à l'analyse de la plupart des floristes, et, par 
un malheureux hasard, ils n’ont fourni que d'inutiles synonymes à un petit 
nombre de ces écrivains systématiques qui, dans le choix des noms de leurs 
plantes, ne tiennent aucun compte de la priorité. Habent sua fata libelli. 

Le premier des deux travaux, intitulé Synopsis methodica stirpium horti 
regii taurinensis, fut imprimé dans le tome II des Miscellanea taurinen- 
sia, qui parut en l'année 1763. Parmi les végétaux recensés dans ce précieux 
catalogue, quelques-uns venaient de fixer pour la première fois l'attention du 
botaniste, tandis qu'un certain nombre d'espéces déjà reconnues, enveloppées 
dans de vieilles phrases spécifiques, attendaient l'occasion de se débarrasser 
de leurs langes, et de rentrer daus le domaine de la science sous le droit com- 
mun de la nomenclature binaire. Allioni aurait donc pu nommer convenable- 
ment toutes ces nouvelles espèces, mais il hésita devant la nécessité d'introduire 
tant de nouveautés dans son travail, et, renoncant à ses droits d'auteur, il ne 
fit que citer au bas des pages du Synopsis la phrase synonymique fournie par 
les auteurs sur chacune de ces plantes, et, à défaut de phrase, il esquissa lui- 
méme par un trait caractéristique le premier signalement de l'espece. Il y a 
quelque chose de touchant dans ce procédé, et la réserve ingénue de l'illustre 
écrivain doit nous paraître d'autant plus honorable et précieuse, que la manie 
dont maint auteur est poursuivi d'attacher son nom aux plantes nouvelles entre 
de nos jours pour une si grande part dans la confection de prétendues espèces. 

Au second écrit, qui fut publié en 1774, dans le tome V* et dernier 
des Miscellanea, Allioni donna le titre d Auctarium ad synopsim methodicani 
stirpium horti regii tuurinensis, et c'est là qu'il nomma régulièrement les 
végétaux anonymes du premier travail. Mais, comme la plupart de ces noms 
de l'année 1774 furent ensuite rappelés dans le Flora pedemontana (1785) 
tandis que quelques-uns y furent remplacés par d'autres dénominations, c'est 
à ce premier Auctarium que devront remonter ceux qui tiennent à respecter 
religieusement les droits de la véritable priorité. 

On trouvera donc tout naturel que je vienne, avec le plus légitime empresse- 
ment, rappeler ces études d'Allioni à l'attention des historiens de nos plantes; 
et, quoique le service que je compte rendre à la mémoire de l'insigne botaniste 
dont mon pays a tant de droits de se glorifier, soit d'une importance minime, 
je ne puis cacher que ce petit travail a eu pour moi un attrait tout particulier : 
en effet, si, d'aprés la charmante expression de M. Thiers (1), nous devons 


(1) Discours de réception à l'Académie francaise, 


SÉANCE DU 40 Mar 1861. 271 


aimer notre siècle comme une patrie dans le temps, c'est surtout à €e qui tient 
à la gloire de notre patrie dans l'espace que nous vouons irrésistiblement nos 
premières et plus douces sympathies. 

II. — Voici d'abord une liste des vieilles espèces d'Allioni qui sont géné- 
ralement recues dans nos Flores sous leurs premiers noms génériques. On les 
voit figurer partout comme procédant du Flora pedemontana; mais, ayant 
été nommées dans l Auctarium, elles devront désormais prendre date de 
l'année 1774: 

4. Anemone Halleri All. Auct. ad syn. meth. st. h. r. taur. in Misc. 
taur, V (4715), p. 92, ex cit. syn. Halleri (Hist. st. Helv. sub. n: 4447, 
errore typographico 1148). 

2. Iberis garrexiana Al. l. c. p. 73, ex phrasi diagnostica. 

3. Silene nicæensis All. L e. p. 88, ex phr. diagn., loco natali et des- 
criptione. 

4. Ononis Columna Al. l. c. p. 77, ex cit, syn. Columnae. 

5. Saxifraga biflora Ml. 1. c. p. 86, ex cit. syn. Halleri et descript. 
comparativa. 

6. Ligusticum ferulaceum All. l. c. p. 80, ex notis descriptionis (excluso 
syn. Seguieri). — Quoique le synonyme de Séguier soit cité à faux, quel- 
ques traits descriptifs sont assez frappants pour qu'on puisse y reconnaitre la 
plante qui fut ensuite longuement décrite dans le #7. ped. I, 13. 

7. Galium cinereum All. L c. p. 57, ex phr. diagn., loco nat. et 
descript. 

8. Phyteuma Scheuchzeri All. 1. c. p. 63, ex cit. syn. Halleri. 

9. Achillea Erba rotta (Herbarota) All. L c. p. 69, ex phr. diagn. 

10. A. ligustica All. 1. c. p. 69, ex phr. diagn., loco nat. et descript. 

44. Carlina acanthifolia All. L v. p. 67, ex phr. diagn., loco nat. et 
characterum adumbratione, — C. Chardousse Vill. Prosp. (1779), p. 27. 

12. Hieracium glaucum All. l. c. p. 71, ex cit. syn. Halleri et descript. 

43. Crocus vernus All l. c. p. 56, ex loco nat, Jacq. Ausér. V (1778) 
in append. p. 47, t. 36. — C. sativus B vernus b. Sp. 36. — La plante 
d’Allioni se trouve citée sans synonyme et sans description, mais l'astérisque 
conventionnellement placé par l'auteur à côté des plantes de l'Auctarium 
qui croissent en Piémont, et que l'on remarque à côté du C. vernus, nous 
indique avec assez de certitude l’espèce qu'il entend constituer, et paraît ainsi 
établir en sa faveur des droits suffisants de priorité sur la publication précitée 
de Jacquin. 

44. Polygonum alpinum All. l. c. p. 94, ex cit. syn. Halleri. 

Je crois devoir ajouter à cette série d’espèces une intéressante Ombellifère 
qui fut provisoirement classée, dans l'Auctarium, sous le genre Coriandrum, 
et dont le nom spécifique conserve le méme droit à cette équitable anticipation 


de date: 


272 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Coriandrum aquilegifolium Ml. Auct. ctc. (1774) p. 81, ex cit. syn. Lobelii. 
— Phellandrium aquilegifolium All. in notis autographis ad Prospectum 
Villarsii, in bibliotheca regia taurinensis scientiarum Academiz religiose ser- 
vatum, p. 25. — Danaa aquilegifolia AM. FI. ped. WE, 35. — Physospermum 
aquilegifolium Koch Umb. 134. 

Quant au Myosotis nana, dont Schrader fit en 1820 son Eritrichium 
nanum, et que l'on attribue généralement à Villars, Prosp. (1779) p. 21, on 
le trouve, il est vrai, dans ce méme Auctarium d'Allioni (1774) p. 61, mais 
il doit remonter beaucoup plus haut, et tout au moins à l'année 1759, dans 
laquelle Linné publia le tome IV des Amænitates academica. C'est à la 
page 429 de cevolume que Nils. - N. Amann, dans sa thèse intitulée Flora 
alpina, nomme notre Borraginée du nom de Myosotis nana, en citant à 
l'appui, comme témoignage suffisant de contrôle, la planche du Museo de 
Boccone qui porte le n° 107, planche qui, par une faute de numération, se 
trouve à la page 149, au verso de la planche 128. 

III. — Dans les rectifications suivantes, j'espère avoir ramené à leur 
véritable parrain d’excellentes espèces que certains floristes n’ont point fait 
remonter à notre Allioni, par suite d’une méprise qu’on ne saurait trop sévè- 
rement leur reprocher. Les deux petits écrits du botaniste italien passèrent 
presque inaperçus, et Linné lui-même, dans une lettre du 31 mars 1772, 
se plaint à Allioni de n’en avoir aucune connaissance. « Après l’avoir remercié 
d’un envoi de livres, « Vous me parlez, lui dit-il, du Synopsis méthodique 
des plantes du jardin royal de Turin ; je n’ai jamais entendu mentionner un 
tel ouvrage, veuillez m'en préciser le titre. On ne rencontre jamais chez nous, 
ajoute-t-il, des livres de botanique venant d'Italie, et si vous n'eussiez eu 
l'extrême obligeance de me les envoyer, il ne m'aurait jamais été accordé 
d'en jouir (1). » Parlant ensuite du second ouvrage, dont, par une faute 
d'orthographe qu'il ne fut pas le seul à commettre, il Céforme légèrement le 
titre, « Je vous remercie pareillement, lui écrit-il, de l'Auctuarium, que je 
désire trés ardemment nuit et jour. Puissé-je le recevoir avant la nouvelle 
édition du tome II du Système, que je suis en train de préparer à la prière de 
l'imprimeur... (2). » 

Or, si les opuscules en question furent si peu répandus, et si, par cette 
circonstance, les droits d'Allioni se trouvèrent parfois sacrifiés, la faute 
premiére en est imputable aux difficultés sans nombre que nos aieux ren- 


(1) Loqueris de synopsi methodica stirpium H. R. T., de libro a me numquam 
audito ; perscribas mihi titulum. Libri botanici ex Italia numquam apud nos occurrunt, 
et si ipse mihi eos gratiosissime non dedisses, numquam iis frui mihi contigisset. (Lettre 
inédite conservée dans la correspondance d'Allioni, à la bibliothéque de l'Académie 
royale des sciences de Turin.) 

(2) Grates reddo similiter pro AUCTUARIO, quod die nocleque avidissime desidero, 
Utinam hoc obtinerem antequam ederem novam editionem (omi secundi Systematis, quam 
nunc paro precibus typographi..... (Ibid. ). 


SÉANCE DU 10 mar 1861. 273 


contraient malheureusement dans toutes les voies deleurs communications, et 
contre lesquelles sans doute leur impatience dut bien souvent s'insurger. 

Les principales espèces à restituer à Allioni sont les suivantes : 

1. Arabis carulea Ml. Auct. ad syn. meth. st. h. r. taur. in Misc. taur. 
V.(1774), p. 75, ex cit. syn. Halleri. Hænke in Jacq. Collect. IL (1788), 
p. 56.— Turritis eerulea AN. FL. ped. 1, 270. 

2. Alyssum argenteum All. 1. c. (1774) p. 73, ex cit. syn, Michelii apud 
Zannichellium et disquisitione comparativa. Vitman Summ. plant. IV (1790), 
p. 43. — Lunaria argentea: M. Fl. ped. Y, 255. 

3. Bupleurum Gerardi AU. A c. (A774) p. 81, ex cit. syn. Gerardi, Jacq. 
Austr. WI (1775), p. 31, t. 256. — Cette rectification ne s'adresse qu'aux 
botanistes qui n'admettraient point la division proposée par M. Jordan (Pug. 
pl. nov. 4852) de l'ancien Zupleurum Gerardi en B. australe, destiné à re- 
présenter, d’après lui, la véritable espèce de. Gérard, exclusivement méri- 
dionale, et B.: Jacquintanum, chargé de désigner la plante d'Allioni et de 
Jacquin. L'herbier d'Allioni. ne contient plus que quelques feuilles de son 
espéce, qui ne peuvent nous fournir la moindre preuve dans la question ; quant 
aux principales localités indiquées par lui, je suis bien certain de n'y avoir 
jamais rencontré que le B. dit Jacquinianum. En supposant donc que ces 
deux grands botanistes se soient, vers la méme époque, trompés tous les deux 
en citant à faux pour la méme plante le méme synonyme de Gérard, on peut 
toujours regretter que M. Jordan, u'ayant point connu les titres spéciaux 
d'Allioni, ait consacré à la mémoire de Jacquin une espèce que le botaniste 
piémontais avait été le premier à signaler. 

h. Hieracium staticifolium AM. |. c. (1774) p. 71, ex descript. = H. 
staticefolium Vill. Prosp. (1779) p. 35. 

5. Plantago serpentina AM. lc: (4774) p. 60, ex cit. syn. Tournefortii. 
Vill. Prosp.: (1779) p. 19. 

6. Rumex arifolius AU. 1 c. (1774) p. 94, ex cit. syn. Halleri (non L; f. 
Suppl. 212). — M. Grenier croit, d’après Poiret, à l'identité du Rumes ari- 
fólius L. 4. (4781) avecle Al. abyssinicus Jacq. Hort: vind. MI (1776), p. 48, 
L.-93; c'est pourquoi, annulant le synonyme de Linné fils, il rappelle pour notre 
plante l'adjectif arifolius d'Allioni, qu'il date de l'année 1785. M. Meisner 
ne partage point cette opinion, et, séparant le R. abyssinicus Jacq. de l'espèce 
de Linné fils, il est obligé d'adopter pour la plante d'Allioni un synonyme de 
l'année 1806, et del'appeler A. montanus Desf. Il n'est plus question aujour- 
d'hui de rajeunir d'autant la vieille plante, car le X. arifo/ius d'Allioni est de 
sept ans plus ancien que celui de Linné fils. Supposé donc que la plante de ce 
dernier. fût vraiment distincte du //. abyssinicus de Jacquin, c'est elle-même 
qui devrait subir la fâcheuse chance d’un nouveau baptême, et la question 
se trouverait toujours fort simplement résolue à l'avantage du botaniste pić- 
montais, 

T. VI. 18 


+ 


27h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


A ces rectifications que l'on doit à la priorité de l’ Auctarium; je crois 
pouvoir ajouter quelques corrections tout aussi importantes qui s'appuient 
sur les droits incontestables acquis par la publication du #{ora pede- 
montana. 

C'est ainsi que, pour le Vicia angustifolia, les auteurs aiment à citer Roth 
(Tent. fl. germ. I, 1788, p. 310), tandis que l'espéce se trouve régulièrement 
établie dans l'ouvrage d'Allioni (t. I, 1785, p. 325), où l'auteur, choisissant 
trés à propos pour sa plante le nom jadis fixé par Rivinus, cite à l'appui quatre 
excellents synonymes puisés dans Haller et dans les Bauhin. 

On pourrait encore demander à quelques auteurs pourquoi le Fœnieulum 
vulgare de Gærtner (1789) leur semble préférable au F. officinale d' Allioni 
(1785). 

Quant au Sonchus asper de Villars, dont nulle mention n'existe dans le 
Prospectus, et pour lequel on ne cite que le tome III de l Histoire des 
plantes du Dauphiné, on oublie sans doute que ledit volume ne parut qu'en 
1789, et que des deux écrivains qui nomment de ce nom une partie de 
la plante synthétique (Sonchus oleraceus) de Linné, c'est à l'auteur de la 
Flore de Piémont qu'on doit accorder la préférence (Fi. ped. I, 1785, 
p. 222). 

Une petite inexactitude s'est encore glissée, au préjudice d'Allioni, dans 
quelques Flores modernes, où le Carez fœtida est représenté comme nommé 
dans le Prospectus de Villars. Nulle mention de ce Careg n'est faite dans 
l'ouvrage en question, et il n'y a certainement aucune raison d'enlever à son 
auteur cette assez rare espèce, nommée et décrite dans le Flora pedemontana 
(t. 11, 1785, p. 265). 

IV. — Dans les espèces qui suivent, et que je tiendrais surtout à reven- 
diquer à la gloire d'Allioni, la vérité historique va souvent exiger un complet 
renversement des synonymes recus dans nos Flores les plus récentes. 

4. Trifolium satatile All. Auct. etc. (1774) p. 77, ex cit. syn. C. Bau- 
hini, descript. et loco nat. = T. thymiflorum Vill. Prosp. (1779) p. 43. 

2. Sazifraga muscoides AN. 1. €. (1774) p. 87, ex eit. syn. Halleri (non 
Wulf. in Jaeq. Mise. II, 1781, p. 123); FL ped. 11, 70, excluso syn. Sco- 
poliano quod spectat ad S. sedoidem L. — S. planifolia Lap. Abr. (1813) 
p. 31. — Cette rectification va tnáalheureusement produire un certain désordre 
parmi les synonymes. En effet le S. planifolia Lap. n'a plus aucune raison 
d’être conservé, et le S. muscoides Wulf. (S. cespitosa Scop. non L.; S: py- 
renaica Vill. non Scop.), que nous aurions voulu nommer S. Wulfent en 
souvenir du célèbre botaniste de Carinthie et en dédommagement de la plante 
qu'il est forcé de céder à la priorité d'Allioni, doit probablement, pour les 
botanistes réducteurs, et faute d'un plus ancien synonyme, preudre le titre 
de S. varians Sieb. Fl. austr. exs. n° 132 (apud DC. Prodr. 1V, 25), titre 
qui d'ailleurs siérait à merveille à cette espèce singulièrement polymorphe. 


" SÉANCE DU 40 mar 1861. 275 


3. Galium lucidum All. 1 c. (1774) p. 57, ex phr. diagn., ex syn. Enum 

nic., ex loco nat. et descript. — G. corrudæfoliun Vill. Prosp. (4779) 
p. 20. — L'Académie royale des sciences de Turin possède du Prospectus 
de Villars un précieux exemplaire qui provient de la bibliothèque du profes- 
seur Balbis, et que j'ai déjà eu l'occasion de citer dans cette note. Sur les 
marges du volume, qui dut servir aux études d'Allioni, cet auteur traca, à 
côté d'un grand nombre d'especes, tantôt quelques petits traits dont le sens 
et la portée nous échappent, tantót un synonyme en toutes lettres. Or, par 
une distraction amusante, oublieux sans doute du vrai nom de sa plante, à cóté 
du Galium corrudæfolium, Allioni écrivit G. splendens N., erreür qu'il 
reproduisit ensuite dans les /cones taurinenses (vol. XXVI, p. ^), précieux 
. recueil où sont soigneusement figurées les principales espèces cultivées au 
jardin botanique, et que l’on conserve à la bibliothèque de l'université de 
Turin. 
4 Campanula alpestris All. 1. c. (1774) p. 63, ex cit. syn. Hálleri, = C. 
Allionii Vill. Prosp. (1779) p. 22. — Villars rapporte ponctuellement à son 
espèce le synonyme emprunté à l'ouvrage d'Allioni, Stirpium pedemontanarum 
specimen primum (1755), synonyme fourni par Haller et appartenatit sans 
nul doute à la précieuse plante qui fut, dix-neuf ans plus tard, le Campanula 
alpestris. Malgré l'exactitude de cette citation, Allioni rangea deux fois le 
synonyme de Villars sous le C. cenisia L., d'abord dans les notes manuscrites 
de l'exemplaire du Prospectus, et ensuite dans le Flora pedemontana, Y, 108. 
Je ne sais comment m'expliquer cette erreur d'Allioni, vu surtout que les 
plantes en question sont trop distinctes pour qu'on puisse soupçonner Villars 
de les avoir confondues, et que d'ailleurs le savant botaniste de Grenoble se 
trouvait parfaitement à portée de les connaitre de visu. 

5. Primula hirsuta All. l. c. (1774) p. 62, ex cit. syn. Halleri.— P. villosa 
Jacq. Austr. V (1778), in append. p. 41, t. 27. — P. viscosa Vill. Prosp. . 
(1779) p. 24. 

6, Primula viscosa All. Fl: ped. Y (1785), p. 93. = P. hirsuta Vill. 
Dauph. Xi (1787), p. 469. == P. latifolia Lap. Abr. (1813) p. 97. 

Les deux Primevères que je viens de rappeler sont toüt aussi incompléte- 
ment définies par Villars que par Allioni. Quant au curieux chassé-croisé 
que le droit sévére de priorité exige dans les synonymes des deux aüteurs, 
il aurait été facilement épargné si l'un et l'autre, par une sage récipro- 
cité, eussent tenu un compte plus exact de leurs travaux antérieurement 
publiés. 

On me permettra de rappeler ici, en faveur d'Allioni, quelques précietises 
réctifications que nous devons à l'illustre professeur Moris. Le célébre auteur 
du Flora sardoa n'admet d'abord ni le genre Senebiera, établi en-1799 par 
De Candolle, ni le Sedum revétu en 1806, par Poiret, du titre spécifique 
d'altissimum, et il ramène consciencieusement le premier sous le genre 


276 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Coronopus, et le second sous le Sedum nicæense, genre et espèce publiés en 
1785 dans le Flora pedemontana. 

M. Moris signale ensuite aux érudits le regrettable tort qu'on fait essuyer 
au genre Jass/a, soigneusement, je dirai méme affectueusement formé par 
Allioni en 1766, et sacrifié au genre établi sous le méme nom par Linné en 
4714. Plus loin il leur rappelle que le méme sort fat réservé au genre Tour- 
nesolia de Scopoli, établi en 1777, auquel on préféra le genre Cr:z0phora de 
Necker, qui date de l'année 1790. 

Et, puisque le nom d'Allioni peut servir à l'éclaircissement d'une dernière 
question de synonymie, nous apprenons enfin par M. Moris, d’après un ren- 
seignement communiqué par M. le docteur Casaretto, que ce fut précisément 
Allioni qui fournit à Linné l'unique exemplaire de Statice cordata que l'on 
conserve à Londres dans le plus précieux des herbiers historiques, ce qui 
tranche d'une manière péremptoire une vieille question, en établissant, d’après 
les observations de M. Moris, l'incontestable identité du Statice cordata L. 
avec le S. pubescens DC. (voy. Fl. sard. MI, ^7). 

V. — J'ai tâché, à l'égard des espèces qui précèdent, de faire valoir mes 
preuves à l'avantage d'Allioni; mais l'équité requiert maintenant que mon 
illustre concitoyen, assez riche de son propre fonds, rende à leurs véritables 
auteurs quelques espèces qu'il ramassa, soit par mégarde, soit parce qu'il 
put se croire autorisé, par les usages moins fixes et moins définis de son 
époque, à raisonner comme Molière, et à reprendre son bien où il le 
retrouvait. 

C'est ainsi que l’ Arabis saxatilis AW. FL. ped. Y (1785), p. 268, devrait céder 
le pas à lA. nova Vill. Prosp. (1779) p. 39, dont le nom spécifique, malgré sa 
naïveté, vaudrait encore mieux qu'une foule d'autres noms adoptés sans trop 
de scrupules, et aurait en outre l'avantage de rappeler une partie du vieux 
synonyme de J.-B. Bauhin. 

Une seconde rectification va frapper la charmante espèce de Viola connue 
sous le nom de nummularifolia, que quelques auteurs nomment par inad- 
vertance V. Nummularia All. Le premier qui livra au public le nom de cette 
plante est, sans contredit, Villars, qui l'établit dans son Prospectus (1779), 
p. 26, sur le synonyme de Boccone. 1l est vrai qu'à la suite de ce synonyme, 
rappelé alors sous la forme dubitative, Villars s'empressa d'ajouter. celui de 
l'ouvrage déja cité d'Allioni, Sfirpium pedemontanarum specimen primum 
(1755) ; mais, dans ce livre trés intéressant, les plantes ne. sont malheureu- 
sement désignées que par des phrases spécifiques; c'est pourquoi, malgré 
la prédilection que je ressens naturellement pour la gloire. d'Allioni, tout 
moyen m'échappe de rattacher à son grand nom cette intéressante. espèce de 
nos Alpes. 

Enfin, c'est le Digitalis grandiflora AM. Auct. etc. (1774) p. 61, que va 
frapper une troisième application du principe de priorité. Le Digitalis qui est 


SÉANCE DU 10 wat 1861. 277 
^n cause avait été considéré par Jacquin, dans sa Flore de Vienne (1762), 
comme une variété à fleurs jaunes du D. purpurea V. Cette opinion prévalut 
pendant une assez longue période; mais, dans l'année 1772, Jacquin lui- 
même, le distinguant comme espèce, le décrivit, à la page 36 du tome I° de 
son Flora austriaca, sous le nom de D. ochroleuca, et ly fit graver à la 
planche 57. Dans une lettre du 20 février 1773 (1), Jacquin signalait à 
Allioni la plante d'Autriche comme une espéce nouvelle; mais celui-ci, sans 
concevoir le moindre soupcon sur l'identité d'une Digitale de Piémont avec la 
plante de Jacquin, donnait vers la méme époque, à cette méme espèce, le 
titre de grandiflora. 

Antérieur au titre choisi par Allioni, le terme adopté par Jacquin se trouve 
lui-même devancé par un troisième synonyme. C'est au nom illustre de Jean- 
André Murray qu'il appartient de figurer à côté de cette belle Scrofulariacée, 
à laquelle, dés l'année 1770 (à la page 62 du Prodromus designationis 
stirpium gottingensium), le célébre savant imposa le titre spécifique d'am- 
bigua. Appuyé sur la priorité, l'adjectif de Murray ne contient en lui-méme 
rien qui puisse en motiver l'exclusion; c'est une épithète historique qui 
retrace toute une époque de l'existence scientifique du végétal, pendant laquelle 
on douta de la validité de ses titres à la dignité d'espèce, et qui, tout. en 
résolvant la question en faveur de la plante, ménage prudemment les doutes 
primitifs des auteurs qui s'en étaient occupés. 

Je crois ne pas devoir oublier à ce sujet que quelques floristes, copiant une 
première faute d'un auteur célèbre, ont cité pour le Digitalis ochroleuca de 
Jacquin, au lieu du Flora austriaca (4772), la planche 57 du tome I** de 
l'Hortus vindobonensis (1770). L'erreur n'aurait eu en elle-même aucune 
importance, si une telle citation n'eüt fait reculer de deux années l'origine de 
l'espéce ; et à ce compte-là, il v aurait eu une seconde questiou de priorité 
plus difficile à résoudre entre Jacquin et Murray. Heureusement la citation est 
fausse, et contient méme l'affirmation d'un fait contraire au plan de l'ouvrage 
de Jacquin. Le Digitalis ochroleuca est une espèce qui abonde en Autriche, - 
et les plantes d'Autriche furent rigoureusement exclues de P Hortus vindobo- 
nensis. C'est Jacquin lui-même qui l'annonce à Allioni, dans une lettre du 
3 juin 1772 (2), en lui écrivant que son Hortus... meras continet exoticas 
ratione Austrie plantas, austriacam nullam; et d'ailleurs, en ouvrant à la 
planche 57 le tome I** dudit ouvrage, au lieu du Digitalis désiré, on v ren- 
contre l'élégant Campanula carpatica Jacq. ibid. p. 22. 

VI. — La longueur de cet article, l'aridité de tous ces détails et le besoin 
de compléter quelques études comparatives sur un petit nombre d'espéces cri- 
tiques nommées par Allioni, me font un devoir de clore aujourd'hui la série 


(4) Correspondance inédite d'Allioni. 
(2) Ibid. 


278 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


de ces recherches. Mais, avant de prendre congé de mes confrères, je leur 
demanderai la permission de constater l'opportunité d'une dernière rectification, 
au mérite de laquelle Allioni resta complétement étranger. 

On se rappelle le désaccord des floristes touchant le nom à donner au Pri- 
mula veris y acaulis L. Sp. 143, reconnu comme espèce distincte. Lamarck 
choisit en 1778 (7. fr. I, p. 248) celui de P. grandiflora, mais Jacquin, 
dans le courant de la même année, pour conserver une trace plus manifeste de 
l'insigne variété de Linné, nomma la plante Primula acaulis (Misc. austr. F, 
1778, p. 158) (1). Quelques botanistes trés consciencieux et des plus érudits, 
tout en attribuant à l'adjectif adopté par Lamarck les droits d'une antériorité 
qui aurait dà ressortir d'une soigneuse enquéte sur les mois et peut-étre méme 
les jours de publication des deux ouvrages et de laquelle j'avoue humblement 
que j'ignore les preuves, ont paru regretter que l'idée ne fût pas venue au floriste 
français d'adopter le titre préféré par Jacquin. Je respecte leur opinion, mais 
je ne saurais être complétement d'un tel avis; en effet, l'adjectif acaulis, on 
l'a fait observer depuis longtemps, ne peut fournir à une plante qu'un nom 
spécifique des plus malheureux : le nombre des végétaux flétris de ces sortes 
de barbarismes n'est déjà que trop grand dans nos Flores, et, quand un écri- 
vain arrive à pouvoir légalement en soustraire une espèce quelconque, les 
amis du vrai, loin d'en avoir du souci, devraient féliciter du succès l'heureux 
auteur de l'épuration. 

` Si le mot acaulis mérite d'être si malvenu parmi nous, l'adjectif grandi- 
flora, quoique parfaitement orthodoxe, ne fut pas des mieux choisis : heureu- 
sement on aurait dû, depuis longtemps, remplacer les deux épithètes contem- 
poraines par des synonymes qui remontent beaucoup plus haut dans la 
chronologie de l'espèce. 

Un de ces synonymes nous est offert par Scopoli dans son Primula silvestris 
(Fl. earn. ed. 2, 1, 1772, p. 132). Quoique cet auteur ne cite point Linné, 
on ne saurait concevoir aucun doute sur l'authenticité de sa plante : les syno- 

` nymes et la diagnose en sont les garants irrécusables; et d’ailleurs, comment 
pourrait-on hésiter à reconnaître une espèce que Scopoli à courtoisement 
chargée d'annoncer partout le réveil de la nature, et dont il se plaît à chanter 
ce qui suit : « Quand cette fleur paraît, la bergeronnette sautille dans les bois, 
le lézard sort à la lumière, la tipule du dégel oavre ses danses, le théâtre de 
Flore s'épanouit. » ? Je ne cacherai donc point que j'en vins à nourrir pendant 
quelque temps et avec une certaine satisfaction l'espoir de réserver à un bota- 
niste italien le droit de nommer une plante si répandue dans la flore d'Europe ; 


(1) Le nom dont on distingue la variété a-t-il une valeur historique et doit-il être 
conservé dans le cas où l'on élève la variété au rang d'espéce? La question parait avoir 
été résolue négativement par Linné lui-même, qui, dans la seconde édition du Species, 
nomme quelques nouvelles espèces indépendamment du nom qu'elles ‘portaient comme 
variétés dans la première édition de l'ouvrage. 


SÉANCE DU 10 mar 4861, 279 


je rappellerai méme que, dans ce but, et pour compléter mes preuves, j'eus la 
pensée de recourir à un dernier éclaircissement, auquel on attache en général, 
et sous certaines réserves, uie assez grande importance, c'est-à-dire à la 
vérification des espéces authentiques dans l'herbier de leur auteur. J'avais, à 
cet effet, rassemblé, avec le Primula silvestris, un certain nombre de plantes 
à confronter dans l'herbier de Scopoli, lorsqu'en parcourant le précieux recueil 
de la correspondance d'Allioni, je tombai par hasard sur une lettre de Martin 
Vahl (30 avril 1785), dans laquelle le célébre Danois rend à son illustre ami 
le compte ie plus curieux de l'accueil qu'il reçoit des botanistes d'Italie. En 
parlant de Scopoli, alors professeur à Pavie, Vahl écrit de bien sévères périodes, 
dont je ne citerai que le trait qui concerne l'herbier : Jamais, dit-il, j'ai 
vu un collection si en désordre et si mauvaises échantillons, tous presque 
indéterminé ou tres mal, pas un de les nouvelles plantes de Flora carnio- 
lica... Scopoli mourut en 1788, et n'eut certainement ni l'idée ni le temps 
de refaire ou de réorganiser son herbier. ' 

A défaut de cette preuve surabondante, je comptais sur mes autres moyens 
pour plaider la cause du Primula silvestris, et je l'aurais infailliblement 
gagnée sans la brusque intervention d'un synonyme qui se trouvait avoir 
devancé de dix années Je nom imposé par Scopoli. En effet, dans la première 
édition du Flora anglica de Hudson (1762), à la page 70, la variété acaulis 
du Primula veris de Linné est régulièrement détachée du type, et légalement 
élevée au rang d'espéce sous le nom de Primula vulgaris. Rien, dans le 
livre de son auteur, ne manque à la solennelle installation de l'espèce parmi 
ses congénères ; la phrase diagnostique, la citation des synonymes, le témoi- 
gnage des lieux que la plante émaille de son abondante floraison, et jusqu'à 
ce joli nom de Primerose dont les Anglais saluent cette première fille de 
leur printemps, tout concourt à prouver de la manière la plus complète 
l'authenticité d'une espece parfaitement définie. Cependant, malgré l'ensemble 
imposant des renseignements officiels dont Hudson eut soin d'entourer le 
berceau de sa charmante espèce, j'ai dû me demander plusieurs fois pourquoi 
les floristes n'avaient pas cru jusqu'ici devoir adopter un nom jouissant d'une 
telle priorité, On dirait que le hasard a voulu jouer ici un mauvais tour aux 
botanistes; en donnant, si parva licet componere magnis, à wu simple mal- 
entendu, à une légère inattention, l'apparence d'une sorte de rivalité natio- 
nale, En effet, par un piquant rapprochement, on trouve que les floristes 
d'Allemagne, tout en citant le synonyme de l’/talien Scopoli (1772), préfèrent 
le nom choisi par le Viennois Jacquin (1778), tandis que ceux de France, 
qui citent l'Anglais Hudson (1762), s'en tiennent au synonyme du Français 
Lamarck (1778). 


M. A. Gris, vice-secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


280 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


DES CARACTÈRES. PISTILLAIRES DU GENRE RUSCUS, pr MI. D. CLOS. 


(Toulouse, 24 avril 1861.) 

Deux points, dans l'organisation de ce pistil, ont principalement fixé mon 
attention : d’une part, la nature d’une membrane charnue appliquée sur 
l'ovaire ; de l’autre, le nombre des loges de cet organe. 

A. Parois du pistil. — Dès la fin du xvrr° siècle, Aubriet montrait de la 
manière la plus claire que l'ovaire des Ruscus est renfermé dans une sorte 
de gaîne que surmonte le stigmate (in Tournefort, Znstitut. rei herb. tab. 15). 
Bulliard le figure à son tour dans l’ Herbier de la France (Hist. des pl. méd. 
pl. 243) et ajoute « que cet ovaire est renfermé dans une espéce de nectaire 
membraneux et coloré ». En 1786, Lamarck donne au genre Ruscus un ovaire 
supérieur. , enfermé dans le godet (Encyclop. Botaniq. t. TI, p. 526). Enfin 
Linné, dans son Genera, écrit : Stigma obtusum per os nectarii proeminens. 
Après lui, je ne trouve que Gussone (Floræ sicul. synops.), Ach. Richard 
(in Dict. class. d'hist. nat. t. VII, p. 26) (1) et Kunth (Znumer, plant. 
t. V, p. 274) (2) qui aient parlé de ce corps; il est omis par la plupart des 
auteurs, et en particulier par A.-L. de Jussieu, Endlicher, De Candolle, 
MM. Cosson et Germain de Saint-Pierre, Grenier et Godron, Le Maout et 
Spach; et cependant, s'il parait, à un examen superficiel, peu distinct de 
l'ovaire, la plus simple préparation suffit à le dévoiler. 

Mais que devient cette gaine pendant la transition de l'ovaire à l'état de 
péricarpe? Se flétrit-elle dépassée par l'ovaire, ou, suivant cet organe dans son 
accroissement, se soude-t-elle, s'identifie-t-elle avec lui, pour constituer la 
couche la plus extérieure du péricarpe? Cette question, laissée indécise par 
les auteurs, ne peut être étudiée dans nos contrées que sur le Ruscus 
aculeatus, car le pistil du A. Hypoglossum n'y mürit jamais, ne dépasse 
méme pas son premier état. Or, il suffit d'examiner, dans le Fragon épineux, 
des ovaires de la grosseur d’un grain de sénevé ou méme de celle d'un 
pois, pour reconnaitre, entre leur base et les six divisions persistantes du 
périgone, une membrane déchirée, appliquée sur les parois du pistil et prove- 
nant bien évidemment de la gaine. L'analogie semble indiquer que cet urcéole 
enveloppant l'ovaire représente dans les fleurs femelles l'androcée. Toutefois, 


(1) « Dans les fleurs femelles, dit cet auteur, l'urcéole existe aussi, mais il est privé 
d'anthéres. Le pistil est placé dans son intérieur et le dépasse un peu dans sa partie 
supérieure. Cet urcéole a été décrit par Tournefort comme une corolle, ét par Linné sous 
le nom de nectaire » (loc. cit.). 

(2) « Flores feminei : ..... Tubus stamineus ovatus, carnosus, purpureo-violaceus, 


punctulatus, ovarium arcte involvens : limbo constricto, albido-membranaceo, undulato- 
lobulato » (loc. c3.) 


SÉANCE DU 10 war 4864. 281 


je ne sache pas qu'on Tait jamais vu surmonté d'anthéres ou de rudiments 
d'anthéres, et s’il y a quelque hardiesse à le désigner avec Kunth sous le 
nom de fubus stamineus (loc. cit.) ou avec M. Spach sous celui d'andro- 
phore dépourvu d'anthéres, c'est aller, j'imagine, beaucoup trop loin que 
d'accorder, avec M. Kirschleger, aux fleurs femelles des Ruscus : « trois 
filets cohérents en tube dépourva d’anthères et enveloppant l'ovaire », car 
rien ne justifie ce degré de précision. 

B. Structure intérieure de l'ovaire des Ruscus. — Le plus grand désaccord 
règne à cet égard dans les auteurs. Linné, A.-L. de Jussieu et Gærtner omettent 
la structure intérieure de l'ovaire et se bornent à dire, le premier : Bacca 
globosa trilocularis (Genera), le second : Bacca globosa, loculis 2-spermis 
(Genera), le troisième : Bacca supera trilocularis (De Fructibus, etc. t. T, 
p. 60), et leur exemple est suivi par De Candolle (Flore francaise, t. VIT, 
p. 179), par Gussone (Flore siculæ syn. t. TI, p. 638), par Gaudin, un peu 
plus réservé pourtant, car il écrit à propos de ce genre : Bacca subtrilocularis 
(Flora helvet. t. VI, p. 202), et plus récemment par Koch (Synops. flore 
germ. p. 815), par MM. Boreau (Flore du centre, 3° édit. t. IT, p. 616), 
Mathieu (Flore de Belg. t. 1, p. 535), et J. Llovd (Flore de l'ouest, p. ^55); 
ces quatre derniers assignent à ce genre une baie à trois loges dispermes, 
mais Koch emprunte ici ces caractères à Nees d'Esenbeck. Endlicher croit 
être plus précis en établissant une distinction entre la structure de l'ovaire et 
celle du fruit. On lit dans son Genera, sous le n? 1188 : Ovarium triloculare ; 
ovula in loculis gemina, collateralia, amphitropa... Bacca globosa, abortu 
unilocularis, submonosperma ; et, aux yeux de cet auteur, le Danaë Medic. 
n'est qu'un sous-genre du Ruscus. Plus récemment MM. Le Maout (Leçons 
élém. de bot. 4'* édit. p. 521), Guibourt (Hist. nat. des drogues, h° édit. 
t. II, p. 172). Cosson et Germain de Saint-Pierre (Flore des envir. de Paris, 
Are édit. p. 539), Spach (Végét. phanérog. t. XII, p. 222), Grenier et 
Godron (Flore de France, t. IH, p. 233), et Duchartre (Manuel génér. des 
plantes, t. IV, p. 726) donnent aussi à l'ovaire du Ruscus (genre dont 
MM. Spach et Duchartre séparent le Danaë), trois loges I caractere 
également assigné par ce dernier savant au genre Danaë. 

Au contraire Kunth décrit ainsi l'ovaire du genre Ruscus (groupe dont il 
exclut les genres Danaë et Semele): « Ovarium... uniloculare, biovulatam.. 
(Enumer. plant. t. V, p. 273), et ce caractère est reproduit par Ach. Richard 
(Élém. d'hist. nat. médic. h“ édit. t. II, p. 14). D’après Kunth, le Ruscus 
aculeatus L. et le R. Hypoglossum L. ont l'un et l'autre cette organisation 
pistillaire; seulement, dans la première de ces espèces, les deux ovules sont 
collatéraux, adnés à la paroi correspondant au sillon de la loge, et dans la 
seconde, les ovules sont superposés. Cet auteur fait en outre remarquer que 
Nees d'Esenbeck a décrit l'ovaire du À. aculeatus comme triloculaire, et que 
De Candolle assigne à cette espèce une baie 2-3-sperme (loc. cif. p. 274 et 


282 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


275) (1), Ajoutons que M. Lindley assigne aux Liliacées (famille à laquelle 
il rapporte le genre Ruscus) un ovaire libre, 3-loculaire, pluri-ovulé et un 
fruit à trois loges (The veget. Kingd. p. 200). Rien n'est plus faux que ce 
caractère appliqué au genre Ruscus, 

On le voit, un des points les plus importants de la structure de ces plantes, 
si répandues pourtant dans nos campagnes et dans nos jardins d'agrément, est 
encore à l'état d'énigme, et c'est probablement le motif qui a déterminé l'au- 
teur d'un de nos meilleurs ouvrages descriptifs, M. Kirschleger, à omettre 
entièrement le caractère. de la structure intérieure de l'ovaire (voy. Flore 
d'Alsace, t. Il, p. 168). | 

Il est cependant bien facile de se convaincre que l'ovaire des Ruscus Hypo- 
glossum L.. et aculeatus L. est constamment uniloculaire, et qu'il est inexact 
de rapporter à un avortement, comme le fait Endlicher (/oc. cit.), la loge 
unique de leur baie. En effet, une coupe longitudinale de l'oyaire de la pre- 
mière espèce citée montre, avec une seule loge, deux ovules portés sur la 
paroi, superposés, presque horizontaux, exactement anatropes, avec le micro- 
pyle tourné vers le bas de la loge et un court funicule ; dans la seconde espéce, 
la seule loge de l'ovaire renferme tantôt deux ovules basilaires, dressés, ana- 
tropes et à raphés contigus, tantôt un seul ovule fixé à l'un des points de jonc- 
tion des parois avec la base de la cavité ovarienne. 

Tout autre est l'organisation du Danaë racemosa Mœnch (Ruscus race- 
mosus L.), Ici tous les ovaires m'ont présenté-trois loges bi-ovulées, les ovules 
anatropes étant portés sur de courts funicules, et collatéralement à l'angle 
interne des loges. Ce caractère, joint à celui des cladodes stériles, suffit à 
valider l'établissement du genre Dunaë, 

Dans ces trois sortes de plantes, le fruit reproduit souvent la structure de 
l'ovaire. Ainsi, avec une seule loge au péricarpe, on trouve chez le A. Hypo- 
glossum, tantôt une seule graine, tantôt deux graines superposées (2), et chez 
le R. aculeatus une seule graine ou deux graines dressées et se comprimant 
mutuellement par leur face interne, Mais le fruit du Danaë varie quant au 
nombre des loges et des graines, Lamarck assigne deux ou trois. semences au 
fruit du Ruscus aculeatus (loc, eit.); je n'y en ai jamais trouvé. qu'une ou 
deux. C'est donc à tort aussi que Kunth dit, dans la description du genre 
Ruseus : Bacca... monosperma (loc. cit, p. 27A). 

La plupart des ovaires du Ruscus aculeatus se flétrissant après l'épanouis- 
sement de la fleur, pour tomber avec elle, je n’ai pu suiyre le développement 


(1) A une époque antérieure, en 1842, Kunth, dans son important travail sur le 
groupe naturel des Liliacées, déclarait n’avoir pu voir ni les fleurs ni le fruit des Ruscus 
Hypoglossum et Hypophyllum, et n'admettait qu'un seul earpelle à l'ovaire du Ruscus 
aculeatus : auf ein einziges Karpidium beschrænkt, (Voir le tome XXIX des Mémoires 
de l’Académie des sciences de Berlin, p. 46 et 47.) 

(2) Ce dont j'ai pu me convaincre par l'examen des fruits d'échantillons provenant de 
Saint-Georges prés Venise, et appartenant à l'herbier de M. Timbal-Lagrave, 


SÉANCE DU 10 mar 18614. 283 


de l'ovule à son passage à l'état de graine. Les fruits (baies ou drupes) (1) ont 
le péricarpe peu distinct du testa, bien que l’ablation du premier permette de 
reconnaître autour de l'albumen une pellicule jaunâtre représentant le tégu - 
ment. La graine est presque sphérique, avec une grande impression cireu- 
laire (chalaze) dans les fruits monospermes, aplatie à sa face interne et à 
impression semi-lunaire dans les fruits à deux semences; dans ce dernier cas, 
les raphés sont contigus et interposés entre celles-ci, L'albumen, trés développé, 
dur et corné, offre vers sa base uu petit corps cylindro-conique dans ses deux 
tiers supérieurs (cotylédon et gemmule), un peu étranglé au-dessus de sa 
base, qui n'est séparée du hile que par une couche mince de périsperme. 
Get embryon, qui se détache par sa belle couleur blanche, est intraire et 
axile, mesurant à peu près en longueur la moitié du diamètre longitudinal de 
la graine. Je constate les mêmes caractères dans un fruit monosperme de 
R. Hypoglossum, que je dois à l'obligeance de M, Timbal-Lagrave; seulement 
la graine s'y montre parfaitement sphérique, et l'embryon, qui occupe la 
méme position dans l'albumen que celui du X. aculeatus; en. diffère par 
une moindre longueur. La forme et la grosseur du fruit sont semblables ; 
mais un de ces fruits disperme, au lieu d'étre globuleux, est ovoide-globu- 
leux et étranglé (sur le sec) dans son milieu au point de séparation des deux 
graines ; la structure de ce fruit est restée inconnue à la plupart des auteurs 
descriptifs. i 

J'ai cru inutile de tracer ici la diagnose latine du genre Ruscus, car celle 
qu'on doit à Kunth est assez détaillée et m'a paru fort exacte en ce qui con- 
cerne les caractéres du pistil, à l'exception de deux points; cet auteur écrit : 
« Ovula duo, ad parietem loculi sulco respondentem immediate affixa et secun- 
dum totam longitudinem adnata, collateralia,... uno duplo majore... Bacca... 
monosperma (/oc. cit.). » Or, s'il y a toujours deux ovules dans le 2. Hypo: 
glossum, il n'y en a souvent qu'un seul dans le À, aculeatus; dans la première 
de ces espèces, les ovules sont superposés et fixés en effet sur un. point des 
parois; mais dans la deuxième, ils sont collatéraux et dressés; dans l'une, ils 
sont trés souyent inégaux, mais parfois aussi égaux (ce que prouvent certains 
fruits dispermes), dans l'autre, presque aussi souvent égaux qu'inégaux. Enfin, 
j'ai déjà fait remarquer que ce fruit était 1-2-sperme, Toutefois ces caractères 
ne s'appliquent qu'aux deux espéces citées, car je n'ai pu étudier, faute de 
matériaux, ni le R. Æypophyllum L., (dont le R. Hypoglossum V. n'est 
peut-être, d’après Lamarck, qu'une variété), ni deux autres espèces douteuses 


(4) Le fruit des Ruscus me semble tenir le milieu entre la drupe et la baie. Celui des 
Ruscus aculeatus et Hypoglossum se rapproche beaucoup de la drupe (apocarpée), dont 
il differe cependant. par l'absence de noyau, bien que la dureté de l'albumen compense 
en partie ce caractère. — Celui du Danaë, a partenant au groupe des syncarpés, diffère 
à ce titre, et aussi par le manque de noyau, de la drupe, et ne peut guère être rapporté 
à la baie qu'à la condition d'accorder à ce dernier terme une extension considérable. 


28^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


(species valde dubiæ de Kunth), le R. volubilis Thunb. et le R. reticulatus 
'Thunb. 

Les détails qui précèdent permettent de rapporter à deux causes l'erreur, si 
souvent reproduite, touchant la structure interne de l'ovaire dans le genre 
Ruscus : 

4° A ce que les auteurs les plus accrédités et les premiers dans l'ordre des 
dates (Linné, A.-L. de Jussieu, Gartner, Endlicher, etc.) l'ont tous commise; 

2 A ce qu'on s'est fréquemment borné à l'analyse du Danaë (Ruscus 
racemosus L.), et que l'on a supposé la méme structure ovarienne aux Ruscus 
aculeatus L. et Hypoglossum L. 

Une autre question fort importante, mais pour la solution de laquelle je ne 
posséde pas de documents suffisants, est celle de savoir si la cavité unique des 
Ruscus aculeatus et Hypoglossum est circonscrite par une seule feuille car- 
pellaire: (comme l'a écrit Kunth) ou par trois carpelles. Le nombre toujours 
lixe et la position constante des ovules me font pencher en faveur de l'opinion 
émise par ce botaniste. y 

Enfin tous les auteurs que je puis consulter disent les Ruscus dioiques ; et, 
en effet, sur les échantillons des deux espéces cultivées au Jardin-des-plantes 
de Toulouse, je n'ai jamais pu voir que des fleurs femelles. Celles-ci tombent 
constamment sans donner de fruit chez le R. Hypoglossum L., laissent 
quelquefois l'ovaire passer à l'état de fruit chez le R. aculeatus L. Y aurait-il, 
dans ce cas, parthénogénèse, car la graine renferme toujours un embryon par- 
faitement conformé? Ou v a-t-il fécondation, soit à l'aide d'un pollen porté de 
loin, soit à l'aide dé quelques rares fleurs máles mélées aux femelles, soit 
enfin par des anthères accidentellement développées dans ces fleurs? C'est ce 
que je ne puis décider; mais je n'ai jamais pu voir ni ces anthéres, ni ces 
fleurs mâles sur des pieds femelles. 

A quelle famille appartient le genre qui nous occupe? Si l'on admet, avec 
M. K. Mueller, que les caracteres de l'ovaire et du fruit doivent déterminer 
surtout la famille, on sera peu disposé, je peuse, à suivre l'exemple de 
M. Lindley et à comprendre le Ruscus dans les Liliacées. Si l'on veut con- 
server à ce groupe naturel un de ses caractères les plus essentiels (caractère 
que lui assigne le savant taxonomiste anglais lui-méme). l'existence d'un 
ovaire :triloculaire polysperme, les Ruscus, par leur ovaire constamment 
uniloculaire, doivent étre exclus de la famille. 

Faut-il les rapporter aux Sinilacinées ou aux Asparaginées ? 

La distinction de ces deux familles, la première établie par R. Brown 
(Prodr. p. 148), la deuxième par Kunth (in Act. Acad. berol. 18^2, 
p. 26), et admises l'une et l'autre par ce dernier savant (Enum: plant. t. V; 
p. 1 et 114), m'a toujours paru peu naturelle, et le genre Ruscus me semble 
plaider encore en faveur de cette opinion. En effet, convient-il, avec la plupart 
des auteurs, de donner aux Asparaginées un stigmate simple ou trilobé, une 


SÉANCE DU 10 mar 1861. 285 


baie à graine noire, et aux Smilacinées un style trifide, une baie. à graine 
jamais noire ? Mais le Ruscus, par sa graine blanchâtre appartient aux Smila- 
cinées, et par son style simple, son stigmate entier (R. Hypoglossum L.) ou 
à peine lobé (A. aculeatus L.), aux Asparaginées. Et d'ailleurs doit-il donc 
suffire désormais, pour l'établissement d'un caractère sérieux et distinctif de 
famille, d'un peu plus ou d'un peu moins de profondeur dans les divisions du 
style, alors surtout que rien dans le port ou dans les caracteres de végétation 
ne justifie cette séparation, alors que les Myrsiphyllum et les Eustrephus, 
assignés par Kunth aux Asparaginées, ont tant de rapports de facies avec les 
Ruscus, Danaë, Semele, genres attribués par lui aux Smilacinées? Kunth 
lui-même semble avoir reconnu tacitement le peu de valeur du. caractere tiré 
dans ce cas du style ou des stigmates, car, en établissant sa famille des Aspa- 
raginées, il se borne à dire qu'elle diffère des Smilacinées par son testa noir, 
crustacé (de nature corticale), des Asphodélées par son fruit bacciforme (1). 
Quant à la couleur de la graine, Bernhardi a montré depuis longtemps le peu 
de valeur de ce caractère dans les Liliacées, car, s'il était pris en considération, 
il forcerait à éloigner l'un de l'autre des genres trés voisins, et, ce qui es 

encore plus grave, à scinder des genres très naturels (Scillu, Anthericum, 
Leucoium, in Annal. des sc. nat. 2° sér. t. XVIII, p.. 304). 

Cet auteur, après avoir blàmé la réunion du genre Ruscus aux Smilacées 
(lbid. p. 303) conclut ainsi, p. 305 : « R. Brown a cru pouvoir séparer ses 
Smilacées des Asphodélées par le test membraneux, ni noir, ni crustacé ; 
mais nous avons vu déjà plus haut que ce caractère ne saurait être conservé. 
On peut tout aussi peu considérer le fruit en baie comme un caractere dis- 
tinctif pour l'établissement d’une famille, et cette opinion a été rejetée par 
R. Brown lui-même et par d'autres botanistes. Les caractères proposés par 
d'autres, pour séparer les Smilacées, peuvent d'áutant plus être passés sous 
silence que ceux mémes qui les ont établis ont émis des doutes sur leur valeur. » 

Si, en vue des considérations qui précédent, on réunit en une seule famille 
les Asparaginées et les Smilacinées, opinion qui a recu l'assentiment de 
M. Alph. De Candolle (/n£rod. à La bot. t. IT; p..213), de Desvaux (7raité de 
bot. p. 669), de M. Le Maout (Atlas de bot. p. 211), d'Ach. Richard (Elém. 
d' hist. nat. méd.t. M, p. 132), de M. Spach (Plant. phanér. t. XH, p. 208), 
de MM. Grenier et Godron (Flore de France, t. VI, p. 227), d'Adrien de 
Jussieu (art. TAXONOMWIE du Dict. univ. d'hist. nat.), etc., quelle place y 
occupera le Ruscus? Kunth a établi, dans sa famille des Smilacinées, sous le 
nom de Zuscee, une quatrième tribu comprenant les Zuscus de Linné, 


(1) «Ich glaube diese Gruppe annehmen zu muessen, gebe ihr aber die Bedeutung 
einer Familie, welche zwischen die Aspholeleen, in der von mir festgestellten, etwas 
engern Begrenzung, und die Brownschen Smilaceen zu stehen kommt, uud sich von 
diesen durch die schwarze, rinderartige Testa, von jenen durch. die Beerenfrucht leicht 
unterscheiden læsst..» (in Abhandl, der. Akad. der Wissensch. zu Berlin, 1842, p. 26.) 


286 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


aujourd'hui divisés en trois genres : Ruscus, Danaë; Semele. Ml me semble 
qu'elle devrait être réduite au genre Ruscus (sorte de genre dégradé), et qu'elle 
. Serait suffisamment caractérisée par son ovaire toujours uniloculaire. Quant 
aux deux autres genres, ne serait-il pas mieux de les rapprocher du Myrsi- 
phyllum, de V Eustrephus et du Geitonoplesium, et d'en former un groupe 
particulier précédant immédiatement celui des Ruscées, le genre Ruscus 
devant à l’anomalie de son ovaire de clore la fatnille? 

On dira peut-étre, en faveur de la disposition adoptée par Kunth, que les 
deux genres ( Danaë; Semele) démembrés du genre linnéen Æuscus ont 
comuie lui des c/adodes (1). Mais les Myrsiphyllum (rapportés par cet auteur 
aux Asparaginéés) n'ont pas moins de cladodes stériles que le Danaë (Ruscus 
racemosus L.); et bien que le Semele (Ruscus androgynus L.) ait comme les 
vrais Ruscus des cladodes fertiles, il est trop voisin, d’après Kunth (Enum. 
t, V, p. 277), du Danaë pour en être éloigné. 

Ainsi placés, les Ruscus serviraient de transition aux Lapagériées ou Philé- 
siées dont l'ovaire est aussi uniloculaire. 

Il conviendra aussi de modifier le caractère général de là famille des Aspa- 
raginées ou Smilacinées, et de ne plus lui accorder soit un ovaire 3-loculaire 
(Alph. De Candolle, luc, cit. p. 213), soit un ovaire d 3 ou plus rarement à 2-h 
loges (Grenier et Godron, loc. eit. p. 227), soit un ovaire 3-loculaire (parfois 
2 ou h-loculaire), ou par avortement A-loculaire (Spach, loc. cit. p. 209), 
mais bien un ovaire dont le nombre des loges varie de 1 à ^, indépendamment 
de toute trace d'avortement. 


M. Cosson dit que M. Germain de Saint-Pierre et lui ont décrit, 
dans la nouvelle édition du Synopsis de /a Flore des environs de 
Paris (1859), l'ovaire des Ruseus comme uniloculaire, rectifiant 


ainsi l'erreur sur laquelle M. Clos vient d'appeler l'attention des 
botanistes. 


M. Duchartre donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre qui 
lui a été adressée par M. Delavaud : 


LETTRE DE M. €. DELAVAUD A M. DUCHARTRE, 


Rochefort, & mai 4864. 
Monsieur, 
J'étais sur le point de vous envoyer, accompagnées d'une courte note, 
diverses germinations anomales spontanées d'Érable-Sycomore à cotylédons 


(1) C'est-à-dire des raméaux foliiformes. J'ai cherché à montrer, à l'exemple de Kuntli, 
qu'il y avait lieu d'admettre le mot cladode en botanique (voir mon mémoire intitulé : 
Cladodes et axes ailés in Mém. de V Acad. des sc. de Toulouse, 5° sét, t. V, p. 71-101). 


71 


SÉANCE bu 10 mar 1861. 987 


plus ou moins profondément partagés, et à feuilles primordiales multipliées, 
lorsque leur fréquence même m'a fait penser qu'elles devaient avoir été signa- 
lées déjà, et que j'ai été naturellement conduit à me rappeler vôtre mémoire 
sur les embryons dits polycotylés. Or, au commencement de ce travail, le 
premier exemple que vous citez est précisément celui du Sycomore. Je mé 
bornerai donc à dire, relativement à la multiplication des feuilles primordiales, 
qu'elle s'est montrée beaucoup plus rare que les partitions cotylédonaires; ces 
feuilles sont tantôt au nombre de trois, dont deux soudées partiellement par 
leurs pétioles, ou toutes libres, tantót au nombre de quatre, à pétioles sotidés 
deux à deux. Chacun des limbes étant parfait, il y a bien ici, selon les défini- 
tions habituelles, multiplication et non simple partition ou disjonction. D'ail- 
leurs, la soudure, ou mieux, si l'on veut, la séparation incomplète des pétioles, 
et la correspondance constante que j'ai observée, quant au nombre des parties, 
des feuilles primordiales multipliées avec les cotylédons partagés profondé- 
ment, établissent une liaison manifeste entre les deux ordres de phénomènes. 
Ils se confondent presque si l'on rapporte leur origine aux faisceaux vasculaires, 

Vous trouverez ci-inclus deux échantillons, l’un à trois feuilles primor- 
diales avec trois cotylédons, l'autre à quatre feuilles primordiales et à quatre 
cotylédons. | 

Je vous transmets, Monsieur, par la méme occasion, l'observation d'une 
anomalie dans la Tulipe-des-jardins (Tulipa Gesneriana). J'avais remarqué, 
l'année dernière, dans un endroit où sont plantées quatre ou cinq Tulipes 
qu'on a laissées en place, que l'une d'elles offrait cinq divisions à son 
périanthe, avec cinq étamines. Étant retourné cette année au méme lieu, 
l'une des Tulipes m'a offert la méme disposition. Je regrette de n'avoir pas 
marqué le premier pied ; ines souvenirs néanmoins (je dois l'avouer, bien que 
cette circonstance fasse perdre à l'observation la majeure partie de som inté- 
rét) me portent à croire que ce n'était pas le méme et qu'il occupait une autre 
place : aujourd'hui ses fleurs sont normales. 

Le diagramme semble montrer dans les deux cas la disposition quincon- 
ciale ; dextrorse dans le premier, le quinconce est sinistrorse dans le secónd. 
Cette disposition est devenue telle, à la suite de l'avortement d'un pétale exté- 
rieur, correspondant à l'un des angles de l'ovaire où à l'un des Carpelles, et 
de l'étamine dela rangée externe qui lui est opposée. Dans les deux mons- | 
truosités, les stigmates, ordinairement droits, sont contournés irréguliérement. 

Ces exemples rappellent la transition, déjà signalée dans certaines plantes, 
la Ficaire par exemple, dela symétrie ternaire au cycle quinconcial Comme 
il s'agit ici d'une Monocotylédone, dont le type semble passer au type habituel 
des Dicotylédones, on serait tenté d'attribuer au phénomène üne certaine 
itnportance, si la relation des parties, semblable à celle du quinconce, n'était 
une conséquence forcée de l'avortement d'une pièce du périanthe. En effet, 
les deux segments internes, contigus à celui de la rangée extérieure qui à avorté, 


288 SOCIÉTÉ : BOTANIQUE. DE. FRANCE. 


se rapprochent. et s'entrecroisent à leurs points d'insertion : or, selon que le 
croisement de l’une de ces divisions.a lieu en dessus ou en dessous de l'autre, 
le sens du faux quinconce est différent, mais en réalité il n'y a pas là de spi- 
rale.. La conséquence serait la méme si l'avortement portait sur la rangée 
intérieure. Lorsque, dans un verticille ternaire, deux pièces se. dédoublent, 
la troisieme doit occuper un espace moindre ; elle croise alors d'un cóté l'une 
des piéces voisines primitives, et la relation des parties est ainsi devenue, 
comme précédemment, la même que dans le quinconce. D’après cela, la tran- 
sition de la symétrie ternaire à la symétrie quinconciale ne concerne que cette 
position relative des appendices et non leur ordre de superposition : il n'y a 
pas là véritablement passage de la disposition en cercle à celle en spirale. 


A la suite de cette lecture, MM. Brongniart, Chatin, Duchartre et 
de Schœnefeld rappellent qu'on voit très fréquemment chez les 
Tulipes les feuilles supérieures passer, partiellemennt ou.en totalité, 
à l'état de pétales; l'insertion de ces feuilles est alors trés oblique. 
La coloration pétaloide des sépales se rencontre aussi assez souvent 
chez d'autres plantes, notamment chez les Ranunculus etles Pæonia. 

M. de Schœnefeld annonce que M. Du Parquet a découvert, en 
septembre 1860, Erica Tetraliz var. anandra (4) , dans les bois 
tourbeux de Gurey, entre Nangis et Donnemarie (Seine-et-Marne), où 
cette plante croit avec le Drosera longifolia et d'autres espéces 
Sphagnicoles qui deviennent de plus en plus rares dans la flore 
parisienne par suite du desséchement des étangs. 


M.. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la. note 
suivante, adressée à la Société : 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE AUX XIVe, XV* ET XVI SIÈCLES; 
var MI. le baron DE MÉLICOCQ. 
(Raismes, 6 mai 1864.) 


Dès le xiv* siècle et, sans. doute, fort longtemps auparavant, les paysans 
du. nord de la France savaient que le chanvre est une plante dioique, et 


(1) Cette curieuse variété, ou plutót cette monstruosité persistante, est caractérisée, 
comme on le sait, par un avortement complet des étamines et par un état plus ou moins 
rudimentaire.de la corolle. La seule localité où elle fût connue jusqu'ici était. un ma- 
récage tourbeux (à Sphagnum) situé dans la forêt de Montmorency (Seine-et-Oise), à peu 
de distance du Château-de-la-Chas-e. Elle y persiste depuis plus de deux siécles, car 
Cornuti en parle déjà dans son Enchiridion. (1635), en la désignant par ces mots : flosculis 
herbaceis. Je l'ai vainement cherchée dans les landes de Saint-Léger et. dans plusieurs 
autres localités des environs de Paris vù l'Erica Tetralix normal croit en abondance. Je 
ne sache pas non plùs qu'ou Pait jamais trouvée dans d'autres régions de la France ni 
dans d'autres contrées de l'Europe. (Note de M. de Schonefeld.) . 


Te 


SÉANGE DU 10. Mar 1861. 289 


lorsque notre immortel Rabelais nous dit: « En, ceste herbe (1) y ha masle, 
» qui ne porte fleur aulcune, mais abunde en semence, et femelle, qui foisonne 
». en petites fleurs b'anchastres, inutiles, et ne porte semence qui vaille » (2), 
il ne faisait que répéter ce que les échevins de Béthune avaient dit dès les. 
XIV* et Xv* siècles dans leurs ordonnances. 

. Nous lisons, en effet, daus celle qui fut publiée en 1358 : « que. nulz, ne 
» nulle ne merche bouquet avec fumelle; » et, dans une autre du siécle 
suivant : « que nulz, ne nulle ne merche mattin, aveuc fumelle (3), :sur 
IH S. » 

De son cóté, le frére comptable de l'abbaye de Saint- Bertin mentionne 
(1497) une corde de fine quenve de fumelle, à IX G. la livre, pour warloquier 

(lever) les tonneaux de vin. . 

Bien que Rabelais ait: avancé que le chanvre était une herbe nouvelle, et 
que le célèbre G. Naudé nous déclare (4) que, du temps de €liarles VIT, le 
linge fait de chanvre était fort rare, ajoutant qu'il n'y avait que la reine qui en 
eüt deux chemises, les chartes, les comptes et les inventaires viennent consta- 
ter que cette plante précieuse était cultivée en France depuis un pe immé- 
morial. 

Ainsi, eu 1240, nous voyons figurer parmi les droits . de Nare Do de 
Paris (apud Bounoil) minutam decimam agnorum, anserum et canabi (5). 

En 1246, on mentionne le chanvre de Lombardie et de Bourgogne (6). 

Dans son exposition du chap. xxvi de la Cité de Dieu de saint Augustin, 
Raoul de Presles, en parlant de la résurrection générale, dit: « et ceulx quy 
auront édiffié busches, foing, et estouppes et chavnene. » 

Enfin, sur une charte de l'église de Saint- Barthélemi de Béthune (1371), 
on lit: Vera bulla apostolica fil. canapis, more romane curie bullata. 

Il est méme certain que l'on savait, dès le xiv^ siècle, que le chanvre était 
nuisible au poisson, puisqu'une ordonnance pobliée dans le Hainaut en 1595, 
condamne à une amende de Lx s. celui qui pesquete de rispe, ou. de cavene, 
aussi bien que celui qu peskece de vive amorsse, ou qui feit acquement, ef le 


harnas pierdut. 


De son côté, Schmidt (7) nous appr rend qu'au xn siecle les toiles de lin fei- 


(1) Son fameux pantagruelion. 

(2) Pantagruel, liv, Iff, chap. XLIX, Le savant b usu de Rabelais, l'illustre bibliophile 
Jacob (M. Paul Lacroix) ajoute en note : « Rabelais reconnaissait les deux sexes chez les 
plantes ; mais il suit ici l'opinion vulgaire en prenant pour le mâle la femelle qui porte la 
graine (p. 305, note 10, éd. Charpentier, 1852). 

(3) Les paysans des environs de Vervins (Aisne) nomment bicque et ^ouc les tiges de 
bai qui portent des fleurs mâles et femelles. Nous savons que le chanvre n'est plus 
cultivé aujourd'hui auprès de Béthune. 

(4) Naudæana, p. 10. 

(5) Cart de N.-D. de Paris, éd. Guérard, t. I, p. 455. 

(6) Champollion-Figeac, Mélang., t. II, p. 57-62, texte des Gocuments. 

(1) Geschichte der Teutschen, t. HM, p. 110-111. . 


T uu 19 


* 


9200 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


saient déjà l’objet d’un commerce important en Allemagne, et que la culture 
du chanvre dans le siècle suivant dut encore augmenter. 

Ainsi la culture de deux plantes modifia si complétement les usages des 
nations, que le savant Arbuthnot (1) a pu faire observer avec raison qu'Au- 
guste ne possédait pas de chemise, tandis que le célèbre Adam Smith nous dit : 
« Une chemise de toile n'est pas, à parler strictement, une chose nécessaire 
» à la vie. Quoique les Grecs et les Romains n'en portassent point, ils ne lais- 
» soient pas de vivre, je suppose, avec plus d'aisance. Mais, à présent, dans 
» la plus grande partie de l'Europe, un honnête journalier seroit honteux de 
» paroitre en public sans une chemise de toile, faute de laquelle on ne man- 
» queroit pas de le regarder comme tombé dans cette pauvreté ignaminieuse, 
» que l'on présume toujours étre l'effet de la plus mauvaise conduite (2). » 

Un moraliste du xv° siècle va nous dire « que les Bédouins jamais ne 
» vont armez irla bataille, mais seulement en leurs chemises, ayans leurs testes 
» entortilliées de ceuvrechies de femmes. 1ls bataillent assez hardiement de 
» lances et d'espées, et combien que bientost vlz soient tournez en fuite, 
» toutes fois ylz réputent les Sarrasins et autres gens, usans de trait ou de 
» dars, pour paoureux et crémeteux, disans qu'ilz n'osent approchier main à 
» main. — Ylz portent en leurs testes chapeaux rouges, et habitans en leurs 
» tentes ylz sont vestus de peaux de brebis et de chièvres (3). » 

Un autre moraliste de cette époque nous dit : « Les secondes causez peuent 
» deffaillir, mais non la premiere : si comme souvent desfault semence de 
» pere et de mére d'engenrer ung enfant parfait, et les plantes entées ne 
» relievent pas tout jours (4). » Et plus loin : « Regardés yci comment nature 
» est plus parfaicte ouvrière que ne soit art, car elle fait de semence non 
» vivante choze vivante par génération, és arbres, bestes, poissons, oiseaulz et 
» hommes; és arbres et grains par semence ; ès plantes et aultres vivans par 
a semence de masle et de fumelle enssamble (5). » X 

A l'en croire « une plante de poirier entée en 1 pommier, font 1 seul arbre 
» de 11 natures diverses » (6); tandis qu'un auteur du xvi* siècle nous . 
déclare que « la diversité des fruits d'un arbre, où il y a diverses graffes, fait 
» grande beaultei (7). » 


(1) Table des anciens coins, etc., p, 153. 

(2) De la richesse des nations, t. Il. liv. v, chap. 2, p. 394, éd. de 1788. Deux épi- 
grammes, l'une de Catulle, l'autre de Martial, nous porteraient à croire que les serviettes 
ne furent aussi introduites que fort tard chez les Romains, car elles nous font connaitre 
que chaque convive apportait son linge, le maitre de maison fournissant seulement les 
nappes. 

(3) La forteresse de la foy, ms. n? 234 de la Bibl. de Valenciennes, fol. 387, r^ 
et v^. : 

(4) Traité de l'amour divin, ms. 291, ibid., fol. Lv, r°, 

(5) lbid., fol. um xix, v?. 

(6) Ibid., fol. exii, r^, 

(7) Fol. 115, r° et v^." 


SÉANCE DU 40 mar 1861. 291 


De son côté, l'auteur de la Forteresse de la foy nous dit: « Les vingnes 
» et arbres sont circoncis, affin qu'ilz fructifient mieulx et se on ne 
»'décoppoit les choses qui en eulx sont superflus, ylz ne fructiferoient 
» point (1). » r 

Empruntois encore au ins. n° 291 cette curieuse traduction des v. 37 et 
suiv. du ch. xxx de la Genèse : 

« Jacob mist au canel et bacquet, plain de yaue, où buvoient les brebis, ou 
» mois de leur conception, verges verdes de pouplier et d'amandes escor- 
» chées par tâches, pour varier et faire apparoir és bacquetz les couleurs de 
» blancq et de vert, et, à ceste cause, les brebis concevoient agneaulx de 
» diverses couleurs (2). » 

L'auteur de la Forteresse de la foy va encore nous dire : « que le fruit est 
» muchié en l'arbre devant ce qu'il fourisse (3). » 

Si maintenant nous consultons deux moralistes du xvi^ siècle, le premier 
nous déclarera que « les boutons, quand une froidure vient, ne sont point 
» sylos corompus que seroient les fleurs (4) ; » tandis que le second nous fera 
observer que « les castaignes, aussi longuement qu’elles demeurent en l'es- 
» corse, le noyel se nourrist; mais, après que l'escorse est keute, le noyel se 
» pourryt (5). » 


M. T. Puel fait à la Société la communication suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA: FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par M. 'F. PUEL (suite). 


9. Sisymbrium polyeeratium L. Sp, ed. 1, p. 658 (1753), et ed. 2, p. 918 

(1763); Puel! Cat. du Lot, n° 956, p. 152 (1848). 

Mont-Viguier à Figeac. — Bords des chemins. — Terrain calcaire (trias). 
— Alt. 225 m. — Tiges jeunes et feuilles 30 mai; fl. 25 juin; fr. 12 août 
1859. — Récolté par M. L. Pucl. 

Cette espèce est si bien caractérisée que sa synonymie n'a jamais donné 
lieu à aucune confusion ; elle est restée dans le genre Sisymbrium, où l'a 
placée Linné, malgré les efforts tentés en 1822 par Wallroth (Sched. crit, 
p. 371), pour faire adopter le genre Chamæplium qui renfermait, outre le 
S. polyceratium, deux autres espèces, les S. officinale Scop. (Erysimum 


(1) Ms. cit., fol, 133, v^. 

(2) Fol. u* xxi, r^. 

(3) Fol. 139, r^. 

(4) Ms. n° 220, fol. 136, v^. — De nos jours, l'illustre Herder a dit: « Tant que la 
jeune plante n'a point produit de fleurs, clle peut résister au froid de l'hiver ; mais celle 
qui. est précoce à fleurir est la plus précoce à mourir. » (Idées sur la philosophie de l'his- 
loire de l'humanité, trad. Éd. Quinet, t. I, liv. n, chap. 2, p. 71.) 

(5) Ms. n° 222, fol. 166, v*. 


* 
209 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


officina'e V.) et S. supinum L. (Braya supina Koch). Je n'aurai donc a 
m'occuper que de la distribution géographique du S. polyceratium. Son 
centre de végétation paraît être là région méditerranéenne, car il s'étend pour 
ainsi dire sans interruption dans l'Europe méridionale, depuis la Grèce et les 
iles de l' Archipel jusqu'en Espagne et en Portugal : on le retrouve également 
en Crimée et en Algérie. En France, il est commun dans la région des Oli- 
viers, de Nice à Perpignan, c'est-à-dire dans les limites de la flore du Rhône, 
et on le retrouve aussi dans plusieurs départements du sud-ouest. Coinme ces 
dernières localités sont les moins connues, puisque M. Alph. De Candolle dit, 
dans son bel ouvrage sur la géographie botanique (t. IJ, p. 651 et 699), que 
le S. polyceratium mangue dans la France occidentale, je vais donner ici 
toutes les indications qu'il m'a été possible de recueillir sur la distribution de 
cette espèce dans le bassin de la Gironde. 

FLORE DE LA GIRONDE. — Z'ARN : Boissezon, arr. de Castres (Downen- 
jou). TARN-ET-GAR. : Montauban (Gaterau) ; Moissac! Lagrèze-Fossat in h. 
Puel) ; Montaigu ! (Bouysson in h. Puel) ; Caylux! (7. Puel herb.). Lor: 
Cahors! (Du Molin, etc. in Puel Cat.); Saint-Géry! (E. de Valon in b. 
Puel); environs de Figeac, au Mont-Viguier!, à Clairou ! (7. Pue/ herb.), 
à Mandens ! (L. Puel in h. T. Puel). £or-ET-GaR. : Agen! Fumel! (Chau- 
bard in b. Puel); Condat, Monsempron (Saint-Amans Fl. ag.). GIRONDE : 
Génissac, Castillon, Blaye (Zaterrade). DORDOGNE : Mauzac, Varennes près 
Lanquais, Lalinde, Limeuil, Bergerac (Jes Moulins); Mauzens (Meilhez in 
Des M. Cat.) ; Périgueux (D' Abzac in Des M. Cat.); Saint-Apre prés Ribérac 
(Durieu in Des M. Cat.) ; Saint-Germain-de-Salembre (G. de Dives in 
Des M. Cat.). 

La station la plus septentrionale du S. polyceratium est Ribérac, situé 
un peu au delà du 46° degré de latitude, ce qui porte l'écart en latitude à 
13 degrés au licu de 11, nombre adopté par M. Lecoq (£t. géogr. bot. Eur. 
t. V, p. 7^). Il suit delà que le carré d'expansion am étre élevé de 473 à 

559, l'écart en longitude restant le méme. 

Je partage complétement l'avis de MM. Alph. De Candolt: et Lecoq, qui 
considèrent, avec plusieurs auteurs anglais, la présence du SS. polyceratium 
en Angleterre comme résultant de quelque naturalisation accidentelle. 

Dans le département du Lot, aux environs de Figeac, le S. polyceratium 
se irouve presque en contact avec les terrains siliceux qui forment l'extréme 
limite dela flore d'Auvergne. Ainsi, dans les ruelles du Mont-Viguier, qui 


est un des faubourgs de la ville, la plante croit sur les dernières assises du . 


terrain calcaire appartenant au trias, dont quelques couches. minces recou- 
vrent à peine le grès inférieur qui appartient également au trias ét qui se 
relie non loin de là aux porphyres et au terrain granitique. A Clairou, dans 
la vallée du Lot, elle se trouve à peu près dans des conditions analogues, et là 
elle est associée à d'autrés espèces également d'origine méditerranéenne et 


n 


SÉANCE DU 24 Mai 1861. o S 
qui, comme elle, viennent pour ainsi dire faire leur dernière tentative de 
végétation sur les roches calcaires les plus avancées vers les montagnes gra- 
nitiques : de ce nombre sont le Cynoglossum pictum et le Chenopodium 
Botrys. 


(La suite à la prochaine séance.) 


SÉANCE DU 24 MAI 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. de Schænefeld, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de 
la séance du 10 mai, dont la rédaction est adoptée. 

M. le président annonce une nouvelle présentation, et fait con- 
naitre à la Société la perte regrettable qu'elle vient de faire dans la 
personne de M. le professeur Henslow, décédé en Angleterre, le 
16 de ce mois. 


Dons faits à la Société: 


4° De la part de M. (Ersted, de Copenhague : 
Videnskabelige Meddelelser fra den naturhistoriske Forening i Kjö- 
benhavn, 1860. 
Viburni generis adumbratio. 


2° En échange du Bulletin de la Société : 


Pharmaceutical journal and transactions, mai 1861. 

Atti dell” I. R. [stituto veneto, t. VI, n° 4. 

Journal de la Société impériale et centrale d' Horticulture, avril 1861. 
Bulletin de la Société impériale zoologique d’Acclimatation, avril 1861. 
L'Institut, mai 1861, deux numéros. 


M. J. Gay fait hommage à la Société, de la part de M. Œrsted, 
du volume de 1860 des Actes de la Société académique de Copen- 
hague, ainsi que d'un mémoire de M. Œrsted sur les Viburnum, 
extrait de ce volume. 


294 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Duchartre, secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


REMARQUES SUR LA GERMINATION DU COCOTIER ET SUR LA CLANDESTINE , 
par Mi, B. CLOS. 


(Toulouse, 7 mai 1861.) 


I. Germination d: Cocotier. — Les Annales des sciences naturelles 
publiaient en 1859 (4° série, t. XT) une Note de M. Porte, sur quelques 
produits fournis par les fruits de quelques espèces de Palmiers: on v lit, 
p. 374 : « Un autre produit, également fourni par le Coco, s'obtient en faisant 
combiner par la germination le péris:erme mûr avec l'eau qu'il contient. Ce 
produit se présente alors sous la forme d'une masse ronde, spongieuse, trés 
huileuse et trés agréable au goût. On l'appelle pomme-de-Coco. » La méme 
assertion est reproduite dans une analyse du travail de M. Porte, qui a paru 
dans ce Bulletin, t. VI, p. 837. 

Or deux opinions différentes avaient été émises aptérieurement sur la 
nature de la pomme-de- Coco, et par des botanistes qui avaient été, comme 
M. Porte, à méme d'observer le mode de développement de ce corps. 

En 1841, Gaudichaud, dans ses. Aecherches sur l'organogrisphie, là phy- 
siologie, etc., des végétaux, représente la germination d'un Palmier du 
Brésil (le Coco verde) et celle du Cocos nucifera, et voit dans le corps globu- 
leux renfermé dans le périsperme le /imbe cotylédonaire tuméfié (loc. cit. 
tab. III). : 

En 1848, Poiteau figure aussi, dans son Cours d'horticulture (t, 1, p. 350), 
la pomme-de-Coco à l'intérieur du péricarpe, et considère la pomme comme 
la radicule de l'embryon : « Dans la germination, dit-il, cette radicule se 
gonfle, devient charnue et creuse comme une bourse, prend le volume et la 
forme d'un œuf de poule... ». Et plus bas: « La radicule prend une forme 
inusitée et ne remplit pas les fonctions attribuées aux rád'icules; » 

Tandis que Gaudichaud voit dans la graine un cotyléon énorme, Poiteau 
ajoute : « Selon moi,... l'embryon du Cocotier n'a pss de cotylédon. » Enfin 
M. Porte tient cette masse ronde pour une combinaison du périsperme avec 
l'eau. Où sera conc la vérité ? Les figures données par Gaudichaud et par Poi- 
teau ne permettent pas de douter que la pomme n'appartienne à l'embryon. 
Mais quelle partie de la jeune plante représente-t-elle ? 

Dès 1850, je démontrais que le corps ovoide, sans distinction de parties et 
constituant à lui seul l'embryon du L ecythis (1), représenté ün ke inter- 


(1) Voir dans les Essais sur la végétation de Du Petit- Thouams, da Bs es y "it 
donne de cet embryon, 3* essai, p. 32. IU tH i 


d 


SÉANCE DU 24 MAI 1861. 295 


: médiaire à la tige et à la racine, le collet tel que je le concois (voy. Ann. des 
sc. nat. 2° série, t. XIII). Les observations récentes de M. Planchon «sur les 
Guttiféres-Clusiées nous ont appris que les plantes de ce groupe ont un embryon 
analogue (voyez ce Bulletin, t. VIH, p. 26 et 27). J'énoncais encore; dans le 
travail cité, que les tubercules de germination des Orchis étaient formés 
par le collet, et tout dernièrement M. Prillieux m'a paru confirmer cette 
détermination, en montrant que eet embryon est réellement une masse indi- 
vise (voyez ce Bulletin, t. VIII, p. 20); seulement M. Planchon donne le nom 
de tiyelle à une partie appelée par d'autres radicule (1), partie qui diffère 
autant de la tige que de la racine, et qui mérite à coup sûr d’être distinguée 
de l'une et de l'autre. C'est ce qu'a bien reconnu M. Th. Irmisch, pour qui 
cet organe de la plante est l'axe hypocotylé; mais cette dénomination n'est 
pas valable, appliquée aux embryons dépourvus de cotylédons de quelques 
Phanérogames. 

N'est-il pas étrange que, partant de théories trés analogues, et où la feuille 
est le point de départ de tous les phénoménes de végétation, Du Petit- 
'Thotiars et Gaudichaud aient considéré, le premier, le corps globuleux qui, 
dans le Lecythis, constitue toute la partie de l'embryon, comme formé par 
la soudure de deux cotylédons, et Gaudichaud, le corps globuleux de Pem- 
bryoi du Cocotier comme un cotylédon unique ? 

IL. La Clandestine parasite sur le Crithmum. — Dans son beau mémoire 
sur la Clandestine (Clandestina rectiflora Lam. ), imprimé dans le Recueil des 
savants étrangers, t. X, M. Duchartre déclare que les sucoirs de cette plante 
s'attachent le plus communément aux racines du Peuplier-d'Italie, mais sou- 
vent aussi à celles du Saule, del'Aune et du Charme. Elle n'est pas rare aux 
environs de Toulouse; et, tous les ans à l'époque de sa floraison, j'en fais 
porter quelques touffes dans l'École de botanique, où elle ne tarde pas à se 
flétrir sans laisser de traces. Je fus agréablement surpris, l'an passé, de la voir 
se développer spontanément dans une des plates- bandes de cette École, sur 
les rhizomes et les racines du Crithmum maritimum, et en un lieu fort éloigné 
de celui que lui assigne la classification du jardin. Voulant profiter de cette 
occasion pour tàclier de fixer la Glaudestine à la place qu'elle devrait 
occuper, j'y fis transporter à la fois une moitié de ces deux plantes fixées l'une 
à l'autre ; mais là reprise n'a eu lieu que pour le Crithmum; et, cette année 
encore; la Clandestine s'est montrée en fleur dans l'École, le 20 avril dernier, là 
où elle avait paru pour la première fois en 1860. Néanmoins je ne désespère 
pas encore de la voir se développer un jour au pied méme de son étiquette, 
car le journal allemand Zinnæa annonçait en 1857 que le Lathræa Squamaria 


(1) Par L.-C. Richard, désignant ainsi la grosse masse embryonnaire du Ruppía (Analyse 
du fruit, p. 64); par Endlicher, éerivant à propos du Caryocar : Embryonis. . nadionle 
maxima (Gen. plant. n° 5642). 


$ 


296 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

L., ayant été transporté au jardin de Marburg avec ses supports, y avait 
fleuri l'année suivante, puis avait entièrement disparu pour s'y montrer de 
nouveau et dans le méme lieu après un intervalle de dix ans (voy. Zinnæa, 
t. XXIX, p. 727). 

Faudra-t-il désormais, considérant le fait susénoncé de parasitisme de la 
Clandestine sur le Crithmum comme accidentel et exceptionnel, continuer à 
dire, avec plusieurs auteurs modernes, qu'elle croit en parasite sur les racines 
des arbres (1)? Il v a lieu, je crois, avant d'y répondre, de se livrer à de nou- 
velles investigations à cet égard et de rechercher si d'autres plantes vivaces ne 
lui servent pas aussi de support. 


M. Brongniart dit que la note de M. Clos sur la germination du 
Cocotier lui parait donner lieu à quelques observations. Il pense 
que la partie de l'embryon renfermée dans la graine au moment de 
la germination ne peut être autre chose que le cotylédon qui, en 
raison du vide qui se produit dans le périsperme, s'est notablement 
accru, M. Brongniart rappelle que M. Porte, dans son mémoire, 
n'a pas fait mention du cotylédon, et n'a parlé que du changement 
qui s'opére dans la noix-de-Coco sous l'influence de la germination. 

M. Moquin-Tandon rappelle qu'il y a un moment où le liquide 
de la noix-de-Coco est trés abondant et laiteux. 

^M. Cosson ajoute que, dans certaines Graminées, le périsperme est 
à l'état pâteux, méme à la maturité de la caryopse, par exemple 
chez les Trisetum. 

M. J. Gay dit qu'il a vu aussi des Graminées dont le périsperme 
était à l'état páteux. 

M. Brongniart fait remarquer que cet état pâteux provient peut- 
être d'un mélange d'huile et de fécule. 

M. Al. Jamain dit que M. le docteur Petit, médecin de l'asile des 
aliénés de Nantes, a planté, plusieurs années de suite, la Clandestine 
dans son jardin. Ce jardin a été bouleversé, et M. Petit a vu la 
Clandestine apparaitre de nouveau cette année sur des racines de 
Peupliers, à un endroit de son jardin où cette Orobanchée n'avait 
Ln été plantée. 

M. Brongaiart ajoute qu'au Jardins: -plantes de Paris, on a 
planté, il y a quelques années, des pieds de Clandestine qu'on avait 


(1) C'est ainsi que s'expriment MM. Brongniart, Ch. Lemaire, Jacques et Hérineq, 
Reuter, de Pouzolz, etc; tel botaniste la dit parasite sur les racines du Peuplier (Saint- 
TIN tel autre sur celles du Saule et du Peuplier (Leeoq). 


SÉANCE DU 24 Mai 1861. 297 


reçus sans support bien vivant. On les a entourés seulement de 
boutures de Saules, et dés lors on à vu la plante fleurir au moins deux 
années de suite à cet endroit. 

M. Cosson met sous les veux de la Société une forme remarquable 
de l'Equisetum palustre, recueillie dans la vallée de Saint-Marc 
prés Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise). L'épi de cet échantillon est 
apiculé-mucroné comme celui de l' E, hiemale. Néanmoins M. Cosson 
ne considère cette plante que comme une simple forme de VE. pa- 
lustre, dont du reste elle présente tous les autres caractéres. 


M. J. Gay donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre qu'il a 
recue de M. Durieu de Maisonneuve, et qui est relative à la note 
de M. Ém. Le Dien, récemment publiée dans le Bulletin (1). 


LETTRE DE M. DURIEU DE MAISONNEUVE A M. J. GAY. 


Bordeaux, 3 mai 1864. 


que D'abord la Mousse que M. Payer recherchait à la cascade du Mont- 
Dore était trés probablement l’ Amphoridium Mougeotii Schimp. , espèce assez 
commune sur les rochers mouillés des montagnes, mais excessivement rare en 
fructification. Or, il y a quelques années, M. le comte de Lambertye rencon- 
trait cette Mousse abondamment fructifiée à la casc:de du Mont-Dore, et il 
en faisait ample provision. Plus tard, il en inonda les herbiers de tous les 
bryophiles, et il la faisait largement distribuer dans les Ezsiccata de M. Fr. 
Schultz. Depuis la découverte de M. de Lambertye, l'Amp/horid. Mou- 
geotii continue à fructifier chaque année au méme lieu, et c'est toujours 
là que.les touristes amateurs ne manquent pas d'en faire provision (2). 

Le fait dont M. Le Dien entretenait la Société dans la séance du 8 février, 
deux capsules de Mousse portées par le méme pédicelle, est certainement fort 


. (1) Voyez plus haut, p. 73. 

(2) Note de M. J. Gay ajoutée au moment de l'impression (septembre 1861). — En 
l'absence. de M. Durieu de Maisonneuve, je puis annoncer que notre honorable confrère 
a, lui-même et depuis la lecture de cette lettre, confirmé le fait de l'existence de P’ Ampho- 
ridium Mougeotii fructifére au Mont-Dore, où je me trouvais alors avec lui et M. Motelay 
(de Bordeaux). Le 22 aoüt de cette année, nous devions faire ensemble l'exeursion du 
lac de Guéry, pour chercher et observer dans les eaux de ce lac l'espéce nouvelle 
d’Isoëtes que nous savions y trouver, et que M. Durieu de Maisonneuve a nommée echi- 
nospora. Notre guide ne devait être disponible qu'à dix heures du matin, et M. Durieu. 
de Maisonneuve voulut profiter des premières heures de la journée pour prendre une 
connaissance personnelle des lieux où la Mousse exceptionnellement fructifére avait été 
signalée. Aprés une ascension des plus pénibles, par un ravin presque à pic et encombré 
de pierres mouvantes, il arriva au pied de la grande cascade du Mont-Dore, celle de 
toutes les cascades de cette charmante vallée qui est la plus voisine du village des Bains, 
et qui abandonne le rocher à 1322 mètres d'altitude absolue, 278 métres au-dessus du 


298 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


curieux ; il est du moins excessivement rare, et je crois bien que c'est la pre- 
mière fois qu'il est publié; je pensais même être le seul à en posséder un 
exemple. Peut-être y aura-t-il quelque intérêt à ce que je le joigne à ceux 
qu'a fait connaitre M. Le Dien, d'autant plus qu'il s'est. produit sur une 
Mousse qui appartient à un groupe d'une structure toute particuliére, au 
genre Sphagnum. : 

C'est sur le Sphagnum contortum Schultz (Sphagnum subsecundum var. 
contortum Schimp.), donné sous le n° 31 de la 1** centarie des zsiccata de 
Cryptogames publiés par M. Reichenbach père, il y à une trentaine d'années, 
que j'ai rencontré ce fait singulier de deux capsules portées par le méme 
pédicelle. M. Schimper a montré que le prétendu pédicelle de la capsule du 
Sphagnum n'est que le prolongement du rameau périchétial, et que le véri- 
table pédicelle, trés court, à peu prés discoide, plonge dans la vaginule qui le 
cache en entier. Or, sur mon échantillon, les deux capsules, bien conformées 
et parfaitement semblables, sortent de la méme vaginule et sont, par consé- 
quent, portées par le méme pédicellé ; nouvelle et itréfragable preuve, s'il en 
était besoin, de l'assertion de M. Schimper sur le pseudopode des Sphagnum. 
Mon fait est donc de tout point conforme à ceux de M. Le Dien. Il semble 
qu'il n'y ait pas de cause plus simple et plus naturelle à lui assigner que celle 
de deux cellules germinatives distinctes, formées dans le méme archégone. La 
-chose ne serait pas plus extraordinaire que la présence de deux embryons 
dans le méme sac embryonnaire. 


M. Brongniaït annonce qu'il a reçu de M. Schimper une letire 
süf le méme sujet, et qu'il sé propose de la communiquer à la 
Société dans la prochaine séance. 


M. Duchartre met sous les yeux de la Société une monstruosité 
que présente une feuille du Begonia connu des horticulteurs sous 
le nom de Begonia-Mine-d'argent. > i 


village. fn glissant alors, non sans péril, entre la nappe d’eau et la paroi surbaissée du 
rocher, il eut la satisfaction de trouver cette paroi humide et ombragée entièrement 
tapissée de l'Amphoridium, dans un état de fructification qui ne laissait rien à désirer. 
Plus tard dans la même journée, nous le rencontràmes encore dans le même état, 
couvrant la surfaee humide d'un rocher en surplomb, à une demi-lieue au nord-est du 
village, sur la route de Clermont, qui est aussi celle du lac de Guéry qne nous allions 
explorer. Quelques jours aprés, le 3 septembre, je crois avoir encore reconnu la même 
Mousse, dans le méme état, dans le ravin humide et escarpé qui termine la gorge 
dite de l'Enfer, à une lieue au sud du village des Bains, mais ici mal protégée, insuffi- 
samment arrosée, et brulée par le soleil, dans des conditions telles qu'il ne m'a pas été 
possible d'en conserver des échantillons. Tout semble donc annoncer que le climat de la 
vallée du Mont-Dore est particulièrement favorable au complet développement de cette 
Mousse, puisque, stérile presque partout ailleurs, elle se couvre là de nombreuses fructi- 
fications dans tous les lieux où on l'a rencontrée jusqu'ici. ^: 


eii RA 


SÉANCE DU 24 Mar 1864, 299 


Cette feuille, dit M; Duchartre, est conformée en un cornet dont le bord, 
coupé obliquement; est parfaitement continu, sans le moindre indice d'un 
sinus qui püt indiquer le point oü s'est faite la soudure des deux bords iníé- 
rieurs. Elle offre cette particularité que ses deux moitiés sont parfaitement 
symétriques, bien que la feuille normale de l'espèce à laquelle elle appartient 
ait ses deux côtés séparés par la côté médiane trés dissemblables, l'un étant 
beaucoup plus grand que l'autre. En outre, sa nervation parait être assez 
remarquable : quatre nervures partent du sommet du pétiole ou de l'insertion 
du limbe : l'une, la plus forte, est la côte médiane qui se rend au sommet du 
limbe; deux autres latérales, symétriques entre elles, naissent tout contre la 
base de la côte ; ces trois nervures appartiennent à ce qu'on peut regarder 
comme la portion antérieure du limbe. Ea quatrième et dernière nervure 
occupe une situation singulière : elle forme, en effet, comme le prolongement 
postérieur de la cóte médiane, ou, si l'on veut, elle est la cóte médiane de la 
moitié postérieure de ce cornet foliaire. Les trois nervutes antérieures étant trés 
rapprochées à leur naissance sur le sommet du pétiole, la quatrième ou la pos- 
térieure est notablement écartée, à sa base, de celles-ci. Aprés une longueur 
d'enviro 0,006, elle se bifurque en deux nioitiés symétriques, qui se'sub- 
divisent à leur tour symétriquement. Dès lors il existe là cette circonstance 
digne d’être signalée que la ligne le long de laquelle il est permis d'adtuettre 
que s’est opérée la soudure qui a transformé ce limbe en capuchon ou cornet, 
est parcourue par ine nervure qu'il semble difficile de retrouver dans le 
limbe de la feuille normale: On peut, il est vrai, supposer, et telle serait assez 
ma maniere de voir, que cette nervure d'abord unique résulte de la con- 
fluence des deux nervures les plus voisines des deux bords soudés. 

Cette monstruosité m'a été communiquée par M. Bouchet, membre de la 
Société et l'un des secrétaires de la Société impériale et centrale d' Horticulture. 


M. de Schenefeld présente à la Société divers échantillons de 
Primula qui lui ont été adressés par M. Eloy de Vieq, et donne 
lecture. de la lettre suivante, qui accompagnait cet envoi : 


LETTRE DE M. ÉLOY DE VIC@ A M. DE SCHŒNEFELD. 
Abbeville, 7 mai 1864. 


L’attention de la Société botanique a déjà été appelée plusieurs fois sur le 
Primula. variabilis Goupil, et nous avons pris un intérêt tout particulier, 
M. de Brutelette et moi, aux communications qui ont été faites dans. les 
séances des 27 avril; 14 mai 1860 et 11 janvier 1861. La rencontre des Priz 
mula grandiflora, elatior et officinalis réunis dans une même localité, nous a 
permis de faire quelques observations qui ne sont peut-être pas sans importance. 

J'avais distingué; dès l'année 4854, deux Primevères différentes auxquelles 


300 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

pouvait s'appliquer le nom de variabilis. Nous les avons retrouvées l'an der- 
nier dans les mémes conditions ; mais, avant de vous les signaler, nous voulions 
attendre encore une fois l'époque de leur floraison peur nous assurer de 
l'exactitude de nos observations, et joindre à l'appui des spécimens de nos 
divers Primula. Ceux que je vous envoie ont tous été recueillis, le 20 avril, 
dans le bois de Lamotte, commune de Cambron prés Abbeville. 

Les P. grandiflora y sont trés abondants, et au milieu d'eux croissent cà 
et là des /^, elatior et officinalis. Il est résulté e ce rapprochement deux 
hybrides parfaitement distincts, que nous avons rattachés au P. variabilis 
Goupil, et que nous nommerons pour les distinguer elafiori-grandiflora et 
officinali-grandiflora. Leur station ne peut laisser aucun doute sur leur 
hybridité : l'e/atiori-grandiflora ‘ne vient qu'au milieu de P. grandiflora 
mêlés d'e/atior et dans les parties du bois où il ne se trouve pas d'officinalis ; 
l'officinali-grandiflora croît dans d'autres parties où les officinalis seuls 
sont à côté de yrandiflora. Ces deux hybrides se reconnaissent facilement à 
leurs hampes à fleurs dressées, longuement pédicellées, accompagnées assez 
souvent de fleurs solitaires, et à leurs corolles d'une grandeur et d'une couleur 
intermédiaires entre celles des deux espéces qui les ont produits. 

Le P. of ficinali-grandiflora tient à l'officinalis par son calice enflé, d'un 
vert blanchàtre méme sur les angles, à divisions ovales non acuminées, et par sa 
corolle un peu concave d'un jaune vif. 

Le P. elatiori-grandiflora tient à l'elatior par son calice étroit, appliqué 
sur le tube de la corolle, vert sur les angles, à divisions lancéolées acuminées, 
et par sa corolle à limbe plan d'un jaune pâle. 

Telles sont les observations que nous avons pu faire sur ces hybrides : en 
venant confirmer une opinion que vous avez vous-même énoncée avec quelque 
doute dans la séance du 27 avril 1860, elles auront probablement quelque 
intérêt pour vous et peut-être quelque utilité pour la solution de la question 
du Primula variabilis. 


M. Cosson considère les plantes envoyées par M. Éloy de Vicq 
plutôt comme de simples formes du Primula grandiflora que 
comme des hybrides. 


M. T. Puel fait à la Société la communication suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par M. "E. PUEL (suite). 


3. Dentaria pinnata Lamarck Æncycl. Bot. Dict. t. li, p. 268, part. 4 
(1786), et Poiret Suppl. Ill. genr. t. HE, p. 115, tab. 562, fig. 4 (1823); 
` Puel! Cat, du Lot, p. 154, obs. (1848). 
Rive gauche du Célé, dans le bois de Parry, commune de Lunan, canton et 


SÉANCE DU 24 war 4864. 301 


arrondissement de Figeac. — Lieux ombragés. — Terrain siliceux (granite), — 
Alt..210. m. — Fl. 19-24 avril 1859. — Récolté par M. L. Puel. 

Le D. pinnata, confondu par Lioné avec le D. digitata, sous le nom de 
D. pentaphyllos, avait été cependant distingué par quelques auteurs plus 
anciens, notamment par Garidel, qui a trés bien figuré les deux plantes : au 
reste, la synonymie de Lamarck, telle qu'elle a été fixée dans l'Encyclopédie, 
est aujourd'hui généralement admise, et la suppression du nom linnéen se 
trouve parfaitement justifiée par l'extrême variabilité du nombre des folioles 
dans l'une et l'autre espèce. 

Le D. pinnata est renfermé dans d'étroites limites géographiques : selon 
M. Lecoq (Ét: géogr. bot. Eur. t. V, p. 68), il ne dépasse pas à l'est et au 
sud l'Italie, au nord l'Allemagne, à l'ouest les Asturies ; ce qui ne donne que 
160 pour le carré d'expansion de la plante. Cette aire comprend à peu près 
toutes les localités francaises de notre plante, qui se divisent en cinq groupes 
correspondant aux cinq régions de montagnes : toutefois les Vosges et la Lor- 
raine se trouvent bien au delà du 48* degré de latitude, que M. Lecoq a adopté 
pour limite septentrionale, en vue des localités allemandes du D. pinnata. M 
serait plus exact de prendre pour cette limite le 50° degré, qui correspond à 
peu prés à l'extrémité de végétation de la plante en France, et le carré d'ex- 
pansion s’élèverait ainsi de 160 à 200. 

La partie granitique du département du Lot, dans laqueile a été récolté le 
D. gh qui fait l'objet de cette notice, appartenant à M flore d'Auvergne, 
je ne m'occuperai pas des autres régions. 

Cette plante est tellement abondante dans toutes les dépendances de la 
chaine d'Auvergne que MM. Lecoq et Lamotte, dans leur Catalogue du plateau 
central, wont pas cru devoir indiquer de localités spéciales pour le Mont- 
Dore, les Monts-Dómes, le Cantal, le Forez et la Lozère; c'est seulement pour 
le département de la Creuse, où l'espèce est plus rare, qu 'ils entrent dans 
quelques détails, sur les indications de M. Pailloux. Le rayon que j'ai adopté 
pour la flore d'Auvergne étant beaucoup plus étendu que celui de MM. Lecoq 
et Lamotte, j'aurais à citer un grand nombre de localités dont ils n'ont point 
fait mention : toutefois, comme mon intention n'est pas de faire ici une énu- 
mération compléte à cet égard, je me contenterai d'indiquer quelques stations 
particulières, situées hors du centre de la chaine et constituant, pour ainsi 
dire, des extrémités de végétation de la plante, au point de vue spécial de x 
flore d'Auvergue. 

FLORE D'AUVERGNE. — SAONE-ET- LOIRE : Bois des Renaudiots près Autun, 
de Canada près Auxy, de Pauvret prés Curgy (Carion ex Boreau). COTE- 
DOR: Dijon! (Fleurot in h. Mus. p.), sur le Mont-Afrique (Durande) ; 
Marsannay, Gevrey, Flavignerot (Lorey et Duret). YONNE ; Saint-Moré ! 
(Sagot in bh. Mus. p. et in h. Puel); Bois-d'Arcy (Saul ex Boreau). CHER : 
Rochers des bords de l'Arnon, à Sidiailles (Sau ex Boreau', ALLIER : Bords 


302 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


du Lichon, prés de Busset (Boreau). CREUSE : Vallon du ruisseau de Beauze et 
rive gauche de la Creuse, près d'Aubusson ; bois de Sainte-Magdelaine (Pail- 
lous): CoRREZE: Forêt de Cousange (Lamy ex Boreau litt.), Zo: Figeac! (L. 
Puel). Zary: Plau-de-la-Jace, Sorèze, Lacaune, bois de Faydel (Doumenjou). 

Je ferai remarquer que toutes les localités précédentes, à l'exception d'une 
seule peut-étre, sont situées sur le terrain siliceux ou volcanique, et il en est 
de méme de celles du centre de la chaine, ainsi que le fait remarquer M. Lecoq 
(doc. eit. p. 61). 

La localité qui semble faire exception à cette règle est celle de Saint- 
Moré (Yonne). M. Sagot, qui l'a signalée, affirme que le terrain dans 
lequel il a récolté sa plante est calcaire et non siliceux : il y aurait peut-être 
lieu d'examiner si à Saint-Moré il n'existe pas, au-dessus du sous-sol calcaire, 
un de ces dépôts de diluvium siliceux qu'on rencontre si communément dans 
certaines régions, à la surface du terrain jurassique. Quoi qu'il en soit, et en 
admettant l'exception que je signale, il n'en est pas moins certain que le 
D. pinnata dépasse rarement le terrain granitique ou volcanique au pourtour 
de la chaine centrale. 

Cette règle, applicable à la flore d'Auvergne dans les limites que je viens 
d'indiquer, cesse de l'étre aux autres chaines, et en particulier à celle du Jura, 
où la plante végète parfaitement sur le sol calcaire. 

La localité spéciale dans laquelle croit le D. pinnata aux environs de Figeac 
est remarquable en ce qu'elle constitue une des limites les plus basses 
d'altitude auxquelles parvienne cette espèce, dans la chaîne centrale. Ce qu'il 
y a de certain, du moins, c'est que, sur le versant occidental des montagnes 
d'Auvergne, le granite s'abaisse rarement au-dessous de 200 mètres. 

-Dàns mon catalogue des plantes du Lot, j'avais signalé le D. pinnata 

comme espèce à rechercher : les herborisations actives auxquelles mon frère 

se livre depuis plusieurs années, dans diverses parties du département et 

spécialement dans l'arrondissement de Figeac, ont enrichi noire florule d'une 

foule de plantes qui n'avaient pas été observées avant lui, et la découverte qu'il 

a faite en 1858, du D. pinnata, est sans contredit une des plus intéressantes. 
(La suite à la prochaine séance.) 


M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


EXCURSION BOTANIQUE DIRIGÉE EN SAVOIE ET EN SUISSE, par M. Ad. CHA TEN, 


TROISIEME PARTIE (1), 


Le 8 août, à cinq heures du matin, on se précipite dans les chars qui, pour 
nous reposer d'anciennes fatigues et ménager des forces qu'on aura bientôt à 


°° (1) Voyez plus haut, p. 127 et 210. 


eur — os i EM orme res SNA 


SÉANCE DU 24 Mar 1861. 303 


utiliser, vont nous conduire à Saint-Pierre (trajet de sept heures) ou méme 
àlacantine de Proz (trajet de sept heures trois quarts). Notons toutefois 
(pour nos neveux) que ceux qui se seront fait conduire jusqu'à la cantine 
auront perdu l'excellente herborisation des rochers et prairies plecés sur la 
route, ainsi qu'entre cette derniere et le torrent. 

- Chemin faisant, nous voyons, et quelques-uns cueillent : 

De la Croix à Bovernier (on dit aussi Bovarnier, Bouvarnier), sur une 
roche calcaire sübschisteuse : 


Artemisia Absinthium L. 

Euphorbia Gerardiana Jacq. 

Melica nebrodensis Parlat., distingué par le savant professeur de Florence du 
M. ciliata L., et que plusieurs de nous, qui chaque année le cueillent à 
Mantes, avaient yu en 1858 dans les rochers de Saint-Pierre-de-Char- 
reuse. 

Hippophaë rhamnoides L., cet ami des torrents des Alpes et des plages 
océaniques. . 


De Bovernier à Sambranchier ou Saint-Branchier (alt. 758 mètres); village 
près duquel la grande Dranse se grossit de la Dranse du val de Bagne : 


Epilobium Fleischeri Hochst. 

E. spicatum Lam. 

Sanguisorba officinalis L., que nous cueillons chaque année dans les prairies 
d'Épizy prés Moret. 


C'est en amont de Sambranchier que s'arréte, dans la vallée de la Dranse, 
méme à la meilleure exposition, la culture de la Vigne, culture que nous 
avons vue, dans la vallée de l'Arve, limitée à Passy et Chéde, aussi à une 
altitude de 700 à 750 mètres (les cultures dépassent l'église de Passv, située 
à 692 mètres). Une seule localité des Alpes, Bellantre-en-Tarantaise, offre 
peut-étre Ja Vigne à un étage plus élevé de 50 métres à m prés. Ailleurs la 
limite est généralement de 500-600 métres. 

Le Melíca etl A. Absinthium eroissent sur la colline où se voient les restes 
d'un cháteau qui, en 1444, put recevoir l'empereur Sigismond et huit cents 
personnes de sa suite. Au sud-ouest, se dresse le Mont-Catogne, haut de 
2579 metres. 

Le Saxifaga aizoides L, forme de jolis gazons entre la route et le torrent, 
que nous passons pour la quatrième fois à Orcières, où la grande Dranse se 
forme par la réunion dela Dranse de Ferrex à celle du Saint-Bernard. 

Malgré l'altitude (879 mètres) d'Orcieres, nous remarquons que les trois 
quarts des femmes ont encore le goître. 

En sortant d'Orciéres, ayant en face de nous le Mont-Vélan, pyramide 
de neige haute de 3356 mètres, vrai sommet du grand Saint-Bernard, un 


304 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. : 


peu. plus à gauche le grand Combier (4305 mètres), et en montant à Liddes 
par une: route fort roide, nous cueillons contre les rochers le Dianthus sil- 
vestris Wulf., et, dans une prairie où il abonde, le Colchicum alpinum DC. 

Aprés Liddes (alt. 1337 mètres), où les plus pressés par la faim (et les 
mieux inspirés) déjeunent, on trouve, en suivant un petit sentier qui tourne, 
à la sortie du village, un monticule faisant face au débouché du val Ferret, 
le Selaginella helvetica. Spr., et plas haut, aprés avoir rejoint la route, le 
Dianthus silvestris Wulf. , le Phyteuma hemisphæricum L. et quelques pieds 
de Campanula thyrsoides L. (belle plante commune au Lautaret, ce jardin 
botanique du Dauphiné), des champs de Rumex alpinus, le Geranium pyre- 
naicum, Y Hippophaé dont un bois est suspendu à plus de 300 métres sur les 
flancs de la montagne dont la Dranse baigne les pieds. Sur ia rive gauche du 
torrent, des forêts de Laris et de Bois-noir (Abies excelsa) couvrent les 
pentes inférieures de la chaine qui sépare la vallée d'Entremont ou de la 
Dranse de celle du val Ferret suisse ; plus haut, on aperçoit la zone du Xho- 
dodendron, que surmonte celle des gazons, dépassée seulement par l'aréte ou 
zone des neiges. : 

Après un repos d'une heure à Saint-Pierre-Mont-Joux (alt. 1639 mètres, 
DC.), oü nous sommes arrivés vers midi, nous continuous notre ascension 
vers le Saint-Bernard. Sur les rochers et les pelouses qui bordent la route, 
se présentent successivement : 


Trifolium badium Schreb. 

Sempervivum arachnoideum L. 

Dianthus Carthusianorum \. 

Gaya simplex Gaud. 

Erigeron alpinus L. 

Pedicularis rosea Wulf. 

Veratrum album L. 

Campanula barbata L. 

Anemone alpina L., en fruit. 

Meum athamanticum Jacq. , élément des flores alpines de tous les terrains, 
rare cependant dans le Jura... i 

Lilium Martagon 1.., ce beau Lis aux fleurs panachées et renversées qui a 
pris place dans nos parterres avec la premiere des especes suivantes : 

Gentiana acaulis L. 

G. campestris L. 

G. nivalis L: 

Aspidium aculeatum Dæll; de Montmorency, de Marly, etc. 

Selinum Carvifolia L. 

Pedicularis ascendens Gaud., espèce en fructification au Brizon; ici couverte 
de ses fleurs d'un blanc jaunâtre. 


SÉANCE DU 24 Mai 1864, | 305 
Ribes alpinum L. 
Leucanthemum maximum DC. 
Selaginella spinulosa A. Br. 


Toutes ces plantes croissent contre la montagne, sur la gauche de la route, 


Entre celle-ci et la Dranse du Saint- Bernard, est une prairie fertile et acci- 
dentée dans laquelle nous trouvons : 


Sedum Rhodiola DC., espèce du Grand-Som (Bovinant) et de la Grave. 

Meum athamanticum Jacq., trés abondant, qui forme presque le fond du 
pré dans ses endroits les moins humides. 

Trifolium alpinum L. 

Pedicularis verticillata L. 

Botrychium Lunaria Sw. (haut de 20-30 centimètres), dont la flore parisienne 
s'est enrichie l'an passé d'une bonne localité à Chantilly. 

Ligusticum Seguieri Vill. (non Koch) (L. ferulaceum All). 

Campanula rhomboidalis L. 

Phyteuma Halleri All. (Ph. urticifolium Chirv.), du Lautaret et du Viso, 

Primula farinosa L, 

Gentiana bavarica L. et G. verna L. 

Ranunculus aconitifolius L. 

Allium Schænoprasum L., encore plas commun ici qu’au Lautaret. 

Bartsia alpina L. 

Alchemilla vuigaris L. 

Imperatoria Ostruthium L. 

Carex Davalliana Sm. 

Crepis aurea Gass., en splendides spécimens. 

Trollius europæus L.. encore fleuri. 

Alnus viridis DC., limite de la végétation réellement arborescente (l'altitude 
est ici de 1850 mètres). 

Nigritella angustifolia Rich., tiès abondant ; chacun fait un bouquet de 
ses fleurs, à odeur suave, ainsi que de celles de l'espèce suivante. 

Orchis globosa b., 

Luzula lutea L. 

Anemone alpina L, (encore quelques fleurs). 

Hypocheris maculata L. , plante assez commune à Mantes et à Fontainebleau. 

Colchicum alpinum DC. 

Adenostyles albifrons Rchb. 

Mulgedium alpinum Less., de très grande taille, sur les bords du torrent et 
dans des bouquets d'A/nus viridis. 


Revenus sur la route, nous cueillons aux bords de celle-ci : 


Achillea moschata Jacq. , espèce que nous avons solennellement annexée à la 
flore de France dans la journée d'herborisation au Brévent. 
T, VUL 20 


306 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Lycopodium Selago L. 

Juncus vulpinus Vill. 

Glyceria fluitans R. Br. var. cærulea. | 

Scirpus compressus L. 

Carez Goodenowii Gay. 

C. [rigida All. 

Pinguicula vulgaris L., espèce assez commune dans les plaines du nord de 
la France, mais qui, daus la région des Vosges, ne quitte guère la montagne 
que pour le voisinage de la Belle-Fontaine, des prairies de Herbsheim, où 
je l'ai cueillie en compagnie de mon excellent confrère M. Nicklès (de 
Benfeld). i 


dans unc mare au plan de Proz. 


Au delà de la cantine de Proz (alt. 1896 mètres), aujourd'hui assez honne 
auberge, nous trouvons : 


Rhododendron ferrugineum L., en trés petits buissons non encore fleuris 
(V Alnus viridis ne monte pas jusqu'ici). 

Phyteuma hemisphæricum L. 

Petasites niveus Baumg. 

Silene exscapa AN. 

Carex frigida All., bords du torrent. 

Poa sudetica Haenke (P. trinervata DC. et Festuca compressa DC.). 


En franchissant, par un sentier escarpé, le sauvage défilé de Marengo 
(alt. 1970 metres), nous voyons : 


Pedicularis rostrata L. 


Achillea moschata Jacq., cette nouvelle annexée qui est décidément ici une 
espéce commune. 
Viola biflora L. 


Oxyria digyna Campd. 


Le sentier passe à côté de deux huttes de pierre, dont l’une est un chalet 
de refuge, l’autre une ancienne morgue, maintenant un charnier; peu après 
on franchit la Dranse sur le pont de Nudri (alt. 2270 mètres), et, en longeant 
toujours la paroi ouest de la montagne, on passe près d'une croix de fer, 
plantée en mémoire du bon religieux frére Cart qui périt en cet endroit le 
20 novembre 1845, enfoui avec quatre domestiques par une avalanche préci- 
pitée de l'aréte qui sépare le terrible Mont-Mort (alt. 2856 métres) du Mont- 
Vélan (alt. 3356 mètres). Cet excellent, instruit et. estimable religieux, qui 
trouva la mort en sauvant de pauvres voyageurs, me fit, à mon premier voyage 
au Saint-Bernard en août 1843, un accueil qui me rend chère sa mémoire. 

Nous cueillons encore, tant en aval qu'en amont de là croix, prés d'amas 
de neige : : 


SÉANCE DU 24 Mai 1864. 307 


Salix herbacea L. 

Hieracium Jacquini Vill. 

Alchemilla pentaphyllea L. 

Achilleu atrata L., espèce étrangère à la flore de France. 

Veronica aphylla L. 

Gnaphalium supinum L. ! 

Cardamine resedifolia L. 

Meum Mutellina Vill. 

Cirsium spinosissimum Scop. 

Androsace villosa L. + 

Gregoria Vitaliana Duby. 

Ranunculus glacialis L., à peine fleuri. 

Soldanella alpina L. , id. 

Primula viscosa Vill., id. 

Alsine Cherleri Fenzl, qui forme le gazon le plus commun sur les rochers 
de cette haute région. 

Saxifraga androsacea L. 

Gagea Liottardi Schult, 


A six heures et demie, les traînards, c’est-à-dire les plus infatigables col- 
lecteurs, font leur entrée au célèbre hospice du grand Saint-Bernard, où les 
religieux ont fait préparer un diner que l'appétit assaisonne. 

Quoique heureusement réduits au nombre de cen: trente, par la sépara- 
tion d'un assez grand nombre des nôtres, qui sont allés, les uns de Chamounix 
par le col du Bonhomme, tourner le Mont-Blanc en visitant les Allées- 
Blanches et le val Ferret, les autres de Martigny, dans l'Oberland, par le 
Grimsel, ou par la Gemmi (dernier passage que je franchirai moi-méme le 
11 aoüt avec ceux des nótres qui peuvent ajouter quelques jours au pro- 
gramme commun, suivant lequel la rentrée doit s'effectuer par le Bouverel, 
Lausanne et Neuchátel), notre installation ne se fit pas sans quelques difficultés. 

Quelques personnes, habituellemeni étrangères à nos expéditions botani- 
ques et plus préoccupées du diner et du lit que de l'herborisation même, 
avaient pris l'avance et s'étaient emparées de vive force des meilleures cham- 
bres, malgré la volonté du prieur et du gandolier d'attendre pour la répar- 
tition le capitaine de la troupe, qui eût commencé par assurer un bon gîte aux 
anciens. Une chambre, tenue en réserve pour des voyageurs qui, par bonheur, 
couchérent à la cité d'Aoste, me fut donnée à dix heures; elle contenait deux 
lits, daus l'un desquels je pus enfin installer le savant et infatigable M. Maldan, 
professeur à l'École de médecine de Reims. 

La plupart couchaient deux à deux dans des dortoirs glacés dont les croi- 
sées auraient paru manquer sans le sifflement du vent passant à travers les 
jointures. Pendant la nuit, qui parut bien longue, la pensée se reportait natu- 


308 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
rellement à la Grande-Chartreuse, où, l'an dernier, à pareille époque, nous 
passions de si bonnes nuits. 

A quelque chose mauvais lit est bon. On fut matinal. Dès cinq heures et 
demie, plusieurs de nous, impatients de butiner, s’aventurèrent sur les 
rochers qui entourent l’hospice ; mais ils furent bien vite ramenés par une 
cuisante onglée qui les priva de l'usage de leurs mains. A ce moment le ther- 
momeétre marquait 3 degrés au-dessous de zéro. 

En attendant que le soleil s'élevàt assez pour réchaulfer l'air extérieur, 
nous allâmes à la messe et visitàmes le médailler, romain ainsi que la biblio- 


théque. à 


L'église, généralement riche, est ornée d'un beau tombeau, de marbre 
blanc, de Desaix, tombé si glorieusement à Marengo, par J.-G. Moitte, de 
l'Institut, et d'un tableau, par Rey, de saint Bernard de Menthon, fondateur 
de l'hospice. 

Tout en visitant [a maison, nous apprenions à en connaitre le personnel, 
qui appartient à l'ordre des chanoines de Saint-Augustin. Le supérieur général 
habite, sur le versant italien, le doux climat d'Aoste, où est placée la maison 
principale de l'ordre. 

Au Saint-Bernard, sont ordinairement quatre pères et huit frères, qu'on 
renouvelle tous les trois ans, quand la mort, qui habite ce col au climat 
meurtrier, ne procède pas elle-même à un renouvellement plus rapide. Le 
directeur de l'hospice a le titre de prieur; c'est aujourd'hui M. Gaillard, 
homme de mérite, dit-on, et d'un grand dévouement. L'économe a le titre de 
gandolier; il se nomme Lovey ou Lovet. 

A huit heures, on put se risquer à sortir; le thermométre marquait au 
soleil 4- 2 degrés. Plusieurs cependant furent retenus pres d'une heure encore 
au salon, où brillait un grand feu et qu'égayaient les sons tirés d'un piano, 
d'ailleurs passable, par les mains habiles du docteur Topinard et du jeune 
Blache. 


Sur les rochers placés entre l'hospice et le versant. piémontais, nous cueil- 
limes : 
Gnaphalium supinum L. 
Saxifraga oppositifolia L. 
Carduus spinosissimus Vill. 
Azalea procumbens L. 
Gagea Liotturdi Schult. 
Sazifraga bryoides L., très peu développé. 
S. aspera L. 
S, muscoides Wulf. 
S. stellaris L. 
Ranunculus montanus Willd, 


SÉANCE DU 2^4 Mar 1861. 309 


R. aconitifolius L. 

R. pyrenœus L , dont nos jeunes gens veulent absolument faire un R. gra- 
mineus à fleurs blanches. 

Anemne vernalis L., en fructification. 

Pedicularis rosea Wulf. 

Gaya simpiex Gaud. 

Gentiana nivalis L. 

Geum montanum L. , ici encore en fleur. 

Cardamine resedifolia L. 

Luzula lutea DC. 

Veronica bellidioides L. 

Gymnadenia viridis Rich. 

Erigeron uniflorus L. 

Poa cϾsia Sm., forme vivipare. 

Agrostis rupestris All. 

Sibbaldia procumbens L. 

Sedum atratum L. 

Carex nigra AN. 

Viola calcarata L. 

Euphrasia alpina DC. var. lutea. 


En escaladant l’arête placée à droite du col, nous trouvons : 


Aronicum scorpioides DS., à peine fleuri. 

Anemone vernalis L., encore en fleur. 

Senecio incanus L., assez commun près du lac de la Grave-en-Oisans. 

Saxifraga androsacea L. (S. pyrenaica Scop.). 

Potentilla nivea L., dont la seule localité connue en France est au Lautaret, 
près de la cabane. 

Juncus triglumis L. 

Eriophorum Scheuchzer: Hoppe, non fleuri, dans une mare à l'extrémité 
du lac. 


Une petite incursion dans les pâturages piémontais, où nous descen- 
dons par la voie romaine, ajoute à notre butin le Pedicularis pennina Gaud., 
belle espèce étrangère aux Alpes de France. Mais c’est en vain que nous cher- 
chons le Pedicularis recutita L. et le P. incarnata Jacq., qui cependant 
croissent en ces lieux, suivant les indications que nous fournit un ministre de 
la cité d'Aoste. 

A une heure nous quittions l'hospice du grand Saint-Bernard. A trois 
heures nous arrivions, par une marche rapide, à Saint-Pierre, oà les chars 
attelés d'avance, nous emportérent rapidement, trop rapidement méme, à 
Martigny. L'un de ces chars, en effet, conduit par un Valaisan imberbe, fut 


310 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


. jeté et brisé dans un champ placé à quelques mètres de la route, entre Liddes 
et Orcières, sans autre dommage, d’ailleurs, par un hasard providentiel, 
qu’une commotion générale et quelques légères contusions reçues par l’un des 
plus zélés et des plus savants botanistes de l'expédition (M. Paul de Bretagne), 
que deux jours de repos à Martigny remirent tout à fait. Un second char, dans 
lequel je me trouvais avec dix autres personnes, lancé au galop entre Saint- 
Pierre et Liddes, ne manqua le précipice que de quelques lignes, ce qui nous 
fournit l'occasion d'admirer le sang-froid et la dignité britannique de l'un de 
nos bons compagnons, M. Ross (d'Édimbourg), qui, placé au premier banc et 
voyant les mulets se diriger sur le précipice au moment méme oü le conduc- 
teur venait de sauter à terre pour enrayer les roues, se garda bien de tirer 
les guides pour rétablir l'attelage dans le bon chemin. Mais l'un des botanistes 
du second banc, apercevant presque trop tard le danger, se jeta en avant et 
fit tourner court à droite mules et char. Un aimable compatriote de M. Ross, 
M. le docteur Walker, ayant demandé à celui-ci s'il. n'avait pas aperçu le 
danger : « Oh! oui, répondit-il, je voyais bien. » — Pourquoi alors, ajouta le 
docteur Walker, n'avez-vous pas tiré les mules du cóté de la montagne? 
— « C'était l'affaire de l'homme (du conducteur)! » — On comprend qu'une 
ligne de soldats anglais soit une solide muraille. 

La morale de cec, pour les botanistes qui vont au Saint-Bernard, c'est de 
n'accepter pour conducteur de char qu'un homme au poignet solide, ou, ce 
qui est encore mieux , de faire à pied la descente de Saint-Pierre à Orcières. 

i (La suite prochainement.) 


ERRATUM. — Page 118 de ce volume, au lieu de : une jolie Composée labiatiflore, 
Perezia (Clarionea) pedicularifolia (Loasa chiquitensis Meyer, Senecio socialis Wedd.) , 
formant de grosses touffes arrondies. 

Lisez : une jolie Composée labiatiflore, Perezia (Clarionea) pedicularifolia, le Loasa 
chiquitensis Meyer, et le Senecio socialis Wedd. formant de grosses touffes arrondies. 


- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


AOÛT 1861. 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


De Labiatarum organis vegetativis commentarium 
anatomice-morphologieum ; par M. Alfred Kirchoff; brochure 
in-8° de 31 pages. Erfurth, Keyser, 1861. 


L'auteur de ce travail nous apprend d'abord, dans une courte introduction, 
que s'il s'est proposé d'étudier la morphologie des Labiées, c'est en partie pour 
élucider la question controversée de l'origine des faisceaux fibro-vasculaires, 
et pour décider s'ils montent de la tige dans les feuilles, ou descendent de 
celles-ci dans l'axe qui les porte. Il rappelle ensuite les travaux publiés sur les 
Labiées par Schreber, Mirbel, M. Bentham et M. Irmisch; il ne parait pas 
connaitre les observations faites par Steinheil sur l'anatomie de ces plantes. Tl 
examine dans autant de paragraphes différents la structure offerte par la tige, 
le rhizome, la racine, les feuilles et l'inflorescence des Labiées. D'aprés ses 
observations, les angles de la tige apparaissent avant les feuilles et les faisceaux 
vasculaires, qu'il à vus clairement, dans des ZLamium et des Ballota, des- 
cendre du pétiole dans la tige, au nombre de deux à la fois, aprés ou sans 
division préalable dans l'intérieur de ce pétiole, Il en résulte quatre faisceaux 
occupant chacun l'un des quatre angles de la tige; quelquefois il s'y joint, 
comme dans le Ballota hirsuta Benth, , quatre autres faisceaux latéraux, Jes- 
quels s’anastomosent à chaque nœud avec les faisceaux angulaires ; l'intrica- 
tion de ce réseau est soigneusement décrite par l'auteur, qui nous donne 
ensuite des détails sur la structure anatomique de la moelle et du tissu corti- 
cal des Labiées, Le rhizome de ces plantes présente des entre-nœuds d'autant 
plus allongés qu'ils se rapprochent plus de la tige; par sa structure, il rap- 
pelle celle de la tige, à cette différence pres que les faisceaux angulaires s'y 
réunissent de bonne heure, et que le parenchyme y forme promptement des 
anneaux ligneux concentriques, dont le nombre augmente d'année en année, 
La racine présente intérieurement, à la place de la moelle, des cellules allon- 
gées à parois épaisses, entourées d'anneaux ligneux que traversent des rayons 
médullaires, et d'une écorce séparée en deux zones par une ligue brunátre. 
On ne rencontre que trés rarement de l'amidon dans ces racines, tandis qu'on 


312 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


en trouve dans la moelle de la tige. En étudiant les feuilles, M. Kirchoff décrit 
successivement leur nervation et la structure de leur épiderme, dont les cel- 
lules, ondulées ou droites sur leurs bords à la page supérieure, sont, au con- 
traire, profondément sinuées et enchâssées les unes dans les autres sur la page 
inférieure de la feuille. La page supérieure est dépourvue de stomates dans 
les Lamium. et les Stachys, trés rarement dans les autres genres. Les glandes 
sont généralement composées d'un renflement terminal formé de quatre cel- 
lules et d'un pédicelle trés court ou nul, mais présentent quelques variétés 
selon les genres auxquels elles appartiennent. L'inflorescence a été, suivant 
M. Kirchoff, mal décrite par tous les auteurs; pour s'en rendre un compte 
exact, il faut l'étudier dans les espéces à fleurs pédonculées. Elle consiste 
en. deux fascicules latéraux, se répétant, comme on sait, à chaque nœud, 
et forinés par la bifurcation d’un axe à rameaux opposés et triflores à leurs 
extrémités, ou se bifurquant encore chacun avant de porter les (leurs. L'en- 
semble forme donc une cyme dichotome, dont souvent l'un des rameaux laté- 
raux reste indivis et uniflore. Les variétés que présentent dans leur inflores- 
cence les diverses espéces de Labiées tiennent au plus ou moins grand 


développement de cette cyme axillaire. 
D' EUGÈNE FOURNIER. 


Sur le Bulliarda aquatica DC. ; par M. Caspary. (Extrait des 
Actes de la Société royale physico-économique de Kænigsberg, 4" année, 
47e livraison); tirage à part en brochure in-4° de 25 pages, avec deux 
planches gravées. Kæœnigsberg, chez Græfe et Unzer. 


La découverte d’une nouvelle localité de cette petite Crassulacée a engagé 
l’auteur à la soumettre à des recherches monographiques dont il livre aux 
savants les résultats. Son mémoire se divise en plusieurs parties dont la pre- 
mière expose des observations morphologiques. M. Caspary a suivi le dévelop- 
pement du Zuj/iarda à partir de sa germination. Aprés en avoir décrit en 
détail les premières phases, il nous apprend que les tiges de cette plante, plus 
ou moins rameuses suivant les localités oà elle croit, sont formées par des 
axes en apparence continus; mais qu'un examen minutieux montre ces axes 
composés d’entre-nœuds de différents ordres, terminés chacun par une fleur. 
On sait que la terminologie de certains savants allemands désigne cette forme 
de végétation, trés répandue d'ailleurs dans le régne végétal, par le mot Sym- 
podium. M. Caspary nous donne ensuite la description des fleurs : elles se com- 
posent d'un calice à quatre parties, puis, en alternance avec celles-ci, il y a 
quatre pétales libres, ensuite quatre étamines fertiles portant des anthéres bilo- 
culaires à déhiscence introrse et alternant avec les pétales, plus intérieurement 
quatre étamines rudimentaires dépourvues d’anthères (staminodes) et super- 
posées aux pétales, et enfin an centré quatre carpelles libres superposés aux 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 313 


staminodes. L'auteur entre ensuite dans la comparaison morphologique des 
diverses Crassulacées. 

La partie du mémoire de M. Caspary, qui traite de l'anatomie du Zulliarda 
et qui débute par une description de l'ovule anatrope et à deux téguments, 
nous donne ensuite des détails sur la structure de la graine mûre, del'embryon, 
des ‘racines primaires et adventives de la tige, des feuilles et des organes qui 
composent la fleur. 

Dans la partie physiologique de son ouvrage, l'auteur parle d'abord de l'ap- 
parition successive des organes qui constituent la plante, ensuite il indique les 
conditions qui en favorisent ou en entravent le développement. 

M. Caspary croit devoir encore laisser indécise la question de savoir si la 
fécondation des fleurs du Zulliarda peut avoir lieu sous l'eau, fait que les 
observations de M. de Léonhard, faites en Bohéme en 1858, sembleraient 
prouver. 

La partie suivante du mémoire nous offre des recherches, faites avec le soin 
habituel de l'auteur, sur l'histoire du Pulliarda aquatica, et ajoute à cela une 
exposition trés détaillée de la distribution géographique de la plante, d'oü il 
résulte qu'elle se trouve entre 49° (Bohême méridionale) et 80° (Leity- 
burge) de latitude boréale, entre 13° de longitude occidentale (Irlande), et 
180° de longitude orientgle (Sibérie orientale). Elle habite donc la zone 
froide et tempérée de l'Europe orientale et de l'Asie, se trouvant le plus fré- 
quemment dans le voisinage de la mer Baltique en Suède et dans les provinces 
baltiques de la Russie, et bien plus rarement, cà et là en Allemagne. 

Quelques considérations sur la place qu'occupe cette plañte dans la série 
des végétaux et une comparaison de l'espéce en question avec le Bulliarda 
Vaillantii terminent ce mémoire, qui est accompagné de 67 figures lithogra- 
phiées, dues à la main habile de M. C. F. Schmidt. 


JOHANNES GRŒNLAND. 


La famille des Urticées (erue de botanique); par M. A. Guillard 
(Presse scientifique des deux Mondes, t. WI, pp. 305-324 ; 1861). 


Notre honorable confrére M. le docteur Ach. Guillard a donné derniére- 
ment à la Presse scientifique, à propos de la Monographie des Urticées de 
M. Weddell, un travail où se trouvent des observations anatomiques nou- 
velles faites sur la structure de cette famille, et que nous devons faire con- 
naître à nos lecteurs. Après avoir débuté par quelques considérations générales 
sur la méthode, M. Guillard étudie dans les Urticées la disposition des cohortes 
foliales (courants séveux descendant des feuilles), qui sont au nombre de 
trois, embrassant un arc de 100 et quelques degrés, et remarquables par le 
petit nombre de trachées qui s'y forment; puis celle des tubules corticauz 
(fibres du liber), dont la section mesure jusqu'à 12 ou 15 centièmes de milli- 


314 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

mètre, et nous montre une cavité en grande partie comblée par des couches de 
dépôt ; ces organes échappent complétement à l’action colorante de tout réactif 
chimique. Les fubules rayonnants (fibres ligneuses) sont remarquables chez 
les Urticées par là finesse de leurs parois, la régularité de leur grosseur et de 
leur forme prismatique-quadrangulaire. 

Suivant M. Guillard, la fécule est peu abondante dans chaque plante de cette 
famille; les cristaux, concrétés en tétes anguleuses, garnissent en abondance 
le manchon séveux, et y forment des séries qui dépassent souvent le champ 
du microscope. L'auteur étudie ensuite longuement l'inflorescence des Urti- 
cées en suivant la nomenclature qu'il a créée .et dont nos lecteurs ont eu 
connaissance par le Bulletin il y a quatre ans (1). Cette inflorescence est 
pour lui-même une cyme polydiopse répétée en progression indéfinie sur 
rameaux axillaires de tout rang. Il énumère avec soin les modifications de 
cette cyme que présentent les diverses espèces d'Urticées, et conclut en disant 
qu'aucune famille ne montre aussi vivement combien la nomenclature rou- 


tiniére de l'inflorescence est en arriére de l'observation. " 
E. F, 


Expériences sur les effets des gaz narcotiques et caus- 
tiques sur les plantes; par M. John S. Livingston (Ann. sc. nat., 
4° série, t. XIIL, pp. 295-305 ; extrait des Transactions of the botanical 
Society, vol, VE, part. 3, p..380). 


L'auteur de ce travail rappelle d'abord les expériences faites sur le méme 
sujet par MM. Christison et Turner, et expose ensuite le mode opératoire qu'il.a 
suivi dans des expériences faites avec l'acide sulfureux, l'acide chlorhydrique, 
le chlore, l'hydrogene sulfuré, l'ammoniaque, le protoxyde d'azote, l'oxyde de 
carbone et le gaz de la houille. Dans ces expériences, le gaz sulfureux, mis en 
contact direct, dans des cloches hermétiquement fermées, avec des plantes 
entières, flétrit et fana les feuilles de ces plantes d'autant plus rapidement que 
la proportion employée en fut plus considérable. L'action. de l'acide chlorhy. 
drique fut analogue, mais plus pernicieuse et plus rapide. Le chlore occasionna 
des effets de méme nature, quoique moins violents. Les plantes exposées à 
l'hydrogène sulfuré se couvrirent de gouttelettes d'eau pendant les expériences, 
restèrent vertes, mais perdirent leurs feuilles quand on les retira. L'ammo- 
niaque ne produisit que des effets insensibles. Les individus soumis au pro- 
toxyde d'azote ne. parurent pas souffrir, mais moururent rapidement aprés 
l'expérience. Il en fut de méme avec l'oxyde de carbone. Le gaz de la houille 
fit sécher et jaunir les feuilles, mais ne les tua pas. De toutes ces observations, 
l'auteur conclut que les gaz peuvent être classés, d’après leur action sur les 


(1) Voyez le Bulletin, t. IV, pp. 416 et 334. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 315 


plantes, en gaz caustiques et en gaz narcotiques, les premiers altérant rapide- 
ment les feuilles par contact, mais pouvant permettre de sauver l'individu, si 
on le soustrait à temps à l'atmosphère meurtrière (acide chlorhydrique) ; les 
seconds attaquant la vie de la plante, sans paraitre altérer la structure ou 


la couleur de ses organes (protoxyde d'azote). 
E. F. 


Études sur la migration du phosphore dans les vé- 
gétaux; par M. B. Corenwinder (Ann. sc. nat. h* série, t. XIV, 
pp. 39-51). 


La Betterave, le Pois, la Fève et beaucoup d'autres végétaux contiennent, 
dans leur jeunesse, une grande proportion d'acide phosphorique ; lorsque ces 
plantes ont mûri leurs graines, leurs racines et leur tige ne sont plus formées, 
quant aux matières solides, que de; silice, de chaux et de quelques sels 
minéraux, les phosphates étant tous concentrés dans les graines. C'est l'ob- 
servation de ces faits qui a engagé M. Corenwinder à suivre les migrations du 
phosphore dans les plantes. Il résulte de ses recherches actuelles. que le phos- 
phore est intimement lié à l'azote dans la vie organique, et que les excrétions 
rejetées à l'extérieur par les plantes sont dépourvues de phosphore, tandis que 
ce corps existe dans les Fucus et autres plantes marines, dans les granules 


polliniques du Lis blanc et les spores du Lycopodium clavatum. 
E. F. 


Mémoire sur Je développement du fruit des Morées; par 
M. H. Baillon, (Extrait du Recueil d'observations botaniques, cahier de mars 
et avril 1861): tirage à part en brochure in-8° de 20 pages, avec une planche 
gravée. Paris, Victor Masson et fils, 1861. 


Ce mémoire a été lu à l'Académie des sciences dans sa séance du 7 jan- 
vier 1861, Dans ce travail, l'auteur s’est proposé d'étudier l'évolution des 
fleurs dans les genres Morus, Proussonnetia et Dorstenia, Il commence par 
énumérer les diverses opinions émises par les auteurs les plus estimés sur la 
nature du fruit des Morus, et rappelle qu'Aug. de Saint-Hilaire et M. Spach 
sont les seuls qui aient considéré les nucules gélatineux que présentent les 
fruits de ce genre comme. formés, au moins en partie, par le péricarpe. 
Mais tous les auteurs en ont regardé l'inflorescence comme simple et 
indéfinie. Il résulte au contraire des observations de M. Baillon que les fleurs 
de premiere génération qui paraissent sur l'axe floral du Morus deviennent le 
centre d'autant de petites cymes ou glomérules dont les fleurs latérales s’élè- 
vent plus tard au méme niveau que la fleur centrale. L'auteur insiste ensuite 
sur la présence de fleurs hermaphrodites dans les Morus, surtout dans le 


316 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Morus nigra, et au moins dans le jeune âge. Quant à l'ovaire, il est biloculaire, 
l'une des deux loges avortant presque constamment. Enfin il n'y a dans le fruit 
aucune soudure ni des sépales entre eux, ni des sépales avec le péricarpe ; ce 
fruit est une simple drupe, produite par les modifications survenues dans le 
péricarpe après la fécondation. — Le Broussonnetja se rapproche beaucoup des 
Morus par son mode d'inflorescence et par la constitution de son fruit, avec 
cette différence que la couche pulpeuse de ce fruit est plus mince sur les bords 
qui se rompent vers la maturité, et donnent issue, vers le sommet, à un 
noyau qui n'est aussi qu'une portion du péricarpe et renferme une ou deux 
graines. A l'égard du Dorstenia, M. Baillon confirme les observations faites 
par M. Trécul sur le développement centrifuge de l'inflorescence de ce genre, 


développement qui est aussi celui de l'inflorescence des Ficus. 
E. F. 


Note sur la composition du cône des Coniferes; par 
M. Ph. Parlatore (Comptes rendus, t. III, pp. 164-169). 


On sait que, dans une précédente note adressée à l’Académie des sciences, 
M. Parlatore s'était efforcé de démontrer que l'écaille des Conifères est souvent 
le résultat de deux organes différents, c'est-à dire de la bractée et de l'organe 
écailleux, qui ne sont distincts que dans un petit nombre de genres. Aujourd'hui 
M. Parlatore traite de la nature de cet organe écailleux, qui représente pour lui, 
avec la fleur ou les fleurs femelles, un rameau florifère axillaire plus ou moins 
raccourci, avec des bractéoles élargies et plus ou moins soudées entre elles et avec 
la bractée ou le pistil. Pour M. Parlatore, l'écaille principale que les botanistes 
regardent en général, depuis Robert Brown, comme un carpelle ouvert, est la 
bractée d'un rameau latéral avorté; ce rameau possède lui-même une ou deux 
bractées qui se soudent extérieurement avec celle-là, et portent des fleurs à leur 
aisselle ; de plus, elles entourent cette fleur et lui forment souvent deux enve- 
loppes particuliéres, perforées pour le passage du style, et que la plupart des 
auteurs prennent pour les téguments de l'ovule. M. Parlatore ne regarde 
point l'ovule des Conifères comme nu, mais comme enfermé dans un pistil ct 


muni d'un style et de deux stigmates plus ou moins courts. 
E. F. 


On the genetic cyelc in organic nature (Des phases de la re- 
production chez les étres organisés); par M. le docteur George Ogilvie. 
In-8° de 296 pages, avec six planches gravées. Aberdeen, Édimbourg et 
Londres, 1861. 


, 


Composé dans des vues éminemment philosophiques, l'ouvrage que nous 
analysons ici intéresse au méme titre botanistes et zoologistes, c'est-à-dire tous 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 317 


ceux qui étudient les différentes formes que présentent successivement, à 
diverses périodes de leur existence, certaines espèces végétales ou animales. 
Aussi nous ne pouvons ici entreprendre de rendre compte de l’ensemble de 
ce livre, et nous devons, laissant dans l'onibre la partie zoologique, mettre en 
lumière seulement les principales idées émises par l'auteur sur la reproduction 
des végétaux ; notre tâche sera encore assez lourde. 

La partie botanique de l'ouvrage de M. Ogilvie peut être résumée en trois 
articles relatifs : le premier à une introduction, le deuxième à un exposé des 
faits acquis à la science sur la reproduction des plantes, et le troisième à une 
synthèse générale où l'auteur compare et classe tous ces faits. 

Dans l'introduction, M. Ogilvie traite de l'origine des étres organisés. Il y 
étudie la théorie de la génération spontanée, dont il se montre l'adversaire, 
rappelle les objections adressées aux expériences de M. Pouchet par M. Milne 
Edwards, et s'appuie sur les observations de M. Pasteur pour attribuer la pro- 
duction des animalcules microscopiques à des germes transportés, comme le 
pollen, par les agents atmosphériques. M. Ogilvie expose ensuite les deux 
principaux modes de reproduction employés par la nature : c'est-à-dire la re- 
production par bourgeons, ou asexuelle (gemmation, monogénése), et la repro- 
duction par génération, ou sexuelle (digénèse) : deux modes qui souvent se 
rencontrent simultanément chez les végétaux, mais qui, chez certains étres 
inférieurs, sont alternativement mis en œuvre pour propager l'espèce, d’où le 
terme de génération alternante. Ces deux modes donnent lieu à des états 
différents du méme végétal, états dont la durée et les relations varient consi- 
dérablement suivant les étres qu'on examine. Pour rendre plus facile le paral- 
léle qu'il se proposait de tracer entre les végétaux au point de vue de leur 
reproduction, M. Ogilvie concoit et décrit trois périodes qui, selon lui, se 
rencontrent dans la vie de tous ces étres, et qu'il désigne sous les noms de 
périodes protomorphique, orthomorphique et gamomorphique. La première 
correspond à l'état initial que l'espèce affecte immédiatement après la fécon- 
dation ; la deuxième à l’état de végétation ordinaire et normal sous lequel elle 
est généralement connue; la troisième est la période où se prépare direc- 
tement et s'effectue enfin la fécondation, but suprême de tous ces efforts de la 
nature. ; 

En exposant les faits acquis à la science sur la reproduction des plantes, 
M. Ogilvie étudie successivement les Protophytes, les Algues et les Characées, 
les Champignons et les Lichens, les Hépatiques et les Mousses, les Fougeres et 
les Équisétacées, les Lycopodiacées et les Rhizocarpées, les Gymnospermes, et 
enfin les Phanérogames angiospermes. Pour faire comprendre la théorie de 
M. Ogilvie, il nous est nécessaire de le suivre dans l'apercu qu'il donne sur la 
reproduction de chacune de ces classes. 

Les Protophytes (M. Ogilvie comprend sous ce nom les Algues les plus sim- 
ples, sans hasarder aucune opinion sur la valeur du groupe qu'il constitue 


318 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ainsi) se multiplient par gemmation ou formation de cellules nouvelles, et par 
conjugaison (Zygnema et genres voisins, beaucoup de Desmidiées, quelques 
Palmellées et Diatomées). Dans ce mode, les parois de deux cellules placées en 
regard se fendent et livrent passage à leurs endochromes qui se fusionnent en 
une spore unique, sans qu'on puisse distinguer la sexualité des deux cellules 
génératrices. D'aprés M. Ogilvie, il y a quelques raisons de penser que la con- 
jugaison est un mode de reproduction très général parmi les végétaux infé- 
rieurs. La plupart de ceux qui le présentent offrent d'ailleurs aussi des zoospores 
qui constituent pour eux une reproduction asexuelle, ainsi qu'on le voit dans 
un tableau spécial dressé à cet effet par l'auteur. 

Les Algues, étudiées en général, présentent encore des zoospores et des 
organes sexuels. Les organes mâles, anthérozoides ou phytozoaires, sont, à une 
ou deux exceptions prés, ovoides et munis de deux cils seulement à une de 
leurs extrémités, moins larges et plus uniformes dans leur mouvement que les 
zoospores auxquels ils ressemblent d'ailleurs. Les organes femelles se compo- 
sent de petites masses globuleuses de protoplasma, occupant l'intérieur de 
cellules spéciales nommées sporanges. Dans l'OEdogonium (Confervoidées), 
des microgonidies, sortes de zoospores, développent, en germant au voisinage 
des sporanges, un prothallium qui porte des anthéridies destinées à féconder 
ces derniers. La spore produite se convertit, ainsi que dans les geures Bulbo- 
chete et Colecchæte, en une capsule contenant des zoospores qui donneront 
naissance à des frondes ; il ya donc là un exemple de génération alternante. 
Les Floridées nous présentent des tétraspores, considérés comme des gemmes, 
des anthéridies, dont les anthérozoides sont dépourvus de cils, et des concep- 
tacles renfermant des spores que M. Pringsheim y a vues germer avant l'arri- 
vée des anthérozoides, et produire un prothallinm porteur d'organes femelles 
destinés à la fécondation. Ici encore nous retrouvons la génération alternante. 
Les Fucoidées n'en offrent pas de traces; quelques-unes d'entre elles sont 
munies de zoospores. Les Characées, qui ont dans leur axe végétatif la struc- 
ture des vraies Algues, portent deux sortes d'organes reproducteurs : des 
globules creux (anthéridies) au centre desquels s'attachent, sur une sorte de 
columelle intérieure, des filaments articulés qui portent un anthérozoide à cha- 
cune de leurs articulations ; et des sporanges composés d'une cellule centrale, 
revétue d'une couche de cinq cellules allongées en spirales, et terminée par 
une autre cellule qui est le siége de la germination ; la fécondation n'a pas été 
directement observée dans ce groupe. 

Les Champignons offrent souvent à l'observateur, sur un mycélium appar- 
tenant à la même espèce, des organes de fructification fort divers, qu'on a 
regardés comme constituant autant d'espèces distinctes. En considérant plu- 
sieurs de ces formes comme des gemmes chargées de la reproduction sexuelle, 
on est porté à croire, malgré de nombreuses lacunes. dans la science, que 
l'existence d'organes sexuels est générale dans les Champignons; ils y- sont 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 319 


représentés par des spermaties ou corpuscules en forme de bâtonnets, et des 
spores nues ou renfermées dans des thèques. Plusieurs des espèces à spores 
nues ne sont que les états protomorphiques de Champignons qui doivent 
porter plus tard des spermaties et des théques; les spores nues des Üredo 
donnent naissance aux /Z'eidium, qui sont munis d'organes sexuels. Dans la 
germination des Champignons, certaines spores donnent naissance à un mycé- 
liam, tandis que d'autres produisent de petits corpuscules regardés comme des 
organes mâles. Il y a encore ici de nombreux cas de génération alternante, 
M. Ogilvie en décrit comme exemple le développement de l'ergot (Claviceps 
purpurea 'Tul.) dont la sphacélie, primitivement développée sur le grain, n'est 
que le premier état, et dont les spores, transportées sur d'autres Graminées, 
reproduiront la sphacélie. | 

Les Lichens possèdent des thèques sporifères, des processus filiformes 
ou claviformes (paraphyses) qui ne sont que des théques avortées, des sper- 
mogonies consistant dans de petites cavités du thalle indiquées extérieurement 
par des pores, et contenant des spermaties analogues à celles des Champignons. 
On y trouvé encore des- pycnidies, qui ressemblent en apparence aux sper- 
mogonies, mais contiennent des corpuscules ovales ou pyriformes, creux 
(stylospores), susceptibles de germer; quant aux soredia, ce sont de petits 
amas cellulaires, placés entre la couche médullaire et la couche corticale du 
thalle, et représentant des bourgeons. Il n'y a pas de génération alternante 
dans les Lichens. ; 

Les Hépatiques et les Mousses présentent des anthéridies et des archégones 
(pistillidiu). L'anthéridie est ici un petit processus claviforme dont l'extrémité 
élargie renferme dans de petites cellules autant d'anthérozoides. L'archégone 
est une sorte d'ovaire renfermant une vésicule centrale dans laquelle se déve- 
loppent, après la pénétration des anthérozoides, uu certain nombre de cap- 
sules sporifères, dont une seule arrive généralement à maturité, entourée par 
des écailles dont l'ensemble forme le perichætium. Lors de la germination, les 
spores donnent naissance, dans les Hépatiques de la section /rondosæ, à une 
expansion lobée; dans les autres Hépatiques et les Mousses, à des filaments 
qui constituent le profonema, et sur lesquels il s'élève çà et là un axe feuillé 
qui porte des anthéridies et des archégones. 

Les Fougères et les Équisétacées produisent ce qu'on nomme des spores 
dans ces plantes, c'est-à-dire de vrais bourgeons mobiles qui, sous l'influence 
de l'humidité, développent un prothallium porteur d'anthéridies et d'arché- 
gones dont la fécondation crée de nouvelles frondes ou de nouveaux axes. Ce 
sont là les plus beaux types de génération alternante qu'on rencontre dans le 
règne végétal. 

La reproduction des Lycopodiacées et des Rhízocarpées parait, à certains 
égards, intermédiaire entre celle des autres Cryptogames et celle des Phanéro- 
games. Parmi les Lycopodiacées, l'auteur n'étudie que deux genres, le Se/a- 


320 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ginella et V'Isoëtes, qui ont des anthéridies (microspores) contenant des 
cellules munies chacune d'un anthérozoide, et des sporanges (macrospores) 
dans l'intérieur desquels se developpe une couche de prothallium ; ce pro- 
thallium contient des archégones dans l'une desquelles la vésicule centrale se 
convertit en embryon, aprés le développement préalable d'un suspenseur; puis 
cet embryon émerge de la spore en produisant un axe feuillé et des radicules. 
Dans les Rhizocarpées et les Marsiléacées, les deux sortes d'organes, micro- 
spores et macrospores, sont réunis dans un méme réceptacle nommé sporo- 
carpe. On trouve dans le macrospore un micropyle destiné à la pénétration des 
anthérozoides et à la sortie du nouvel axe. 

A l'égard des Phanérogames, dont la reproduction est bien connue de tous les 
botanistes, nous serons beaucoup plus bref dans notre analyse. En étudiant 
l'ovule des Coniféres, qu'il regarde sans discussion comme un ovule nu, 
M. Ogilvie insiste sur le rôle que joue à l'intérieur de cet ovule le « corps albu- 
mineux », qui représente pour lui le prothallium de la spore des Rhizocarpées, 
et contient deux ou trois sacs embryonnaires que l'auteur compare aux arché- 
gones développés dans ce prothallium; dans ces sacs embryonnaires sont plu- 
sieurs vésicules où se développent d'abord autant d'embryons, mais il n'en 
subsiste qu'un seul dans chacun des sacs. Ce développement est trés long, car 
le tube pollinique s'arréte pendant toute une saison dans son progrés à travers 
les téguments ovulaires. La formation du suspenseur dans les Conifères, est 
antérieure à celle de l'embryon ; elle lui est généralement postérieure dans les 
autres Phanérogames, sur la reproduction desquelles nous croyons inutile de 
suivre l'auteur dans aucun détail. x 

En général, dans ce vaste exposé, M. Ogilvie ne parle point d’après ses pro- 
pres recherches, mais d’après celles des savants les plus autorisés, dont il cite 
à tout instant les opinions. 

Nous devons maintenant résumer, à l'aide de l'exposition précédente, la 
théorie donnée par l'auteur des trois périodes vitales que traversent nécessaire- 
ment les végétaux. Pour lui, la période protomorphique qui commence après 
la fécondation, est représentée dans les Phanérogames par la formation du 
suspenseur de l'embryon, suspenseur qui s'allonge et se divise chez les Gym- 
nospermes, et se montre aussi, non-seulement dans les Rhizocarpées et les 
Lycopodiacées, mais encore. dans les Fougères, où il est le premier résultat de 
la fécondation. Dans les Hépatiques et les Mousses, la période protomorphique 
correspond au développement de la thèque et des spores, lequel suit immédia- 
tement la fécondation de l'archégone; dans les Cryptogames inférieures, la 
méme période embrasse le développement endogène qui se fait dans les spores 
après leur imprégnation; dans les Æcidium, elle est constituée par 
V Uredo, etc. L'auteur comprend encore dans cette première époque de la vie 
végétale la formation de l'embryon des Phanérogames, des filaments du proto- 
nema dans les Mousses. La période orthomorphique correspond au développe- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 321 


ment complet des organes de végétation, axes et ramifications feuillées des 
Phanérogames, frondes diverses des Cryptogames, mycélium des Champi- 
gnons, etc.; elle s'étend jusqu'au développement des divers organes qui pro- 
tégent la fécondation. La période gamomorphique comprend la formation du 
pollen et des ovules, du « corps albumineux » des Conifères, du prothallium 
des Rhizocarpées, Lycopodiacées, Fougères et Équisétacées, de l'apothécie 
des Lichens, de l'hyménium et autres organes de fructification des Champi- 
gnons ; de l'androspore des ήdogonium et autres Algues. Enfin elle embrasse 
les diverses sortes de fécondation qui ont été rapportées plus haut. 

Il ne nous reste plus, pour terminer cette analyse déjà trop: longue, qu'à 
mentionner un chapitre où M. Ogilvie étudie les rapports intimes qui existent 
entre les -ovules et les bourgeons, puis les phénomènes de la parthénogénèse, 
ainsi qu'un autre où il met le lecteur en garde contre certains cas d'erreur 
où la nature parait seulement produire des générations alternantes, comme 
dans le Lis bulbifère. 

L'ouvrage de M. Ogilvie se termine par dix-huit tableaux qui établissent les 
paralléles dont nous avons plus haut fait connaitre la substance, et six planches 
gravées qui représentent les faits les plus saillants de la reproduction des 
plantes et des animaux inférieurs. 

E. F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Catalogue des plantes observées dans le territoire de 
Boghar (Algérie) ; par M. O. Debeaux (Extrait des Actes de la Societé 
Linnéenne de Bordeaux, t. XXIII, 4° livr.) Tirage à part en brochure in-8° 
de 121 pages. Bordeaux, chez Lafargue, 1861. 


Lelivre de M. Debeaux, que vient de publier la Société Linnéenne de 
Bordeaux, contient le résultat des herborisations faites par l'auteur dans le ter- 
ritoire de Boghar pendant deux années de séjour dans ce poste militaire. Le 
territoire de Boghar, fort intéressant par sa constitution physique et sa posi- 
tion topographique, forme une grande surface au milieu d'un pays monta- 
gneux et boisé, dont les points culminants atteignent jusqu'à 1300 métres, et 
dont les vallées sont couvertes d'immenses pâturages, et parcourües par 
des cours d'eaux nombreux et trés accidentés. La composition minéralogique 
du sol, dont les formations appartiennent aux terrains tertiaires moyens, est 
trés variée et offre tantót des calcaires, tantót des marnes, tantót des grés 
quartzeux ; il faut noter encore la présence de chlorure de sodium et de sels 
magnésiens qui, pendant les chaleurs de l'été, s'eflleurissent à la surface du 
sol. Enfin la température, très variable en hiver, s'élève, dans les mois les 
plus chauds, jusqu’à 46 degrés centigrades. De tels éléments indiquent une 

T, VOL ; 21 


322 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

flore très riche ; aussi le nombre des espèces mentionnées par M. Debeaux 
monte-t-il à 729. Parmi elles, deux sont mentionnées pour la première fois 
sur le sol algérien : ce sont les Linosyris vulgaris DC. et Gagea arvensis Rœm. 
et Schultes ; deux autres indiquées pour la première fois aux environs de 
Boghar : c'est le Cerastium echinulatum Coss. et DR., et un hybride nou- 
veau, le Centaurea calcitrapo-fuscata Deb. L'auteur a indiqué, pour chaque 
espèce, la synonymie locale ou propre à la région méditerranéenne, l'indica- 
tion des ouvrages où elle a été décrite et figurée pour la première fois, les 
collections d’exsiécata où elle a été publiée pour la première fois de prave- 
nance algérienne, les stations qu'elle occupe, l'époque moyenne de sa florai- 
son et son degré de rareté, Il a donné aussi, autant qu'il a pu se les procurer, 
les dénominations appliquées par les indigénes aux plantes vulgaires ou les 
plus usuelles. 

Le catalogue se termine par un apercu général de la végétation et de la géo- 
graphie botanique du territoire de Boghar, et par deux tableaux de géographie 
botanique. Dans la végétation de Boghar, M. Debeaux reconnaît trois zones : 
une zone inférieure, comprise entre 600 et 800 mètres d'altitude, et dans 
laquelle on remarque les :Zonchophora capiomontana DR., Cordylocarpus 
muricatus Desf., Psychine stylosa Desf., Hohenackeria polyodon Coss. et 
DR., Zarkhausia amplexicaulis Coss. et DR., Statice Thouint Viv., Suæda 
maritima Dumort., Suæda fruticosa Forsk., Anabasis crassa Moq., Wan- 
genheimia Lima Mænch, Festuca incrassata Salzm., etc. ; une zone 
moyenne, étendue de 800 à 1000 mètres d'altitude, où l'on rencontre encore 
Vl'Olivier, et où dominent le Chêne à Kermés (Quercus coccifera L.), UAlfa 
des Arabes (Zugeum Spartum L.), et le Drin (Stipa barbata Desf.) ; enfin 
une zone supérieure, qui contient toutes les crétes rocheuses et boisées éle- 
vées depuis 1000 jusqu'à 1300 mètres, et qui est caractérisée par la présence 
des Pistacia Terebinthus L., Quercus Suber L., Pinus halepensis Mill., 
Thuya articulata Desf., Juniperus Oxycedrus L. et J. phænicea L. Somme 
toute, la végétation de Boghar, malgré son altitude, se rapproche beaucoup, 
comme on le voit, de la flore méditerranéenne. Quant aux tableaux de géogra- 
phie botanique qui terminent ce petit ouvrage, le premier est destiné à indi- 
quer combien de plantes se rencontrent à la fois dans les environs de Boghar et 
en Europe ou dans la région méditerranéenne en général, dans la région médi - 
terranéenne occidentale, en Espagne et en Orient, en Espágne et en Portugal, 
en Italie, Sicile, Sardaigne, Corse et Grèce, dans la région méditerranéenne 
orientale, en Asie Mineure, ou enfin dans les déserts de l'Égypte, de l'Arabie et 
de la Palestine ; une colonne particulière mentionne les espèces spéciales à 
l'Algérie, à la régence de Tunis et au Maroc. Le second tableau donne les - 
rapports qui existent entre la végétation de Boghar et celles des différentes 
régions de l'Algérie. 

A l'occasion de cette publication, nous féliciterons sincèrement la Société 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 393 


Linnéenne de Bordeaux de ce que ses moyens et son règlement lui permettent 
de publier d'un seul jet et sans interruption, dans ses Actes, des travaux de la 
longueur et de l'importance de celui dont nous venons de rendre compte. TI 
est à désirer que l'exemple donné par M. Debeaux soit suivi par ceux de nos 
confrères qui, domiciliés pour un temps plus ou moins long en Algérie, ont 
tous les matériaux et toute la facilité nécessaires pour dresser un catalogue des 


régions qu'ils habitent. 
E. 'F. 


On the botany of Benguela, Mossamedes, ete., in wes- 
tern Afrien (Sur la végétation du royaume de Benguela, etc., dans 
l'Afrique occidentale) ; par M. le docteur Fred. Welwitsch (Journal of the 
proceedings of the Linnean Society, cahier de mai 1861, pp. 182-187). 


Nous m'aurions probablement pas signalé spécialement ce petit travail, 
extrait d'une lettre adressée par l'auteur à Sir William Hooker, et contenant 
des détails sur la végétation d'un territoire placé sur la cóte occidentale de 
l'Afrique tropicale, si nous n'y avions trouvé la description extrêmement 
curieuse d'un arbre nouveau découvert par M. Welwitsch sur un plateau de 
400 mètres d'élévation, au voisinage du cap Négre. Cet arbre, qui doit peut- 
etre, suivant l'auteur, constituer le type d'une nouvelle famille, présente un 
tronc épais, de 3 à 4 pieds de diamètre, et de 1 pied de hauteur, tronqué à 
son sommet en forme de table rugueuse, et portant à sa base deux feuilles 
uniques opposées, épaisses-indurées, linéaires et fendues longitudinalement 
daus leur longueur en plusieurs lames inégales. Des bords du disque terminal 
partent des pédoncules portant à l'extrémité de leurs divisions des chatons 
munis de fleurs hermaphrodites; les étamines y sont au nombre de six, les 
anthères triloculaires, le stigmate analogue à celui de certaines Protéacées. A la 
maturité, ce chaton se transforme en un cóne qui rappelle celui du Sapin. La 
graine est entourée de fibrilles nombreuses comme dans les Casuarinées. Enfin 
le tronc laisse suinter une résine comparable à celle des Coniféres. Comme 
cet arbre est appelé N'’umbo par les indigènes, l'auteur lui donne le nom géné- 
rique de T'umboa. | 

Nous ne pouvons insister davantage sur le catalogue des autres plantes 
recueillies par M. Welwitsch pendant son voyage, dont aucune n'est men- 


uonnée par Ini comme nouvelle, 
"E Rm; Fr. 


Lettre sur lintroduetion du Vanillier à Pile de la 
Réunion; par M. Perrottet. Brochure de 6 pages; Pondichéry, 1860. 


Cette lettre, adressée à M. le directeur du Moniteur officiel des établisse- 
ments [rancais dans l'Inde, est écrite pat M: Perrottet pour revendiquer lin- 


32A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCF. 


troduction du Vanillier à la Réunion, introduction que lui avait contestée 
dernièrement M. David de Floris (de la Réunion), dans les Annales de l'agri- 
culture des colonies et des régions tropicales (4° année, 1** semestre, p. 20). 
Nous n'aurions peut-être pas cité ici le travail de notre honorable confrère, s'il 
ne renfermait un document fort important sur une nouvelle espèce de Vanille, 
que M. Perrottet a découverte à Manille, en face de la Cueva de San- Matteo. 
Cette espèce a les tiges moins grosses que le Vanilla aromatica, les feuilles 
moins grandes, moins charnues, d'un vert moins foncé, le fruit plus long, plus 
grêle et comme strié, beaucoup plus aromatique. Elle a été introduite par 
M. Perrottetà l'ile de la Réunion an moyen de bontures, ainsi que le Vanilla 
aromatica de Cayenne. 


Priecursorcs ad Floram EÉndicam, Cruciferæ: par MM. J.-D. 
Hooker et T. Thompson (Journal ofthe proceedings of the Linnean Society, 
cahier de mars 1861, pp. 128-156; cahier de mai, pp. 157-181). 


Le travail que MM. J. Dalton Hooker et Thompson viennent de publier dans 
les Actes de la Société Linnéenne de Londres, est un nouvel extrait de l'ou- 
vrage qu'ils préparent sur la Flore de l'Inde, relatif à la famille des Cruciféres. 
Il présente un intérét particulier parce que l'ordre suivi par les auteurs dans la 
distribution des genres de cette famille, identique avec telui que MM. Bentham 
et J.-D. Hooker ont adopté dans leur Genera plantarum encore inédit, diffère 
de la classification usitée pour les Crucifères depuis les travaux de De Candolle. 
Les auteurs anglais ont relégué au second rang les caractères fournis par l'em- 
bryon, et employé comme caractères de premier ordre ceux du fruit, qui servent 
à diviser la famille des Cruciféres en trois sections : la première comprenant 
les genres à fruits siliqueux ou siliculeux, déhiscents, dont les valves sont pa- 
rallélesà la cloison (Arabidées, Alyssinées, Sisymbriées, Camélinées, Brassicées); 
la deuxième embrassant les genres à fruits de méme nature dont les valves 
sont contraires à la cloison (Lépidinées, Thlaspidées); la troisième enfin les 
genres à fruits indéhiscents (Patidées, Buniadées, Cakilinées, Raphanées). De 
toutes ces tribus, une seule nous paraît nouvelle, celle des Patidées; elle est 
destinée par les auteurs à renfermer tous les genres munis de fruits indéhiscents 
et uniloculaires (Clypeola, Isatis, Neslia). D'ailleurs il y a des exceptions, 
reconnues par les auteurs eux-mémes, offertes par quelques genres aux 
caractères des tribus dans lesquelles ils sont placés; ainsi le Zeptaleum, dont 
le fruit est indéhiscent, est cependant laissé dans la première section, où il 
fait partie de la tribu des Camélinées avec le genre Braya. Le Meniocus est 
réuni à l'AZyssum, l Erophila au Draba. Le Goldbachia et le Chorispora 


font partie de la tribu des Raphanées. Telles sont les principales modifications 
que nous avons cru devoir signaler. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 329 


Les genres décrits par MM. J.-D. Hooker et Thompson sont au nombre 
de 47; les descriptions en sont rédigées en latin. Nous ne trouvons dans ce 
travail qu'une seule espèce citée comme nouvelle: c'est le Brassica trilo- 


cularis. 
E. F. 


Lichenes Scandinaviæ, sive Prodromus Lichenogra- 
phiæ scandinaviæ; par M. W. Nylander. 1 vol. in-8° de 312 pages, 
ayec une planche gravée. Helsingfors, 1861. 


Peu susceptible d'analyse par sa nature même, le livre que nous annonçons 
ici, écrit tout entier en latin, renferme une description faite dans un ordre 
méthodique et suivant la classification que M. Nylander a déjà suivie dans ses 
précédents ouvrages, de 65 genres répartis dans 19 tribus, et d’un grand nombre 
d’espèces. Un appendice renferme quelques additions. L'ouvrage est précédé 
d’une préface où l’auteur donne quelques détails sur l’histoire des Lichens, 
leur classification, leur distribution géographique et la nomenclature qu'il 
emploie ; cette préface se termine par la liste des principaux auteurs qui ont 
écrit sur les Lichens, des collections qui en ont été publiées, et par un tableau 


synoptique des familles et des tribus établies dans cette classe de végétaux. 
E. F 


Lichenes arctoi Europæ Groenlandiæque hactenus co- 
gniti ; par M. le docteur Th.-M. Fries (extrait des Actes de la Société 
royale des sciences d'Upsal, 3° série, t. TII); tirage à part en 1 vol. in-4° 
de 298 pages. Upsal, 1860. . 


Il y a qu-Iques mois, notre Revue enregistrait avec un vif intérêt les débuts 
dans la science de l'héritier d'un nom illustre, M. Casimir De Candolle. C'est 
e méme sentiment que nous éprouvons aujourd'hui en faisant connaitre à nos 
lecteurs les travaux de M. le docteur Théodore Fries, qui marche déjà sur les 
traces de son pere, l'illustre botaniste suédois. 

Le livre qui nous occupe ici, d'une date déjà un peu ancienne, mais récem- 
ment offert à la Société botanique par son auteur, est une Flore des Lichens 
qui croissent dans l'Europe boréale, c'est-à-dire dans le Nordland et le Fin- 
mark en Norvége, dans la Laponie suédoise, la Laponie finnoise et la Laponie 
russe, le pays des Samoïèdes, le Spitzberg, l'Islande et le Groénland. L'ou- 
vrage se compose d'une introduction, d'un exposé de la végétation des con- 
trées étudiées dans la Flore, de la Flore elle-méme et de deux tables des 
matières, dressées par genres et par espèces. Dans l'introduction, l'auteur 
expose le plan qu'il à suivi, et les matériaux dans lesquels il a puisé. Le court 
exposé oü il signale quelques particularités de la végétation hyperboréenns 
nous montre une division en quatre régions: région des prairies alpines 


526 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


région des Bouleaux, région des Pins et région maritime ; l'auteur étudie suc 

cessivement la flore de chacune d'elles. L'ouvrage lui-même comprend un très 
grand nombre de descriptions annotées et d'observations intéressantes sur les- 
quelles il nous est impossible d'insister. L'auteur n'a adopté une bonne partie 
des genres généralement admis qu'en en modifiant les caractéres ; nonobstant, 

il en a créé cinq nouveaux, dont nous croyons devoir donner ici les caractères, 
et qui sont les suivants : i 

Dimerospora : Thallus crustaceus, verrucoso seu tatis ae uni- 
formis seu ambitu obsolete effiguratus ; apothecia lecanorina, primitus clausa, 
excipulo thallode simpliciter marginata ; lamina sporigera hypothecio simplici 
strato medullari imposito enata; sporæ plus minus oblongæ, dyblastæ, inco- 
lorate. Lecanoræ affinis, (Parmelia aipospila Wahib. ) 

Helocarpon : Thallus crustaceus, uniformis; apothecia stipitata, intus 
solida, atra, disco primitus urceolato demumque convexo, margine proprio 
carbonaceo, demum revoluto ; lamina sporigera cartilagineo-carbonacea, hypo- 
thecio simplici nigricanti imposita; spore simplices, hyalinæ. Lecide affine, 
Omnino novum. 

Hhexophiale : Thallus crustaceus uniformis; apothecia lecidema, plus 
minus patellaria, primitus aperta, adnata, excipulo proprio cupulari, crasso, 
aterrimo, carbonaceo marginata; sporæ elongato-fusiformes, tetrablastæ, inco- 
loratæ. Bilimbiæ affine. Omnino uovum. 

Placographa : Thallus - crustaceus., verrucosus seu areolatus; apothecia 
lirellæformia, primitus. clausa, adnata, subsimplicia, excipulo proprio crasso 
carbonaceo cincta ; spore simplices, ellipsoideze, octonæ, hyalinæ. Opegraphæ 
apposita. Omnino nova. 

Arctomia : Thallus crustaceus, intus confuse cellulosus ; UH ang immar- 
ginata, colorata; sporæ vermiculares, pleioblastze, incoloratæ. Omnino nova, 
novam familiam Lichineos inter et Lecothecieos instruens. 

- Les espèces nouvelles sont au nombre de 23 dans l'ouvrage de M. Fries; 
l'espace nous manque pour en citer les noms. L'auteur nous annonce pour une 
publication prochaine un travail d'ensemble sur la classification des Lichens, 
dans lequel il justifiera le système suivi dans sa Flore. Cet ouvrage est déjà 
parvenu à la Société; nous en rendrons compte dans le prochain numéro du 
Bulletin. 


EF, 


BOTANIQUE APPLIQUÉE. 


Éléments de botanique médicale; par M. Moquin-Tandon. 
Un volume in-8° de 543 pages, avec 128 figures intercalées dans le texte. 
Paris, chez J.-B. Bailliere et fils, 1861. 


Le livre que M. Moquin-Tandon vient de publier sous ce titre est un résumé 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 327 
de ce que la botanique médicale présente de plus positif, destiné principale- 
ment aux étudiants en médecine et en pharmacie, mais qui pourrait bien 
dépasser le but que son auteur s'est proposé, en s'adressant par le fait à un 
public beaucoup plus étendu. Obligé, à notre grand regret, par le règlement 
imposé à cette Revue, d'éviter ici toute appréciation du livre, et ne pouvant 
en suivre l'auteur dans chacune des questions de détail qu'il étudie tour à 
tour, nous sommes réduit à faire seulement connaître le plan qu'il a employé. 
Ce plan différe de celui qui a été généralement adopté dans des ouvrages ana- 
logues ; l'auteur n'expose pas dans un ordre botanique l'histoire des végétaux 
dont il s'occupe successivement. Son ouvrage est divisé en trois parties : la 
premiere traite des généralités ; fa deuxiéme, des végétaux ou produits végé- 
taux employés en médecine; la troisième, des végétaux ou produits végétaux 
nuisibles à l'homme; 

La premiere partie comprend trois livres.: le premier contient en quelques 
pages un résumé trés concis des notions élémentaires d'organographie; le 
deuxième traite de la classification des végétaux, et le troisième de leurs pro- 
priétés médicinales. En étudiant la classification des végétaux, M. Moquin- 
Tandon distingue les systèmes, dont il expose comme exemples le. système 
sexuel de Linné et la classification dichotomique de Lamarck, et la méthode 
naturelle; dans l'histoire de la méthode, il distingue cinq. époques, qu'il 
nomme époques d'invention, de tâtonnement, de comparaison, de subordina- 
lion et de perfectionnement, et dont les principaux représentants sont, pour 
chacune, Maguol, Linné, Adanson, les Jussieu et De Candolle. M. Moquin- 
Tandon rappelle que Laurent Heister (de Francfort) avait reconnu, dés 1730, 
le principe de la sübordination des caractères, vingt ans avant que Bernard de 
Jussieu arrangeàt le jardin de Trianon d'aprés une classification naturelle. En 
traitant des propriétés médicinales des végétaux, l'auteur fait ressortir l'ana- 
logie qui existe entre leurs caractères et leurs vertus, et la nécessité où l'on est, 
pour apprécier ces derniéres, de tenir compte de la région, de l'exposition, 
de la station, de l'époque dans laquelle les plantes ont été recueillies, de la 
culture qu'elles avaient reçue, de leur âge et des préparations qu'elles ont 
subies. Ce livre se termine par l'exposé des propriétés médicinales des princi- 
pales familles végétales disposées suivant l'ordre naturel. 

La deuxième partie, la plus longue de l'ouvrage, renferme deux livres qui 
traitent : le premier des végétaux, le second des produits végétaux employés 
en médecine. Dans le premier de ces livres, l'auteur énumère d'abord les 
végétaux employés en entier, puis les racines, les. tubercules, les bulbes, les 
rhizomes, les tiges, les sommités, les écorces, les bois, les bourgeons, les 
feuilles, les boutons, les fleurs, les fruits et les graines utiles à l'art de guérir. 
Le second livre traite successivement du ligneux, des fécules, des mannes, 
des sucres, des gommes, des gommes-résines, des résines, des térébenthines, 
des baumes, des essences, du camphre, des huiles, du beurre végétal, de la 


328 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
cire, du caoutchouc, des cachous, de la réglisse, de l'opium, du lactucarium, 
de l’aloès, des vins, de l'alcool et des vinaigres. 

Dans la troisième partie, l'auteur s'occupe successivement, et dans autaut 
de livres particuliers, des végétaux vénéneux ou toxicophytes, parasites exté- 
rieurs-ou épiphytes, et parasites intérieurs ou entophytes. 

Les figures de cet ouvrage, qui représentent le port ou quelques parties de 
beaucoup des végétaux qui y sont décrits, ont été dessinées sous les veux de 
l'auteur par MM. Riocreux et Lackerbauer, et gravées par MM. Leblanc et 
Dufrénoy. 

E. F. 


NOUVELLES. 


— Le Botanische Zeitung, dans son numéro du 5 juillet, annonce la mort 
de M. Georges-Guillaume-Francois Wenderoth, professeur de botanique, 
directeur du jardin botanique et doyen de l'université de Marbourg. M. Wen- 
deroth était né à Marbourg le 16 janvier 1774. Il débuta dans sa carrière comme 
pharmacien et étudia plus tard la médecine. Guidé par Mœnch, il se livra prin- 
cipalement à l'étude de la botanique, et en 1803 il commenca à professer 
comme Privat-Docent à Marbourg. Quatre ans plus tard, il fut nommé profes- 
seur de l'Université de Rinteln. Quand, en 1810, cette Université fut sup- 
primée, il succéda à son maitre Mœnch, et il commença sa longue carrière de 
professeur et de directeur du jardin de Marbourg par la création du jardin 
botanique actuel. En 1859, il cessa de professer la botanique, mais jusqu'aux 
derniers jours de sa vieil continua avec un zèle infatigable à diriger le jardin 
de Marbourg. M. de Schlechtendal lui dédia, en 1858, un genre de Papilio- 
nacées du Mexique. 


— M. P. de Tchihatchef, membre de l'Académie des sciences de Berlin, 
qui a présidé la Société botanique de France dans sa session extraordinaire 
de 1857, vient d'étre nommé membre correspondant de l'Institut (section de 
géographie et de navigation). | 


Collection de plantes à vendre. 


— Dans le but de faciliter l'étude des Hépatiques et des Mousses qui 
croissent dans le rayon de la Flore parisienne, MM. Roze et Bescherelle ont 
entrepris de les publier en exsiccata sous le titre de Muscinées des environs 
de Paris. Cette publication aura lieu par fascicules de 25 plantes, dans le 
format in-18; le prix de chaque fascicule est fixé à 5 francs ; le premier vient 
de paraître. — S'adresser à M. Roze, rue Cassette 23, ou à M. Bescherelle, 


avenue du Maine, 32, à Paris. 
o, ‘ET. 


Paris. — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 14 JUIN 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. de Scheenefeld, secrétaire, donne lecture du procès-verbal 
de la séance du 24 mai, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : | 


M. PasrEUR (Louis), directeur des études scientifiques à l'École 
normale supérieure, rue d'Ulm, 45, à Paris. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 


Dons faits à la Société : 


1* Par M. Moquin-Tandon : 
Éléments de Botanique médicale. 
2° Par M. Montagne : 
Huitième centurie de plantes cellulaires nouvelles. 
3° De la part de M. H. Lecoq : 
La vie des fleurs. 
h^ De la part de M. Kirschleger : 
Guide du Botaniste (faisant suite à la Flore d'Alsace, t. III, 2° partie). 
5° De la part de M. O. Debeaux : 
Catalogue des plantes observées dans le territoire de Boghar. 


6° De la part de M. le comte de Lambertve : 


Culture forcée par le thermosiphon des fruits et légumes de primeur. 
T. VII. 22 


330 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
7° De la part de M. C. Gide : 
Atlas du Cosmos, livr. 4 et 2, 


8 De la part de M. Aug. Le Jolis : 


De l'influence chimique des terrains sur la vie des plantes. 


9 De la part de M. N, Doümet : 


Supplément au souvenir d'une herborisation au Mont- Viso. 


40° De la part de M. le docteur Th.-M. Fries : 


Lichenes arctoi Europe Granlandieque hactenus cogniti. 
Genera Lichenum europea recognita. 


44° De la part de la Société royale physico-économique de 
Koenigsberg : 
Mémoires de cette Société, 1'* année, livr. 4 et 2. 
Die Metamorphose des Caryoborus Gonagra, von H.-L. Elditt. 


42% En échange du Bulletin de la Société : 
Pharmaceutical journal and transactions, juin 1861. 
L'Institut, mai et juin 1861, trois numéros. 


M. Moquin-Tandon fait hommage à la Société du nouvel ouvrage 
qu’il vient de publier sous le titre d'Éléments de Botanique 
. médicale. 

M. J. Gay fait hommage à la Société, de la part de M. le docteur 
Th.-M. Fries, de deux ouvrages publiés par ce botaniste et intitulés : 
Lichenes arctoi Europe Grœnlandiæque, et Genera. Lichenum 
europea recognita. 

M. le Président propose à la Société de fixer au lundi 12 août 
prochain l'ouverture de la session extraordinaire qui doit avoir lieu 
cette année à Nantes. — Cette proposition est adoptée. 

M. J. Gay fait connaitre à la Société les principaux résultats d'une 
excursion que M. Durieu de Maisonneuve vient de faire, avec 
quelques botanistes de Bordeaux, dans la petite chaîne calcaire 
connue sous le nom de Montagne d'Alaric (Aude). 


Le Thalictrum tuberosum L., dit M. Gay, cette espèce espagnole si re- 
marquable par ses racines gru meuses, avalt été indiqué par De Candolle, en 
1815, « sur les pelouses sèches des basses Corbières, à deux heures environ 
» au sud de Carcassonne » (//, fr. suppl. p. 633), mais n'y avait été revu 
par personne depuis cette époque, non plus que sur aucun autre point du 


SÉANCE DU 14 Juin 1861. 331 


territoire francais. M. Durieu de Maisonneuve vient de retrouver cette plante 
intéressante, en pleine floraison, le 27 mai dernier, dans la région signalée 
par De Candolle. La localité, jusqu'ici trés restreinte, peut être désignée ainsi 
qu'il suit : Montagne d'Alaric, prés de Capendu (Aude), au pied nord de la 
chaine en fer à cheval dite la Malepeyre, sur la rive droite du ruisseau de 
Bazalat ou de Rougeat affluent de l'Aude, à environ 15 kilom. au S. 1/4 E. 
de Carcassonne, sur un sol argilo-calcaire très pierreux. Le Thalictrum tube- 
rasum se trouve là, en petite quantité, avec |'/ris graminea (le même qui vient 
en Autriche et aussi à Bayonne où il a reçu le nom d'F. bajonensis Darracq), 
le Geum silvaticum Pourr. , et d'autres plantes de la région méditerranéenne. 
M. Durieu de Maisonneuve a aussi rencontré dans son excursion une nou- 
velle localité du Clypeola gracilis Planchon. 


À l’occasion de cette communication, M. T. Puel annonce que 
M. Léon Soubeiran vient de trouver, dans le département du Lot, 
un Clypeola qui est peut-être le méme que celui que M. Planchon a 
décrit sous le nom de C7, gracilis. 


M. Puel donne ensuite lecture de la note suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par ME. "'. PUEL (suite). 


h. Lychnis Corónaria Lamarck Zncycl. Bot. dict. t. VT, p. 643, part. 2 
(1792) ; Puel! Cat. du Lot, n° 629, p. 106 (1847); Lecoq et Lamotte! 
Cat. du plat. centr. p. 98 (4847). — Agrostemma Coronaria L. Sp. ed. 
4, p. 436 (1753), et ed. 2, p. 625 (1762) ; Delpon Stat. du Lot, n° 301 
(1834). 

Lacurie et Bataillé, prés Figeac. — Lieux arides. — Terrain siliceux (por- 
phyres et rias). — Alt. 215 m. — Ros. rad. 2 déc. 1858; fl. 25 juin ; 
fr. 17 juillet 1859. — Récolté par M. L. Puel. 

Cette plante, généralement cultivée dans les jardins depuis plusieurs siècles, 
n'offre rien d'incertain dans sa synonymie ; mais il est intéressant d'en re- 
chercher la trace dans les premiers auteurs de botanique, alin d'éclairer la 
question de sa véritable patrie et de déterminer, s'il est possible, quelles sont 
les localités oà elle s'est naturalisée. 

Césalpin et Dodoéns, qui désignent notre plante sous son nom actuel de 
Lychnis Coronaria, assurent que c'est le uyt; crepavwuarix de Dioscoride. 
Mattioli, dans ses commentaires, nous apprend que les anciens se servaient des 
feuilles de cette plante pour faire des mèches de lampe, comme on se servait 
des feuilles de certaines espéces du genre Verbaseum ; et il ajoute que les 
jeunes filles tressaient des couronnes avec ses belles fleurs rouges. Le mot 
Àvy;is est en effet une simple modification du mot 32y;; qui signifie lampe, et 


332 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


orepavwnarun est dérivé de ccégovo;, couronne : Lychnis Coronaria est donc 
la traduction littérale du nom de Dioscoride. 

Gette espéce croit spontanément en Gréce et dans plusieurs autres régions 
de l'Orient. Elle n'est pas indiquée dans la Flore du Péloponése, par 
M. Chaubard ; mais M. de Heldreich, l'habile explorateur de la végétation de 
la Gréce actuelle, a retrouvé la plante de Dioscoride à l'état spontané sur le 
Mont-Barthiati en Macédoine ! (F7. grec. exsice.). Aucher-Éloy l'a rapportée 
du Mont-Olympe de Bithynie! (n? 641), et Victor Jacquemont de Cache- 
myr! (h. Mus.. p.) : M. Thuret l'a déposée dans l'herbier de M. Cosson, des 
environs de Constantinople !, et M. Boué, le savant géologue, qui n'oublie 
jamais la botanique dans ses nombreuses explorations, l'a récoltée en Bulgarie ! 
(h. Mus. p.). À 

Plus près de nous, le Zychnis Coronaria croît en Hongrie, en Servie, et 
dans quelques parties de l'Allemagne, ainsi que dans le Valais; mais c’est sur- 
tout en Italie qu'il est abondant. Cette dernière contrée, la seule qui soit 
indiquée par Linné, doit étre considérée comme la localité classique. Allioni 
signale la plante dans plusieurs vallées du Piémont, et presque tous les auteurs 
italiens plus récents en ont fait mention : les nombreuses citations qu'on trouve 
réunies dans l'ouvrage de Bertoloni semblent démontrer que l'Italie est en 
effet sa véritable patrie. 

Dans le sud-ouest de la France, le Lychnis Coronaria est très abondant, 
et se rencontre au moins dans huit départements, avec tous les caractères ap- 
parents d'une véritable spontanéité. 

Aux environs de Figeac, il serait fort difficile, sinon impossible, d'en soup- 
conner la naturalisation, s'il ne s'agissait pas d'une plante commune dans les 
jardins et facile à propager. . 

Quant à moi, je l'ai observée pour la première fois, il y a plus de trente 
ans, dans les localités oà on la rencontre aujourd'hui ; et je puis affirmer que 
depuis cette époque son aire de végétation n'a varié ni en plus ni en moins, 
comme cela a lieu le plus souvent pour les plantes naturalisées. Elle croit sur 
un terrain siliceux formé de débris de porphyre et de grès du trias, et sépa- 
rément sur chacune de ces formations : le terrain calcaire n'est séparé du 
porphyre que par un faible ruisseau, et les monticules de grés sont presque 
toujours couronnés de calcaire également triasique, mais jamais je n'ai vu la 
plante s'écarter des limites du terrain siliceux. J'ai observé le méme fait sur 
les bords du Lot, vers les limites du département de l'Aveyron. 

Je suis loin d'affirmer du reste que la plante soit spéciale au terrain sili- 
ceux. Je dis seulement qu'il en est ainsi aux environs de Figeac, et je ferai 
remarquer à cet égard, comme un rapprochement curieux, quej'ai recu de 
M. Avice de la Villejan, notre confrère, attaché à l'armée d'occupation des 
États romains, un échantillon récolté aux environs du lac de Viterbe, sur un 
terrain d'origine iguée, comme ceux du département du Lot. 


SÉANCE DU 1/4 Jurn 1861. 333 


En résumé, au point de vue de la distribution géographique du Lychnis 
Coronaria, je pense qu’il y a lieu de faire des recherches nouvelles et plus 
précises que celles qui ont été faites jusqu’à ce jour, afin de distinguer les 
localités où la plante paraît spontanée de celles où elle a pu être naturalisée. 

Voici le tableau des départements du sud-ouest de la France, dans lesquels 
on a observé jusqu'à ce jour le Zychnis Coronaria. Je ferai remarquer qu'ils 
appartiennent tous à la région des plaines ou des basses vallées des monta- 
gnes : j'ai dû grouper toutes ces localités en les rapportant au bassin de la 
Gironde, quoique plusieurs d'entre elles semblent appartenir à la région sous- 
alpine. Il y a là une question de géographie botanique digne d'études, et qui 
se représentera fréquemment à l'occasion de quelques vallées élevées des 
Pyrénées et des montagnes de l'Auvergue. Je rappellerai ici, seulement pour 
mémoire, deux localités francaises signalées en dehors du sud-ouest, parce que 
je manque absolument de renseignements pour décider sila plante y est 
spontanée ou accidentellement naturalisée. Je veux parler d'Embrun (Hautes- 
Alpes), où la plante a été trouvée par M. Delavaux (Mutel F7. Dauph.), et 
des ruines du château de Crot-Monial (Saône-et-Loire), où elle a été décou- 
verte par M. Crognot (Boreau F}. du centre). 

FLORE DE LA GIRONDE. — HAUTE-GARONNE : Luchon (Aunier in h. M. p.; 
Delaunay iu h. Puel); Boutx, Sauméde, sur la montagne de Cazaril (de 
Franqueville in h. M. p.). Tarn : Roquecourbe, bords de l'Agoüt près 
Castres (Doumenjou). TARN-ET-GARONNE : Laguépie (Martiel, Lagréze- 
Fossat); Bessous prés Montauban! (Chaubard herb). AvEYRON: Penchot- 
sur-Lot prés Decazeville! (Puel herb.) Lor : Bataillé, Lacurie, Hau- 
teval, etc., prés Figeac! (Puel herb.). CORRÈZE : Rochers de Notre-Dame à 
Servières, entre Argentat et Beaulieu! (De /a Place in h. Puel). DORDOGNE : 
Montpont, Biron (G. de Dives in Des M. Cat.) ; Saint-Cyprien (l'abbé Neyra 
in Des M. Cat.). GIRONDE : Bois de Figeac, entre Libourne et Saint-Émilion 


(Laterrade). 
(La suite prochainement.) 


M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


EXCURSION BOTANIQUE DIRIGÉE EN SAVOIE ET EN SUISSE, par Mí. Ad. CHA'TIN, 


QUATRIÈME ET DERNIÈRE PARTIE (1). 


Le 10 août avait été fixé comme le terme des excursions officielles, les 
étudiants ayant à rentrer pour les examens de fin d’année. Aussi, après une 
visite matinale à la belle cascade de Pissevache et à la gorge du Trient, sublime 
horreur qu'on peut aujourd'hui visiter sur une passerelle accrochée au rocher 


(1) Voyez plus haut, p. 127, 210 et 302. 


384 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sur l'abime où mugit le torrent, chacun de nous, ayant cueilli quelques plantes 
comme souvenir (Biscutella lmvigata, Hieracium amplexicaule; etc.), 
fit ses dispositions de départ, 

L'École de Reims (représentée par une douzaine de l'élite de ses étüdiants 
et par quatre de ses professeurs) pfit la route de Strasbourg par Lausanne, 
Yÿérdun et Bâle; quelques-uns des Parisiens rentrèrent par Lyon ou par 
Mâcon ; le gros de l'expédition se dirigea directement sur Paris par Neuchâtel 
et la nouvelle ligne de Pontarlier (1). 

Gependart l'itinéraire par Bâle, en franchissant la Gemmi où abondent 
quelques plantes rares ailleurs, en visitant le Weisenstein de Soleure; 
point le plus élevé (alt. 1309 mètres) de la région nord-ouest de la chaine 
jurassique, ne retardait que bien peu le retour à Paris ; je résolus, avec trente 
des botanistes les plus endurcis à la fatigue ou les moins pressés, de le suivre. 

Allégés de tous les bagages que nous envoyàmes à Berne, nous primes 
le chemin de fer jusqu'à Sion, des chars de Sion au pont de Suesten (alt. 
580 métres, et, de ce dernier bourg, nous gravimes, en herborisant, la mon- 
tagne jusqu'aux bains de Leuck où de Louèche (alt. 1420 mètres), placés, 
comme on sait, au pied de la Gemmi (alt. 2280 mètres). 

Entre Sion et Sierre, nous cuéillimes, sur les alluvions au milieu desquelles 
est tracée la route, plusieurs espèces intéressantes, nótartment : 


Gentiana ciliata L., assez commun depuis Martigny, dans les endroits her- 
beux ét boisés de la vallée. 

Eruca sativa Lam., égaré près de Paris sur les coteaux crétacés de la Roche- 
Güyon. 

Xeranthemum inapertum Willd., espèce de la flore méridionale, très abon- 
danie ici où elle s'est avancée, avec l’ Andropogon Ischemum 1., au pied 
des chauds vignobles de Sierre ou Siders, renominés par leurs vins mus- 
Cats et de inalvoisie. | 


Entre Sierre, point où l'habitant du Valais, brusquement devenu allemand, 
cesse de parler le francais, et le pont de Suesten, nous traversons la forét de 
Finges (Pfyn) dont les Pins (Pinus silvestris L.) annoncent la présence des 
terrains schisteux. L'Arbutus Uva ursi L. couvre de ses pousses traînantes et 
au luisänt feuillage tout le sol de la forêt. Cà et là, on voit, en approchant du 
pont, quelques pieds d'/nula Helenium L. et de Laserpitium latifolium L. 

Notre marche vers le bourg de Louéche eut lieu par une pluie battante qui 
nous fit trouver le temps (trois heures par l'ancienne route qui est d'un tiers la 
plus courte) bien long, et nous détourna d'herboriser. Nous remarquáines tou- 
tefois sur la montagne, tour à tour calcaire et schisteuse avec mines d'ardoise : 


(1) Toutes les lignes de chemins de fer, tant françaises que suisses, avaient concédé 
une réduction de moitié sur le prix des places: 


SÉANCE DU A4 suin 1864, 33b 


Fumana vulgaris Spach, au-dessus du bourg; cette plante, ordinairement 
saxophile, croît ici sur le calcaire, à côté du Zeucrium montanum L. et 
du Gentiana lutea L. 

Adenostyles albifrons Rchb., prés du beau pont sur la Dala, entre les deux 
rochers d'Inden. 

A. alpina Bluff et Fing. (A. glabra DG.). 

Alchemilla vulgaris L: 

Calamintha alpina Lam. 

Mahringia muscosa L, 

Stachys alpina Is, vis-à-vis des fameuses échelles d'Albinen. 

Phyteuma orbiculare L. 

Aconitum lycoctonum L. 

A six heures et demie du soir, nous arrivions aux bains de Louèche (Leuck- 

Bad, alt. 1420 métres), trempés jusqu'aux os et désespérant de pouvoir le 

lendemain franchir, utilement du moins, la Gemmi 


Mais la Providence qui, au milieu d'une saison exceptionnellement pluvieuse, 
nous avait accordé de beaux jours pour visiter le Brizon, le Brévent, la Mer de 
glace et le Saint-Bernard, veillait encore sur nous. Le 11, le soleil se montra 
radieux sur les escarpements de la Gemmi. Nous nous hâtâmes de revêtir nos 
habits de la veille, séchés durant la nuit aux étuves naturelles chauffées par l'eau 
des sources (la source Saint-Laurent, la plus considérable de toutes, est à 
+ 40 degrés), et, après une rapide visite à l'établissement des bains, où dans de 
grandes piscines les baigneurs passent en commun une partie de la journée, 
lisant, déjeunant et causant, nous primés la route dela Gemmi. Il était six 
heures du matin. Un jeune botaniste américain, M. Ravenel, qui parcourait 
les Alpes suisses, se joignit à l'expédition, dont faisaient partie MM. Walker et 
Ross, aujourd'hui membres de la Société botanique de France, et que j'eus 
le plaisir de compter jusqu'à la derniere heure parmi les plus infatigables et 
les meilleurs de mes compagnons. 

En sortant du village des Bains et dans les débris tombés des flancs de la 
Gemmi, nous trouvámes, avec la plupart des espèces mentionnées à la fin de 
la journée d'hier : 

Brunella grandiflora Mœnch, espèce des plus attachées au sol calcaire, 

Hieracium ampleæicaule L. 

Phyteuma orbiculare L. 

Bellidiastrum Michelii Cass; 

Lycopodium clavatum L., que, dans nos excursions circum-parisiennes nous 
ne trouvons plus guère qu'au bois de la Brèche près Versailles (localité où 

il abonde), à Marines et à Fontainebleau (du quartier Reine-Amélie à la 

Fontaine-Désirée). 

Globularia cordifolia L., en fleur et en fruit. 


336 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Après une heure de marche, nous étions au pied de la paroi verticale du 
rocher, contre laquelle on s'éléve par des escaliers et un petit sentier en zigzag 
suspendu sur l'abime et qu'on met à peu prés une heure et demie à gravir. 
Ce sentier-escalier, le plus remarquable peut-étre de la Suisse, fut bàti de 
4736 à 1741 par les gouvernements de Berne et du Valais. A la descente, il 
donne souvent le vertige. Chaque jour il est traversé en chaise à porteur par 
des personnes (des malades surtout) auxquelles les veux sont bandés, et que 
leurs guides essayent d'égayer en chantant ou cornant le fameux ranz des 
vaches. L'ordonnance (en Suisse et en Savoie tout est réglé en vue des voya- 
geurs, principal article de commerce dans les contrées montagneuses) est 
curieuse : « Il y aura quatre porteurs pour une personne ordinaire, six pour 
» une personne d'un poids au-dessus du commun, huit pour une personne 
» d'un poids extraordinaire. » Les guides racontent qu'en 1836 ils descendi- 
rent un particulier du poids de trois quintaux. 

Escalier montant, nous cueillimes, sans autre distraction que celle donnée 
par deux chaisesà porteur sortant de Leuck, et dont une à six porteurs : 
Asplenium viride Huds. , qui nous rappelle le Brizon et le Brévent. 

Dryas octopetala L. 

Hieracium staticifolium vill, 

H. amplexicaule L. 

Senecio Doronicum L. 

Linum alpinum. 

Alchemilla alpina L. 

Encore Bellidiastrum Michelii et Gypsophila gps 
Hieracium villosum L. 

H. Jacquini Vill. 

H. piliferum Hoppe (H. ier ii Koch). 
Erigeron alpinus L. 

Hutchinsia alpina L. 


Avec ces dernieres plantes, nous quittons le rocher à pic pour nous élever 
sur un plan, encore roide, qui conduit au col, mais où l'on peut s'aventurer 
sans suivre le sentier : là nous trouvons : m 
Achillea atrata L. , déjà vu au Saint-Bernard. 

Oxytropis campestris DG., espèce commune sur le glacier de la Grave (dit 
glacier de l'Homme). 

Aconitum Napellus L., seuleraent en petits boutons. 

Androsace villosa L. 

Salix herbacea L. 

S. reticulata L. 


Galium helveticum Weig., qui remplace dans les Alpes le G. cæspitosum des 
Pyrénées. 


SÉANCE DU 14 Juin 1861. 337 


Aronicum scorpioides DC. 

Selaginella spinulosa A. Br. 

Cerastium latifolium L., commun au col du Galibier. 

Pedicularis verticillata L. 

Aster alpinus L. 

Ranunculus glacialis L., que je signale d’après mes souvenirs, ne le trouvant 
pas noté sur mon carnet. 

Erigeron alpinus L. 

Androsace lactea L. et encore A. villosa L. 

La petite colonie des Veronica ophylla, V. alpina, V. bellidioides et V. fru- 
ticulosa L. 


Nous venions de rencontrer de grands amas de neige; un courant d'air 
glacial, soufflant du nord, annonce que nous arrivons au col de la Gemmi 
(altitude 2270 mètres), où croissent en grand nombre les espèces suivantes : 


Dryas octopetala Y., à peine fleuri. 

Ranunculus alpestris L.; avec le Dryas il forme le fond de la végétation. 

Ranunculus parnassifolius L., rarissime espèce qui croit en aval du Villard- 
d’Arène sur la rive gauche de la Romanche, commune ici. 

R. pyrenœus L. (noté d’après mes souvenirs). 

R. montanus Willd. 

Alsine Cherleri Fenzl, qui gazonne les rochers jusque sous les glaces. 

Gentiana bavarica L. 

G. verna L. 

G. verna B brachyphylla Vill. 

G. nivalis L. 

Valeriana montana L. 

Et surtout Rhododendron hirsutum L. (qui remplace complétement au col 
le Rhododendron ferrugineum L., espèce que nous trouverons plus loin, 
en descendant vers Kandersteg). 


Chacun cueille en abondance cette plante qui, signalée avec doute sur trois 
points de la France, en Dauphiné (Val-Gaudemar), aux Pyrénées et sur le 
Jura, avait été pour beaúcoup dans notre désir de visiter la Gemmi. Ses fleurs, 
d’un rouge plus délicat, plus rose que celui de la Rose-des- Alpes commune, 
nous semblent (le sentiment de la satisfaction aidant peut-être un peu) être 
infiniment plus jolies. 

Entre le col et le lac de Daube, situé à environ 100 mètres plus bas que le 
premier, soit à 2170 mètres, et qu'alimentent le glacier de Lemmeren à l'ouest, 
les écoulements du Rinderhorn à l'est, nous trouvons, avec plusieurs des 
espèces précitées, surtout avec le Rhododendron hirsutum qui, longtemps 
encore, nous accompagnera : 


338 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Thlaspi rotundifolium Gaud. 

Galium helveticum Weig., commun ici comme au Galibier. 
Selaginella helvetica Spreng. 

S. spinulosa A. Br. 

Saxifraga oppositifolia L. B Kochii, aux belles fleurs roses. 


Entre le lac et l'auberge de Schwarenbach, croissent : 


Erica carnea L., ici à peine en floraison, c'est-à-dire avec ses jeunes fleurs 
de couleur verte qui la firent distinguer par Linné comme espèce, sous le 
noni d' Erica herbacea. 

Globularia nudicaulis L. 

Tofieldia calyculata Wahlenb. 

Arctostaphylos alpina Spreng. 

Hieracium Jacquini Vill. 

Oxytropis montana DC. 

Scabiosa lucida Vill. 

Kernera saxatilis Rchb., en floraison. 

Salix retusa L., gazonne le sol de ces hautes régions, 


L'auberge de Schwarenbach, où nous nous arrêtons pour déjeuner, est à 
une altitude de 2030 mètres, ce qui ést à peu près la hauteur du col du 
Vergy ou du Mont-Cenis. Seule habitation sur la haute montagne par laquelle 
on va de Berne aux bains de Louéche, elle est tristément fameuse par l'assas- 
sinat que commirent deux Italiens sur la fille de l'hôte ën 1807. Plus à l'est, 
les glaciers qui séparent le haut Valais du pays de Berne ont été témoins, vers 
la Grimsel, il y a peu d'années, d'un autre drame qui nous touche de plus 
près. Deux jeunes étudiants, que j'avais vus souvent à mes excürsions bota- 
niques, les frères Léonard, arrière-petits-fils de Houël, lé fondateur de l'an- 
cien collége de pharmacie, disparutent après une nuit passée à l'auberge de 
la montagne. Ils avaient été volés et assassinés par leur hôte qui, devenu 
incendiaire, expia enfin tous ses méfaits (1). 

Nous continuons notre route, ayant à droite la haute cime blanche de l'Alt- 
Els, haute de 3714 mètres (seulement 28 mètres de moins que la Bluemlisalp, 
h50 mètres de moins que la Jungfrau, situées plus à l'est de la chaine), et 
nous trouvons : 


Saxifraga oppositifolia B Kochii; en fructification avancée, 
Trollius europœus L. 
Daphne Mezereum L. 


« 1) Cet honnéte homme, trouvant que la presse, le vol et l'assassinat des voyageurs 
élaient des moyens trop lents pour arriver à la fortune, imagina d’assurer, pour une 
Somme considérable, son mobilier, puis de éacher ce mobilier sous de la paille, des 
feuilles, etc., et de faire brûler la maison pendant qu'il irait à un marché dans la vallée. 


SÉANCE DU 14 jtiN 1861. 339 


Helianthemum vulgare, B grandiflorum vel alpinum. 

H. canum Dun., qui nous rappelle les coteaux calcaires qui bordent la Seine 
de Mantes à Saint-Adrien. 

Petasites niveus Baumg. ' 

Eriophorum Scheuchzeri Hoppe. 

Potamogeton rufescens Schrad: (P. alpinus Balb. ), dans une petite mare à 
droite de la route. 

Jüncus trifidus L. 

Primula Auricula I., a integrifolia; B lobata. 

Lycopodium annötinim L. 

Juniperus alpina Clus. 

Pedicularis verticillata L. 

Erica carnea L., ici bien fleuri ou même en fructification. 

Bartsia alpina L., très abondant. 

Ajuga alpina Vill. 

Geranium silvaticum L. 

Anemone alpina L. 

Globularia nudicaulis L. 

Veronica alpina L. et V. aphylla L. 

Rubus saxatilis L. 

Encore Rhododendron hirsutum L., seul, c'est-à-dire non accompagné par 
Rh. ferrugineum. 


Et en descendant par un bois frais d’Abies excelsa et de Pinus silvestris 
à végétation plantureuse (d'une altitude supérieure de 1700 métres environ) : 


Geum rivale L., commun à Gisors, dans le parc méme de notre savant col- 
légue M. A. Passy. 

Veratrum album L. 

Homogyne alpina Cass. 

Valeriana tripteris L, 

Asplenium viride Huds. 

Amelanchier vulgaris Mœnch, trés commun sur les rochers d'Orival-sous- 
Elbeuf. 

Aspidium Lonchitis Sw. , en magnifiques spécimens. 

Gymnadenia conopsea R. Br. 

Atragene alpina L. 

Aconitum lycoctonum L. 

Carduus defloratus L. 

Lilium Martagon L, 

Thalictrum aquilegifolium L., l'un des ornements de nos patterres, ainsi 
que l'espèce qui précède et les trois qui suivent immédiatement, 

Centaurea montana L. 


340 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Aquilegia vulgaris L. 

Astrantia major L. 

Bellidiastrum Michelii Cass. , fleurs passées. 

Astrantia minor L. : 

Rhododendron ferrugineum L., qui vient se mêler ici au Rh. hirsutum, pour 
le remplacer complétement un peu plus bas. 


Nous nous engageons, par un rapide sentier en zigzag, dans une gorge qui 
s'ouvre sur la vallée de la Kander. Ici disparaît le RA. hirsutum, notre com- 
pagnon depuis les hauts escarpements du côté sud de la Gemmi, et s'offrent 
à nous : 


Crepis aurea Cass. 

Hieracium aurantiacum L., quelques beaux exemplaires. 

Thesium alpinum L. ; 

Gymnadenia odoratissima Rich. 

Selaginella spinulosa A. Braun, assez abondant dans une claire forêt de Laris 
europea DC . 

Aconitum Napellus L., ici en pleine floraison. 

Pirola minor L. 

Soyeria paludosa Godr. 

Dentaria digitata Lam., réuni ici, comme à la Grande-Cbartreuse, au 
D. pinnata L. 


Au débouché, dans la vallée de la Kander, l'herborisation cesse. Il est quatre 
heures, et il faut que nous marchions encore pendant trois heures et demie 
pour arriver à Frutigen, où nous devons passer la nuit. Mais la route est 
belle et tracée au milieu del'un des plus magnifiques paysages du pays ber- 
nois. Les plus fatigués feront une halte à Kandersteg (altitude 1200 mètres), 
et à huit heures du soir, nous serons tous réunis à Frutigen (altitude 710 


mètres). Si la journée a été rude, elle a été bonne, et demain sera presque un 
jour de repos (1). 


(1) Ce compte rendu ne donnerait pas tous ses enseignements si je ne consignais ici 
une aventure qui n'a été que burlesque, mais qui pouvait prendre une tournure sérieuse. 
Vl avait été convenu, entre quelques-uns des étudiants qui s'étaient arrétés à Kandersteg 
et quelques autres faisant partie de l'avant-garde, que lorsque les premiers arriveraient 
à Frutigen, ils sonneraient du cor de montagne, pour annoncer à ceux-ci leur présence ; 
ce qui eut lieu. En entendant leurs camarades, les premiers arrivés répondirent aussi 
avec le cor du haut du balcon de l'hótel. Le plaisir de se revoir, et surtout d’être arrivé 
au terme de l'étape, excitait les bruyants musiciens, quand on vit déboucher sur la 
place, syndic en tête, une foule d'habitants à l'air inquiet, et dont plusieurs portaient 
des seaux et des cruches remplis d'eau. C'est que le tocsin est sonné à Frutigen avec 
des cornes de bergers (dont beaucoup avaient fait provision à Chamounix), et qu'on 


se cru à l'incendie de l'hótel! Le syndic, d’abord furieux, finit par rire avec tout le 
monde. 


SÉANCE DU 14 jurn 1861. 344 


La journée du 12 fut consacrée au repos, du moins au repos relatif. A cinq 
heures du matin nous partimes en voiture pour Thun (altitude 565 métres), 
d’où le hateau à vapeur nous transporta à Neuhaus. De Neuhaus, voiture 
pour Interlaken et Lauterbrunnen; visite au Staubach, dont les eaux, préci- 
pitées d'une hauteur de 310 métres, tombent à l'état de compléte pulvérisa- 
tion ; excursion de quelques-uns (qui ne se rendront à Berne que dans la nuit 
ou demain matin) à la Scheideck, pour mieux voir la Jungfrau; retour à 
Thun (1) et chemin de fer pour Berne, où nous trouvons nos bagages sépa- 
rés de nous depuis Martigny. La soirée fut consacrée à nos collections. 


La première matinée du 43 fut encore donnée à nos plantes et à visiter 
Berne, en commencant par le Jardin botanique, les musées, les fontaines 
grotesques, bon spécimen de ce genre en Suisse, la tour de l'horloge, le 
Muenster gothique et la plate-forme ou terrasse, d'oü l'on a une belle vue de 
l'Oberland, et finissant par les ours, qui depuis peu d'années habitent leur 
nouveau palais au bout du pont de l'Aar. A dix heures, nous partimes pour 
Soleure. 

A une heure du soir, nous arrivions à la gare de Soleure, d’où nous par- 
times immédiatement pour faire une excursion au Weisenstein. 

Berne (élevée, à la plate-forme, de 36 métres sur le lit de l'Aar) est à une 
altitude de 538 mètres, Soleure (au niveau de l'Aar) à 418 mètres, le Roethi, 
sommet du Weisenstein, dernier des hauts massifs jurassiques, à 1320 mètres. 
C'était donc une ascension de 700 métres que nous avions à faire en herbo- 
risant, sans compter le retour. 

Laissant la cluse d'/Ensingen, où, au lieu dit Vavalle, croit l’{beris saga- 
tilis L. (espèce que nous avait recommandée M. le professeur Ruetimayer 
comme étant aussi rare en Suisse qu'en France), nous traversàmes la pitto- 
resque gorge de l'Ermitage, ouverte par M. le baron du Breuil, émigré 
français, où nous vimes : 


Prenunthes purpurea L., près de la source miraculeuse de Sainte-Arsène. 
Dentaria pinnata L., prés dela chapelle et un peu plus haut. 

Geranium silvaticum L., du côté de la cellule de l'ermite. 

Melica nebrodensis Parlat., exposition sud, au sortir de la gorge. 


(1) Notre bonne étoile nous fit rencontrer, sur le bateau du lac de Thun, M. le pro- 
fesseur Ruetimayer (de Bâle), savant géologue et botaniste, qui descendait de Muerren 
(alt. 1650), où croissent : Lychnis àlpina L., Saxifraga Kochii Horng, Thlaspi rotun- 
difolium, ete., dont il nous offrit de beaux échantillons. Il avait aussi visité le Stockhorn 
(alt. 2198), où croit le Petrocallis pyrenaica Br., et rapporté l’ Achillea nana de la Grimsel. 
A Thun méme, nous trouvàmes, dans un tas de laiches qui avaient servi à protéger du 
fruit envoyé au marché, le Carex Buxbaumii Wablenb., que nous avions récolté en 1858 
dans les prairies du Rhin, prés de Benfeld. Une autre plante intéressante et presque étran- 
gère à la France, le Trientalis europea L., rapportée des environs par un touriste, ornait 
le salon de l'hótel de la Couronne. 


342 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Aprés avoir dépassé une ferme, nous montons par un bois de Pins couvrant 
un contre-fort de la montagne, et oü croissent : 


Sorbus Aria Crantz. 

Merulius Cantharellus Pers., Champignon connu à Paris sous le nom de 
girole et dont nous fimes ample provision pour le souper. 

Phalangium ramosum Lam. | 


Tout en escaladant la montagne, d'abord par un sentier en lacet tracé sur 
sa face méridionale, ensuite par un long escalier en bois fort semblable à une 
échelle de meunier, nous cueillimes : 


Thesium alpinum L. 

Teucrium montanum L. 

Cotoneaster vulgaris Lindl. 

Amelanchier vulgaris Mench. 

Carduus defloratus L. 

Digitalis lutea L. 

Coronilla Emerus L, , en fructification, 
Erinus alpinus L., en fructification. 
Draba aizoides L,, en fructification. 
Asplenium Halleri DC. 

Cystopteris fragilis Bernh, 

Rubus saxatilis L. 

Hieracium amplexicaule L. 

H, staticifolium Vill., en fructification, 
Globularia cordifolia L. , en fructification. 
Arabis Turrita L, , en fructification. 
Imperatoria Ostruthium L. 

Laserpitium latifolium L. 

Bellidiastrum Michelii Cass., en fructification. 
Kernera saxatilis Rchb. , en fructification. 
Heracleum alpinum L. 


Et plus haut, dans les lieux découverts et les hauts pâturages qui s'étendent 
entre l'auberge (où le Spiræa Aruncus, rapporté par les baigneurs et buveurs 
de petit lait, orne le salon) et le sommet du Ræthi : 


Crepis aurea. Cass. 
Trifolium montanum L. 
Orchis ustulata L. 
Epipactis atro-rubens Hoffm. 
G yi nadenia conopsea R, Br, 
"G. viridis Rich., la petite forme alpine. 


SÉANCE DU 14 Juin 1861. 343 


Nigritella angustifolia Rich. 

Spiranthes æstivalis Rich. 

Gentiana lutea L. 

G. cruciata L. 

G. acaulis L. 

G. verna L. 

G. bavarica L. 

G. nivalis L. 

G. campestris L. 

Leontodon hastilis L., petite forme alpine. 


Au sommet des escarpements nord, dans lesquels le temps ne nous permet 
pas de descendre, nous trouvons : 


Galium silvaticum L., forme alpestre se rapprochant un peu du G. helve- 
ticum. ; 

Alnus viridis L. 

Senecio Fuchsii Gmel. 

Adenostyles albifrons Rchb. 

Biscutella lævigata L. 

Valeriana montana L., remplacé dans les Vosges par le V. tripteris L. 

Cystopteris montana Link. 

Hieracium villosum L. Cette espèce, répandue sur les hauts sommets du 
Jura, depuis le Reculet jusqu’au point où nous sommes, paraît avoir ici sa 
limite nord-est; peut-être en raison de l'abaissement de la chaine vers 
l'Argovie, où aucun sommet n'atteint à 900 mètres. 


C'est en vain, d'ailleurs, que nous cherchons l’ Z. glabratum Hoppe, si- 
gnalé tout particulièrement à notre attention, Au fond d'escarpements, nous 
apercevons, sans pouvoir y descendre, le Mulgedium alpinum Less, et le 
Campanula latifolia L. Le Rhododendron ferrugineum, qui croit sur quel- 
ques hauts sommets du Jura méridional, fait ici complétement défaut ; il en 
est de méme de l Arnica montana L., espèce d'ailleurs presque étrangère 
aux formations jurassiques. 

Nous cueillons encore : 


Erigeron alpinus L, 

Campanula pusilla Hænke. 

Asplenium Halleri DC., quelques touffes dans les fissures du rocher, 
Daphne alpina L. 


En descendant dans la direction du nord-est, on pourrait trouver, d'aprés 
les renseignements recueillis, le Gentiana asclepiadea L., belle espèce que 
nous n'avons pas encore apercue et qu'autrefois j'ai vue répandue avee abon- 


34A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
dance daus les hautes et fraiches prairies des environs de Saint-Gall ; mais 
déjà il est six heures! 

Revenant sur la crête du Ræthi, nous contemplons un instant, par un beau 
soleil couchant, l'admirable panorama des crétes blanches de l'Ober/and, qui 
se déroulent en face de nous, depuis l'humble Righi, situé à gauche, jus- 
qu'à la Bluemlisalp (la blanche fleur des Alpes) et à l'Alt-Els à droite, Au 
milieu se dégagent le Finster-Aarhorn (alt. 4362 mètres) et la Jungfrau 
(alt. 4180 mètres), sommets les plus élevés des Alpes après le Mont-Blanc 
(4810 mètres) et le Mont-Rose (4636 mètres) (1). A l'arrière-plan on dis- 
tingue, plus à gauche, le Mont-Rose, à droite et plus au fond, la croupe 
imposante du Mont-Blanc que précède la crête nord des Aiguilles-Rouges et 
même du Brévent, qui nous rappelle l’une de nos plus belles excursions. A nos 
pieds sont l'Aar, les lacs de Bienne, de Morat et de Neuchâtel; à l'extrême 
gauche, les montagnes du Tirol ; derrière nous la pittoresque vallée de Muens- 
ter et les divers étages du Jura et des Vosges. 

Mais il faut nous arracher à ce panorama, l'un des plus beaux et le plus 
étendu de la Suisse. La nuit pourrait nous surprendre dans la montagne, ct 
une carte, fort bonne d'ailleurs, est notre seul guide. Spéculant (2) sur Soleure 
par la première gorge à droite au-dessous du Roethi, nous cueillons en 
courant : 


Lonicera alpigena L., en fructification. 

L. Xylosteum L. 

Ribes alpinum L. 

Rumex arifolius All. 

R. obtusifolius L., grande forme qui a été prise pour le R. alpinus, étranger 
au Jura. 


Peu après avoir dépassé des chalets, nous rejoignons le sentier que com- 
plète un escalier de bois accolé aux flancs du rocher, et, à huit heures, nous 
rentrons à Soleure. La grande excursion botanique pour 1860 est terminée. 

Commencée sur un rameau du Jura, soudé au-dessus de Genève à la chaine 
du Mont Blanc, c'est aussi sur le Jura, avant que celui-ci se soit abaissé 
pour se perdre dans les collines des pays de Bàle et d'Argovie, qu'auront été 
cueillies les dernières plantes. Entre la première et la derniere journée d'her- 
borisation on s'est avaucé à l'intérieur des grandes Alpes. Ici la végétation, 
attardée, n'a pas donné dans le voisinage des glaciers tout ce qu'on pouvait 


* 

(1) Un peu plus élevé que la Jungfrau, le Vėlan a 4200 mètres; le Pelvoux, en 
Dauphiné, suit de près (4176 mètres suivant M. Lory). 

(2) Depuis les excursions botaniques aux Vosges et en Dauphiné en 1858, les 
botanistes parisiens disent, avec Topffer (Voyages en zigzag), qu'ils spéculent quand ils 
descendent les montagnes droit devant eux, sans s'occuper des sentiers abruptis ou 
des sentiers en zigzag qu'ils coupent. 


SÉANCE DU 44 Juin 1861. 345 


espérer; là, au contraire, par les mêmes causes, la récolte a été assez fruc- 
tueuse, malgré l'époque avancée de l'année. Dans son ensemble, ce voyage 
botanique, heureusement effectué, ajoute notablement à nos herbiers et lais- 
sera dans nos esprits de bons souvenirs (1). 

Demain nous rentrerons à Paris par Bâle, où MM. Walker et Ross, nos bons 
compagnons jusqu'à la dernière heure (maintenant nos collègues à la Société 
botanique de France), nous quitteront pour se rendre à Édimbourg par le 
Rhin et la Hollande. 


LISTE DES MOUSSES RÉCOLTÉES DANS L'EXCURSION BOTANIQUE DIRIGÉE PAR M. CHATIN, 
DU 2 AU 10 AOUT 1860, DE BONNEVILLE A L'HOSPICE DU GRAND SAINT-BERNARD, 
PAR LA VALLÉE DE L'ARVE, LE COL DE BALME, LE COL DE LA FORCLAZ ET LA 
VALLÉE DE LA DRANCE, par M. Ernest ROZE (2). 


Weisia crispula Hedw. — Mont-Brizon (prés Bonneville); col de la 
Forclaz. | 

Cynodontium polycarpum Schimp. var. strumiferum. — Mont-Brizon; pont 
Pélissier (route de Servoz à Chamounix) ; col de Balme. 

Dicranella squarrosa Schimp. var. major: — Route de Saint-Pierre au grand 
Saint-Bernard, dans les petits ruisseaux qui se jettent dans la Drance 
(stérile). 

D. subulata Schimp. — Priampraz (Mont-Brévent) ; hospice du grand Saint- 
Bernard. 


Dicranum fulcatum Hedw. — Hospice du grand Saint-Bernard (mêlé au 
Polytrichum sexangulare). 

D. fuscescens Turn. — Col de Balme. 

Didymodon rubellus Br. et Sch. — Bains Saint-Gervais. 

Distichium capillaceum Br. et Sch. — Montanvert. 

Ceratodon purpureus Brid. — Le Chapeau. 

Desmatodon latifolius Br. et Sch. — Col de Balme. 


(1) Une première tristesse est venue cependant nous atteindre. M. Defrance, qui 
nous avait quittés à Berne pour explorer les bords du lac des Sept-Cantons, est mort à 
Paris quelques mois aprés son retour. Déjà un peu souffrant à Berne, il y avait recu les 
soins de nos amis les docteurs Gontier et Legendre, Géologue consommé et botaniste 
instruit, M. Defrance s’occupait en particulier, avec ardeur et succès, de l'étude des 
fossiles et de celle des Mousses. Dessinateur au Dépôt des cartes de la guerre, il y a 
marqué son passage par la découverte d'un procédé ingénieux de gravure (appliqué à la 
reproduction du dessin), que S. Exc. le maréchal Vaillant signala à l'attention de l'Académie 
des sciences dans la séance du 29 novembre 1858. Modeste et doux, M. Defrance 
était toujours prêt à servir ceux qui faisaient appel à son cœur, à sa science de natu- 
raliste, ou à son talent dans le dessin. Sa fin prématurée (il est mort à trente ans!) nous 
cause à tous une profonde douleur. 

(2) Cette liste a été présentée à la Société par M. Roze dans la séance du 22 mars 1861. 
Voyez plus haut, p. 164. 


T Im 23 


316 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Barbula tortuosa Web. et Mohr. — Mont-Brizon; Mont-Saxonnex; col de 
la Forclaz (bien fructifié). 

Cinclidotus fontinaloides P. de Beauv. — Route de Cluses à Sallanches. 

Grimmia apocarpa Hedw. — Chamounix. 

. pulvinata Smith. — Cluses. 

. Schultzii Wils. — Route de Sallanches à Servoz. 

. trichophylla Grev. — Route de Cluses à Sallanches. 

. ovata Web. et Mohr. — Montanvert ; Mont-Brévent. 

. commutata Hueb. —- Pont Pélissier; le Chapeau. 

. alpestris Schleich.? — Col de Balme, 

Rhacomitrium aciculare Brid. — Pont Pélissier. 

Eh, sudeticum Br. et Sch. — Mont-Brévent. 

Rh. heterostichum Brid. var, gracilescens. — Route de Sallanches à 
Servoz. 

Rh, microcarpum Brid, — Mont-Brizon, 

Rh. canescens Brid. — Mont-Saxonnex; col de Balme (bien fruct.). 

Hedwigia ciliata Hedw. — Pont Pélissier (fruct. ). 

Ulota Hutchinsiæ Schimp. -— Mont-Brizon; pont Pélissier, 

U. crispa Brid, — Col de la Forclaz, 

Orthotrichum anomalum Hedw. — Montée de la grotte de Balme. 

O. speciosum Nees. — Mont-Brévent. 

0, rupestre Brid, — Route de Sallanches à Servoz. 

O. leiocarpum Br. et Sch. — Cluses. 

Tetraphis pellucida Hedw. — Mont-Brizon (fruct. ). 

Encalypta ciliata Hedw. — Bains Saint-Gervais; le Chapeau; route de 
Saint-Pierre au grand Saint-Bernard. 

Webera polymorpha Schimp. — Mont-Saxonnex. 

W. elongata Schwægr. — Montanvert; grand Saint-Bernard; col de la 
Forclaz. | 

W. nutans Hedw. — Route de Sallanches à Seryoz, 

W. cucullata Schimp.? — Grand Saint-Bernard. 

W. cruda Schimp. — Bains Saint-Gervais; col de la Forclaz, 

W.cruda var. minor. — Grand Saint-Bernard. 

Bryum bimum Schreb. — Pont Pélissier. 

B. bimum var. cuspidatum. — Grand Saint-Bernard. 

B. pallescens Schleich, — Bains Saint-Gervais; col de la Forclaz. 

B. erythrocarpum Schwægr. — Chamounix. 

B. capillare L. div. var,? — Route de Sallanches à Servoz; col de Balme; 
Mont-Brévent; Mont-Brizon ; route du Chapeau à Argentiéres; grotte de 
Balme. 


B, pseudotriquetrum Schwægr, — Mont-Brizon; pont Pélissier; grand Saint- 
»ertarc. 


E2EESE- EE» 


SÉANCE DU 44 Juin 1864. 947 


Bryum turbinatum Sehwægr. var. latifolium. — Argentières; cantine de 
Proz (stérile). 

Mnium punctatum Hedw. — Mont-Brizon. 

Meesia uliginosa (4) Hedw. — Pont Pélissier ; grand Saint-Bernard. 

Bartramia ithyphylla Brid. — Mont-Brizon; bains Saint-Gervais. 

B. pomiformis Hedw. var. erispa. — Mont-Brizon ; col de Balme. 

B. Halleriana Hedw. — Mont-Brizon; pont Pélissier ; Brévent ; col de Balme ; 
grand Saint-Bernard, 

B. OEderi Swartz. — Mont-Saxonnex. 

Philonotis fontana Brid. — La Fléchère ; le Mauvais pas près de la Mer de 
glace; route du grand Saint - Bernard, où il était commun et bien 
fruetifié. 

Pogonatum urnigerum P. de Beauv. — Mont-Brizon; route du grand Saint- 
Bernard. 

P. alpinum Ræhl. — Mont-Brévent; Montanvert; col de Balme. 

Polytrichum sexangulare Hoppe. — Abondant, en gazons serrés, prés de 
l'hospice du grand Saint-Bernard (l'urne, encore jeune, était recouverte de 
sa coiffe). 

P. formosum Hedw. — Col de Balme. 

P. strictum Menzies. — Priampraz (Mont-Brévent). 

Neckera crispa Hedw. — Mont-Brizon et Mont-Saxonnex (peu fruct, ). 

Thuidium tamariscinum Rr. et Sch, — Mont-Saxounex (fruct, ). 

Pterigynandrum filiforme Hedw, — Pont Pélissier; col de la Forclaz (bien 
fruct.). 

Climacium dendroides Web. et Mohr. — Mont-Saxonnex (stérile). 

Orthothecium intricatum Br. et Sch. — Col de Balme (frnet.). 

Brachythecium populeum Br. et Sch. — Route de Sallanches à Servoz, sur 
les rochers. 

Plagiothecium denticulatum Br. et Sch. var. densum. — Col de Balme, 

Hypnum uncinatum Hedw. — Pont Pélissier; col de Balme; grand Saint- 
Bernard. 

H. commutatum Hedw. — Mont-Brizon ; grand Saint-Bernard (bien fruct. ). 

H. cupressiforme L, — Bonneville (2). 

H, molluscum Hedw. — Mont-Brizon ; de Sallanches à rie (fruct, ), 

Hylocomium splendens Schimp. — Mont-Saxonnex (fruct.). 

H. triquetrum Schimp. — Pont Pélissier (stérile), 


(4) Qu'il me soit permis d'assoeier au nom de cette Mousse celui d'un compagnon 
assidu de mes herborisations bryologiques, à qui je dois, du reste, la récolte de plusieurs 
antres espèces également curieuses, de M. Aug. Defrance, enlevé jeune encore à la 
science et à ses amis par une mort aussi rapide que prématurée ! 

(2) Seul point de l'excursion où j'aie retrouvé cette espèce, que je n'ai revue nulle 
part au delà. 


348 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Andreca petrophila Ebrb. var. pygmea. — Sur les rochers exposés au midi 
de Priampraz (Mont-Brévent). 


Cette liste de Mousses, classée d’après le récent ouvrage de M. Schimper, 
Synopsis Muscorum europæorum, est composée de presque toutes celles que 
j'ai pu récolter pendant cette excursion, à l'exception de quelques Grimmia 
et Bryum qu'il a été impossible de déterminer avec certitude, soit à cause 
de leur stérilité, soit par suite de l'état trop incomplet ou trop avancé des 
échantillons. Quoi qu'il en soit, elle pourra toujours douner un apercu de 
la végétation bryologique de ces régions alpines, où l'on retrouve encore 
un certain nombre des Mousses communes dans nos contrées, jusqu'à ce 
qu’en gravissant les crêtes glacées, on ne découvre plus que des espèces 
caractéristiques, telles que les Dicranum falcatum et Polytrichum sexan- 
gulare, dont les fonctions de végétation et de reproduction paraissent ne 
pouvoir s'effectuer que sous l'influence immédiate de la fonte des neiges 
perpétuelles. 


M. Eug. Fournier met sous les yeux de la Société un échantillon 
de Ranunculus chærophyllos dont le gynécée est bifide à sa base, 
et un pied de Myosurus minimus dont quelques réceptacles sont 
aussi bifides à leur sommet. 

M. T. Puel dit qu'il possède en herbier des échantillons de Myo- 


surus dans lesquels les réceptacles anomaux sont bifurqués dés 
leur base. 


M. Le Sourd-Dussiples fait à la Société la communication sui- 
vante : 


NOTE SUR UN CAS DE MÉTAMORPHOSE ASCENDANTE. TRANSFORMATION DES ÉTAMINES 


EN FEUILLES CARPELLAIRES, pr MM. E. LE SOURD-DUSSIPLES c 
Georges BERGERON. 


l. — L'étude des anomalies, loin de contrariérles lois générales, semble 
leur donner, le plus souvent, une éclatante confirmation. La théorie des méta- 
morphoses, indiquée par Linné, mais qui restera comme un des plus beaux 
fleurons scientifiques du poéte-botaniste Goethe, nous permettra de démontrer 
l'exactitude de notre proposition. 

Les métamorphoses ascendantes sont, dans certains cas, un fait normal 
plutót qu'un accident tératologique. La transition observée, dans les fleurs 
des Nymphéacées, d'un cóté, entre les sépales et les pétales, de l'autre, entre 


les pétales et les étamines, indique le point de départ commun de ces diverses 
parties, 


SÉANCE DU 14 Jun 1861. 349 

A côté des Vymphæa, nous allons placer aujourd'hui un exemple de l'ana- 
logie qui existe entre les étamines et les feuilles carpellaires. 

II. — L'observation que nous soumettons à la Société n'est pas un fait 
détaché et sans liaison. Depuis longtemps déjà notre attention s'est fixée sur 
les monstruosités végétales. Cette communication est donc, dans notre esprit, 
le début de recherches dans lesquelles nous nous efforcerons, à l'aide des ano- 
malies anatomiques, de confirmer la régle par l'exception (1). 

III. — La transformation des étamines en feuilles carpellaires est un fait 
qui a déjà été plusieurs fois signalé dans un certain nombre de familles. Du 
Petit-Thouars, Poiteau, Turpin, De Candolle, M. J. Gay, ont, tour à tour, 
étudié cette métamorphose dans les prevu, le Malus apetala, les Sau- 
les et les Rumex. 

Les Pavots, les Erica, les Stachys, etc., ont aussi été l’objet de semblables 
observations. Mais il nous semble inutile d'insister davantage sur cet histori- 
que : on le trouvera très complet dans l'excellente 7ératologie végétale de 
M. le professeur Moquin- Tandon. 

C'est à une observation du méme genre que nous devons une théorie fort 
ingénieuse de l'évolution staminale. Un Sempervivum tectorum et un Papa- 
ver orientale servirent en effet de texte à M. Hugo de Mohl. Il eut le tort, 
toutefois, d'étre trop absolu, de rejeter complétement la proposition de 
Turpin. 

Ce botaniste pensait que, dans la métamorphose ascendante, les filets 
se transformaient en ovaires et que les anthères crispées simulaient les stig- 
mates. M. de Mohl combattit cette opinion et soutint que, dans l'anomalie qui 
nous occupe, le connectif et les loges de l'anthere faisaient tous les frais de la 
transformation carpellaire. 

N'y avait-il pas là une exagération regrettable ? 

L'examen auquel nous avons soumis un Papaver orientale, recueilli à la 
Malmaison, en plein champ, et assez loin de toute habitation, nous confirme, 
au contraire, dans la pensée que la feuille carpellaire anomale peut fort bien 
se développer aux dépens du filet staminal. 

IV. — Les étamines les plus extérieures de notre Papaver sont normale- 
ment développées. A mesure que l'on se rapproche des carpelles, on observe 
que le filet staminal augmente de volume. 

Cette hypertrophie ne porte d'abord que sur le point où l'anthére se fixe 
sur le filet. Mais bientót ce point n'est plus limité : peu à peu le filet se dé- 
veloppe dans toute son étendue. 


(4) Des travaux complétement étrangers à la botanique, commandés par les derniers 
jours d'une année scolaire, nous contraignent de laisser cette communication à l'état de 
note. — Nous profiterons de la premiére étude tératologique du méme ordre pour 
compléter cette ébauche et publier les dessins que nous avons placés sous les yeux de la 
Société. (Note ajoutée pendant l'impression.) 


350 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


En méme temps, le filet s'aplatit, se creuse ; les anthères et le conrectif 
persistent encore. 

Si l'on soumet ces étamines à l'examen microscopique, on Voit que le 
faisceau fibro-vasculaire qui doit servir de placenta, s'épanouit et rayonne en 
tous sens dans le parenchyme de l'étamine élargie. 

Ainsi transformée,’ l'étamine est encore surmontée de deux anthèrés nor- 
males. Elle rappelle par sa structure une feuille carpellaire repliée le long de 
sa nérvure médiane et tournant du côté du stigmate sa face supérieure. 
Celle-ci, creusée comme nous verions de le dire, est sillonnée par les vais- 
séaux du filet, sur lesquels prennent insertion des ovüles munis de leur 
enveloppe (primine), dé leur nucelle et du sac embryonnaire, en un mot, 
des ovules normalement constitués. 

Faisons um pas de plus, et nous retrouverons, at milieu de la fleur, des éta- 
mittes transformées, tais alors sans traces d’anthère. Nous sommes aù voisi- 
nage du pistil; la partie supérieure de la feuille carpellaire se fronce, s'élargit 
et simule un appendice stigmatique. Le filet, considérablement élargi et creusé, 
est rempli d'ovules. 

V. — Cependant cette feüille — n'est qu'imparfaitement repliée, 
ses bords latéraux se maïntiennent écartés. 

Mais, que nous venions à les souder entre ek, sur un même verticille, et 
nous aurons un ovaire uniloculaire, à placentation pariétale multiple, 

Tel est l'ovaire normal des Papavéracées. 


Plusieurs Membres rappellent qu'on cultive, dans le jardin d'expé- 
riences de la maison Vilmorin, une variété LA Papaver somniferum 
dont plusieurs des étamines internes sont transformées en autant de 
pistils composés d’un ovaire pédicellé. nen 3 

M. Duchartre fait remarquer que, dans cette. ee AN 
filet siaminal he prend aucune part à la transformation, ce qui 
la distingue de celle qui vient: ies décrite par M. Le Sourd- 
Dussiples. 

M. A. Gris dit qu'il a observé et publié il y a quelques années des 
anomalies analogues, offertes encore par une Papavéraeée, le 
Macleya cordata. Dans ce cas, les anthères étaient transformées à 
divers degrés en carpelles qui portaient des ovules, mais les filets 
n'avalent subi aucune modification. 

M. Ad. Brongniart rappelle que, dans le Sempervivum tectorum, 
on observe presque toujours une rangée d'étamines métamorphosées 
en pistils. 


M. le Président donne ensuite lecture de la notice suivante qu'il 


SÉANCE DU 1A Juin 1861. 351 
a reçue de M. Schimper et dont il a déjà parlé dans la derniére 
séance. | 


OBSERVATIONS SUR QUELQUES CAS DE TÉRATOLOGIE BRYOLOGIQUE , 
par M. W.-Ph, SCHIMPER. 
(Strasbourg, mai 1861.) 


Je viens de lire, dans le Bulletin de la Société botanique de France, la 
communication de M. Le Dien (1), au sujet d’une syncarpie dans le 7richo- 
stomum rigidulum. 

Ce phénomène tératologique n'est pas trés rare dans les Mousses, quoique 
beaucoup moins fréquent que dans les végétaux cotylédonés. Il est l'effet de 
la soudure de deux germes appartenant à deux archégones différents et qui 
se sont rencontrés dans le réceptacle, c'est-à-dire dans l'intérieur du sommet 
de la tige que les cellules germinatives perforent pour s'y fixer et continuer 
ensuite l'évolution du fruit dans le seus opposé (voy. mon Synopsis Muscorum 
europæorum ; introd. p. XIX, cap. 1v, 8 1). 

Cette rencontre de deux germes se fait tantót à l'extrémité intérieure, et 
alors il en résulte une coalescence partielle ou totale des pédicelles, suivant le 
nombre de cellules qui ont été misés en contact et se sont soudées ensemble 
(voy la pl. IT, ci-jointe, fig. 1) ; tantôt à l'extrémité supérieure (fig. 2), pour 
produire là réanion des deux capsules, réunion qui pourra se faire soit laté- 
ralement, soit verticalement. 

Dans le cas d'une soudure basilaire, nous voyons les deux pédicelles réunis 
seulement par leur base (ce qui arrive assez souvent quand deux germes sont 
tellement rapprochés dans le réceptacle qu'ils ne produisent qu'une vaginule), 
où au-dessus de la partie basilaire, pour redevenir libres vers le haut (fij. 4), 
ou enfin dans toute leur longueur (fig. 6, 7). Cette dernière coalescence 
s'étendra jusqu'au col capsulaire et méme au delà (fig. 3, 5, 9), quand la 
réunion embryonale aura compris encore la partie inférieure du tissu destiné 
à former la capsule. Dans ces différents cas, les deux capsules arrivent tou- 
jours à leur développement normal, quand méme il y a fusion compléte entre 
les pédicelles, et elles seront placées tantôt l’une à côté de l'autre (fig. 5, 7, 9), 
tantôt l'une au-dessus de l'autre, et cela même quelquefois à une assez grande 
distance (fig. 3, 6, 8). M est à remarquer cependant que, dans le cas d'üne. 
superposition, la capsule inférieure est presque toujours plus grande et plus 
parfaite que la capsule supérieure. 

Quand la réunion s'opère par le sommet des embryons et que la partie 
basilaire reste libre, il peut en résulter deux sortes de syncarpie: une pleuro- 
syncarpie terminale, ou une acrosyncarpie renversée, c'est-à-dire uné conju- 


(1) Voyez plus haut, p. 73. 


352 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

gation inverse effectuée à la suite de la soudure des sommets geriminatifs dans 
le sens diamétralement opposé à leur marche d'évolution. Dans les deux cas, il 
arrive toujours que l'un des deux germes l'emporte sur l'autre par une végé- 
tation plus rapide ou plus vigoureuse, de sorte que le plus faible se trouve 
bientôt arraché au lieu de sa naissance et entraîné vers le haut par son frère 
jumeau plus fort et dont désormais il dépendra tout à fait pour son régime 
alimentaire, qui doit naturellement devenir insuffisant parce que la nourriture 
n'arrive plus que par un seul canal. Cette insuffisance de substances alimen- 
taires amène l'avortement partiel ou complet des parties qui n'étaient pas 
encore formées au moment où l'embryon soulevé a été arraché au réceptacle. 

J'ai eu occasion d'observer un fort bel exemple du premier de ces deux 
phénoménes tératologiques, savoir une pleurosyncarpie terminale avec absor- 
ption presque complète de l'un des fruits, sur un pied vivant de Buxbaumia 
indusiata, que j'ai cueilli avec une centaine d'autres pieds de la méme 
Mousse, pendant une excursion faite dans les montagnes du Val-de-Travers en 
Suisse, au mois d'octobre 1859. Comme, à cette époque de l'année, les fruits 
des Buxbaumia sont encore peu développés, j'emportai mes plantes avec leur 
substratum pour les cultiver dans ma petite serre bryologique. Cette culture 
réussit parfaitement, et j'eus le plaisir de suivre jour par jour, et jusqu'au 
moment de la parfaite maturité des capsules, non-seulement la marche évolu- 
tive des fruits normalement constitués, mais aussi celle d'une monstruosité 
que je n'avais pas encore rencontrée jusqu'alors et qui m'intéressait au plus 
haut point, Les deux capsules offrent une fusion presque complète, et il ne 
reste du fruit absorbé que le rudiment du pédicelle arraché au réceptacle 
aprés avoir atteint à peine la moitié de sa longueur normale, une légère trace 
du col et du fond de la capsule (fig. 10). Au moment où je cueillis ce fruit, 
la capsule commencait à peine à se former et l'appendice P se dirigeait encore 
vers la terre ; il ne s'est relevé, pour former l'espèce d'éperon. redressé qu'on 
voit à la fig. 10, qu'à la suite du gonflement et d'une légère courbure de la 
capsule dans le sens opposé au point d'attache de ce pédicelle rudimentaire, 
dont la surface verruqueuse et la couleur pourpre font facilement reconnaitre 
la vraie nature. 

L'acrosyncarpie renversée a été observée deux fois: une fois sur un pied 
d Homalothecium sericeum (Leskea sericea Hedw.), envoyé d'Alger en 1832, 
par mon cousin M. Wilhelm Schimper; et une autre fois sur uu échantillon 
de Camptothecium lutescens (Hypnum lutescens Huds.), trouvé prés de Deux- 
Ponts par feu mon ami Bruch. Cette monstruosité est inconnue, et j'ose 
méme dire impossible, dans les végétaux cotylédonés, dont la fructification a 
une origine et une signification si différentes de celles de la fructification des 
Cryptogames en général et des Mousses en particulier. Pour produire cette 
conjugation renversée, les deux embryons descendus de l'archégone dans le 
réceptacle se sont rencontrés à leurs sommets respectifs, c'est-à-dire aux cel- 


SÉANCE DU 14 juiN ‘1861. 353 
lules terminales destinées à former les opercules capsulaires. Ces deux organes 
se sont par conséquent fondus ensemble par leur sommet et dans le sens 
diamétralement opposé à la marche de leur formation ; cette fusion a produit 
un cylindre étranglé à l'endroit où les becs des deux opercules se réunissent 
(fig. 4^4, PP, et fig. 12). Comme dans le cas précédent, l'embryon le plus 
faible a été arraché du réceptacle par l'embryon le plus fort, au moment oü 
une partie du pédicelle de la capsule qu'il devait porter était formée et où les 
cellules primordiales de la capsule elle-méme existaient déjà. En effet, le bec 
pointu de la fig. 44 est recouvert des petites verrues propres au pédicelle 
capsulaire du Camptothecium lutescens, et la base du cóne convexe dans 
lequel se continue ce pédicelle rudimentaire se trouve garnie d'un péristome 
régulièrement formé, en méme temps que son axe est occupé par un faisceau 
cellulaire dans lequel on reconnait aisément une columelle (fig. 44, 14). H 
est donc évident que ce corps operculiforme rostellé, qui surmonte l'opercule 
de la capsule régulièrement développée, n'est autre chose qu'une capsule rudi- 
mentaire, dont seulement l'opercule et le péristome, qui du reste se forment 
toujours avant la capsule, sont arrivés à leur évolution compléte, tandis que 
tout le reste n'a atteint qu'un développement imparfait. 


Explication des figures (Pl. II de ce volume). 


Fig. 4 et 2. Figures théoriques pour montrer de quelle manière les germes des arché- 
gones peuvent se rencontrer dans l'intérieur du réceptacle pour se souder 
ensemble et donner lieu aux diverses formes de syncarpie dont il est 
question dans cette notice. 


Fig. 3. Syncarpie s'étendant depuis la base du pédicelle jusqu'au delà du col capsulaire, 
observée sur l’ Anomodon altenuatus. 

Fig. 4. Conjugation partielle de deux pédicelles, observée surle Climacium den- 
droides. 

Fig. 5. Syncarpie analogue à celle de la fig. 3, trouvée par M. Bruch sur un échantillon 
de Bryum caspiticium. 

Fig. 6. Méme monstruosité, rencontrée sur le Brachythecium plumosum. 

Fig. 7. Podosyncarpie complète d'un Mnium serratum. 

Fig. 8. Podosyncarpie du Splachnum vasculosum. L'un des deux pédicelles soudés a 
continué son accroissement aprés que l'autre avait fini le sien, ce qui 


prouve que, malgré la coalescence, l'indépendance de la végétation de 
chacun des deux fruits n'avait pas été annulée. 


Fig. 9. Podosyncarpie complète de la même espèce. Cet échantillon m'a été donné en 
1840 par M. De Candolle père, 


Fig. 10. Acrosyncarpie de Buzbaumia indusiata, décrite en détail dans la notice. 
Fig. 11. Acrosynearpie renversée, observée sur le Camptothecium lutescens. 


Fig. 12. Résultat de la fusion des deux opercules de la syncarpie représentée fig. 41 ; 
c’est la portion isolée P P^ de cette méme monstruosité. 

Fig. 13. Capsule rudimentaire P/A de cette syncarpie, avec son péristome retiré de 
l'opercule; on y distingue mieux les verrues du pouce P, 

Fig. 1# La méme, ouverte, montrant la columelle c. 


354 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Bernard Verlot fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR QUELQUES ARBRES REMARQUABLES PLANTÉS DANS LE DÉPARTEMENT 
DU LOIRET, par ME. Bernard VERLOT. 


Il est peu de contrées en France qui offrent autant de richesses végétales 
arborescentes que l'Orléanais : cela tient sans doute à son climat tempéré et à 
la persévérance de quelques hommes éminents qui ont protégé la science horti- 
cole dans cette partie de notre territoire. 

Parmi les nombreuses propriétés remarquables de ce pays, on peut citer en : 
premiére ligne le parc de Cháteauneuf : c'est là que je me rendis le 19 du mois 
dernier, accompagné de MM. Alph. Lavallée et Th. Delacour. 

Châteauneuf est situé à environ 10 kilomètres d'Orléans. Le château, 
construit par le marquis L. Phelippeaux de la Vrilliére, vers le milieu du 
xvir siècle, et longtemps habité par ses descendants, fut vendu lors de la 
révolution; il appartient actuellement à M'"* Eulalie Lebrun. 

Le parc a une contenance de 25 hectares. Des anciennes plantations , il ne 
reste qu'une allée de Tilleuls. Les plantations actuelles ont été faites en 1821, 
par M. d'Héron, que M"* Lebrun savait passionné pour la culture des arbres. 
Permettez-moi, Messieurs, d'appeler votre attention sur les végétaux rares et 
curieux de cette propriété princière. 

Au milieu d'une pelouse, non loin du cháteau, existent un Quercus fas- 
tigiata, un Q. Hez, un Frazinus excelsior pendula, et un Abies canadensis 
d'une grosseur remarquable, Tout à côté d'eux s'élève à environ 4",50 
un Cunninghamia sinensis. Ce bel arbre, âgé de vingt-huit à trente ans, 
nous a parn avoir souffert de l'hiver dernier; néanmoins nous avons 
remarqué plusieurs fruits assez volumineux, et M. André Varenne, le 
jardinier en chef de ce domaine, nous à dit que cette Conifere fructifiait 
déjà depuis une dizaine d'années, Près de ce Cunninghamia, et à l'entrée 
d'une petite vallée qui conduit à un vallon humide, nous avons vu une variété 
naine fort curieuse de l'Abies excelsa. Dans les massifs de terre de bruyère 
qui bordent la méme allée, plusieurs Anona glabra de h mètres, des Laurus 
Sassafras d'une taille rare, et des Magnolia Soulangeana mesurant 09,55 
de circonférence, produisent un effet ravissant; mais, dans ces mêmes 
massifs, ce sont des Magn. acuminata qui ont excité surtout notre admira- 
tion. Plusieurs d'entre eux atteignent en effet 18 à 20 mètres de hauteur, 
et leur tronc porte 1",40 à 17,45 de circonférence. Non loin de ces massifs 
se trouvent disséminés des Juglans nigra de 17,82 de tour, puis des Ulmus 
crispa, Ginkgo biloba, Maclura aurantiaca, etc., d'ume taille peu ordi- 
naire. 

En traversant un pont de bois, jeté sur un fossé de 2 à 3 mètres de large, et 
à gauche, M. Varenne nous fit remarquer un G/yptostrobus heterophyllus 


SÉANCE DU 14 Juin 1861. 355 


dont la hauteur pouvait atteindre environ 25 mètres et dont le tronc nous 
a offert une circonférence de 1",08. 

En continuant le chemin et toujours dans là méme vallée, traversée de dis- 
tance en distance par de petits ruisseaux, on admire plusieurs Peupliers-de- 
la-Caroline, âgés seulement de irente-sept à quarante ans, et dont la hauteur 
peut varier entre 25 et 30 mètres; leurs troncs portent 3",12 à 37,15 de 
tour. Là aussi se trouvent des Peupliers-suisses et des Liriodendron Tulipi- 
fera d'une taille gigantesque. 

En face de ces beaux arbres, sur ün coteau arrosé de toutes parts par des 
infiltrations souterraines et dont la nature du sol peut être comparée à du 
sable fin de rivière auquel on aurait apporté des détritus végétaux (des feuilles 
par exemple), existe une forêt de Æhododendron plantés sur deux talus qui 
se trouvent séparés par un petit sentier, La longueur de cette forêt de Rosages 
est d'environ 1000 métres, et sa largeur de 6 à 8 mètres. Ces arbustes, dont 
quelques-uns d'une grosseur exceptionnelle, font un effet ravissant au moment 
de leur floraison. Is sont protégés contre les rayons du soleil par des Magnolia 
grandiflora, Taxodium distichum, Liriodendron Tulipifera et autres espèces 
américaines des terrains tourbeux et spongieux. Parmi ces Rosages, se trouve 
disséminée une nombreuse collection d'arbustes de terre de bruyère, tels 
que les Halesia tetraptera, Kalmia, Itea, Prinos, Azalea; Andromeda, etc. 

Un peu avant l'endroit où commencent les Rhododendron, on remarque un 
Aralia spinosa dont la hauteur est d'environ 10 à 12 mètres, et dont le tronc 
niésure, sur presque toute sa longueur, 0,40 de tour. La tige de cet arbre, 
entièrement dépourvue de feuilles jusque auprès de son sommet, produit un 
effet des plus singuliers. ; 

Non loin de là et à la base méme du coteau des Rosages, sur les bords d'un 
ruisseau, nous avons admiré quelques beaux exemplaires des Nyssa montana 
et eguatica, Leur hauteur est d'environ 15 à 18 mètres, et leurs troncs nous 
ont offert 0,50 à 17,15 de circonférence. Nous àvons récolté des échantillons 
fleuris de Nyssa montana. 

Dans une prairie humide, presque en face de ces Tupélos, s'élévent avec 
majesté des Salix alba d'environ 35 mètres de hauteur, sur 27,15 à 27,20 
de circonférence. Dans leur voisinage, on remarque une collection de Fraxinus 
mêlés à des A /nus d'une taille gigantesque ainsi qu'à des Chènes américains, 
notamment les Q. rubra, alba, macrocarpa. 

Sur un cotéau exposé au midi, qui longe là belle avenue de Tilleuls dont je 
viens de parler, existent des espèces plus méridionales et en échantillons Jort 
remarquables : tels sont les Quercus Suber, Pinus Strobus, Pinus maritima 
(forma umbraculiformis), Arbutus Unedo, etc., ete. En quittant le coteau et 
en traversant une vaste plaine qui nous ramenait au château, nous avons 
admiré un Populus grandidentata, greffé à environ 4 mètre du sol, et dont le 
tronc mesure 15 à 18 mètres sur 0",85 de tour. 


356 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Enfin, autour du château, sur deux ou trois terrasses exposées au midi, se 
trouvent encore d'autres espèces méridionales, telles que les Phillyrea lati- 
folia et angustifolia, Quercus Fordhii fastigiata, etc. 

Nous savions que l'orangerie de Châteauneuf jouissait d'une grande 
renommée; aussi ne pümes-nous quitter ce vaste domaine sans la visiter : 
nous y vimes des Orangers d'une force rare et surtout d'une santé parfaite. 

Ici, Messieurs, ne s'arrétait pas cependant l'itinéraire que nous nous étions 
tracé. Sans doute nous venions de voir en quelques heures une des plus 
riches et des plus belles collections d'arbres exotiques qu'il soit possible de 
rencontrer en France; mais il nous restait à compléter notre tournée den- 
drologique par une visite aux terres de Duhamel. 

Les propriétés de Vrigny, de Denaiuvilliers et du Monceau ont été plantées 
par Duhamel il y a environ cent vingt ans. C'est là que l'illustre botaniste a 
réuni tous les arbres qui ont servi à ses importants travaux. 

A Vrigny, la première des propriétés que nous avons visitées le lendemain 
de notre excursion à Châteauneuf, le sol est silico-argileux et profond. Des 
Chénes plus que deux fois séculaires attestent assez leur présence sur le do- 
maine de Vrigny avant que le père de l'arboriculture francaise eût planté 
entre eux des Épicéas et des Mélezes qui font aujourd'hui notre admiration 
et qui atteignent ou dépassent la hauteur des plus beaux Chênes. Les Mélèzes 
surtout, aux troncs droits et effilés, offrent un aspect des plus imposants : leur 
tronc mesure 17,75 de tour et leur hauteur est d'environ 25 à 30 mètres. 
Nous avons mesuré plusieurs Chênes européens qui portaient 17,75 de dia- 
métre. Le parc possede aussi une belle collection de Chénes américains qui 
fructifient depuis fort longtemps, et dont les glands se perdent au préjudice 
de la silviculture, 

Mais la merveille de Vrigny et de la France entière, c'est le fameux Cèdre- 
du-Liban qui fut planté, dit-on, vers 1743. Cet arbre colossal mesure 
57,10 de circonférence à 4 mètre du sol, et sa hauteur atteint 25 à 
30 métres. Ce qui augmente la magnificence de ce géant est moins sa grosseur 
que sa forme : ses branches, au lieu de partir et de s'étendre horizontalement 
à leur origine, se réunissent, suivent l'axe principal et ne s'en écartent pour 
ainsi dire qu'à leur sommet, de manière que leur ensemble forme un faisceau 
à peu près pyramidal d'un effet grandiose. 

Le Cèdre du Muséum, planté en 1735, ne porte que 3",45 de tour à 
1 mètre du sol et 3",80 à rez de terre. Celui de Vrigny aurait donc 1",30 
de plus. Mais il est difficile d'établir une comparaison certaine entre ces deux 
arbres, car on se rappelle que celui du Jardin-des-plantes a été enterré lors 
de la formation du labyrinthe. 

N'oublions pas de mentionner en passant la présence, dans les plates-bandes 
du potager de Vrigny, d'une plante vivace, perdue aujourd'hui dans les jar- 
dins, le Morina persica. 


SÉANCE DU 44 Juin 1804. 357 


Avant de quitter Vrigny, il faut descendre au village; là, sur le milieu de la 
place, se trouve un Orme qui n’est pas d’une grande élévation, mais dont le 
tronc est extraordinairement fort: à 4 mètre du sol, il porte 5",05 de 
circonférence et 6",75 à rez de terre. 

Denainvilliers, que nous avons visité ensuite, est situé à environ 11 kilo- 
métres de Vrigny. Ici, le sol est argileux et compacte, mais le sous-sol est 
trés perméable. Ce domaine, longtemps habité par le frére de Duhamel, a été 
également planté en essences diverses. On y retrouve à peu près les mêmes 
espèces qu'à Vrigny. 

Une avenue d'Ormes bordant le parc est digne de remarque : la 
circonférence des exemplaires qui la composent varie entre 3",40 et 
37,50. | 
Dans le parc, nous avons remarqué un Cèdre qui a été planté à peu près à 
la méme époque que celui de Vrigny, mais dont le tronc ne. mesure que 
37,75 de circonférence, c'est-à-dire à peu prés la grosseur de celui du 
Muséum. 

Les autres arbres de ce domaine, dignes d'étre cités, sont : 


Un Sorbus torminalis.. .. x. 17,48 de tour sur 16 à 18 de haut. 
Un Sophora japonica. . .... 2",60 — 30 — 
Un Gleditschia triacanthos. . . . 2 mètres — 25 — 
Un Acer monspessulanum. . . . 1",58 — 15 — 


Hacelisauralis........ 47,20 — 
Un Juniperus virginiana (Q). . . 47,35 — 


Un Gymnocladus canadensis. . . 4",05 — 20 — 
Un Ulmus americana, . . ... 17,36 c 8h10 — 
Des Ailantus glandulosa. . . . . 2",45 — 25 — 
Plusieurs Fagus cuprea: . . . . 41,05 — 16 — 


Enfin un Planera crenata qui se divise à la base en trois rameaux assez 
rapprochés, portant 3",70 de tour. 

Dans un bosquet, au milieu d'une pelouse, on voit un pied fort remarqua- 
ble de Celastrus scandens, dont les tiges s'enroulent autour des arbres envi- 
ronnants. 

Le potager renferme trois pieds de Nyssa qui étaient trop peu avancés 
pour qu'il nous fût possible de les déterminer. Au reste, ces arbres parais- 
saient souffrants. Quoi qu'il en soit, les troncs de ces trois Tupélos mesuraient 
l'un 0™,86, l'autre 0",72 et le troisième 0",43 de circonférence. Tout près 
d'eux on observe un Liége portant 1",26 de tour, ainsi que plusieurs Carya 
qu'il serait intéressant d'examiner à l'automne. 

Ici on voit encore, dans les plates-bandes, deux pieds de Morina persica, 
dont nous avons parlé il y a un instant. Enfin on nous avait également 
signalé un Laurus Sassafras extraordinairement fort, mais cet arbre est mort 
il y a cinq on six ans. 


358 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


En quittant Denainvilliers, nous sommes allés au Monceau, dont Duhamel 
était seigneur. Le Monceau n'était jadis qu'une ferme qui possédait un mou- 
lin sur la petite rivière d'Essonne. Duhamel enleva le moulin, et le jardin du 
meunier fut consacré à la création d’une école d'arbres des terrains maréca- 
geux. Ici, en effet, le sol est tourbeux et spongieux. Voici la liste des arbres 
d'une taille vraiment imposante que nous avons admirés : 


Des Liquidambar imberbe, . <n cop oas n . 4",46 de tour. 
Des Platanus orientalis. . . ......... vas ARE m 
eec GERENS PTT ESS, 3^40 | — 
Des Peupliers-Grisaille. . . : . . 00V. BMD 58 37,80. — 
Dec Thee irioenializ oro. V gp. must 2580 == 
e TIR TIL. UNE 1",85 — 
Des 7axodium distichum. ,. . . . . . . 3™,25a 32,60 — 
Des Fogus purpurea, oi. izpe ii s 48,85: — 
Un Retula papyracea, . 4... 05. Si 0,85 -— 
UB Negando frazinifolium. : ; 4 5 5 42,50: + 


Sur une terrasse attenante à la maison où logeait Duhamel, un Jujubier 
fort beau nous avait été signalé, mais cet arbre, intéressant à plus d'un titre, 
mourut il y a quelques années. 

Telle est, Messieurs, la liste bien sommaire des végétaux que nous avons 
admirés dans cette tournée dendrologique. Je m'estimerai heureux si ces 

- quelques détails ont pu vous intéresser. 

Avant de terminer, permettez-moi de vous faire part de l'impression 
pénible que nous a {laissée l'état des propriétés dont je viens de parler, et 
prineipalement du Monceau. Tous les beaux arbres dont j'ai eu l'hon- 
neur de wous entretenir se trouvent là au milieu d'un fourré tellement 
inextricable que c'est avec difficulté qu'on peut les observer de prés; les murs 
tombent en ruine, les allées sont envahies par les broussailles, le toit où Du- 
hamel a écrit ses immortels ouvrages est effondré, et les arbres abandonnés, 
mal assujettis, tombent sur le sol ; la hache même ne ménage rien dans cette 
enceinteà laquelle se rattachent pourtant de précieux souvenirs. Nous avons vu 
avec regret trois Cyprès-chauves, couchés sur le sol, attendant que les ouvriers 
vinssent les débiter, La France, qui nomme des commissions pour assurer 
la conservation des monuments historiques, ne pourrait-elle sanver, pendant 
qu'il en est temps encore, une des merveilles comme une des gloires de notre 
silviculture? 


M. Brongniart dit que le développement qu'ont pris, dans l’espace 
d’une quarantaine d'années, plusieurs des arbres cités par M. Verlot 
Jui paraît fort extraordinaire. 


M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


SÉANCE DU 44 Jur 1864. 359 


SUR LES PLANTES DES VIEUX CHATEAUX, par M. Ad. CHA'TIN. 


M. Lepage, savant pharmacien de Gisors, à qui la botanique et la chimie 
sont l'une et l'autre familières, rappelle, dans un mémoire adressé à l'Acadé- 
mie impériale de médecine sous ce titre: Des plantes du vieux château et 
des environs de Gisors, que les espèces suivantes : Dianthus Caryophyllus, 
Hyssopus officinalis, Silybum Marianum, Fœniculum officinale, Corydalis 
lutea, Ægopodium Podagraria, Ruta graveolens et Berberis vulgaris, 
croissent sur les ruines ou dans le voisinage immédiat de la vieille forteresse, 
dont la fondation, due à Guillaume-le-Roux, remonte à 1097. 

M. Lepage constate, en outre, que l’ Hyssopus et le Dianthus se retrou- 
vent à Châtean-sur-Epte et à Château-Gaillard, localités dont la dernière 
compte aussi le Fœniculum et le Silybum. 

Désigné par l'Académie pour lui présenter un rapport sur le travail de 
M. Lepage, je fus naturellement conduit à rapprocher ses indications de faits 
connus de la plupart des botanistes, et en particulier de mes propres obser- 
vations. 

Dès lors, il me sembla qu'il pouvait y avoir quelque intérêt à fixer l'atten- 
tion des botanistes sur une série d'anciennes naturalisations paraissant se 
rapporter aux idées qu'on se faisait des vertus médicales des espéces qui en 
ont été l'objet. 

Deux groupes au moins peuvent être faits des plantes naturalisées sur les 
vieux édifices ou dans leur voisinage, dans ce qu'on pourrait appeler leur 
ressort. L'un de ces groupes, essentiellement représenté par le Dianthus 
Caryophyllus et le Salvia Sclarea, appartient à une époque plus ancienne; 
l'autre groupe, relativement moderne, a pour centre l'ZZgopodium Poda- 
graria et V Eruca sativa. Le premier peut être dénommé GROUPE DE L'ÉPOQUE 
DU MOYEN AGE ; le second, GROUPE DE L'ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE, Dans 
chacun d'eux, les espèces répondent à des besoins du temps, qu'elles avaient, 
croyait-on peut-être avec raison pour plusieurs d'entre elles, la vertu de 
satisfaire. 

Un premier apercu, qu'il y aura peut-étre à réduire, auquel on ajoutera 
certainement, de ces groupes, doit étre présenté ici. 


I. Groupe de l'époque du moyen âge. 


Je commencerai par le Dianthus Caryophyllus et le Salvia Sclarea, 
comme essentiellement caractéristiques du groupe. 

Dianthus Caryophyllus. — Cette plante, aujourd'hui comme autrefois 
réputée cardiaque, est commune sur beaucoup de vieux cháteaux, parmi 
lesquels je citerai, après Gisors, Château-Gaillard et Cháteau-sur-Epte, les 


360 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ruines de la Ferté-Milon, de la Roche-Guyon, de Provins, de la tour Guil- 
laume à Saint-Valery-sur-Somme, de Nogent-le-Rotrou, de Bricquebec, de 
Coutances, de Caen, de Falaise, de Bonneville-sur-Touques, cette vieille 
résidence des ducs de Normandie, aujourd'hui souvent visitée par les bai- 
gneurs de Trouville, sur celles du château des Barrières à Périgueux, que 
recouvrent des Lierres séculaires dont les racines nourrissent une myriade 
d'Orobanche Hederæ, et dans les débris de ces épaisses murailles de la Ferté- 
Bernard que la célébre duchesse de Villars aimait à parcourir au galop de son 
cheval, au château de Polignac prés le Puy, etc. 

L'Ouest, si riche en vieux châteaux, offre le Dianthus Caryophyllus à 
Chantocé, l'un des lieux de séjour du trop fameux maréchal de Retz (plus 
connu sous le nom de Barbe-Bleue), sur la grande tour octogone d'Oudon, 
sur les ruines de Dinan, de Lamballe, d'Apremont, de Tiffauges, de Niort, de 
Fécamp, les vieux cháteaux de Clisson, de Guérande, de Nantes, de Cháteau- 
briant, de Hédé, de Montsoreau, etc. 

Quelques vieilles églises portent aussi des couronnes de Dianthus Caryo- 
phyllus ; telles sont celles de Saint-Front à Périgueux, de Sainte-Eutrope à 
Saiutes, du Boupère en Vendée, la cathédrale de Limoges, etc. En général, 
les églises à Dianthus sont placées dans le voisinage de vieilles forteresses. 

Le Salvia Scíarea, que ses grandes vertus pour guérir les contusions, 
blessures, etc., avaient fait surnommer 70ufe-bonne, croit au pied des ruines 
de Chantocé et de Chantoceaux-sur-Loire, d'Issoudun, du Cogneau prés 
Civaux, de Montmorillon, de Clairvaolt, du Mesnil-sur-Estrées, du Tolmont 
et de Saint-Georges-d'Oléron. Plus prés de Paris, on le retrouve prés des 
vieux châteaux de Chevreuse, de Cháteaufort, de Dreux, de Nemours, de 
Malesherbes, de Provins, de Gouvieux près Chantilly, de Précy-sur-Oise, 
de Louviers, etc. 

De méme que le Dianthus est allé des vieux castels aux églises, le Salvia 
a étendu, sur quelques points, sa naturalisation des forteresses aux abbayes. 
C'est ainsi que la présence de cette dernière espèce dans l'abbaye de la Chaume 
à Machecoul, s'explique par le voisinage du château de Machecoul, une des 
résidences de Barbe-Bleue. 

Fœniculum officinale. — Y couvre les talus exposés au sud des vieilles 
fortifications de la Madeleine de Chevreuse, d'Issoudun, de Chantocé, de la 
Roche-Guyon, de Château Gaillard, de Moret, de Mantes, de Vernon, de 
Poitiers, de Thoriguy, de Sillé-le-Guillaume, de Lusignan, de Clisson, etc. 

Silybum Marianum. — Commun sous les vieux murs de Gisors, il croit 
encore prés des ruines de Cháteaufort, de Chevreuse, de Malhesherbes, de 
Chaumont, des Andelys, de Beauvais, de Dreux, de Liancourt, de Louviers; 
je l'ai vu représenté encore par quelques pieds à Chantocé et à Issoudun, à 
Moncontour, à la Tricherie-en-Vieux et à Chalusset. Comme le Salvia Scla- 
rea, le Silybum Marinum tend ‘à disparaître du voisinage des anciennes 


SÉANCE DU 44 JUIN 1861. 364 


forteresses par l'envahissement des cultures. Ainsi s'explique sa destruction 
à Montfort-l'Amaury, et sa disparition presque entiere de Chevreuse, de 
Châteaufort, de Chantocé. 

Après les quatre espèces précédentes, qu'on peut regarder comme les plus 
caractéristiques de l'époque féodale, on peut ranger celles qui suivent : 

Leonurus Cardiaca. — La Cardiaque se voit surtout au voisinage de 
Château-Gaillard, d'Étampes, d'Étréchy, de Montlhéry, de Marly, de Moret, 
de Nemours, de Nogent-le-Rotrou, d'Orléans, de Pierrefonds, de Chantocé, de 
Machecoul, etc. C'est, du reste, l'une des plantes dont l'aire s'éloigne le plus 
des points qui paraissent avoir été le siége d'ancieunes naturalisations, 

Le Satureia montana vit encore sur les collines de la Justice prés Males- 
herbes et sous la grande tour de la Batia de Martigny. 

Enfin le Thymus citriodorus, le Mentha viridis et le Melissa officinalis 
se sont perpétués dans les décombres des châteaux d'Ivry, de Navarre, de 
Lusigoan et de Vaux-sur-Eure. 

On peut faire celte remarque générale que toutes ces espèces, naturalisées 
dans les ruines du moyen âge, sont en général excitantes, réputées cordiales, 
détersives et vulnéraires. Sans doute qu'elles furent cultivées pour leurs pro- 
priétés médicales à l'intérieur ou dans le voisinage immédiat des forteresses 
de cette époque guerrière. 


Mi. Groupe de l'époque de la renaissance. 


Æ gogodium Podagraria. — La Podagraire ou Herbe-aux-goutteux, autre- 
fois regardée comme le spécifique du ma des riches, est une plante rustique 
et tracente dont la naturalisation se maintient, se développe méme chaque 
jour, dans'les parcs des châteaux et des abbayes datant de l'époque de la renais- 
sance, ou qui, d'une origine plus ancienne, étaient encore habités aux xvi° 
et XViJ* siècles. C'est ainsi qu'on la trouve couvrant certains points du sol 
aux Vaux-de-Cernay, à Port-Royal, à Vincennes (quartier des Minimes), à 
Fontevrault, à Marly, à Chambord, à Chenonceaux, Trianon, Buc, Dampierre, 
Dreux, Pontchartrain, Compiègne, Malesherbes, Évreux, Chantilly, Brunoy, 
Rambouillet, Écouen, Montmorency, Ermenonville, Morfontaine, Thury-en- 
Valois, Liancourt, Vitré, Fougères, Châteaubriant, etc. 

Eruca sativa. — La Roquette, autrefois très renommée et aujourd'hui 
encore cultivée dans quelques pays comme aphrodisiaque, croît abondamment 
auprès des châteaux de Caen, de la Roche-Guyon (où les botanistes parisiens 
vont la cueillir depuis qu'elle y a été signalée par M. Bouteille), de Dreux, 
(au centre de l'intéressante flore dont on doit la connaissance exacte à notre 
excellent collègue, M. l'abbé Dænen), de Vétheuil, entre la Roche-Guyon et 
Mantes (où la plante a été découverte par M. de Scheenefeld). Sans doute que 
la présence de l'Zruca saliva sera constatée dans le voisinage d'un grand 

T. Viii. 24 


362 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nombre d’autres vieux châteaux, si désormais les auteurs des Flores attachent 
quelque intérêt à préciser les localités où il croît. On peut l'induire avec cer- 
titude, et des constatations que je viens de rappeler d’après la Flore de Nor- 
mandie, la Flore des environs de Paris, et de l'indication suivante, que 
j'emprunte à la Flore du centre de la France, et qu'on retrouve sans varia- 
tions importantes dans la plupart des autres Flores: Décombres et lieux voi- 
sins des habitations, naturalisée çà et là (Boreau). 

L' Eruca paraît appartenir à l'époque du moyen âge aussi bien qu'à celle de 
la renaissance ; ce qui se comprend bien en se reportant à certain point de 
la liste assez longue, comme on sait, des droits féodaux. 

Petasites officinalis. — Ve Pétasite, connu aussi sous le nom d'Herbe- 
aux-teigneux, passait pour sudorifique, vermifuge et anticatarrhal (les racines) 
ses feuilles étaient employées contre les gonflements goutteux. Cette plante, 
qui aime le bord des eaux, est le plus souvent naturalisée dans les marécages 
ou au voisinage de moulins placés dans la dépendance d'anciens châteaux ou de 
vieilles abbayes. C'est dans ces conditions qu'on le trouve à Orry-la-Ville, à 
la ferme de Montbine prés Gisors, aux moulins d'Hérivaux et de Chaumontel 
prés Luzarches, à Morfontaine, à Trianon, à Liancourt-sous-Clermont, à 
Taille-Fontaine prés Pierrefonds, à Provins, ainsi qu'à Chátillon-sur-Loing, au 
moulin de Bauchet, à Chátillon-sur-Loire, et aux environs de Fougères, de 
Moncontour, du château de Sion (Loire-Inférieure) où, suivant l'opinion très 
fondée du savant M. Lloyd (F4. de l'Ouest, p. 226), il était probablement 
cultivé autrefois comme médicinal. 

Iris fœtidissima.— L'Iris fétide, dit aussi et plus justement Iris-gigot, est. - 
naturalisé dans les parcs et les bois situés aux environs d'anciens châteaux. Ses 
racines et aussi « ses graines orangées, symétriquement pressées » (Alph. Karr, 
Les Fleurs, p. 252), encore quelquefois employées par les paysans comme 
diurétiques et purgatives, étaient en outre usitées contre les scrofules, la gale, 
les dartres, etc. Seulement dans le rayon de la Flore des environs de Paris, 
V Iris fotidissima croit dans les bois et parcs de Marines, des Camaldules, de 
Vincennes, de Saint-Maur, de Meudon, de Saint-Cloud, de Neuilly, de Mont- 
morency, de Saint-Germain, de Magny, de Rougeaux, de Champagne, de 
Malesherbes, de Commelle et d'Orry près Chantilly, de Chaumont, de Com- 
piègne, de la Roche-Guyon, de Dreux, de Rentilly et de Croissy-en-Brie, En 
Dauphiné, il croit prés des vieux manoirs d'Hauterive et de Saint-Rambert ; 
en Bourgogne, aux environs de Montbard, etc. 

Corydalis lutea. — La Fumeterre jaune, qu'on trouve sur les murs et 
décombres à Bonneville-en-Faucigny, à Cháteau-Bayard, et, prés de Paris, à 
Vincennes, Meudon, Neuilly, Sceaux, les Metz prés Jouy, Versailles, Saint- 
Germain, Fontainebleau, Beauvais, Liancourt et Thury-en-Valois, avait autre- 
fois, comme plante dépurative, le renom passé de nos jours au Fumaria 
of ficinalis. 


SÉANCE DU 14 Juin 1861. 363 


Ruta graveolens. — La Rue, usitée comme un puissant emménagogue et 
tenue par quelques-uns pour un bon remède de la syphilis, de la rage, etc., 
s’est perpétuée à Château-Gaillard, à Poitiers (vers la tranchée), et aux ruines 
de Wildenstein dans la vallée de Saint-Amarin. Aujourd’hui fréquemment cul- 
tivée dans les jardins des habitations rurales (avec le Juniperus Sabina), cette 
plante forme le passage des naturalisations de l'époque de la renaissance à 
celles dues aux cultures actuelles. 

Sedum dasyphyllum. — A voir les stations de cette espèce dans nos envi- 
rons, surles murs et au milieu des décombres du Raincy, de Rambouillet, 
d'Évreux, des Andelys, du château de Navarre, on est porté à croire qu'elles 
remontent aussi à d'anciennes cultures. 

Sans doute la liste des plantes médicinales dont la naturalisation remonte 
aux époques anciennes sera un jour plus compléte; d'autres achéveront ce 
que je ne fais qu'ébaucher. Il me parait en particulier que, près des espèces 
qui précédent, viendront peut-étre se grouper : 

Le Scutellaria Columnæ, naturalisé à Vincennes (au coteau de Beauté), 
dans les bois de Versailles (de Buc à Jouy), de Meudon, dans le Bois-Yon, la 
forêt de Dreux, et qui a pu, comme les Sc. lateriflora et galericulata, être 
employé contre la rage ; 

L’ Erucastrum obtusangulum, qu’on trouve à Vincennes (au coteau de Beauté, 
non loin des Minimes) et au voisinage de la célèbre abbaye de Chelles ; 

L'Atropa Belladonna, qui croît dans les forêts de Marly (ruines de Retz 
près l'abbaye de Joyenval et vers Saint-Nom), de Saint-Germain (porte 
d'Hennemont), de Fontainebleau, de Compiègne, de Chantilly, dans le bois 
du Parc prés Beauvais, à Beausséré prés Gisors, à Cocherelle pre Dreux, etc. ; 

Peut-être aussi l' Artemisia Absinthium. 

Le Datura Stramontum et l Hyoscyamus niger, trés répandus autour des 
habitations et principalement des fermes, paraissent établir le passage entre les 
naturalisations de l'époque de la renaissance et celles de l'époque actuelle. II 
y aurait donc en quelque sorte une troisième époque à distinguer dans la 
naturalisation des plantes médicinales, Cette troisième époque offre ce carac- 
tère que, parmi les espèces naturalisées (et pour ne rien dire des plantes ali- 
uientaires dont là naturalisation pourrait d'ailleurs être groupée en époques 
distinctes, dont plusieurs remontent au delà de celles des plantes médicinales, 
ce qui s'explique parce que l'homme a dû vivre et se nourrir avant d'être 
malade), plusieurs sont des remèdes de la médecine vétérinaire. Parmi ces 
espéces de la période moderne, on peut citer, à la suite de la Jusquiame : 
 L'Urtica pilulifera, naturalisé aux Mureaux prés Meulan, à Savigny-sur- 
Orge, dans les décombres de Paris, etc. ; 

L'Asperugo procumbens, que j'ai vu suivre l'homme et les troupeaux jus- 
qu'à la bergerie de Bovinant (entre la Grande-Chartreuse et le Grand-Som), 
autour de laquelle il forme un épais tapis ; 


36A : SOCIÉTÉ. BOTANIQUE DE FRANCE. 


Le Senebiera pinnatifida ; 

Le Rubia tinctorum ; ? 

Le Sempervivum tectorum; 

L'/ris pumila; 

Les Silene catholica et noctiflora (?). 

En résumé, on peut, pour un certain nombre d'espèces médicinales, recon- 
naître, sans sortir de l’histoire de notre pays, trois époques dans leur naturali- 
sation, chacune des séries de naturalisation répondant à des besoins du temps. 
Au moyen âge, époque essentiellement guerrière, ce sont les espècesexcitantes, 
cordiales, détersives et vulnéraires qu'on cultive dans les forteresses dont elles 
couvrent aujourd'hui quelques décombres. A la renaissance, on délaisse la 
rapiére pour les jouissances matérielles; de nouvelles maladies apparaissent : 
‘ce sont les plantes dépuratives, aphrodisiaques et anti-goutteuses qui se 
répandent dans les parcs. Enfin viennent les espèces qui s'échappent des 
cultures modernes; celles-ci n'ont pas seulement l'homme pour objet, mais 
aussi les animaux qui le nourrissent et sont sa richesse. 

Peut-être, en remontant plus haut que je ne l'ai fait, pourrait-on, avec 
notre collègue, M. Fr. Lenormant, caractériser l’époque romaine par la 
naturalisation du Buis (Buxus sempervirens), plante encore employée comme 
sudorifique, etc. (1). Cependant la présence de cette plante dans la forét de 
Marly (cantonnement de Retz), aux Vaux-de-Cernay, à Neauphle-le-Cháteau, 
à Arthieul près Magny, à la Roche-Guyon, à Chantilly, à Nemours, à Provins, 
à Jaux près Compiègne, savoir dans le voisinage de châteaux et d'abbayes du 
moyen àge, me porte à penser que c'est principalement à l'époque féodale 
que doivent être rattachées ses naturalisations. Peut-être encore aurait-on à 
distinguer une époque hébraïque par la naturalisation de V Æyssopus sur les 
temples. Mais il en est de celui-ci comme du Zuzus * quand même on arri- 
verait à prouver que les premieres cultures dont il a été l'objet datent d'une 
autre époque que celle du moyen âge, c'est à cette dernière que se rattachent 


toutes ou à peu près toutes les anciennes naturalisations qu'il nous est donné 
d'observer aujourd’hui, 


M. de Schænefeld dit qu'il a trouvé, croissant entre les pierres, 
sur les ruines du cháteau de Rochefort prés Dourdan (Seine-et-Oise), 
I Hyssopus. officinalis, le Thymus vulgaris, et un petit Figuier 
presque à l'état sauvage. — M. de Schenefeld* rappelle aussi que, 
dans les temps anciens et modernes, un certain nombre de végétaux 
ont été naturalisés à grande distance, volontairement ou involontai- 


(1) Le Buzus' sempervirens n'est pas aussi exclusivement calcophile qu'on l'admet 
ordinairement. Il est assez abondant sur les meulières et les grès des Vaux-de-Cernay 
près Paris, ainsi que sur le granite de Mauves-sur-Loire. ; 


SÉANCE DU 28 Juin 1861. 369 


rement, par les migrations, les colonies et les invasions de divers 
peuples, dont on peut quelquefois reconnaître ainsi les étapes avec 
une précision remarquable (1). 

M. H. de la Perraudière cite, parmi les plantes qu’on rencontre 
habituellement en Anjou, au voisinage des vieux châteaux, les Ruta 
graveolens, Buxus sempervirens, Salvia officinalis, S. Horminum, . 
Melissa officinalis, Leonurus Cardiaca, etc. 

M. T. Puel dit qu'il serait trés important, pour les études de 
géographie botanique, de connaitre la limite qui sépare l'aire oü 
une plante est spontanée de l'aire oü elle ne se trouve qu'acciden- 
tellement naturalisée. Il rappelle que le Salvia officinalis et le Buxus 
sempervirens sont spontanés dans le midi de la France, et P Hyssopus 
officinalis dans le département de l'Aveyron. 


SÉANCE DU 28 JUIN 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART, 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la:séance du 14 juin, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite de la présentation faite dans la dernière séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


M. MinzAnpET (Alexis), étudiant en médecine, rue des Écoles, 72, 
à Paris, présenté par MM. Montagne et Roze. 


(14) D'après M. Schleiden, les Bohémiens errants (Zingari) auraient introduit d'Asie 
en Europe le Datura Stramonium, qu'ils cultivaient autour de leurs tentes pour leurs 
maléfices. Aprés les guerres eontre la France, dit encore cet auteur, on a trouvé, en 
beaucoup d'endroits où les Cosaques avaient établi leurs camps, par exemple aux environs 
de Schwetzingen (Grand-duché de Bade), une Chénopodée originaire des bords du 
Dniéper, le Corispermum Marschallii Stev. Enfin le Bunias orientalis se serait propagé 
de la méme maniere, en suivant, en 1814, l'armée russe à travers l'Allemagne et jusqu'aux 
portes de Paris; on rencontrait. en effet naguère encore quelques pieds de cette plante 
dans le bois de Boulogne, oii elle a sans doute été détruite par les embellissements récents 
qui ont transformé en un magnifique parc les restes de l'antique forêt de Rouvray. — 
Quelques espèces ont aussi accompagné d'une manière surprenante les Européens dans 
le Nouveau-Monde. Ainsi les sauvages de l'Amérique septentrionale appellent notre Plan- 
tago major « la trace du blane », et le Vicia Cracca de nos haies indique eucore aujour- 
d'hui, dans le Grænland, la place de l'ancien établissement des colons norvégiens, qui 
remonte au X° ou au xi* siècle de notre ére (voy. Schleiden, Die Pflanze und ihr 
Leben). (Note de M. de Schonefeld.) 


366 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Dons faits à la Société : 


4° De la part de M. H. Baillon : 


Mémoire sur le développement du fruit des Morées. 
Recueil d'observations botaniques, juin 1861. 


2 De la part de M. H. Schacht : 


Zur Kenntniss der Visnea Mocanera. 


3° En échange du Bulletin de la Société : 
Flora oder allgemeine botanische Zeitung, années 1855, 1856, 1857, 
et 1861 (numéros 1 à 12). 
Atti dell I. R. Istituto veneto, t. VI, n° 5. 
L'Institut, juin 1861, deux numéros. 


M. J. Gay fait hommage à la Société, de la part de M. Durieu de 
Maisonneuve, de quelques échantillons de Thalictrum tuberosum L., 
provenant de la montagne d'Alaric (Aude), et destinés à l'herbier 
de la Société (voy. plus haut, p. 330). 

Lecture est donnée d'une lettre de M. le docteur Moriceau, prési- 
dent de la Société académique de la Loire-Inférieure, lequel, appre- 
nant que la Société botanique de France doit tenir cette année 
sa session extraordinaire à Nantes, met à sa disposition, pour la 
tenue de ses séances, le local de la Société académique. — Des 


remerciments seront adressés à M. Moriceau pour cette offre bien- 
veillante. 


M. Chatin donne lecture de la lettre suivante : 


UNE LETTRE INÉDITE D'Antoine-Laurent de JUSSEEU. 
A M. Le Monnier, premier médecin du Roy, à Versailles (1). 


Monsieur et honoré confrére, 
Depuis longtemps j'ai recu, sur votre quittance, l'année 1785 du jardin 
du Roy, et je me proposais de vous la porter ; mais, d'une part, de nombreux 


(1) Note de M. Chatin. — La collection des lettres d'A.-L. de Jussieu faisant partie de 
la correspondance de Le Monnier (que 8. Exc. M. le Ministre de l'Instruction publique 
vient de faire déposer au Muséum) comprend dix lettres, écrites du 12 novembre 1777 
au 3 mars 1787. Celle que je communique à la Société est la dernière de la série et la 
plus intéressante pour les botanistes. 


SÉANCE DU 28 jurn 1864. 367 


devoirs de famille, de l'autre, le désir de terminer un travail qui dure depuis 
trop longtemps, m'ont toujours retenu. Excepté les moments que je con- 
sacre aux séances académiques et à quelques visites indispensables, je suis 
uniquement occupé de mon (Genera, dans lequel je fais entrer tout Aublet, 
tout Forster, tout Commerson, et en général tous les genres anciens et nou- 
veaux consignés dans les auteurs. Cette addition le rendra plus complet que 
les autres. Mais, plus je veux approfondir, plus j'éprouve de difficulté et en 
méme temps d'agrément, parce que je retrouve parfois la marche de la na- 
ture. Je serais peut-étre plus heureux dans mes recherches, si j'avais plus de 
genres, et c'est ce qui me fait regretter de n'avoir pas assez de temps pour 
aller visiter vos herbiers. Je suppose qu'ils sont maintenant en ordre, soit 
suivant le systéme de Linné, soit suivant tout autre, et que vous avez 
mis dans des cases particuliéres toutes les plantes que vous ne pouvez rap- 
porter à des genres connus. C'est ce que je fais de mon cóté, et, lorsque 
quelque étranger passe à Paris, je lui fais examiner tous ces inconnus. 
Cela m'a procuré la connaissance de beaucoup de genres que je ne pou- 
vais d'ailleurs déterminer. Je vous engage encore à sacrifier ce que vous 
pourrez des herbiers particuliers, pour former un herbier général, avec 
l'attention d'indiquer toujours sur l'étiquette de chaque plante le lieu et 
l'herbier d’où elle est tirée. Cette attention est nécessaire, et je regrette 
beaucoup que mes oncles aient souvent négligé de le faire. Il ne faut pas 
cependant décomposer entierement les herbiers de pays, parce que les 
botanistes aiment souvent à parcourir ces herbiers particuliers. Lorsque 
je vous saurai établi à Montreuil, j'irai sûrement vous demander une séance 
pour voir ce que vous avez de plus curieux. Ne pouvant y aller maintenant, 
je profite de l’occasion que m'offre M. Tessier, notre confrère, pour vous 
envoyer la somme ordinaire, en retenant pour moi une somme pareille, sui- 
vant vos ordres. C'est la dernière fois que j'aurai à vous présenter une pa- 
reille offrande. Je me réjouis du choix que vous avez fait dans la personne de 
notre ami Desfontaines, et je ne regrette point de m'étre restreint à ma place, 
qui me laisse plus de temps pour travailler et pour observer. 

Faites agréer, je vous prie, mes respects à Madame Le Monnier. Mon 
frére, dont la santé est assez bonne, à la vue prés qui ne revient pas promp- 
tement, me charge de le rappeler dans votre souvenir et de vous témoigner 
se reconnaissance pour l'intérêt que vous prenez à lui. J'ai l'honneur d’être, 
avec un sincere et respectueux attachement, 

Monsieur et honoré confrére, 
Votre trés humble et trés obéissant serviteur, 


A.-L. DE JUSSIEU. 


Paris, ce samedy 3 mars 1787. 


368 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. de Schonefeld, secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR L'AGUMEN QUI TERMINE L'ÉPI DE QUELQUES ESPÈCES D'EQUISETUM, 
par M. J. BUVAL-JOUVE. 


(Strasbourg, 28 mai 1861.) 


Dans la séance du 24 mai dernier (1), M. Cosson a présenté à la Société un 
Equisetum dont l'épi se termine par un acumen, et, malgré ce caractère, notre 
savant confrère a regardé cet Equisetum comme une forme de l E. palustre ; 
d'où suit, comme conséquence, que la présence ou l'absence d'un acumen 
n'est pas, comme on l'a cru, un caractère suffisant pour l'établissement des 
sections dans le genre Equisetum. 

La justesse de cette double appréciation est pour moi hors de doute, et elle 
se confirme par cet autre fait que, sur les Z'quisetum de la section Ziemalia, 
il n'est pas rare de rencontrer des sujets à épi obtus. L'extréme abondance 
à Strasbourg de toutes les espèces de cette section m'a permis de constater le 
fait un trés grand nombre de fois. 

Si l'on examine ces épis obtus, ainsi que ceux des espèces ordinairement 
privées d'acumen, on voit qu'ils se terminent par un clypéole plus ou moins 
régulier, à la face inférieure duquel sont suspendus, nou plus six sporanges 
comme sous les autres clypéoles, mais seulement trois ou quatre sporanges 
mal conformés et dont les spores sont dénuées de matière verte. Il est évident 
quil y a là arrét par épuisement, comme au sommet des épis d'un. grand 
nombre de plantes phanérogames. 

Mais cet arrét sur ce méme clypéole se manifeste de deux autres manières. 
Premierement, le verticille terminal de l'épi, au lieu de se conformer en spo- 
ranges, s'arrête à l'état de verticille foliaire, c'est-à-dire de petite gaine lo- 
bulée qui s'éléve au-dessus de l'épi. On a donné le nom de comosum à cette 
orme anomale assez fréquente sur les épis qui terminent les rameaux allongés 
des Æ. arvense et Telmateia (forma serotina polystachya). C'est ainsi que, 
sur quelques Labiées, on voit l'épi se terminer par un verticille d'expansions 
foliacées remplacant les pédicelles florigéres. Secondement, et c'est ce cas qui 
a appelé l'attention de M. Cosson, les sporanges se sont arrêtés à un degré 
rudimentaire à peine reconnaissable, et l'extrémité de l'axe, au lieu de s'étaler 
en clypéole terminal au-dessus d'eux, s'est allongée en pointe centrale ou 
acumen. 

Ce fait ne se produit qu'accidentellement et par exception sur les espèces 


(1) Voyez plus haut, p. 297. 


SÉANCE DU 28 jurn 41861. 369 


à épis obtus, soit sur des épis trés forts et trés longs dont la force végétative, 
bien qu'excessive, n'a plus pu atteindre complétement le dernier verticille, 
soit plus souvent sur des tiges naissant multiples d'un méme point du rhi- 
zome, soit plus souvent encore sur les épis latéraux des tiges polystachiées 
où l'arrét de développement est la conséquence du grand nombre des épis. 
J'ai trouvé fréquemment ce mode de terminaison sur des tiges d' Z'. palustre, 
alors que les tiges voisines, provenant du méme rhizome, avaient des épis 
obtus, ou bien alors que, sur une méme tige polystachiée, un épi était acu- 
miné et les autres obtus. Je l'ai trouvé encore, mais plus rarement, sur des épis 
TE. arvense, d' E. pratense et d' E. silvaticum. M. J. Milde mentionne la 
présence exceptionnelle d'un acumen sur les épis de l' E. silvaticum et sur 
ceux de FE. palustre (Die Gefess-Cryptogamen in Schlesien, in Nov. 
Act. natura. curiosorum, t- XXVI, part. 2, p. 434 et 462, lecture du 
2 janvier 1857). 

Sur les Æ. ramosissimum, variegatum, trachyodon, hiemale, cette ter- 
minaison en pointe se produit, non toujours, mais toutefois assez con- 
stamment pour fournir un caractère secondaire et de présomption, plutôt 
qu'essentiel et de distinction. De Candolle signala le premier ce caractère 
comme propre aux Æ. variegatum et ramosum (F1. fr. suppl. p. 244-245). 
Koch en a fait un caractère de section; mais M. Doell, dans son Flora 
des Grossherzogthums Baden (1857), a cessé d'employer, pour l'établis- 
sement de ses sections, ce caractère secondaire et trop souvent variable 
et accidentel. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la lettre 
suivante, adressée par M. Bouteiller à M. Cosson : 


Provins (Seine-et-Marne), 30 mai 1861. 


Monsieur, 

Je prends la liberté de me rappeler à votre souvenir pour vous informer 
d'une petite trouvaille botanique qui, je l’espère, vous intéressera. J'ai dé- 
couvert, dans nos environs et sur l'extréme limite méridionale de la flore 
parisienne telle que vous l'avez circonscrite, le Viola elatior Fries, que 
M. Des Étangs avait déjà trouvé dans le département de l'Aube, mais que je 
n'avais jamais rencontré dans mes parages. J'ai aussi récolté à Meilleray prés 
la Ferté-Gaucher, le Dentaria bulbifera; et l'année dernière, assez abon- 
damment, l'Orobanche Picridis. Si vous pensez que, comme faits de géogra- 
phie botanique, ces découvertes aient quelque intérêt, je vous prierai d'en 
faire part à la Société, Je tiens à votre disposition des échantillons de ces 
trois plantes, s'ils peuvent vons étre agréables. 

Agréez, etc. ÉD. BOUTEILLER. 


370 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


SUR L'ANDROCÉE DES CRUCIFÈRES, par M. Ad. CHA'TEN. 


La détermination de la nature vraie de l'androcée des Crucifères soulève 
les questions suivantes : 

1° Les deux paires de grandes étamines viennent-elles de deux étamines 
dédoublées, ou représentent-elles, au contraire, quatre étamines distinctes 
dès l'origine ? 

2° Si les paires de grandes étamines sont originellement distinctes, leur 
position est-elle la méme dans la fleur et dans le trés jeune bouton ? 

3° Quel est le rôle des grandes étamines des Crucifères dans la symétrie de 
leur fleur? 

h° Quel est le rôle des courtes étamines dans cette symétrie ? 

C'est spécialement sur les deux premiers points que j'appelle un instant 
l'attention de la Société. 
~ I. Les paires de grandes étamines viennent-elles chacune d'une seule éta- 
mine dédoublée ? 

Des six étamines des Crucifères, chacun a remarqué que les quatre plus 
grandes sont par paires et insérées un peu plus haut que les deux étamines 
isolées ; que, de plus, toutes alternent le plus souvent avec les pétales, 
les étamines géminées étant à la place d'une seule étamine. C'est sans 
aucun doute cette derniere observation, .plus généralement qu'absolument 
exacte, qui a suggéré à d'éminents botanistes l'idée que chaque paire 
d'étamines représente en réalité l'étamine solitaire dont elle occuperait la 
place. 

L'illustre De Candolle avait remarqué que les étamines géminées ne chan- 
gent pas l'arrangement symétrique de la fleur; malbeureusement, disent 
MM. Moquin-Tandon et Webb (1), par une erreur de l'artiste, le plan figu- 
ratif ne présente pas une exactitude rigoureuse (2). 

M. Moquin-Tandon a, en effet, pleinement adopté le point de vue de De 
Candolle, qu'il a appuyé de ses observations et de celles faites par divers 
botanistes. Les belles figures que M. Plée (3) a données du Cheiranthus 
Cheiri sont favorables à cette hypothèse, avec laquelle s'accorde la struc- 
ture du Gynandropsis, Capparidée sur le thécophore de laquelle les éta- 


(1) Moquin-Tandon, Essai sur les dédoublemehts ou multiplications; et Éléments de 
Tératologie. — Moquin-Tandon et Webb, Considérations sur la fleur des Crucifères, 
dans les Mémoires de l Académie de Toulouse, 1849, t. V, p. 364. 

(2) De Candolle, Mémoire sur les Crucifères, 1821, pl. L fig. 6. 

(3) Plée, Types des Familles. 


SÉANCE DU 28 Jurn 1864. 371 


mines accouplées laissent, en tombant, des cicatrices rapprochées deux à 
deux (1). ; 

Ainsi, en dehors même des Crucifères et chez cette famille des Capparidées 
liée à celles-ci par tant de points qu’elle peut être invoquée pour éclairer les 
côtés obscurs de leur organisation, des faits paraissent être favorables à l'hy- 
pothése d'un dédoublement pour les étamines conjuguées. 

M. Moquin-Tandon reléve d'ailleurs habilement, au point de vue de la dé- 
monstration qu'il s'est proposée, certains faits intéressants offerts par quel- 
ques Crucifères. 

Le Clypeola cyclodontea Del. a le filet de chacune des grandes étamines 
muni, sur le cóté externe, d'une dent qui manque sur les cótés contigus de 
ces filets, là oà l'on suppose que passe le plan de division de l'étamine d'abord 
simple. 

Le Sterigma tomentosum DC. a les grandes étamines séparées jusque vers 
la moitié. 

Dans l'Anchonium Billardierii DG., le dédoublement n'atteint pas au 
delà du tiers supérieur de la longueur des filets. 

Eufin le Ve//a Pseudocytisus présente ses grandes étamines soudées deux 
à deux jusque vers leur sommet. Ici le dédoublement semble donc arrété à 
l'anthére ! 

M. Moquin-Tandon fait encore remarquer, à l'appui de la méme thése, 
qu’il a vu un commencement de dédoublement dans les petites étamines du 
Matthiola incana, et que des observations analogues ont été faites sur le 
Cheiranthus Cheiri, par M. Lestiboudois et M. Seringe. 

Il n'est pas jusqu'à l'égalité de développement des quatre étamines, quand 
l'androcée est réduit à ce nombre, comme dans le Draba muralis, le Tees- 
dalia Lepidium et le Cardamine hirsuta, qui n'ait paru favorable à la théorie 
du dédoublement. Mais, à ces faits organographiques, MM. Lestiboudois, 
Kunth et J. Gay objectent que les grandes étamines des Crucifères, au lieu 
d'étre géminées et simultanément alternes avec les éléments de la corolle, 
sont distinctes et souvent opposées aux pétales eux-mémes. 

J'ajoute que, dans les Crucifères réduites à quatre étamines égales, les éta- 
mines ne sont point attachées à deux hauteurs différentes ni alternes aux pé- 
tales, comme il faut le supposer dans l'hypothése de De Candolle et de 
M. Moquin-Tandon, mais qu'elles sont situées à la méme hauteur et placées 
comme les pétales, aucunes d'elles n'étant plus ni exactement latérales ni à 
filets recourbés. Cette observation, que j'ai faite sur le Cardamine hirsuta, 
établit, si je ne me trompe, qu'ici les deux étamines latérales et solitaires des 
Cruciféres tétradynames manquent, les quatre étamines qui restent n'étant 


(1) Moquin-Tandon et Aug. de Saint-Hilaire, in Ann. sc. nat. 2* série, 1842, t. XVIII, 
p. 218. 


372 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


autres que les éléments des couples de longues étamines, reportés à la place 

qu'on peut dès lors considérer comme étant leur place normale. Alors s'expli- 

quent ces erreurs du dessinateur de De Candolle, déjà cité, et de celui de: 
M. Lindley (1) qui, lui aussi, n'avait pas attaché les grandes 4tamines là où la 

théorie voulait qu'elles fussent (2). 

On peut reconnaitre à présent que l'hypothèse du dédoublement des 
grandes étamines des Crucifères n'est rien moins qu'établie, malgré le grand 
talent avec lequel elle a été exposée et développée aux points de vue de l'or- 
ganographie et de la tératologie, par d'illustres botanistes. 

Consultons l'organogénie, cette branche de la botanique qui ne saurait 
légitimement avoir la prétention de tenir lieu de tous les autres moyens d'in- 
vestigation, mais à laquelle il faut bien accorder sa part d'importance. 

« Nous devons convenir, disaient MM. Moquin-Tandon et Webb, que 
» les travaux embryogéniques de M. Krause (3) sont tout à. fait contraires 
» à notre explication. Suivant lui, les quatre étamines géminées sont 
» d'abord solitaires devant les pétales. Les recherches de M. Duchartre 
» paraissent confirmer ce résultat. Or les boutons trés jeunes du Sina- 
» pidendron Bourgæi nous'ont paru avoir les étamines sur les bords des 
» pétales (4). » 

Les recherches de M. Duchartre, bien que restées inédites, étaient connues, 
on le voit, des savants auteurs des Considérátions sur la fleur des Cruci- 
feres, qui les citent pour les réfuter. 

Les enseignements de l'organogénie en étaient là, quand Payer publia, dans 
son Traité d'Organogénie, le résultat de ses observations, qu'il formule ainsi : 
« A l'origine, les quatre graudes (étamines) se montrent sous la forme de deux 
» mamelons superposés chacun à l’un des sépales antérieur et postérieur ; 


(1) « M. Lindley a constaté avec nous (disent MM. Moquin-Tandon et Webb) que les 
grandes étamines sont disposées par paires alternes aux pétales. Cependant, dans le 
diagramme (Vegetable Kingdom, p. 352, f. 5) de ce célébre botaniste, les étamines ne 
sont pas assez rapprochées l'une de l'autre; ces étamines devraient se toucher.» .. 

(2) Un fait tératologique, anciennement observé par M. Ad. Brongniart, et dont il a 
présenté les dessins à la Société dans la séance du 26 juillet 1861 (voyez plus bas 
le compte rendu de cette séance), vient particuliérement à l'encontre de l'hypothése 
du dédoublement des grandes étamines. M. Brongniart a constaté que, dans une Cru- 
cifére (le Cheiranthus Cheiri) oà les étamiues avaient disparu, remplacées par des car- 
pelles supplémentaires occupant l'intervalle. entre la corolle et le pistil ordinaire, ces 
carpelles étaient au nombre de quatre et opposés aux pétales. Or cette intéressante 
observation ne répond-elle pas à l'avortement des étamines latérales, comme dans les 
Cardamine, etc., cités plus haut, et à la métamorphose ascendante des quatre >éta- 
mines, éléments des paires de grandes étamines résultant ordinairement de leur rappro- 
chement deux à deux? Et, dés lors, ces paires d'étamines, au lieu de procéder respec- 
tivement d'une seule étamine dédoublée, ne sont-elles pas le résultat du rapprochement 
plus ou moins imparfait, devant les sépales placentaires, de quatre étamines primitive- 
ment, typiquement, oppositipétales? (Note ajoutée au moment de l'impression.) 

'(S) Krause, Botanische Zeitung, 1846, et Revue botanique, t. 1l, p. 205. 

(4) Moquin-Tandon et Webb, loc. cit. p. 10. 


SÉANCE DU 28 JUIN 1861. 373 


» mais ces deux mamelons se subdivisent promptement en deux autres... qui 
» sont les rudiments des deux paires d'étamines (1). » 

Une remarque se présente tout d’abord, c’est que Payer ne représente pas 
les paires des grandes étamines à l'état primitif où chacune d'elles serait 
réduite à un simple mamelon. Pour cette fois, le savant auteur, si libéral 
d'ordinaire à donner les figures correspondant à tous les âges de la fleur, 
s'abstient de figurer cet état primordial de l'androcée, qui était, on peut le 
dire, de tous les points de l'organogénie des Cruciféres, celui qui intéressait 
le plus les botanistes, dont il devait fixer les doutes. 

Cette. remarque présentée, j'ajoute que les résultats des nombreuses obser- 
vations auxquelles je me suis livré, dans mes études, vérifiées depuis, sur 
l'Ordre de développement des androcées (2), permettent d'affirmer qu'à aucune 
époque les paires des grandes étamines ne sont représentées par un seul 
mamelon. Et, non-seulement ces couples d'étamines ne procédent pas d'un 
mamelon unique, mais les deux mamelons de chaque couple sont d'autant 
plus écartés l'un de l'autre que la fleur est plus jeune, ou que le moment 
de leur apparition est plus proche. 

Ce n'est que consécutivement à leur apparition que les mamelons devien- 
nent plus voisins et finissent, dans quelques espèces, par se souder ensemble, 
comme dans le Vella Pseudocytisus. 

J'ai répété les observations de Payer sur le Cheiranthus Cheiri, le 
Cochlearia officinalis, et, comme dans les Sinapis alba et S. arvensis, 
Brassica oleracea, Diplotaxis muralis, Barbarea vulgaris, etc., j'ai tou- 
jours vu la place des couples de grandes étamines encore nue, ou portant 
simultanément les deux mainelons dont chacun est le rudiment de l'une des 
grandes étamines. 

L'organogénie est donc, en définitive, comme l'avaient vu MM. Krause et 
Ducharire, si contraire à la théorie du dédoublement des grandes étamines 
des Crucifères, qu'en rapprochant ses enseignements de ceux qui' ont paru 
ressortir de la discussion des faits organographiques, il semble qu'on puisse 
regarder cette théorie comme tout à fait inexacte. 

Ainsi serait résolue, conformément à l'opinion successivement admise par 
MM. Lestiboudois, Kunth, Gay, Ad. Brongniart, Krause et Duchartre, cette 
question posée plus haut : — 

Les deux paires de grandes étamines viennent-elles de deux étamines 
dédoublées, ou représentent-elles, au contraire, quatre étamines distinctes 
dés l'origine ? 


(La suite prochainement.) 


(4) Payer, Traité d'Organogénie comparée de la fleur, p. 206, pl. XLIV. 
(2) Ad. Chatin, Comptes rendus de lAcadémie des sciences, t. XL, p. 1050 
et 1288. 


37h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. J: Gay rappelle les travaux de Kunth, de M. Lindley et de 
M. Lestiboudois sur les Cruciféres, et sur l'organisation du Tetra- 
poma qui, avec quatre carpelles constants, présente originairement 
huit étamines. 

M. Brongniart dit qu'au bout de quelques années de culture au 
Muséum, le Tetrapoma s'est modifié et n'a plus offert que deux 
carpelles. 

M. Duchartre dit qu'il est heureux d'entendre M. Chatin exposer 
des opinions qu'il regarde lui-même depuis longtemps comme l'ex- 
pression de lavérité, d'aprés des observations multipliées qu'il a 
faites il y a déjà environ quinze ans. ll avait montré ses dessins à 
M. Webb, qui a combattu ses opinions dans le mémoire qu'il a publié, 
avec M. Moquin-Tandon, sur la famille des Cruciféres. M. Duchartre 
a toujours vu les quatre étamines longues naitre séparément par 
autant de mamelons distincts et isolés. 


M. Brongniart fait à la Société les communications suivantes : 


NOTE SUR UN NOUVEAU GENRE DE NYCTAGINÉES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE, 
par MM. Ad. BRONGNIART ct Arthur GRIS. 


Les Nyctaginées forment un des groupes les plus isolés du régne végétal, 
car, si la structure habituelle de leur graine tend à les rapprocher des familles 
apétales cyclospermées, leur calice gamopétale, à préfloraison valvaire et 
plissée, l'absence constante des pétales, le défaut de symétrie de leurs étamines 
relativement aux divisions de ce calice, enfin leur ovaire non-seulement mono- 
sperme mais unicarpellé, c'est-à-dire avec un stigmate simple plus ou moins 
oblique, les éloignent de toutes les autres familles de ce groupe. Leur rappro- 
chement est donc fondé essentiellement sur la forme de leur ovule campylo- 
trope et sur leur embryon recourbé enveloppant un périsperme farineux. Cet 
embryon cependant, par ses cotylédons foliacés, differe beaucoup de celui de 
la plupart des Cyclospermées, mais rappelle davantage celui des Polygonées. 

La plante que nous avons à faire connaître ici présente une exception remar- 
quable à ces caractères admis pour tous les genres de la famille : la graine a 
l'embryon droit et manque presque complétement dé périsperme ; les traces 
qu'on en retrouve entre les replis des cotylédons ne présentent nullement le 
caractère farineux, mais seulement un tissu mou et mucilagineux ; l'arbre qui 
offre ce caractere, et qui, par presque tous les autres points de sa structure, 

“rappelle les Pisonia, semblait donc offrir une exception singulière aux carac- 
téres de ce genre et des Nyctaginées en général. 

Nous avons dû cependant le comparer, à ce point de vue, aux autres sonia. 


SÉANCE DU 28 Juin 1861. 375 


Déjà R. Brown donnait à ce genre un embryon dressé, et non condupliqué 
comme dans les Boerhaavia et autres Nyctaginées. Du Petit-Thouars, en 
décrivant son genre Calpidia, qu'on a plus tard toujours réuni aux Pisonia, 
lui atiribuait aussi un embryon droit à cotylédons foliacés enveloppant, sui- 
vant lui, un périsperme charnu et non farineux, caractère auquel on n’a 
accordé aucune importance et qui rapproche, quant à la graine, l'arbre de 
la Nouvelle-Calédonie de celui de l'ile Maurice. 

Nous avons donc voulu vérifier ces caractères, et nous avons vu que, dans 
les vrais Pisonia, en prenant pour exemple de ce genre le Pisonia aculeata 
des Antilles qui lui a servi de type, la graine oblongue présente un embryon 
droit, dont les cotylédons larges et foliacés, repliés latéralement, enveloppent 
un périsperme farineux; cette graine répond bien au caractère général de la 
famille, sauf la forme droite de l'embryon, déjà signalée dans ce genre. 

Nous avons pu examiner une graine du Ca/pidia lanceolata de Du Petit- 
Thouars, et nousl'avons trouvée conforme à la description de cet excellent 
observateur, si ce n'est que le périsperme charnu qu'il indique était réduit à 
une petite bande de tissu mucilagineux pénétrant dans le repli dorsal du coty- 
lédon le plus intérieur, tissu qui adhérait au tégument de la graine dans toute 
sa longueur comme à une chalaze linéaire et latérale. Par ce caractère et par 
quelques autres d'une moindre valeur, le genre fondé par Du Petit-Thouars 
nous parait mériter d’être conservé; il s'agira de fixer les espèces de Pisonia 
qui devront y rentrer ; c'est ce que nous chercherons à examiner plus tard. 

L'arbre de la Nouvelle-Calédonie, par la structure de sa graine, est tout à 
fait identique avec le Ca/pidia. 1] lui ressemble encore en ce que le tube du 
calice qui enveloppe le fruit est pentagone, et que ses angles laissent exsuder 
une humeur visqueuse trés abondante; il en diffère cependant par la forme 
du fruit qui, dans le Ca/pidia, occupe à peine la moitié du calice qui se pro- 
longe en un tube creux au delà du fruit, tandis que dans notre nouveau genre, 
il remplit complétement la cavité du calice, comme dans les vrais Pisonia. 
Mais la principale différence entre le Ca/pidia et le Vieillardia, nom que 
nous proposons de donner à notre nouveau genre, consiste dans la fleur dont 
le calice campanulé est à cinq divisions assez profondes et renferme environ 
trente étamines légèrement soudées à leur base en un anneau hypogyne. 

On peut ainsi caractériser ce genre, que nous dédions à M. Vieillard, 
médecin de la marine, qui, pendant un séjour de cinq années à la Nouvelle- 
Calédonie, a réuni, avec un zèle infatigable, de riches collections botaniques 


dont cette plante faisait partie. 
VIEILLARDIA. 


Calyx campanulatus, limbo quinquefido patente, lobis acutis, in præflora- 
tione valvatis, nec membrana plicata conjunctis. 


376 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Stamina numerosa (circiter- 30), e tubo calycis vix exserta, inæqualia nec 
simplici serie inserta; filamentis rigidis, basi plus minusve in annulo hypogyno 
unitis; antheris ovatis bilobis, dorso affixis, introrsis. 

Ovarium oblongum uniloculare, ovulo oblongo erecto subanatropo, chalaza 
laterali. Stylus rectus, staminibus longior. Stigma simplex, oblique expansum, 
papilloso-fimbriatum, latere decurrens. 

Fructus, pericarpio membranaceo, oblongo -fusiformis, tubo calycis accreto 
et indurato, prismatico-pentagono, apice incrassato et constricto, inclusus. 
Tubus calycis, in fructu maturo, angulis visco tenacissimo indutis, lobis 
persistentibus dentiformibus coronatus. 

Semen erectum, pericarpio conforme, liberum. Tegumentum membrana- 
ceum fuscum, pericarpio paulo crassius, uno latere, secundum longitudinem, 
subintroflexum et in lamina fusca (chalaza lineari), perispermio tenui molli 
mucoso involuta, extensum. — Embryo rectus, radicula inferiori, tigella 
cylindrica, cotyledonibus foliaceis subrotundis basi emarginato-cordàtis, late- 
ribus convolutis et perispermii vestigium involventibus. 


VIEILLARDIA AUSTRO-CALEDONICA. 
` Arbor ramis crassis cylindricis, foliis quincuncie alternis, approximatis 
coriaceis, exstipulatis, petiolo angusto pollicari aut bipollicari, limbo subellip- 
tico, integerrimo, penninervio, utrinque glabro ; floribus in corymbis termi- 
nalibus dispositis, calycibus coriaceis intus et extus puberulis. 
Hab. in planitie insule Novæ-Caledoniæ, ubi clar. Vieillard primus invenit 
(herb. Mus. parisiensis et Mus. coloniarum). i 
Obs. — Les collections de la Nouvelle-Calédonie renferment encore des 
échantillons de deux arbres également voisins des Pisonia, du Vieillardia 
et du Ca/pidia; mais ces échantillons, dépourvus de fruits, peuvent laisser 
des doutes sur leur détermination et nécessitent des comparaisons ukérieures 
avec les espèces de ce groupe propres à la Polynésie. 


NOTE SUR LE GENRE CROSSOSTYLIS DE FORSTER, par MME. Ad. BRONGNIART 
et Arthur GRIS. 


Les collections formées par MM. Pancher et Vieillard à la Nouvelle-Calé- 
donie comprennent, en bouton, en fleur et en fruit, une plante que nous 
avions reconnue pour appartenir au genre assez imparfaitement décrit par 
Forster sous le nom de Crossostylis. La grandeur de ses fleurs nous l'avait 
fait désigner sous le nom spécifique de grandiflora. M. Pancher, dans ses 
derniers envois, avait été conduit aussi à lui donner ce méme nom. 

Le Crossostylis biflora de Forster a été décrit et figuré récemment par 
M. Asa Gray dans la botanique du voyage du capitaine Wilkes (Unit. Stat. 
exploring expedition, p. 610, tab. 77) ; mais il ne l'a pas observé en fruit, 


SÉANCE DU 28 JUIN 1864, 377 


et sa description de la fleur, comparée à des échantillons de cette même espèce, 
nous parait inexacte en un point assez important de la structure de l'ovaire. 

Le Crossostylis biflora et le Crossostylis grandiflora se ressemblent par 
tous les points essentiels de leur structure; ils diffèrent légèrement par la 
forme des sépales et des pétales, par le nombre des étamines qui est de 20 
dans le C. biflora d’après Forster et M. Asa Gray, que nous avons trouvé de 
21 à 24, suivant les fleurs, dans un échantillon de cette espèce de la Nouvelle- 
Calédonie, et qui est de 28 dans le C. grandiflora, une étant opposée devant 
chaque pétale et six devant chaque sépale. Les mêmes appendices se trouvent 
entre la base des étamines en dedans du tube du calice. 

L'ovaire, qui est à moitié plongé dans le réceptacle, mais dont la surface 
supérieure convexe est marquée de stries rayonnantes, a été décrit et figuré 
par M. Asa Gray comme à 12 loges bi-ovulées ; Forster indiquait le fruit 
comme uniloculaire. En examinant avec soin l'ovaire des deux espèces que 
nous avons eues à notre disposition, nous avons reconnu d'une manière bien 
positive, méme sur des boutons jeunes, que les cloisons observées par le 
savant botaniste américain ne sont que des lames saillantes partant du fond de 
l'ovaire et de ses parois latérales, mais qui, à aucune époque, ne sont unies 
ni méme rapprochées de la paroi supérieure libre de l'ovaire. Ce ne sont que 
des cloisons incomplètes, assez saillantes dans le C. biflora, ne formant que des 
nervures peu proéminentes dans le C. grandiflora. Ces lames indiquent cepen- 
dant le nombre des carpelles constituants de l'ovaire, à chacun desquels cor- 
respondent deux ovules fixés à la colonne centrale qui traverse l'ovaire; cette 
colonne, trés courte d'abord, s'allonge à mesure que le fruit se développe et 
que sa surface supérieure devient plus convexe. Les ovules, placés d'abord 
horizontalement, sont ensuite suspendus à l'extrémité de funicules roides assez 
allongés dans les graines fécondes. Le stigmate présente autant de petits lobes 
linéaires qu'il y a de carpelles, et ces lobes, diversement groupés, sont assez 
souvent réunis en quatre faisceaux comme Forster l'avait observé. Les car- 
pelles, dans le C. biflora, ne paraissent être qu'au nombre de 12 à 16; dans 
le C. grandiflora, ce nombre, est égal à celui des étamines, soit 28. 

Le fruit, que Forster seul a fait connaitre, nous parait différer beaucoup de sa 
description. Dans le C. grandiflora, il ressemble beaucoup par sa forme exté- 
rieure à la figure de Forster, mais ce n'est nullement une baie indéhiscente. La 
partie supérieure convexe, formant comme un couvercle hémisphérique marqué 
de stries rayonnantes, se détache par suite de la rupture de la colonne centrale 
au-dessus de l'insertion des graines; cette colonne centrale, qui persistait ainsi 
au milieu de la partie inférieure du fruit, portait, dans ceux que nous avons 
observés, beaucoup d'ovules avortés et un certain nombre de graines fertiles et 
mûres. Celles-ci étaient suspendues à l'extrémité de funicules roides et subu- 
lés qui se terminaient par une caroncule blanche spongieuse lobée qui recou- 
vrait en partie la graine à testa noir et brillant ; lorsqu'on détachait la graine, 

T. VIII. 25 


378 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


cette petite excroissance celluleuse ne l’accompagnait pas comme un arille, 
mais restait fixée au funicule, Leur présence dans des fruits dont beaucoup de 
graines seraient fertiles, formerait une sorte de pulpe qui a pu faire désigner 
ce fruit par Forster par les mots de bacca unilocularis polysperma. Quant à la 
graine elle-même, elle est ovale, à testa noir, lisse et brillant: elle renferme 
un périsperme charnu épais et un embryon droit placé dans l'axe de la graine. 
Sa radicule est dirigée supérieurement vers le hile, et ses cotylédons, un 
peu plus larges que la tigelle, sont elliptiques, convexes et appliqués l'un 
contre l'autre. 

Ces caracteres de la graine confirment les rapports de ce genre avec les 
Légnotidées (1). 


M. Chatin présente à la Société un échantillon anomal d'OrcAis 
maculata, récoltéle 20 de ce mois dans la forét de Rambouillet, 
prés de Montfort-'Amaury (Seine-et-Oise), et dont la tige, simple 
dans le bas, se bifurque sans fasciation préalable, pour porter deux 
épis cylindriques et semblables aux épis normaux. M. Chatin ajoute 
que l'on doit rapprocher ce fait d'une anomalie analogue observée 
par M. Duchartre sur une Tulipe (2). 


(1) Depuis la lecture de cette note, nous avons observé, dans les collections de 
M. Vieillard (n° 43), une troisième espèce de Crossostylis que nous désignerons par le 
nom de C. mulliflora. Elle äiffère des deux espèces précédentes : 1° par des pédoncules 
plusieurs fois dichotomes, portant des fleurs beaucoup plus petites; 2° par le nombre 
beaucoup moins considérable des parties de l'androcée et du pistil, qui sont les unes et 
les autres réduites à huit, 4 étamines étant opposées aux sépales et 4 aux pétales. 

(Note ajoutée au moment de l'impression.) 

(2) Voyez le Bulletin, t. VII, p. 462. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


NOVEMBRE 4861. 


——— 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Recherches sur les affinités de structure dcs tiges des 
plantes du groupe des Cyelospermées ; par M. G. Regnault, 
docteur ès sciences (Ann. sc. nat., h* série, t. XIV, pp. 73-1606, avec six 

_ planches gravées). | 


L'auteur de ce travail commence par insister sur l'importance que présen- 
tent les études anatomiques pour la connaissance complète des rapports qui 
relient les plantes les unes aux autres. Il s'appuie à cet égard sur l'opinion de 
Mirbel, de M. Chatin et d'autres savants. Il rappelle ensuite les principaux tra- 
vaux publiés sur l'anatomie des tiges, notamment ceux de Daubenton et 
Desfontaines sur les Palmiers, de M. Geeppert sur les Conifères, de MM. Bron- 
gniart et Miquel sur les Cycadées, Schleiden et Miquel sur les Cactées, 
Decaisne, J. -D. Hooker et Chatin sur les Loranthacées, etc. Arrivant ensuite 
à l'objet principal de son mémoire, M. Regnault indique les caractères 
du groupe des Cyclospermées, Il y rattache : les Mésembrianthémées, dont 
l'embryon est courbé autour de l'albumen, bien qu'il ne l'entoure pas 
complétement; les Tétragoniées, rapprochées des Mésembrianthémées par 
De Candolle et M. Brongniart; et les Crassulacées, qui se relient en groupe 
principal par l'intermédiaire des Cactées, bien que leur graine soit, d’après 
M. Brongniart, dépourvue d'albumen. Mais il paraît exclure des Cyclosper- 
mées la famille des Polygonées, placée parmi elles par MM. Decaisne et Le 
Maout, bien que sur la limite des Apétales cyclosporées et des Apétales ortho- 
p et dont il ne parle en aucun endroit de son travail. Aprés avoir exposé 
les travaux déjà publiés spécialement sur l'anatomie des Cyclospermées par 
MM. Bi'ongniart (Crassulacées), Decaisne, Unger, dé Gernet (Nyctaginées, 
Chénopodées), Martins (Phytolaccées), D. Oliver (Caryophyllées), l'auteur 
entre dans l'étude de chacune des familles qui constituent pour lui le groupe 
qu'il examine; nous indiquerons brièvement les principaux résultats auxquels 
il est parvenu, 

Le type des Crassulacées est caractérisé par l'absence du liber, l'absence de 
rayons médullaires dans le bois arrivé à son développement complet, l'exis- 
tence de faisceaux particuliers plus clairs que l'ensemble, situés au milieu du 


380 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


système ligneux, et formés uniquement de cellules molles, fibroïdes, et de vais- 
seaux, enfin par l'abondance dans la tige de l'élément utriculaire, qui donne 
aux plantes de ce groupe le caractére commun à toutes les tiges charnues. 

Les Mésembrianthémées se distinguent par la structure spéciale des utri- 
cules épidermiques, l'existence de trachées situées à la face interne du bois, 
disposées en rangées rayonnantes et séparées des fibres ligneuses par des cel- 
lules fibroides trés abondantes autour du bois et dans le bois lui-méme. Les 
Tétragoniées présentent une disposition analogue. Jl n'y a aucune trace de 
liber ni de rayons médullaires dans ces deux familles, non plus que dans les 
Crassulacées. 

Dans la famille des Portulacées, telle qu'elle a été limitée par M. Fenzl, il 
existe des fibres libériennes et de larges rayons médullaires, excepté dans 
quelques espèces où l'on trouve sous la couche génératrice une zone ligneuse 
parfaitement continue. 

Dans les Paronychiées, les fibres ligneuses sont couvertes, sur toutes leurs 
parois, de ponctuations régulières, et il existe entre deux parois voisines une 
série régulière de petites cavités. La jeune plante est munie d'un liber, mais n'a 
pas encore de rayons médullaires. 

Les Caryophyllées présentent une couche subéreuse qu'on ne remarque 
pas dans les autres familles, et d'autres caractères particuliers. D’après l'étude 
anatomique, les Portulacées, les Paronychiées et les Caryophyllées ont plus 
d'analogie entre elles qu'avec les plantes charnues examinées précédemment. 

Les Amarantacées ont pour caractères communs la présence de fibres libé- 
riennes ; une couche génératrice composée de deux sortes d'éléments, accom- 
pagnée de masses de tissu générateur disséminées dans le bois; des rayons 
médullaires et des faisceaux intra-médullaires de composition constante. Les 
Chénopodées se rapprochent considérablement des Amarantacées par leurs 
caractéres anatomiques comme par leurs caracteres organographiques. Le Cam- 
phorosma monspeliaca fait exception. 

Les Phytolaccées présentent une disposition identique de toutes les couches 
extérieures au bois ; dans le bois, une structure exactement semblable des élé- 
ments qui le constituent, et un arrangement trés analogue de tous ces éléments 
pour former des faisceaux fibro-vasculaires séparés par des rayons médullaires. 

Dans les Nyctaginées, on remarque des ponctuations sur les fibres ligneuses 
et des faisceaux fibro-vasculaires d'une structure tout à fait spéciale dans l'inté- 
rieur de la moelle. 

En résumé, tous les végétaux de la classe des C yclospermées different des 
Dicotylédones ordinaires par la présence dans le bois de tissu générateur et 
l'absence de couches annuelles concentriques : structure qui est aussi celle des 
Ménispermées et des Casuarina, et qui sera peut-étre reconnue un jour 
pour appartenir à un grand nombre de plantes. 


D' EucENE FOURNIER. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 381 


Mémoire sur Ic Cynomorium coccineum, parasite 
dc l’ordre des Balanophorées: par M. H.-A. Weddell (Extrait 
des Archives du Muséum, t. X.) Tirage à part en brochure in-8° de 
39 pages, avec 3 planches lithographiées. Paris, 1860. 


Les principaux résultats contenus dans ce mémoire ont déjà été exposés 
sommairement devant la Société botanique, dans ses séances du 22 mai et du 
2^ juillet 1857, ce qui nous dispensera d'analyser avec de grands détails les faits 
relatés actuellement par M. Weddell. Son travail se compose de sept chapitres : 
le premier contient l’histoire botanique du C'ynomorium, qui était connu même 
de Pline; le deuxième traite de l'habitat de la plaute, qui croit en Sicile, 
à Malte, et en Algérie depuis le littoral jusqu'à 300 kilometres de la mer ; le 
troisième chapitre nous entretient du mode de parasitisme du Cynomorium, 
dont le rhizome projette horizontalement des ramifications qui se fixent sur 
les racines des plantes voisines, et dont les nouveaux centres de végétation 
sont annuels ou vivaces selon la durée de la plante qui les nourrit. Vient 
ensuite l'examen anatomique du rhizome et de ses dépendances. Le rhizome 
est dans sa jeunesse couvert de radicelles-sucoirs, et terminé par un cône 
d'écailles imbriquées. Anatomiquement, il renferme, au sein du tissu cellu- 
laire, des faisceaux fibro-vasculaires nombreux, filiformes, droits ou légerement 
flexueux, rappelant ceux des Monocotylédones, dont ils se distinguent par 
leur parallélisme. On n'observe dans ce rhizome ni moelle ni rayons médul- 
laires. Les radicelles sont formées par un faisceau unique et central, continu 
avec un de ceux du rhizome, et entouré de cellules dont quelques-unes font 
saillie à la surface. Quand une de ces radicelles rencontre la radicelle d'une 
plante étrangere, son extrémité se renfle et projette dans le tissu cortical de 
celle-ci un petit cône cellulaire qui pénètre jusqu'au faisceau fibro-vasculaire 
central. Les greffes qui se font sur des racines plus grosses ont lieu au moyen 
de tubercules-suçoirs, et alors par une série de perforations simultanées. Le 
cinquième chapitre traite de la tige florale, des écailles et de l'inflorescence. 
La hampe est le prolongement aérien du rhizome, avec lequel elle offre la plus 
grande analogie au point de vue anatomique. Les écailles, primitivement rap- 
prochées et écartées par la croissance de la hampe, sont les seuls organes 
foliacés du Cynomorium; ils ne présentent pas de stomates. L'inflorescence 
résulte de l'agrégation d'une quantité prodigieuse de petites cymes bipares, 
dont l'ensemble forme un groupe indéfini. Les organes de reproduction fontle 
sujet du sixiéme chapitre. On sait qu'ils forment des fleurs polygames dans 
le Cynomorium. Les fleurs máles ont un périgone bien enveloppé, entourant 
une étamine unique qui présente à sa base l'organe décrit par L.-C. Richard 
sous le nom de palea, lequel n'est qu'un style modifié, comme l'a trés bien 
reconnu M. J.-D. Hooker. Dans les fleurs femelles, l'ovaire et l'ovule ne présen- 


382 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tent rien qui les différencie essentiellement de ceux de la plupart des végétaux 
phanérogames ; l'ovule est un ovule pendant et qu'on peut dire orthotrope, bien 
qu'il ait subi un commencement d'anatropie. L'embryon ne présente aucune 
trace de division; il est acotylédoné dans toute l'acception du mot. Dans les 
fleurs hermaphrodites, l'étamine est placée au sommet de l'ovaire, immédiate- . 
ment en face d'une cannelure du style. Sur une méme inflorescence, alors que 
le pistil des fleurs femelles est flétri depuis longtemps, et l'embryon en pleine 
voie de développement, l'anthére n'est pas encore arrivéeà émettre son pollen ; 
les fleurs femelles ne sont donc fécondées que par le pollen d'une inflorescence 
voisine. Le septième chapitre nous expose l'étude de germinations artificielles 
que M. Weddell a pu obtenir. 11 a vu la radicule sortir de la graine par l'extré- 
mité amincie de l'embryon, et se développer en un rhizome muni de ses fibres- 
sucoirs, sans que l'autre extrémité de l'embryon eût présenté aucun phéno- 
mene appréciable. Toutes les radicules se sont dirigées vers la partie supérieure 
du terrain où elles germaient, et se sont montrées au-dessus de sa surface. Re 
tournées et renversées, elles ont reparu de nouveau à la surface jusqu'à deux 
fois. Cela pourrait bien signifier, comme l'indique M. Weddell, que l'organe 
si analegue à une radicule est réellement une tigelle, et qu'il ne se développe 
pas de radicule dans cet embryon. 

Des trois planches qui accompagnent le mémoire de M. Weddell, la pre 
mière, peinte par M. Riocreux, représente un pied de Cynomorium plus petit 
que nature ; les deux autres figurent divers détails organographiques ét anas: 
tomiques, 


E. F. 


Sur Ie développement de la graine de Rieln; par M. Arthur 


Gris (Extrait des Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, séance du 
21 octobre 1861). 


M. A. Gris mentionne certaines particularités de la structure de l'oyule du 
Ricin qui lui paraissent nouvelles pour la science. Il a constaté que, dans 
cette plante, l'albumen se développe à l'intérieur du sac embryonnaire, fait 
que M. Ad. Brongniart, dans son mémoire Sur la génération et le dévelop- 
pement de l'embryon chez les végétaux phanérogames, a annoncé le pre- 
mier, et qui est en contradiction avec l'opinion récemment émise par 
M. Baillon ( Ztude générale du groupe des Euphorbiacées, p. 184), d’après 
laquelle les cellules du nucelle, en se gorgeant de matières grasses, constitue- 
raient l'albumen. En outre, d'aprés M. Gris, le nucelle, soudé à la secondine 
dans sa moitié inférieure oü la chalaze seule l'en sépare anatomiquement, 
reste libre seulement dans sa moitié supérieure, qui plus tard se résorbe du 
centre à la circonférence; alors l'albumen, primitivement développé dans le 
sac embryonnaire, grossit et vient s'appliquer contre la secondine, Dans la 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 383 


‘ graine mûre, tout ce qui reste du nucelle est une cupule membraneuse, 


légèrement jaunâtre, revêtue d'un réseau vasculaire chalazien très développé. 
E. F. 


Mémoire sur ia symétrie et l'organogénie florale des 
. Marantées; par M. le docteur H. Baillon (Recueil d'observations bota- 
niques, t. I, pp. 306-327). ) 


Ce mémoire est celui qui a été lu à l’Académie des sciences dans sa séance 
du 4 mars 1861. L'auteur y étudie la structure de la fleur des Marantées, 
en se fondant principalement sur l'étude organogénique. Il commence par 
rapporter les diverses opinions soutenues, sur la constitution de ces fleurs, par 
MM. Kornicke, Lindley, Th. Lestiboudois, de Borra, A. Gris et Parlatore. 
D'aprés lui, les botanistes francais semblent, en général, s'accorder à admettre 
que les fleurs des Marantées représentent un type diplostémone irrégularisé, 
tel que celui des Amaryllidées, avec un androcée hexandre sujet à de nombreux 
avortements, Cependant cette opinion peut étre ébranlée par quelques faits : le 
défaut d'exactitude dans la superposition des staminodes aux sépales ou aux pé- 
tales, le mode suivant lequel ils se rencontrent dans la fleur, la bifurcation d'un 
de ces organes dans les Calathea, etc, C'est en présence de ces objections pré- 
sentées par la nature contre les théories actuellement répandues dans la science, 
que M. Baillon s'est décidé, pour éclaircir la question, à suivre le développe- 
ment des Marantées. Le Thalia dealbata lui a offert un calice à trois sépales, 
dont deux postérieurs, et une corolle ou calice interne à trois divisions qui 
apparaissent, comme les sépales, successivement sur le pourtour du réceptacle 
élevé régulièrement en anneau continu ; l'androcée est composé de trois éta- 
mines superposées aux pétales, dont deux se dédoublent de bonne heure, 
la postérieure portant d'un côté une loge pollinifère, et de l'autre un appen- 
dice pétaloide. il en résulte cinq organes, que l'on a à tort rapportés à un 
verticille de six parties, dont une aurait avorté. Quant au gynécée, il est repré- 
senté par trois feuilles carpellaires superposées aux sépales extérieurs, et 
d'abord superes. Plus tard le réceptacle se creuse à la base de chacune d'elles, 
ce qui tend à produire trois loges, dont une seule devient fertile, et ne ren- 
ferme qu'un ovule dirigeant son micropyle en dehors et en bas dans ses mou- 
veménts anatropiques. Cet ovule est muni d'une expansion arilliforme déve- 
loppée aux dépens de la primine qui se gonfle sur deux côtés opposés, à peu 


' près à égale distance du hile et du micropyle, et un peu au-dessus du point 


d'insertion de l'ovule. D'après M. Baillon, le développement de la fleur est à 
peu de chose prés le méme dans tous les genres de la famille qu'il a étudiée. 

A la fin de son travail, l'auteur recherche les rapports des Marantées. D'ame 
part, elles s'éloignent, suivant lui, des Orchidées et des Musacées, qui ont 
réellement deux verticilles d'étamines ; d'autre part, elles se relient évidem- 


384 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ment aux Cannées, comme chacun le sait, ainsi qu'aux Zingibéracées, parce 
que dans ces deux familles l'androcée est isostémone et a ses éléments super- 
posés à ceux de la corolle. Enfin les Marantées doivent étre regardées comme 
l'état irrégulier d'un prototype d'une structure analogue à celle des vraies 
Hémodoracées, et peut-étre aussi à celle des Burmanniacées. 

Le mémoire de M. Baillon est accompagné d’une planche upone le 
développement du Thalia dealbata. 

E. F. 


Ueber die durch die Schwerkraft bestimmten Richtun- 
gen von Pflanzentheilen (De l'influence de la pesanteur sur la 
direction de certaines parties des végétauz); par M. W. Hofmeister. (Ex- 
trait des Comptes-rendus de la classe mathématico-physique de la Société 
royale des Sciences du royaume de Saxe.) Tirage à part en brochure in-8° 
de 39 pages, 1860. 


L'auteur nous. offre dans ce mémoire un apercu rapide des résultats des 
nombreuses expériences qu'il a faites pour rechercher les causes qui déter- 
minent la direction de certaines parties des végétaux tantót vers le ciel, comme 
pour la plupart des tiges, tantót en sens inverse, comme cela a lieu généra- 
lement pour les racines. 

M. Hofineister commence par exposer l'histoire de la question, et soumet 
à ce propos à un examen critique les idées émises par ses devanciers en 
pareilles études. Après avoir cité Knight qui, le premier, aurait attribué à la 
pesanteur le róle principal dans la direction normale des organes et dans les 
incurvations que subissent les parties des végétaux placées dans une position 
autre que la normale, il expose sommairement les expériences faites par 
Dutrochet, et cherche à signaler plusieurs erreurs de ce savant expérimen- 
tateur qui, selon lui, aurait été induit en erreur, surtout par sa tendance à tout 
expliquer par les lois de l'endosmose. Cet exposé critique de l'historique de 
la question est terminé par la citation des idées que M. Wigand a mises en 
avant à ce sujet. 

Arrivant ensuite à ses propres;expériences, M. Hofmeister nous apprend que, 
lorsque, des organes étant anatomiquement identiques ou trés peu différents, 
la pesanteur force les uns à se courber vers le ciel, les autres vers le sol, ces diffé- 
rents modes d'incurvation, appelés par lui des incurvations géocentriques, sont 
dus à des différences notables qui existent dans la tension des tissus qui 
composent les organes. Selon lui, ces tissus ont les uns une tendance à 
se dilater, comme, par exemple, le parenchyme succulent et la moelle; les 
autres, au contraire, une tendance à se contracter, comme, par exemple, 
l'épiderme, les faisceaux fibro-vasculaires, etc. Ce serait alors la résultante 
de ces deux. forces qui, modifiant plus ou moins l'action de la pesanteur, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. : $85 


déterminerait les courbures et en général la direction des organes des 
plantes. Les organes unicellulaires, tels que les tiges des Nitella, offrent 
aussi des phénoménes de ce genre, car les diverses couches qui compo- 
sent leurs parois cellulaires présentent des différences trés notables de tension, 
ce qui est démontré nettement par-la maniere dont on voit se courber 
des bandes longitudinales détachées de ces organes unicellulaires. Les expe- 
riences nombreuses faites pour prouver ces différences de tension sont expli- 
quées et exposées avec beaucoup de détails par l'expérimentateur. 

Dans le chapitre suivant, il parle des allongements que subissent les par- 
ties des végétaux pendant l'acte de l'incurvation. A ce sujet, il a entrepris une 
série d'expériences pour constater et mesurer ces allongements. Il se servait 
pour ses essais d'une boite de fer-blanc tapissée intérieurement de papier non 
collé et humecté pour charger l'air de vapeurs aqueuses. Dans cette boite, il 
placait horizontalement une plaque de verre, sur la surface inférieure de 
laquelle il avait fixé par les deux extrémités, à l'aide de deux gouttelettes de 
cire jaune fondue, des troncons rectilignes suscepibles de se courber, mais 
qui, dans leur état normal, étaient arrivés au terme de leur développement 
en longueur. 11 observait alors, au bout d'un temps plus ou moins long, 
que des courbures s'étaient manifestées, quoique les extrémités des organes 
n'eussent pas été détachées de la plaque, ce qui dénote naturellement un 
allongement des parties soumises à l'expérience. Un tableau dressé par l'auteur 
indique avec le plus grand détail les résultats en chiffres de ses expériences. 
Il ressort, selon M. Hofmeister, de toutes ces observations, que la courbure 
en haut est causée par une augmentation de la dilatabilité des tissus qui 
sont entrainés passivement dans ce mouvement. Continuant ce genre de 
recherches, l'auteur a soumis à l'influence de la lumière solaire des organes 
susceptibles.de subir de telles flexions, en les attachant sur une plaque de 
verre recouverte d'une cloche garnie intérieurement d'un tissu noir et humide, 
et placée dans le fond d'une chambre, de sorte telle que la plaque, posée verti- 
calement, fût tournée vers le jour. Les organes ainsi placés se sont toujours 
infléchis, au bout d'un certain temps, vers le cóté exposé aux rayons de la 
lumiere. 

Un autre chapitre nous entretient du mécanisme de l'incurvation vers le 
ciel, que l'auteur a surtout étudié sur les feuilles d' A//ium Cepa. Pour com- 
prendre le mode d'action des différents tissus qui composent ces feuilles, 
il en a fait des sections longitudinales dont il a mesuré les divers modes 
d'incurvation suivant la période de développement dans laquelle se trouve la 
partie de la feuille, ou suivant qu'on avait dépouillé ou non ces sections d'un 
de leurs éléments constitutifs, tels que l'épiderme par exemple. Il examine et 
mesure également la courbure à concavité supérieure des feuilles intactes pla- 
cées dans une position horizontale ou inclinée. Les observations de M. Hof- 
meister prouvent que les parties les plus anciennes des racines, offrant 


386 ' SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


des différences notabels de tension dans les tissus qui les composent, ‘sont 
également susceptibles de se recourber vers le haut, et que ce ne sont que 
leurs extrémités qui tendent à se recourber vers le bas. Les expériences par 
lesquelles il cherche à prouver ce fait ont été entreprises dans une boite de 
fer-blanc empêchant tout accès de la lumière; dans cette boîte, il attachait, 
sur des petites planchettes disposées horizontalement, des plantes en voie de 
germination et munies de racines droites, Au bout de quelque temps, ces ra- 
cines s'étaient recourbées vers le ciel dans un endroit un peu éloigné de da 
pointe extréme qui resta d'abord droite, et qui, dix à dix-huit heures plus 
tard seulement, commencait à se diriger vers la partie inférieure. 

Le chapitre qui suit traite de la force et de la spontanéité de l'incuivatión 
vers le haut, ainsi que du défaut de cette spontanéité dans les organes recour- 
bés vers le bas. L'auteur expose et décrit avec le plus grand détail un grand 
nombre d'expériences qui ont pour but d'appuyer cette théorie. L'absence des 
différences de tension des tissus des extrémités de la racine, lui explique lin- 
curvation vers le bas des parties inférieures de la plante, qui obéissent exclusi» 
vement à l'intluence de la pesanteur, Il croit devoir comparer le mécanisme de 
ce dernier mode d'iucurvation à l'écoulement d'un liquide épais. H explique 
ensuite comment certaines racines dévient de la direction verticale ordinaire, 
et il donne les résultats de ses expériences ayant pour but d'essayer de faire 
pénétrer des extrémités de racines dans le mercure. D'un autre côté, il cherche 
à démontrer comment plusieurs rameaux, tels que, par exemple, ceux du Fréne- 
pleureur, les stolons des Typha, des Sparganium, ete., s'abaissent en se déve- 
loppant. La structure anatomique, dit-il, n'est point différente dans les jeunes 
rameaux du Fréne-pleureur de celle de la plante-type, mais les entre-neeuds en 
sont beaucoup plus longs et un peu plus grêles, de sorte que le. poids plus grand 
des extrémités dans cette variété force ses rameaux à se recourber vers la. 
partie inférieure. il cherche à prouver l'exactitude dé cette assertion par des 
expériences variées. Quant aux stolons des £gwisetum, Sparganium et T'ypha, 
il croit devoir expliquer par leur mode de développement, qui permet à la 
pesanteur d'agir sur ces organes d'une manière plus puissante pendant léur 
jeunesse, la direction horizontale ou inclinée vers le bas qui leur est parti- 
culière, |. 

Le dernier chapitre de ce ai iii si sic en données intipetsufbh; parle 

d'expériences rélatives à des graines en voie de germination et fixées préalable- 
ment sur des appareils soumis à un mouvement de rotation, expériences qui 
antérieurement avaient déjà été em. par Knight, Dutrochet et d'autres 
observateurs. 

Il est à regretter que le mémoire de M. Hofmeister ne soit pas peg 
de figures explicatives qui auraient pu éclaircir les résultats de ces recherches, 
d'une si haute importance pour la physiologie végétale. 


JOHANNES. GRŒNLAND. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 387 


Essai sur la mesure du degré d'élévation ou de per- 
fection organique des espèces végétales; par M. Ad. Chatin 
(Extrait de la Revue des Sociétés savantes des départements). Brochure in-8° 
de 32 pages. Paris, chez Paul Dupont, 1861. 


La mesure du degré de perfection organique des espèces végétales peut être, 
donnée, d’après M. Chatin, par l'appréciation d'un certain nombre de points. 
dont la discussion ne fait que fournir des éléments et des moyens à la solution 
de la question. Il faut, pour arriver à cette solution elle-même, comparer ces, 
éléments entre eux, et en déterminer la subordination naturelle. G'est de la 
première de ces recherches que s'est seulement préoccupé M. Chatin dans le, 
travail que nous analysons. Il étudie, dans autant de paragraphes différents, 
la dignité des fonctions, la variété ou multiplicité des organes, leur localisa- 
tion, l'existence et la symétrie de l'axe et des appendices, enfin le nombre ou 
la multiplication des parties homologues, et apprécie, relativement à leur signi- 
fication philosophique, chacun de ces éléments du probléme. 

Pour. lui, comme pour tous les naturalistes, les fonctions de reproduction, 
dont l'appareil ne se développe qu'aprés celui de la nutrition, sont d'un ordre 
plus élevé que les fonctions qui président à l'accroissement de l'individu. Il est à 
remarquer, dit-il, que la reproduction est le seul acte physiologique qui corres- 
ponde, dans les végétaux, aux fonctions de relation des animaux, lesquelles 
l'emportent aux yeux du zoologiste sur celles de nutrition. 

La variété ou multiplicité des organes, c'est-à-dire la variété des fonctions, 
caractérisée par celle des organes, correspond évidemment à l'organisation la 
plus parfaite, Ici l'auteur fait remarquer qu'il ne faut pas prendre pour un 
organe fixe et définitif, et partant pour un indice de perfection organique, 
un organe transitoire arrété dans son développement, tel, par exemple, que 
l'aabumen ou embryotrophe placé prés d'une graine dont l'évolution est 
imparfaite, pour aider à son développement futur, La division du tissu végétal 
en glandes distinctes, fixes dans leur siége et leur nombre, per encore à. 
M. Ghatin l'indice d'un perfectionnement organique. 

Il en est de même de la localisation des organes, qui peut être définie leur 
distinction et leur situation sur des points donnés et généralement fixes du 
végétal, et qui marche parallèlement à leur variété. C'est ainsi que le tronc des 
Dicotylédones; pourvu d'unezone d'accroissement bien distincte, et d'un cercle 
fibro-vasculaire intérieur, l'emporte de beaucoup sur le tronc des Monocotylé-. 
dones; c'est ainsi que les feuilles des premières, munies généralement d'un pé- 
tiole et de nervures bien localisées, témoignent d'une perfection plus grande que 
les feuilles de l'autre embranchement. L'auteur discute avec soin la valeur mor- 
phologique de la cohérence des parties homologues et de l'adhérence.des parties 
voisines, questions capitales sur lesquelles les botanistes sont encore fort divisés. 


388 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Il se déclare pour l'opinion professée par MM. Adr. de Jussieu et Ad. Bron- 
gniart, qui regardent les Gamopétales comme supérieures aux Dialypétales dans 
l'échelle végétale. Il fait remarquer que les Gamopétales restent souvent dialy- 
pétales quand. elles sont arrétées dans leur développement, et sont bien plus 
fréquemment hermaphrodites que les dernières, lesquelles se dégradent, sui- 
vant l'auteur, par d'assez nombreux exemples d'unisexualité, normaux ou 
tératologiques. D'ailleurs, les Gamopétales à ovaire libre sont pour lui supé- 
rieures aux Gamopétales inférovariées. 

La présence d'un axe distinct est, pour l'auteur, un signe de perfection 
comme toute espèce de localisation organique; la symétrie de cet organe, 
déterminée par le mode de groupement des faisceaux fibro-vasculaires qu'il 
contient, donne lieu aux mémes considérations. La fasciation de l'axe est donc 
un sigue d'infériorité relative. 

La multiplication des parties homologues est pour l'auteur un indice certain 
de dégradation. On voit que son opinion est ici tout à fait opposée à celle de 
De Candolle, qui placait les Renonculacées en téte de la série végétale. Ce- 
pendant M. Chatin fait une exception en faveur des Monocotylédones, chez 
lesquelles l'augmentation du nombre des pétales semble étre un signe d'éléva- 
tion ou de rapprochement vers les Dicotylédones. Il continue ensuite l'examen 
de la multiplication des parties sur les organes de la nutrition, feuilles, tige et 
racines, et conclut en disant que le régne animal et le régne humain parais- 
sent, comme le régne végétal, justifier cette proposition : le grand nombre ou 
la répétition des parties homologues est un signe d'abaissement organique. 

E. F. 


A manual of botany (Manuel de botanique) ; par M. Robert Bentley. 
1 vol. in-12 de 811 pages, avec 1119 figures intercalées dans le texte. 
Londres, chez Churchill, 1861. 


Ce volumineux ouvrage est un traité élémentaire de botanique qui aura 
sans doute une grande importance pour l'étude de cette science en Angleterre. 
I est divisé en trois livres, que précède une courte introduction où l'auteur 
expose la division de la botanique, ainsi que les caractères distinctifs des trois 
règnes de la nature. De ces trois livres, le premier étudie les organes, le deuxième 
la classification, et le troisième la physiologie des plantes. 

Le premier livre est un traité concis d'organographie, débutant par l'étude 
de la cellule végétale et de ses modifications, examinant ensuite ses propriétés 
générales et sa structure, ainsi que les matériaux qu'elle contient, la suivant 
daus les divers tissus qu'elle forme (parenchyme, fibres des Coniféres, fibres 
du liber, tissus vasculaires, épiderme et ses dépendances), et scrutant enfin 
jusqu'au mystère de sa formation première, précédée ou non par celle du 
nucléus, et à son mode de division, préparé quelquefois par l'absorption des 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 389 


parois de la cellule-mére, Tous les détails histologiques dans lesquels l'auteur 
entre à ce sujet sont éclairés par des gravures sur bois intercalées dans le 
texte ; ils sont enfin comme résumés dans un chapitre spécial intitulé Morpho- 
lagie générale de la plante, où M. Bentley expose rapidement les différents 
états sous lesquels se présentent les végétaux, la cellule, unique dans le Proto- 
coccus, associée à d'autres cellules d'abord dans les Cryptogames inférieures, 
puis aussi à des vaisseaux dans les Cryptogames supérieures et les Phanérogames, 
et constituant des organes de végétation et de reproduction. Dans les organes 
de végétation, l'auteur étudie successivement la tige, la racine et la feuille : 
. dans la tige, sa structure, ses bourgeons normaux, adventifs, ou réduits à l'état 
de bulbilles; ses rameaux, quelquefois transformés en épines ou en vrilles; 
ses modifications aériennes (sympode, rosette, stolon, rhizome des /ris) ou 
souterraines (rhizome des Carex, tubercule, bulbe); dans la racine, sa con- 
stitution anatomique et ses modifications; dans la feuille, sa disposition en 
cycles dont un tableau spécial indique les principaux exemples, sa vernation et 
sa structure qui varie selon qu'elle est aérienne ou submergée, sa nervation, 
ses dentelures et ses di ers modes de composition, au sujet desquels il donne 
des détails trés circonstanciés, entin ses formes anomales et ses métamor- 
phoses en épine, en vrille, en phyllode et en tube spathiforme, ainsi que 
son développement. Les organes de reproduction sont également l'objet de des- 

criptions soignées, tracées dans quatre sections qui traitent successivement 
 del'inflorescence, de l'estivation, des enveloppes florales et des organes essen- 
tiels à la reproduction, organes sexuels, fruits et graines. Un chapitre particu- 
lier, trop négligé dans nos ouvrages classiques, a pour objet spécial la génération 
des diverses familles de Cryptogames. 

Le deuxième livre, destiné à la taxonomie, en expose d'abord les principes 
généraux ; il renferme ensuite les définitions ordinaires de l'espèce, de la va- 
riété, de la race, du genre, des familles et des classes. L'auteur fait connaitre 
le système de Linné et les classifications employées par A.-L. de Jussieu, 
De Candolle, Endlicher et M. Lindley. Quant à l'arrangement suivi par 
M. Bentley, c'est à peu prés celui de De Candolle, avec quelques-unes des. 
modifications adoptées par M. Lindley. On pourra en juger par les détails sui- 
vants, empruntés à l'exposition des caractères des familles, qui occupe près de 
trois cents pages. Cette exposition commence par les Renonculacées. La famille 
des Sapindacées y est divisée en quatre sous-familles qui sont les Sapindées, 
les Hippocastanées, les Dodonées et les Méliosmées. Les Kramériacées consti- 
tuent une famille distincte de celle des Polygalacées, dont elles se séparent 
par la forme de leur corolle, le nombre de leurs étamines et le défaut d'albumen 
dans leurs graines. Les Icacinacées (/cacina, Mappia, Stemonurus, Sarco- 
stigna) sont séparées des Olacacées, suivant l'opinion de M. Miers. Les genres 
Subia et Exitelia sont retirés des Térébinthacées, dont ils diffèrent par leurs 
étamines opposées aux pétales et leurs ovules attachés à la suture carpellaire, 


390 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


et constituent la famille des Sabiacées. Les Cunonia, Weinmannia et genres 
voisins sont élevés en une famille distincte au voisinage des Hydrangéacées. Les 
Pangiacées, jusqu'à présent confondues avec les Papayacées, en sont écartées 
à cause de leur corolle polypétale et des écailles que portent leurs fleurs 
femelles devant les pétales. Le Grenadier reste dans les Myrtacées. Les Stella- 
tées sont distinguées des Cinchonacées à cause de leurs feuilles verticillées et 
sans stipules. Les Crescentiacées sont séparées des Bignoniacées. Le genre 
Petiveria est enlevé aux Phytolaccacées, dont il s'éloigne par la présence de 
stipules, un ovaire monocarpellé, des graines exalbuminées et des cotylédons 
enroulés, pour constituer la famille des Pétivériacées. Les Chaillétiacées sont rap- . 
prochées des Ulmacées, parce que l'auteur regarde leurs appendices pétaloides 
comme des étamines stériles. Les Cératophyllacées et les Callitrichacées sont 
placées au voisinage des Euphorbiacées, dont elles ont déjà été rapprochées par 
plusieurs auteurs. Le Batis est placé après les Empétracées, les Loranthacées 
près des Santalacées, parce que l'auteur regarde comme une dilatation du pédi- 
celle ce que d'autres botanistes décrivent comme le calice des Loranthus. Les 
Rhizanthées terminent les Phanérogames angiospermes, sans que l'auteur adopte 
d'ailleurs une idée bien nette de leurs affinités. Les Conifères sont divisées en 
Pinacées, Taxacées et Gnétacées. Les Monocotylédones sont séparées en Dic- 
tyogenes (à feuilles nervées en réseau), Floridées (à feuilles nervées parallèle- 
ment), et en Glumacées. L'ancienne famille des Asparaginées est détruite et 
démembrée, carles genres París et Trillium constituent la famille des Tril- 
liacées, prés de celle des Smilacées et parmi les Dictyogènes, tandis que les 
genres Asparagus, Polygonatum, Ruscus et autres demeurent dans les Lilia- 
cées et parmi les Floridées. Les Orontiacées (Calla, Acorus, ete.) sont un peur 
éloignées des Aracées, qui sont unisexuées ; enfin les Centrolépidées prennent 
le nom de Desvauxiées. Dans cetté vaste exposition, l'auteur ne manque jamais 
de signaler les propriétés des plantes utiles ou nuisibles, à la suite des — 
auxquelles elles appartiennent. 

Le troisième livre est un résumé des notions le mieux établies sur la phy- 
siologie végétale. Dans le premier chapitre, l'auteur expose d'abord les phéno- 
inénes de l'endosmose et les mouvements qui ont lieu dans le liquide des cel- 
lules, ainsi que les fonctions des divers tissus; il étudie ensuite celles des 
différents. organes. Il examine ainsi la théorie de l'absorption et de l'excrétion 
radiculaires, celle de la transpiration végétale et de l'absorption des gaz par les 
feuilles, l'effet des différents fluides sur ces organes, la formation de la chloro- 
phylle dans leur intérieur, et la manière dont ils se détachent de la tige. A 
l'occasion des phénomenes de la reproduction, l'auteur revient sur la féconda- 
tion des familles inférieures; ensuite il décrit séparément celle des Gymno- 
spermes et celle des Angiospermes. Un paragraphe spécial traite de la production 
naturelle ou artificielle des hybrides chez les plantes. La constitution chimique 
des fruits et les changements qu'elle subit pendant la maturation, sont exposés 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 301 


d'aprés.les travaux de MM. Frémy, Buignet et Berthelot, ainsi que la vitalité 
des graimes et leur dissémination, la germination et les différentes théories 
relatives à la direction contraire de la radicule et de la plumule. Dans le 
deuxième chapitre, l'auteur étudie l'ensemble de la vie du végétal, les maté- 
riaux dont il se nourrit et le mode suivant lequel ces matériaux pénétrent et 
sont assimilés. Enfin le troisième chapitre contient des détails sur certains phé- 
nomènes particuliers, tels que le développement de chaleur, la phosphores- 
cence et les mouvements qu'on observe sur certaines plantes. L'ouvrage se 
termine par deux index dressés le premier pour la partie anatomique et phy- 
siologique, et le second pour la partie taxonomique. 

L'ouvrage est illustré de nombreuses gravures sur bois dont une partie a été 
empruntée à d'autres ouvr ages classiques, notamment aux Éléments d' Adrien. 


de Jussieu. 
E. F: 


"w 


Seleeta Fungorum carpologia, ea documenta et icones potissimum 
exhibens qua varia fructuum et seminum genera in eodem Fungo simul aut. 
vicissim adesse demonstrent (Choix de Champignons fructifiés, accompa- 
gné des figures et des documents nécessaires pour démontrer la présence 
simultanée ou successive de plusieurs formes de fruits et de semences dans 
le méme Champignon); par MM. L.-R. Tulasne et Ch. Tulasne. Tome I”, 
in-A° de xxvim et 242 pages, avec 6 planches gravées. Paris, chez Fr. 
Klincksieck. 


Ce magnifique ouvrage, sorti des presses de l’Imprimerie impériale, est des- 
tiné; comme l'indique son titre, à faire prévaloir la théorie que soutiennent 
depuis longtemps MM. Tulasne sur la multiplicité de formes présentée par 
beaucoup de Champignons, et dans lesquelles ces savants ne voient que diffé- 
rents états d'une méme espèce. Le premier volume, offert récemment à la 
Société, contient une préface où les auteurs expriment leur aversion pour les 
théories matérialistes qui empêchent de suivre les transformations de ce prin- 
cipe immatériel qui est l'espèce ; viennent ensuite une table par ordre des 
matières; un errata, des prolégomènes, huit chapitres que nous analyserons 
successivement, et l'exposition des diverses formes que présente le genre 
Erysiphe. 

Les prolégomènes ne contiennent que des généralités sur la nature, la végé- 
tation et la propagation des Champignons. — Le chapitre premier rappelle les 
erreurs des anciens sur leur constitution, les opinions professées sur ce sujet 
par les cryptogamistes modernes, et la distance où ils sont des autres végé- 
taux; à ce point que, d'après M. De Bary, les Myxomycètes devraient être 
rejetés du règne végétal. — Le deuxième chapitre énumère la multitude de 
ces Cryptogames, s'occupe de leur utilité, et traite accessoirement de l’âme que 


392 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


l'on a accordée aux plantes. — Le troisième chapitre décrit les moyens de 
reproduction multiple que la nature a donnés aux Champignons, et la ma- 
nière d'en distinguer les germes et les semences. — Le quatrième s'occupe de 
ces dernieres, et de ce que l'on doit entendre par spore dans ce groupe; une 
note est relative aux recherches récemment faites sur la fleur femelle des Coni- 
feres par MM. Baillon et Caspary. — Le cinquième chapitre traite des divers 
modes qui président à la formation comme à la dissémination des spores des 
Champignons, et des opinions professées sur ce sujet par les savants les plus 
autorisés; — le sixième, des différentes variétés que présentent ces spores; 
— le septième, de leur développement; — et enfin le huitième, le plus long 
de l'ouvrage, de leur germination et des différentes sortes de mycéliums. 

Le genre Erysiphe a été placé par les auteurs au début de la partie descrip- 
tive de leur travail, parce que c'est à peu prés de tous les types de la classe 
celui qui offre le plus grand nombre de corps reproducteurs, et cela de l'aveu 
de beaucoup de mycologues. Les espéces décrites par MM. Tulasne sont : les 
Erysiphe guttata Fr., E. Aceris DC., E. Salicis DC., E. Prunastri DC. , E. 
Bivone Tul., E. tridactyla Tul., E. Oxyacanthe DC., E. Alni DC., E. Ber- 
beridis DC., E. Lonicere DC., E. Astragali DC., E. pannosa Fr., E. Dip- 
sacearum Tul., E. Graminis DC., E. tortilis Fr., et E. communis Fr. Nous 
ne pouvons entrer dans les détails que donnent les auteurs sur chacune de ces 
espèces et sur les différentes formes de beaucoup d'entre elles. 

Ce bel ouvrage est dédié à la mémoire d'Adrien de Jussieu. Les planches 
qui l'accompagnent ont été dessinées par M. Ch. Tulasne. 

E. F. 


Recherches sur l'origine, la formation et la fructifica- 
tion de la levûre de hiére (Torula Cerevisiæ Turpin); 
par MM. N. Joly et Ch. Musset (Comptes rendus, t. LIH, n° 9, pp. 368-371). 


Dans cette communication faite à l'Institut le 26 aoüt dernier, MM. Joly et 
Musset ont cherché à démontrer que le végétal connu sous le nom de Torula 
Cerevisiæ Turp. (Cryptococcus Cerevisiæ Ch. Robin), n'est que l'état parti- 
culier d'un autre végétal; les auteurs ont suivi le développement des spores 
qui constituent le Torula, et les ont vues donner naissance à un mycélium qui 
est le Mycoderma Cerevisie Desmaz. , et enfin à des fructifications dont l'appa- 
reil est identique avec le Penicillum glaucum, C’est à un fait à joindre à 
ceux que M. Tulasne et d'autres cryptogamistes ont fait connaître sur les mé-. 
tamorphoses des espèces inférieures. MM. Joly et Musset ajoutent qu'ils ont 
observé la formation du 7oru/a dans l'urine rendue après le jeûne et l'absor- 
ption d'une grande quantité de bière, et que le développement de cette Crypto- 
game est à leurs yeux un fait de génération spontanée. 

E. F; 


KEVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 393 


Del coloramento dell albume d'uovo di gallina e di 
Crittogami ehe crescono nelle uova (De la coloration de 
l'albumen d'un cuf de poule, et des Cryptogames qui se développent 
dans les œufs) ; par M. le docteur Paolo Panceri (Atti della Società italiana 
di scienze naturali, vol. II, pp. 271-285) avec une planche lithographiée. 
Milan, 1861. 


Il y a déjà dans la science quelques faits relatifs au développement. de 
moisissures à l'intérieur de différents œufs parfaitement clos, et qu'on 
pourrait invoquer en faveur de la génération spontanée. Le mémoire de 
M. Panceri donne l'explication de ces faits, explication toute naturelle et 
fondée sur des expériences qui lui sont propres. Il a choisi des œufs parfai- 
tement frais et intacts qu'il a placés dans une atmosphere humide, en 
collant des moisissures sur leur surface extérieure. Au bout de quelques jours 
les Cryptogames se sont introduites dans l'intérieur, à travers les pores 
de la coquille, et M. Panceri a vu de petites chambres aériennes anomales, 
placées entre la coquille ct l'enveloppe membraneuse qui la revêt intérieure- 
ment, remplies de leurs mycéliums. Quelquefois la Cryptogame revét un facies 
différent à l'intérieur de l'œuf, mais ce fait ne saurait étonner ceux qui con- 
naissent les métamorphoses des végétaux inférieurs. Dans des expériences 
comparatives, faites avec des œufs enduits préalablement d'un vernis, l'auteur 
n'a vu se développer aucune moisissure à leur intérieur. 

Les recherches de M. Panceri ont été entreprises par lui à la suite d'une 
observation intéressante qu'il avait faite. On lui avait apporté un œuf dont 
l'albumen, coloré en rouge intense, offrait au microscope des granules rouges, 
accolés et réunis en groupes par une membrane commune, rappelant l'aspect 
des Aæmatococcus. M. Panceri pense que ces corpuscules ne sont qu'un état 
particulier de l'hématosine. Son mémoire est accompagné d'une planche 
représentant diverses Cryptogames qu'il a trouvées dans des ceufs, et décrites 
dans son travail; ce sont les Sporotrichum albuminis Markl., Dactylium 
00genum Mont. , et des formes voisines des genres Spond ylocladium et Ver- 


ticilli 
cillium. A 


Tératologie végétale. Anomalie du Draba perna L. 
(Académie royale de Belgique, classe des sciences, séance du 4 juin 1861.) 
L'Institut, 29° année, p. 342. 


Cetté anomalie, observée par M. Alfred Wesmael, répétiteur à l'École 
d'Horticulture de Vilvorde, et déjà figurée par Schkuhr à la planche 179 de sa 
Flore d'Allemagne, consiste dans l'existence d'un ovaire triloculaire, muni de 
trois placentas et de trois cloisons, partant de ceux-ci pour se deri centre 

T. vir. 


394 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


du fruit. C’est une organisation qui tient le milieu entre celle de presque toutes 
les Crucifères et celle du 7etrapoma, qu'on a d'ailleurs rencontré quelquefois 
avec trois loges à l'ovaire. Des rapprochements très ingénieux, fondés sur les 
vues qu'ont émises À. de Saint-Hilaire et M. Moquin-Tandon, ont. été faits 
par M. Martens, rapporteur, et M. Kickx, à la séance de l’Académie de 
Bruxelles; des exemples analogues ont été cités; nous avons cru nécessaire 
de signaler à l'attention de nos confréres l'observation de M. Wesmael et la 


discussion qui l'a suivie. 
E. F. 


Einige Pelorien (Qüelques pélories); par M. R. Caspary. (Extrait des 

Actes de la Société royale physico-économique de Kænigsberÿ, 1"° année; 

Ar: livraison). Tirage à part en brochure in-4* de 6 pages; avec une planche 
gravée. Konigsberg, chez Græfe et Unzer. 


L'auteur de ce travail décrit d'abord d'une maniere détaillée un échantillon 
monstrueux d'OrcAis latifolia. Cette plante, dont il cite avec soin la pro- 
venance, avait une taille de 30 pouces et demi. Toutes les fleurs de l'épi, qui 
avait atteint la longueur de 6 pouces, étaient constituées de la méme manière; 
elles étaient presque tout à fait régulières et complétement dépourvues de 
labelle. Le périgone offrait six divisions dont les trois externes étaient plus larges 
et plus longues que les internes. Il n'y avait qu'une seule anthere qui n'óffrit 
aucune déviation de la forme ordinaire. M. Caspary énumère ensuite les faits 
analogues observés dans la famille des Orchidées. 

La seconde partie de son mémoire est consacrée à la description d'une pélorie 
d'une Gesnériacée mexicaine : le Columnea Schiedeana Schlechtend. , que 
l'auteur a pu observer le 27 avril de cette année, dans le jardin botanique de 
Kænigsberg. Il décrit d'abord la fleur normale, puis la pélorie en question, 
et ajoute quelques considérations sur l'interprétation des glandes nectarifères 
que présentent les fleurs du Columnea. M. Caspary a encore observé une pé- 
lorie trés curieuse sur le Digitalis purpurea, Il en donne une description 
très détaillée, en rappelant que déjà, en 1844, M. Vrolik avait décrit et figuré 
une anomalie semblable sur la même plante. 

Qui accompagne ce petit mémoire contient 14 figures qui 


des fleurs normales du Columnea et de sa pélorie. 
J. G. 


Esame Wuna singularità di struttura del fiore dell 
Aquilegia vulgaris (Étude d'üne Singularité de stiäcrure offerte 
par la fleur de l'Aquilegia vulgaris) ; pr M. Attilio Tassi (7 Giardini; 
` 7° anñée, pp. 295-304). | 


Cet article, publi par le journal d'Horticulture de Milan, 7 Giardini, est 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 305 


eïtrait d'u discours prononcé à l'Académie des sciences de Lucques par notre 

honorable confrère M. le professeur Attilio assi. Oh y trouve la déscription 

dé trois monstrüosités intéressantes offertes par une Ancolie, une Consoude et 

une Lunaire. La monstruosité observée sur l'Aquilegía vulgaris par M. Tassi, 

est une chloranthie avec virescence des carpelles, qui sont transformés en petites 
feuilles lobulées portant sur leurs bords les ovules également transformés en 
feuilles, C'est la méme anomalie que MM. Brongniart et Weddell ont observée 
sur des Delphinium, M. Lecoq et M. de Parseval-Grandmaison sur des Rumež. 
Les pétales de là fleur monstrueuse étant plans et égaux; cette fleur offre un 
retóur remarquable àu type régulier. Si ce fait tend à faire regarder les ovules 
comiié ute dépendance des feuilles carpellaires, il en est tout autrement d'une 
tránsforiüation offerte par le Symphytum officinale, où l'on voit toutes les 
transitions éntre là forme mamelonnée des ovules et leur métamorphose eii 
petites feuilles linéaires, Ils paraissent, dans ce cas, devoir entièrement leur 
origine à l'axe. De plus, ce dernie» fait favorise l'opinion émise par M. Ger- 
Main de Saint-Pierre sur la structüre bicarpellaire du pistil des Aspérifoliées. 

Enfin, c'est une prolification que M. Tassi a remarquée sur un pied de Luna- 
Fia biénnis, prolificatioh curieuse parce que l'axe surhtüméraire naissait de 
l'intérieur méme du carpelle, dont il avait écarté les parois sans en disjoindre 
les bords. Lu 
"Ee mémoire dé M. Tassi est accompagné d'une planche gravée qui repré- 
sente là forme et les détails de la fleur monstrueuse d'Aqulegia vulgaris. 

E. F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Catalogue méthodique ct raisonné des plantes qui 
croissent naturellement dans le département de 
VYonne; par M. Eug. Ravin. (Extr. du Bulletin de la Société des 
sciences histortiyues et naturelles de Yonne, n° ol; pp. 39-325). Un 

Vol. qm:89; 4861. ^ WP " | 


+ Ge travail, résultat dé dix années employées par M; Ravin à parcourir le 
département de l'Yonne, se compose d'une introduction, dt catalogue lui- 
même renfermant 4356 espèces, d'une table des familles et des genres, et 
d'une table des noms vulgaires. L'introduction cóntient un aperçu de la végé- 
tation de l Yonne et un exposé de l'histoiré botañique de cé département, qui 
renferme; d’après l'auteur, quatre régions distinctes : granitique, jurassique, 
crétacée et sablonneuse, d’où une flore très riche; nettement diversifiée par lés 
divers terrains sur lesquels elle croit. Si elleprésente quelque exception appá- 

rente à la loi de distribution des plantes suivant le sol qui les nourrit, cette excep- 
-tion est toujours éxpliquée, dit M. Ravin, par la présence de quelques matières 


396 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


minérales particulières dans les lieux où se fait l'observation. Nous pouvons citer, 
parmi les espèces les plus intéressantes mentionnées par M. Ravin, et qu'il est 
jusqu'à un certain point surprenant de trouver réunies dans le méme dépar- 
tement : Meconopsis cambrica, Arabis brossiciformis, Thlaspi montanum, 
' Lotus diffusus, Sedum albescens, Ptychotis heterophylla, Petasites vul- 
garis, Aster Amellus, Doronicum Pardalianches, Senecio Fuchsii, Oxy- 
coccos palustris, Utricularia neglecta, Gentiana lutea, G. ciliata, Salvia 
Sclarea, Galeopsis. ochroleuca, Rumex- scutatus, Polygonum Bistorta, 
Asarum europæum, Pinus Cembra, P. pyrenaica (tous deux: naturalisés), 
Narcissus poeticus, Alopecurus utriculatus, Elymus europæus, Lemna 
arrhiza, Nitella. stelligera, N. translucens, N. tenuissima. L'histoire des 
botanistes du département de l'Yonne est déjà longue. M. Ravin cite les tra- 
vaux de Thomas Montsainct (1604), B. Guichard (4660), Bonnet (4760), 
Mérat, aïeul de l'auteur de la Flore parisienne (1778), Deville (4812), et de 
MM. Sagot, Boreau, Déy et Courtaut. 

Le catalogue ne renferme que l'énumération des. Phanérogames et des 
Cryptogames vasculaires observées dans le département de l'Yonne; cette énu- 
mération n'est accompagnée d'aucune description de famille, de genre ou d'es- 
péce, mais bien de clefs analytiques conduisant à la détermination des plantes. 
On y trouve, au sujet de chaque espèce, l'indication de l’époque et des localités 
où elle croit. Dans les genres Viola, Ranunculus et plusieurs autres, l'auteur 
a cru devoir adopter plusieurs des espèces nouvelles admises par MM. Jordan, 


Boreau et quelques autres auteurs. 
E. F. 


Rapport sur un Orchis adressé à l'Académie par M. La- 
eaze; par M. Ed. Timbal-Lagrave (Extrait des Mémoires de l'Académie 


impériale des Sciences de Toulouse, 5* — t. V, p. 416). Tirage à part 
en brochure in-8° de 5 pages. 


On sait que M. Timbal-Lagrave s'est déjà occupé, à plusieurs reprises, de 
l'étude des différentes formes du genre Orchis qui croissent spontanément 
dans notre pays (1). Un individu trouvé par M. Lacaze dans une prairie aux 
environs de Muret (Haute-Garonne), parmi les Orchis Simia et O. Morio, 
et offrant des caractères intermédiaires entre l'O. Simia et l'Aceras hircina 
Lindl. (Loroglossum hircinum Rich.), a fourni à M. Timbal-Lagrave l'occa- 
sion de décrire un nouvel hybride, dont voici les caractères : 

Orchis hircino-Simia Timb. — Fleurs grandes, en épi conique, trés nom- 
breuses et trés serrées, épanouies toutes à la fois; bractées linéaires, acuminées 
en une pointe longue et fine, égalant l'ovaire, blanches, scarieuses, avec une 
nervure jaunâtre peu visible ; périanthe à divisions supérieures réunies en cas- 


(1) Mém. hybr. Orch.; et Bull. Sóc. bot. Fre, t. VIL, p. 109 et suiv, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 397 


que globuleux déprimé : les trois extérieures ovales, brusquement acuminées en 
pointe courte, d'un jaune verdátre, avec des stries vineuses en dessus et plus 
prononcées encore en dessous; les deux intérieures adhérentes aux extérieures, 
linéaires-lancéolées, très courtes, trés petites, d'un blanc verdâtre; labelle d'un 
blanc jaunâtre au centre, à trois lobes d'un beau pourpre : les deux lobes supé- 
rieurs épais, trés longs, aplatis, d'un rouge foncé, souvent rétrécis dés leur 
base, s'élargissant ensuite et se terminant par deux dents; le lobe terminal à 
deux lobules linéaires, plus étroits que les lobes supérieurs et les dépassant 
très peu, mucroné entre ces deux lobules; gynostème en bec obtus ; anthère 
à deux loges, munie d'un seul rétinacle ; éperon trés court, jaune; sillon né 
en dessus, ce qui le fait paraitre bilobé au sommet ; feuilles inférieures larges, 
ovales-oblongues, obtuses, la supérieure engainante avec une nervure trés 
saillante sur le dos; tige épaisse, de 3 à 4 décimètres de hauteur, peu feuillée 
comme dans l'O. Simia. — Fleurit en mai. 

M. Timbal-Lagrave termine sa note en faisant remarquer combien sont fai- 
bles les caractéres sur lesquels est fondé le genre Aceras de Rob. Brown; il 
pense qu'on devrait le supprimer, suivant l'exemple que MM. Grenier et 
Godron, ont donné en abandonnant les genres Platanthera et Gymnadenia. ta 
plante trouvée il y a plusieurs années à Fontainebleau par MM. Weddell et 
` A. Jamain (Aceras anthropophoro- militaris Gr. et Godr.), et tenant le milieu 
par ses caractères entre les genres Orchis et Aceras, vient encore à l'appui de 


l'opinion soutenue par M. Timbal-Lagrave (1). 


Notes on Menispermaceæ; (Remarques sur les Ménispermacées), 
par M. G. Bentham (Journal of the proceedings of the Linn. Soc., t. V, 
2* suppl., pp. 45-52). 


M. Bentham commence par faire remarquer, dans ces notes, que l'opposi- 
tion des étamines aux pétales, dans les Ménispermacées comme dans les Ber- 
béridées, n'est qu'apparente et ne saurait étre assimilée à ce qui existe dans 
les Primulacées et d'autres familles, parce qu'il y a réellement, dans les Méni- 
spermacées, deux verticilles à la corolle et autant à l'androcée, et que l'oppo- 
sition signalée n'est qu'un résultat de la loi d'alternance. Dans les Primula- 
cées, l'opposition des étamines paraît être due à la suppression d'un verticille 
staminal; dans les Rhamnées et d'autres familles, à ce que le pétale et l'éta- 
mine opposée ont une méme origine. 

L'auteur donne ensuite des détails sur les genres Chondodendorn, Anomc- 
spermum, Abuta, Cocculus, Hyperbæna, Botryopsis, Sciadotenia et Tino- 
spora, et décrit plusieurs espèces mal connues qui en font partie, ainsi qu'une 


(1) Voyez Cosson et Germain de Saint-Pierre, Flore des environs de Paris, 2° édit. 
P. 679. y 


398 SOCIÉTÉ BOTANIQUE. DE FRANCE. 


espèce nouyelle, le Cocculus cuneatus Benth., recueilli en Chine. sur la côte 


occidentale de l’île Formose. AA 


Observations sur le genre Oftiæ Adans. ; par M. H.-T. Bocquillon 
(Recueil d'Obs. bot., sept. 1861). 


Le genre Oftia, créé par Adanson pour désigner le Jasminum africanum 
de G. Commelyn (Lantana africana L.) était resté pendant quelque temps 
dans l'oubli, lorsque Ant. -Laur. de Jussieu, dans son Genera, le cita comme 
simple synonyme du Spielmannia de Medicus. L'auteur rétablit, suivant 
les droits de l'antériorité, le nom d’Offia Adans. pour la plante en qués- 
tion, et étudie ensuite longuement les caractères et le développement de cette 
espèce et d'une autre qui appartient au méme genre. Il en résulte pour lui la 
certitude que le genre Oftia ne doit point être placé parmi les Verbénacées, 
mais se rapproche davantage des Scrofularinées, à cause de ses deux loges 
ovariennes quadri-ovulées, qui sont l'une antérieure et l'autre postérieure. 

? D 
Revisio Grimmiearum Scandinaviæ:; auct. Joh.-Em. Zetter- 
stedt, phil. doct. In-8° de 139 pages; Upsal, janvier 1861. 


M. Zetterstedt a. déjà publié en 1855, sous le titre de. Monographie. An 
drecarum Scandinaviæ tentamen, un travail sur un groupe de Mousses très 
difficile, et jusqu'alors peu connu (1). Il a écrit en outre sur la Flore des 
Pyrénées un livre dont cette Revue à rendu compte il y a trois anis (2). La'nou- 
velle monographie bryologique de cet auteur renferme l'étude de la tribu des 
Grimmiées, c'est-à-dire des genres Grimmia et Rhacomitriuin, -eiiconscrite 
à la péninsule scandinave. Elle est précédée d'une introduction où l'auteur 
examine, dans autant de chapitres différents, les, caractères de la tribu des 
Grimmiées, les trayaux publiés"à son sujet, et la distribution géographique 
des espèces qu’elle renferme, lesquelles s'étendent en Amérique depuis l'ile 
Melville jusqu'au cap Horn, dans l'ancien continent depuis l'Europe et l'Asie 
boréales 1sq "au sud de l'Afrique, et se rencontrent méme dans les îles de la 
Polynésie; un paragraphe spécial traite des affinités spécifiques et de la dis- 
position systématique des diverses plantes étudiées dans la monographie. 
L'auteur a suivi la classification adoptée par M. Schimper dans son Synopsis 
Muscorum Europeorum. Yl a ainsi décrit 24 espèces de Grimmia et 10 espèces 
de Rhacomitrium, dont l'espace nous manque pour citer les noms ; la géogra- 
phie botanique de chaque espéce est étudiée avec soin. Un appendice mern- 


(1) Voyez le Bulletin, t. III, p. 203. 
(2) Voyez le Bulletin, t. V, p. 61. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 399 


tionne les Grimmiées qui croissent aux environs d 'Upsal, dont les localités sont 
indiquées avec détail; enfin la brochure se termine par l'énumération des 
espéces contenues dans un fascicule récemment publié par M. Zetterstedt, 
savoir : 24 .numéros de Grimmia, 16 numéros de Rhacomitrium, et 10 nu- 
méros d'Andreca. C'est une collection assurément trés utile pour la détermi- 
nation exacte de ces Mousses; M. Zetterstedt ne nous apprend pas d'ailleurs 


à quelles conditions il céderait ces plantes. 
E. F. 


Diatomnecis Fenniæ fossilibus additamentum ; par M. W. 
Nylander. (Extrait des Sællskapets pro Fauna et Flora fennica Notiser, 
t. VI, nouv. série, 3* livr., p. 147.) Tirage à part en brochure in-8° de 
//42 pages. 


Ce travail contient l'énumération de nombreuses espéces de Diatomacées 
fossiles, communiquées par M. Nylander à M. de Brébisson, et déterminées par 
ce dernier savant. Ces plantes, découvertes pour la premiere fois en Finlande, 
sont rangées suivant les localités où elles ont été trouvées, et suivant la no- 
menclature de MM. Kuetzing et de Brébisson. Leur liste est précédée de celle 
des Diatomacées reconnues en Finlande par Ehrenberg; elle est suivie d'une 
table qui présente, suivant la classification indiquée plus haut, l'énumération 
des Diatomacées qui existent dans les dépóts lacustres de la Finlande, et qui 
sont aujourd'hui au nombre de 130. | | 

Le défaut d'espace nous a empéché, dans le précédent numéro, de rendre 
compte. aussi complétement que nous l'aurious désiré, d'un autre travail de 
M. Nylander, intitulé : Lichenes Scandinavie, sive Prodromus Licheno- 
graphie Scandinaviæ. Cet ouvrage constitue une Flore des Lichens de la 
Norvége, de la Suède et de la Finlande, y compris les régions arctiques. Les 
espèces connues dans ces vastes régions et décrites par l'auteur, sont au 
nombre de 494 ; parmi elles, 28 sont nouvelles et plusieurs autres n'avaient 
été publiées par lui que dans des recueils peu répandus. Le curieux genre 
Varicellaria, créé antérieurement par M. Nylander, et figuré dans la 
planche, se fait remarquer par ses énormes spores ellipsoïdes de près de 
Om, 3 de longueur. Les descriptions ont été rédigées sur des échantillons de 
Proyenance exclusivement scandinave. M. Nylander s’est attaché à être très 
réservé dans l'admission ou la distinction des espèces, et plus disposé à les 
réduire qu'a les multiplier. Il étudie et cite ayec grand soin les anciens au- 
teurs, tels que Persoon, Acharius et Wahlenberg. L'occasion qu'il a eue d'exa- 
miner l'herbier d'Acharius, qu'on pourrait nommer le père de la lichéno- 
graphie, donne un intérét particulier à la synonymie qu'il a tracée et à la 
nomenclature qu'il a employée. Par suite de la distribution géographique 
excessivement vaste que présentent les Lichens, le plus grand nombre des 
espèces décrites dans le livre de M. ,Nylander se trouvent aussi en France, et 


^00 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


son livre peut intéresser non-seulement les botanistes du nord de l'Europe, 
mais encore ceux de nos confréres de France qui se sont adonnés à l'étude 


de la lichénographie. 
E. F. 


Genera Heteroliehenum europæa recognita; par M. le 
docteur Th.-M. Fries. In-8° de 116 pages. Upsal, 1861. 


Ce travail est celui que nous avons annoncé à nos lecteurs dans le dernier 
numéro du Bulletin. C'est une étude des caractères que présentent les 
Lichens dans leur ensemble comme dans leurs sections et dans ume partie 
deleurs genres. Elle est divisée en cinq chapitres qui traitent : le premier, 
de la structure des Lichens en général et de leurs rapports avec les Algues 
et les Champignons ; le deuxiéme, deleur histoire et des classifications diverses 
dont ils ont été l'objet ; le troisième, de l'importance relative des caractères 
sur lesquels doivent reposer les genres dans cette classe; le quatriéme, de la 
méthode propre à l'auteur; enfin c'est la série des descriptions génériques, en- 
tremélée d'observations, que renferme le cinquième, 

Dans le premier chapitre, l'auteur insiste d'abord sur les rapports étroits 
qui relient aux Algues certains Lichens inférieurs, et notamment la tribu 
des Collémacés. Il étudie ensuite les différences qui séparent les Champi- 
gnons des Lichens, et montre qu'elles sont bien peu marquées sur la limite 
des deux groupes ; en effet, les Lichens sont, dans quelques genres, dépourvus 
de thalle; leur hyménium fournit quelquefois avec l'iode la coloration jaune 
que l'on croyait, dans ce cas, propre aux Champignons; leur aptitude à revivre 
sous l'influence de l'humidité, aprés s'étre desséchés, n'est pas moins grande 
que celle de certains Polypores; leur nutrition ne s'accomplit pas seulement 
aux dépens de l'atmosphère, mais bien aussi, comme celle des Champignons; 
aux dépens des matières sur lesquelles ils vivent l'oxalate de chaux n'existe 
pas constamment dans leur tissu, et leur habitat ne saurait suffire à les diffé- 
rencier nettement du groupe dont ils sont voisins. L'auteur conclut que, mal- 
gré l'incertitude de ces limites et leur affinité évidente avec les Champignons 
Discomycétes et Pyrénomycétes, les Lichens ne sauraient étre réunis à ces 
Cryptogames comme quelques auteurs ont proposé de le faire. 

Le deuxième chapitre est un exposé de l'histoire des Lichens et de la créa- 
tion successive des genres aujourd'hui si nombreux, qui ont été établis dans 
cet ordre. L'auteur y rappelle les indications données par Dioscoride et Pline, 
les descriptions laissées par G. Bauhin, Ray et Vaillant, les définitions de Tour- 
nefort, les observations de Micheli, les genres créés par Dillen, Hill et Adanson, 
et la réunion opérée par Linné, qui fondit en un seul tous ceux de ses prédé- : 
cesseurs ; puis les travaux de Weber, Willdenow, Hedwig, Humboldt, Per- 
soon, Schrader et De Candolle; enfin, parmi les ouvrages de notre temps, 
ceux de G.-F. Hoffmann, d'Eric Acharius et de plusicurs autres lichéno- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. h01 


graphes. Les opinions de l’un de ces derniers, M. W. Nylander, sont vivement 
combattues par l’auteur. 

Dans le troisième chapitre, M. Fries étudie la valeur que présentent, dans 
les Lichens, les différents organes, au point de vue des caractères génériques, 
savoir : le thalle, quant à sa forme, sa couleur et sa structure interne ; les scu- 
telles et autres modifications des apothécies ; les thèques ; les spores dans leur 
structure, leur forme, leur grandeur, leur disposition relative, - couleur, 
leur nombre; enfin les spermogonies et leur contenu. 

Le quatrième chapitre est consacré par l'auteur à la critique de la clas- 
sification de M. Nylander; quant à la distribution générique qu'il a lui- 
méme suivie, c'est, en général, celle qui a été établie par M. Fries pere, 
mais elle en diffère essentiellement en ce que l'auteur a adopté pour les dé- 
tails la méthode de Massalongo; elle consiste donc principalement dans un 
groupement qui fait entrer les genres de ce lichénographe dans le cadre 
systématique du ZLichenographia europea. M. Th. Fries introduit dans la 
science quelques noms nouveaux, tels que celui d'Zeterolichenes, par lequel 
il désigne les Lichens de M. Fries (Lichénacés de M. Nylander, Lichenes hete- 
romerici de Wallroth et Kærber), et celui d' Homolichenes, qui indique les 
Lichens byssoides ( Lichenes homeomerici de Wallroth et Kærber). 

Le cinquième chapitre comprend la description des Heterolichenes dressée 
suivant un ordre méthodique. Les genres y sont au nombre de 123 ; viennent 
ensuite 2 autres genres relégués dans les ?ncerte sedis, 6 peu connus encore, 


et d'autres qui doivent être retranchés des Æeterolichenes. 
E. F. 


Icones analyticæ Fungorum. Abbildungen und Be- 
schreibungen von Pilzen mit besonderer Ruecksicht 
auf Anatomie und Entwicklungsgeschichte (figures et 
descriptions des Champignons considérés particulièrement au point de vue 
de leur anatomie et de leur développement); par M. Hermann Hoffmann, 
professeur de botanique à l'université de Giessen, 1*' cahier, Giessen, chez 
J. Ricker. In-fol. de 31 pages, avec 6 planches gravées et en partie coloriées. 


Le bel ouvrage dont nous ayons devant nous le premier cahier, débute par 
une introduction dans laquelle l'auteur parle d'abord de l'état actuel de nos 
connaissances sur les Champignons. Il dit qu'on se plaint généralement d'une 
confusion croissante dans les études de mycologie, confusion qui, surtout aprés 
la découverte faite par M. Tulasne de la polymorphie des organes de fructifica- 
tion d'un grand nombre de Champignons, aurait pris des proportions im- 
menses. Si nos connaissances relatives à la phanérogamie doivent particulière- 
ment les grands progrès qu'elles ont faits de nos jours à une méthode basée 
sur l'étude du développement et sur les analyses microscopiques, il ne peut 
être douteux (et les recherches de savants tels que Corda, MM. Mon- 


402 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tagne et Léveillé, qui sont entrés dans cette voie, l'ont clairement démontré) 
que la mycologie ne trouve aussi dans cette méthode un fondement digne de 
l'état actuel de la science, L'auteur a voulu contribuer pour sa part à imprimer 
aux études mycologiques cette direction salutaire, et c'est dans ce but qu'il se 
propose de décrire un certain nombre de groupes typiques étudiés sous le 
double point de vue de leur développement et de leur structure, et suivis 
d'une série d'espèces critiques qui jusqu'à présent n'ont point été figurées ou 
dont les figures existantes ne sont que trés incomplètes, Il commence. ainsi 
par les Agarics. 

.. En ce qui concerne le développement. des Champignons, M. Hoffmann dit 
qu'il n'y a.pas de point. plus essentiel à examiner que le développement et 
les caractères du velum et ses rapports avec le. chapeau: Il trace également la 
méthode à suivre. pour arriver à la détermination des Agaricus adultes, et en 
pesant la valeur des divers caractères présentés par ces végétaux, il'insiste sur 
l'importance. d'une observation minutieuse. de la composition. du. velum, de 
la forme et de la couleur des spores, couleur qui, selon lui, est bien plus caz 
ractéristique que celle de la plante entière, car celle-ci peut .changer selon 
l'endroit où croit l'espéce ou selon la saison. L'auteur dit qu'on ne devrait 
pas désormais prodiguer. les simples figures du port des Champignons qui; 
selon lui, n'ont qu'une valeur scientifique trés médiocre. Avant d'entrer dans 
les détails de ses descriptions, il donne un exposé synoptique des genres de la 
tribu des Agaricinées. 

Les genres et espèces, qui sont décrits avec un soin extrême et que |’ auteur 
a observés dans les différentes phases de leur développement à partir de leur 
première apparition jusqu'a leur état adulte, sont les suivants : Amanita 
muscaria avec 16 figures, ‘Laétarius mitissimus avec 16 figures , Clitocybe 
fragrans avec 16 figures, ©: cyathiformis avec 42- figures,  Collybia 
velutipes avec 24 figures, C. fusipes avec 20 figures, Hygrophorus chloro- 
phanus avec 16 figures, H. pratensis avec 15 figures, Galera wo cdd 
avec 20 figures, Hebeloma mesophæum avec 4h figures. 

“Dans les figures, exécutées avec une trés grande finesse et avec un soin 
vraiment remarquable, les dessins du port sont coloriés, tandis que les ana- 
lyses sont faites au trait ou légèrement ombrées. Ce bel ouvrage étant d'un 
prix moins. élevé qu'on ne devrait Sy attendre d'aprés ses nombreuses figures, 


425393 Fi 


pignons. 


J. 6. 


pe Pers (Notes mycologiques); par M. L. Fuckel (Bot. Zet- 
tung, n° 35 de 1861, pp. 249-252). 


L'auteur publie sous ce titre une série de courtes notes sur des Champi- 
gnons observés ou découverts par lui. Cette revue commence par la descrip- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 403 


tion du Peziza Selerotii, M. Fuckel ayant semé au mois de mars dernier des. 
Sclerotiun compactum DG.. var, Helianthi Roth, vit s'en développer un 
Pezisa qu'il décrit en détail et qu'il accompagne. d'une figure. du port de la 
plante ainsi que- de. plusieurs dessins analytiques. . L'auteur. nous apprend 
ensüite qu'il a trouvé, sur le Cytisus: sagittalis Koch, une nouvelle espèce 
d'Actinothyrium, à laquelle il donne lenom d'Actinothyrium Cytisi ; cette 
plante croit en compagnie du Dothidea genistalis Kr..Il nous en donne aussi 
plusieurs figures de grandeur naturelle et grossies. La troisième note traite de 
la double fructification de l'Uredo Alchemillæ Pers. La première sorte 
de fructification qui se rencontre ordinairement sur les feuilles entièrement 
développées de l'A/chemilla vulgaris, est d'une couleur orangée; elle offre 
des spores globuleuses non pédicellées. La seconde sorte, qui offre dans 
son ensemble une couleur d'un brun clair, apparait de préférence sur les 
jeunes feuilles qui se déyeloppent plus tard, mais souvent on l'observe aussi 
mêlée. avec la première sur les feuilles adultes ; ses spores sont trois fois 
plus grandes que celles de la première, et elles sont munies d'un court pédi- 
celle transparent. L'auteur dit avoir autrefois réuni par erreur T Uredo Alche- 
mille et le Phragmidi ium apiculatum. Yl propose d'établir pour la première 
de ces plantes un nouveau genre qu'il appelle 7 rach yspora, et donne des 
figures fortement grossies de ses deux modes de fructification. M. Fuckel nous 
apprend ensuite que la présence du Cytispora rubescens Fr. sur les jeunes 
rameaux du Prunus Armeniaca L. occasionne une profonde perturbation dans 
la végétation ( de cet arbre. La cinquième note, accompagnée de trois figures, 

traite d'un nouveau Champignon, le Ceratostoma brevirostr e, que l’auteur a 
trouvé très fréquemment parasite sur le Peziza arenosa. Après en avoir donné 
une description, i il dit que sans doute ce végétal appartient au genre Cera- 
tostoma de Fries ou Melangspora de Corda. Le Dilophospora Holci, 
nouvelle espèce que l'auteur a trouvée ` sur. les feuilles de l' Holeus lanatus, 

décrite et figurée, fait le sujet de Ía sixième m note. Dans la septième, il 
parle du Peziza crenulata trouvé par lui sur des’ rameaux et des” feuilles en 
voie de décomposition du Pinus Abies. C'est une espèce très remarquable 
voisine du Peziza vogesiaca Moug. et Nestl, et du P. rhizopus Alb. et Schw. 

Le Füsidium Vaccinit, décrit dans la huitième note, qui se trouve comme pa- 
rasite sur les feuilles des Vaccinium Myrtillus et V, Vitis-idæa, cause sur ces 
deux plantes d les effets bien différents. Tandis que les feuilles du V. Myrtillus, 
lorsque leur face inférienre est couverte par l'épais feutrage de ce Champignon, 
n'offrent qu'une certaine concavité sans qu'elles soient autrement modifiées, 

celles du V. Vitis-idea se gonflent très considérablement, Par suite de cette 
influence différente exercée sur les deux Vaccinivm, l'auteur ayait douté, penz 
dant quelque temps, de l'identité du,Champignon qui les infectait. La série des 
observations de M. Fuckel se termine par la description d'un nouyeau genre, le 
Byssothecium, dont une espèce décrite. ici, le B. circinans, cause de grands 


A04 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


dégâts dans les champs de Medicago sativa. La description des trois dernières 
plantes est encore accompagnée de figures explicatives qui en représentent le 
port et divers détails. L'auteur, qui se propose de publier trés prochainement 
les Champignons mentionnés ici, dans la seconde série de son Znumeratio 
Fungorum Nassoviæ, dit qu'il a récolté et desséché de nombreux échantillons 
de ces plantes, et qu'il les mettra volontiers à la disposition des botanistes 


qui lui en feront la demande. 
1. G. 


Essai sur les Conferves des environs de Toulouse; par 
M. Arrondeau (Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, 3° série, t. IV, ` 
PP. 21-50). 


Nos lecteurs verront sans doute avec intérét se propager l'étude si intéres- 
sante des végétaux inférieurs et spécialement des Algues, surtout d'une ma- 
nière qui permette aux simples amateurs de profiter des travaux scientifiques 
d'un ordre élevé, en leur donnant les moyens d'arriver à la détermination des 
genres et des espéces. Le travail de M. Arrondeau, bien que restreint dans des 
limites étroites, puisqu'il ne relate que les espéces trouvées par l'auteur aux 
environs de Toulouse, en négligeant, méme à dessein, les Desmidiées et la 
plupart des Diatomacées, est tout à fait écrit dans ce but. L'auteur commence 
par rappeler les principaux faits connus sur l'accroissement et la reproduc- 
tion des Algues, et donne ensuite quelques détails sur leur classification. 
Suit un tableau synoptique qui permet d'arriver à la détermination des 
genres, et qui ne nécessite pour être suivi que l'emploi d'un grossissement de 
cinquante diamétres environ. La liste des genres et espéces, pourvue de des- 
criptions abrégées suffisantes pour les faire reconnaitre, contient 40 espèces, se 
rapportant à 20 genres et à 11 familles. Elle est terminée par deux planches 
gravées qui représentent la structure des principaux genres à un grossissement 


de cent diamétres. 
E. F. 


BOTANIQUE GÉOGRAPHIQUE ET PALÉONTOLOGIQUE. 


Un fait de géographie botanique à l'appui de la théorie 
de l'influence physique du sol sur la dispersion des 
plantes; par M. Contejean (L'Institut, 29° année, p. 231). 


Cet article est le résumé d'une communication faite derniérement à la 
Société philomathique par M. Contejean. Ce botaniste distingué a observé 
dans le Jura, entre Oflange et Serre-les-Meulières, sur des gneiss compactes, 
nullement désagrégés, une flore se rapprochant beaucoup de celle du calcaire, et 
toute différente de la flore silicicole ordinaire, qui se rencontre dans la méme 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A05 


localité sur des arkoses. M. Contejean conclut de ce fait que, les gneiss et les 
arkoses étant des roches siliceuses d'une composition chimique presque iden- 
tique, mais différentes quant à leur état d'agrégation, c'est à la prépondérance 
de l’action physique du sol qu'il faut attribuer la nature de la florule qu'il a 


signalée. 
E. F. 


Contributions to the carbonifcrous Flora of the United- 
States (Tribut à la Flore houillére des États-Unis), par Horatio C. 
Wood, J. R. (Proceedings of the Academy of natural sciences of Phila- 
delphia, 1860, pp. 236-240, 519-522.) 


M. Wood décrit dans ce travail plusieurs espèces fossiles du terrain houiller, 
reconnues par lui comme nouvelles, dont nous reproduisons ici les caractères 
en abrégé. Ces espèces sont les suivantes : è 

Sigillaria perplexa. — Tige sillonnée; côtes de largeur variable; écorce 
mince; cicatrices foliaires quadrangulaires, à bords élevés, confluentes; 
impressions vasculaires indistinctes. 

S. Solanota. — Tige sillonnée; côtes fortement convexes, striées, creusées 
dans leur milieu; cicatrices foliaires placées dans l'enfoncement, petites, 
écartées, subdiscoides; impressions vasculaires 3, arquées. — Norwége. 

Asolanus Camptotænia. — Tige striée; stries disposées sur deux rangées, 
nombreuses, contigués et descendantes dans l'une, peu nombreuses et ascen- 
dantes dans l'autre; cicatrices foliaires subtriangulaires, arrondies à leur 
sommet, acuminées à leur base; impressions vasculaires presque indistinctes. 

A. ornithocnoides. — Tige striée longitudinalement; impressions vascu- 
laires.3, linéaires, celle du milieu beaucoup plus longue. 

Syringodendron magnificum. — Tige non sillonnée; cicatrices foliaires 
doubles, ovales, disposées en spirale, sur des rangées de dix à quinze lignes 
d'épaisseur. 

Solenoula psilophlæa.— Tige sillonnée; côtes convexes, striées ainsi que 
les sillons; écorce mince; cicatrices foliaires convexes, situées sur le milieu 
des sillons. 

Lepidodendron dubium. — Cicatrices foliaires lancéolées, rapprochées, 
fortement convexes, acuminées au sommet et à la base, à bords enfoncés, 
flexueux ; impressions vasculaires lancéolées. 

L. ingens. — Cicatrices foliaires subrhomboidales, acuminées au sommet 
et à la base, à bords distincts, sillonnés, régulièrement flexueux; impressions 
vasculaires subtriangulaires, arrondies au sommet, à angles aigus; tubercules 
distincts, obovés. 

L. mekiston. — Cicatrices foliaires allongées, acuminées au sommet et à 
la base, à bords saillants régulièrement flexueux; impressions vasculaires sub- 
rhomboidales, à angles aigus, marquées de deux ou trois points; appendices 


108 SOCIÈTÉ BOTANIQUE DÉ FRANCE. 

distincts, très longs; tubercules obovés ; — médiane panim nan 
rügueuse transtersalement. 

© Lépidodendron Oweni. == Cicatrices foliäirés rhomboidales, ariundies au 
Sothitiet et à la base, à bords distincts, flexueux ; inipréssions vasculaires rhoni- 
boidales, placées prés du sommet de la cicatrice; appendices parallèles aux 
bords; ligne médiane bien marquée, flexueuse, 

L. .dicrocheilus. — Cicatrices foliaires subelliptiques, acuminées au sommet 

et à la base, à bords saillants, larges, réguliérement flexueux ; impressions \ vas- 
culaires subrhomboïdales, arrondies au sommet et à la base, à angles latéraux 
très aigus, marquées de trois points; ligne médiane obscure, légèrement 
rugueuse. 
UL: venustum. — Cicatrices foliaires rhomboidales, tronquées à leur base, à 
bords eufoncés, flexueux; impressions vasculaires rhomboidales, situées aus 
dessus du milieu de la cicatrice; appendices bien marqués, flexueux ; ligne 
médiane distincte, rugueuse transversalement: 

L. drepanopsis. — Cicattices foliaires rhomboidales, arrondies sur: les 
angles, à bords flexueux; impressions vasculaires triangulaires, saillantes, 
placées au sommet de la cicatrice et portant les tübercules sur la déclivité de 
leurs bords; appendices praes aux bords; ligne "e rugueuse trans- 
versalement: 

Ls Lesquereuzi. = Cibateicés foliaires subrhomboidales, allongées, acu- 
miniées au sommet et à la base; impressions vasculaires subrhomboidales, 
arrondies au sommet et aiguës sur les autres angles, marquées de deux ou 
trois points; appendices distincts; ligne médiane très fortement marquée, 
rügireuse transversalement. 

L. Bord«. — Cicatrices foliaires rhomboidales; ties acuminées ati 
sommet et à là base, à bords distincts; impressions vasculaires placées près du 
sommet de la cicatrice, trapézoidales, marquées de deux points; appendices 
bien marqués; tubercules obscurs; ligne — distincte, DANS wpa 
RER iin 

t Lepidophlogos iéhthyolepis. — Te large; dote mince; cicatrices foliaireé 
Moule. saillantes, pes munies d’un appendice sur le milieu-et 
de chaque côté: 

- Lepidostrobüs stachyoides, =— Chaton petit, large de deux irs et demié 
et long d'un pouce; sporanges rhomboïdales à bords flexueux, disposés eñ 
— chaque eóté de l'áke. UHR 

^ Cyeloptéris: Wilsónii. = Fronde sabórblbolade, étroite à la base, mince; 
bó irrégulier, incisé, fimbrié; nervures nómbreuses, minces, arquées; 
hocce dichotomes, 

© Lepidodéndron. rectangulum: = Cicatrices foliaires presque carrées, à 
bords généralement distincts, légérement sailláut impressions vasculaires 
larges, Sübrliomboïdales. Ternplissant l'extrémité de lá cicatrice principale, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. —- A07 
indiquées de trois points; appendices distincts, parallèles aux bords; ligue 
médiane marquée de sillons profonds. 

" Lepidodendron thilalleum. —. Cicatrices foliaires ovales-allongées, acumi- 
nées aux deux extrémités, souvent confluentes ayec celles des cicatrices voi- 
Sines; bords distincts, larges, alternativemeht contractés et élargis jusqu'à là 
moitié de la cicatrice; impressions váscülaires subrhomboidales ; ligne médiane 
bien márquée au-dessus dé la cicatrice, obscure au-dessous et marquée d'un 
grand nombre de raies profondes. 
` L. salebrosum. — Cicatrices foliaires rhomhoïdales, rugueuses; sedi 
saillants, flexueux, à angles arrondis ou aigus; impression vasculaire petite, 
médiane, sübcehtrale : ligue médiane et appendices obscurs. 

L. ur&um. — Cicatrices foliaires elliptiques, trés allongées, marquées dé 
raies flexueuses, transversales et assez régulieres; bords saillants, étroits, 
presque linéaires; itüpressions vásculdires subrhomboidales, situées un peu 
au-dessus du centre dé la cicatricé principale; marquées de trois points; ligne 
médiane et appendices peu distincts; tubercules ovales-allongós, T à la 
base de l'impression vasculaire et prés de la ligne médiane. 

Sigillaria  (Rhytidolepis) eymatoides. — Tige sillonnée; côtes étroites, 
convékes, marquées,  airisi que les rainures, de stries longitudinales nom- 
breuses; cicatrices foliaires allongées, disposées en quinconce, gonflées datis 
leur moitié inférieure; cicatricules vasculaires 3, composées d’un point centra: 
et d'une ligne concave placéé de chaque côté. 

S. (Syringodendron) bistriata. — Tige non sillonnée de côtes et d'enfon- 
cements paralléles; écorce mince, striée; stries trés nombreuses, flexueuses, 
se présentant sous deux formes, tantôt profondes, tantôt légéres; cicatrices 
foliaires suborbiculaires, disposées en paires de huit lignes chaque, trés 
petites. 

Ces articles sont accompagnés de trois planches lithographiées qui repré- 
sentent les Asolanus Camptotenia, À. manephlæus,  Solenoula psilophlæa, 
Lepidostrobus stachyoides, Sigillaria Solanota ei Asolanus ornithocnoides, 
espèces créées par M. Wood. m 


NOUVELLES. . 


= Le 20 juillet dernier est mort à Naples M. Michele Tenore, ancien pro- 
fesseur à l'université et directeur du jardin botanique de cette ville. Parvenu 
à un âge avancé, M. Tenore n'avait rien publié depuis plusieurs añnées, mais 
tous les botanistes connaissent ses nombreux trávaux de botanique descriptive, 
et notamment son. Flora napolitana (1811- -1836), qu'accompagnérent d'au- 
tres publications analogues (Essai sur la géographie physique et botanique 
du royaume de Naples [18271], Sylloge plantarum vascularium Flora nea- 
politanæ hucusque déteetarum [1831-1832] ). Il faut joindre à ces ouvrages 


A08 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


les mémoires de M. Tenore sur l'Arachis americana (1807), sur le genre 
Musa et ses espèces (1830), sur une Fougère nouvelle (1832), sur une nou- 
velle espèce d'Angélique (1837), et sur le Caulinia oceanica (1838). M. Te- 
nore s'était exercé aussi à la détermination des plantes citées par les classiques 
anciens. (Osservazioni sulla Flora Virgiliana, sulla Flora di Teocrito 
(1826). Comme professeur, il avait publié à plusieurs reprises des lecons de 
botanique ; la seconde édition de son cours universitaire, parue à Naples en 
1823, forme quatre volumes, dont les deux premiers traitent de la phyto- 
graphie et le troisième de la physiologie végétale ; le quatrième a pour titre : 
Flora medica universale, e Flora particolare della provincia di Napoli. 
Comme directeur du jardin, il avait dressé chaque année, pendant plus de 
vingt ans, le catalogue des plantes cultivées dans cet établissement, accom- 
pagné de notes sur les espéces intéressantes ou nouvelles. 


— Notre honorable confrére M. Barrandon (de Montpellier) a obtenu une 
médaille en vermeil à l'exposition de la Société d'horticulture et de botanique 
de l'Hérault pour son herbier du département. 


— Le Botanische Zeitung, dans son numéro du 28 juin, emprunte au 
Gardener's Chronicle une courte note sur l'emploi du Marsilea hirsuta R: Br., 
dont les sporanges broyés fourniraient une. espèce de farine avec laquelle les 
indigènes de la Nouvelle-Hollande font du pain, et dont on peut également se 
servir pour préparer des potages. Selon M. le docteur Beckler, cette nour- 
riture ne serait ni malsaine ni désagréable au goüt. 


Collection de plantes à vendre. 


— Les 17° et 18* décades des 7epatice europææ, publiées par le docteur 
Rabenhorst, ont paru à la fin de mai. Les plantes contenues dans ces deux 
décades sont les suivantes : 

N° 161. Fimbriaria pilosa Nees. 162. Lunularia vulgaris Mich. fructifera. 
163. Mærckia hibernica var. Wilsoniana Gottsche in litt. 464. Phragmicoma 
Mackaii Dumort. 165. Blasia pusilla L. fructifera et gemmifera. 166. Sacco- 
gyne viticulosa Dumort. 167. Calypageia Trichomanes Corda s.-var. repanda 
Syn. 168. Scapania compacta Ldbg mas et fem. 169. Scapania æquiloba Nees. 
170. Frullania fragilifolia Tayl. 171. Jungermannia cordifolia Mart. 172. J. 
venulata Sm. var. B gracillima. 173. J. connivens Dicks. 174. J. inflata 
Huds. 175. J. barbata var. quinquedentata Gottsche, Ldbg et Nees. 176. J. 
acuta Ldbg var. minor fem. 177. J. exsecta Schmid, 178. Chiloscyphus 
polyanthus Corda. 179. Metzgeria furcata var. G. 180. Lophocolea latifolia 


Nees var. B cuspidata Gottsche, Ldbg et Nees. 
j 6, EF. 


Paris. — Imprimerie de L, MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 49 JUILLET 1861. 
PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 28 juin, dont la rédaction est adoptée. 


Dons faits à la Société : 


4° De la part de M. Éd. Morren : 


Les arbres, études sur leur structure et leur végétation, par M. H. 
Schacht, traduit par M. Éd. Morren (4 feuilles). 


2 De la part de la Société d'Horticulture de la Gironde : 


Programme de l'exposition qui a eu lieu à Bordeaux en juin 4861. 


3° De la part de la Société d'Horticulture de la Haute-Garonne : 


Annales de cette Société, mars et avril 1861. 


h° En échange du Bulletin de la Société : 
Pharmaceutical journal and transactions, juillet 1861. 
Journal de la Société impériale et centrale d' Horticulture, mai 1861. 
Bulletin de la Société impériale zoologique d' Acclimatation, mai 1864. 
L'Institut, juillet 1861, deux numéros. 


M. de Schonefeld, secrétaire, annonce que la Société a obtenu de 
la bienveillance éclairée de toutes les Compagnies de chemins. de 
ler de France, pour son prochain voyage à Nantes, les mémes 
avantages qui lui ont. été accordés pour ses précédents voyages. 

T. VIIL 2i 


h10 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. J. Gay met sous les yeux de la Société un pied de Chameærops 
excelsa, et fait la communication suivante : 


LE CHAMÆROPS EXCELSA Thunb., SA PATRIE, LE CLIMAT QUI LUI CONVIENT, SON 
INTRODUCTION DANS L'EUROPE OCCIDENTALE, LES CHANCES QU'IL A D'Y ÊTRE 
NATURALISÉ , SON FIBRILLITIUM, LES USAGES ÉCONOMIQUES AUXQUELS IL PEUT 
SERVIR, etc., par Wi. J. GAY. 


Parmi les plantes utiles ou de simple ornement qui ont été, depuis quelques 
années, introduites de l'extréme Asie dans l'ouest de l'Europe, et qu'on espère 
pouvoir naturaliser dans cette derniere région, se trouve, entre autres, le 
Chamærops excelsa de Thunberg, Palmier d'une certaine taille (de 10 à 
30 pieds), dont les bases pétiolaires. se décomposent naturellement en une 
sorte d'étoupe qui sert à fabriquer des cordages et méme des vétements 
grossiers. 

Pour juger des chances que peut avoir ce Palmier à s'établir dans nos cul- 
tures de pleine terre, où il introduirait une forme végétale qui leur est jus- 
qu'ici complétement étrangère, il importe de connaître d'abord sa patrie ou 
au moins les contrées où il prospère depuis des siècles à l'état cultivé, puis les 
résultats déjà obtenus en Europe, à la suite de plusieurs années de culture. 


Patrie du Chamærops excelsa. 


Kæmpfer, qui a le premier parlé de cet arbre, le comprend, dans son cata: 
logue des plantes japonaises, sous le nom indigène de Sjuró ou Sodio. Tout 
ce qu'il en dit, c’est qu'il est cultivé au Japon comme arbre d'ornement et 
qu'il y est stérile, entendant sans doute par là qu'il u'y produit pas de fruits 
(Aman. exot. 1712, p. 828). 

Thunberg, qui le premier lui a donné le nom sous lequel il est aujourd’hui 
systématiquement classé, Thunberg l'enregistre également comme plante du 
Japon, sans dire si elle y est on non cultivée, montrant aussi par les mots 
flores paniculati qu'il l'a vue fleurir, ajoutant encore que c'est un grand 
arbre, caulis arboreus excelsus, et que son écorce mince et réticulée sert 
à faire des balais, e cortice trunci tenui reticulato scopæ conficiuntur (Flor. 
Jap. 1784, p. 130). 

M. de Siebold a fait, avant 1830, un long séjour au Japon, et il y a récolté 
les matériaux d'une nouvelle Flore de cette contrée, dont la publication com- 
mencée a été malheureusement arrétée en 1848 par le décé« du docteur 
Zuccarini (de Munich), à qui la rédaction en avait été confiée. 11 n'est question 
du Chamerops excelsa. dans aucun des fascicules de cet ouvrage jusqu'ici 
publiés, formant un volume-et demi, de format in 4, avec de nombreuses et 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. 411 


belles planches coloriées (Flora japonica, Lugduni Batav. 25 fasc. 1835-44). 
Mais il résulte de renseignements fournis directement à M. de Martius par 
M. de Siebold : 1° que le Chamærops excelsa est cultivé au Japon ob ornatum; 
comme Kæmpfer l'avait dit ; 2° qu'il y forme un petit arbre de 8 à 42 pieds 
de hauteur ; 3° qu'il v est fertile, contrairement à ce qu'avait dit Kæmpfer, 
et que ses fruits y mürissent au mois de février (Mart. Mist. nat. Palm. 1H, 
1836-50, p. 354, tab. 425, fig. 2 et 3). 

Quelles sont les îles du Japon où notre plante est cultivée ? Aucun des auteurs 
précédemment cités ne le dit, et je n'ai de témoignage que pour Kiusiu, la 
plus méridionale de ces iles, visitée tout récemment par M. John Gould Veich, 
fils de l'horticulteur anglais de ce nom, qui, pariant de Nangasaki pour aller 
faire. l'ascension du Fusi-yama (célébre montagne volcanique), dit avoir ren- 
contré le Chamærops excelsa partout sur sa route, jusqu'au pied de la mon- 
tagne (Gardener's Chronicle, 4860, p. 1127). Les premières graines de la 
méme plante, expédiées en Hollande par M. de Siebold en 1830, proviennent 
également d'un arbre-type cultivé dans le jardin botanique que les Hol- 
landais avaient, dés cette époque, établi dans les limites de leur factorerie, 
dans la petite ile de Dezima, prés Nangasaki (Siebold, Catal. raisonné des 
plantes et graines du Japon cultivées à Leyde, prix courant, 1856, p. 7, 
ennote). 

Jusqu'ici les auteurs ne parlent que de la plante japonaise, qu'ils reconnais- 
sent comme cultivée hors de son lieu natal. Arrive enfin M. de Martius qui 
rapporte au Chamærops excelsa le Tsong-liu des Chinois, et qui le fait croître 
in China media aut australi, sans exprimer aucun doute sur son indigénat 
(Martius, Z. c.). Dans l'intérêt qui m'occupe ici, l'incertitude de M. de Mar- 
tius est fâcheuse, car, si le Chamærops avait sa vraie patrie dans la Chine 
méridionale, au voisinage du tropique, bien certainement il n'aurait aucune 
chance d’être acclimaté sur aucun point de l'Europe. 

Heureusement M. Fortune, témoin oculaire, est plus précis lorsqu'il parle 
d'un Palmier à port élégant, dont il ne sait pas le nom, mais qui est, selon toute 
apparence, notre Chamarops excelsa, et qui fournit aux Chinois des fibres 
textiles. M. Fortune a vu cet arbre cultivé sur les flancs des montagnes de lile 
de Chusan, et, sur le continent voisin, dans des sites semblables de la province 
de Che-kiang (Fortune's Wanderings in China, 4857, p. 53). Il cite entre 
autres la ville de Yen-tcheou-fou, dans cette dernière province, où ce Palmier 
est cultivé avec le plus graad soin, ainsi, dit-il, que daus les provinces cen- 
trales et septentrionales de l'empire (Fortune’s Two visits to the Tea countries ` 
of China, 1853, t. HI, p. ^0). Remarquons ici deux choses : la première, 
C'est que, pour M. Fortune, le Chamærops west point un arbre de la Chine 
méridionale; la seconde, que là où il l'a vu, dans les provinces du milieu, il 
est cultivé, et cela avec un soin particulier. 

Autre témoignage : M. de Montigny, notre honorable consul-général en 


A12 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Chine, actellement en congé à Paris, a passé de longues années à Chang-hai 
(de janvier 1848 jusqu'au 27 juin 1859), et il connait parfaitement le Palmier 
de Fortune pour l'avoir vu en place et en avoir plusieurs fois expédié les 
graines en France, avec d'autres espèces végétales qu'il espérait pouvoir être 
utilisées dans nos cultures. J'ai donc consulté M. de Montigny, et il résulte 
de ce qu'il a bien voulu me dire : 4° que l'arbre en question est très répandu, 
non-seulement aux environs de Chang-hai, mais encore dans les provinces 
voisines, celles de Kiang-si, Tche-kiang et Kiang-nan, oü l'arbre croit 
spontanément et acquiert une taille de 25 à 30 pieds; 2° que les graines 
par lui envoyées en France provenaient du Kiang-nan; 3° que cet arbre 
n'est point particulier à la région littorale, mais qu'il se propage fort loin 
dans l'intérieur, au moins jusqu'à Hang-tcheou-fou, ville située sur le 
Yang-tse-kiang, 120 lieues à l’ouest de Chang-hai. Ceci confirme pleinement 
le rapport de M. Fortune, en ajoutant deux nouvelles provinces à l'aire géo- 
graphique de notre plante. Les deux rapports ne different qu'en un point 
essentiel : pour M. Fortune, l'arbre est cultivé ; pour M. de Montigny, il est ou 
paraît spontané. 

Dernier témoignage : M. O. Debeaux, notre confrère, a fait partie de la 
dernière expédition francaise en Chine, en qualité de pharmacien-chef. L'année 
dernière, il était, à ce titre, attaché à l'hópital militaire du camp de Tche-fou, 
près la vilie de Teu-tche-fou, province de Chan-tong, sur la côte méridionale du 
golfe de Pe-tchi-li, contrée dont il a exploré la végétation avec le plus grand 
zèle, en vue de quelque publication ultérieure (1). Il a depuis été transféré à 
Tien-tsin, province de Pe-tchi-li, et c'est de là qu'il répondà diverses questions 
botaniques qui lui avaient été adressées par M. Durieu de Maisonneuve. Ce 
dernier demandait des graines du Chamærops excelsa, ce Palmier qu'en France 
on croyait venir du nord de la Chine. A cette prière, M. Debeaux répond, dans 
sa lettre datée d'avril 1860, que j'ai sous les yeux, il répond, dis-je : 4° que le 
Chamærops excelsa west point un arbre du nord de la Chine, puisqu'il n'existe 
pas a Tien-tsin, et qu'à Tche-fou même, 1*30' plus au sud, deux pieds cultivés 
daus un jardin et les seuls qui existaient dans ce lieu, ont été tués l'hiver 
dernier par un froid de — 45° centigrades ; 2° qu'à Chang-hai méme, l'arbre 
ne fructifie point et y est trés rare, puisqu'il n'en a vu que quatre pieds et 
cela seulement dans les jardins du quartier anglais, d’où il conclut qu'il u'y 
est pas indigène et qu'il faut chercher sa patrie, soit dans le midi de la Chine, 
soit au Japon. 

On voit que, sur ce dernier point, M. Debeaux est eu plein désaccord avec 
MM. Fortune et de Montigny. Mais j'avoue qu'en rendant toute justice à la 
bonne foi du premier, je ne puis mettre son témoignage en balance avec celui 


(1) Voir, dans notre Bulletin, t. VIII, p. 4-6, la lettre que M. Debeaux écrivait à 
M. Durieu de Maisonneuve, en date de Tche-fou, le 24 octobre 1860. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. M3 


des deux derniers, juges parfaitement compétents, qui connaissent mieux que 
personne les productions végétales de Chang-bai et des provinces voisines. 

Commun aux environs de Ghang-hai, le C'hamærops excelsa vient-il aussi 
dans le midi de la Chine, comme M. Debeaux est disposé à le croire? Je n'ai 
aucune raison de le supposer, et j'incline fortement, au contraire, à conclure 
de sa fréquence dans les provinces moyennes qu'il ne doit pas venir dans les 
provinces beaucoup plus chaudes du sud. Il est certain qu'il manque à Hong- 
kong, prés Canton, dont la Flore a été récemment publiée par M. Bentham 
(voy. Bentham, Flora Hongkongensis, London, 1861, un vol. in-8). 

Le Chamarops excelsa est-il spontané en Chine dans les provinces que 
j'ai désignées, comme M. de Martius et M. de Montigny le pensent, ou seule- 
ment cultivé, comme l'affirme M. Fortune, et comme il l'est au Japon d'apres 
tous les témoignages? Je l'ignore. Mais il se pourrait bien qu'il en füt du 
Chamærops chinois comme de tant d'autres arbres (pour ne parler que des 
arbres) que l'homme a réduits en servitude depuis les siécles les plus reculés, 
dont la culture a effacé la patrie, et qui sont probablement originaires de la 
région oü cette culture réussit le mieux; tels sont le Dattier, l'Olivier, le 
Pommier, le Poirier et bien d'autres. 

De tout ce qui précède, il résulte, selon toutes les apparences: 1° que le 
Cham«erops excelsa ne vient ni dans le nord de la Chine, à commencer 
parla province de Chan-tong, puisqu'il suffit d'un froid de — 15" centi- 
grades pour le tuer dans cette province, ni dans le sud de l'empire; 
2° qu'il est, au contraire, parfaitement établi dans les provinces moyennes, - 
Kiang-si, Tche-kiang et Kiang-nan (toutes riveraines du fleuve Yang-tse- 
kiang), y compris l'ile de Chusan, d'oà probablement il s'étend entre les 
mêmes parallèles jusqu'à la frontière du Thibet; 3° qu'il est, de méme, par- 
faitement acclimaté au Japon, au moins dans l'ile de Kiusiu, la plus méridio- 
nale de cet archipel. 


Conditions climatériques du Chamwærops excelsa. 
Ces conditions se trouvent=elles quelque part à l’extrémité occidentale 
de l'ancien continent, et ou? 


Les contrées que je viens de nommer et où prospère le Chameærops excelsa, 
spontané ou cultivé, sont toutes comprises entre le 27° et le 35° degré de 
latitude nord, et le climat de Chang-haï, situé à peu près au milieu de cette 
zone, peut être pris pour une bonne moyenne des conditions atmosphériques 
qui conviennent à notre plante. 

Or le caractère du climat de Chang-haï est celui d’un climat continental, 
tempéré par le voisinage de la mer orientale. Les chaleurs de l'été y sont exces- 
sives, mais en hiver le thermomètre centigrade y descend assez souvent à — 8 
ou 10° centigr., c’est-à-dire qu'il y gèle fortement, quoique le Yang-tse- 


A14 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


kiang, cette grande artère fluviale du centre de la Chine, qui a son débouché 
près de Chang-hai, ne soit jamais pris de glace. Il y neige fréquemment en 
hiver, et la neigé y persiste quelquefois quarante jours de suite (suivant M. de 
Montigny, de qui je tiens les détails de ce paragraphe). 

Ces conditions climatériques se trouvent-elles quelque part à l'extrémité 
occidentale de notre continent ? 

En suivant, de l'est à l’ouest, les parallèles entre lesquels se meut notre 
plante, on arrive à la côte du Maroc, où certainement elle ne saurait vivre, 
puisque là il n'y a ni gelées ni rien qui ressemble à notre hiver. La cóte algé- 
rienne, par la méme raison, ne doit pas non plus lui convenir. Je pense, du 
moins, qu'elle réussirait mieux sur les hauts plateaux qui forment le Sahara 
de notre colonie. Je ne doute pas cependant qu’on ne lui trouvât des sites par- 
faitement appropriés sur les flancs du pic de Ténériffe, à Chasna par exemple, 
et sur le versant occidental de l'Atlas marocain. 

J'en dis autant du bassin de la Méditerranée, oà notre plante, mal à l'aise 
au niveau de la mer, pourra vivre et prospérer dans les montagnes de l'Es- 
pagne méridionale, de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile, de l'Italie 
moyenne et australe, ainsi que dans celles de la Syrie. 

La côte occidentale de l'Espagne et du Portugal lui sera défavorable, en 
raison des hivers presque sans gelée qui y succédent à des étés presque sans 
chaleur, ce qui caractérise le climat dit maritime. 

A Madrid, au centre de l Espagne, les circonstances climatériques sont bien 
meilleures : plateau élevé, été brûlant, hiver froid, par suite du voisinage de 
la Sierra de Guadarrama. J'estime que le Chamwærops excelsa doit pariet. 
ment réussir à Madrid. 

De méme à Montpellier, où l'été chaud précède fréquemment un hiver froid, 
avec abaissement de température qui peut aller, mais trés rarement (en janvier 
1855 par exemple) jusqu'à — 16 ou méme 18° centigrades ; à Montpellier 
plutôt qu'à Hyères et à Nice, où l'été est le méme, mais où l'hiver est 
presque nul. C'est à Montpellier. que, suivant moi, le. Chamwærops excelsa a 
le plus de chances de réussir sur le territoire francais, de manière à y fleurir, 
y fructifier, y devenir arborescent-comme dans son pays natal et y jouer un 
róle vraiment ornemental dans les jardins et dans la campagne. 

Au nord de l'Espagne et de la Méditerranée, les chances d’acclimatation sont 
bien moindres. Dans nos départements orientaux, ainsi qu'en Belgique, et à 


plus forte raison de l'autre côté du Rhin, le Cham«erops excelsa rencontrera. 


un climat continental, peut-être avec des étés suffisamment chauds, mais avec 
des hivers souvent rigoureux, auxquels il succombera infailliblement, puis- 
qu'à Tien-tsin, M. Debeaux l'a vu tué par un froid de — 15* centigrades, 
comme je l'ai dit plus haut. j 
Dans nos départements occidentaux, et particulièrement sur les côtes de 
l'Océan, il trouvera d'autres circonstances défavorables qui le suivront du sud 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. 415 


au nord jusque dans les Iles Britanniques. A moins de circonstances très rares, 
ii ne sera pas tué par le froid, mais il ne sera pas réchauffé par le soleil; bors 
de ses conditions normales, il vivotera sans fleurir, sans prendre de tige, et ne 
sera plus qu'un méchant buisson, semblable à son. congénére d'Algérie, le 
Chameærops humilis. 

Telles sont pour moi les probabilités de l'avenir fondées a priori sur ce que 
nous savons des circonstances climatériques dans lesquelles il vit en Chine et 
au Japon. Voyons pourtant le résultat des essais d'acclimatation dont il a été 
l'objet, depuis quelques années, dans l'ouest de l'Europe. J'enregistre les faits 
dans l'ordre des dates. 


Aeelimatation du Chamærops excelsa, tentée dans l'Europe occidentale, 


84. Importation hollandaise. 


M. de Siebold est, à ma connaissance, le premier. qui ait introduit le Cha- 
mqrops excelsa en Europe, et cela en 1830. Les graines provenaient de 
l'arbre-type dont j'ai parlé plus haut comme étant cultivé dans Ja petite ile 
` de Dezima, au Japon, sur la côte de l'ile de Kiusiu. Les plants issus de ce 
premier semis étaient en petit nombre. Ils ont été élevés en serre, et de Leyde 
ils ont passé dans les jardins botaniques d'Amsterdam, Gand, Bruxelles, Bonn 
et Kew, où quelques-uns d'entre eux étaient devenus en 1856 des arbres de 
20.à 30 pieds, et. où ils ont continué à être cultivés en serre, personne ne 
supposant alors qu'ils pussent supporter. la pleine terre sous notre climat 
(Siebold, Cat. raisonné, déjà cité, 1856, p. 1 et 7). 

Je ne sais rien de ceux de ces plants qui peuvent avoir été conservés à 
Amsterdam, Gand et Bruxelles. Mais voici quelques détails. sur l'état actuel 
de ceux qui vivent encore à Kew, à Bonn et à Herrenhausen, où ils sont cvl- 
livés en caisse et en serre chaude ou tempérée. 

A Kew, le sujet introduit par M. de Siebold était, en décembre 1860, un 
bel arbre de 28 pieds anglais de hauteur, que l’on tenait dans la serre à Pal- 
miers, par conséquent en serre chaude, personne ne soupçonnant qu'il püt 
être. même semi-rustique (Hook. Bot. Mag. third ser. tom. XVI, 1860, 
fol. 5221). 

A-ces renseignements M. George Bentham ajoute: 1° que le Palmier en 
question, provenant des graines rapportées par M. de Siebold, a été introduit 
au jardin de Kew, en 1836, par le professeur Reinwardt de Leyde, et que 
depuis lors il a constamment été tenu dans la serre à Palmiers, oi il n'a 
pas encore fleuri; 2° que son tronc mesure 28 pieds anglais de hauteur 
depuis le sol. jusqu'au bourgeon terminal, sur 23 pouces de circonférence 
à la base; 3° que la base de ce méme tronc est entièrement dénudée 
de gaines foliaires sur une longueur de 2.pieds 8 pouces (Extrait d'une 


A16 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
lettre récente de M. Bentham, répondant aux questions que je lui avais 
adressées). 

Au jardin botanique de Bonn, le Chamærops excelsa est représenté par un : 
seul individu adulte, qui provient de Leyde, d’où il fut envoyé en 1838, étant 
alors dans sa première jeunesse, par le professeur Reinwardt. Aujourd'hui 
c'est un arbre qui offre les proportions suivantes : tronc ou stipe, 12 pieds 
^ pouces de hauteur, 2 pieds de circonférence en moyenne, 8 pouces de dia- 
métre à 6 pieds au-dessus du sol ; feuillé dans son tiers supérieur seulement, 
où il porte 39 feuilles, dont le limbe flabelliforme est étalé horizontalement. 
L'arbre est femelle, et depuis cinq années il produit tous les ans cinq ou six 
panicules dont les fruits mürissent et ont déjà fourni un grand nombre de 
jeunes plants (Rapport de M. Sinning, inspecteur du Jardin botanique de 
Bonn). 

Si l'arbre est femelle, comment peut-il porter des fruits sans fécondation ? 
Consulté sur ce point, M. Schacht, directeur du jardin en raison de sa qua- 
lité de professeur de botanique à l'université de Boun, répond qu'il n'a pas 
encore eu l'occasion d'examiner l'arbre au moment de sa floraison, mais qu'il 
ne le croit point purement femelle. Sans doute il y a ici polygamie, et non pas 
dicecie pure : une panicule, en apparence femelle, porte quelques fleurs mâles - 
qui suffisent à la fécondation, ou bien c'est une panicule mále qui renferme 
quelques fleurs femelles où hermaphrodites; c'est ainsi que le Cælebogyne 
femelle devient accidentellement fertile, et qu'à Madére les Carica Papaya 
des deux sexes, quoique séparés par de longues distances, peuvent produire 
quelques fruits parfaits. La méme chose se voit dans le Chamærops humilis, 
dont deux sujets, cultivés au Jardin de Bonn, l'un femelle, l'autre mále, 
donnent tous les ans des graines capables de germination, le sujet mâle plus 
difficilement et en moindre nombre que la femelle. (Extrait d'une lettre de 
M. Schacht à M. Joh. Grænland) (1). 

J'arrive à la plante cultivée dans les serres du château royal de Herren- 
hausen prés Hanovre. Cette plante n'a pas encore fleuri. Elle avait à peine un 
mètre de hauteur, lorsqu'elle fut introduite à Herrenhausen, en 1839, prove- 
nant des serres de MM. Loddiges, pépiniéristes à Hacknay prés Londres, qui la 
tenaient, me dit-on, de M. de Siebold (c'est donc toujours la plante japonaise 
telle qu'elle est ou était cultivée au jardin botanique de la factorerie hollan- 
daise de Dezima). Tenue en serre tempérée, elle a beaucoup prospéré depuis 
douze aus, et voici quel est son état actuel en 1861. Le tronc ou stipe mesure 
3 mètres de hauteur et 45 centimètres de circonférence; soit 45 centimètres 


f 


(1) Une lettre postérieure de M. le professeur Schacht m'apprend qu'à Bonn, on à 
plusieurs fois tenté de livrer à la pleine terre les jeunes plants provenant de graines 
récoltées sur l'arbre-mére, mais que ces essais d'acclimation ont constamment échoué, 
tant dans le jardin de l'université que dans celui de M. de Siebold lui-méme ; aucun des 
jeunes plants n'a pu résister aux froids de l'hiver. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. 417 


de diamètre. Les deux tiers inférieurs du tronc sont nus, ne conservant que 
les gaines basilaires des anciennes feuilles avec leur fibrillitium qui, lui, 
garnit la tige dans toute sa longueur; le tiers supérieur du tronc, seul feuillé, 
sur une longueur d'un mètre, porte 54 feuilles. Ces dernières sont presque 
toutes d'égales dimensions ; elles mesurent, pour le pétiole, 1 mètre 40 milli- 
mètres de longueur, pour le limbe, 70 centimètres de longueur et 1 mètre 
10 millimètres de diamètre. Dans chaque limbe on compte 40 segments, dont 
les extérieurs ou latéraux, longs de 40 centimètres et larges de 10 millimètres, 
sont soudés avec leurs voisins sur une longueur de 5 centimètres; les segments 
intérieurs, longs de 70 centimètres et larges de 30 à 35 millimètres, sont 
soudés entre eux sur une longueur de 25 centimètres (Extrait d'une lettre 
de M. Hermann Wendland, fils et petit-fils de botanistes bien connus, qui 
dirigent, depuis l'année 1779, les cultures des beaux jardins royaux de Herren- 
hausen, ayant lui-même bien mérité de la science par un récent voyage à 
Guatemala, pendant lequel il s'est principalement occupé de l'étude des 
Palmiers). 

Remarquons que le Palmier dont il vient d'étre question n'a été nulle part 
en Europe confié à la pleine terre, et qu'à Kew on le traite méme comme un 
arbre de serre chaude. C'est lui pourtant que l'on eût dû choisir de préfé- 
rence pour des essais d'acclimatation, puisqu'il provient d'une île japonaise 
dont les plantes ligneuses se sont montrées en général parfaitement rustiques 
dans nos jardins. 


8 2. [mportation anglaise. 


D'autres graines de la méme plante ont été plus tard envoyées ou rappor- 
tées de Chine par M. Fortune, le trés méritant jardinier-voyageur que j'ai 
déjà cité. Ces graines provenaient de l'ile de Chusan, d’où le nom de C/usan- 
Palm, sous lequel notre Palmier est fréquemment mentionné dans les ouvrages 
d'horticulture anglais. Cette nouvelle introduction remonte à l'année 1849, et 
c'est alors seulement que des semis copieux ont permis d'essayer la plante en 
pleine terre. 

Depuis cinq années, on la tenait pour rustique sous le climat de l'Angle- 
terre méridionale, parce qu'à Kew, à Bagshot et autres lieux, elle avait sup- 
porté sans dommage, en plein air, les hivers précédents, lorsqu'un avis du 
docteur Lindley vint attrister le monde horticole en annoncant qu'un individu 
de cette plante avait péri, dans l'hiver de 1855 à 1856, au jardin de la Société 
d'horticalture, à Chiswick prés Londres, dans un sol et à une exposition à 
la vérité très défavorables (Gardener's Chronicle, 1856, p. 175). 

Un autre fait n'a pas tardé à signaler l'infirmité du Palmier de Chusan vis- 
à-vis du climat anglais, méme dans la partie méridionale du pays. Dans le 
Northamptonshire, dont le chef-lieu est à 25 lieues au nord-ouest de Londres, 
ce Palmier, tenu en pleine terre, a été très maltraité, sans cependant périr, 


h18 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


dans l'hiver de 1859 à 1860 (Gardener's Chronicle, A860, p. 175, où sont 
indiqués les végétaux exotiques qui ont souffert ou succombé en méme 
temps). 

A côté de ces faits meurtriers se placent pourtant d'autres faits qui don- 
nent plus d'espérance. 

« A Kew, le Palmier de Chusan a été mis en pleine terre il y a cinq ou 
» Six ans. Il n'est couvert (de-nattes) que lorsque le froid s'annonce très 
» rude. On ne sait pas au juste le degré qu'il peut supporter, parce qu'on a 
» soin de le couvrir aussitót que la température parait devoir beaucoup 
» baisser et rester basse. Le plus beau pied a 4 pieds 6 pouces anglais de hau- 
» teur, de la base au bourgeon terminal. Le tronc est feuillé jusqu'à 10 pouces 
» de terre, et cette partie inférieure est encore couverte des gaînes des 
» feuilles. La circonférence du tronc, avec les gaines, est de 36 pouces. La 
» plante n'a pas encore fleuri en pleine terre, mais un pied, tenu en caisse et 
» rentré en serre tous les hivers, a donné des fleurs en plein air, ce qui à 
« permis à sir W. Hooker de faire représenter son inflorescence. Voy. Bot: 
» Mag. third series. vol. XVI, n° 492, 4 dec. 1860, tab, 5221. Chame- 
» rops Fortunei Hook. » (Extrait d'une lettre récente de M. G. Bentham). 
— Un renseignement postérieur fourni par M. Bentham m'apprend, de 
plus, que quelque confusion s'est introduite dans la planche du Zotanical 
Magazine, qui, sous le n° 5221, doit représenter le Chamarops ‘Fortunei. 
Sept figures composent cette planche, et deux de ces figures, 6 et 7, ont 
déja été écartées par l'auteur du texte comme appartenant au fruit d'une autre 
plante. Il faut écarter de méme la figure 1, qui représente le port très réduit, 
non du Cham. Fortunei, mais du Cham. excelsa japonais, tel qu'il est cultivé 
dans la serre à Palmiers de Kew. Les autres figures de la planche 5221 
appartiennent seules au Cham. Fortunei tel qu'il a fleuri à Kew : 2. spadice 
de grandeur naturelle ; 3. fleur femelle; 4. un pétale avec son étamine; 
5. ovaires (ces trois dernieres figures grossies) (1). 

A Swansea (ou plus précisément dans le val de Swansea, à 230 pieds anglais 
au-dessus du niveau de la mer), sur la côte méridionale du South-Wales, à peu 
près sous la latitude de Londres, l'hiver de 1859. à 1860 a été, pour les végé- 
taux exotiques exposés en pleine terre, le plus destructeur qu'on eût éprouvé 


(1) Dans le texte qui accompagne la planche 5221 ainsi expliquée, et sans connaitre 
le fruit ni de l'une ni de l'autre plante, sir W. Hooker distingue le Palmier chinois 
(Chamarops Fortunei) du Palmier japonais (Cham. excelsa Thunb.) par sa constitution 
plus robuste, par son réseau fibreux (le fibrillitium) plus étroitement tressé et plus com- 
pacte, par ses pétioles beaucoup plus robustes et plus courts, par son feuillage moms 
glauqne et plus brillant, enfin par ses feuilles à sommet pendant et à segments beaucoup 
plus larges. Sont-ce là des caractères vraiment spécifiques, ou ne sont-ce que des diffé- 
rences individuelles ou peut-être des différences d'àge? Il est, suivant moi, impossible 
de rien affirmer à cet égard, tant que les deux arbres n’auront pas été comparés jusque 
dans le détail de leurs fleurs e( de leurs fruits. F 99 


SÉANCE DU 12 juiLLET 1861. A19 


depuis onze ans, moins à cause de l'intensité du froid qui n'a pas dépassé 
— 10° Réaumur (—12°,22 centigrades), que par suite des fréquentes alter- 
natives de gelée et de temps humide. Eh bien! ces causes délétères, qui ont 
tué entre autres le Laurier-Tin (Viburnum Tinus), ont complétement épargné 
d’autres plantes, au nombre desquelles s’est trouvé notre Palmier qui n’a pas 
souffert le moins du monde des rigueurs de la saison (MM. J. et M. Marryat, 
dans le Gardener's Chronicle, 1860, p. 362, avec énumération des espèces qui 
ont été ou sacrifiées ou plus ou moins respectées). 

Un autre exemple de résistance encore plus remarquable est celui d’un autre 
plant du Palmier de Chusao, qui fut envoyé de Chine en 1849 par M. Fortune, 
pour les jardins royaux d'Osborne, dans l'ile de Wight. Cet individu, cultivé 
en pleine terre, a traversé, sans en souffrir aucunement, les dix hivers qui ont 
suivi son introduction. L'année dernière, c'était un arbre d'environ 10 pieds 
de hauteur, mesure anglaise, dont la tige portait 2 pieds 11 pouces de circon- 
férence, et certainement le plus bel échantillon de son espéce qui fût en Europe 
cultivé sans abri (Fortune, dans Gardener's Chronicle, 4860, p. 70). 

Voici de plus amples détails sur ce méme plant, transmis, avec une photo- 
graphie de l'arbre, par M. André Toward, jardinier en chef d'Osborne, cette 
résidence favorite de S. M. la reine d'Angleterre. Je traduis de l'anglais. 

'« Notre C'hamærops excelsa, dit M. Toward, est cultivé en pleine terre. H 
» a été légèrement couvert durant les deux ou trois premieres années, mais 
»il est resté depuis exposé aux vents du nord-est, sans aucun abri ni 
» protection. C'est dans ces conditions qu'il a résisté à tous les hivers, y com- 
» pris le dernier (celui de 4860 à 1861), dans lequel la plus basse tempéra- 
» ture a été à Osborne de 18,9 Fahrenh. (— 75,277 centigrades). C'est 
» aujourd'hui un petit arbre, plein de vie et de santé, qui a conservé toutes 
» ses feuilles, moins quelques-unes des inférieures dont les extrémités ont été 
» déchirées ou enlevées par le vent. Get arbre mesure 10 pieds et demi de 
» hauteur absolue (3 mètres 47 millimètres, sans doute en y comprenant la 
» longueur des feuilles terminales). La circonférence du tronc est de 3 pieds 
» et demi à la base (1 mètre 66 millimètres) et de 3 pieds (914 milli- 
» mètres) à ^ pieds au-dessus du sol. Il a fleuri quatre fois de suite pendant 
» ces dernières années, en avril et mai. Les inflorescences (plusieurs sur 
» chaque tige) naissent un peu au-dessous de la couronne et mesurent environ 
» 2 pieds de longueur (609 millimétres) sur autant de largeur. Les fleurs, de 
» couleur jaune, se sont montrées mâles. » M. Toward ajoute que, depuis 
deux ans, il a confié à la pleine terre l'espèce du midi de l’Europe (Chameæ- 
rops humilis), et qu'elle s'y comporte bien, mais à la condition d'étre couverte 
en hiver par une cage de bois. 

Ceci est, au reste, le seul exemple d'un Chamærops excelsa devenu arbo- 
rescent sur le sol d'Angleterre. Partout ailleurs, il est jusqu'ici resté nain et 
buissonnant, comme son congénère d'Algérie. Aussi M. Fortune conseille-t-il 


A920 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


à ceux qui voudraient en obtenir l'effet pittoresque qu'il produit en Chine, de ne 
l'exposer en pleine terre qu'après l'avoir préalablement tenu quelques années 
dans l'orangerie, où il développe plus facilement sa tige (Gardener's Chronicle, 
1860, p. 70). 

Voilà tout ce que je sais de l'histoire du Chamærops excelsa élevé en Angle- 
terre par suite de l'introduction faite par M. Fortune en 1849. Mais plusieurs 
de ses éléves ont passé sur le continent par la voie du commerce, et j'en con- 
nais deux qui, acquis de la maison Standish de Londres, vers l'année 1850, 
par nos habiles horticulteurs de Paris, MM. Thibaut et Keteleer, méritent 
une mention particulière. 

L'un d'eux existe encore en ce moment dans l'établissement de MM. Thi- 
baut et Keteleer, où il est tenu en pot et en serre froide ; c'est un arbuste 
sans tronc, d'à peine un mètre de hauteur. 

L'autrea été vendu, peu de temps aprés son introduction, à un amateur 
distingué du département de Saóne-et-Loire, M. le marquis de Saint-Inno- 
cent, qui l'a cultivé en pleine terre dans une serre tempérée de son domaine 
à Lucenay-l'Évéque; quatre lieues au nord d'Autun. Le jeune sujet a si bien 
prospéré, qu'il est devenu incommode, et que M. de Saint-Innocent à été 
contraint de s'en défaire pour échapper à l'obligation de lui élever une serre 
tout exprés. En avril dernier, l'arbre a été arraché, mis en caisse, emballé 
avec toutes les précautions requises, et il est aujourd'hui, en parfait état de 
conservation, dans les mains de M. Auguste Riviere, jardinier en chef du 
Luxembourg, qui a fourni en échange des plantes rares pour une valeur de 
554 fr. C'est un magnifique spécimen, et de beaucoup le plus beau qui soit 
en France. Le tronc mesure 2 mètres 90 centimètres de hauteur, sans les 
feuilles supérieures qui le dépassent de 1 mètre 70 centimètres. Il est feuillé 
dans toute sa longueur, sans aucune lacune à la base où sa circonférence est 
de 65 centimètres. L'étoupe qui résulte de la décomposition de la base des 
pétioles est, sur toute l'étendue du tronc, très longue et trés abondante. J'y ai 
compté 46 feuilles qui offrent toutes à peu pres les mêmes dimensions. Celles 
du milieu, peut-étre un peu plus grandes que les précédentes et les suivantes; 
mesurent environ 2 métres pour le pétiole qui est finement épineux sur les 
bords, et environ 85 centimètres de longueur, sur un mètre 40 centimètres 
de largeur, pour le limbe qui est flabelliforme et découpé en 40-44 lanières 
d'inégale profondeur (1). Tel est le bel élève de M. de Saint-Innocent, devenu 
plus intéressant encore, en ce qu'il a fleuri le printemps dernier. Malheureu- 
sement, c'était au moment de l'arrachage (25 avril) : l'inflorescence a souffert, 


(1) Les laniéres du limbe sont ici pendules, c'est-à-dire arquées en arrière, comme sir 
W. Hooker décrit celles de son Chamærops Fortunei. Elles sont, au contraire, roides et 
parfaitement droites dans tous les sujets, plus jeunes et sans tige, qui sont actuellement 


cultivés à Paris. La photographie que j'ai reçue de M, Toward ferait eroire que le Palmier 
d'Osborne est dans le même cas. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. h24 


et il n’en reste aujourd’hui que le rachis long de 34 centimètres et enveloppé 
de deux spathes coriaces, d'un tiers plus courtes, sans qu'on puisse juger sur 
les restes de la panicule de quel sexe ont été les fleurs. Cette inflorescence 
unique sortait de l'aisselle d'une feuille située au-dessus du milieu du tronc, 
à 1 mètre 70 centimètres du sommet. — Pour la taille, le Palmier d'Osborne 
a donc trouvé son maitre. Mais il lui reste toujours l'avantage considérable 
d'avoir prospéré en plein air, tandis que le nôtre n'a dû sa belle stature qu'à 
l'abri d'une serre où régnait en hiver une température de +- 5 à 10 degrés (1). 

D'autres introductions de la méme plante ont été faites de Chine en Angle- 
terre depuis M. Fortune, et elles ont eu pour effet d'abaisser considérablement 
le prix commercial de cet article. En 1856, M. Glendinning, pépiniériste à 
Chiswick, prés Turnham-Green, à la porte de Londres, en avait un nombreux 
assortiment, disponible à 21 schellings (environ 26 fr.) la pièce (Gardeners's 
Chronicle, 4856, p. 175), dans la méme année où MM. de Siebold et 
compagnie portaient encore son prix à 50 francs, à la vérité pour des sujets 
plus âgés (Siebold, Cat. raisonn. déjà cité, p. 7). 


8 3. Importation francaise. 


La France n'arrive qu'en troisième ligne dans l'histoire de l'importation 
du Chamærops excelsa, mais elle compense ce retard par la qualité de son 
agent et par la libéralité de ses vues. Ce ne sont plus de simples industriels, 
agissant dans un but de spéculation ; c'est un haut fonctionnaire qui prend la 
chose en main et qui l'exécute, dans le seul intérêt du bien public, avec le 
concours d'un département ministériel et d'un société savante. 

Je veux parler de M. de Montigny, notre consul-général en Chine, le méme 
qui, dans le cours des dix dernières années, a si dignement soutenu les inté- 
réts francais, politiques et commerciaux, dans cette contrée lointaine. C'est 
en effet M. de Montigny qui, en méme temps qu'il dotait la France du yack du 
Thibet (Bos grunniens L.), y introduisait plusieurs végétaux utiles, au nombre 
desquels est notre Chamærops excelsa (2). Notre honorable consul a tiré ses 
graines de la province de Kiang-nan, et il les a expédiées de Chang-hai, à 


(1) Il importe d'ajouter que M. Hermann Wendland a vu au jardin du Luxembourg 
de Paris le Palmier de M. de Saint-Innocent dont il est ici question, et que, contrairement 
à ce que j'avais supposé d’après l'année de son introduction, il tient ce Palmier pour 
identique avec celui qu’il cultive à Herrenhausen, et qui n'est pas le Cham. Fortunei Hook. , 
mais le Cham. excelsa Thunb., c'est-à-dire l'arbre du Japon. 

(2) Parmi les autres plantes chinoises utiles que M. de Montigny a introduites en 
France, on peut citer l’Igname de Chine (Dioscorea Batatas Decaisne), le Sorgho sucré et 
le Chéne dit de Mandschourie, qui nourrit une espéce de ver-à-soie. Ce Chéne, dont j'ai 
vu de jeunes plants dans le jardin Vilmorin, à Verriéres prés Paris, nés de graines 
envoyées par M. de Montigny à la Société d’acclimatalion, pourrait bien être le Quercus 
castanecfolia C. A. Mey., espèce qui n'a été, jusqu'à ce jour, signalée que dans les mon- 
lagnes de Talysch, du Ghilan et du Masendéran, c'est-à-dire sur les cótes méridionales 
de la mer Caspienne, Un Chéne tout semblable et probablement identique a été, depuis 


A22 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


diverses reprises, à partir de 1851, soit au ministere de l'agriculture et du com- 
merce, soit à la Société d'acclimatation, soit au Jardin d'acclimatation d'Alger. 
Une partie des graines arrivées à Paris a été libéralement distribuée aux prin- 
cipaux horticulteurs de la capitale, oà déjà elle a fait descendre à 5 fr. le prix 
des jeuues plants, prix qui à Londres était encore de 25 fr. 50 c. en 1856. 
La meilleure part est échue, comme de raison, au Muséum d'histoire natu- 
relle, où elle a été, pour M. Decaisne, professeur de culture, l'objet de soins 
tout particuliers. Je vais donner l'histoire de cette dernière éducation, qui doit 
contribuer plus que toute autre à résoudre la question de savoir si notre 
Palmier peut étre acclimaté sur le sol de la France continentale. Mais je dois 
d'abord rendre compte de la culture algérienne, sur laquelle aussi j'ai quelques 
renseignements intéressants à communiquer à nos lecteurs. 


Éducation algérienne. — En réponse aux questions que je lui avais adres- 
sées, M. Hardy, directeur du Jardin d'acclimatation de Hamma pres Alger, 
m'écrit ce qui suit : 

« C'est en 1853 que j'ai fait les premiers semis de ce Palmier, dont les 

graines m'avaient été envoyées de Chang-hai par M. de Montigny, consul 

de France. De ce semis j'ai obtenu environ 300 plants, qui ont été élevés 
eh pot et qui sont toujours restés en plein air. 

» Ces plants ont été mis à demeure cette année seulement (1861), et j'en 
» ai plauté une longue allée. Ils n'ont en moyenne que 1 metre 20 centi- 
» mètres de bauteur, depuis le sol jusqu'à l'extrémité des feuilles ; mais ils 
» ont séjourné en pot plus longtemps qu'il n'eüt fallu, ce qui a retardé leur 
» développement. La place que je leur destinais n'était pas libre, et de plus, 
» Je voulais, avant de décider de leur emploi, avoir des renseignements aussi 
» exacts que possible sur le développement qu'ils pouvaient prendre. - 


la rédaction de cette notice, c'est-à-dire le 30 juillet, observé par M. Cosson dans la basse 
Kabylie, où il constitue presque à lui seul tout le massif de la forêt de Taourirt-il -Ghil ! 
— Ajoutons que ce même Quercus a déjà été mentionné (avéc doute) par M. Debeaux, 
comme se trouvant, à 4000 mètres d'altitude environ, sur une montagne voisine de 
Tche-fou, dans Ja province chinoise de Chan-tong (voy. le Bulletin, t. VIII, p. 6). — 
Au moment où cette note est encore sous presse, j'apprends de la bouche méme 
de M. de Montigny : 1? que les glands par lui envoyés de Chang-hai en France; 
sous le nom de Chéne de Mandschourie, provenaient de la province de Leao-tong, 
capitale Mukden, c’est-à-dire de la contrée même où les feuilles de larbre sont 
employées à la nourriture d'une espèce de ver-à-soie, d’où il les avait reçus par l'entre- 
mise de deux évéques apostoliques en Mandschourie, MM, Verrolle et Berneux ; 2° que. 
si le méme arbre vient à Tche-fou, comme le dit M. Debeaux, il vient aussi plus au sud 
et jusque dans les provinces moyennes de la Chine, voisines de Chang-hai, où pourtant 
il n'a aucun emploi dans l’industrie séricicole. — J'ai eru devoir consigner ici toutes 
ces données, à cause de l'intérêt géographique qui s'y rattache. 11 en résultera, si elles 
doivent être plus tard vérifiées, qu'une même espèce de Chêne s'étend au travers de 
notre continent, depuis la mer de Chine, en passant par le bassin de la mer Caspienne, 
jusqu'aux rives méridionales de Ja Méditerranée, ce qu'on ne peut dire, je crois, 
d'aucune autre espéce du méme genre. (Note ajoutée au moment de l'impression.) 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A23 


»En 1855, j'ai mis deux de ces plants en pleine terre. Le plus graud 
» des deux a en ce moment un tronc de 2 mètres 50-centimètres de 
» hauteur jusqu'à la naissance des feuilles terminales, de sorte que le sujet a 
» k mètres de hauteur, à partir du sol jusqu'à l'extrémité supérieure des 
» feuilles. Le tronc est garni de feuilles de la base au sommet, mais celles du 
» bas sont moins amples et moins vigoureuses que celles du sommet. Le 
» tronc, qui a 90 centimètres de circonférence près de terre, est entièrement 
» recouvert de fibres brunes et extrémement résistantes, ce qui les rend sus- 
» ceptibles d'application dans l'industrie. Je ne doute pas qu'il ne soit possible 
» de dépouiller le tronc de ses fibres sans lui nuire aucunement. 

» Les deux sujets dontje viens de parler n'ont ni fructifié, ni fleuri, ni 
» donné aucun signe d'inflorescence. Leur aspect cependant est trés pitto- 
» resque et trés décoratif. C'est aprés avoir reconnu cet effet, que je me suis 
» décidé à en planter ici une allée entière, de 600 mètres de longueur, dont 
» j'attends un résultat tout aussi satisfaisant que de celle composée de Lata- 
» niers et de Dattiers que tout le monde admire au jardin de Hamma. 

» J'ai fait un dernier semis, il y a trois aus, avec des graines pareillement 
» envoyées de Chang-haï par M. de Montigny, et je me propose d'en mettre 
» les plants en vente à la fin de cette saison. » 

Le Chamærops excelsa prospère donc à Alger, et je n'en ai jamais douté. 
Mais il n'y a pas encore fleuri, et je erois toujours qu'en raison du froid hiver- 
nal qui lui manque sur le littoral de l'Algérie, il trouverait des conditions 
d'existence plus favorables, soit sur les pentes de l'Atlas, soit sur les plateaux 
de l'intérieur. ; 


Éducation parisienne. — C'est en 1852 qu'ont été faits, au Jardin-des- 
plantes de Paris, les premiers semis du Chamærops excelsa. D'autres ont suivi, 
en 1855, 1856, 1857 et 1859, et tous ont parfaitement réussi, en ce sens 
que les graines semées ont germé presque toutes saus difficulté aprés deux 
Ju trois mois d'incubation. 

Ces divers semis ont produit plusieurs douzaines de plants dont la plupart 
sont aujourd'hui en parfaite santé en différents quartiers du Jardin-des-plantes. 

On les tient en hiver sous chássis. Trois sujets seulement ont été jusqu'ici 
exposés en pleine terre. L'un d'eux, placé à l’école, sans aucune couverture, 
a eu le méme sort que celui du jardin de la Société d'horticulture de Londres, 
dont je parlais plus haut : il a succombé l'hiver dernier (celui de 1860 à 1861) 
à un froid de — 157,60 centigrades, à la vérité dans une situation défavorable, 
dans le voisinage réfrigérant d'une épaisse avenue de Tilleuls. 

Un autre individu, planté dans le carré de la pièce d'eau, a résisté aux 
deux derniers hivers sous l'abri d'une cloche. 

Le troisiéme sujet provient du semis le plus aucien (celui de 1852), et il est à 
la pépinière, où il a été élevé, comme tous les autres, par les soins de M. Car- 


424 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


rière, le jardinier lettré que tout le monde connaît et honore, Celui-là est en 
pleine terre depuis 1854, au pied d'un mur qui l'abrite des vents d'est, et 
jusqu'en 1859 il a été couvert d'une cloche pendaut la saison froide. Sa taille 
augmentée ne permettant plus ce mode de protection, on l'a enveloppé pen- 
dant l'hiver d'une natte roulée circulairement tout autour et couronnée d'un 
chapeau de paille. C'est sous ce léger abri qu'il a passé impunément le der- 
nier hiver, celui de 1860 à 1861, qui a été si meurtrier à Paris comme à 
Londres, par suite des fréquentes alternatives de gelée et de dégel subit. Ce 
sujet est aujourd'hui en parfaite santé, haut d'un mètre, dont 25 centimètres 
seulement pour le tronc, lequel mesure 38 centimètres de circonférence à la 
base. C'est bien peu de taille et bien peu de corps pour un pied de huit 
ou neuf années d'âge ; et, s'il donne quelque espoir de voir les individus de 
son espèce se maintenir en plein air sous le climat de Paris, moyennant 
certaines précautions, il ne promet certes pas qu'ils puissent jamais y devenir 
arborescents, de manière à y jouer le rôle ornemental qu'on à pu en 
espérer (1). 

Ce róle sera-t-il mieux rempli dans les parties de la France plus chaudes 
ou plus tempérées ? 

M. Decaisne, qui ne néglige aucune occasion de faire servir les cultures du 
Muséum à la propagation des végétaux utiles, s'est empressé de distribuer les 
jeunes sujets dont il pouvait disposer, partout où ils avaient des chances de 
réussir moyennant les soins de cultivateurs éclairés; mais ces libéralités ne 
remontent qu'à quatre ans à peine, et l'expérience jusqu'ici acquise ne suflit 
pas pour résoudre complétement la question. Les points choisis pour ces 
essais sont les suivants : cótes de la Méditerranée: Montpellier, Cannes et 
Antibes ; cótes de l'Océan : Bayonne, Bordeaux (Jardin-des-plantes), Géneste 
prés Bordeaux (propriété du vénérable silviculteur, M. Ivoy), Brest (Jardin- 
des-plantes), Morlaix (chez M. de Lausanne) et Cherbourg. Que deviendra le 
Chamerops excelsa dans ces diverses stations lorsqu'il aura à subir l'épreuve 
d'hivers exceptionnellement rigoureux? Il est impossible de le prévoir. Rien 
n'annonce, il est vrai, que nulle part il ait eu jusqu'ici à souffrir, et les ren- 
seignements les plus récents, recueillis sur plusieurs points, sont parfaitement 
satisfaisants, du moins quant à la vie sauve. M. Naudin me garantit Cannes et 


(1) Au bois de Boulogne, dans le jardin de la Société d'acclimatation, notre Palmier 
a un peu plus souffert qu'au Jardin-des- plantes de Paris. Douze individus de cette espèce, 
trés jeunes encore et provenant du commerce, y ont été plantés en 1860, pour former 
corbeille en plein air dans un espace circulaire étroit, Là ils ont eu à supporter, l'hiver 
dernier, sans aucun abri ni couverture, un abaissement de température qui a été jusqu'à 
— 16? centigr. L'effet en a été désastreux pour les feuilles, qui ont été fortement brülées, 
comme disent les jardiniers, au point qu'il a fallu les retrancher. Maís le tronc n'a point 
souffert, le bourgeon terminal a développé de nouvelles feuilles, et, le 4*" août 1861 „jal 
pu moi-même compter les douze sujets, tous vivants et tous en parfaite santé. — Ce 
sont, je le répète, de très jeunes sujets, hauts d’un pied seulement, en y comprenant les 
feuilles. (Note ajoutée au moment de l'impression.) 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. A95 


Antibes (1). Pour Bordeaux, qui est dans de tout autres conditious clima- 
tériques, j'ai le témoignage de M. Durieu de Maisonneuve, d'ou il résulte 
qu'un pied du Chamwrops excelsa figure depuis deux ans et demi à l'école 
du Jardin-des-plantes de cette ville, et qu'il y a traversé les deux hivers précé- 
dents sans en être sérieusement incommodé, notamment le dernier, où il a 
été exposé à un abaissement de température momentané de — 10° centigrades. 
La plante n'eut aucun abri durant cette nuit si froide pour le ciel de Bordeaux. 
Seulement, les pointes des feuilles ayant été un peu roussies, M. Durieu 
jugea prudent, le lendemain m:tin, de faire jeter une couverture sur l'ar- 
buste, afin qu'il püt dégeler à l'ombre, ce qui suffit pour le maintenir en 
bon état. Méme pour Cherbourg, qui est à l'estrémité nord de la ligne expé- 
rimentée, les renseignements sont favorables. M. le professeur Nægeli m'écrit 
avoir vu tout récemment trois pieds de notre Palmier cultivés en pleine terre 
dans le jardin du président de la Société d'horticulture de cette ville, ou, 
sans aucune couverture, ils ont déjà résisté à plusieurs hivers, y compris le 
dernier, ce que n'a pas fait au méme degré le Chamerops humilis, qui là est 
plus sensible au froid. 

Tels sont les résultats de l'expérimentation tentée en France sous les aus- 
pices de M. Decaisne. Ils montrent bien que le Chameærops excelsa peut vivre, 
méme sur notre côte occidentale, avec une température hivernale de — 10° 
centigrades, qui sera méme dépassée, je n'en doute pas. Mais il n’est point 
certain qu'il puisse y supporter impunément — 16°, par exemple. Il ne 
faut pas oublier, d'ailleurs, qu'il est resté nain dans cette région et qu'il n'y 
a pas encore fleuri, pas plus qu'en Provence. Rien ne prouve donc qu'il puisse 
s'y développer avec les attributs d'une plante acclimatée. Le Palmier arbores- 
cent et florifère d'Osborne reste jusqu'ici un fait isolé, sur lequel il ne faudrait 
pas fonder trop d'espérance, méme pour Cherbourg, qui est pourtant sous 
une latitude d'un degré plus méridionale. Je ne parle pas du continent 
britannique qui est condamné, suivant moi, à ne jamais voir notre Palmier 
dans son état arborescent. A Osborne méme, il sera probablement emporté 
par quelque hiver exceptionnellement rigoureux. Jusque-là, c'est un miracle 
que la nature a produit dans une petite ile particulierement affectionnée de 
S. M. la reine Victoria, et ce miracle, j'en ai bien peur, ne se reproduira 
pas sur la terre ferme. 


Bes usages économiques auxquels le Chamærops excelsa est employé 
en Chine et au Japon. 


Le Chamærops excelsa est un des deux Palmiers que les Chinois connais- 


(1) L'expérience n'a pas encore été faite à Montpellier, où pourtant je crois, comme 
je l'ai dit plus haut, qu'elle réussirait mieux qu'ailleurs. Les deux pieds de notre plante 
que possède depuis deux ou trois ans le jardin botanique de cette ville ont été jusqu'ici 
lenus en pot, pour être rentrés dans l'orangerie pendant l'hiver. 


T. VHI. 28 


A26 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sent sous le nom de 75ong-liv, nom qui désigne un arbre avec l'écorce duquel 
les pauvres se font des habits (1). La fibre qu'on en tire sert effectivement à 
cet usage et à d'autres encore. 

Les paysans du nord de la Chine, dit M. Fortune, fabriquent avec cette 
fibre ce qu'ils appellent des-So-e, ou habits de feuilles, ainsi que des cha- 
peaux rustiques, qu'ils portent dans la saison pluvieuse ; et, quoique cet accou- 
trement leur donne une tournure quelque peu grotesque, ce n'en est pas moins 
un excellent abri contre le vent et la pluie. Dans le midi de la Chine, on em- 
ploie au méme usage les feuilles des Bambous et d'autres Graminées à larges 
feuilles (Fortune's Wanderings in China, 1847, p. 53, parlant du Palmier 
de Chusan, ce qui explique la signification des mots paysans du nord, em- 
ployés au commencement de l'article : il s'agit ici du milieu de l'empire chi- 
uois, et non du nord, comme je l'ai déjà noté plus haut). 

Avec les bractées larges, brunes et filamenteuses de cet arbre, dit encore 
M. Fortune, les Chinois du nord fabriquent divers objets d'économie domes- 
tique, entre autres des cordes pour les jonques, qui durent longtemps, méme 
sous l'eau. Cette fibre est probablement meilleure et plus forte, pour cet usage, 
que celle du Cocotier, à laquelle elle ressemble d'ailleurs assez. La méme ma- 
tiere sert encore à faire des sommiers qui sont d'un grand emploi dans toutes 
les classes de la population (Fortune's Two visits to the Tea countries of 
China, 4853, t. H, p. 40, parlant du Palmier de Yen-icheou-fou, où le mot 
nord doit être entendu dans le méme sens que tout à l'heure, et où le mot 
bractées est tout à fait impropre, comme on va le voir). 

M. de Montigny, dans les conversations que j'ai eues avec lui à ce sujet, 
confirme de tout point le témoignage de l'auteur anglais, et il pense que, méme 
en France, la fibre du Chamærops excelsa pourrait trouver un emploi utile. 

Quelle est la partie de l'arbre qui fournit cette fibre? Les Chinois disent 
l'écorce, et M. Fortune dit que ce sont les bractées ; mais ce n'est proprement 
ni l'une ni l'autre de ces parties; c'est la base engainante des feuilles, où se 
produit ici, comme dans tous les Palmiers, une décomposition des tissus, d’où 
résulte la mise à nu d'une portion de l'élément fibro-vasculaire ; c'est l'en- 


(1) L'autre. Palmier chinois qui fournit des fibres textiles est le Livistona chinensis 
R. Br. On le croit originaire de la province de Sse-tchuen (une des provinces occiden- 
tales de la Chine, touchant au Thibet, entre 26° et 32° de lat. nord), d’où il aurait été 
transporté à l'ile Bourbon dans l’autre siècle, ce qui l'aurait fait nommer Latania bor- 
bonica par Lamarck, C'est de Bourbon que proviennent le peu d'individus de cette plante. 
qui sont aujourd'hui cultivés en Europe. Tel est particulièrement l'individu du jardin du 
château royal de Nymphenburg près Munich, que M. de Martius a décrit et figuré, et 
qui avait soixante ans d’âge lorsqu'il a été étudié par l'éminent auteur que je viens de 
citer. Tel est aussi l'échantillon non moins remarquable, quoique moins àgé, qui occupe 
le centre dugrand pavillon (serre chaude) du Jardin-des-plantes de Paris, oü le pied est 
en pleine terre. Voir Lam. Dict, II, 1789, p. 429 (Latania borbonica), Jacq. Fragm. 
bot. 1800-1809, p. 16, tab, xi, fig. 4 (Latania chinensis), et Mart. Hist. nat. Palm. 
1836-1850, p. 210, tab. 446 (Livistona chinensis R. Br.). 


SÉANCE: DU 12 JUILLET 1864. 427 


semble de ces fibres ainsi désagrégées, et souvent d'une longueur considérable, 
auquel on a donné le nom de reticulum ou de fibrillitium (Mohl in Mart. 
Hist. nat. Palm. t. Y, p. xxi; Mart. /bid. p. xcix). 


Étude morphologique du fibrillitium dans le Chamærops excelsa. 


J'ai voulu me rendre compte de ce qui se passe à la base des pétioles de 
notre plante, lorsqu'ils produisent leur fibrèllitium, et voici ce que j'ai observé 
sur.des sujets de trois différents áges. 

Le premier était un trés jeune sujet, de deux ans diets dnt et provenant 
d'un dernier semis fait au Jardin-des-plantes en 1859. Cet individu, haut de 
ly. décimètres environ, portait neuf feuilles, étroitement imbriquées et emboi- 
tées les unes par les autres, qui ont été successivement enlevées, de manière 
à ménager autant que possible la base de chacune d'elles, opération qui a mis 
à découvert un plateau central, long d'à peine 5 millim. et large d'environ 
10 millim. C'est là l'état initial d'un tronc ou stipe qui pourra s'allonger jus- 
qu'à 2 ou méme 10 metres. Des neuf feuilles, les deux plus intérieures (9 et 8), 
eucore naissantes et comparativement très courtes, avaient leur limbe en pré- 
foliaison plissée, formant un corps solide et pubescent, de forme prismatico- 
trigone ; les autres feuilles montraient un limbe bien développé, palmatifide 
et 5- ou 3-lobé dans les'feuilles 7, 6, 5, 4 et 5, indivis et lancéolé dans 2 et 4 
(c'est ainsi que commencent les feuilles qui, plus tard, seront découpées en 
une quarantaine desegments). Quant à la base pétiolaire, elle était parfaitement 
intacte dans les 5 feuilles intérieures (9, 8, 7, 6 et 5); partout la méme, si ce 
n'est pour la longueur qui augmentait, en descendant, de 3 millim. (mesure 
de 9) à 6 centim: (mesure de 5) ; c'était partout une gaîne cylindrique, close 
de toutes parts, plus ou moins poilue à l'extérieur et embrassant étroitement 
l'axe, comme font les bases foliaires de beaucoup de Liliacées et d'autres plantes 
monocotylédonées. Deux côtés sont à distinguer dans cette gaine basilaire du 
pétiole encore intacte : le cóté dorsal, épais, solide, opaque, saus réseau vas- 
culaire extérieurement distinct, et qui pourra vivre indéfiniment avec le pétiole “ 
et le limbe qui continuent supérieurement la gaîne; le côté ventral, mince, 
membraneux, semi-transparent, à tissu vasculaire finement réticulé, et pro- 
longé au sommet en une languette ciliolée, tout à fait analogue à ce qu'on 
appelle ligule antérieure dans quelques espèces de Corer, de Narcissées, etc. 
Telle est la base pétiolaire dans les cinq feuilles intérieures. Plus bas, la gaine 
pétiolaire s'élargit, pour embrasser une plus grande circonférence, sans s'allon- 
ger notablement; de cylindrique qu'elle était, elle devient conique, en perdant 
graduellement le duvet qui la couvrait; son côté dorsal devient de plus en plus 
ferme et ligneux ; une décomposition, enfin, se manifeste sur le côté ventral, 
décomposition qui, attaquant le tissu membraneux par le sommet de la 
gaîne, c’est-à-dire par son processus liguliforme, se propage graduellement 


A28 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


vers la base. C'est le parenchyme de la membrane qui disparaît ainsi, partiel- 
lement dans la feuille 4, presque complétement dans la feuille 4, celle par 
laquelle j'ai commencé le dépouillement, dont la base est encore fermée par 
un anneau solide et continu. 

Ici le tissu fibro-vasculaire n’était encore qu'imparfaitement dégagé. Pour 
le voir mieux développé, je me suis adressé à un sujet plus âgé, celui méme 
dont j'ai parlé plus haut comme étant cultivé en pleine terre à la pépinière 
du Jardin-des-plantes et provenant d'un semis fait en 1852, sujet âgé par 
conséquent de huit ou neuf ans. Une feuille inférieure de ce sujet à tronc 
encore trés court ayant été détachée, j'ai trouvé la gaine pétiolaire considéra- 
blement distendue, mais encore continue, formant tube et embrassant l'axe 
tout entier. Son cóté dorsal ne montrait aucun changement; c'était toujours 
une bande épaisse, solide, ligneuse et verte à l'extérieur, comme dans le sujet 
précédemment étudié. Le cóté ventral était, au contraire, entierement déformé, 
sans aucune trace de parenchyme, réduit à son appareil fibro-vasculaire mis 
complétement à nu, sous la forme de fibres nombreuses, d'un brun noirátre, 
entre-croisées, quoique libres entre elles, sans anastomoses ni ramifications, 
ayant le calibre, la flexibilité et la résistance du crin de cheval. Une particu- 
larité m'a paru remarquable dans l'arrangement de ces fibres, c'est qu'on y 
distingue trois couches superposées : une extérieure et une intérieure, a fibres 
ascendantes, et une couche intermédiaire, à fibres descendantes, d'oü résulte 
pour l'ensemble de l'appareil l'apparence d'un réseau. 

Le troisième sujet, examiné par moi, est celui dont j'ai parlé plus haut 
comme ayant été élevé par M. de Saint-Innocent, sujet âgé de douze ans, sur 
le tronc duquel, haut de 2 mètres 90 centim., j'ai compté 46 feuilles. Ici les 
fibres dela base pétiolaire étaient non-seulement désagrégées, leur longueur 
avait doublé, chacane d'elles mesurait jusqu'à 2 décimètres, et leurs extré- 
mités libres peudaient en dehors de la base pétiolaire comme une barbe gros- 
siére. A chaque pétiole les fibres étaient nombreuses ; et, comme chacune des 
46 feuilles était pourvue du méme appareil, le tronc tout entier semblait cou- 
* vert d'étoupe, de la base jusqu'au sommet. Spectacle étrange, dont aucun 
arbre de nos climats ne peut donner la moindre idée! Ces détails montrent 
bien pourquoi la fibre du Chamærops excelsa est en Chine l'objet d'une 
industrie particulière, d'autant qu'elle est d'une fermeté et d'une résistance 
qui ne le cedent en rien à celles du crin de cheval. Il m'a été impossible d'en 
arracher un fragment qui représentát toute sa longueur, méme en y employant 
toute la force de mon bras. 


Post-scriptum, 
Dans tout ce qui précède, j'ai supposé, avec M. de Martius, non-seulement 


que le Palmier dit de Chusan était le méme que le Chamærops excelsa du 
Japon, mais encore que ce dernier était congénère du Chamaærops humilis 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. A29 


du bassin de ia Méditerranée. Cependant M. Hermann Wendland, que j'ai 
déjà cité plus haut, conteste fortement ces deux points ; et, sans avoir aucune 
étude sérieuse, ni par conséquent aucune opinion sur le premier, j'avoue 
qu'aprés avoir comparé les fruits de la plante méditerranéenne avec ceux de 
la plante chinoise, je suis trés disposé à lui donner raison sur le second point ; 
d'où il résulterait que les Chamærops de l'extréme Orient sont génériquement 
distincts de l'espèce occidentale. M. Hermann Wendland m'adresse à ce sujet 
des observations détaillées, qu'il n'a encore publiées nulle part, et que je crois 
devoir résumer ici pour l'instruction de mes lecteurs. J'extrais ce qui suit de 
deux lettres qu'il a bien voulu m'adresser sous les dates du 22 aoüt et du 
26 novembre 1861. ; 

Le nouveau genre à établir pour les Chamærops de l'Indo-Chine porterait 
le nom de Trachycarpus, et il comprendrait quatre espèces : 1° T. excelsus 
(Chamerops excelsa Thunb: et Mart.), l'arbre japonais; 2° 7. Martianus 
(Chamærops Martiana Wall., Chamcærops excelsa var. Mart.), de l'Himalaya 
et du Napaul; 3° 7. Fortunei (Chamærops Fortunei Hook. in Bot. Mag. 
tab. 5221, Chusan Palm des horticulteurs anglais), cultivé à Chusan et dans 
les provinces limitrophes de la Chine moyenne; 4° T. Khasianus (Cham. 
Khasiana Griff. in Calcutta Journ. V, p. 133, Ejusd. Palms of brit. East- 
Ind. 1V, tab. 227, A et B), provenant du district de Khasia dans l'Inde sep- 
tentrionale. On voit que les quatre espèces sont échelonnées sur une zone qui, 
partant de l'Himalaya, aboutit au Jàpon en traversant la Chine, et qui est tout 
entière au nord du tropique, quoiqu'elle y touche par le Khasia. 


Le genre TRACHYCARPUS est plus voisin du SARIBUS Rumph. (Livistona 
R. Br.) que du CHAWEROPS L., et c'est au premier qu'il devrait être réuni si 
ses droits à l'autonomie n'étaient pas reconnus. Voici, quels seraient, d’après 
M. Hermann Wendland (lettre du 26 novembre 1861), les principaux carac- 
tères des trois genres : 


CHAMXROPS L. — Flores polygamo-dioici vel hermaphroditi, solitarii. 
Perigonium exterius interiusque tripartitum. Masc. Stamina 6-9, filamentis 
ima basi incrassatis coalitisque. Zermaphr. Stamina 6. Germen glabrum, tri- 
carpellare, carpellis inter se liberis, apice in stylum brevem patentem desi- 
nentibus. Bacca oblonga, endocarpio membranaceo. Albumen variegato-rumi- 
natum. Embryo dorsalis, basin versus locatus. — Petioli margine aculeati. 
Spadices abbreviati. 


TRACHYCARPUS Herm. Wendi. — Flores polygamo-monoici, i. e. masc. et 
fem. in eodem spadice vel in diversis spadicibus, raro hermaphroditi, solitarii 
vel gemini, Perigonium exterius interiusque tripartitum, fere triphyllum. Masc. 
Stamina 6, filamentis lineari-subulatis, basi fere liberis. Rudimentum germinis 
profunde tripartitum, carpellis subulatis, villosis. Fem, Stamina rudimenta- 


A30 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


lia 6, vel nulla? Germen villosum vel hirsutum, tricarpellare, carpellis inter 
se liberis, apice iu stylum brevem patentem desinentibus, Bacca reniformis 
vel oblonga, in latere ventrali sulcata, villosa vel hirsuta, endocarpio membra- 
naceo. Albumen cavitate centrali. Embryo dorsalis, nonnihil supra medium 
dorsum locatus. — Petioli margine serrulati. Spádices elongati. 


SaniBUs Rumph. (Livistona R. Br.). — Flores hermaphroditi, aggregati. 
Perigonium exterius tripartitum, interius trifidum. Stamina 6, filamentis ima 
basi dilatatis, inter se et cum perigonio interiore concretis. Germen glabrum, 
tricarpellare, carpellis latere interiore connatis, stylo ex tribus filiformibus 
connatis unico erecto terminatis. Drupa oblonga vel globosa, endocarpio osseo 
tenui, — Petioli margine aculeati. Spadices elongati. 


M. Brongniart fait observer que plusieurs autres Palmiers, et 
notamment l'Areca sapida Forst., pourraient probablement être 
cultivés en pleine terre dans certaines localités de la France. 


M. de Schenefeld donne lecture de la lettre suivante, quil a 
recue de M. Marcilly fils : 


LETTRE DE M. L. MARCILLY fils A M. DE SCHŒNEFELD. 


Beauvais, 7 juillet 4861. 


Lorsque j'ai écrit à M. Cosson, le 21 avril dernier (1), pour lui annoncer la 
découverte du Lycopodium Chamæcyparissus dans le bois de Belloy, je n'avais 
vu la plante qu'arrachée par les ouvriers chargés de défricher un terrain cou- 
vert de bruyéres : je disais en méme temps que j "ecu que de nouvelles 
recherches me la feraient retrouver vivante. 

J'ai été effectivement hier assez heureux pour découvrir, à une faible distance 
de la station détruite, une nouvelle station, trés peu abondante, il est vrai, el 
également au milieu des bruyères. Sur une cinquantaine de pieds, sept ou 
huit seulement fructifieront cette année. Je vous prierai de vouloir bien en 
accepter le spécimen que je déposerai pour vous au secrétariat de la Société 
botanique la première fois que j'irai à Paris, 

J'ai trouvé dernièrement le Polygonum Bistorta à Ermenonville, dans les 
prairies situées entre la forêt, la grande route, le parc et le moulin : il n'y 
est indiqué ni par M. Graves, ni par MM. Cosson et Germain de Saint-Pierre. 
Cette plante est assez peu commune. dans le rayon de la Flore de Paris, 
pour qu'une nouvelle station ne soit pas sans quelque. intérêt. 


(1) Voyez plus haul, p. 244. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A31 
M. Gubler fait à la Société la communication suivante : 


DE LA MER COMME SOURCE DE CALCAIRE POUR LES PLANTES DU LITTORAL (1), 
pr M. Adolphe GUBLER. 


La dispersion des espèces végétales est-elle gouvernée par la composition 
élémentaire du sol ou par son état d'agrégation : tel est le grave probléme 
qui s'agite depuis longtemps entre les botanistes; les uns soutenant que l'in- 
fluence de la nature chimique est prépondérante ; les autres, avec Thurmann, 
n'accordant d'importance réelle qu'à la constitution physique. 

Il serait injuste de ne pas admettre comme vraies plusieurs des proposi- 
tions émises par le célèbre auteur de la Phytostatique du Jura et par ses 
adhérents ; mais il faudrait être aveugle, selon moi, pour ne pas reconpaîtr 
les rapports étroits qui unissent beaucoup d'espéces botaniques à la présence 
de telle ou telle substance minérale. 

Cependant les deux doctrines exclusives comptent des partisans également 
éminents et également passionnés. A ne consulter que les autorités, nous res- 
terions donc fort perplexes. Par bonheur, le champ de l'observation est ou- 
vert à tout le monde, et chacun peut, autour de soi, chercher la vérification 
de l'une ou de l'autre théorie et former sa conviction. Mais, pour établir dé- 
finitivement ce point de science, on ne doit plus se contenter d'accumuler 
des détails vus de loin et recueillis à la légère : il faut, à l'exemple d'un cer- 
tain nombre de savants distingués de la France et de l'étranger, examiner les 
choses de plus prés, s'assurer de toutes les circonstances des faits et n'affir- 
mer qu'aprés une constatation positive de toutes les particularités litigieuses. 

Encore l'observation la plus scrupuleusement exacte serait-elle insuffisante, 
dans la plupart des cas, pour autoriser des conclusions définitives, si l'on n'y 
joignait l'ezpérimentation. Ici comme ailleurs, dirons-nous aprés M. le pro- 
fesseur Chevreul, la méthode expérimentale donnera le dernier mot de la 
science. 

Pour avoir négligé ces procédés rigoureux, les adversaires de l'influence 
chimique du sol ont été quelquefois conduits à citer comme contradictoires des 
faits qui, mieux observés et plus sainement interprétés, auraient été favora- 
bles au contraire à l'opiniori qu'ils voulaient combattre. C'est ainsi qu'ils se 
sont fait un argument de la présence d'espèces calcophiles dans des forma- 
tions géologiques, réputées exemptes de chaux, oü cette substance se re- 


(1) La chaux existe naturellement dans presque tous les terrains, comme dans les 
eaux, à l'état de carbonate; elle y est associée d'ordinaire à la magnésie, elle-méme 
combinée avec l'acide carbonique. Ces sels terreux jouent à peu prés le même rôle dans la 
nature; aussi me verra-t-on les désigner souvent ensemble dans le détail des faits. 
Nous aurons à nous expliquer plus tard sur le rôle des carbonates- terreux dans la 
végétation. 


432 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

trouve pourtant à titre d'élément normal, bien que méconnu, ou même à titre 
d'ingrédient accessoire, quoique constant. Les partisans de l'influence chi- 
mique s'étonnent, leurs adversaires se réjouissent, de rencontrer dans le sable 
siliceux de la plage, sur des côtes où n'affleurent que des terrains primitifs, 
des plantes généralement connues pour préférer les sols pourvus de carbonate 
calcaire. Étonnement et triomphe cesseront à la fois si nous parvenons à dé- 
montrer la présence réelle et nécessaire de ce principe chimique dans la zone 
maritime par excellence, celle qui s'imprégne des émanations salines de 
la mer. 

.. Au sol qu'elle baigne la mer fournit la chaux par deux procédés, l'un di- 
rect, l'autre indirect. 

Indirectement, elle agit dans ce sens en nourrissant dans son sein une infi- 
nité d'animaux inférieurs qui lui empruntent des sels terreux pour former 
leurs coquilles (crustacés, mollusques), et dont les enveloppes, rejetées sur le 
rivage par le flot ou la marée, viennent apporter au détritus des roches sili- 
ceuses le calcaire qui leur fait défaut. 

Cette source importante de calcaire a été parfaitement comprise et sigualée 
par M. Payen, dans son beau travail sur les Développements des végétaux (1), 
et par M. Le Jolis (de Cherbourg), dans un mémoire tout récent (2). Elle est 
tellement évidente que je ne crois pas devoir insister pour en faire admettre 
l'existence. 

Il est une autre source plus directe, c'est l'eau de mer, considérée comme 
dissolution passablement concentrée de sels terreux. 

Plusieurs modes de diffusion servent à répandre cette eau avec ses prin- 
cipes minéraux dans la terre du rivage : c'est, d'une part, l'infiltration de la 
mer dans le sol perméable, ou son transport en masse dans diverses circon- 
stances exceptionnelles ; d'autre part, la dissémination daus l'atmosphére de 
la poussiére d'eau marine, emportée par le vent de la surface de l'onde, ou 
broyée par l'action du flot qui vient battre le rivage. 5 

Revenons en détail sur chacun de ces deux modes de dispersion de l'élé- 
ment calcaire. 

L'eau de la Méditerranée ou de l'Océan, qui imbibe constamment le sable 
de la grève et pénètre à une certaine distance dans l'intérieur de la terre, 
abandonne peu à peu une partie des matériaux solides qu'elle tient en disso- 
lution. Ces substances adherent au sol, comme les matiéres qui souillent l'eau 
potable de nos villes s'arrétent dans les pores des filtres de pierre destinés 
à la purifier. Mais, quoi qu'on ait dit des sources ou des puits d'eau douce 
qui, tels que l'aiguade de l'ilot principal de l'archipel de Chausey (3), sem- 


(1) In Mém. de l'Acad: des sciences, tome VII des savants étrangers. 
(2) De l'influence chimique dw terrain sur la. dispersion des plantes . 
(3) Sur la côte septentrionale de la Bretague, prés de Granville. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. h33 


blent ne pouvoir provenir des eaux pluviales, il est plus que douteux que ces 
sources soient alimentées par la mer; elles s'expliquent plus rationnellement 
par la pénétration d’un filet d’eau douce dans une fissure du sol comprise 
entre des couches imperméables ; rien ne prouve rigoureusement jusqu'ici 
que l'eau de mer puisse se dépouiller de la presque totalité de son chlorure de 
sodium. 

Il n'y a donc pas lieu d'introduire l'hypothèse que l’eau de mer dont le 
terrain s'imbibe puisse servir à la végétation ; car, sauf un petit nombre d'ex- 
ceptions, le sel marin en solution concentrée est pernicieux aux plantes pha- 
nérogames. On ne pourrait supposer qu'une circonstance où l'eau de mer, 
apportée accidentellement et en masse, abandonnerait dans le sol des sels 
terreux profitables plus tard à la végétation : ce serait le cas où le résidu salin, 
laissé par l'évaporation de cette eau, serait lavé ultérieurement par la pluie 
qui entrainerait rapidement le chlorure de sodium sans dissoudre propor- 
tionnellement les combinaisons dont la chaux et la maguésie font la. base. 
Mais ce cas imaginaire doit se réaliser assez rarement pour qu'il soit superflu 
d'en tenir compte. 

Le mode de transport de l'élément calcaire par l'eau de mer pulvérisée 
offre une tout autre certitude, ainsi que je vais le prouver par des observations 
en partie nouvelles, je crois, dans la science. 

Établissons d'abord la réalité, la constance méme des phénoménes de la 
réduction incessante de l'eau de mer en gouttelettes d'une excessive ténuité, 
susceptibles par là d’être entraînées au loin dans l’atmosphère et de se dé- 
poser ensuite sur le sol ou sur le tapis végétal qui le couvre. Ce phénomène 
est rendu évident par plusieurs circonstances qu'il suffira de rappeler ici. 

Beaucoup de personnes ont remarqué cette sorte d'écume blanche que des 
brises trés fortes enlévent au sommet des vagues et promènent d'une cime à 
l'autre en la poussant avec vélocité dans leur propre direction. Quand le vent 
du large souffle avec violence, ila le pouvoir de transporter au loin cette 
poussière aqueuse. Mais une semblable poussière liquide se forme constam- 
ment, méme dans les temps de calme, sur la bordure de sable oà le flot 
vient expirer. Elle est manifeste en tout temps pour l'observateur dont le re- 
gard, dirigé parallélement à la ligne du rivage, plonge ainsi dans une couche 
épaisse de cette sorte de vapeur qui s'éléve comme une zone de brouillard à 
la limite de la terre et de l'onde, et se répand sur la première jusqu'à une 
distance considérable. A l'état visible, cette zone occupe souvent une épaisseur, 
transversale ou horizontale, qui n'est certainement pas moindre de 50 mé- 
tres ; il ne me répugne donc pas d'admettre que, sous forme très divisée et 
conséquemment invisible, la poussiére liquide puisse atteindre une distance 
triple et quadruple. Ce qui justifie cette hypothèse, c'est que l'air est chargé 
d'émanations salines à une grande distance de la cóte ; soit que ces substances 
minérales, naturellement fixes, soient entrainées avec l'eau de mer qui se va- 


h34 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


porise par la chaleur, ainsi que cela se passe dans nos alambics pendant la 
distillation (1) ; soit qu'elles se trouvent réellement emportées à l'état dissous 
dans des globules excessivement petits du liquide qui leur sert de véhicule. 

Au reste, si l'étendue de l'espace sur lequel la présence de l'eau de mer 
pulvérisée ou vaporisée peut faire sentir son influence, reste encore à déter- 
miner, la réalité du phénoméne ne saurait étre sérieusement contestée. 
Elle est d'ailleurs rendue évidente par le fait suivant, qui ne parait pas avoir 
fixé jusqu'ici l'attention d'aucun naturaliste, et dont j'ai pu étudier toutes les 
particularités essentielles pendant mon séjour à Cannes, l'hiver dernier (1861). 

Il existe cà et là, sur les rochers maritimes situés au voisinage immédiat de 
la mer jusqu'à 20 metres environ de la limite atteinte habituellement par le 
flot (2), une couche parfois trés remarquable d'une substance jaune grisátre, 
compacte, lisse et comme polie, semblable au vernis dont on couvre les po- 
teries d'argile. Cette couche, d'une épaisseur qui varie d'une fraction à 4 on 
2 millimétres, n'est pas toujours plane, uniforme et reluisante ; elle présente 
quelquefois une surface d'un aspect rugueux, mate ou mamelonnée comme 
certaines stalactites. 

En outre, cette concrétion est essentiellement formée de carbonates ter- 
reux, car elle fait une vive effervescence avec les acides énergiques et spécia- 
lement avec l'acide chlorhydrique qui la dissout entiérement à la longue. La 
première fois que je rencontrai cette couche, ce fut sur des roches apparte- 
nant au calcaire jurassique, et, quoiqu'il fût évident pour moi, d’après la dif- 
férence de structure et de cohésion, que j'avais affaire à un dépôt ajouté à la 
pierre primitive, je dus provisoirement faire des réserves sur l'origine de cette 
concrétion et me demander si ce n’était pas la roche calcaire elle-même qui 
s'était laissé user et polir, ou bien qui'en avait fourni les matériaux sur 
place, Dans le but d'éclaircir ce doute, je conçus aussitôt l'idée d'aller exa- 
miner des roches entierement dépourvues de carbonate de chaux. Or, ayant 
retrouvé la méme production sur des rochers de. granite, de gueiss, d'eu- 
rite, etc., il me fut démontré que c'était bien la mer, en tant que solution 
de sels terreux, qui était la source de ce dépót. 

Cette série d'observations fut faite, d'une part sur la presqu'ile calcaire de 
la Croisette, et d'autre part sur les roches primitives ou du moins siliceuses 
qui émergent à l'occident de Cannes, du côté de la Napoule et de l’Estérel. 

J'ai l'honneur. de mettre sous les yeux de la Société un certain nombre 
d'échantillons recueillis dans ces deux localités, et l'on peut s'assurer qu'une 


^ 


(1) On sait que l'eau a besoin d'étre distillée trois ou quatre fois pour étre compléle- 
ment débarrassée de chlorure de sodium, comme si une vapeur donnait des ailes aux 
molécules non volatiles par elles-mêmes. 

(2) Cette limite, on le concoit, est facile à déterminer, puisque la Méditerranée n'est 
pas sujetté, comme PAtlantique, à des expansions et à des retraits alternatifs constituant 
la marée. Du moins ces oscillations du flux et du reflux sont-elles à peine senties, 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A35 


goutte d'acide chlorhydrique versée sur le vernis qui les incruste détermine 
chez tous une vive effervescence caractéristique de la présence des carbonates. 

D'autres faits vinrent plus tard me confirmer la justesse de ces interpréta- 
tions, Ainsi je remarquai que, lorsqu'une lame plus forte était venue déferler 
au loin sur la plage, le sable, essentiellement siliceux, mouillé par elle puis 
séché, conservait une solidité singulière, comme s'il avait été cimenté par de 
l'eau de chaux. On pouvait le détacher par écailles ou par plaques assez éten - 
dues, épaisses de 2 à 3 millimètres, et couvertes d'efflorescences blanchátres, 
plus ou moins apparentes, formées certainement en majeure partie par du 
chlorure de sodium, mais renfermant nécessairement aussi les autres sub- 
stances salines en dissolution dans la mer. Ces portions de sable, préalable- 
ment solidifiées par le résidu de la vague, traitées par l'acide chlorhydrique, 
dégageaient en effet d'abondantes bulles de gaz carbonique : ce que ne fai- 
sait pas au même degré, ce me semble, le sable non cimenté du voisinage (1). 
La consolidation du sable par ce que j'appellerai ¿a vague de plus longue 
portée, parce qu'elle dépasse la limite de toutes les autres, est un phénoméne 
qui mérite réflexion. D'abord je me suis assuré de sa constance, et je ne 
crains pas de raisonner d'après cela comme si le fait était notoire pour la gé- 
néralité des observateurs. A première vue, je fus un peu surpris, je l'avoue, 
de n'observer cette sorte de cimentation que sur la dernière ligne atteinte 
par le flot; je me demandai comment il se faisait qu'une seule lame pût 
laisser tant de substance solide, tandis que le sable plus rapproché de la masse 
liquide et fréquemment imprégné d'eau de mer gardait, aprés dessiccation, 
ses grains isolés et nullement empâtés par les sels terreux que, là pourtant 
comme plus loin, la mer devait abandonner par évaporation. Mais je ne tardai 
pas à trouver, je pense, la clef de la difficulté, et je transmets à mes collè- 
gues l'explication suivante. 

Ce n'est pas la petite proportion de sels calcaires en dissolution dans l'eau 
qui représente toute la substance terreuse ‘du ciment laissé sur la grève par la 
vague excentrique, c'est l'écume apportée par cette vague qui en fournit sans 
doute la majeure partie. En effet, l'écume de toutes les eaux naturelles, cou- 
rantes ou agitées, tient en suspension un grand nombre de particules solides 
et notamment salines qui forment rapidement des incrustations amorphes sur 
les plantes aquatiques (2). Il n'en est pas autrement pour l'eau de mer. 


(1) Bien que ce résultat doive éfre prévu et soit, pour ainsi dire, exigé par suite de 
l'addition d'une quantité plus ou moins notable de carbonates provenant de l'eau de mer, 
je n'affirme qu'avec réserve, parce que la chose est difficile à constater directement. Du 
reste, il est superflu d'avertir que, pour mieux saisir ces différences, il convient d'opérer 
sur du sable siliceux aussi pur que possible, recueilli loin des lieux où se rassemblent 
d'ordinaire les coquilles et leurs débris, et loin des embouchures des cours d'eau qui 
déversent leur limon calcaire aux époques des grandes crues. 

(2) Sans préjudice des productions dues à des zoophytes, des infusoires ou à des végé- 
taux cellulaires qui se revétent d'un test calcaire. 


496 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

La présence des particules salines de nature terreuse s'explique aisément 
par l'insolubilité de ces substances minérales, les bicarbonates magnésien et 
calcaire (1), tenus en dissolution à la faveur de leur exces d'acide, venant à 
perdre cet excès, se précipitent ou plutôt se séparent du liquide, et, comme 
cette déperdition de gaz carbonique est accélérée par le contact des gaz 
atmosphériques, en vertu d'une véritable substitution, les couches d'eau su- 
perficielles, fouettées par le vent, sont celles qui se dépouillent le plus de leurs 
carbonates terreux, Ceux-ci, rencontrant des bulles d'écume, auxquelles ils 
adhérent, et formant avec elles un systeme plus léger que l'eau, sont portés 
dans la direction du flot et déposés sur le rivage, où ils produisent, sur le sable 
mobile, le phénomène de consolidation qui nous occupe. C'est peut-être par 
un mécanisme analogue, et non simplement par la mise à nu des sels terreux 
actuellement dissous, que se font les incrustations dont il a été question anté- 
rieurement. Remarquons, en effet, que les particules des carbonates de chaux 
et de magnésie, séparées tout à l'heure de leur dissolvant, sont infiniment di- 
visées, moléculaires et, pour ainsi dire, à l'état naissant : qu'en conséquence, 
elles jouissent d'une force d'adhésion considérable, qui leur permet d'agglu- 
- liner la poussière siliceuse ou de former des couches solides et compactes à la 
surface des rochers. 

La mer peut encore restituer des particules calcaires par un autre méca- 
nisme, dont j'ai acquis la preuve dans les circonstances suivantes. 

Dans l'ile Saint-Honorat, derrière une large bande de brisants qui en pro- 
tégent la cóte méridionale et dont les plus avancés à l'orient portent les 
ruines du célébre monastére, j'ai trouvé, dans des anfractuosités et des fissures 
de la roche, une substance grisâtre, terreuse, homogène, ayant, lorsqu'elle 
est humide, la consistance de la marne et formant des amas de. 5, 10 et 
jusqu'à 20 centimètres d'épaisseur. Cette substance terreuse fait une vive 
effervescence avec les acides puissants : elle est donc, en grande partie, formée 
de carbonates.: Quelle est sa véritable origine? Four s'en rendre compte, il 
importe de bien connaitre auparavant la stratification géologique de l'ile. Or, 
l'ile Saint-Honorat, de méme que sa sceur l'ile Sainte-Marguerite, est formée 
par le deuxiéme étage du terrain jurassique (jura moyen ou oolithe moyenne) ; 
elle est composée de calcaire dolomisé, magnésien et siliceux, surmonté sim- 
plement d’une couche d’argile rouge ferrugineuse dépourvue de chaux. Ces 
circonstances étant connues, il était impossible de considérer le dépôt dont il 
s'agit comme une partie intégrante de la formation géologique du groupe des 
iles de Lérins ; il fallait songer à une production postérieure, plus où moins 
récente et accidentelle; seulement on pouvait être embarrassé sur le choix 
d'une explication. Le peu d’étendue des amas, leur présence dans des creux 
de rochers et dans des crevasses où la poussière aqueuse lancée par la lame 


(1) Les phosphates des mêmes bases se comportent de même. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. h37 


venait s'abattre sans pouvoir retourner à la mer, tout cela me porta d'abord 
à penser qu'il s'agissait là de résidus terreux, semblables aux précédents et 
lentement accumulés pendant des mois, des années, des siècles peut-étre 
Mais une autre supposition se présentait en méme temps, avec des caracteres 
d'une plus grande vraisemblance. 

On pouvait admettre que le dépót, d'apparence marneuse, de l'ile Saint- 
Jonorat était formé par les parcelles infiniment ténues détachées mécanique- 
ment des roches calcairés par les lames qui les frappent, et lancées par 
celles-ci sur le rivage, où d'autres particules viennent incessamment les re- 
joindre. | 

L'analyse chimique permettait seule de trancher la difficulté en faveur de 
l’une ou de l’autre de ces manières de voir. En effet, les roches des îles de 
Lérins sont, non-seulement du calcaire dolomisé, c’est-à-dire dans lequel la 
magnésie remplace en partie la chaux, mais encore du calcaire abondamment 
fourni de silice. Or, les analyses les plus récentes n'indiquent pas la silice au 
nombre des éléments minéraux de l'eau des mers (1). Par conséquent, si le 
dépôt en question était exempt d'acide silicique libre ou combiné avec l'alu- 
mine, il y aurait de fortes présomptions en faveur de l'origine marine des sub- 
stances terreuses qui le constituent. Si, au contraire, la silice en faisait partie, 
si surtout elle s'y trouvait en forte proportion, il devenait presque certain que 
nous avions affaire à un amas de particules pierreuses détachées des roches 
elles-mêmes. L'expérience est venue donner raison à cette dernière hypothèse. 

L'essai par le chalumeau, entre les mains de M. Cohen, interne en phar- 
macie de mon service, a démontré la présence de la chaux et de la magnésie 
réunies, ainsi que de la silice; mais une analyse chimique, exécutée, sur ma 
priére, par mon collégue M. Leconte, professeur agrégé de la Faculté de mé- 
decine et préparateur au Collége de France, fait ressortir jusqu'à l'évidence 
l'analogie, si ce n'est l'identité, du dépót pulvérulent avec la variété de calcaire 
qui constitue les assises des iles de Lérins. 

Voici le tableau des analyses comparées des fragments de ces pierres et de 
la substance du dépót terreux : 


(1) Je ne connais d'exception à ce résultat général que celle qui est fouraie par une 
récente analyse de l’eau de la Manche, exécutée par MM. Figuier et Mialhe. Mais la 
Manche est une mer étroite, bordée de falaises calcaires, dont la désagrégation continue 
a nécessairement de l'influence sur la composition de l'eau. Cela est si vrai que l'eau du 


détroit a toujours donné une plus forte proportion de sels de chaux que l'eau de la Médi- 


terranée. À la vérité, les habiles chimistes nommés ci-dessus ont eu soin de puiser à 
quelques lieues dela cóte; mais c'était en face du Havre, au niveau de l'embouchure 
d'un fleuve dont les eaux modifient sensiblement la composition de la mer jusqu'à une 
certaine distance, et cette distance doit étre grande. J'ai vu une riviére relativement 
petite, la Siagne, dans ses crues subites, teindre, du limon jaunátre qu'elle charriait, la 
totalité du golfe de la Napoule, depuis l'Estérel jusqu'à la presqu'ile de la Croisette, et 
de son embouchure vers le cap de l’Aiguillon et les îles de Lérins, c'est-à-dire dans une 
étendue d'environ huit kilomètres en tous sens. 


A38 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE. FRANCE. 


Pierre, Dépôt 
E Ti ohbaas: Pref as yeu x dp 3,550 3,600 
CnaMS CO CHAUL. 7.1.5 lll. Var.408 49,262 46,469 
— de: nisgnóiit (005 St AIG 229, HT "^ 46,203 30,966 
Eau .hygrométrique. 1. asig pa. ns pie seat > » 10 
Chlorures solubles, matières organiques et perte... 0,985 8,965 


100,000 100,000 


Il ressort de ce tableau plus d'un enseignement. D'abord, on est frappé de 
la similitude de composition des deux formations minérales; ensuite, on recon- 
nait aisément que les modifications constatées dans la substance terreuse du 
dépót sont exactement celles qui doivent résulter de l'intervention de l'eau de 
mer. Cette eau a laissé du chlorure de sodium, mais elle a entrainé du carbo- 
nate de chaux, et surtout du carbonate de magnésie. Quant à la silice, non- 
seulement elle existe dans les détritus de la roche, mais elle s'y trouve en pro- 
portion un peu plus considérable que dans les fragments de pierre soumis à 
l'analyse par M. Leconte. 

Les résultats obtenus par l'habile chimiste ne laissent donc aucun doute sur 
l'origine réelle du dépót, qui doit étre envisagé comme constitué par des par- 
ticules solides mécaniquement détachées des roches battues par la mer. Au 
reste, cette origine n'importe qu'à Ia curiosité du savant, car le fait de la for- 
mation accidentelle d'une substauce calcaire pulvérulente, capable de se dissé- 
miner dans l'atmosphére, constitue de toute facon un argument en faveur de 
l'idée fondamentale de cette note. Que la mer enlève des fragments quasi 
microscopiques des roches calcaires sur lesquelles elle exerce continuellement 
ses violences, ou qu'elle abandonne simplement par évaporation les carbonates 
terreux qu'elle tient dissous avec les autres sels, il n'en est pas moins vrai qu'elle 
transporte, par un mécanisme ou par un autre, du calcaire sur le terrain avoi- 
sinant ; et, dans le cas particulier, cette restitution n'est peut-être pas indiffé- 
rente à la végétation, puisque l'argile qui repose sur les bancs jurassiques des 
îles de Lérins, lavée par la pluie durant des milliers d'années, parait aujour- 
dhui complétement dépouillée de carbonates terreux (2). 

D’après ce qui précède, on admettra sans doute, commè nous, après 
MM. Payen et Le Jolis, que la mer rejette du calcaire sur la plage à l’état de 
débris de coquilles; on accordera même que sa poussière aqueuse ou son 
écume en dissémine à une certaine distance; mais, à part l'intervention des 
enveloppes testacées des crustacés ou des mollusques, peut-être fera-t-on 
toutes réserves relativement aux conséquences que je prétends tirer de la con- 
naissance de ces particularités, au point de vue de la géographie botanique. 


(1) Colorée par un peu d'oxyde de fer Fe203, dans les fragments de roche. 

(2) Du moins l'acide chlorliydrique n'y détermine pas l'effervescence caractéristique ; 
mais cela ne prouve pas péremptoirement l'absence. totale des carbonates, qui peuvent 
exister en assez minime proportion pour ne pas dégager de bulles apparentes. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1864. A39 


La quantité de chaux ainsi restituée au sol, dira-t-on, est tellement infinité- 
simale qu'elle ne saurait avoir aucune influence sur la végétation. Je tiens à 
vépondre d'avance à cette objection, en raisonnant sur mes propres faits, et 
en appelant à mon aide des observations empruntées aux géologues eux-mémes. 
Si les dépóts calcaires dont je viens de donner la description n'ont pas été 
signalés jusqu'à ce jour, on a vu du moins des productions qui s'en rappro- 
chent et qui nous montrent qu'en d'autres circonstances et d'autres lieux, le 
phénoméne apparait sur une plus graude échelle. Nous avions, il y a plusieurs 
années, mon ami M. le docteur Charles Lailler et moi, cru saisir le mode de 
formation de certains galets par une cimentation analogue à celle du sable dont 
ila été question plus haut. Parmi les galets que roule la Manche au voisinage 
de Trouville, il en est de grisátres, d'une cassure mate et comme terreuse, 
qui semblent résulter de la consolidation des fragments de terre enlevés à la 
côte et faconnés par le flot. Toujours est-il qu'au milieu des galets de pierre 
dure, on en trouve de moins résistants, de faciles à rompre; il existe même 
des masses encore molles et ductiles ; en sorte que, sous le rapport de la cohé- 
sion, on observe toutes les gradations, depuis la consistance de l'argile jusqu'à 
celle de la pierre. Dans ma pensée, la terre du rivage fournissait la matière 
de ces cailloux roulés dont les masses molles et argileuses étaient la première 
ébauche, tandis que les galets proprement dits en étaient le dernier terme.... 
Le phénomène, j'en conviens, est susceptible d'une autre interprétation. 
Peut-étre, au contraire, les masses molles auraient-elles fini par se détruire ; 
peut-être les galets durs n'étaient-ils autre chose que des fragments déjà pétri- 
fiés lorsqu'ils furent arrachés au rivage. Trop d'objections se présentent donc 
contre notre manière de voir, et je renonce à faire de l'observation précédente 
un argument en faveur de ma thèse. Mais les faits constatés par des savants 
spéciaux et acceptés par les géologues démontrent que la mer peut fournir 
assez de calcaire pour constituer, avec les débris arénacés et autres du rivage, 
des conglomérats étendus, un véritable terrain tufacé marin, comme l'appelle 
M. d'Omalius d'Halloy (1). L'illustre géologue belge cite, en preuve de cette 
formation, les observations de M. Moreau de Jonnés sur les roches des An- 
tilles, connues des nègres sous le nom de maconnes-bon- Dieu, lesquelles for- 
ment des plages ou glacis oü se trouvent emprisonnés nou-seulement des 
coquilles actuelles, mais encore des squélettes humains. il mentionne égale- 
ment les remarques de Th. de Saussure sur la roche qui se forme au bord de 
la mer sous le phare de Messine, près du gouffre de Gharybde, et qui est com- 
posée de grains de sable unis par un ciment calcaire. Je vois encore que 
Boblaye a trouvé sur les côtes de: Morée une roche agglomérée, trés cohé- 
rente, à ciment calcaire cristallisés et qu'on a rapporté de la baie des Chiens 
marins dans la Nouvelle-Hollande, un calcaire grossier qui renferme des 


(1) Abrégé de Géologie, p. 267. Paris, 4853. 


AAO SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


coquilles marines absolument semblables à celles quì vivent dans la mer envi- 
ronnante. Toutes ces observations, ayons soin de le remarquer, ont été faites 
dans les contrées chaudes et même torrides, lesquelles sont privées de pluie 
pendant plusieurs mois chaque année, et offrent, à un plus haut degré que le 
littoral méridional de la France, la sécheresse continue, favorable à la produc- 
tion du phénomène. Ainsi, dans certaines conditions, les carbonates terreux 
déposés par la mer sont si abondants qu'ils suffisent à empâter d'énormes 
masses de débris accumulés sur le rivage et à constituer de véritables terrains 
de formation contemporaine. En présence de tels faits, l'importance de la 
source de calcaire représentée par la mer ne saurait étre un instant méconnue. 
En y réfléchissant, on découvre quelque chose de cette puissance jusque dans 
les phénomènes réduits dont la côte des Alpes-Maritimes est le théâtre. 

Revenons, par exemple, à l'incrustation tufeuse des roches porphyriques 
ou granitiques. i 

Au premier abord, la source de calcaire que je signale paraitra de peu de 
valeur si l'on ne tient compte que de la. mince épaisseur du vernis calcaire. 
Mais cette appréciation se modifiera si l'on remarque que la couche terreuse 
concrétée à la surface des roches ne représente en réalité qu'une petite partie 
de la masse totale des carbonates de chaux et de magnésie, emportés par l'eau 
de mer réduite à l'état pulvérulent. 

Sans parler de la difficulté de se solidifier, qui doit résulter pour ces sub- 
stances de leur mélange avec un sel efflorescent, tel que le chlorure de sodium, 
il y a un agent qui tend continuellement à faire rentrer ces dépóts terreux 
dans le sol : cet agent, c'est la pluie. | 

La pluie, en effet, est un moyen assez efficace de dissolution pour les pierres 
calcaires, non-seulement par l'acide carbonique qu'elle enlève en traversant 
l’atmosphère, : mais encore par l'acide nitrique dont elle est chargée pendant 
les orages, et méme par l'acide phosphorique, dont M. Barral a signalé la pré- 
sence normale dans l'air atmosphérique. Sans étre trés énergique ni instanta- 
née, cette dissolution de la chaux par les eaux pluviales est rendue manifeste 
àla longue par la disparition de l'élément calcaire de certaines argiles, par 
l'érosion des roches, et surtout par la formation des stalactites dans les cavernes 
et ailleurs, ainsi que par celle des tufs au voisinage des sources qui ont tra- 
versé de vastes étendues de terrains de carbonate de chaux, et dont quelques- 
unes sont connues sous le nom de fontaines pétrifiantes. 

L'eau acidulée de la pluie ne peut manquer d'exercer de méme son action 
corrosive sur le vernis laissé par l'eau de mer à la surface des rochers du rivage, 
et le dépót formé avec le temps n'exprime ainsi qu'une différence entre l'ap- 
port par l'eau salée et ce départ sous l'influence de l'eau acidulée. 

En conséquence, il est permis de prévoir: qu'il se rencontrera des pays et 
des époques, où, la compensation se faisant exactement, aucune incrustation 
de ce genre ne se produira. Cela arrivera toutes les fois que la pluie sera fré- 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A^1 


quente ou continue, et surtout lorsqu'elle accompagnera les grandes pertur- 
bations électriques de l’atmosphère connues sous le nom d'orages. D’après cela, 
il est vraisemblable que, sur le littoral des Alpes-Maritimes, non-seulement 
il ne se dépose rien pendant les mois d'octobre et de novembre, époques des 
principales pluies, mais qu'alors la couche calcaire doit étre en perte. On en 
peut dire presque autant du mois de mars. Je ne serais pas étonné non plus 
que l'incrustation calcaire, absente dans toutes les contrées humides et plu- 
vieuses du nord, ne se rencontrât que dans des climats plus secs et sous des 
parallèles plus rapprochés de l'équateur. Cette absence ne prouverait rien contre 
l'introduction des éléments calcaires par l'eau de mer dans le sol du littoral ; 
seulement, la preuve manifeste et permanente qui m'a conduit à reconnaitre 
l'existence du phénomène manquerait dans ce cas. Et, si l'on a égard à la 
faible proportion des sels terreux laissés par l'eau de mer, qui, en raison de 
leur mélange avec des sels efflorescents, peut se fixer sur la pierre dénudée, 
on comprendra que la quantité absolue de ces parties terreuses est tres mal 
représentée par les incrustations dont il s'agit. 

Cette action contraire de l'eau pluviale est tellement vraie, que les vernis 
tufacés les plus considérables se voient dans des cavités surplombées par une 
partie saillante en forme d’auvent. Là, seulement, se rencontrent les concré- 
tions mamelonnées, stalactitiformes, mentionnées plus haut. 

Mais, si les sels de chaux amenés par la pluie de mer ou par son écume, 
adherent difficilement à la roche dénudée et ne s'y maintiennent qu'en faible 
proportion, il est clair qu'ilsseront fixés, au contraire, en majeure partie par 
les végétaux, quand l'eau de mer divisée viendra en humecter le feuillage ou 
imbiber le sol qui les nourrit. Alors rien, pour ainsi dire, ne sera perdu, et, le 
voisinage de l'Océan ou de la Méditerranée devenant une source de cal- 
caire, la terre naturellement privée de carbonates terreux, comme les forma- 
tions plutoniennes et primaires, pourra néanmoins porter des espèces bota- 
niques auxquelles une petite proportion de chaux est indispensable (1). 

Voilà, dans mon opinion, comment il se fait que le Thym soit si abondant 
Sur la plage de Cannes, ainsi que les Fumana et d'autres espèces amies du 
calcaire, et pourquoi quelques pieds de Cistus albidus croissent spontané- 
ment dans les rochers granitiques de la Boucca et quelques Romarins sur le 
porphyre de l'Estérel. Ce point d'application sera traité plus tard dans le tra- 
vail de géographie botanique que je prépare sur les environs de Cannes. 

Je me contente de résumer en quelques propositions l'idée développée dans 
cette note et les faits d'observation qui lui servent de base. 

4° Le littoral maritime, à une distance assez considérable, mais encore in- 


(1) Est-il besoin de dire que les ruisseaux, les rivières ou les fleuves, qui se sont 
chargés de carbonate de chaux en parcourant les terrains à han en fournissent à 
leurs rives, à la traversée des terrains exclusivement siliceux ? 

29 


T. VH 


A292 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


déterminée, du rivage, n'est jamais complétement privé de calcaire, méme 
quand le terrain appartient aux formations primaires qui ne renferment pas 
cet élément minéral. 

2° Les sels de chaux, indispensables à beaucoup de plantes, favorables à 
la plupart, sont fournis, par la imer elle-méme, aux cótes qu'elle baigne, soit 
directement, soit indirectement. 

3° Tantót, en effet, ce sont les coquilles des animaux qu'elle nourrit, qui, 
broyées et rejetées par le flot, se mélent au sol siliceux de la plage et l'enri- 
chissent de calcaire. Ou bien, ce sont des particules solides, arrachées méca- 
niquement par la vague aux rochers du rivage, qui, desséchées ensuite, sont 
portées par le vent sur un sol de pure argile. 

La nature réalise ainsi ce que l'industrie humaine exécute à grands frais 
dans l'intérieur du continent pour l'amendement des terres. 

h° 'Tantót, l'eau de la mer emporte et dépose directement sur le sol les sels 
terreux, tenus par elle en dissolution ou bien en suspension dans l'écume, 
comme le prouvent la cimentation du sable par la vague de plus longue portée 
et surtout le tuf calcaire, comparable aux incrustations des fontaines pétri- 
fiantes dont j'ai donné la description. 

Les formations géologiques modernes mentionnées par les auteurs nous 
montrent ces phénomènes grossis et d'une évidence plus palpable. 

5° Ces divers procédés, à l'aide desquels la mer introduit des quantités 
notables de carbonates terreux dans les régions avoisinantes, expliquent suffi- 
samment la présence sur le littoral d'espéces botaniques qui, d'habitude, ne 
prospèrent que dans les terrains naturellement plus où moins riches en car- 
bonate de chaux. 

Ges conclusions formulées, qu'il me soit permis d'exprimer mon admira- 
tion pour cette variété de ressources et cette simplicité de moyens dont l'his- 
toire naturelle nous offre ici un nouvel et remarquable exemple. 

Ainsi, chaque goutte de pluie qui tombe sur la vaste étendue des conti- 
nents, arrache une molécule à l'écorce solide du globe, et les fleuves, chargés 
des dépouilles de la terre, précipitent leur course pour les engloutir dans les 
abimes de l'Océan. Mais la mer ne dévore pas sans retour ces trésors : elle 
accumule dans ses profondeurs ces précieux dépôts, qui reparaitront un jour 
à la surface aprés un nouveau cataclysme. Elle fait plus encore : elle restitue 
incessamment à la terre quelques parcelles des richesses minérales qu'elle en 
à recues; seulement, à l'exemple des grands, elle ne fait participer à ses lar- 
gesses que ceux qui l'approchent. 


M. le Président demande à M. Gubler jusqu'à quelle distance du 
rivage lui parait s'étendre l'influence de la mer, sur laquelle il vient 
d'appeler l'attention de la Société. | 

M. Gubler répond que le Thym, dont la présence témoigne de 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A43 


cette influence, ne s'éloigne généralement pas de plus de 100 métres 
du littoral. ; 

M. Duchartre dit que l'eau salée est quelquefois transportée par 
les vents assez loin de la mer. Il se souvient d'avoir observé sur les 
bords du canal du Languedoc, prés du pont de Roquehaute (Hérault), 
distant de la Méditerranée d'environ 9 kilomètres, des Tamarix 
gallica dont les feuilles offraient un miroitement dû sans doute 
à de petits cristaux de sel marin, et avaient une saveur salée. 

M. J. Gay fait remarquer que la saveur salée des feuilles de 
Tamariz observées par M. Duchartre peut être due à une autre 
cause qu'au transport de l'eau de mer. ll a vu lui-même suinter 
une liqueur salée à la surface de rameaux de Tamariz qui avaient 
perdu leurs feuilles et qu'il avait mis dans l'eau. Il rappelle qu'aux 
Canaries et aux iles du Cap-Vert, les bosquets de Tamarix sont 
difficiles à traverser quand ces arbres sont en pleine végétation, 
parce que les vêtements sont salis par une liqueur que séerétent 
les feuilles. 


M. Ém. Bescherelle rend compte de la maniére suivante d'une 
herborisation qu'il vient de faire, avec quelques autres jeunes 
botanistes, aux environs de Fontainebleau : 


RAPPORT DE M. Émile BESCHERELLE SUR UNE HERBORISATION FAITE AUX 
ENVIRONS DE FONTAINEBLEAU , SOUS LA DIRECTION DE M. MAURICE TARDIEU. 


Le 30 juin dernier, MM. E. Bescherelle, Bonnet, Damiens, Gaudefroy, 
Latteux, Du Parquet, Pérard, Tardieu et Tellier, descendus à la station de 
Fontainebleau, se sont dirigés sur Valvin, par le bois de la Madeleine, oi ils 
ont recueilli : 


Tordylium maximum, 1 Chlora perfoliata, 
Anacamptis pyramidalis, Gentiana cruciata, 
Limodorum abortivum, . Cephalanthera rubra, 
Hypocheris maculata, Vinca major. 


Phalangium ramosum, 


Aprés avoir traversé le pont de Valvin, en remontant la Seine, ils ont 
trouvé : 


Villarsia Nymphoides, Senecio paludosus, 
Sium latifolium, Sonchus palustris, 
Heleocharis acicularis, Euphorbia platyphylla. 


Scirpus maritimus, 


AAA SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


En se dirigeant vers la gauche, ils traversèrent, à Montméliant, un 
bois entouré de murs, dans lequel ils recueillirent les Asplenium : Tri- 
chomanes, À. Ruta muraria et A. Adiantum nigrum. Une forme un 
peu crépue et abondante de cette dernière espèce présentait un aspect inac- 
coutumé, 

Sortis de cette propriété, ils gagnèrent les rochers élevés de Samoreau, ou 
M. Pérard trouva, au voisinage de Pins plantés isolément, quelques pieds de 
Goodyera repens. Peu aprés, M. Du Parquet rencontrait quelques rares 
touffes d' Asplentum septentrionale, et bientôt M. Bonnet découvrait de plus 
nombreux échantillons de cette méme Fougére. 

Ils rentrèrent ensuite par une autre porte, afin d'éviter un long détour, 
dans la propriété dont il a déja été question (1), et y recueillirent : 


Rubia peregrina, Epipactis latifolia, 
Digitalis lutea, Aceras anthropophora, 
Cephalanthera rubra, s Seseli montanum, 
Orobanche Teucrii (2), Trifolium medium, 


Phalangium Liliago, Coronilla minima, 


Epipactis atro-rubens, | 


et une quantité d'autres plantes des terrains calcaires, telles que Linum tenut- 
folium, etc. 

En sertant de cette propriété par une porte qui donne sur la berge 
de la Seine, ils recueillirent Æuphurbia salicifolia?, Stachys germa- 
nica, etc. 

Après quelques instants de repos au village de Champagne, ils remontè- 
rent la côte, où M. Du Parquet trouva le Laserpitium latifolium. 

Ils gagnèrent ensuite Moret par les coteaux calcaires de Saint-Mammès, où 
ils recueillirent la plupart des plantes de ces terrains, entre autres : 


Helianthemum canum, 
Ononis Columnæ, 
— Natrix, 


Allium sphierocephalum, 
Camelina sativa, 
Orobanche Eryngii. 


Dans cette excursion, M. Bescherelle a récolté, en outre, un assez grand 
nombre de Mousses, parmi lesquelles se trouvent : 


Dicranum flagellare Hedw., 
Leptotrichum flexicaule Hampe (stérile), 
Barbula squarrosa Hedw. (stérile), 


Ulota crispa Brid., 
Encalypta streptocarpa Hedw. (stérile), 
Hypnum rugosum Ehrh. (stérile). 


M. T. Puel donne lecture de la note suivante : 


(4) Ce domaine est dit des Pressoirs ; il appartient à M. le comte de Sèze. 
(2) Parasite sur les Teucrium Chamedrys et montanum. 


SÉANCE DU 12 JUILLET 1861. A45 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par MI. "T. PUEL (suite). 


5. Arenaria controversa Boissier! (e. specim. ab auct. viso) Voy. Esp. 
p. 100, livr. 5 (1839); /rat! in Billot exsicc. n° 1140 bis, Annot. Fl. 
Fr. et All. p. 40 (1856). — A. Gouffeia (excl. var. 8) Chaubard! (h. 
auct. nunc h. Puel) F/. Pélop. n° 701 (1838); Puel! Note in Duchartre 
fiev. bot. t. Y, p. 450, livr. 10 (1846) et in Cat. du Lot, n° 6410, 
p. 101 (1847). 

Livernon, arr. de Figeac; l'Hospitalet prés Cahors. — Friches pierreuses. 
— Terrain calcaire (jurassique). — Alt. 330" (Liv.), 218" (l'Hosp.). — F1. 
8 mai 1859 (Liv.); fr. 6 juillet 1859 (l'Hosp.). — Récolté par M. E. de 
Valon. 

La note que j'ai publiée en 1846, dans la Revue botanique, au sujet de 
cette plante, me dispense d'entrer ici dans de grands développements. Je rap- 
pellerai seulement quelques faits plus particuliérement intéressants. 

Je dirai d'abord, relativement à la synonymie, qu'aprés avoir adopté moi- 
méme le nom d'A. Gouffeia, comme plus ancien que celui d'A. contro- 
versa, je me range du cóté des partisans de ce dernier, afin d'éviter l'équi- 
voque à laquelle pourrait donner lieu le nom créé par M. Chaubard. 

Ce botaniste comprenait en effet, sous le nom d'A. Gouffeia, la plante du 
sud-ouest de la France et le Gouffeia arenarioides Rob. et Cast. ; mais il les 
a parfaitement distingüés comme variétés. Il y a plus: en décrivant l'A. 
Gouffeia dans la Flore du Péloponèse, M. Chaubard indique, comme type 
caractérisé par ses trois styles, la plante désignée aujourd’hui sous le nom 
d'A. controversa, et, comme variété B, à 2 styles, le Gouffeia arenarioides ; 
aprés avoir indiqué comme habitat les environs de Nisi, d'aprés M. Gittard, 
il ajoute : « mais la variété seulement, car le type n'a encore été observé que 
dans l'Agenais. » C'est donc à tort que quelques auteurs, négligeant de con- 
sulter la Flore du Péloponèse, supposent que M. Chaubard et moi avons en 
vue deux plantes différentes, et écrivent, pour la synonymie de l' A. contro- 
versa : Arenaria Gouffeia Puel non Chaubard. 

Je conserve précieusement dans l'herbier de M. Chaubard les échantillons 
qui ont servi à la description de l' A. Gouffeia : ce sont les mêmes qui avaient 
été décrits en 4821, par Saint-Amans, dans la Flore agenaise, sous le nom 
d'A. hispida. Les uns ont été récoltés à Cahors (Lot), par M. Du Molin, en 
1810, et les autres, vers la méme époque, à Castillonnès (Lot-et-Garonne), 
par M. Phiquepal. 

C'est dans notre département que l'A. controversa a été trouvé pour la 
première fois, car c'est seulement en 1814 qu'il fut découvert aux environs 
de Bourges, par M. Blondeau, professeur de philosophie. M. J. Gay, dont il 
faut toujours consulter le riche hérbier lorsqu'il s'agit de questions de prio- 


446 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


rité ou de distribution géographique de quelque plante francaise, a eu lobli- 
geance de me montrer les échantillons authentiques qu'il tient de M. Blon- 
deau lui-méme. 

L'A. controversa n'a encore été trouvé que dans les départements du centre 
dela France, à l'ouest du plateau granitique de l'Auvergne, et il constitue, 
avec un petit nombre d'autres espèces, un groupe spécial fort remarquable, 
dont je n'aborderai pas aujourd'hui l'examen, parce que ses limites géogra- 
phiques et ses affinités géologiques ne peuvent encore étre fixées d'une ma- 
nière absolue. 

En attendant le résultat des recherches ultérieures qui pourront étre faites 
à ce point de vue, je place ici le tableau des principales localités où la plante 
a été signalée jusqu'à ce jour : elles appartiennent toutes aux régions calcaires, 
principalement au calcaire jurassique; et, à l'exception de celles qui se trou- 
vent dans le département du Cher, elles rentrent toutes dans les limites que 
j'ai assignées à la flore de la Gironde. 

Je ne parle ici que de la plante francaise, laissant complétement en dehors 
de la question l'A. conimbricensis Brotero, que M. J. Gay considère comme 
identique avec l'A, controversa. Depuis la publication de ma note, j'ai vu un 
grand nombre d'échantillons de cette dernière espèce, récoltés en Portugal par 
MM. Bourgeau, Welwitsch, etc., et j'avoue qu'il y a entre les deux plantes 
une analogie plus grande que je ne l'avais cru d'abord à l'inspection de 
l'unique échantillon d'A, conimbricensis existant en 1846 dans l'herbier de 
M. Delessert ; mais, d'une autre part, l'opinion de MM. Boissier et Cosson, 
qui maintiennent la distinction spécifique des deux plantes, ne me permet pas 
de porter, à cet égard, un jugement définitif. 

FLORE DE LA GIRONDE. — Tann ; Gaix! (Doumenjou in h. Cosson) ; entre 
Anglès et Saint-Amans (Doumenjou Suppl. herb. Mont,-Noire, p. 52). 
AVEYRON: Onet-le-Cháteau! (Revel in h.: Puel); Séverac-le-Château prés 
Rodez (Vaissier); Saujac, arr. de Villefranche! (Bras in h. Puel). LOT : 
Vallon du Montat: près Cahors! (Du Molin 4840 in h- Chaubard et in h. 
J. Gay, Lacombe in h. Mus. Cahors, Æ. de Valon imh, Puel); Ventaillac? 
(Irat in Billot exsicc. n. 1140 bis); Lanzac! canton de Souillac (Z. Puel); 
Livernon ! ( £. de Valon in h. Puel). TARN-ET-GARONNE : Montaigut! (Bouyssou 
in Puel et Maille F/. loc. exsicc. n. 48, Lagrèze in h. Cosson) ; Puylaroque 
(Martiel in Lagrèze-Fossat F/.); Saint-Antonin! (Lagrèze-Fassat in b. 
Chaubard). Lor-8r-GARONNE : Castillonnès! (Phiquepal 1810 in h. Chau- 
. bard); moulin à vent de Montségur près Libos (Z. de Bonal). DORDOGNE : 
Laroche-Beaucourt! (Durieu in Schultz F}. Gall. et Germ. exsice. n° 120, 
et in h. Cosson); Eyrenville, entre Faux et Issigeac! (Des Moulins in h. 
Puel et Cat. Dord. fasc. 1); Bourdeilles (G. de Dives in Des Moulins Caf. 
fasc. 1); cháteau de Pellevési, entre Montignac-le-Comte et Sarlat (Des Mou- 
lins Cat. fasc. m); Mareuil (Meilhez in Des M. Cat. fasc. iu); Gazelle, 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1864. AA7 


comm. de Naussanes (E. de Biran in Des M. Cat. fase. 1y). CHARENTE : 
Terrier de Lambrette, entre Sainte-Aulaye-sur-Dronne et Bogne! (Revel in 
h. Puel, Ségis in Des M. Cat. Dord. fasc. 111); Saint-Romain, entre Cha- 
lais et Aubeterre! (G. de Dives in h. Puel); Angoulême! (Guillon in h. 
Cosson, A. de Rochebrune in h. Puel), et dans tout le département CCC. 
(A. de Rochebrune et Savatier Cat.) Deux-Sèvres : Frontenay-Rohan- 
Rohan près Niort (Charbonneau in Lloyd Fl). Vienne : Lussac! (Delastre in 
h. Mus. p.); Apt! et Baptresse! (Lloyd in h. Cosson). 

FLORE DE LA LOIRE. — CHER : Bourges! (Plondeau 1844 iu h. J. Gay, 
L. de Lambertye in Schultz FI. Gall. et Germ. exsicc. n° 120 bis); Mor- 
thomier! (Déséglise in Billot exsicc. n. 14140, Boreau, C'* Jaubert, etc. in h. 


Mus. p., in h. Puel, etc.). 
(La suite à la prochaine séance.) 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés-verbal 
de la séance du 12 juillet, dont la rédaction est adoptée. 

À loccasion du procés-verbal, M. Decaisne rappelle que les 
recherches de M. Berthelot ont prouvé qu'il existe une grande 
quantité de mannite dans les feuilles des Tamariz, et une substance 
analogue dans celles du Quercus infectoria. 

M. le Président annonce une nouvelle présentation. 


Dons faits à la Société : 
4° De la part de M. Germain de Saint-Pierre : 


Indicateur topographique et médical d’ Hyères en. Provence. 


2 De la part de la Société italienne des sciences naturelles de 
Milan : 
Atti della Societa geologica residente in Milano, t. I. 
Atti della Societa italiana dà Scienze naturali, t. 11 et t. IH (fasc. 1). 


3° En échange du Bulletin de la Société : 
OE fversigt af kongl. Vetenskaps- Akademiens F'œrhandlingar, 1859. 


A48 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Notiser ur Sællskapets pro flora et fauna fennica Færhandlingar, 
nouvelle série, livr. 2 et 3. 


Bulletin de la Société impériale zoologique d' Acclimatation, juin 1861. 


L'Institut, juillet 4861, deux numéros. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de l'extrait suivant 
d'une lettre adressée à la Société par M. l'abbé de Miégeville : 


LETTRE DE M. l'abbé de MIÉGEVILLE. 


A MM. les membres de la Société botanique de France. 
Notre-Dame-de-Garaison (Hautes-Pyrénées), 44 juin 1861. 


Messieurs, 

C'est un simple ecclésiastique, appartenant au corps des missionnaires de 
Notre-Dame-de-Garaison (diocèse de Tarbes), et se livrant avec plusieurs de 
ses confréres, depuis quelques années, à de laborieuses herborisations dans 
les hautes Pyrénées, qui vous adresse ces quelques lignes, bien qu'il n'ait 
pas l'avantage d’être connu de vous. La bienveillance dont vous honorez les 
amis des sciences naturelles, et l'intérét spécial que vous portez à ceux qui 
s'appliquent à l'étude de la botanique, me persuadent d'avance que vous leur 
ferez un accueil favorable. 

J'ai recueilli, au mois de septembre de l'année derniere (1860), dans la 
région glaciale de nos Pyrénées, tout prés des lieux habités par le Ranun- 
culus glacialis L. et l'Arenaria cerastifolia Ram., une petite plante qu'il 
n'est pas facile de déterminer. Elle se place évidemment dans la famille des 
Graminées, tribu des Avénacées, et dans le genre Avena, ou peut-être mieux 
encore dans le genre Trisetum. Elle a été déjà soumise à un de nos excellents 
botanistes, qui incline à croire qu'elle avait échappé jusqu'ici aux investiga- 
tions des explorateurs de nos montagnes. Ce qui parait certain, c'est que 
MM. Grenier et Godron ne mentionnent pas notre plante dans leur Flore 
de France. Lapeyrouse, dans son Histoire abrégée des plantes des Pyré- 
nées, Mutel, dans sa Flore française, M. Philippe (de Bagnères), dans sa 
Flore des Pyrénées, n'en parlent pas davantage. 1l est toutefois possible 
qu'elle soit depuis longtemps décrite dans quelqu'un des ouvrages que vous 
possédez à Paris, et qu'on se procure difficilement en province. Personne 
n'est plus compétent que les membres de votre Société pour élucider de 
pareils doutes. En conséquence, je prends la liberté de vous envoyer ci-inclus 
un échantillon de cette plante, dont la taille ordinaire est de 15 centimètres, 
qui en a trés souvent moins et ne dépasse guère jamais 19 centimètres. 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. A^9 
M. J. Gay veut bien se charger d'étudier la plante envoyée par 
M. de Miégeville (1). 


(1) Note de M. J. Gay, ajoutée au moment de l'impression, — Afin de satisfaire au 
vœu de la Société, j'ai dù me mettre en rapport direct avec l'auteur de la lettre, pour 
savoir exactement d’où provenait l'unique échantillon envoyé, et ensuite pour obtenir 
quelques échantillons nouveaux qui me permissent de mieux connaitre la plante liti- 
gieuse. M. l'abbé de Miégeville a répondu à mes questions par une lettre datée de Notre- 
Dame-de-Héas, le 25 août dernier, renfermant plusieurs exemplaires qui, quoique im- 
parfaitement préparés, ont beaucoup facilité l'étude que j'avais à faire de la plante. — 
D'aprés les renseignements ainsi obtenus, la petite Graminée dont il s'agit ici, croit dans 
la partie du département des Hautes-Pyrénées qui est comprise entre Pinéde (Espagne), 
Gavarnie, Barréges et Aragnouet (ces trois dernières localités françaises). M. de Miégeville 
l'a observée d'abord sur les rochers de Trémouse, puis sùr les crêtes de Camp-Long prés 
de Gédre, et enfin au pic du Gabiédou, partout dans la haute région alpine, où elle fleurit 
à la fin d'aoüt (les derniers échantillons envoyés ont été pris au Gabiédou le 22 aoüt de 
cette année), croissant avec les Agrostis alpina, Carex frigida, Gregoria Vitaliana, 
Gentiana nana Lap. (G. glacialis Abr. Thom.), Thalictrum: alpinum, etc. — Bien 
qu'elle soit nouvelle pour la flore de France, il ne sera pas nécessaire de lui imposer un 
nouveau nom, car elle est depuis plus de vingt ans connue dans le nord de l'Europe, où 
elle a successivement été appelée Avena subspicata var., Avena alpestris, Avena subal- 
pestris, Avena agrostidea, Trisetum agrostideum (Fries Summ. veg. 1846, p. 78) et 
Trisetum Friesianum (Steud. Synops. Gram. 1855, p. 225, n° 8), ce qui résulte non- 
seulement des descriptions publiées sous ces différents noms, mais encore d'échantillons 
qui m'ont été communiqués par M. Nyman, lequel les tenait de M. Læstadius qui a, le 
premier, parlé de cette plante, sous le nom d'Avena subspicata var. — Elle est effective- 
ment voisine du Trisetum subspicatum P. B. (espèce que MM. Grenier et Godron indi- 
quent au pic du midi de Bigorre, et que j'ai moi-méme cueillie dans les Pyrénées-Orien- 
tales, au Porteilde Carenga, entre Notre-Dame-de-Nouri et le Canigou) ; mais elle en dif- 
fère notablement par sa panicule grêle, lâche, méme étalée à l'époque de la floraison, 
d’où résulte une inflorescence agrostidoide (celle, par exemple, des Agrostis alpina et 
rupestris), qui contraste fortement avec l'inflorescence en tout temps serrée et spiciforme 
du Trisetum subspicatum. C'est surtout pour cette raison que je la tiens pour spécifique- 
ment distincte de cette derniére espéce, sans que pourtant j'aie eu jusqu'ici le loisir 
d'étudier à fond les autres caractéres que peut fournir la structure de ses épillets. — 
Par son inflorescence, ainsi que par sa taille et son. port, elle ressemble bien mieux au 
Trisetum glaciale Boiss. (Voy. bot. Esp. 1844, p. 654, tab. 175), espèce alpine 
de la Sierra Nevada, avec laquelle il faudra nécessairement la comparer avant d'arréter 
Sa synonymie, ceque je n'ai pas eu le temps de faire jusqu'à ce jour. — Intéressant comme 
espèce à ajouter à la flore francaise, le Triselum agrostideum l'est encore, au plus 
haut degré, par sa distribution géographique. C'est une plante boréale, mais non pas une 
de celles qui atteignent les Pyrénées ou: méme la Sierra Nevada, après avoir fait échelle 
dans la chaine centrale des Alpes et dans les montagnes d'Auvergne. Elle n est signalée 
nulle part en Europe, à l'est du petit coin des Pyrénées où sa présence vient d'étre con- 
statée. Pour la retrouver, il faut passer du 43° au 67° ou 68° degré de latitude, v’est-à- 
dire un peu au delà du cercle polaire, et arriver dans la Laponie de Torneo, où même 
M. Fries ne lui assigne avec précision qu’une seule localité : in Lapponia Tornensi pla- 
niori, ad ripas fluviorum, ut ad Mannu, teste Læstadio (Fries Mant. 35, 1812, p- à). 
Tl est vrai qu'en franchissant le territoire russe dans son plus grand diamètre, de l’ouest 
à l’est, on lui trouve un troisième gite, entre la rivière. Aldan, affluent oriental de la 
Lena et la mer d'Ochotzk (Griseb. in Ledeb. Fl. ross. IV, 1853, p. 418), sous la lati- 
tude d'environ 60 degrés. Mais cette partie de la Sibérie orientale n’en est pas moins 
boréale quant à sa végétation. Notre plante est d'ailleurs remarquable par son extrème 
rareté : on ne lui connaît encore que trois étroites colonies, disséminées sur l'entier dia- 
mètre de l'ancien continent, depuis l'océan Atlantique jusqu'à la mer du Kamtschatka ! 
D'où je conclus que c'est une des plus curieuses acquisitions que la flore de France ait 
faites dans ces derniers temps, et que nous devons féliciter M. l'abbé de Miégeville d'avoir 
inauguré ses herborisations par une découverte à double titre si intéressante. 


A50 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Duchartre fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR TROIS FLEURS MONSTRUEUSES, par M. PP. DUCHARTRE. 


Je demande à la Société la permission de l'eutretenir quelques instants de 
trois monstruosités que j'ai eu l’occasion d'observer dernièrement, et qui me 
semblent n'étre pas entiérement dépourvues d'intérét. 


I. — Rose prolifère. 


On a plusieurs fois décrit et même figuré des monstruosités de cette. na- 
ture (4) ; cependant, comme les faits de cet ordre présentent une remarquable 
diversité dans les détails, j'ose croire qu'il ne sera pas inutile d'indiquer en 
quoi consistait celui que j'ai eu sous les yeux. 

La Rose qui le présentait appartenait à une variété double du Rosa gallica 
L. Le pédoncule axillaire qu'elle surmontait portait, à 07,01 environ au- 
dessus de sa base, une petite feuille ou bractée ovale et verte, placée tout à 
fait latéralement, à gauche. Ce pédoncule lui-même n'était ni épaissi, ni creusé 
à son extrémité supérieure, comme c’est du reste généralement le cas, chez 
les Rosiers, pour ceux que terminent des prolifications. — La Rose prolifere 
était réduite à ses deux enveloppes florales sans traces d'étamines ni de car- 
pelles. Le calice de cette fleur était composé de huit sépales verts, entièrement 
libres et distincts jusqu'à leur insertion sur le pédoncule, dont trois étaient 
extérieurs et plus grands que les cinq autres. La plus extérieure et en méme 
temps la plus grande (07,008 de longueur) de ces folioles calicinales, était 
située au-dessus de la feuille-mére, — La corolle était formée de treize pétales 
spiralés, qui décrivaient trois tours de spire et qui allaient en augmentant de 
grandeur de dehors en dedans. La portion de l'axe qui les portait n'avait pas 
subi la moindre élongation. Bien que tous ces pétales fussent colorés en rose, 
les extérieurs étaient formés d'un tissu notablement plus ferme que celui des 
autres qui étaient à peu prés normaux de consistance, de grandeur et. de 
configuration. 

Aprés avoir porté le calice et la corolle de cette première fleur, l'axe, tou- 
jours cylindrique et plein, se prolongeait de 0,02 pour devenir le pédoncule 
d'une seconde fleur, encore à l'état de bouton, qui se montrait entièrement 
normale dans toutes ses parties ; mais ce pédoncule. portait plusieurs folioles 
réparties en spirale sur toute sa longueur, qui établissaient une transition 
assez bien ménagée entre la corolle de la fleur inférieure et le calice de la 
supérieure. Ainsi les inférieures de ces folioles étaient les plus grandes, en 
partie foliacées, en partie pétaloides, concaves, rétrécies en onglet à leur base, 


(1) Voyez notamment De Candolle, Organographie végétale, 11, pl. 33, fig. 1-3. 


SÉANCE DU 26 JUILLET 4864. A54 


entières ou seulement avec de faibles indices de division au sommet; les 
autres, à mesure qu'elles s’élevaient sur l'axe, prenaient un tissu de plus en 
plus nettement foliacé et ferme ; leur base s'élargissait et ils se lobaient. sur 
les bords; en un mot, tout en restant spiralées et distinctes, celles-ci étaient 
des sépales de rose, tandis que les premieres avaient une ressemblance pro- 
noncée avec les pétales normaux de cette méme fleur, Ces folioles de transi- 
tion étaient au nombre de sept. 

Au total, cette monstruosité offrait, comme particularités principales : 
1° une première fleur réduite à un calice de huit sépales sur deux rangs, et à 
une corolle dont les pétales devenaient plus grands de dehors en dedans, dis- 
position inverse de celle qu'on observe dans les roses doubles ordinaires; 
2° une première portion d'axe, qui ne s'était nullement creusée en coupe; 
3° une seconde fleur qui terminait l'axe et qui était parfaitement normale; 
L° entre ces deux fleurs, une portion d'axe intermédiaire entre elles et sur la- 
quelle s'échelonnaient en spirale des folioles qui établissaient un passage de la 
corolle de la fleur inférieure au calice de la supérieure, Cette monstruosité- 
me semble fournir, en outre, un nouvel argument en faveur de l'opinion 
qui consiste à regarder la coupe dans laquelle sont logés les carpelles de la 
rose comme formée par un évasement de la portion supérieure de l'axe. 


EK. — Fleur tétramère d'Iris Xiphium. 


Cette fleur remarquable s'est offerte à moi sur une variété de l’/ris 
Xiphium L., qui se distingue par une fleur colorée en beau jaune, avec une 
grande macule safran sur l'élargissement terminal des sépales, et qui est 
appelée Fulvia par les horticulteurs. 

La rangée externe du périanthe (ou le calice) présentait quatre sépales 
disposés régulièrement en croix, semblables entre eux et tout à fait 
normaux, quant à leur grandeur ainsi qu'à leur configuration. La rangée 
interne de ce périanthe (ou la corolle) offrait cinq pétales, de grandeur 
et forme ordinaires, parmi lesquels quatre étaient placés en croix et 
alternaient régulièrement avec les quatre sépales, tandis que le cinquième, 
qui venait altérer la symétrie tétramére, se trouvait en dehors d'un pétale 
et adossé contre un côté de celui-ci; il était ployé longitudinalement en 
nacelle sur sa ligne médiane. 

L'androcée comprenait quatre étamines normales de forme et de grandeur, 
alternes aux pétales. 

Le pistil était celui des quatre verticilles floraux qui avait subi les plus fortes 
altérations dans sa manière d’être habituelle. Il offrait cinq grandes expan- 
sions pétaloides stigmatiferes (stigmates des botanistes descripteurs), avec 
le rudiment d'une sixiéme. Quatre de ces expansions étaient placées en croix 
et opposées aux quatre sépales, sur la face interne desquels elles s'appliquaient 


452 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

comme de coutume ; la cinquième était, au contraire, redressée verticalement 
dans le sens de l’axe de la fleur ; elle égalait les premières pour la longueur 
et la configuration, et présentait également un pli stigmatique transversal ; 
seulement son bord gauche se dilatait, vers le bas, en une sorte d'oreillette 
pétaloide, recourbée en crochet, que divers motifs pouvaient faire regarder 
comme le rudiment d'une sixième expansion stigmatifére. Cette cinquième 
lame stigmatiière était opposée dos à dos à l'une des quatre premières. — 
L'ovaire de ce pistil était fortement. comprimé par les cótés, et creusé, dans 
sa longueur, de deux sillons latéraux, qui lui donnaient une apparence sem- 
blable à celle qu'il aurait eue s’il était résulté de la soudure de deux ovaires 
juxtaposés. Examiné à l'intérieur au moyen d'une série de coupes transver- 
sales, il s'est montré creusé de cinq ou six loges, selon qu'on le considérait 
vers le milieu de sa longueur ou vers l'une ou l'autre de ses extrémités. Vers 
sa base comme vers son sommet, il offrait cinq loges parfaitement distinctes, 
pourvues chacune de deux files d'ovules, et disposées de la méme manière 
que les cinq grandes expansions stigmatifères, c'est-à-dire que quatre d'entre 
elles formaient la croix, et qu'à celles-ci était interposée la cinquième. Dans 
toute sa portion médiane, cet organe présentait une sixième loge moins déve- 
loppée que les autres, mais néanmoins pourvue de deux files d'ovules, qui ue 
s'étendait que sur une longueur peu considérable. 11 me semble évident que 
cette sixième loge, en raison de sa situation, correspondait à l'expansion sty- 
laire réduiteà l'état de simple rudiment ou d'oreillette, dont j'ai signalé plus 
haut l'existence. 

Au total, dans cette fleur d'/ris Xiphium, la symétrie générale était tétra- 
mère pour le calice et l'androcée, pentamére pour la corolle, dans laquelle 
l'existence de deux pétales situés dos à dos, à la place où il devait n'en exister 
qu'un, semblait indiquer un dédoublement paralléle; enfin cette symétrie 
était hexamére pour le pistil. Une autre particularité, digne d’être mise en 
relief, c'est que les deux verticilles à cinq et six parties pouvaient étre ra- 
menés sans effort à la symétrie tétramère, leurs parties supplémentaires étant 
simplement juxtaposées aux parties fondamentales ou intercalées à celles-ci. 


ME. — Fieurs décandres de Solanum tuberosum. 


Le 27 juin dernier, M. Lachaume, horticulteur à Vitry prés Paris, a présenté 
à la Société impériale et centrale d' Horticulture des tubercules et des rameaux 
fleuris d'une variété de Solanum tuberosum L. remarquable, disait-il, par la 
couleur jaune de ses fleurs. Ces fleurs étaient jaunes en elfet ; mais cette par- 
ticularité tenait à une organisation anomale des plus curieuses et que je crois 
devoir faire connaitre avec les détails nécessaires. — Je dois dire avant tout 
que cette organisation ne s'est pas montrée comme un fait. isolé ; mais que 
je l'ai trouvée dans toutes les fleurs adultes que portaient deux rameaux, et 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861, h53 


même dans des boutons encore très jeunes. 11 paraît certain qu'elle existe 
comme caractère général dans cette forme de la Pomme-de-terre et qu'elle se 
multiplie sans modification par la plantation des tubercules. 

Le calice de la fleur n’a subi aucune altération : ses cinq lobes lancéolés 
se rétrécissent en une longue pointe terminale, — Ge calice enlevé, on à sous 
les yeux un corps complexe fort remarquable : c’est une sorte de godet blanc 
et presque pétaloïde, haut seulement de 4 ou 5 millimètres, qui ne peut être 
autre chose que le tube de la.corolle non prolongé en limbe; le bord de ce 
godet corollin porte cinq étamines sessiles, parfaitement conformées, sembla- 
bles aux étamines normales de la fleur de la Pomme-de-terre, mais un peu 
plus renflées, qui alternent fort régulièrement avec les lobes du calice et qui 
occupent dès lors la place des divisions de la corolle, Entre ces étamines, et 
dans le même verticille, se trouvent cinq petits filets délicats et fort courts, 
qui semblent être les seuls restes du limbe de-la corolle: Sur la face interne du 
godet corollin et près de son bord se trouvent cinq étamines alternes avec les 
premières, et dans lesquelles il est impossible de ne pas voir l’androcée normal 
du Solanum tuberosum. — Le pistil n'offre rien de particulier ni d'anomal. 

Ainsi, dans cette monstruosité, se présente le fait extrémement curieux d'une 
transformation des lobes de la corolle en étamines ; or, si le changement des 
étamines en pétales s'opère fréquemment, je ne sache pas qu'on ait encore 
signalé celui des pétales en étamines, et cette circonstance me semble donner 
un intérét particulier à la monstruosité sur laquelle je viens d'appeler un in- 
stant l'attention de la Société. 


M. Brongniart dit qu'il a aussi observé la disjonction des sépales 
dans les Roses. Il ajoute qu'il est convaincu de la nature axile du tube 
qui, dans certaines familles, enveloppe l'ovaire infére, notamment 
dans les Rosacées et peut-être aussi dans les Myrtacées; mais qu'il 
ne faudrait pas, suivant lui, dans l'état actuel de la science, géné- 
raliser cette maniére de voir. 

M. Decaisne rappelle à ce sujet que certaines variétés de Crateegus 
portent des feuilles sur le fruit. 

M. Ad. Brongniart met sous les yeux de la Société les dessins 


de. diverses monstruosités que présente l'androcée de quelques 
plantes, et fait la communication suivante : 


SUR QUELQUES CAS DE TRANSFORMATION DES ÉTAMINES EN CARPELLES, 
pr M. Ad. BRONGNIART. 


Les cas de monstruosités florales qui ont été communiqués dans les der- 
nières séances de la Société, m'ont rappelé quelques observations que j'avais 


KSh SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


faites fort anciennement sur des transformations d'étamines en carpelles, et j'ai 
pensé que la Société verrait avec intérêt quelques dessins qui les représen- 
tent; les uns portent sur des faits déjà signalés par d'autres botanistes, les 
autres sur un cas remarquable qui n'a, je crois, jamais été publié. 

4° Un dessin en couleur du Sempervivum tectorum, exécuté par M. Rio- 
creux en 1835, montre divers états de la transformation des étamines en car- 
pelles dans cette plante. On sait que cette monstruosité est habituelle sur le 
Sempervivum tectorum cultivé, dont les fleurs ne se montrent presque jamais 
à l'état normal ; elle a déjà été signalée par Schmidel, Du Petit-Thouars, R. 
Brown, Lindley, De Candolle, Hugo Mohl, etc. Ces dessins n'ont donc d'intérét 
que comme représentation fidele des divers degrés de cette transformation, 
exécutés par un artiste bien jeune alors, mais qui déjà reproduisait la nature 
avec une grande exactitude et annoncait le talent qu'il aurait plus tard. Deux 
figures, représentant des étamines du rang externe, offrent encore leurs filets 
et leurs anthéres dans une forme plus ou moins normale, portant cepeudant 
des ovules naissant sur le bord et vers l'angle inférieur des fentes des loges 
des anthéres : dans une de ces figures, le pollen existe cependant en grande 
abondance dans les loges de l'anthere, qui n'est pas déformée ; dans l'autre, 
Panthère, plus allongée, verdâtre à la base, ne renferme pas de poln 
apparent. 

Les étamines du rang interne, bien plus modifiées, ont pris presque la forme 
de carpelles ouverts ; cependant on y retrouve quelquefois l'indication de loges 
latérales vides, analogues à celles de l’anthère, et sar les bords desquelles 
naissent les ovules. — Dans tous ces cas, les ovules oblongs ont leur forme 
anatrope normale. : 

2 Des esquisses de la monstruosité également bien connue et très fré- 
quente du Cheiranthus Cheiri, représentent des diagrammes de divers cas de 
cette monstruosité, dans laquelle les étamines sont transformées en feuilles 
carpellaires oblongues portant des ovules sur leurs bords. — Tantót ces feuilles 
carpellaires, au nombre de six, sont parfaitement libres, et dans ce cas elles 
sont soit étalées, ouvertes, offrant deux séries d'ovules à découvert le. long du 
bord de leur face interne, soit au contraire repliées et leurs-bords rapprochés 
ou soudés formant un follicule analogue à celui d'un Aquilegia portant ses 
ovules sur ses deux bords ; tantôt ces feuilles carpellaires staminales sont sôu- 
dées en deux phalanges latérales de trois carpelles ou en un seul cylindre qui 
enveloppe le pistil ; enfin, dans quelques cas, ces carpelles extérieurs sont 
réduits à quatre, deux latéraux et deux antéro-postérieurs, soudés tous quatre 
de manière à former autour du pistil normal une enveloppe prismatique à 
quatre faces, présentant quatre placentas pariétaux correspondant aux lignes 
de jonction des carpelles staminaux. Cette réduction des carpelles (qui repré- 
sentent les six étamines des Cruciféres) à quatre opposés aux quatre sépales, 
semble favorable à l'opinion qui admet que les quatre étamines longues de 


SÉANCE DU 26 JUILLET 18641. A55 


ces plantes ne représentent que deux étamines, chacune dédoublée, opposées 
aux sépales antérieur et postérieur, ces étamines géminées s'étant transfor- 
mées en un seul carpelle. 

Dans ces Cheiranthus monstrueux, qui étaient trés nombreux dans les 
parterres du Muséum en 1841, les sépales et les pétales existent dans leur 
position habituelle, mais en général les pétales ne prennent qu'un dévelop- 
pement imparfait, ce qui signale immédiatement les plantes qui sont le siége 
de cette monstruosité. 

8° La transformation la plus complète et à mes yeux la plus intéressante est 
celle que m'a présentée un pied de Polemonium caeruleum quis’est rencontré 
parmi ceux des parterres du Muséum en 1835, qui a été multiplié par di- 
vision de la souche dans les années suivantes, et que j'ai ainsi pu observer à 
plusieurs reprises. 

Cette plante se faisait immédiatement remarquer par l'absence apparente 
de corolle : elle ne montrait extérieurement que le calice, d’où sortait un 
style divisé en branches stigmatiques nombreuses. 

Un examen plus attentif faisait reconnaitre qu'en dedans du calice, qui 
n'était pas sensiblement modifié, on trouvait, àla place de la corolle gamo- 
pétale de la fleur normale, cinq petites folioles vertes libres, ovales, aigués, 
un peu obliques et irrégulièrement dentées sur le bord placé extérieurement 
dans la préfloraison qui était assez régulièrement contournée; ces petites 
folioles ne dépassaient pas le calice, mais l'égalaient à peu prés en longueur. 

On ne voyait aucune trace d'étamines, mais, entre ces pétales et le pistil 
normal, on trouvait un cercle extérieur de carpelles occupant exactement la 
position des étamines, sauf leur défaut d'union avec la corolle; ces carpelles, 
soudés latéralement entre eux et appliqués contre l'ovaire central, l'envelop- 
paient de toute part, et formaient cinq loges aplaties qui renfermaient presque 
toujours deux rangées d'ovules, au nombre de quatre ou cinq sur chaque 
bord ; ils étaient verts et se prolongeaient supérieurement en autant de styles 
lilas rapprochés et formant un tube que traversait la partie inférieure du 
style normal. Les cinq branches stigmatiques de ces pistils surnuméraires se 
séparaient plus bas que les vrais stigmates, s'écartaient et se recourbaient en 
dehors, formant un verticille de cinq stigmates, du milieu desquels sortait et 
s'élevait le ‘style du pistil normal, terminé comme d'ordinaire par trois 
stigmates divergents. — Ce pistil normal et central ne différait en rien de 
celui des fleurs parfaites de la plante ordinaire. 

Dans les circonstances habituelles, les fleurs de ces pieds monstrueux, étant 
dépourvues d'étamines, restaient stériles; mais, en les fécondant avec le pollen 
d'autres pieds. de- Polemonium et en portant ce pollen également sur les 
stigmates normaux et sur les stigmates surnuméraires, j'ai obtenu des graines 
fertiles dans les loges de l'ovaire central et dans les loges des ovaires provenant 
de la transformation des étamines en pistil; seulement ces dernieres étaient 


A56 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

peu nombreuses ; elles étaient bien conformées, renfermant un embryon bien 
développé dans un périsperme charnu. J'avais l'intention de les semer, mais 
elles ont été égarées et le semis n'a pas eu lieu. Les plantes elles-mémes, 
aprés avoir été conservées pendant quelques années, ont disparu dans un 
hiver défavorable. 

Ce cas de monstruosité présente, à plusieurs points de vue, de l'intérét : 
4° la transformation d'une corolle gamopétale staminifère en une corolle fo- 
liacée dialypétale sans connexion avec les étamines ; 2° la transformation des 
étamines en pistils surnuméraires, assez parfaits pour donner naissance aprés 
fécondation à des graines fertiles parfaitement conformées ; 3° enfin, au mi- 
lieu deces altérations si profondes dans deux verticilles floraux, l'absence de 
toute modification dans le calice et le pistil. 


M. Eug. Fournier rappelle qu'il a communiqué à la Société, en 
4856 (1), quelques observations sur une monstruosité du Cheti- 
ranthus Cheiri, analogue à celle que M. Brongniart vient de 
décrire. 

M. J. Gay dit qu'il se souvient d'avoir constaté lui-méme un fait 
encore plus rare que l'anomalie observée par M. Brongniart sur le 
Cheiranthus Cheiri : c'est la transformation en pistil d'une seule 
des deux étamines qui constituent l'androcée des Crucifères. — Sur 
l'invitation de M. le Président, M. Gay veut bien revoir les notes 
qu'il a recueillies à ce sujet, pour en faire part ultérieurement à la 
Société. 

M. Brongniart fait remarquer que, chez les Crucifères, le fruit 
anomal, résultant de la métamorphose des étamines, lorsqu'il est 


réduit à quatre carpelles, rappelle beaucoup le fruit des Tetra- 
poma. 


M. Decaisne donne lecture de la communication suivante, adressée 
à la Société : 
NOTE SUR LE PHYCAGROSTIS MAJOR Cavol., par Mi. Ed. BORNET. 
(Antibes, juillet 1864.) 
Le Phycagrostis major Cavol. (Cymodocea wquorea Konig) a été indiqué 
sur les côtes françaises de la Méditerranée, dans la Flore francaise de De 


Candolle et dans le Botanicon Gallicum de M. Duby. Mais, faute d'échantil- 
lons suffisants, cette indication avait été révoquée en doute, et MM. Grenier et 


^ (4) Voyez Je Bulletin, t. HI, p. 352, 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. A57 
Godron ont cru devoir exclure cette espèce de leur Flore de France. Néan- 
moins, il y a deux ans, M. le docteur Thion en récolta à Cannes un échantillon 
fructifié, ce qui a établi d'une maniere indubitable l'indigénat de cette 
plante sur nos cótes. En effet, elle croit en abondance, non-seulement aux en- 
virons de Cannes, mais aussi dans les criques peu profondes, à fond de sable 
et de vase, qui découpent cà et là le contour de la presqu'ile d'Antibes. Dans 
cette dernière localité, ses tiges sarmenteuses rampent au milieu des gazons 
de l’ Espera mediterranea Dcne, Algue verte filamenteuse, dont les touffes 
compactes couvrent le sol d'une couche de plusieurs pouces d'épaisseur. Elle 
est souvent entremélée au Zostera nana Roth. i 

La plante a fleuri et fructifié abondamment cette année, Le 25 mai, jour 
où je vis ses fleurs pour la première fois, les étamines étaient déjà compléte- 
ment développées, et bon nombre d'entre elles commencaient à sortir de la 
gaine oü elles sont d'abord renfermées. Quant aux fleurs femelles, elles n'é- 
taient pas aussi avancées. Les stigmates ne se montrèrent pas hors de la gaine 
avant les premiers jours de juin, alors que presque toutes les anthéres avaient 
déjà laissé échapper leur pollen. 

Le Phycagrostis est dioique. Habituellement les deux sexes sont entre- 
mêlés ; mais il n'est pas rare de trouver de larges gazons uniquement com- 
posés d'individus mâles ou femelles. Les fleurs, qui sont réduites aux étamines 
ou aux pistils, ne se développent que sur des rameaux âgés d'un an au moins. 
Elles naissent à l'aisselle d'une des feuilles extérieures des rameaux, presque 
toujours du cóté qui regarde l'axe primaire. La feuille à la base de laquelle 
elles prennent naissance, les enveloppe de sa gaine et se comporte à leur égard 
comme une véritable spathe ; elle est d'ailleurs tout à fait semblable aux 
autres feuilles. 

Les fleurs mâles ne consistent qu'en une étamine, composée, selon la ma- 
nière de voir d'Endlicher, de deux anthéres connées. Elles sont portées sur 
un pédicelle (filét?) blanc, cylindrique, d'abord plus court que les anthères, 
mais qui ne tarde pas à s'allonger de manière à dépasser la gaine de la feuille 
età atteindre une longueur de 8 à 40 centimètres. Ce pédicelle s'élargit un peu 
à son extrémité supérieure dans la partie qui porte les anthères. Tl est fendu 
plus ou moins profondément au sommet. Les anthères sont soudées avec le 
pédicelle dans toute leur longueur, et en occupent environ les trois quarts de 
la circonférence ; elles laissent à découvert le quart intérieur, c'est-à-dire celui 
qui est tourné vers l'axe du ramule qui porte la fleur. Elles consistent en 
quatre loges distinctes, parallèles, divisées elles-mêmes chacune en deux lo- 
gettes avant la débiscence. Elles sont terminées en pointe à la base et présen- 
tent presque toujours à leur sommet de petits prolongements en forme de 
cornes, très variables de grandeur et de direction. Les deux loges médianes 
sont généralementplus courtes que les latérales, et plus souvent dépourvues 
que celles-ci des petites cornes dont je viens de parler. La couleur des an- 

* UL 30 


A58 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


thères est d'un, jaune rougeâtre, tiqueté d'un grand nombre de petites glan- 
dules linéaires d'un rouge vif, plus rapprochées au sommet et à la base des 
loges. Une ligne dépourvue de glandules répond à la cloison qui sépare les 
logettes et indique la place où se fait la déhiscence. Quand celle-ci a lieu, 
chacune des quatre loges s'ouvre par une fente longitudinale, et l'on. voit 
sortir peu à peu une matière blanche, d'aspect cotonneux, qui se gonfle beau- 
coup et finit par se disséminer dans l'eau. Cette matiere est le pollen, lequel 
est composé de longs filaments transparents à parois minces, obtus ou un peu 
renflés aux deux bouts, Ils contiennent un liquide un peu réfringent, dans le- 
quel sont irrégulierement disséminés un grand nombre de corpuscules grisà- 
tres entrainés dans un mouvement de circulation trés actif. 

Dans les antheres qui n'avaient atteint que la moitié de leur grandeur défi- 
nitive (ce sont les plus jeunes que j'aie pu me procurer cette année), j'ai trouvé 
les logettes remplies d'une masse cylindrique, facile à enlever d'une seule 
pièce. Cette masse se compose de cellules presque sphériques, de grosseur 
variée, fortement agglutinées entre elles, Quelques unes sont isolées, tandis 
que le plus grand nombre est réuni en groupes de deux, quatre, huit, seize. 
Chacun de ces groupes est renfermé dans une cellule-mère à parois trés déli- 
cates, Les cellules isolées sont régulièrement sphériques et de grosseur trés 
uniforme. Des granules très fins remplissent leur cavité. — Dans les anthères 
un peu plus développées, le nombre des cellules réunies en groupe avait di- 
minué, et celui des cellules isolées avait augmenté proportionnellement. On 
remarquait en méme temps que celles-ci perdaient leur forme régulièrement 
sphérique : elles s'allongeaient par un de leurs points, puis par le point diamé- 
tralement opposé, Tl en résultait des cellules d'abord ovoïdes, puis oblongues 
et enfin cylindriques. Ces dernieres continuaient à grandir de plus en plus, 
sans d'ailleurs s'accroître en diamètre, et devenaient enfin ces longs filaments 
qui constituent ici les grains de pollen. | 

Les fleurs femelles sont composées de deux carpelles libres, presque ses 
siles, situés en face l'un de l'autre, à l'extrémité d’un court pédicelle, et en- 
veloppés, de méme que les étamines, dans la gaine d'une feuille. Au moment 
de la fécondation, les ovaires sont irrégulièrement cylindriques, un peu com- 
primés latéralement : le bord ventral, c'est-à-dire le cóté par lequel ils se re- 
gardent, est droit; le cóté opposé, ou bord dorsal, est uu peu renflé vers le 
tiers inférieur. Un style assez court, canaliculé, fait suite au bord dorsal de 
l'ovaire, Il se termine par deux longs stigmates linéaires qui atteignent souvent 
près de 10 centimètres de longueur. Le sommet des stigmates est aigu Où bi- 
fide ; souvent leurs bords présentent une ou plusieurs petites dents. L'ovaire 
est uniloculaire et uni-ovulé, L'ovule est pendant, un peu courbé en dehors 
vers le sommet, de sorte que l'axe du canal micropylaire n'est pas dans le 
prolongement. de l'axe du nucelle, Il est renfermé dans deux enveloppes, dont 
l'interne (secondine) n'est pas complétement recouverte par l’externe, 


wm 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1864. k59 

Après la fécondation l'ovaire grossit assez rapidement : son bord dorsal se 
renfle beaucoup, tandis que le bord ventral reste presque droit. Il prend en 
conséquence la forme d'un corps irrégulièrement ovoïde, comprimé latérale- 
went, terminé obliquement par le style et la base des stigmates. Cette confi- 
guration reste la même jusqu’à la maturité complète. Pendant que ces chan- 
gements se manifestent à l'extérieur, l'embryon se développe à l'intérieur. du 
nucelle. Une des deux vésicules qui occupent le sommet du sac embryonnaire 
grossit et se partage en deux cellules secondaires, dont la supérieure con- 
stitue le suspenseur et l’inférieure l'embryon. La cellule-suspenseur continue à 
grossir pendant quelgue temps, mais son développement s'arréte bientót, et 
elle n'atteint jámais une dimension proportionnellement aussi grande que dans 
le Zostera marina L. Quant à la seconde vésicule, elle se soude avec le sus- 
penseur et longtemps après on la retrouve au sommet de celui-ci. Dans son 
évolution successive, l'embryon est d'abord globuleux ; il devient ensuite cy- 
lindrique, se courbe sur lui-méme en forme de nacelle, s'aplatit, et à partir 
de ce moment on commence à observer le rudiment de la feuille cotylédonaire 
sous l'apparence d'une portion plus étroite, cylindrique, canaliculée, située à 
l'extrémité la plas éloignée du micropyle. Bientót la distinction entre l'extré- 
mité cotylédonaire (cotylédon et gemmule) et les parties situées au-dessous se 
prononce de plus en plus. Cette extrémité grossit peu, tandis que la radicule 
prend un développement considérable. D'abord placée sur le prolongement du 
bord ventral de la masse principale, l'extrémité cotylédonaire s'infléchit et se 
coude de manière à faire avec sa direction primitive un angle trés ouvert, et 
cette inflexion ne s'arréte que par le fait de la rencontre de cette extrémité 
avec la masse radiculaire. Au moment où le cotylédon commence à se ren- 
verser, on voit apparaître une. petite. saillie sur le bord interne de la masse 
principale un- peu au-dessous du milieu de ce bord. Un faisceau fibro- 
vasculaire s'étend de cette saillie à la base de la gemmule, en décrivant 
une anse à convexité intérieure. Pendant que ces changements ont lieu, le 
tissu cellulaire du nucelle se désagrége, se dissout, et il n'en reste plus de 
waces longtemps avant que l'embryon ait atteint le quart de son dévelop- 
pement, 

. Ainsi que le fait remarquer Cavolini, on pourrait, à première v vue, prendre 
les fruits mûrs du Phycagrostis pour des semences de Cücqrbiacée. Ils sont 
semi-ovés, comprimés, terminés au sommet par la base persistante du style. 
A la partie inférieure du bord interne, une petite saillie triangulaire indique 
le point d'attache de l'ovaire. Une lamelle mince, un peu crénelée, borde la 
face dorsale : le bord ventral est pourvu d'un bourrelet plus épais, mais 
moins saillant. Le péricarpe est de couleur fauve, dur, cassant et presque 
ligneux. On trouvé au-dessous une membrane mince, brune, constituée par 
la primine et la secondine, immédiatement appliquée sur l'embryon. Celui-ci 
remplit toute la cavité du péricarpe : il est lenticulaire, irréguliérement 


A960 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ovoide, composé d'une masse volumineuse (radicule) de couleur blanchátre et 
de consistance cornée, trés riche en fécule. Sur le bord dorsal est appliqué 
un appendice cylindrique brunâtre formant un petit bourrelet : la moitié 
supérieure de ce bourrelet (cotylédon et gemmule) est libre et regarde le hile, 
tandis que la moitié inférieure s'amincit graduellement et finit par se con- 
fondre avec la masse générale au point où aboutit l'anse fibro-vasculaire dont 
il a été question plus haut. 

Endlicher dit, dans son Genera plantarum, que le péricarpe s'ouvre en 
deux valves. Cette expression ne me paraît pas répondre exactement à ce qui 
se passe au moment de la germination. J'ai observé seulement qu'au moment 
de la germination le bord dorsal est détaché des parois latérales et un peu 
écarté par le gonflement et la sortie du cotylédon. Tandis que l'extrémité 
cotylédonaire s'allonge vers le haut, la partie inférieure du bourrelet se 
gonfle et se couvre de poils délicats semblables à ceux qui revétent les jeunes 
racines. Cette partie ne se développe pas davantage. On peut bientót, au con- 
traire, distinguer deux portions dans l'extrémité cotylédonaire. L'inférieure 
(tigelle) est blanche, cylindrique, égale, plus ou moins longue et limitée en 
haut par un léger renflement à partir duquel commencent le cotylédon et le 
bourgeon qu'il renferme à sa base. De chaque côté de ce renflement, on voit 
bientôt poindre deux petites saillies opposées, et en méme temps la première 
feuille écarte les bords de la fente cotvlédonaire et se montre au dehors. Lors- 
que ces saillies ont acquis un certain développement, leur sommet se rompt 
et laisse passer les deux premiéres racines de la plante. Une seconde feuille, 
puis une troisième, fait son apparition, et il naît de la méme facon une 
seconde et assez souvent une troisiéme paire de racines. De nouvelles feuilles 
se produisent successivement, la jeune tige s'allonge, mais dorénavant les 
nouvelles feuilles ne sont plus accompagnées de l'émission régulière de racines; 
en outre, celles-ci ne naissent plus par paires comme cela a lieu pour les 
premiers entre-nœuds. 


M. J. Gay dit que le filament qui, dans le Cymodocea, porte 
l'anthére, lui parait réellement terminer l'axe; comme cette anthére 
est à quatre loges, on doit regarder son support comme formé par 
la réunion de deux filets. 

M. Brongniart dit que cette interprétation lui semble trés plausible, 
mais qu'il faudrait étudier le développement de la fleur, avant 
d'émettre une opinion positive à ce sujet. 

M. Boisduval présente à la Société un pied vivant de Lindernia 
pyzidaria qu'il a récemment recueilli à Trentemoult prés Nantes, 
et qu'il cultive. : 

M. Chatin présente et distribue aux membres présents de beaux 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. h61 


échantillons d'EJatine Alsinastrum qu'il vient de recueillir entro 
Voisins-le-Bretonneux et Châteaufort (Seine-et-Oise). 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donné lecture de la communi- 
cation suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR QUELQUES PLANTES DES ALPES DE SAVOIE, 
pr M. Victor PERSONNA'T. 


(Sallanches, 21 juillet 4861.) 


Pedicularis Letourneuxii V. Pers. sp. nov. 

Fleurs 3-5, en épi court, presque en téte, l'inférieure un peu distante; 
bractées foliacées, pennatifides, à lobes dentés; pédoncules égalant le calice, 
les inférieurs une demi-fois plus longs, gréles; calice tubuleux, fortement 
velu, non laineux, à dents éncisées, velues, ciliées-laineuses à la base, 
plus courtes que le tube; corolle rose, à lèvre supérieure d'un pourpre 
presque noir atténuée en long bec tronqué; tube glabre intérieurement, 
portant à l'extérieur deux rangs de poils correspondant à la division 
des deux lèvres; filets des étamines velus supérieurement ; feuilles pennati- 
séquées, à segments ovales-lancéolés, incisés-pennatifides, pubescents, velus 
sur la nervure ; pétioles laineux ; tiges de 5-10 centimètres, étalées-couchées, 
redressées au sommet, velues surtout inférieurement ei présentant deux 
lignes de poils plus épais et plus longs; souche gréle, multicaule; racine 
fusiforme. 

Cette plante croit dans les débris de rochers de gneiss gris de l'aiguille des 
Charmoz, versant de la Mer de glace, à environ 2500 mètres d'altitude, et 
fleurit en juillet prés des neiges. Rare. 

Elle diffère du P. rostrata L. par la villosité de ses tiges, feuilles et calice, et 
le pourpre noir de la lévre supérieure de ses corolles; elle s'éloigne du 
P. incarnata Jacq. par les dents pennatifides de ses calices, et du P. gyro- 
flexa Vill. par la longueur de ses pédicelles et ses calices à dents velues. 
Elle se sépare de tous les trois par ses feuilles simplement pennatiséquées, 
à segments incisés, et se reconnait au double rang de poils de ses 
corolles. 

Vinea minor L. var. purpurea. — Cette variété, omise dans la F/ore de 
France de MM. Grenier et Godron, se trouve ici en abondance : dans les bois 
de Balme et de Magland, elle couvre seule de grandes étendues de broussailles 
et se rencontre rarement mélangée avec le type. Elle mériterait peut-étre d'en 
être distinguée spécifiquement par son calice à tube plus évasé et moins allongé, 
plus velu et ordinairement complétement fermé de poils à l'intérieur, tandis 
qne dans le type les poils sont groupés derrièreles étamines en cing faisceaux 


A62 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


distincts. Corolle d'un violet pourpre, à 5 souvent 6-7 lobes; 5 étamines; 
feuilles plus allongées proportionnellement à leur largeur. — Floraison, 
45 avril ; altitude, 550 mètres. 

&ellidiastrum Michelii Cass. — Abondant dans tous les bois du Fau- 
cignv, il m'a offert une seule hampe biflore; mais, depuis leur naissance jus- 
qu'à leur embranchement, on distingue facilement, sur une longueur de 
9 centimètres, la soudure des deux pédoncules, pénaréa de chaque côté par 
un sillon saillant. 

Gagea Liottardi Schult. — Cascade de la Sallanche ; altitude, 1100 mè- 
tres; 47 mai; autour du dernier chalet de la montagne de Saint-Roch. Jelai 
trouvé portant presque toujours des bulbilles à l'aisselle des feuilles, comme 
MM. Grenier et Godron les indiquent pour le G. arvensis Schult.; souvent 
méme la plante né fleurit pas et n'offre que des bulbilles. 

Gagea lutea Schult. —Trés abondant à Domancy, sur les pentes inférieures . 
de la vallée de l'Arve. Généralement la tunique membraneuse de son tuber- 
cule unique est recouverte à moitié et d'un seul côté par une seconde mem- 
brane abritant 4-12 bulbilles, enveloppés chacun d'une unique roussátre, 
et adhérant à peine à la plante-mère be ils se séparent dès qu'on soulève 
leur membrane protectrice, 

Crocus vernus L, — A 1400 mètres d'altitude; le 17 mai j'en ai 
recueilli un pied dont le — était divisé en huit segments largement 
oblongs. 

Typha minima Hoppe. — Prairies de Balme, au bord de l'Arve, à 495 
mètres d'altitude, 17 juin 1861 ; très abondant. L'un de mes échantillons m: ‘a 
offert deux épis femelles superposés et peu distants, aussi gros l'un que l'autre 
et de grosseur normale, 

J'avais, l'an passé, dans les marais dé Marennes (Charente-Inférieure), 
observé déjà de nombreuses déformations des épis du Typha angustifolia L.: 
de nombreuses tiges supportaient plusieurs épis juxtaposés, quelques-uns 
s'allongeant en deux ou trois branches roulées en spirales. 


La communication de M. V. Personnat est accompagnée de 
quelques échantillons destinés par lui à l'herbier de la Société, et 
que M. Fournier dépose, de sa part, sur le bureau. 

M. de Schenefeld dit qu'il a vu, à Tegel près Berlin, une variété 
du Vinca minor, à fleurs d'un violet rougeâtre. 

M. Eug. Fournier rappelle qu'une monstruosité de Typha, ana- 
logue à celle qui est décrite par M. Personnat, a été observée et 
communiquée à la Société par M. Buffet (1). 


(1) Voyez le Bulletin, t. V, p. 758. 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861, A65 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR LE CARDAMINE GRANULOSA All., pr ME, Auguste GRAS. 


(Turin, juillet 1861.) 


Malgré le respect que je dois au grand nom d’Allioni, j'ose assigner devant 
le tribunal de mes confrères une de ses espèces les plus pompeuses, que nos 
botanistes du pays ont constamment regardée comme la perle de notre petite 
flore, La renommée du Cardamine granulosa a franchi nos frontières, et, si 
plus d’un savant étranger a dû solliciter de la courtoisie des naturalistes 
piémontais là communication de quelques brins de la plus précieuse de leurs 
curiosités végétales, un tel empressement, on en conviendra sans peine, était 
tout à fait naturel à l'égard d'une plante qui, de tous les charmants recoins 
de notre merveilleux univers, avait choisi, nous disait-on, pour unique habitat 
quelques arpents des prairies humides de notre colline. 

Je vais malheureusement tâcher de faire disparaître, pour les amateurs de 
raretés, une cause d'illusion qui n'a que trop duré dans les annales de la 
science. Dans un temps où l'on se fait une gloire, peut-être exagérée, de mul- 
tiplier les espèces, je ne crains pas de me ranger, dans ce cas extraordinaire, 
parmi les botanistes réducteurs, en commençant par réduire aux justes pro- 
portions de la circonstance l'axiome de ce philosophe morose qui trouvait 
plus criminel de donner la vie à un étre que de la lui óter. 

L’immortel auteur du Flora pedemontana, et aprés lui Balbis, Bellardi et 
Re, signalent dans les environs de Turin le Cardamine pratensis comme 
assez commun dans les endroits herbeux de la plaine, tandis qu'ils désignent 
le C. granulosa comme trés rare dans quelques prairies de nos riants coteaux. 

Pour ce qui concerne le C. pratensis, l'indication de nos floristes a été 
facilement reconnue inexacte, surtout d’après l'examen de leurs herbiers. Le 
beau Cardamine que nos auteurs prenaient pour le C. pratensis de Linné est 
tout simplement le C. Matthioli de Moretti, espèce qui me parait incontes- 
table et suffisamment distincte de ses congénères, La plante, assez robuste et 
d'un vert sombre, a un port tout à fait caractéristique; plusieurs tiges s'y 
développent le plus souvent de la méme souche fortement charnue, et les 
feuilles, toujours nombreuses, s'y présentent découpées en une anantité con- 
sidérable de segments; les fleurs en sont de la grandeur environ ac celles du 
C. amara et constamment blanches ; enfin la plante correspond exactement 
à la figure 2 de là page CXXVII, livre V, de Clusius, figure que l'on trouve 
citée dans quelques flores départementales sous le C. pratensis, ce qui doit 
faire raisonnablement supposer que cette espèce puisse appartenir à la flore 
de France. ; 


64 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Quant au vrai C. pratensis L., tel que je le connais d’après des échantillons 
de France que je dois à l'obligeance d'un de nos aimables confréres, et 
d’après la figure assez fidèle que Fuchs en donne à la page 325, il n'est 
pas commun dans quelques-unés de nos provinces méridionales, à Sarzane, 
à Pise, à Lucques (d'aprés M. Bertoloni); mais il n'est signalé que comme 
une véritable rareté dans les régions de l'Italie supérieure. Il y a donc lieu 
de croire qu'il resta, comme tel, inconnu à notre Allioni ainsi qu'à ses 
successeurs : en effet, ces naturalistes vécurent dans un temps où les diffi- 
cultés des voyages rendaient les hommes moins entreprenants, et nul d'entre 
eux, à l'exception de Balbis, ne dépassa, dans l'étendue de ses études, la 
ligne conventionnelle qui marquait sur sa carte les frontières politiques de - 
son pays. 

Cependant il est certain qu'une espèce de Cardamine, qui a disparu 
aujourd'hui de notre colline, y végétait autrefois dans la partie supérieure de 
la vallée dite des Saules. Elle y fut découverte par le célèbre Molineri, lequel 
ayant reconnu, dans l'élégante Crucifère, une plante nouvelle pour la flore de 
Piémont, se hâta de la soumettre à Allioni, Celui-ci n'était pas, bien s'en faut, 
un faiseur d'espéces; mais, malgré quelques affinités qu'il crut aperceyoir 
entre ce Cardamine et celui qui représentait dans sa flore le C. pratensis, il 
s'empressa d'accueillir la trouvaille de son jardinier, et, la référant au /Vastur- 
tium pratense odoratum, radice granulis tuberosa de Gaspard Bauhin, et au 
Cardamine quinta de Dalechamp, il baptisa solennellement l'espéce du titre 
de granulosa. — 

Or, quel était ce Cardamine mystérieux dont toute trace serait irrémissi- 
blement perdue? Je n'hésite point à croire que ce fut le véritable C: pra- 
tensis de Linné, et les preuves d'un tel jugement ne me paraissent nullement 
douteuses. + 

D'abord la diagnose de l'espèce granulosa donnée par Allioni, quoique 
fort développée, est insuffisante et trop vague pour qu'on puisse de nos jours 
. y reconnaitre, d'une manière indubitable, l'espèce en question, car, dans 
les phrases descriptives, il n'y a rien qui ne puisse en méme temps convenir 
à l'espèce pratensis. Quant aux synonymes cités par Allioni, le premier pour- 
rait bien se rapporter au C. pratensis; mais, à l'égard du second (celui de 
Dalechamp, dont la figure représente une racine tubéreuse, verticale, garnie 
de courtes fibres et de granulations), il faut remarquer que le Cardamine 
figuré devait naître, d’après l'auteur (I, 660), in Sequanorum silvis abietibus 
el piceis consitis, muscoso solo, et que, si cette station ne convient guère à 
l'espèce pratensis, les floristes ont prouvé, de leur côté, qu'un tel habitat 
wavait été nullement dévolu à la plante hypothétique d’Allioni. 

M. Bertoloni, qui recut de Molineri et de Balbis des exemplaires desséchés 
du C. granulosa, a décrit à sa manière, et dans les plus minutieux détails, la 
plante d'Allioni et le C. pratensis L., qu'il maintient comme espèces. dis- 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. A65 


tinctes. Mais, particularité singulière ! le premier organe décrit, et l'un des 
plus caractéristiques, la raciue, est reconnu pour conforme dans les deux 
espèces, et la granulation (caractère de nature inconstante et dépendant peut- 
être de l’âge de la plante ou des conditions spéciales dans lesquelles on la fait 
végéter) leur est attribuée à l'une et à l'autre sans la moindre différence (1). 

Je ne m'arréterai point sur quelques notes différentielles qui peuvent plutôt 
distinguer l'individu que l'espèce, et je n'ai qu'un mot à me permettre sur la 
couleur des fleurs. Allioni donne à son espèce des fleurs blanches; mais cette 
méme plante, annuellement cultivée depuis Allioni au jardin botanique de 
Turin, porte aujourd'hui des fleurs d'un lilas tendre. J'ajouterai à cela 
que la bibliothèque de notre Académie royale des sciences possède de l’ Auc- 
tarium d'Allioni, où le C. granulosa fat publié (1789), l'exemplaire qui 
appartint au savant Bellardi, et que, parmi les notes autographes dont celui-ci 
chargea le précieux opuscule, on lità cóté de la nouvelle espéce, et relative- 
ment aux fleurs : eliam subpurpureos vidit Bellardi. Je n'ose insister davan- 
tage sur le peu d'importance de la couleur qui, d’après les règles de la 
science, ne peut, à elle seule, caractériser aucune espèce ; et d'ailleurs c'est 
un fait reconnu par les floristes que, si le C. pratensis se présente habituelle- 
ment avec des fleurs lilas, on le rencontre aussi, quoique assez rarement, 
portant des fleurs blanches. 

Une dernière preuve doit intervenir dans le débat, l'inspection des herbiers. 

Il faut remarquer d'abord que les exemplaires du C. granulosa sont tres 
rares. D'une plante à localités si bornées n'en avait pas qui voulait. L'herbier 
d'Allioni en possède quatre exemplaires légèrement endommagés, et moi-même 
je dois au plus cher de mes amis, à notre confrère M. Ardoino (de Menton), 
une demi-douzaine d'échantillons récoltés à Turin au mois d'avril de l'année 
1815 par un amateur distingué, éléve de Balbis. L'herbier de ce dernier en 
est assez richement pourvu, et tous les exemplaires y sont étiquetés de la main 
d'Allioni; mais malheureusement, chez la plupart d'entre eux, la racine a 
perdu son caractere distinctif, et, soit dans les types d'Allioni, soit dans nos 
autres échantillons, j'avoue qu'aprés le plus scrupuleux examen, je n'ai rien 
pu découvrir qui eût sérieusement la valeur d'un caractère spécifique, et 
n'ai su, par conséquent, saisir aucune différence frappante entre les €. gra- 
nulosa All. et C. pratensis L. C'est pourquoi je pense que la synonymie des 
deux espèces doit être, pour la flore d'Italie, réformée de la manière suivante : 

Cardamine pratensis L. — C. granulosa All. et auctorum. 

Cardamine Matthioli Moretti — C. pratensis All. et auct. pedem. 


(1) On vient d'observer au jardin botanique de Turin un fait trés curieux, qui confir- 
merait l'une ou l'autre des deux suppositions. Un pied de Cardamine pratensis, trans- 
planté en mai dernier dans un vase du jardin, et qui n'accusait alors aucun indice de 
bulbilles, présente aujourd'hui (22 décembre), dans une nouvelle pousse, sa racine 
chargée d'une abondante granulation, (Note ajoutée pendant l'impression.) 


166 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


MM. Reichenbach et Bertoloni sont jusqu’à présent les seuls des floristes 
modernes qui aient cru devoir admettre la plante d'Allioni. Maïs il faut avouer 
aussi que le genre Cardamine n'est pas encore tombé sous le scalpel de ces 
terribles monographes qui prennent un si étrange plaisir à multiplier les espèces 
à l'infini. Qui sait si quelqu'un d'entre eux n'arrivera pas un jour à découvrir 
plus d'une espéce dans cette pauvre plante dont j'ai entrepris de contester 
l'existence, et dont j'attribue à un simple malentendu l'apparition momen- 
tanée dans la nomenclature botanique. 

Le C. pratensis de Linné a été retrouvé depuis, dans les environs de 
Stupinis, à deux lieues de Turin, par mon ami M. le docteur Rostan ; mais 
peut-être existait-il déjà, au temps d'Allioni, dans cette même plaine, entre 
Turin et Pignerol : en effet Bellardi cueillit dans les prés d'Airasca (arrondis- 
sement de Pignerol) et rangea avec soin dans son herbier un pauvre échantillon 
de Cardamine, qui, par son port et malgré la forme un peu étrange de ses 
feuilles, peut, à la rigueur, étré rapporté au C. pratensis L. Quoi qu'il en soit, 
une nouvelle localité de l'espèce linnéenne a été découverte cette anñée dans 
les bois humides de Stupinis, par M. Chiuso, jardinier en chef du jardin bota- 
nique de Turin, et M. Defilippi, jardinier du méme établissement. J'ai pu 
examiner les spécimens que ces messieurs ont recueilli, et ils m'ont paru 
exactement conformes à tous nos échantillons de C. granulosu. Quant aux 
localités classiques indiquées par nos floristes sur la colline de Turin, la 
culture envahissante en a chassé inexorablement la pauvre Crucifère. 

C'est ici que j'invoque les souvenirs de l'excellent compagnon de mes 
premières excursions. Combien de fois, depuis vingt ans, notre carte à la 
main, n'avons-nous pas, M. Ardoino et moi, parcouru pied à pied le terrain de 
nos collines! Combien de fois, revenus sans succès, ne sommes-nous pas 
remontés à la charge et redescendus saus réussite ! 

Nous avouons franchement que le C. granulosa fut un des rêves de nos 
jeunes imaginations, qu'au retour de bien des printemps nous poursuivimes 
de nos recherches les plus soigneuses. Nous avions depuis conservé pour 
cette plante introuvable une prédilection marquée, et aujourd'hui même 
qu'en changeant d'essence et de nom, elle a cessé d'exister pour nous, nous 
ne saurions rester indifférents en rencontrant le nom de cette fabuleuse 
espèce : nous lui ménagerons un petit coin parmi les souvenirs de nos 
chimères évanouies, et, pour l'illusion perdue, nous y garderons un pieux 
regret. ' l 

S'il m'est permis de rappeler à ce sujet une similitude ingénieuse de Victor 
Hugo, je dirai que notre erreur d’avoir cru au Cardamine granulosa fut 
semblable à celle de ces gens qui, ayant vu briller les étoiles à travers le 
feuillage d’un arbre, auraient pu croire un instant que les rayons des astres 
étaient les fruits du merveilleux végétal; mais nous pensons en- méme temps 
que si, dans cet épisode curieux de nos études, notre jugement se laissa 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. A07 


duper avec trop de bonhomie, et notre bonne foi fut trop longtemps aveugle, 
la condition de l'auteur de l'espèce s'y trouve beaucoup plus compromise. 


Chacun se trompe ici-bas, 


dit impitoyalement La Fontaine, et, bien qu'Allioni qui, ayant sous la main 
une excellente espèce toute nouvelle, s'en dessaisit pour courir inconsidé- 
rément après une vieille plahte de Linné, ne mérite pas qu'on dise sévère- 
ment de lui tout ce qui fut écrit du héros d'une certaine fable, il doit bien 
permettre tout au moins que l'on conclue à ses dépens, que ce fut surtout sa 
faute s’il n'eut ni l'ombre ni le corps. 


M. Eug. Fournier fait hommage à la Société, pour son herbier, 
d'un échantillon de Lonicera tatarica offrant une anomalie dont 
il a déjà entretenu la Société (1). 


M. Puel donne lecture de la note suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, por ME. 'F'. PUEL (suite). 


6. Linum tenuifolium L. Sp. ed. 1, p. 278 (1753) et ed. 2, p. 398 

(1762) ; Puel! Cat. du Lot, n° 5h52, p. 75 (18^6). 

Bois de Bouby, dans le vallon d'Herbemols prés Figeac. — Lieux secs. — 
"Terrain calcaire (trias). — Alt. 220 m. — Fl. 12 juin; fr. 22 Du 1859. 
— Récolté par M. L. Puel. 

Cette plante est généralement répandue en France, ainsi que dans une 
grande partie de l'Europe. Elle appartient à la flore des régions de plaine, 
mais elle se plait particuliérement sur les coteaux arides, élevés, et parvient 
quelquefois à plus de 1000 métres d altitude dans les hautes vallées de la 
région montagneuse. 

‘Sa synonymie ne présente aucune particularité — : je ferai ob- 
server seulement qu'elle a été longtemps confondue avec le Z. salsoloides 
Lamk, qu'on rencontre dans plusieurs départements du sud-ouest de la France. 


7. Hypericam linarifolium Vahl Symb. 1, p. 65 (1790); Puel! Cat. du 
Lot, n° 1136, p. 182 (1850). 

: Rive droite du Célé, au lieu dit Roc dé lo Clouco, prés Figeac. — Fentes 
des rochers. — Terrain siliceux (granite). — Alt. 215 m. — FI. 5 juin ; fr. 
14 juillet 4859. — Récolté par M. L. Puel. 

- V Hypericum linarifolium est une des espèces les mieux caractérisées du 
genre, et sa synonymie, aujourd'hui parfaitement établie, ne peut donner lieu 


(1) Voyez le Bulletin, t. V, p. 759. 


468 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


à aucune confusion. Je dois dire néanmoins que quelques auteurs l'ont con- 
fondue. avec l Æ. pulchrum : ainsi, d'une part, Aubry la désigne sous le nom 
d'A. pulchrum (Exerc. d'hist. nat. éc. centr. Morbihan, p. 59), et, d'une 
autre part, c'est cette dernière espèce qu'on trouve dans l'herbier de Lapey- 
rouse, sous le nom d' A. linarifolium (Clos Rév. herb. Lap. p. 62). Je 
ferai remarquer aussi que la plupart des auteurs français, se copiant proba: 
blement les uns les autres sans recourir au texte de Vahl, écrivent lineari- 
folium au lieu de /inarifolium, ce qui modifie le sens étymologique (1). 

L'H. linarifolium appartient à un petit groupe de plantes occidentales, 
dont la distribution géographique est fort curieuse. 

Au midi, on le trouve (comme la plupart des plantes occidentales de 
France) en Portugal, d’où il a été rapporté par Tournefort et par Joseph 
de Jussieu; en Espagne, et notamment dans les Asturies (Durieu, exsicc. 
n° 372); à Madère, d’après l'herbier de M. J. Gay qui l'avait recu de M. Webb 
sous le nom d' H. angustifolium Lowe Prim. Fl. et Faun. Mader. 1831, p. 35. 

Au nord, notre plante remonte jusqu'en Angleterre, où elle est indiquée 
sur les rochers granitiques, dans les comtés de Cornouailles et de Devon, 
d'aprés MM. Borrer, Babington et Hincks (Watson Cybele brit. t. T, p. 249); 
sir W. Hooker en a déposé, dans l'herbier du Muséum de Paris, un exemplaire 
venant de Jersey. Son carré d'expansion, calculé par M. Lecoq, n'est que 
de 121. 

Les différentes localités de France où l'on a rencontré jusqu'à ce jour l'H. 
linarifolium, peuvent être représentées par trois séries linéaires, dont l'une 
serait adossée au versant septentrional des Pyrénées, tandis que les deux autres 
s’élèveraient parallèlement entre elles et perpendiculairement aux extrémités de 
la première : l’une à l’ouest sur les côtes océaniques, l'autre à l'est sur la lisière 
granitique des montagnes du plateau central, laissant entre elles un espace libre 
qui comprend tout le centre calcaire du bassin de la Gironde, dans lequel la 
plante manque complétement. Mais ces trois séries sont purement arbitraires, 
et destinées uniquement à présenter l’ensemble de la distribution géographique 
de notre plante : elles se subdivisent en plusieurs groupes distincts que je vais 
essayer de rattacher aux diverses flores régionales établies dans mes études 
précédentes. 

LH. linarifolium a été décrit par Vahl, d'aprés des échantillons qui lui 
avaient été envoyés de Bayonne, mais jl n'est pas certain que la plante ait été 
trouvée dans les environs immédiats de cette ville, ni méme dans. la circon- 
scription de l'arrondissement. De Candolle, il est vrai, cite Bayonne, mais il 
en laisse la responsabilité à Vahl (Syn. pl. 1806, p. 412, n°4582 *); quant 
à Lapeyrouse, il est probable qu'il a copié De Candolle, car, ainsi que je l'ai 
dit précédemment, la plante manque dans son herbier. 


(1) Voyez le Bulletin, t, VI, p. 775 (en note). 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861, h69 


M. Darracq, dans son intéressante notice sur les environs de Bayonne (1), 
cite plusieurs localités des Basses-Pyrénées, mais elles appartiennent toutes, si 
je ne me trompe, à l'arrondissement de Mauléon. Enfin je n'ai trouvé, dans les 
herbiers que j'ai visités, aucun échantillon authentique de Bayonne même. 

Les localités pyrénéennes constituent un premier groupe trés naturel, dé- 
pendant exclusivement des terrains siliceux (schistes ou granites), et se dé- 
veloppant depuis les environs d'Ax (Ariége) jusqu'à Baigorry, dans l'arrondis- 
sement de Mauléon (Basses-P yrénées). 

Dans le bassin de la Gironde, la plante n'a été trouvée, en dehors du dé- 
partement des Landes, que sur un seul point du département de Lot-et-Ga- 
ronne, dans sa partie la plus méridionale, qui n'est en quelque sorte que la 
continuation de la méme région sablonneuse. 

Elle manque complétement dans toute la partie centrale du bassin de la 
Gironde où le calcaire domine, pour reparaitre plus loin sur les terrains sili- 
ceux du bassin de la Loire. 

Les schistes de l'Anjou, les granites de la Bretagne semblent étre la véri- 
table patrie de l H. linarifolium, et il serait difficile d'énumérer toutes les lo- 
calités où on le rencontre : aussi, dans la liste que je donne, me suis-je 
attaché principalement à signaler les plus importantes. 

Le quatrième groupe comprend toutes les localités qui dépendent du pla- 
teau central, depuis les Cévennes et la Montagne-Noire jusqu'à Availles- 
Limouzine (Vienne). J'ai placé dans ce groupe une localité en apparence isolée, 
je veux parler de celle de Saóne-et-Loire; mais je ferai remarquer que ce 
département et celui de là Lozére sont à peu prés sous le méme méridien. 

Toutes les localités du plateau central où l'on rencontre l H. Jinarifolium, 
sont situées à la bordure méme du bassin, et jamais là plante ne pénètre au 
centre de la chaine. Je ne connais pas la limite supérieure d'altitude à 
laquelle elle peut parvenir, mais, aux environs de Figeac, elle ne dépasse pas 
220 métres. 

Je place enfin, dans une sorte d'appendice et sous le titre Laisse de 
Florule des Ardennes, la localité véritablement excentrique, signalée par 
notre honorable confrère, M. le baron de Mélicocq, aux environs de Rocroi. 
Cette plante, désignée d'abord sous le nom d’ H. repens (De Mélicocq Prodr. 
fl. Laon, Rocroi, etc., p. 20), et plus tard sous son vrai nom d'Zl. linari- 
folium (Bull. Soc. bot. Fr.t. IV, p. 125), doit être fort rare dans les Ar- 
dennes, car M. Crepin, qüi a si bien exploré cette région avec son ami 
M. Gravet, n'en fait point mention dans son Manuel de la Flore de Belgique : 
il serait donc fort important qu'on la retrouvât soit à Rocroi, soit dans 
quelque autre partie des Ardennes. 


(1). Le catalogue de M. Darracq a été publié dans l'ouvrage de M. Morel, intitulé : 
ayonne, vues historiques el descriplives, 2° édit. 1846, p. 419-193. 


470 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


FLORE DES PYRÉNÉES. — ARIÉGE : Ax! (Bentham, 1829, in b. Gay et in 
h. Mus. p.; Loret, 1856, Glanes bot. in Bull. Soc. bot. Fr. t. VI, p. 215). 
HAUTE-GARONNE : Sur les rochers granitiques qui bordent la route d’Espagne, 
entre Fos et le Pont-du-.Roi, arr. de Saint-Gaudens (Loret Glanes, suppl. 
loc. cit. p. 775). BAssEs-PYRÉNÉES : Baigorry ! (de Forestier in h. Cosson), 
Bidarray, Saint-Jean-le-Vieux, Saint-Jean-Pied-de-Port, arr. de Mauléon 
(Darracg Notice Fl. Bay.). 

FLORE DE LA GIRONDE. — LANDES : Bois de Chênes-Tauzins, à Mirepech, 
commune de Saint-Paul prés Dax! (Thore Prom. Land. 1810, p. 27, cat. 
n? 55; specim, 1812 in h. Gay); Saint-Sever! (L. Dufour in h. Mus. p. et in 
h. Chaubard). LOT-ET-GARONNE : Bords du lac de la Lague pres Xaintrailles! 
(Chaubard herb.). 

FLORE.DE LA LOIRE. — VENDÉE : Mortagne-sur-Sèvre ! (Xevelière inh. 
Cosson) ;- Noirmoutier (Lloyd Fl.). LOIRE-INFÉRIEURE : Nantes! (Moride in h. 
Mus. p. ; Lloyd in h. Cosson, etc. ). MAINE-ET-LOIRE : Angers ! (DC. etc. in 
h. Mus. p.; Boreau in h. Puel, Cosson, etc.). SARTHE : Pontvallain, Lalude ! 
(Goupil in b. Mus. p.). MAYENNE : Laval! (Boullier in h: Gay). JLLE-ET- 
VILAINE : Rennes (Degland in Lois. #1.) MORBIHAN ; Belle-Isle, Vannes, 
Lorient, (DC. Fl). Finistère : Quimper (Lloyd Kl. Loire-Inférieure). 
MANCHE : Avranches (Artur- Villarmoi, 1806, in DC. Syn. p. 412); Gran- 
ville ! (Beautemps-Beaupré inh. Cosson) ; Cherbourg! (Des Étengs in. h, 
Cosson), CALVADOS : Vire! (Lenormand in h: Mus. p., in h. Puel, etc. , et in 
Schultz £l. Fr. et All. exsice. n° 49); Falaise! (Durand-Duquesnay in h, 
Cosson); Harcourt, Clécy, Mont-Joly, Carabillon, etc. (Hardouin, Renou et 
Leclerc, Cat. Calv. p. 102); Feuguerolles,. Bully, Amayé-sur-Orne, 
Mouen, etc., arr. de Caen. (Hardouin, etc., loc. cit.) 


FLORE D'AUVERGNE. — LOZÈRE : Villefort! (Prost in h. Mus.: p.); le 


long du Gardon, de Sainte-Croix à Saint-Étienne-de-Valfrancesque (Lecog 
et Lamotte Cat.) AUDE : Mas-Cabardés! (Ozanon in h. Puel). AVEYRON è 
Montagne de Pénevaire, au confluent de l'Alzou et de l'Aveyron, prés de 
Villefranche! (Bras in h. Puel). Lor : Figeac (Lamy ex Boreau in Puel Cat: 
1850), sur la rive droite du Célé, au lieu dit Roc dé lo Clouco et vis-à-vis la 
même localité, sur la rive gauche, prés de Buzac, cant. et arr. de Figeac! 
(L. Puel). Corrèze : Tulle, derrière la manufacture de l'Estabourni ! (André 
in Puel Cati; Æ. de Valon nb. Puel); Brives (Lamy Fl. Haute-Vienne, 
p. 6) (4). Vienne : Availles-Limouzine, arr. de Civray (Delastre Fl.). SAONE- 
ET-LOIRE : Bruyère du Bonnet-Vert, près la Selle-en-Morvan, arr. d'Autur 
(Carion in Boreau F/.). ' i 

FLORULE DES ARDENNES. — ARDENNES : Revin, cant. de Fumay, arr. de 


(1) Lamy, Flore dela Haute-Vienne, 56 pages, 1856, extrait du Guide de l'étranger 
à Limoges. : $ i PSA 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1864, A74 


Rocroi (De Mélicocg Prodr. fl. Laon, etc. p, 20, et in Bull. Soc. bot. Fr. 
t. IV, p. 125). ' 


8. Coriaria myrtifolia L. Sp. ed. 1, p. 1057 (1753) et ed. 2, p. 1467 
(1763); Lecoq et Lamotte! Cat. du plat. centr, p. 121 (1847) ; Puel! 
Cat. du Lot, n° 4427, p. 229 (1852). 

Vallon’ d'Herbemols, près Figeac. — Friches et bois. — Terrain calcaire 
(trias). — Alt. 220 m, — Fl, 25 mai-5 juin; fr, 30 juillet 1859, — Récolté 
par M. L, Puel. 

Je ne dirai presque rien de cette espèce si connue et si bien caractérisée, 
Elle a son centre de végétation dans la région mediterranéenne, et ne dépasse 
pas au nord-est les limites de la flore du Rhône ; mais dans le sud-ouest elle 
franchit les Corbieres, et se répand à profusion dans la partie méridionale du 
bassin de la Gironde. On l'a observée dans les départements suivants : Haute- 
Garonne!, Gers!, Tarn-et-Garonne!, Lot!, Lot-et-Garonne!, Dordogne!, 
Gironde (Delbos). Ces deux derniers départements constituent, si je ne me 


trompe, sa limite septentrionale. 
(La suite prochainement.) 


M. Chatin fait à la Société la communication suivante : 


SUR L'ANDROCÉE DES CRUCIFÈRES, par Mi. Ad. CHA'TEN (suite) (1). 


II. — Maintenant abordons directement cette question : Si Les paires de 
grandes étamines sont originellement distinctes, leur position est-elle la 
méme dans la fleur et dans le jeune bouton? 

Déjà j'ai dit incidemment que les mamelons destinés à former les grandes 
étamines sont plus distants pour chaque paire, à leur apparition, que. plus 
tard. Mais la question est trop importante pour ne pas étre considérée en 
elle-même et séparément de toute autre. 

On se rappelle le reproche fait aux dessinateurs de De Candolle et de 
M. Lindley d'avoir, par erreur, figuré les éléments des grandes étamines £rop 
prés des pétales. Mais les esprits non prévenus ne verront-ils pas, dans cet 
accord d'hommes, ne cherchant que la reproduction du vrai sans idées pré- 
concues, un témoignage en faveur de l'opinion suivant laquelle, méme à l'état 
adulte, les éléments des couples de grandes étamines tendent à rester un à 
un voisins des pétales correspondants. De telle sorte que, étant admise (ce que 
les faits plus haut exposés tendent à établir) la distinction complète à la nais- 
sance des éléments des couples, on verrait de plus qu'il faut reconnaître, dans 
bon nombre de cas, le maintien, même après le développement complet, de 


(1). Voyez plus haut, p. 310. 


472 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
tout ou portion cousidérable de la distance qui sépare toujours à l'origine les 
éléments des couples d’étamines, 

Des observations qui me sont personnelles s'ajoutent à toutes celles qui ont 
été faites par Kunth, par M. Lestiboudois, etc. , sur la position, plus ou moins 
exactement oppositipétale, des grandes étamines considérées au moment de la 
floraison. C'est ainsi que j'ai noté, il y a vingt-cinq ans, à une époque où je 
m'occupais de réunir des faits pouvant élucider la symétrie florale, sans me 
préoccuper d'idées systématiques qui m'ont toujours paru devoir, non pré- 
céder, mais suivre les faits observés, que les grandes étamines étaient presque 
oppositipétales dans l'A/yssum edentulum, le Cheiranthus Cheiri, le Ch. 
graecus et le Sinapis alba. 

Des faits tératologiques concourent aussi à établir que, daus les fleurs 
adultes des Crucifères, les organes tenant la place des grandes étamines peu- 
vent étre oppositipétales. 

Mais, si divers ordres de faits montrent que, en bon nombre de cas, les 
grandes étamines sont distantes les unes des autres et situées devant les pétales, 
il n'en est pas moins vrai que, dans la majorité des Cruciféres, elles sont 
rapprochées deux à deux devant les sépales placentaires. Par conséquent, /a 
position des grandes étamines n'est généralement pas la méme dans la fleur 
et dans le jeune bouton. 

Il est d'ailleurs établi à présent que, lorsque ces étamines, écartées et non 
rapprochées par couples, sont ainsi voisines des pétales, ce n'est point à là 
suite d'un dédoublement et de l'écart de parties primitivement réunies, mais 
parce que chaque grande étamine a conservé la place du mamelon qui la 
représentait au moment de son apparition sur le réceptacle floral. 

Le Crambe tatarica, cité plus haut comme l'une des plantes dans lesquelles 
j'ai vu les grandes étamines presque oppositipétales, offre, sur chacune de ces 
grandes étamines, une dent ou languette qui se dirige, comme dans quelques 
autres Cruciferes, de la partie supérieure du filet vers la grande étamine voi- 
sine. Or, cette dent, qui répondrait, dans la théorie du dédoublement, au 
dernier point de soudure de l'étamine dédoublée, présenterait ici cette parti- 
cularité de se retrouver chez des étamines trés distantes l'une de l'autre ; mais 
l'organogénie permet de constater : 1° que, dans le Crambe tatarica, comme 
dans les autres Crucifères, chaque grande étamine procède d'un mamelon 
distinct et très distant de son homologue ; 2° que la dent latérale du filet est 
une production tardive et nullement le reste d’une ancienne soudure. 

Ce Crambe tataricu fortifie, à un autre point de vue, l’une des objections 
faites à la théorie du dédoublement. Si, a-t-on objecté, les paires d'étamines 
représentaient en réalité une seule étamine dédoublée, elles devraient être 
plus petites que les étamines latérales, et cependant celles-ci sont les plus 
courtes. Or, on trouverait peu d'espèces ayant les étamines latérales ou car- 
Pellaires plus gréles et les étamines placentaires plus robustes que dans le 


SÉANCE DU 26 JUILLET 1861. A73 


Crane tatarica. Mais je me bâte de quitter un ordre de considérations qui 
eüt été mieux à sa place dans la premiere partie de cette note, 

HL — Quel est le róle des grandes étamines des Crucifères dans la 
symétrie de la fleur? 

L'idée du dédoublemeat étant écartée d'une part ; d'autre part, considé- 
rant que les grandes étamines sont d'autant plus voisines des pétales qu'on 
les observe plus prés de leur naissance, que, dans plusieurs espéces, la situa- 
tion oppositipétale se maintient à la floraison, et que des faits tératologiques 
reproduisent cette même situation oppositipétale, il nous parait qu'on doit 
admettre, avec MM. Lestiboudois (1), Lindley (2) et J. Gay (3), qwe Les 
grandes étamines représentent un verticille complet oppositipétale. 

On verra tout à l'heure combien cette interprétation s'accorde avec la symé- 
trie générale de la fleur, symétrie qui ne peut, au contraire, étre expliquée 
avec simplicité lorsqu'on considère les quatre grandes étamines comme ne 
représentant que deux étamines oppositisépales dédoublées. 

IV. — Quel est le rôle des deux étamines latérales, dans la symétrie 
générale de la fleur des Cruciferes? : 

L'illustre A.-P. De Candolle a admis, dansson beau mémoire sur les Cruci- 
fères, que chaque paire d'étamines géminées n'a que la valeur d'un seul 
organe, comme chacune des étamines latérales; que, par conséquent, l'an- 
drocée des Cruciferes doit être ramené au type quaternaire et à un seul 
verticille. 

Mais cette opinion, dans laquelle on. ne tenait d'ailleurs aucun compte de 
la situation plus inférieure des étamines latérales, n'est pas susceptible d’être 
défendue, dés qu'il est établi que les grandes étamines ne sont ni le produit 
d'un dédoublement, ni primitivement opposées aux sépales antérieur et pos- 
térieur. 

L'opinion de De Candolle, savamment développée par MM. Moquin-Tandon 
et Webb, viendrait de plus se heurter contre la symétrie à laquelle la position 
des carpelles fournit ses dernières preuves, ainsi qu'il sera établi plus bas. 

J'admets donc, avec M. Lindley, dont j'ai rapporté plus haut les paroles 
(et avec notre savant confrère M. J. Gay) que le verticille inférieur est 
incomplet, par le constant avortement des étamines qui devraient se trouver 
devant les sépales antérieur et postérieur. 

Chacun fera la remarque que ce verticille inférieur, représenté par les seuls 


1 


(1) Lestiboudois, Observ. phytol. sur l'insertion des étamines des Crucifères, 1826. 
(2) Lindley, Veget. Kingdom, p. 351, 4846. — L'opinion du savant anglais ayant 
été quelquefois mal interprétée, voici les paroles mêmes dont il s'est servi: /t appears 
to me that the outer series is incomplete, by the constant abortion of the stamens usually 
belonging to the anterior and posterior sepals, the (wo pairs that remain belonging in 
fact to the four petals. 


(3) J. Gay, Fumariæ officinalis adumbratio, in Ann. sc. nat. 2° série, t. XVIII, 
P. 214. 


T. VIII. 31 


LI 


A74 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


éléments latéraux, étant oppositisépale, est précisément dans la situation 
normale voulue par la loi d'alternance. 

L'organogénie pouvait éclairer sur la situation vraie du verticille des étamines 
latérales par rapport à celui des grandes étamines, de deux manières, savoir : 

a. En faisant connaitre l'ordre relatif de naissance ou d'apparition de ces 
étamines ; 

b. En indiquant, avant toute déformation du réceptacle par les développe- 
ments consécutifs au premier âge des organes, l'élévation respective, sur ce 
réceptacle, des mamelons représentant les étamines. 

Mais je dois reconnaître que, sur le premier point, les enseignements de 
l'organogénie, en raison de leur variabilité suivant les espéces, sont incer- 
tains. Sur le second point, au contraire, l'organogénie, en montrant nette- 
ment que les mamelons répondant aux étamines latérales sont plus extérieurs 
(ou plus inférieurs) que ceux des grandes étamines, fortifie l'opinion suivant 
laquelle l'androcée des Crucifères serait formé de deux verticilles, dont le 
premier, éxtérieur ou inférieur, et le seul oppositisépale, réduit aux étamines 
des sépales latéraux. 

V. — Bien que je ne me fusse d'abord proposé que l'examen de la ques- 
tion du dédoublement des paires de grandes 6tamines, j'ai été peu à peu 
conduit à considérer, accessoirement du moins, plusieurs autres points de la 
constitution de la fleur des Crucifères. Maintenant je dois, pour conclure et 
relier entre elles toutes les questions auxquelles j'ai touché, présenter un 
apercu sur la symétrie générale de la fleur. 

Or, nous aurons tous les éléments de cet aperçu en ajoutant à ce qui pré- 
cède que le type carpellaire est, d’après des faits tératologiques, d’après sur- 
tout la constitution de l'ovaire du Tetrapoma , constitution mise hors de doute 
par l'organogénie, représenté par quatre carpelles oppositisépales. A cet 
égard, mes propres observations sont d'accord avec celles de Payer (Traité 
d'Organogénie, p. 211, pl. XLIV, fig. 34 à 40) (1). 

On a vu que le premier verticille, ou verticille inférieur, incomplet par le 
développement des seules étamines latérales, est oppositisépale, et que le second 
verticille, verticille supérieur ou interne, que représentent les quatre grandes 
étamines, doit être considéré comme oppositipétale et complet. 

De ces points découle, de la facon la plus simple, la plus normale, toute là 
symétrie de la fleur des Cruciféres, qui serait la suivante : 

Calice de quatre sépales ; 

Corolle de quatre pétales alternes aux sépales ; 


Premier verticille de l'androcée, alterne aux pétales et réduit aux deux 
étamines latérales ; 


(1) MM, Krauss et Duchartre ne paraissent pas avoir observé la formation de l'ovaire 
du Tetrapoma. 


SÉANCE DU 26 JUILLET 18641. 475 


Second verticille de l'androcée, complet, alterne au premier verticille et 
opposé aux pétales, mais ordinairement plus ou moins transposé, par le rap- 
prochement deux à deux, et dans l'intervalle qui devrait les tenir distantes, 
des étamines du côté supérieur et du côté inférieur; 

Gynécée de quatre carpelles alternes aux étamines du verticille interne, 
c'est-à-dire opposés aux sépales, avec avortement habituel du carpelle anté- 
rieur et du carpelle postérieur (1). 

Je termine en constatant que les Crucifères, par la position réciproque des 
deux rangs de l’androcée dont l'extérieur est oppositisépale (et non oppositi- 
pétale comme dans les Géraniacées, Caryophyllées, Rutacées, Linées, etc.) et 
par leurs carpelles oppositisépales, appartiennent au même groupe symétrique 
que les Limnanthées (renfermant comme elles, ainsi que je l'ai indiqué, une 
huile essentielle sulfo-azotée), les Coriariées, les Papilionacées et la plupart 
des plantes monocotylédones. 


M. le Président déclare close la session ordinaire de 1860-61, 
et invite MM. les membres de la Société à se rendre à la session 
extraordinaire qui s'ouvrira à Nantes le lundi 12 août. 


Conformément au paragraphe 2 de l'art. 41 du règlement, le 
procés-verbal ci-dessus a été soumis, le 5 décembre, au Conseil 
d'administration, qui en a approuvé la rédaction. 

» PP 


(1) On remarquera que l'avortement de deux des carpelles est antéro-postérieur 
comme celui de deux des étamines du verticille extérieur de l'androcée. 


ERRATUM, — Page 456, ligne 20. Au lieu de les deux étamines, lisez les six 
étamines. ^ 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


JANVIER 1862. 


— —— là 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Études sur le rôle des racines dans l'absorption et 


Fexerétion:; par M. D. Cauvet (Thèse pour le doctorat és sciences 
naturelles). Strasbourg, 1861. 


Cette thése contient deux parties distinctes, la premiere oü l'auteur rapporte 
ses propres expériences, la seconde où il apprécie les observations des autres 
savants et les théories qu'ils en ont déduites. La première partie, intitulée : 
Recherches expérimentales sur l'absorption et l'excrétion par les racines, 
est précédée d'un chapitre où l'auteur étudie la constitution anatomique des 
extrémités radicellaires, leur faisceau fibro-vasculaire central et leur épiderme 
extensible dans sa partie supérieure, et soumis à une exfoliation presque 
continuelle à l'extrémité de la spongiole; cette exfoliation donne lieu à une 
matière mucilagineuse que certains botanistes ont d’après M. Cauvet, consi- 
dérée à tort comme une excrétion. Relativement à l'absorption radiculaire, 
l'auteur pense que les expériences faites avec des liquides colorés pour suivre 
l'ascension de la séve sont entachées de grandes erreurs. En effet, tantôt ces 
liquides sont vénéneux pour les végétaux, comme le sulfate de cuivre, l'encre 
et en général tous les composés qui renferment du tannin, et, dans des expé- 
riences faites avec ces composés, l'auteur a toujours vu les spongioles se désor- 
ganiser avant qu'ils eussent pénétré dans la plante ; tantôt ce sont des matières 
réputées inertes qui agissent de la méme facon, comme, par exemple, le suc 
de Phytolacca, qui est d'ailleurs extrémement riche en tannin. L'auteur 
pense que, dans ce cas, il se forme sur les radicelles un dépót qui les empêche 
de fonctionner et amène leur désorganisation. Pour lui, les plantes mises 
dans des liqueurs colorées, actives ou non, n’absorbent pas intégralement ces 
liqueurs tant que leurs racines sont physiologiquement saines. Il a remarqué 
que quand l'absorption avait lieu aprés l'altération de la spongiole, l'injection 
pénétrait dans l'intérieur de la spiricule des trachées ; or on sait que plusieurs 
auteurs admettent un canal intérieur dans cet organe; d'ailleurs les trachées 
ne recevaient pas de liquide coloré dans leur propre calibre. Au sujet de l'ex- 
crétion, l'auteur rapporte les expériences de Brugmans, de Macaire et de 
M. Chatin, auxquelles il oppose les siennes. Tl pense que si M. Chatin à 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A77 
admis que l'élimination des poisons absorbés a lieu par les racines, c'est que 
les racines des plantes que cet expérimentateur avait empoisonnées, désorga- 
nisées à leurs extrémités par l'action du poison, s'étaient détruites dans la terre 
neuve où elles avaient été transportées, et avaient laissé couler librement dans 
cette terre le composé toxique qu'elles contenaient. M. Cauvet a mis en obser- 
vation, pendant cinq mois, des espèces tracantes dont les stolons présentaient 
plusieurs nœuds ; il empoisonnait séparément un des nœuds en faisant tremper 
les fibrilles radiculaires de ce nœud dans un vase rempli de la solution toxique ; 
les autres paquets de radicelles étaient plongés dans de l'eau pure. Au bout 
d'un certain temps, le poison se montrait dans les récipients d'eau pure, 
mais seulement aprés la désagrégation de ces radicelles. L'auteur conclut que 
les racines phvsiologiquement saines n’excrètent pas les substances vénéneuses 
absorbées par les plantes, et que les excrétions telles que les avaient admises 
Macaire et De Candolle, n'existent pas réellement. C'est dans les feuilles 
qu'il faat, selon lui, chercher l'organe éliminateur des poisons absorbés par 
les plantes. Il rappelle que les feuilles accumulent dans leur intérieur une 
grande partie des matiéres minérales contenues dans la séve, et qu'elles sont 
le siége de phénomènes chimiques importants. Il a analysé le liquide émis 
par la transpiration des feuilles d'un Nicotiana rustica empoisonné par 
l'acide arsénieux ; ces feuilles étaient enfermées dans un vase clos, muni 
inférieurement d'un bouchon que traversait la tige. Analysant ensuite par 
l'appareil de Marsh le liquide recueilli sur les parois intérieures du vase, il a 
obtenu des taches arsenicales à peine manifestes, mais qui ont fourni avec le 
chlore et l'azotate d'argent la coloration rouge brique caractéristique de l'ar- 
séniate d'argent. D'ailleurs il reconnait que c'est principalement à la mort et 
à la chute des feuilles empoisonnées qu'est due l'élimination du poison. ' 

La deuxième partie a pour objet l'étude des opinions qui ont cours dans la 
Science sur les sujets étudiés par l'auteur. Il pense que les solutions gommeuses 
ne sont pas toxiques, et ne nuisent que par leur viscosité, qui les empéche d'étre 
absorbées, et tend à déterminer un courant endosmotique de la séve vers la 
solution. A l'égard de l'élection que certains auteurs attribuent aux spongioles, 
M. Cauvet croit que si elles absorbent les sels en proportions inégales, c'est 
par suite de l'action spéciale de ces sels sur leur tissu. Il ne peut admettre les 
conclusions de M. Bouchardat, qui attribue à une exosmose les différences 
observées dans l'absorption des matières salines. Il pense que si M. Bouchar- 
dat a constaté que le liquide salin où baignaient les racines d'une Menthe se 
chargeait d'une certaine quantité de chaux pendant l'expérience, c'est parce 
que les spongioles de la Menthe se désorganisaient sous l'influence du liquide 
et laissaient couler dans la solution les matériaux renfermés dans la plante. 
M. Cauvet en vient ensuite à étudier la théorie des assolements, et, bien 
entendu, il n'admet pas qu'ou la fonde sur l'excrétion végétale, comme 
Macaire et De Candolle, et préfere supposer que les plantes sont douées de 


478 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


certaines propriétés électives, C'est ce que prouve l'exemple de ces Lichens 
parasites des Sapins, qui se chargent de fer, tandis que le Sapin et le sol en 
présentent à peine. 

Le travail de M. Cauvet se termine par le résumé de ses conclusions, quel- ` 
ques propositions relatives à la théorie des assolements, et une table des 


matières soigneusement dressée. 
D’ EucENE FOURNIER, 


Neue Beitræge zur Kenntniss der Embryobildung der 
Phanerogamen : II. Monocotyledonen (Nouveaux docu- 
ments sur l'embryogénie des Phanérogames : 11. Monocotylédones) ; par 
M. W. Hofmeister (AbAandl. d. mothem, physisch. Classe der Kgl. 
Sechs. Gesellsch. d. Wissensch., VH, pp. 631-760, 1861). Tirage à part 
en brochure in-8* de 130 pages et 25 planches. Leipzig, 1861, chez 
S. Hirzel. 


Le savant infatigable qui, par ses nombreux travaux, a étendu d'une ma- 
niére si remarquable les progrés de la science relativement à la fécondation 
des végétaux, complète aujourd'hui son mémoire sur l'embryogénie des 
plantes dicotylédonées, qu'il publia sous le même titre en 1859. Notre 
Revue (t VI, p. 491) a donné une analyse de cette première partie; 
celle que nous avons aujourd'hui sous les yeux s'occupe exclusivement des 
Monocotylédones, qui, dit l'auteur, offrent en général entre elles, dans 
le mode du développement deleurs organes sexuels, une analogie remar- 
quable. Dans cette grande division du régne végétal, les variations de forme 
et de structure des parties essentielles de l'appareil de la génération sont bien 
plus rares que parmi les Dicotylédones, et là oà se présentent des déviations, 
on peut les interpréter plutôt comme produites par un simple arrêt ou bien par 
une surexcitation de la végétation, Aussi les phénoménes qui accompagnent, 
chez ces plantes, l'acte de la fécondation, peuvent-ils être exposés d'une 
maniére plus continue et plus simple que chez les plantes dont traite la 
première partie du mémoire que nous analysons. 

La disposition de cette partie de l'ouvrage de M. Hofmeister diffère consi- 
dérablement de celle qui concerne les Dicotylédones à endosperme primitive- 
ment unicellulaire, en ce qu'ici les observations ne sont pas classées suivant 
les familles. différentes qui composent les Monocotylédones. La conformité 
typique du développement des organes essentiels permet à l'auteur d'envisager 
à la fois toute la série de cette grande division des végétaux, et les dix chapitres 
qui composent ce mémoire nous tracent les différentes phases du développe- 
ment des organes qui concourent à la reproduction sexuelle de ces plantes. 

Le premier chapitre parle du développement du pollen, L'observation prend 
son point de départ à la première apparition de quatre séries longitudinales 
de grandes cellules, placées dans l'anthere naissante parallèlement au connectif, 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A79 


et qui différent du tissu environnant, parce qu'elles se divisent moins rapide- 
ment, Ce sont là les cellules-mères primitives (Ürmutterzellen) du pollen. 
Nous ne pourrions, saus dépasser le cadre qui nous est imposé, suivre l'auteur 
pas à pas dans les détails, si riches en observations importantes, du dévelop- 
pement important de l'organe mâle, Le second chapitre traite du développe- 
ment de l'ovule. Il débute par la description du développement de l'ovule 
des Orchidées, qui parait, par la simplicité de sa structure, le plus favorable 
pour être présenté comme type des ovules des Monocotylédones en général. ] 
L'auteur trace ici, avec l'exactitude minutieuse qui caractérise à un si haut 
degré ses observations, toutes les phases du développement de cet organe, et 
il dit ensuite que toutes les autres Monocotylédones observées offrent les traits 
principaux d'une formation analogue. Les déviations de ce type que l'on peut 
observer ne portent que sur le mode de courbure des ovules, sur la diminution 
ou l'augmentation du nombre des téguments, sur leur mode d'insertion par 
rapport au nucelle, etc. Le mémoire de M. Hofmeister donne un grand nombre 
d'exemples de ces déviations. Le troisiéme chapitre s'occupe de la formation 
des vésicules embryonnaires et des cellules qui se trouvent du cóté opposé à 
elles dans le sac embryonnaire, dites cellules antipodes (gegenfuesslerinnen), au 
moment où l'ovule n'a pas encore été fécondé. Le chapitre suivant décrit 
l'arrivée du tube pollinique au sac embryonnaire et les phénomènes qu'il offre 
pendant son passage par le canal pistillaire, la cavité ovarienne et le micro- 
pyle. Le cinquiéme chapitre contient des détails relatifs aux premiers 
changements que subit l'ovule aprés l'arrivée du tube pollinique. Dans 
le sixiéme, est décrit le commencement de la transformation d'une des vésicules 
embryonnaires en embryon. C'est toujours la vésicule la plus rapprochée de la 
chalaze qui donne naissance à l'embryon. Le septième chapitre est consacré au. 
développement du proembryon; l'auteur appelle ainsi cette partie résultant 
du développement ultérieur de la vésicule embryonnaire fécondée qui n'entre 
pas directement dans la composition de l'embryon, et qui plus tard constituera 
le filament suspenseur. Le huitième chapitre traite du développement de l'en- 
dosperme. Dans le neuvième, l'auteur poursuit le développement de l'em- 
bryon, qui nait dans la cellule terminale supportée par le proembryon. Le 
dernier chapitre parle du développement monstrueux des cellules repro- 
ductrices dans l'intérieur des ovules ; il décrit quelques cas fort curieux d'un 
développement anomal du tube pollinique et de la vésicule embryonnaire. 
Voici les plantes qui ont été soumises aux études de M. Hofmeister : 
Naias major pl: I, fig. 1-25; Triglochin maritimum pl. I, fig. 26, 27; Stratiotes 
aloides pl. I, fig. 28, 29; Ruppia maritima pl. II, fig. 1-7; Zannichellia palustris 
pl. LI, fig. 8-16; Potamogeton crispus pl. 1I, fig. 17-19; Alisma Plantago pl. IE, 
fig. 20, 21; Lemna minor pl. II, fig. 22-28; Orchis Morio pl. III et pl. IV; Neot- 
tia ovata pl. V, fig. 4-11; Orchis fusca pl. VI, fig. 1, 2; Phajus Wallichii pl. VI, 
fig. 3-7; Gephalanthera rubra pl. VI, fig. 8-12; Gymnadenia conopsea pl. VI, 


A80 SOCIETÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

fig. 13, 14; Sobralia macranthe pl. VE, fig. 15-17; Thalia dealbata pl. VI, fig. 18 
Canna Sellowii pl. VI, (ig. 19-23; Maranta zebrina pl. VI, fig. 25-27; Arum 
orientale pl. VIT, fig. 4-4; Arum ternatum pl. VIT, fig. 5-7 ; Arum divari- 
catum pl VIE fig. 8-10; Arum maculatum pl. VII, fig. 11-17; Pistia 
Stratiotes (texensis) pl. VII, fig. 18-27 ; Philodendron Imbe pl. VIH, fig. 1-3; 
Syuplocarpus fœtidus pl. VIH, fig. 4-7; Caladium bicolor pl. VIII, fig. 8; 
Rhodea japonica pl. VIH, fig. 9-11 ; Calla palustris pl. VIII, fig. 12-16; Pothos 
pentaphylla pl. IX, fig. 1-3; Pothos lougifolia pl. IX, fig. 4-17, et pl. X; 
Secale cereale pl. XI, fig. 1-12; Triticum vulgare pl. XI, fig. 13-16; Elymus 
arenarius pl. XI, fig. 17-19; Hordeum vulgare pl. XII, fig. 1-6 ; Sorghum 
halepense pl. XH, fig. 7-10; Coix Lacrima pl. XII, fig. 11-12 ; Carex panicea 
pl. XII, fig. 43-14; Carex arenaria pl XII, fig. 15-19; Carex tri- 
nervis pl. XII, (ig. 20, 21; Carex Grayi pl. XII, fig. 22-25 ; Oryza pl. XH, 
fig. 24; Hippeastrum aulicum pl. XIM, fig. 1-10; Habranthus chilensis 
pl. XIH, fig. 11-12; Leucoium vernum pl. XHI, fig. 13-27 ; Crinum varia- 
bile pl. XIV, fig. 1-2; Crinum capense pl. XIV, fig. 3-11; Merendera cauca- 
sica pl. XV et pl. XVI, fig. 2-10 ; Uvularia grandiflora pl. XVI, fig. 11-15; 
Colchicum autumnale pl. XVII, fig. 1-10 ; Bulbocodium vernum pl. XVII, 
fig. 11-17; Veltheimia viridiflora pl. XVIII; Hemerocallis lutea pl. XIX, 
fig. 1 ; Czackia Liliastrum pl. XIX, fig. 2-3 ; Erythronium Dens-canis pl. XIX, 
fig. 4-6; Allium odorans pl. XIX, fig. 7-10; Allium Victorialis pl. XIX, 
fig. 11; Triteleia uniflora pl. XX, fig. 4 ; Gagea lutea pl. XX, fig. 2-4; Glo- 
riosa superba pl. XX, fig. 5; Funkia cærulea pl. XX, fig. 6-7; Bonapartea 
juncea pl. XX, fig. 8; Puschkinia scilloides pl XX, fig. 9-12; Iris 
pumila pl. XX, fig. 15-17, et pl. XXI, [fig. 4-9; Crocus vernus pl. XXI, 
. fig. 10-28, pl. XXH, pl. XXIIL et pl. XXIV, fig. 1-8; Gladiolus communis 
pl. XXIV, fig. 9; Ixia rosea pl. XXIV, fig. 10-41 ; Tritonia crocata pl. XXIV, 
fig. 12; Montbretia lineata pl. XXIV, fig. 13; Pontederia cordata pl. XXIV, 
lig. 14-16 ; Tradescantia virginica, pl. XXIV, fig. 17-20; Hymenocallis ovata 
pl. XXV, fig. 1-5; Paris quadrifolia pl. XXV, fig. 6-13; Narcissus Jonquilla 
p. XXY, fig. 14-15; Scheuchzeria palustris pl. XXV, fig. 16-21; Puja 
chilensis pl. XXV, fig. 22. 

Les planches lithographiées, dont l'explication détaillée occupe 35 pages, 
facilitent beaucoup, par leurs nombreuses figures trés soigneusement exécutées, 
l'intelligence du mémoire de M. Hofmeister. Pour en rendre l'usage possible 
aux personnes qui désirent s'en servir seulement pour l'étude de l'une ou 
l'autre des plantes mentionnées, on a ajouté une table des matières, dans 
laquelle se trouvent les plantes rangées par ordre alphabétique et où sont pla- 
cés, sous le nom de chacune, les faits qui ont été observés sur elle avec la cita- 
tion de la page correspondante du mémoire. 

ll est à regretter qu'on ait traité avec quelque négligence les noms des 
plantes au bas des planches, qui sont remplis de fautes ; dans le texte aussi il 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 4S1 


ya malheureusement des erreurs graves (en dehors des erreurs typographi- 
ques rectifiées à la fin du mémoire) qui gênent le lecteur; ainsi, par exemple, 
ón y renvoie quelquefois à des numéros de figures qui n’existent pas sur les 


planches. 
JOHANNES GRŒNLAND. 


Note sur la floraison ct le développement de la hampe 
de l'Agave densiflora; par M. Ernest Faivre, professeur à la 
Faculté des sciences de Lyon (Extrait des Annales de la Société impériale 
d'Agriculture, d'Histoire naturelle et des Arts utiles de Lyon). Tirage à 
part en brochure in-8° de 7 pages, 1860. 


Dans cette note, M. Faivre rappelle les documents qui existent dans la 
science sur la rapidité avec laquelle se développe l'appareil floral des A gave, et 
qui sont dus à MM. R. Warthausen, Lister, J. Gay, Martins et Regel; il donne 
ensuite un tableau d'observations faites à Lyon, sur la floraison de l'Agave 
densifloru. Il résulte de ces observations que l'accroissement de la hampe n'a 
pas été uniforme, mais qu'il se ralentit à mesure du développement dans la 
portion pédonculaire, tandis qu'il augmente dans la portion florifére à l'époque 
oit vont s'ouvrir les premiers boutons. Les feuilles n'ont pas paru s'amincir 
pendant l'élongation rapide de l'axe, ni lui céder leur suc : la plante n'a pas 
été non plus affaiblie par la floraison, car elle était encore, trois mois après, 


dans le meilleur état. 
E. F. 


Recherches sur lPorganisation, le développement et 
l'auatomic des Caprifoliacées; par M. le docteur H. Baillon 
(Recueil d'observations botaniques, t. I, pp. 353-380), avec une planche 
gravée. 


Dans un groupe naturel, l’organisation régulière et l’organisation irrégu- 
lière se trouvent d'ordinaire réunies, ce qui embarrasse beaucoup les classifi- 
cateurs systématiques. On évite de violer des affinités ou de manquer à un 
principe en plaçant les genres de ces familles sur deux séries collatérales. La 
famille des Caprifoliacées, dit M. Baillon, se prête peut-être micux que toute 
autre à ce mode d'étude, car ses genres peuvent être distribués de la ma- 
nière suivante : 


Forme réguliére. Forme irréguliére. 
Plusieurs ovules dans chaque loge...... Leycestériées. Lonicérées. 
Un seul ovule dans chaque loge. ....... Sambucinées. Triostées. 
Ovule en nombre différent selon les loges. Symphoricarpées.  Linnéées. 


L'auteur s'attache à justifier cette classification dans des considérations 
morphologiques qu'il présente sur les genres Leycesteria, Lonicera, Sam- 
bucus, Triosteum, Symphoricarpos et Linnæa. On conçoit que nous ne 


A82 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


pouvons le suivre dans ces détails. Apres avoir établi les six types précédents, 
l'auteur essaye d'y rattacher les autres genres classés dans les Caprifoliacées, 
D’après lui, le Xy/osteum ne peut être distingué du Lonicera, surtout quand 
on considère certains types de passage, tels que le /Vintooa et le Chamæce- 
rasus. Les Diervilla ne sont que des Lonicera à pistil dicarpellé. L’Abelia 
devrait très probablement constituer avec le Zinnæa un seul genre à deux sec- 
tions. Les Viburnum sont des Sambucus à: une seule loge ovarienne fertile, 
à anthéres introrses et à fruit drupacé. Le genre A/seuosmia d'Allan Cun- 
ningham parait devoir être rejeté des Caprifoliacées, Les genres 7ripetalus 
Lindl. , Chlamydocarpus Jaub., Valentiana Rain. , et Karpalon Rafin. , n'ont 
pu étre étudiés par l'auteur. 

Dans la suite de son. travail, M. Baillon étudie les stipules des Caprifolia- 
cées, leurs bourgeons axillaires et leurs affinités. Cette famille lui parait si 
étroitement reliée à celle des Rubiacées, qu'il ne voit aucune ligne de démar- 
cation entre elles ; la différence principale est dans l'insertion des étamines, 
qui sont attachées sur le tube de la corolle chez les Caprifoliacées et sur un 
disque épigyne chez les Rubiacées. L'auteur termine cette étude par quelques 
détails sur l'anatomie de la tige des Caprifoliacées, laquelle présente, sous la 
zone celluleuse superficielle, une couche de cellules tubuleuses, d'une épais- 
seur notable, représentant les couches corticales. 

Le travail de M. Baillon est accompagné d'une planche oü est indiquée la 


structure florale de plusieurs des genres étudiés par l'auteur. 
E. F. 


^ BOTANIQUE DESCRIPTIVE ET TAXONOMONIQUE. 


Til Belysning af Slægten Viburnum (Examen du genre 
Viburnum); par M. B.-S. OErsted. Tirage à part des Videnskabelige 
Meddelelser fra den naturhistoriske Forening a Kjæbenhavn (Actes 
scientifiques de la Société d' Histoire naturelle de Copenhague). In-8° 
de 39 pages, avec 2 planches, 1860. Copenhague, au siége de la Société. 


Des recherches faites sur les espèces récoltées par l'auteur de ce mémoire 
dans l'Amérique australe l'ont engagé à soumettre le genre Viburnum en 
entier à un examen approfondi. M. OErsted a trouvé, dans les fruits de ces 
plantes, des différences très caractéristiques qui avaient jusqu'alors passé entiè- 
rement inapercues, et qui pourtant permettront mieux que les fleurs et les inflo- 
rescences d'établir des caractères tranchés entre ces végétaux. L'autenr avait 
déjà publié antérieurement, dans le méme recueil (1855), ainsi qu'à l'occasion 
de la réunion des naturalistes scandinaves à Christiania en 1850, les résaltats 
de ses observations à ce sujet, mais des visites faites récemment à l’herbier de 
Kew et à celui du Muséum d'histoire naturelle de Paris lui ont permis de 
compléter et d'étendre encore considérablement son travail. Tl croit devoir 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 483 


attribuer aux fruits des Viburnum la même importance systématique que celle 
qu'on accorde aux fruits de la famille des Ombellifères. 

M. OErsted fait précéder de quelques observations sur les organes des 
Viburnum et sur leur mode de végétation la description des fruits de ce 
genre et le tableau de toutes les espéces qui en sont connues, parmi lesquelles 
un grand nombre sont nouvelles. Son mémoire est, pour cette raison, divisé en 
trois chapitres. 

Il débute par une description du port général des Viburnum, de leurs 
dimensions, de leur mode de ramification, de leur inflorescence, etc. 
Les bourgeons sont tantót nus, tantót enveloppés par des bractées, for- 
mées par le pétiole dilaté, comme cela a lieu chez les Æsculus, Juglans 
et Ribes. Les feuilles sont toujours opposées et pétiolées, souvent plus ou 
moins coriaces et persistantes, indivises et dentées ou denticulées aux bords, 
plus rarement entières; lorsqu'elles sont divisées, elles sont toujours palmati- 
lobées. Les différents modes de ramification des nervures offrant des carac- 
tères tranchés, pour lesquels l’auteur propose des termes propres, tels que 
costatio tiliæfolia, costatio sloaneæfolia et costatio pirifolia, sont décrits 
ici avec un soin particulier. En dehors des caractères fournis par la ramifica- 
tion des nervures, on trouve encore sur un certain groupe de ces végétaux, 
appartenant à l'Amérique tropicale, des glandes d'une structure particuliére 
placées vers le hord des feuilles. L'auteur propose de séparer ce groupe et 
d'en faire un genre à part qu'il appelle Oreinotinus. Dans la plapart des 
Viburnum les feuilles sont couvertes de poils étoilés ; d'autres espéces offrent 
sur leur épiderme de petites écailles pareilles à celles qu'on trouve sur cer- 
taines Oléinées. L'inflorescence des Viburnum est généralement une cyme 
ombelliforme, composée le plus souvent de sept rameaux principaux; rarement 
la cyme a la forme d'une panicule. Cette inflorescence se trouve déjà complé- 
tement formée à l'automne dans le bourgeon, et se développe au printemps de 
bonne heure en méme temps que les feuilles, ou méme exceptionnellement 
avant celles-ci, par exemple dans le genre Solenotinus. En général, toutes les 
fleurs sont conformes ; les espèces offrant des fleurs stériles plus grandes à la 
périphérie de la cyme sont rares. Le calice ne présente que des différences 
légères chez les diverses espèces. La corolle est le plus souvent rotacée ou 
campanulée-rotacée ; ses lobes sont toujours obtus. Les étamines, toujours au 
nombre de cinq, sont toutes insérées au méme niveau, excepté dans les Soleno- 
tinus seulement, et sur la partie inférieure du tube de la corolle. Les filets se 
composent d'une partie inférieure dilatée et d'une partie supérieure filiforme 
qui, dans le bouton, est repliée intérieurement. Le genre So/enotinus fait 
encore ici exception : dans ce genre, les filets n'offrent pas deux parties 
distinctes; seulement deux d'entre eux s'inserent plus haut que les trois 
autres dans le tube de la corolle, lequel n'est pas dépassé par les étamines, 
Les anthères, fixées par leur côté dorsal sur les filets, sont ovales. Le style, 


ASA SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

conique ou cylindrique, montre plus ou moins nettement qu'il est formé de 
trois styles soudés ensembie ; il supporte un stigmate en général globuleux 
dont les trois lobes sont tantót libres, tantót réunis en un seul corps. On a 
toujours décrit l'ovaire comme étant triloculaire à son origine, de telle sorte 
qu'une seule des loges se développerait ensuite aux dépens des autres. 
M. OErsted combat cette manière de voir, qui aurait déjà été réfutée par 
M. Wight pour les especes que ce dernier savant avait eu l'occasiou d'étudier. 
Les prétendues loges avortées ne seraient, selon l'auteur, que des fausses-loges 
formées par un développement particulier de l'endocarpe qui fait saillie vers 
l'intérieur du fruit. Il se déclare également contre l'interprétation générale- 
ment donnée du fruit. Celui-ci n'est, selon lui, point une baie, mais une 
drupe. Il donne à ce propos une description détaillée des fruits de ces plantes 
et des éléments dont ils sont composés. La graine est fixée au sommet de l'en- 
docarpe par un court funicule ; elle remplit entiérement la cavité de l'ovaire, 
et l'endocarpe lui imprime sa forme. Le testa, extrêmement mince, n'est 
formé que par une seule couche de cellules. Le raphé est latéral, l'albumen 
est charnu et le petit embryon droit en occupe le sommet. 

Dans le second chapitre, l'auteur décrit et discute les détails jusqu’à pré- 
sent négligés de la structure du fruit des Viburnum, qui l'ont amené à la 
classification systématique qu'il propose. Il considere d'abord les relations qui 
existent entre ces plantes et les autres genres de la famille des Caprifoliacées, 
ensuite il se demande s'il faut réunir tous les Viburnum ou les distribuer 
en plusieurs genres. 

Le genre Viburnum est compris, avec le genre Sambucus, par la plupart 
des auteurs, dans la sous-famille des Sambucées (Kunth), caractérisée par une 
corolle rotacée, un stigmate sessile et un raphé tourné vers l'intérieur, tandis 
qu'on attribue à l'autre sous-famille, aux Lonicérées, une corolle tubuleuse, 
un style filiforme et un raphé tourné vers l'extérieur. Il est facile de compren- 
dre que ces caractéres sont loin d'avoir l'importance qu'on leur a supposée. 
Quant à la corolle, on doit se borner à dire que souvent elle est rotacée dans 
la première de ces divisions, tubuleuse dans la seconde, car dans toutes les 
deux des corolles infondibuliformes et campanulées ne sont pas rares. Les 
caractères empruntés aux styles et aux stigmates ne sont pas plus solides, 
car il n'est pas exact de dire que les stiguates sont sessiles dans les Sambucus ; 
on trouve, au contraire, toujours dans les Viburnum un style cylindrique 
distinct qui, dans certaines espèces, comme, par exemple, dans le Viburnum 
(Solenotinus) fœtens, est assez long; d'un autre côté, certaines Lonicérées 
n'ont qu'un style très court. Enfin le raphé n’est placé ni intérieurement ni 
extérieurement, mais latéralement (1). ! 

(1) Une lettre que M. Œrsted vient de m'adresser de Copenhague, sous la date du 
14 septembre, contient, au sujet de son mémoire sur les Viburnum, une petite recti- 
fication, que, sur sa demande, je m'empresse d'ajouter à l'analyse de cette importante 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A85 


Bien qu'ainsi les caracteres sur lesquels on a cherché à établir les divisions 
de la famille des Caprifoliacées ne soient point solides, il est hors de doute qu'il 
faut distinguer dans cette famille deux groupes caractérisés par la différence 
de leurs fruits. L'un de ces groupes a des drupes, l'autre des baies. En dehors 
du genre Viburnum, les Sambucus, Triosteum et Tripetalus ont aussi des 
drupes. Ces différences des fruits sont encore accompagnées d'une autre parti- 
cularité de l'ovaire, car, dans les genres qui ont des drupes, on ne trouve 
qu'un ovule dans chaque loge; dans ceux offrant des baies, il y à toujours 
plusieurs ovules. Ainsi il faudrait caractériser les deux sous-familles de la ma- 
nière suivante : LONICERILE : Ovarium tri- v. quinque-loculare, loculis duobus 
v. omnibus pluriovulatis. Bacca bi- v. quinque-locularis. Testa crustacea, 
crassa. Cette sous-famille comprendrait les genres /.innæa, Abelia, Sym- 
phoricarpus, Leycesteria, Diervilla, Lonicera. SAMBUCE® : Ovarium uni- 
v. quinque-loculare, loculis monospermis. Drupa vera v. drupa tri- v. pen- 
tapyrena. Testa tenuissima, simplici cellularum strato formata. Ici se placent 
Sambucus, Triosteum, Tripetalus, Viburnum (Tinus, Microtinus, Soleno- 
tinus, Oreinotinus). On devrait encore, selon M. OErsted, diviser les Sam- 
bucées en deux tribus : les Sambuceæ veræ, comprenant les genres à ovaire 
pluriloculaire et à drupe pyrénée, et les Viburnec, à ovaire uniloculaire. 

L'auteur examine ensuite avec détail s'il. faut maintenir ou non le genre 
Viburnum tel qu'il a été limité par De Candolle., 1l commence par l'histo- 
rique de la question, et il cite et développe à ce sujet les classifications éta- 
blies par Tournefort, Linné et De Candolle. La dernière, assez généralement 
admise jusqu'à présent, ne prendrait en considération, selon l'auteur, que la 
forme de la corolle et de la graine. Une observation approfondie du fruit dé- 
montrerait cependant qu'il y aurait à puiser précisément dans les fruits des 
caractères bien plus importants et qui, pour ces plantes, auraient une valeur 
analogue à celle qu'ils ont pour la famille des Ombellifères. Les sections de 
De Candolle, établies sur des différences peu essentielles, comprennent 
ainsi des espèces qui ne s'accordent bien, ni pour leur port, ni pour leur 
distribution géographique, et encore moins pour Ja structure de leur fruit. Si 
donc on voulait maintenir le genre dans toute l'étendue que lui donne De 
Candolle, il faudrait établir des sections tout autres, tirées des caractéres du 


monographie. Il dit : « On observe, dans les fleurs des Viburnum, une irrégularité 
» singulière, surtout en ċe qui concerne l'ovaire, qui n'offre pas, comme cela a lieu 
» généralement pour les fleurs irréguliéres, une différence entre la partie antérieure et 
» la partie postérieure, mais bien entre le cóté droit et le côté gauche de la fleur. 
» L'ovaire est fortement comprimé latéralement, Le raphé, tourné vers l'axe (raphe 
» postica), n'est pas latéral comme je l'ai dit dans mon mémoire ; je l'ai trouvé tourné 
» en sens contraire (raphe antica) dans le V. rugosum, et je crois par conséquent qu'il 
» ne faut point attacher à la position du raphé l'importance d'un caractere essentiel 
» pour distinguer les Sambucées des Louicérées. Ce que j'ai indiqué dans mon mémoire 
» comme le côté ventral est donc en réalité le côté droit du fruit; le côté indiqué 
» comme dorsal y correspond au cóté gauche. » 


ASG SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


fruit. Mais, dit M. OErsted, on se trouverait en contradiction avec les prin- 
cipes qui doivent guider le naturaliste dans la délimitation des genres, si, 
aprés les observations faites par lui, on voulait encore persister à réunir dans 
le même genre tous les Viburnum de De Candolle. Le genre Viburnum, tel 
que l'auteur l'admet aujourd'hui, comprend les espéces dont le fruit offre la 
méme structure, comme les Viburnum Opulus et V. Lantana qui représen- 
tent les types de ce genre. Les fruits en sont constitués par un mésocarpe 
assez épais, charnu et succulent, un endocarpe fortement comprimé, souvent 
sillonné et parfois assez épais et dur, qui renferme une graine présentant la 
méme forme. De cette facon, toutes les espéces offrant deux fausses-cloisons 
dont le développement a été expliqué plus haut, sont éliminées. Les espèces 
dans lesquelles la graine est creusée, enveloppant par son bord recourbé les 
fausses-loges, espèces qui, par la forme de leur corolle, par leur inflorescence, 
par leur port et par leur patrie (elles appartiennent toutes aux régions mon- 
tagneuses de l'Amérique tropicale), forment un genre trés naturel, sont com- 
prises dans le genre Oreinotinus. Un autre genre, trés semblable au précédent 
quant aux fruits, mais différent sous tous les autres rapports par son inflores- 
cence en forme de panicule, par sa corolle tubuleuse, par ses étamines courtes, 
par sa floraison précoce (ayant lieu avant l'épanouissement des feuilles), se 
groupe autour du Viburnum fœtens. Ce genre, originaire de l'Himalaya, est 
nommé par l’auteur Solenotinus. Les Viburnum odoratissimum et V. Simon- 
sii n'ofirent qu'une seule fausse-loge, Ces plantes se distinguent de toutes les 
autres, notamment par le calice presque indivis, et elles constituent le genre 
Microtinus. Comme les Viburnum Tinus et V. rugosum different beaucoup 
de toutes les autres espèces, tant par leur péricarpe que par leurs graines, on 
ne doit pas hésiter à rétablir l'ancien genre Tinus de Tournefort. 

M. Okrsted fait suivre ces considérations générales, écrites en langue 
danoise, d'un aperçu systématique détaillé des genres établis par lui, dans 
lequel les espèces, la plupart nouvelles pour la science, sont décrites avec un 
soin minutieux. Cette partie du mémoire étant écrite en latin, est, par cette 
raison, plus accessible aux botanistes français ; aussi me bornerai-je à en don- 
net une simple énumération accompagnée de l'indication du pays natal des 
plantes. 

Voici le tableau analytique des genres établis par M. OErsted : 


VIBURNEÆ, Sambucearum tribus. Conspectus generum : 


/ Corolla campanulato-rotata, eyma umbellata; drupa 


à spurie trilocularis........... cacedsssusse  OREINOTINUS. 
Drupa spurie  } Corolla tubulosa, cyma paniculata, drupa spurie 
bi- v. trilocularis trilocularis ; «59.2 ei évéedusésucoéqui vsu) DOLINOTIN 


Corolla rotata, cyma paniculata, drupa spurie bilo- 
cularis . "*e9*20*25*9*650929994^»242422509929*292**9 MicROTINUS- 
Drupa unilolucaris pue endocarpio et semine compressis... ++ VIBURNUM. 
achenoidea, endocarpio et semine ovoideis, s.» +.  TINUS. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. h87 
Oreinotinus OErd, Viburni species auctor. 
$ 1. TILIÆFOLII. 


0. (Viburnum) microcarpus Cham. et Schlechtend. 
In regno mexicano prope Chinautla, alt. 7000 ped. 
0. tiliæfolius, sp. nov. 
In regno mexicano inter Mirador et Jalapa (Sartorius), prope Chinaulla in proviucia 
Puebla, alt. 7000 ped. (Liebmann). 
0. rhombifolius, sp. nov. 
In regno mexicano in monte Orizaba, alt. 9000 ped. (Linden, Galeotti). 
0. stellato-tomentosus, sp. nov. 
Crescit in Costa-Rica in monte ignivomo Irasu, alt. 9000 ped. (ipse). 
0. Wendlandii, sp. nov. 
Crescit in Costa-Rica (Wendland). 
0. furcatus, sp. nov. 
Crescit in regno novo-granatensi (Goudon). 
0. membranaceus, sp. nov. 
Cl. Liebmann specimina florifera in Cuesta de San Juan prov, Oajaca legit, 
0. stenocalyx, sp. nov. 
Crescit in regno mexicano (Ehrenberg). 


S 2. SLOANEAEFOLIL, 


0. ferrugineus, sp. nov. 
Crescit in regno novo-granatensi (Triana). 
O. (Viburnum) obovatus Ruiz et Pav. 
In Peruvia. 
0. (Viburnum) pichinchensis Benth. 
In silvis Guayan in declivitate occidentali montis Pichincha (Hartweg). 
0. (Viburnum) divaricatus Benth. 
In Peruvia, monte Paccha (Hartweg). 
0. (Viburnum) discolor Benth. 
In Guatemala, montibus Totonicapan (Hartweg). 
O. (Viburnum) lasiophyllus Benth. 
In silvis prope pagum Pacho, prov. Bogota (Hartweg). 
O. sulcatus, sp. nov. 
Crescit in monte Sempoaltepec (Liebmann). 
0. (Viburnum) villosus Sw. y 
Crescit in montibus insulæ Jamaicæ (Macfadyan, Bankroft, Purdie, Hartweg). 
0. Jamesonii, sp. nov. 
Crescit in monte Pasto (Jameson). 
O. undulatus, sp. nov, 
Crescit in regno novo-granatensi (Linden). 
0. (Viburnum) Hartwegi Benth. 
Crescit in montibus Sanctæ-Mariæ prope urbem Guatemala (Hartweg). 
D. fuscus, sp. nov. j , 
Cl. Liebmann specimina florifera prope Totontepec et Tonaguia prov. Oajaca et 
fructifera prope San-lago Amatlan legit. 
0. (Viburnum) glabratus H. B. et K. 
In silvaticis Andium popayanensium, alt, 7300 ped. 
0. (Viburnum) ayavacensis H. B. et K. 
In Peruvia temperata, prope Ayavaca, alt. 8000-9000 ped. (Humboldt et Bonpland) ; 
in montibus Loxa (Hartweg). 


A88 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


0. costaricanus, sp. nov. \ 
In monte ignivomo costaricano Irasu, alt. 9000 ped, (ipse). 
0. (Viburnum) tinoides L. j 
Crescit in regno novo-granatensi, prope Bogota. 
0. laurifolius, sp. nov. 
In Peruvia, prov. Chachapogas (Mathews). 
0. Mathewsii, sp. nov. 
Prope Bagasan legit. cl. Mathews. 
0. stellatus, sp. nov. 
Crescit in Mexico et in America centrali : in monte Orizaba, alt. 8000 ped. 
(Liebmann); in monte Jrasu, alt. 9000 ped. (OErsted). 
0. Halli, sp. nov. 
In declivitate occidentali Andium quitensium, versus mare Pacificum (Hall). 
0. (Viburnum) acutifolius Benth. : 
Crescit in regno mexicano: in monte Pelado (Hartweg); Sempoaltepee (Liebmann). 
O0. microphyllus, sp. nov. 
In declivitate occidentali Andium mexieanarum, alt. 8000 ped., Cuesta de 5.- 
Pedro alto (Liebmann). 


Mierotinus Erd. Viburni species auctor. 
M. (Viburnum) odoratissimus Ker. 
In montibus Khasia regioni tropica, alt. 4000 ped, (Griffith, Masters). 


M. (Viburnum) Simonsii H. et T. 
In regionibus temperatis montium Khasia, alt. 5000-7000 ped, (Simons), 


Solenotinus Œrd. Viburnum : Sectio Solenotinus DC. ex parte. 


S. (Viburnum) fœtens Desne. X 
Ja Himalaya occidentali temperata, alt, 6000-10000 ped. (Jacquemont, Fleming, 
Thomson). 
S. (Viburnum) nervosus Don. * 
In Himalaya temperata et subalpina : Kumaon, alt. 40100-12000 ped, (Blink- 
worth); Nepal (Wallich); Sikkim, alt. 11000-13000 ped. (Hooker fil.). 
S. (Viburnum) erubescens Wall. 
In Himalaya temperata, alt, 5000-11000 ped., a Bhotan (Griffith) ad Kumaon 
(Blinkworth) ; in Malabaria (Wight) et Ceylania, alt. 4000-5000 ped. (Gardner). 


Viburnum L. ex parte. 
Subgenus EUVIBURNUM. 
Sectio I. Corolla rotata vel subinfundibuliformis. 
§ 1. Tiliæfolia. 

V. cotinifolium Don. 

In Himalaya temperata, alt. 7060-9000 ped. 
V. Lantana L. 
V. lantanoides Mich. 


In America boreali : Canada, New-York, in mont, Alleghany usque ad Vírginiam. 
V. stellulatum Wall. 

In Himalaya centrali et occidentali temperata, alt, 7000-10000 ped. 
V. corylifolium H. et T. 

In Himalaya temperata, alt. 5000-6000 ped. 
V, cordifolium Wall. 

In Himalaya temperata, alt. 10000-12000 ped., et in Japonia. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 
V. tomentosum Thunbg. 
In Japonia. 


V. plicatum Thunbg. 
In Japonia et China septentrionali. 


V, macrocephalum Fortune. 
In China boreali. 


§ 2. Sloaneæfolia. 


V. fætidum Wall. 
In Himalaya subtropica, alt. 3000-5000 ped. 


V, lutescens Blume. 


In Himalaya orientali tropica et in insulis Malayanis : Java, Borneo, Sumatra. 


V. punctatum Ham. 
In Himalaya tropica, alt. 1000-5000 ped., ct in insula Java. 


V. integerrimum Wall. 
In insulis Java et Penang. 


V. sambucinum Blume. 
In insulis Malayanis. 


V. Zippelii Miq. 
In Nova-Guinea. 


? V. ellipticum Hook. 
In America boreali-occidentali. 


V. sempervirens C. Koch. 
In China. 


S 3. Lobata. 
V. orientale Pall. 
In provinciis caucasicis. 


V. acerifolium L. 
In silvaticis montosis Americæ borealis, a Canada ad Carolinam. 


V. pauciflorum Pylaie ex Torrey et Gray. 
In America boreali. 


Sectio 2. Corolla urceolala. 
V. coriaceum Blume. 
In silvis altioribus Javæ occidentalis. 


V. cylindricum Ham. 
In Himalaya temperata, alt. 4000-7000 ped. 


V. zeylanicum Gardn. 
In insula Ceylan, alt. 6000 ped. 


V. capitellatum Wight et Arn. 
In montibus Malabariæ. 


V. helanthum Wight et Arn. 
In montibus Malabariæ. : 


V. urceolatum Sieb. et Zucc. 
In Japonia, 
Subgenus II. LENTAGO. 
§ 1. Tiliæfolia. 


V. dentatum L. 
In pascuis humidis Americae borealis. 


T. VII, 


VW 


32 


^89 


A490 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


V. pubescens Pursh. 
In America septentrionali, a Canada ad partem septentrionalem Carolinæ borealis. 
§ 2. Pirifolia. 
V. nudum L. 
In America septentrionali, a Canada ad Floridam et Louisianam. 


V. prunifolium L. 
In America septentrionali, a Canada ad Georgiam et Louisianam. 


V. Lentago L. 
In America septentrionali orientali, a Canada ad Georgiam. 


V. obovatum Wall. 
In parte australi Americæ septentrionalis orientalis. 


V. densum Benth. 
In regno mexicano : Real del Monte (Hartweg). 


V. elatum Benth, 
In regno mexicano: Tlalpuxahua (Hartweg). 


V. Opulus L. 


V. Oxycoccos Pursh. 
In America septentrionali arctica et temperata. 


Subgenus III. LoNICEROIDES. 


V. davuricum Pall. 
In Davuria orientali et in China septentrionali. 


V. fragrans Bunge. 
In China boreali. 


Tinus Tournef. 


T. laurifolius Borkh. (Viburnum Tinus L.). A 
In Gallia australi, Italia, Istria, Corsica, Hispania et Africa septentrionali 
occidentali. 


T. (Viburnum) rugosus Pers. 
In rupestribus et silvis regionis lauriferæ insul. Canariensium. 


Le mémoire de M. OErsted est accompagné de deux planches gravées en 


taille douce par M"* Augusta Thornam, et contenant 66 dessins analytiques. 
i d 


Monographisehe Bearbeitung der Betulaeeen (Monogra- 
phie des Bétulacées); par M. E. Regel (Nouveaux mémoires de la Société 
impériale des naturalistes de Moscou, t. XIII, 2* livraison, pp. 61-187, 
avec 44 planches lithographiées). 


Be savant directeur du Jardin botanique de Saint-Pétersbourg nous apprend 
d’abord qu'une révision des nombreuses Bétulacées cultivées, entreprise 
dans le but d'élaborer un Arboretum rossicum, l'a conduit à embrasser 
toute la famille des Bétulacées dans un travail monographique. 

La distribution géographique de cette famille est traitée: avec. beaucoup de 
détails, et nous apprenons en résumé que l'Europe possède onze espèces 
de Bétulacées, l'Asie centrale et boréale avec le Japon dix-neuf, l'Amé- 
rique du Nord onze, l'Asie tropicale six, l'Amérique tropicale quatre, et 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A91 


Je Cap de Bonne-Espérance une seule. M. Regel n'admet dans cette famille 
que les deux genres Betula Tourn. et Alnus Tourn. Aprés avoir discuté et 
exposé en détail les caractères distinctifs des dix-neuf espèces qui forment le 
genre Betula, l'auteur en trace un tableau synoptique. Ces dix-neuf espèces 
sont décrites avec un grand soin, ainsi que leurs variétés parfois très nom- 
breuses ; elles sont distribuées en deux sections, dont Ja première, £ubetula, 
caractérisée par les écailles des chatons plus étroites que les fruits, comprend 
dix-sept espèces ; et la seconde, Betulastrum, offrant des écailles plus larges 
que les fruits, deux seulement. Le genre Alnus compte douze espèces distri- 
buées en quatre sections : A/naster, Betulaster, Pseudalnus et Eualnus. Ces 
divisions sont fondées sur le nombre des fleurs mâles qui se trouvent dans 
l'aisselle des écailles, sur le nombre de folioles composant le périanthe de la 
fleur femelle, et sur les caractères des fruits qui sont, dans certaines espèces, 
munis d'une aile membraneuse, et en sont dépourvus dans d'autres. Les plan- 
ches lithographiées qui accompaguent cette monographie contiennent 


511 figures dessinées au trait, UY 


Die Scrofularien der canarischen Inseln, ein Beitrag 
zur Florenkenntniss dieses Archipels (Les Scrofulaires 
des iles Canaries, contribution à la flore de cet archipel); par M. le D" 
C. Bolle (Actes de la Société zoologico-botanique de Vienne, année 1861, 
pp. 1-16). Tirage à part en brochure in-8°. 


L'auteur de ce travail fait précéder la description des espèces de la flore des 
Canaries qui appartiennent au genre Scrofularia, d'observations critiques 
sur le Scrofularia Smithii Hornem., plante mal connue jusqu'à ce jour, 
parce que la description qu'en avait publiée le savant botaniste danois était 
trop incompléte et trop vague. Les renseignements exacís que M. Bolle 
à recus récemment, au sujet dela plante décrite par Hornemann, de M. J. 
Lange (de Copenhague), lui ont permis de constater que l'espèce décrite sous 
lê noin de Scrophularia Smithii, dans le Phytographia Canariensis de 
MM. Webb et Berthelot, n'est point la plante de Hornemann ; il donne à cette 
espèce le nom de Serofularia Langeana. Les huit espèces appartenant à 
F Archipel des Canaries et décrites par M. Bolle, sont les Serofularia Smithii 
Hornem., S. Langeana €. Bolle, S. Scorodonia L., S. Anagæ C. Bolle, 
S. glabrata Ait., S. Berthelotii C. Bolle, S. calliantha Webb et Berth., 


S. arguta Sol. 
4. G. 


Revue des Palmiers de Pile de Sumatra; par M. F.-A.-W, 
Miquel (Journal de botanique néerlandaise, 1** cahier, pp. 1-29). 


Ce travail, précédé d'une introduction où l'auteur cite les botanistes qui ont 


492 SOCIÉTÉ DOTANIQUE DE FRANCE. 


herborisé à Sumatra, contient des détails intéressants sur les caractéres bota- 
niques, la station et les usages des Palmiers qui croissent dans cette île. Ils 
se rapportent à 22 genres et à 63 espèces, parmi lesquelles plusieurs sont 
proposées comme nouvelles ; ce sont les suivantes, dont nous donnerons les 
caractéres en abrégé : 

Areca? erythropoda. — Petiolus inferne vaginans, dorso convexus, antice 
bifacialis ; rhachis 5-6-pedalis ; segmenta alterna, utrinque decrescentia, basi 
oblique inserta, lineari-lanceolata, indivisa, lucidula, in costa et passim. in 
nervis lateralibus squamulis fuscis adnatis sparsim | instructa; spadix..... 
Pinang-bajas apud*incolas. 

Ptychosperma polystachya: — Caudex elatior ; frondes breviuscule, seg. 
mentis circiter 6-8, terminalibus ambobus vel altero cæteris latiore ; spadix 
breviter pedunculatus, ramosus, ramis primariis subumbellato-confertis, in 
ramulos filiformes complures unilateraliter resolutis ; ramulis basi (lorem femi- 
neum, ceterum serialiter flores masculos numerosos proferentibus ; spatha 
lanceolata, navicularis, carinata, pede longior. 

Pt. símplicifrons. — Caudex aliquot pedes elata, inferne radicens : fron- 
des pauca ; lamina petiolo longior, versus apicem bilobum serrata ; spadices 
brevissimi, reflexi, oligocarpi ; spatha lanceolato-oblonga, coriacea; drupæ 
elongato-cylindricæ, curvulæ. 

Licuala amplifrons. — Petioli graciles, aculeis recurvulis spinosi ; lamina 
segmentis circiter 12 firmiter chartaceis ad imam usque basim partita ; spadix 
longissimus ; novellus tubuloso-spathulatus, ramis distantibus alternis, quasi 
subdichotome ramosis, glabrescentibus ; (lores remotiusculi. 

Korthalsia flagellaris. — Frondes elongata, segmentis anguste cuneato- 
oblongis, inæqualiter serratis; amenta mascula in spadicibus magnis prope 
caudicis apicem pluribus conferta. 

K. Teysmanni. — Frondes breves, segmentis plerisque alternis, cuneato- 
rhombeis, acutis, supra mediam partem duplicato-serratis; spadix magnus 
ramosus ; calyx femineus hirsutulus. 

Plectocomia sumatrana, — Spadicis axis crassus, plus quam pedalis ; Spa: 
the communes vaginantes, breviter lanceolatæ; rami stricti, subcom- 
pressi ; spathelle ovatæ margine fusco irregulariter: fimbriatæ, 

Damonorops longipes. — Caudex subnullus; petioli graciles, bipedales, 
basi vagina subcoriacea cincti, aculeis rectis subverticillatis supra armati; 
frons perbrevis, fere flabelliformi-contracta, segmentis circiter 6 utrinque 
densis, lanceolato-acutis, ad nervos setosis ; spadix parvulus inermis; corollae 
laciniæ calyce longiores; drupa breviter obtuso-rostellatae, — Planta ecir- 
rosa. 
D. trichrous. — Spatha communis subcoriacea, elliptico - lanceolata ; 
spathæ partiales diutius persistentes, conformes; spadix ramosus coarctatus, 
spatha fere brevior, glaber; calycis corolleque lacinie subæquilong® ; 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 493 
cupulæ stamineæ 6-partitæ lobi ovati; drupæ ad cerasi modum subglobosæ, 
rostellatæ. 

Dæmonorops perianthus, — Spatha communis basi attenuata, sursum dila- 
tata, dorso armata; spathæ partiales conformes; spadix fructifer demum lon- 
gissimus espathatus; rami 6-8, distantes, ramuli 3-12-flori; drupæ breviter 
pedicellatæ, corollae laciniis calyce longioribus suffultæ, 

Calamus Diepenhorstii. — Vagina crassa, armatae; frons ecirrosa, seg- 
mentis densis, circiter 35 utrinque instructa, in nervo medio setosa : spadix 
elongatus; rami primarii pauci, distantes, elongati ; ramuli alterni 8-12, bre- 
ves, patentes; flores distantes; calycis corolleque lacinie subæquilongæ ; 
drupæ subglobosæ, breviter aculeatae. 

C. subangulatus. — Culmi tenues, elongati ; vaginæ armatae; petioli bre- 
ves, armati; frondes segmentis distantibus, lanceolato-linearibus, acumina- 
tissimis, ad nervos setosulis ; spadix..... 

C. Manan. — Spadix femineus magnus, ramosus; spatha communis acu- 
leata sicut spathellæ ; rami tertiarii fructiferi, elongati ; calycis trifidi lobi 


corollam paulo superantes ; drupæ circiter pollicares, obtuso-rostratæ. 
E. F; 


Osservazioni di botanica diagnostica, tratte dall er- 
bario Gasparrini esistente neil orto botanico di 
Pavia (Observations de botanique descriptive, extraites de l'herbier de 
Gasparrini, conservé au jardin botanique de Pavie); par M. Ant. Fed. 
Polonio (Extrait des Atéi della Società italiana di Scienze naturali, 
t. IL, p. 344-351). Tirage à part en brochure in-8? de 8 pages. 


L'auteur de ce travail, qui est adjoint à la chaire d'anatomie et de physio- 
logie végétales de Pavie, a eu toute facilité d'étudier l'herbier de Gasparrini, 
dans lequel ce botaniste avait consigné de précieuses notes. M. Polonio livre 
aujourd'hui à la publicité quelques-unes de ces notes, concernant les Helio- 
tropium europæum L. , Symphytum Zeyheri Schimp., Lithospermum tincto- 
rium DC. et Z. minimum Moris. Pour la première de ces plantes, l'auteur 
établit la synonymie suivante : 

Heliotropium curopæum L. 

Var. f. floribus quidquam minoribus — H. tenuiflorum Guss. 
Var. y. cymis abbreviatis — 7. macrocarpum Guss. 

Il pense aussi que PH. Bocconi Guss., n'est encore qu'une variété de PH. 
europæum. Sa seconde note a pour objet de supprimer les Symphytum bul- 
bosum et S. Zeyheri, comme n'étant que des formes du S. tuberosum. La 
troisième est relative à des variétés du. Zithospermum tinctorium, que Pau- 
teur regarde comme élevées à tort zu rang d'espèce, et la quatrième aux lo- 


calités du Z. minimum. 
E. F: 


A94 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Essai d’une nouvelle classification de la famille des 
Graminées ; par M. E.-A. Remy. 4"° partie : Les genres. Un volume 
grand in-8° de Lx et 308 pages. Paris, chez Germer Baillière. 


Ce nouvel essai d'agrostographie tend à simplifier, autant que possible, 
l'étude de la famille des Graminées, si difficile et si intéressante à la fois. L'au- 
teur, aprés un examen approfondi des travaux publiés sur cette matière, 
examen qui sert d'introduction à l'ouvrage, expose sa méthode en classant les 
genres d’après leur sexualité et leur inflorescence. 

Il divise les Graminées, tant exotiques qu'indigenes; en cinq grandes classes : 
Hermaphroditéés vérées (à fleurs toutes complètes), Æermaphroditées 
incomplétées (à fleurs les unes complètes, les autres rudimentaires); Poly- 
gamées, Monoicées et Dioicées. Ainsi qu'on le voit, l'auteur a cherché, dans 
s terminologie, à franciser les termes latins au lieu de se servir des expres- 
sions ordinairement employées. 

Voici én abrégé le tableau de sa classification : 

Classe I. HERMAPHRODITÉES VÉRÉES. Tribu I. Uniflorées. Sous- 
tribu 1 : épillets en panicule rameuse. Section 4 : épillets comprimés laté- 
ralement (14 génrés). Section 2 : épillets comprimés par le dos (1 genre). 
Section 3 : épillets cylindriques, ovoides ou fusiformes (5 genres) Sous- 
tribu 2 : épillets en panicule spiciforme. Section 4 : épillets comprimés laté- 
rälemelit (14 genres. Section 2 : épillets comprimés par le dos (1 getire). 
Section 3 : épillèts ovoides, cylindriques ou fusiformes (7 genres). Sous- 
tribu 3 : panicule ánomiale ou renfermée dans üné spathe dü um involucre 
(6 genres). Tribu IL. Biftorées. Sous-tribu 1 : épillets disposés en panicule 
rameuse, Section 4 : épillets comprimés latéralement (5 genres). Section 2 : 
épillets ovoides, globuleux, fusiformes ou cylindriques (3 genres). Sous- 
tribu 2 : épillets en. panicule spiciforme (2 genres). Sous-tribu 3.: épillets 
en panicule anomale ou renfermée dans une spathe ou un involucre (3 genres). 
Tribu i1. Yriflorées. Pas de subdivisions (3 genres). Tribu 1V; Pluriflorées. 
Sous-tribu 1 : épillets en panicule rameuse. Section 4 : épillets comprimés 
latéralement (8 genres). Section 2 : épillets ovoides, globuleux ou fusiformes 
(10 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spiciforme ou digitée. Sec- 
tion 1 : épillets comprimés latéralement (8 genres). Section 2 : épillets ovoi- 
des, cylindriques ou fusiformes (5 genres). Sous-tribu 3 : panicule anomale 
(1 genre). 

Classe II. HERMAPHRODITÉES INCOMPLÉTÉES. Tribu 1. Uniflorées. 
Sous-tribu 1 : épilletsen panicule rameuse (^ genres). Sous-tribu 2 : épillets en 
panicule spiciforme (6 genres). Sous-tribu 3 : épillets en panicule anomale 
ou renfermée dans une spathe ou un involucre (5 genres). Tribu 11. Biflorées. 
Sous-tribu 1: épillets en panicule rameuse, Section 1 : épillets sessiles 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. A95 


(2 genres). Section 2 : épillets pédicellés (9 genres). Section 3 : épillets gémi- 
nés (3 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spiciforme. Section 4 : épil- 
lets sessiles (11 genres). Section 2 : épillets pédicellés (4 genres). Section 3 : 
épillets géminés (12 genres). Sous-tribu 3 : épillets en panicule anomale renfer- 
rée dans une spathe ou un involacre (6 genres). Tribu III. 'Yriftorées, Sous- 
tribu 1 : épillets en panicule rameuse. Section 1 : glumes égales (6 genres). 
Section 2 : glumes inégales (4 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spi- 
ciforme. Section 1 : glumes égales (1 genre) Section 2 : glumes inégales 
(h genres). Section 3 : glume nulle ou une glume (2 genres). Tribu 1V. Pilu- 
riflorées. Sous-tribu 1 : épillets en panicule rameuse. Section 1 : glumes 
égales (4 genres). Section 2 : glumes inégales (6 genres). Sous-tribu 2 : 
épillets en panicule spiciforme. Section 1 :. glumes égales (5 genres). Sec- 
tion 2 : glumes inégales (4 genres). Sous-tribu 3 : épillets en panicule anomale 
pourvue ou non à Ja base d'une spathe ou d'un involucre (3 genres). 

Classe III. POLYGAMÉES. Tribu I. Uniflorées. Sous-tribu 4 : épillets en 
panicule rameuse (2 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spiciforme 
(2 genres). Sous-tribu 3 : épillets en panicule anomale, libre où renfermée 
dans une spathe ou un involucre (1 genre). Tribu 11. Biftorées. Sous-tribu 4 : 
épillets en panicule rameuse. Section 1 : glumes égales (7 genres). Section 2 : 
glumes inégales (7 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spiciforme. 
Section 1 : épillets sessiles (4 genres). Section 2 : épillets géminés (5 genres). 
Sous-tribu 3 : épillets en panicule anomale ou renfermée daus une spathe ou 
un involucre. Section 1 : épillets pédicellés (3 genres). Section 2 : épillets 
sessiles ( genres). Section 3 : épillets géminés (2 genres). Tribu III. Triflo- 
rées. Sous-tribu 4 : épillets en panicule rameuse (4 genres). Sous-tribu 2 : 
épillets en panicule spiciforme (2 genres). Sous-tribu 3 : épillets en panicule 
anomale ou renfermée dans une spathe ou un involucre (2 genres). Tribu 1v. 
Pluriflorées. Sous-tribu 1 : épillets en panicule rameuse (4 genres). Sous- 
tribu 2 : épillets en panicule anomale ou renfermée dans une spáthe ou un 
involucre (1 genre). | 

Classe 1V. MONOICÉES. Tribu I. Uniflorées. Sous-tribu À : épillets en 
pánicüle ramieuse. Section 4 : fleurs mâles et femelles süf la même pänicule 
(è genres). Section 2 : fleurs mâles et femelles jamais sur la 1néme panicule 
(3 genres). Sous-tribu 2 : épillets en panicule spiciforme (^ genres). Tribu 11. 
Biflotées, Sous-tribu 1 : épillets en panicule rameuse (1 genre), Sous- 
tribu 2 : épillets en panicule spiciforme (4 genres). Sous-tribu 3 : épillets en 
panicule anomale ou renfermée dans une spathe ou un involucre (5 genres). 
Tribu tir. Teiftorées, Épillets en pánicule spiciformé (2 genres). Tribu rv. 
Pluriflorées. Sous-tribu 1 : épillets en panicule rameuse (1 genre). Sous- 
tribu 2 : épillets en panicule spiciforme (1 genre). 

Classe V. DIOICÉES. Tribu 1. Biflorées. Sous-tribu 1 : épillets en pani- 
cule rameuse (2 genres). Sous-tribu 2 : épillets en pauicule anomale (1 genre). 


496 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Après cette classification générale et quelques pages d'explication sur les 
termes employés dans le texte, vient le corps méme de l'ouvrage, c'est-à-dire 
la description particulière de chaque genre, accompagnée d'annotations syno- 
nymiques assez étendues. Le nombre des espèces connues cst également men- 
tionné, ainsi qu'une indication sommaire de leur station géographique. Une 


table des matières, contenant huit pages, termine l'ouvrage. 
E. F. 


Notes on Tilinaceæ (Remarques sur les Tiliacées); par M. G. Beu- 
tham (Journal of the proceedings of the Linnean Society, t. V, 2° suppl., 
pp. 52-74). 


Dans ce travail, M. Bentham propose une division nouvelle de la famille 
des Tiliacées, dans laquelle il comprend les Éléocarpées ; il décrit ensuite un 
grand nombre d'espéces nouvelles, réparties dans les différents genres de cette 
famille. Voici quelle est la disposition adoptée par M. Bentham : 


Subordo I. HOLOPETALÆ, Petala basi coarctata. 
Tribus 1. Brow novies. Sepala in calycem 3-5-fidum coalita. 


a. Stamina 5 interiora ananthera : 

1. Pentace Hassk., 2. Brownlowia Roxb., 3. Diplodiscus Turcz., 
h. Pityranthe Thw. 
B. Stamina omnia antherifera : 


5. Christiania DG., 6. Berrya Roxb. 


Tribus 2. Grewieæ. Sepala distincta; petala basi foveolata; antheræ 
loculis distinctis. 
2. Fructus inermis : 
7. Grewia L., 8. Columbia Pers, , 9. Diplophractum Desi. , 10. Belotia 
A. Rich, 
8. Fructus echinatus v. setosus : 


11. Erinocarpus Dalz., 12. Triumfetta L., 43. Heliocarpus L. 


Tribus 3. Wilieæ. Sepala distincta; petala haud foveolata; antheræ 
loculis distinctis. 
æ: Capsula loculicide dehiscens : 
14. Entelea Br., 15. Sparmannia Thunb., 16. Clappertonia Meisn., 
Corchorus L., 48. Corchoropsis Sieb. et Zucc. 
B. Capsula apice dehiscens : 
19. Luhea Willd., 20. Mollia Mart. et Zucc., 21. Zrichospermum 
Blume. 
y. Fructus indehiscens : 
22. Muntingia l., 23. Tilia L., 25.2? Leptonychia Turez., 25. Schou- 
tenia Korth. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE: 197 
Tribus 4. &peibese. Sepala dislincta; petala haud foveolata; antheræ 
ultra loculos membrana terminata. 
26. Glyphæa Hook. fil, 27. Apeiba Aubl. 


Subordo II. HETEROPETAL/E. Petala basi lata inserta, varia vel nulla: 
Tribus 5. Prockieæ. Antherz subglobosz vel didymæ. 
28. Prockia L., 29. Hasseltia H. B. et K., 30. Plagiopteron Griff. 


Tribus 6. EKlzeocarpceaec. Anthere lineares, apice dehiscentes. 
Subtribus 1. $1oane:e. Discus staminifer planus. 
31. Sloanea L., 32.. Echinocarpus Blume, 33. Rhopalocarpus Boj., 
3h. Vallea L. fil. 
Subtribus 2. Euelæocarpeæ. Torus elevatus, glandulosus, apice staminifer. 
39. Tricuspidaria R. et P., 36. Aristotela L'Hér., 37. Elæo- 
car pus L. 


Les espèces nouvelles décrites dans la suite du travail de M. Bentham, sont 
les suivantes : Brownlowia peltata Benth., B. lanceolata Benth.; Zuhea 
althæifolia Spruce, L. cymulosa Spr.; Mollia gracilis Spr., M. longifolia 
Spr., M. lepidota Spr., M. tomentosa Spr.; Apeiba membranacea Spr.; 
Sloanea durissima Spr. , Sl. laxiflora Spr. , Sl. paniculata Spr. , Sl. synandra 
Spr., SI. Schomburgii Benth., Sl. floribunda Spr., Sl. macrophylla Spr., 
SL. brevipes Benth., Sl. stipitata Spr., Sl. Fendleriana Benth., S/. oppo- 
sitifolia Spr.; Echinocarpus Murex Benth., E. assamicus Benth., E. ster- 
culiaceus Benth., Æ. tomentosus Benth. , E. australis Benth., Æ. dasycarpus 
Benth. Les genres Sloanea et Echinocarpus ont été l'objet d'une attention 
particulière de la part de l'auteur, qui en distribue les espèces dans un ordre 
monographique. Son travail contient aussi des remarques sur plusieurs des 
autres genres de la famille. I] se termine par la mention des genres rapportés 
aux Tiliacées par M. Lirdley et d'autres auteurs récents, et que M. Bentham 
en exclut, savoir ; le Vantanea Aubl., qui appartient d'aprés lui aux Humi- 
riacées; le Bancrostia Macf., synonyme du 7oza»ia R. et P. (Capparidées) ; 
l'Anstrutheria Gardn., qui doit rester dans les Rhizophorées ; enfin l'An- 


tholoma Vabill. qui se rapproche plutôt des Sapotacées que des Tiliacées. 
E. F. 


Parerga liehenologiea: par M. le D' G.-W. Keerber. 3° livr. , in-85, 
(pp. 193-288). Breslau, chez Édouard Tuewendt, 1861. 


Cet ouvrage, dont la premiere livraison a paru en 1859, forme le supplément 
d'un autre travail important publié par le méme auteur dès 1854, sous le titre 
de Systema Lichenum Germanic. I renferme non-seulement les compléments 
de description et de synonymie devenus nécessaires par les progrès de la 
science, mais encore la description critique d'un grand nombre de Lichens 


498 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nouvellement découverts, et méme de quelques-uns qui n'appartiennent pas 
strictement à la flore d'Allemagne. 

Cette troisième livraison contient les genres Catillaria Massal., 9 espèces; 
Lecidella Kerb., 52 esp.; Lecidea Ach. emend., 25 esp.; Megalospora 
Meyen et Fw. emend. , 2 esp. ; Rhizocarpon Ram. , 8 esp. ; Sporastatia Massal., 
2 esp. ; Sarcogyne Fw., 3 esp.; Rhaphiospora Massal. , 4 esp. ; Scoliciosporum 
Massal., 6 esp.; Arthrosporum Massal., 4 esp.; Sagiolechia Massal., 1 esp.; 
Kemmlería Kærb., 4 esp.; Schismatomma Fw. et Kærb., 1 esp.; Sphyri- 
dium Fw., 2 esp.; Bæomytes Pers., 4 esp.; Gomphillus Nyl., 1 esp.; Leca- 
nüctis Eschw., 6 esp.; Zncephalographa Massal., 1 esp.; Placographa Th. ' 
Fr., 1 esp.; Opegrapha Humb., 9 esp.; Zwackhia Koerb., 1 esp.; Graphis 
n emend., 3 esp.; Hazslinszkya Kærb., 4 esp.; Enterographa Fw., 

2 esp.; Arthothelium Massal., 6 esp.; Arthonia Ach. emend., 15 esp.; Co- 
niangium Fr., 5 esp.; Pachnolepia Massal., 2 esp.; T racha Fr. emend., 
4 esp.; Xylographa Fr. emend., 2 esp. ; Bactrospora Massal., 1 esp.; Prag- 
mopora Massal. emend., 3 esp. ; Pætschia Kærb., 4 esp. ; Lahmia, 1 esp. 


Acolium De Notar. , 7 esp.; Sphinctrina De Notar., 3 esp. 
J.. G. 


BOTANIQUE GÉOGRAPHIQUE. ET PALÉONTOLOGIQUE. 


Neu-lHolàand im Europa (Ze Nouvelle-Hollande en Europe) ; pat 
M. F: Unger. In-8? de 72 pages, avec de nombreuses gravures sur bois. 
Vienñe, saus date. 


L'auteur, aprés avoir jeté un coup d'œil sur la végétation de la Nouvelle- 
Hollande, dont il cite les genres et familles les plus caractéristiques, les com- 
pare à la flore européenne de la formation éocène: Lorsqu'on passe en revue 
les plantes qui ont laissé des restes ou des empreintes dans les couches de 
cette formation, on apercoit, il est vrai, que les végétaux n'y sont pas 
dans les mêmes proportions relatives qu'on les trouve aujourd'hui dans la Nou- 
velle-Hollande ; en effet, les Épacridées, par exemple, n'y apparaissent. que 
rarement. Mais d'autres familles, telles queles Protéacées, y sont fréquemment 
représentées, non-seulement par leurs feuilles, mais encore. par leurs fruits et 
par leurs graines. On. y reconnaît les genres Banksia; Dryandra, Hakea, 
Embothrium; Grevillea, Lomatia, Persoonia, Petrophyllum, etc. Mais, dit 
M. Unger, ce qui est d'une plus grande importance, c'est la présence de 
formes appartenant à lá famille des Santalacées, des Anthobolées et des Mòni- 
miacées, plantes dont la présence accuse incontestablement üne flore analogue 
à celle dela Nouvelle-Hollande et de l'hémisphère austral en général. L'au- 
teur cite ainsi le gente Zeptomeria, dont quelques espèces se trouvent eu 
Tyrol et dans le liguite du Bas-Rhin, les genres Exocarpus, Laurelia, ete 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 499 


Passant à la famille des Conifères, il dit que l'on trouve dans presque toutes les 
localités de la formation éocène des fossiles appartenant aux genres Araucaria, 
Podocarpus, Libocedrus et Callitris; la famille des Légurineuses y est 
aussi représentée d'une manière très importante par des genres qui appatien- 
nent encore aujourd'hui à l'hémisphére austral. De tout ceci résulte, selon 
M. Unger, qu'un rapport intime doit avoir existé à une certaine époque entre 
l'Europe et ce continent lointain, et il s'agit pour lui d'établir la nature de ce 
rapport. On est forcé tout d'abord, dit-il, de reconnaitre qu'à l'époque de la 
formation éocène, le climat de l'Europe doit avoir été semblable à celui dont 
jouit aujourd'hui la Nouvelle- Hollande. Mais la question du climat ne suffit 
pas pour expliquer une si grande ressemblance entre la végétation de deux 
pays placés aux antipodes l'un de l'autre. L'auteur rappelle à cette occasion 
un mémoire publié paf lui sous le titre de : Die versunkene Insel: Atlantis 
(L’Allantide sübmergée); dans ce mémoire il avait cherché à établir que Paf- 
finité frappante présentée par les végétaux de la tnollasse qu'on récolte en 
Europe avec ceux de la flore actuelle de l'Amérique du Nord, ne peut être 
expliquée qu'en admettant l'existence antérieure d’un continent placé entre 
l'Europe ét l'Amérique; l'Atlantide, dont plusieurs anciennes traditions ont 
fait mention. 

Lorsqu'on examine la flore éocene d'Europe, on y trouve, parmi des végétaux 
analogues à ceux de la Nouvelle-Hollande, ui grand nombre de plantes qui, sans 
contredit, sont Vorigine asiatique. Il en résulte pour l'auteur que la flore éocène 
de l'Európe a dû être peuplée par des colonies végétales provenant d'un côté 
dé l'archipel asiatique, qui petit-étre constituait alors wi continent, et reçues 
de l'autre côté par l'interthédiaire de l'Atlantide. 1l résulte enfin dé ces obser- 
vations quë la Nouvelle-Hollande, avec son motide animal ét végétal si parti- 
culier, qu'on à l'habitüde de considérer commie üt continent récemment 
créé, serait géologiquement un pays déjà vieux, ayant depuis une longue 
époque conservé son caractere; que ce continent représente une natüre 
perdue aujourd'hui en Europe et ensevelie dans les couches de nos régions 
longtemps avant l'apparition du genré humain. L'auteur ajoute plusieurs 
considérations géologiques qui prouvent, selon lui, que la Noutelle-Hollande 
louche au terme d'une phase géologique. 

M. Unger joint à son intéressant mémoire une énumératíor de toutes les 
plantes trouvées jusqu'à ce jour dans la formation éocène, parmi lesquelles se 
rencontrent des espèces apparteriant aujourd'hui à la Noüvelle-Hollande et à 
l'hémisphère austral en général. Dans cette liste fort curieuse, l'auteur a 
plácé en regard de chaque espéce fossile le nom de l'espèce qui lui correspond 
dans la flore actuelle. Un second supplément contient la description de quel- 
ques espèces de plánites fossiles restées inconnues jusqu'à présent et ayant des 
analogues dans la Nouvelle-Hollande. Ce chapitre est accompagné de plusieurs 
figures représentant les plantes fossiles et les végétaux qui leur correspondent 


200 SOCIÉTÉ BOTANIQUE. DE FRANCE. 

dans-la flore actuelle, Ces dernières sont exécutées par le nouveau procédé 
d'impression en usage à Vienne. Les plantes décrites ici avec beaucoup de 
détails appartiennent aux familles des Cupulifères, Monimiacées, Anthobolées, 


Protéacées, Épacridées et Pittosporées. 
J. G. 


Ueber das Vorkommen von Kias-Pflauzen îm Kau- 
kasus und der Alborus-Wefte (Sur la présence de plantes 
du lias dans le Caucase et la chaîne de lAlborus); par M. H.-R. Geeppert 
(Actes de la Société silésienne des sciences naturelles, 2° cahier, pp. 189- 
494). Tirage à part en brochure in-8°. 


Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur l'historique des publications rela- 
tives à la flore du lias, M. Gæppert nous apprend que dés l'aünée 4847 il 
avait reconnu la présence de cette formation dans les montagnes du Caucase. 
M. Abich, auteur d'un travail important sur la géologie des montagnes du 
Caucase, de l'Arménie et du nord de la Perse, lui avait adressé en 1845 uu 
premier envoi de fossiles provenant de l'Iméréthie. M. Gœppert donne une 
description détaillée de Ja localité d’où proviennent ces fossiles ; parmi. ceux- 
ci on remarque surtout un Pterophyllum voisin du Pterophyllum Preslia- 
num (Zamia pectinata Brongn.) et du Pt. taxinum de l'oolithe de Stones- 
field, et qu'il appelle Pr. Abichianum. 

Un second envoi de M. Abich, fait en 1848, se trouva bien plus remarquable 
que le premier, par sa richesse en plantes fossiles. M. Geeppert y remarqua 
les plantes suivantes : Z'eniopteris vittata Brongn. , Tæniopteris asplenioides 
GC. v. Euinghausen, Alethopteris Whithiensis Gœpp., Æquisetites gamin- 
gensis C. v. Ettingh. et des fragments de feuilles du /V//sonia elongata Brongn. 

Une occasion analogue fut encore fournie à M. Geppert par M. le docteur 
Goebel, qui accompagna comme géologue, en 1858 et 1859, une expédition 
envoyée par le gouvernement russe à Chorassan. Ce dernier savant envoya 
des fossiles qu'il avait recueillis dans la province d'Asterabad, située dans la 
Perse orientale, et particulierement dans la chaine de l'Alborus. Les fossiles 
s'y trouvaient dans une couche de schiste houiller (Kohlenschiefer) épaisse de 
deux pieds. Parmi les plantes contenues: dans cette couche, abonde principa- 
lement un Pterophyllum très voisin du Pterophyllum Abichianum de l'Imé- 
réthie, sinon identique; on y trouve encore. des rudiments des Nilsonia 
Sternbergii Gæppert, Alethopteris Whitbiensis, Tæniopteris vittata, Camp- 
topteris Nilsoniaet Zamites distans. Cette. collection. contient encore. en 
outre un Asplenites et un £quisetites qui n'ont pas encore été figurés ; mais 
on n'y trouve. pas la moindre trace de plantes appartenant à la formation 
houillère. M. Geeppert termine sou mémoire en concluant que la véritable 
formation houillére n'a été observée ni dans le Caucase, ni dans la chaine de 
l'Alborus, et que les couches houilléres de ces montagnes appartiennent à la 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 501 


partie inférieure des formations jurassiques et doivent être classées dans l'étage 


du Lias, ainsi que les plantes fossiles qu'elles renferment. 
3j. G. 


Catalogue of carhoniferous plants in the Museum of 
the Academy of natural Sciences, with corrections 
in synonymie, descriptions of new species, etc. (Catalogue 
des plantes du terrain carbonifère que renferme le Musée de l'Académie 
des Sciences naturelles, avec des corrections relatives à la synonymie, la 
description d'espèces nouvelles etc.; par Horatio C. Wood, JR. (Proceedings 
of the Academy of natural sciences of Philadelphia, 1860, p. 436-443). 


Le musée de l'Académie des Sciences de Philadelphie renferme actuelle- 
ment une collection intéressante de végétaux fossiles, dont le fond est formé 
par des doubles envoyés de Bristol par le D" T. B. Wilson ; elle renferme 
aussi des échantillons donnés par M. J. P. Wetherill, et qui contiennent un 
bon nombre des types de Steinhauer. M. Wood engage vivement les auteurs 
qui découvrent de nouvelles espèces de végétaux fossiles, à faire parvenir à 
l'Académie les types de leurs découvertes. 

Dans son catalogue, qui ne contient encore que les plantes du terrain 
houiller, et que l'auteur se propose de continuer par la suite, il réunit les 
Calamites inequalis Let H., C. irregularis Pennant; les Neuropteris gi- 
gantea St., N.. Loschii Ad. Br., N. rotundifolia Ad. Br., sous le nom de 
N. minor | (Lithosmunda minor Lloyd, Felicites linguarius Schloth.). Il 
réunit encore, mais avec un peu d'hésitation, les Sigil/aria elliptica Ad. Br. 
et S. notata Ad. Br.. Quant aux espèces nouvelles. elles sont seulement au 
nombre de deux dans le travail de M. Wood ; cc sont les suivantes : 

Equisetites macrodontus, n. sp. ? — Tige simple, articulée, obscurément 
sillonnée; articules courts, gonflés aux nœuds ; gaines multidentées ; dents 
plus longues que les articles, contractées à leur base, élargies au-dessus, puis 
de nouveau contractées et terminées en une pointe longuement sétacée, 

Cyclopteris camptoneura, n. sp.? — Fronde pétiolée, mince, subcunéi- 
forme, à limbe obscurément lobé ou denté ; nervures minces, trés flexueuses, 
au nombre de douze environ à la base, se dédoublant dés la base et se multi- 


pliant beaucoup, trés nombreuses et serrées au bord du limbe. py 


BOTANIQUE APPLIQUÉE. 


On the adulteration of black Helebore with Bane- 
berry (Sur (a sophistication de U Ellébore noir par l'Actæa spicata); 
par M. Robert Bentley (Pharmaceutical journal, vol. IM, pp. 109-112). 


Daus cet article, M. Bentley appelle l'attention des médecins et des phar- 


502 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


maciens sur une sophistication fâcheuse et pratiquée fréquemment selon lui en 
Angleterre, celle des rhizomes d’Ellébore noir, emplovés comme purgatifs, 
que l'on remplace par les rhizomes de l’ Actæa spicata, lesquels sont, au con- 
traire, astringents et antispasmodiques. Le fait n’a pas une très grande im- 
portance en France pour la médecine pratique, puisque l'Ellébore noir est 
aujourd'hui trés peu employé chez nous; mais il intéressera ceux de nos con. 
frères qui se livrent à des recherches sur la matière médicale. On sait, et 
M. Bentley le rappelle d'ailleurs, que M. Guibourt avait indiqué déjà la falsi- 
fication de l'Ellébore noir. Le travail de l'auteur anglais se termine par l'ex- 
posé des caractères différentiels des deux plantes en question et de leurs 


rhizomes. 
E. F. 


Le Mudar et ses applieations industrielles: par M. Paul 
Madinier (Annales de l'agriculture des colonies et des régions tropicales, 
t. III, pp. 361-570). 


Il y a dans les régions tropicales un grand nombre de plantes textiles qui 
pourraient devenir l'objet d'une exploitation importante. De ce nombre sont 
plusieurs Asclépiadées, par exemple l’ Asclepias cvrassavica, le Marsdenia 
tenacissima, et notamment le Calotropis gigantea, qui croit dans les Indes, 
et porte en hindoustani le nom de Mudar. Il produit à la fois des fibres tex- 
tiles remarquables par leur grande ténacité, leur finesse et leur solidité ; des 
aigrettes soyeuses que l'on est parvenu à filer, surtout en y ajoutant un cin- 
quième de coton, et dont on pourrait faire du papier; un jus laiteux, gom- 
meux et résineux, analogue au caoutchouc, et qui existe aussi dans l' Asclepias 
Cornuti; enfin une racine dont l'écorce est employée dans l'Inde, suivant 
notre confrère M. Jules Lépine, contre les fièvres typhoides, la syphilis et les 
maladies cutanées. Cette dernière jouit de propriétés émétiques trés mar- 
quées ; on y à découvert un nouvel alcaloïde nommé mudarine. Les Calotropis 
servent encore dans l'Inde, suivant Roxburgh, et dans le Soudan, suivant 
M. d'Escayrac de Lauture, à la fabrication de Ja poudre à canon, au moyen 
du charbon léger que donne la combustion de leurs tiges: Les feuilles de ces 
plantes, piquées par un insecte, laissent exsuder une sorte de manne sucrée. 

On rencontre les Calotropis dans des sols sablonneux et stériles. En les 
plantant en Algérie, on aurait à la fois, selon M. Madinier, l'avantage d'amé- 
liorer de mauvaises terres en leur préparant un engrais naturel, et de retirer 
des produits utiles de terres infécondes. Le mémoire de M. Madinier contient 
la description botanique du C. gigantéa et une planche qui en représente le 
port et les fleurs, Des échantillons d'aigrettes et de fibres textiles sont joints 
à ce travail. On en trouverait d'analogues parmi les différents produits du 


Calotropis exposés au Musée des Colonies. 
E. F 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 503 


NOUVELLES. 


— M. Charles Cardale Babington, membre de la Société botanique de 
France, a été dernièrement nommé professeur de botanique à l'université de 
Cambridge, en remplacement de feu notre confère M. Henslow. M. Ba- 
bington est l'auteur du Manuel of bristish botany, du Flora of the Channel 
Islands, de diverses flores locales d'Angleterre, et de quelques autres publi- 
cations dont plusieurs ont été annoncées dans cette Revue. 


— Le 24 septembre dernier est mort M. J. Scheidweiler, qui avait suc- 
cédé à M. Planchon, en 1850, comme professeur de botanique et d'horticul- 
ture à l'Ecole royale d'horticulture de Gentbrugge, prés Gand. M. Scheid- 
weiler avait été antérieurement professeur de botauique et d'agronomie à 
l'Ecole vétérinaire de Bruxelles. On lui doit la description d'un certain nombre 
de plantes nouvelles, publiées par lui dans le Gartenzeitung d'Otto et Die- 
trich; il avait aussi écrit un Cours raisonné et pratique d'agriculture et de 
chimie agricole. C'est à lui que Klotzsch dédia un des nombreux genres qu'il 
créa aux dépens du genre Begonia. 


— On annonce la mort de M. le docteur Andrew Sinclair, qui avait fait 
dans la Nouvelle-Zélande des récoltes considérables en plantes et autres 
objets d'histoire naturelle. M. le docteur Gray, attaché au Musée de Londres, 
a commencé le catalogue de ces collections; ce catalogue doit étre réuni sous 
forme d'appendice à l'ouvrage de Dieffenbach sur la Nouvelle-Zélande. 


— Un décret récent du gouvernement espagnol vient d'instituer à Manille 
une école de botanique et d'agriculture, sous la présidence du capitaine- 
général des iles Philippines. 


— La culture du tabac prend chaque jour une extension nouvelle. On sait 
que depuis quelques années le tabac de Java, qui est d'excellente qualité, 
a une grande vogue sur les marchés ; cette variété est surtout propre à con- 
fectionner des enveloppes de cigares. Ou a connu cette année méme le résultat 
d'essais de culture intéressants qui avaient été tentés dans nos colonies 
par ordre du gouvernement. A la Guyane, ces essais ont complétement réussi ; 
le tabac de cette provenance est trés combustible et sera sans doute destiné à 
la fabrication des cigares. Ce succès n'a d'ailleurs pas lieu de surprendre, 
puisque le Nicotiana Tabacum croit en Guyane à l'état sauvage, et s'y montre 
chargé de feuilles d’une largeur remarquable et d'une finesse extrême. Quant 
aux tabacs de la Guadeloupe, envoyés par M. Chaulet et analysés au labo- 
ratoire de l'exposition, ils rappellent larome des tabacs de la Havane, et don- 
nent des espérances fondées ; on a cru cependant devoir les essayer encore, 
tandis qu’à la Guyane on s’est décidé à entreprendre des cultures en grand et 
pour le commerce. À Pondichéry, M. Perrottet, qui a expérimenté avec des 


504 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


plants en assez mauvais état, la saison étant trop avancée pour faire un semis, 
déclare cependant que cette culture a toute chance de réussir dans la colonie. 

— M. de Schlechtendal, dans un des derniers numéros du Botanische 
Zeitung (48 octobre), invite les botanistes à faire échange de leurs portraits 
photographiés en cartes de visite. Un vœu analogue a déjà été émis par 
M. Alph. De Candolle. M. de Schlechtendal invite les botanistes qui seraient 
disposés à accepter sa proposition, à le lui faire savoir, afin de pouvoir indi- 
quer leurs noms dans son journal et les faire payer de retour, 


Collection de plantes à vendre. 


M. E. Bourgcau met en vente diverses collections faites pendant ses vovages 
aux Canaries, en Espagne, etc. Ces collections sont réparties ainsi qu'il suit : 
Plantes des îles Canaries (3 lots) : 


N°-4,:288 espèces. io 4 ie 43 fr. 20 
N* 2.. 2980. —— Mee oncles 42 
NUS MS Lo nMesdien manor RAN onko 


Plantes d'Espagne : un lot de 120 espèces à 30 francs. 
Plantes des Alpes-Maritimes (2 lots) : 
NILUM RNCS: 2 s. 29 If. AU 
NUAGE Cis SE da, dU. OÙ 
Plantes des environs de Metz : un lot de 142 espéces à 14 fr. 20. 
Plantes de Lycie (2 lots) : 
Pe IER IIS lo. m Sepe ^1 fr. 70 
NENNT M -*.....5. 35 10 
Plantes d'Europe et d'Algérie, choisies : 
IN 10 SAT (EUN. #07 n 2047 COUT OÙ 


Bm 4423 Mà... cn 6^ 60 
Nt: 3,022655 «n i oupi bas SB 0520 
N* 5,255 ich acds eg 
N'.5:.2205 er oo. now o! a 


Parmi les espèces qui figurent dans ces 5 derniers lots, on remarque les 
Pæonia Broteri, Biscutella frutescens, Viola nummulariæfolia, Diantbus fur- 
catus, Alsine Villarsii, Mœhringia dasyphylla, Anthyllis Barba-Jovis, Securi- 
gera Coronilla, Potentilla Valderi, P. Saxifraga, Sempervivum hirtum, Saxi- 
fraga Camposii, S. florulenta, S. pedemontana, S. mutata, Peucedanum 
paniculatum, Galium Bourgeanum, Artemisia cærulescens, Pyrethrum cera- 
tophylloides, Pterocephalus papposus, Rhododendron ponticum, Micromeria 
Piperella, Primula marginata, Pr. latifolia, Helxine Soleirolii, Populus 
euphratica, Cymodocea æquorea, Fritillaria delphinensis, Allium narcissiflo- 
rum et Scirpus pubescens. 


Paris: — Imprimerie de L, ManrINZT, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


LJ 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


La Société se réunit à sept heures et demie du soir, dans le 
local ordinaire de ses séances, rue de Grenelle-Saint-Germain, 84, 

M. le Président déclare ouverte la session ordinaire de 1861-62, 
et annonce trois nouvelles présentations. 

MM. Ch. Royer, le docteur Arthur Walker et David Ross sont 
proclamés membres à vie, sur la déclaration faite par M. le Tréso- 
rier qu'ils ont rempli la condition à laquelle l'art. 14 des statuts 
soumet l'obtention de ce titre. 


Dons faits à la Société : 


1* Par MM. E. Cosson et Germain de Saint-Pierre : 
Flore des environs de Paris, deuxième édition. 


2° Par M. Eug. Fournier : | 
Des ténifuges employés en Abyssinie (Thèse pour le doctorat en 
médecine). 


3° De la part de MM. L.-R. et Gh. Tulasne : 
Selecta Fungorum Carpologia, t. I. 


À* De la part de M. Lagrèze-Fossat : 
Note sur la reproduction de la Havenelle. 


à* De la part de M. Geeppert : 
Beitræge zur fossilen und lebenden Flora. 
Ueber die Tertiarflora der Polargegenden. 


Ueber das Vorkommen von Léas-Pflanzen im Kaukasus und der 
Alborus- Kette. 
T. VII. 33 


506 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
6 De la part de M. Perrottet : 
Deuxième envoi des établissements français dans l'Inde. —— 
7° De la part de M. Zetterstedt: . ‘ mU. 
Revisio Grimmiearum Scandinavia. 
8° De la part de M. Luigi Guidi : 
Dei lavori dell’ Academia agraria di Pesaro, 
9 De la part de M. Félix'Sahut : 
Notice nécrologique sur S.: A. S. le duc d'Arenberg. 
40° De la part de M. W, Nylander : 
Diatomaceis Fenniæ fossilibus additamentum. 
11* De la part de M. Ferdinand Cohn : i 
Bericht: ueber die Verhandlungen der botanischen Section der Sehle- 
sischen Ackerbaugesellschaft im Jahre 4860. 
42° De la part de M. Carl Bolle : 
Die Serofularien der Canarischen Inseln. 
43° De la part de M. R. Clarke : 
Remarks on the topography and diseases of the Gold coast. 
14° De la part de MM, Vilmorin-Andrieux et Cie: 
Annuaire des essais, etc., 3° année, 1860, 4° livraison. 
Suite à la description des plantes potagères, etc., 1861. 
15° De la part de la Société royale botanique de Ratisbonne : 
Mémoires de cette Société, t. IV, deuxième partie. 
16^ De la part de la Société des sciences historiques et naturelles 
de l'Yonne : 
Bulletin de cette Société, t XV (ar eu 2* trimestre). 


17° De la part de la Société sé meis et d'Arboriculture de 
la Cóte-d'Or : 
Bulletin de cette Société, 4859-4860. 
18° Dé la part de la Société d'Hortieulture et de Botanique de 
l'Hérault : i 
Annales de cette Société, t, 1*, numéros 2 et 3, 


19* De la part de la Société d'Horticulture de la Gironde : 
Catalogue de l'exposition qui a eu lieu en septembre 4864. 


i 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 507 


20° De la part de la Société d'Horticulture de la Haute-Garonne : 
Annales de cette Société, mai et juin 1861. 


21° De la part de l'Académie des Sciences naturelles de Phila- 
delphie : 
Proceedings of the Academy, 1860 (fin), 1861 (p. 1 à 96). 


22° De la part de la Société Smithsonienne : 
Second report of a geological reconnaissance of the southern and middle 
counties of Arkansas. 
Annual report of the boards of regents of the Smithsonian Institution, 
Fourteenth annual report of the Ohio state board of agriculture. 


23 De la part de la Société- italienne des sciences naturelles : 
Atti della Societa, t. III (fasc. 2). 


24° Journal populaire d'éducation, deux numéros. 


25° De la part de M. Léon Soubeiran : 


Lettres autographes de Balbis, Michauz, Thunberg, Olivier, Villars, 
Willemet et Hoffmannsegg. 


T 26 En échange du Bulletin de la Société : 


Nouveaux mémoires de la Société impériale des naturalistes de Moscou, 
t. XIII. 

Bulletin de cette Société, 1860 (n** 2, 3 et 4). 

Atti dell I. R. Istituto veneto, t. VI, n° 7, 8 et 9. 

Journal of the proceedings of the Linnean Society : Botany, vol. IV, 
[février et mars; Zoology, vol. IV (n** 16, 17, 18, 19), vol. V 
‘(m 17, 20). 

Flora oder allgemeine botanische Zeitung, 1861 (numéros 13 à 24). 

Pharmaceutical journal and transactions, aoüt-octobre 1861. 

- Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture, nie 
septembre 1861. 

Bulletin de la Société impériale zoologique d'Acclimatation, juillet- 
octobre 1861. 

L'Institut, juillet à novembre 1861, quinze duin. 


M. Duchartre dépose sur le bureau de la Société, de la part de 
MM, Tulasne, le premier volume de leur magnifique ouvrage 
intitulé : Selecta Fungorum carpologia. 

M. Cosson fait hommage à la Société, en son nom et au.nom de 
M. Germain de Saint-Pierre, de la deuxiéme édition de lenr F/ore 


508 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


des environs de Paris. — M. Cosson indique ensuite en quelques 
mots les principaux changements accomplis dans celte édition, 
ainsi que les découvertes les plus importantes récemment faites dans 
le rayon de la flore parisienne. / 

Lecture est donnée de la lettre suivante de M. Léon Soubeiran, 
accompagnant les autographes ci-dessus mentionnés, dont il fait don 
à la Société : 

Paris, 26 septembre 1861, 
Monsieur le Président, 

En parcourant les papiers de mon aïeul Bosc, je viens de trouver quelques 
autographes de botanistes, tels que Villars, Thunberg, Michaux, elc. J'ai 
pensé qu'il pourrait étre agréable à la Société botanique de France d'en 
posséder quelques-uns, et je vous prierai de vouloir bien lui offrir, en mon 
nom, ceux qui accompagnent cette lettre. Du reste, j'espère bien en trouver 
encore d'autres, et je serai heureux de partager avec la Société les trouvailles 
que je pourrai faire. 

Veuillez agréer, etc. J. -LÉON SOUPEIRAN. 


M. J. Gay fait à la Société la communication suivante : 


UNE EXCURSION BOTANIQUE A L'AUBRAC ET AU MONT-DORE, PRINCIPALEMENT POUR LA . 
RECHERCHE DES JSOETES DU PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE, 
me M. J. GAY. 


(PREMIÈRE PARTIE.) 


Le 15 août 1861, j'ai quitté Paris, à huit heures du soir, par un train 
express du chemin de fer, qui m'a déposé le lendemain, à dix heures et demie 
du matin, à Brioude, chef-licu d'arrondissement du département de la 
Haute-Loire, où s'arréte en ce moment la ligne du chemin de fer, destinée à 
être prolongée jusqu'à Massiac, département du Cantal. 

Une diligence attelée de quatre chevaux, desservant la route de Brioude à 
Rodez, m'a pris alors et m'a conduit, par Saint-Flour et Chaudesaigues, à 
Laguiole (qu'on prononce Layole), chef-lieu de canton de l'arrondissement 
d'Espalion, département de l'Aveyron, où je suis arrivé le 17 août, à une 
heure du matin, aprés avoir franchi en vingt neuf heures une distance de 
620 kilométres. 

Je venais de traverser une des contrées les plus montuenses de la France, 
et j'étais encore à 1006 mètres d'altitude, ce qui, vu l'absence d'abris suffi- 
sants, exclut les principales cultures de la plaine; Vigne, arbres fruitiers et 
Froment, sans nuire toutefois aux autres céréales, particulièrement au Seigle 
qu'on battait sur l'aire au moment de mon passage. 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 509 

Laguiole est situé sur le flanc occidental de l'Aubrac, vaste massif de mon- 
tagnes, compris dans l'angle que forme la riviére du Lot avec son affluent la 
Truyére, où aboutissent les trois départements du Cantal, de l'Aveyron ct de 
la Lozère, ayant quelques altitudes de plus de 1/400. mètres que relie un 
plateau d'environ 1300 mètres. C'est ce plateau dont je désirais explorer 
botaniquement une petite partie, ct tout particulièrement pour y étudier les 
mœurs d'un /soëtes que je savais exister dans un de ses lacs. 

J'avais pour guide Jean-François Doly, jeune soldat libéré de l'armée 
d'Afrique, actuellement garde champêtre de la commune de Laguiole. 

On compte trois heures de marche de Laguiole àu hameau d'Aubrac, qui 
donne son nom au groupe de montagnes et où je devais passer la première 
nuit. C'était beaucoup pour mes vieille$ jambes, surtout pour une course qui 
était la première de l'année, et il n'y avait aucun moyen de suppléer à ce 
véhicule naturel, attendu qu'il n'y a point de voie carrossable sur cette ligne, 
ni méme, je crois, possibilité de louer uu cheval de selle à Laguiole. A force 
de temps, je m'en tirai cependant assez bien, et, parti de Laguiole à midi, 
j'arrivai à mon gîte de l'Aubrac un peu avant la chute du jour. 

Dans ce trajet, on traverse, par des pentes assez rapides, d'abord la zone 
des cultures et des prairies fauchées, puis la vaste zone d'une forét de Hétres, 
après laquelle vient une troisième zone, celle des pâturages dénudés, dominée 
cependant, sur la ligne que j'ai suivie, par des pitons boisés de la même essence 
jusqu'à leur sommet (les Moussous, 1405 mètres ; las Truques, 1441 mètres). 
L'essence forestière est. partout la même dans les parties de l'Aubrac que 
j'ai visitées; nulle part je n'y ai vu ni Pins ni Sapins. Les sources et les terrains 
marécageux ne manquent pas sur ce versant de la montagne. Aussi la végétation 
y est-elle assez riche et assez variée, ainsi qu'on en jugera par la liste sui- 
vante des espèces que j'ai récoltées, énumérées dans l’ordre où je les ai rencon- 
trées, indépendamment de beaucoup d'autres, suivant moi moins intéressantes 
et que je ne veux pas rapporter de simple mémoire : Colchicum autumnale L. 
(commencant à fleurir), Viola sudetica W., Comarum palustre L., Trifolium 
badium Schreb. , Genista pilose L., Dianthus silvaticus Hoppe, Sedum vil- 
losum L., Sanguisorba officinalis L., Epilobium palustre L., Gnaphalium sil- 
vaticum L., Senecio adonidifolius Lois. , Calamintha. grandiflora Mænch, 
Angelica pyrenæa Spreng. et Meum athamanticum Jacq. — Le Viola 
sudetica est partout, sur les flancs et sur les sommets de l'Aubrac, et l'on 
peut dire qu'il y fleurit toute l'année, puisque j'ai pu l'y récolter en fleur 
jusqu'au 19 août. Dans cette ascension du 17 août, je n'ai rencontré qu'une 
seule fois le Calamintha grandiflora, et c'était au bord d'un bois de Hétres, 
de méme que le Senecio adonidifolius. L' Angelica pyrenwa et le Meum 
athamanticum sont les deruières plantes de l'échelle ; ils abondent dans les 
* pâturages à partir de 1200 mètres environ. 

Aubrac est un hameau d'une douzaine de maisons, avec une antique 


510 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

église, jadis abbaye, aujourd'hui simple succursale d'une paroisse voisine 
(celle de Saint-Chély). Son altitude est de 1335 mètres, par conséquent de 
329 métres supérieure au village de Laguiole, et de 106 métres inférieure au 
piton le plus élevé du voisinage, las Truques, que j'ai dit être de 1441 mètres. 
Cet abaissement du sol au-dessous des points culminants, se continue fort loin, 
au sud et à l'est du village, à peu prés au méme niveau, et c'est cette plaine 
élevée qui forme ce qu'on appelle le Plateau de l'Aubrac, plaine entièrement 
dénudée d'arbres, mais riche en pâturages et nourrissant des milliers de 
vaches, source de la fabrication d'un fromage gras, estimé, analogue à celui 
dit du Cantal et préparé de méme en pains à forme de tonneau, du poids de 
50 à 60 kilogr., fromage qui est l'objet d'un grand commerce dont le prin- 
cipal débouché est dans les départemehts du midi. Ce commerce doit être, en 
effet, considérable, car je ne me rappelle pas d'avoir vu nulle part, méme en 
Suisse, un pareil nombre de vaches laitières réunies sur un méme espace de 
terrain. C'est aussi ce qui fait la richesse relative des habitants non vachers 
du hameau d'Aubrac; presque tous sont aubergistes et vivent aux dépens 
des étrangers qui, des villes voisines, viennent passer ici quelques semaines 
de l'été, soit pour y respirer l'air dela montagne, soit surtout pour y faire des 
cures de petit-lait pris en boisson, ce que rend trés facile, et sur la plus grande 
échelle, le voisinage immédiat de plusieurs burons ou chalets. J'ai compté 
trente de ces étrangers, logés et nourris avec moi dans une seule de ces 
auberges, et tous appelés par le besoin de la méme médicamentation. J'ai 
parlé du bon air d'Aubrac. C'est effectivement un lieu froid, où l'été est de 
courte durée, daus les jardins duquel on ne voit que le Chou et la Pomme-de- 
terre, et qu'on peut dire hostile à toute céréale, quoique j'aie vu auprès du 
village un champ d'Orge encore sur pied et d'une trés belle venue, le seul, au 
reste, qui fût sur tout le plateau. Je pense qu'il sera venu à bien dans cette 
anuée exceptionnellement favorable, mais je doute qu'il puisse en etre de 
même tous les ans. 

Arrivé à Aubrac le 47 août au soir, j'en repartis le lendemain 18, de grand 
matin, pour accomplir, s'il était possible, ce qui était pour moi le but prin- 
cipal du voyage, la recherche des /soêtes dans trois lacs situés à peu près sous 
le même méridien, à deux ou trois lieues à l’est d'Aubrac et sur le même pla- 
teau : le grand lac des Saillants, le petit lac du méme nom au milieu, et le lac 
de Saint-Andéol au sud, tous les trois compris dans le territoire du départe- 
ment de la Lozère. Mais, arrivé sur les lieux, je reconnus bientót que c'était 
trop embrasser pour une seule journée, et le grand lac des Saillants dut être 
sacrifié (1). Le petit lac des Saillants fut abordé, mais sans succes, «u le pro- 
fond marais qui l'entourait de toutes parts, et je dus me contenter de quel- 


(1) Mon guide y est allé depuis, muni de mes instructions, et il n'a pu y découvrir 
aucun Jsoëtes, 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1864. 511 


ques Phanérogames que le hasard avait réunies sur un rocher à une portée 
de fusil de ses bords, dont j'estime l’altitude à environ 1200. mètres : 
Centaurea nigra L.; Genista purgans L. (en fruit) et Dianthus monspes- 
sulanus L. (une énorme touffe qui eût pu fournir dix beaux échantillons 
d'herbier). à 

Restait le lac de Saint-Andéol, déjà cité pour un' Zsoétes.dans lequel 
M. Durieu de Maisonneuve avait reconnu l'espéce nouvelle à laquelle il donne 
le nom d’echinospora. Une petite heure de marche nous en séparait, et nous 
v fümes bientôt rendus. Saint-Andéo! est un petit lac de forme circulaire, 
sans décharge, dont on peut faire le tour en moins d'une heure, et situé loin 
de toute habitation permanente, au milieu du désert de la montagne, à 
1200 mètres environ d'altitude. Quelques bouquets de Coudrier apparaissent 
sur les coteaux qui l'entourent, et c'est la seule végétation ligneuse que j'y 
aie pu découvrir. On y arrive du côté de l'ouest par une pente abrupte, 
hérissée de grosses roches éboulées, et de plus arrosée de quelques sources, 
où bon nombre de plantes subalpines ont trouvé un abri contre la dent des 
vaches. Mais, pressé d'aborder le lac, je n'ai pu y récolter que les suivantes : 
Arnica montana L., Doronicum austriacum Jacq., Hypericum quadran- 
gulum L., Thalictrum aquilegifolium L. et Aconitum Napellus L., cette 
dernière en fleur, toutes les autres en fruit. 

Quant au bassin même du lac, je veux dire sa partie submergée, il faut 
distinguer ses rives en deux parts. Au nord, à l'ouest et au sud, le fond est 
pierreux, ne portant qu'une maigre forêt de roseaux stériles (Phragmites vul- 
garis). Là, point d'soëtes, et, comme j'avais commencé par là mon explora- 
tion circulaire, j'étais naturellement fort inquiet du résultat final de l'entre- 
prise, Mais l'espoir me revint aussitôt qu'après avoir doublé l'extrémité 
méridionale du lac pour remonter sa rive orientale, je pus reconnaitre une 
nature de terrain tout autre. Au lieu de pierres produisant des roseaux, 
c'était de la tourbe portant un Æquisetum stérile (sans doute l'Æquisetum 
limosum), tourbe solide et gazonnée dans la partie émergée de la rive, 
molle et presque liquide dans la partie submergée: C'est là, en effet, que 
l'/soétes avait élu domicile, sur la tourbe molle, au milieu des Zquisetum, 
à une profondeur qui variait d'un. à trois pieds, et c'était bien l'/soéres 
echinospora DR. (4), très reconnaissable à ses feuilles trés étalées, non 
dressées, à son feuillage d'un vert tendre, non foncé, et enfin à ses 
macrospores échinulées, non farineuses. Pour en faire provision, il eût fallu 
entrer dans l'eaü, ce qui parut impossible, en raison de la nature du sol. Nous 
fümes donc obligés de nous contenter de quelques échantillons (cinquante au 
plus) que nos bâtons de voyage purent atteindre et soulever à proximité de la 
rive. Ce qui manqua ce jour-là à ma récolte, a depuis été complété par mon 


(1) Voyez le Bulletin, t. VIII, p. 164. 


912 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

guide, le même que j'ai nommé plus haut, qui a fait deux nouvelles courses 
dans ce but au lac de Saint-Andéol, l'une le 23 août, l'autre le 3 octobre, 
Un fait intéressant est résulté de l'une de ces dernières récoltes; l'envoi du 
23 août s'est trouvé mêlé de cinq échantillons de l'/soétes lacustris. M. est 
donc certain que les deux espéces vivent ensemble dans le méme lac, quoique 
dans des proportions, à ce qu'il parait, bien différentes. Je dois ajouter que 
l'/soètes echinospora, tel que je l'ai vu dans le lac de Saint-Andéol, ne forme 
jamais des prairies continues : il y vit en petites colonies écartées les unes 
des autres et composées de six à douze individus. On le trouve méme quel- 
quefois complétement isolé, auquel cas il se fait remarquer par ume. plus 
grande vigueur de souche et de feuillage. 

J'avais atteint mon but, car j'ignorais alors la position d'un autre lac du 
département de la Lozère, où l'/soëtes lacustris avait été indiqué. J'ai appris 
plus tard que ce lac, le lac de Bort, appartenait au même plateau de l’ Aubrac 
et qu'il n'était qu'à deux lieues du lac de Saint-Andéol, sur le territoire 
de la commune de Marchastel. Mon guide y a été le 21 octobre, et il 
m'a envoyé l'/soétes echinospora, trouvé là dans les mémes circonstances 
de terrain qu'au lac de Saint-Andéol, sans aucun mélange de. Isoëtes 
lacustris. 

J'avais atteint mon but, et il ne me restait plus qu'à regagner mon gite 
d'Aubrac, ce que je fis avant le coucher du soleil, aprés avoir pris un bain 
tiéde dans les eaux du lac de Saint-Andéol, mais lentement, mais péniblement, 
avec une fatigue double de celle de la veille, et de plus, littéralement brülé par 
uu soleil sans nuages, lançant ses rayons ardents sur une plaine découverte, 
sans autre abri possible que les courtes ombres projetées par quelques basses 
murailles de clôture, moyennant lesquelles je trouvais de temps en temps un 
soulagement insuffisant. Mes mains et mes joues, d'abord pustulées, puis écail- 
lées, puis rougies par le renouvellement des tissus, s'en ressentirent pendant 
plus de quinze jours. Et sur cette voie de retour, je n'avais rien trouvé de 
remarquable, si ce n'est les plantes communes du plateau, l'Angelica pyre- 
nea Spr., le Meum athamanticum Jacq. , le. Montia fontana L. et le Dianthus 
silvaticus Hoppe. 

Le 19 août, aprés avoir couché à Aubrac, je suis redescendu à Laguiole par 
une route un peu différente de celle que j'avais suivie l'avant-veille, pour 
avoir occasion de traverser une autre partie de la zone forestière et particu- 
lièrement la forêt de Hétres dite de Laguiole, parce qu'elle appartient à cette 
commune. C'est là que j'ai pu cueillir Blechnum Spicant Roth, Euphorbia 
hiberna L., Calamintha grandiflora Mamch (une, seconde localité), Senecio 
Fuchsii Gmel., Lonicera nigra V., Ribes petrœum Jacq. , et Dianthus silva- 
ticus Hoppe. Ce derniez est excessivement répandu dans l'Aubrac, ainsi que je 
l'ai déjà dit. Il en est de même de l' Euphorbia hiberna, máis celui-ci est une 
plante printanière dont je n'ai pu trouver que les restes, sans flcurs ni fruits. 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 180641. 915 
Le Senecio Fuchsii remplace ici le Senecio Cacaliaster que je wai vu nulle 
part dans l'Aubrac, mais il parait y être fort rare, car il n'y a pas été indiqué 
jusqu'ici, et je ne l'y ai vu qu'en ce seul endroit. Le Blechnum Spicant, le 
Lonicera nigra et le Ribes petra um se trouvaient ici réunis (avec un Chry- 
sosplenium que je n'ai pas rapporté) autour d'une charmante source qu'on 
nomme Fontaine de la Brebis et qui prend naissance au milieu de la forêt de 
Laguiole, à une altitude d'environ 1100 mètres. 

Le 20 aoüt, absence de place daus la diligence et séjour forcé à Laguiole, ce 
qui me fournit l'occasion de cueillir dans les prés, au-dessous du village, une 
forme naine du Gentiana Pneumonanthe. 

La diligence me recoit enfin le 21 août, à onze heures du soir, et me dépose 
à Brioude le lendemain à midi, pour étre immédiatement transporté, par le 
chemin de fer, à Issoire où je couche. 

Le vendredi, 23, parti d'Issoire à dix heures et demie du matin par la dili- 
gence qui fait le service des Bains du Mont-Dore pendant la saison des eaux, 
jarrive en ce dernier lieu à la tombée de la nuit, aprés avoir successivement 
traversé Champeix, Montaigu, Saint-Nectaire (qu'on prononce Sénectaire), 
Murols et la haute croupe qui, sur cette ligne, sépare le bassin dela Couse de 
celui de la Dordogne, et qui porte sur son flanc occidental la belle forét de 
Sapins (Abies pectinata) dite de Chaneau, au travers de laquelle on descend 
dans la vallée du Mont- Dore par une pente trés rapide, chute qui ne doit pas 
étre moindre de 366 métres, si, comme je le crois, l'altitude du passage est 
d'un peu plus de 1400 métres, c'est-à-dire de trés peu inférieure à celle des 
plus hauts sommets de l'Aubrac. 

M. Durieu de Maisonneuve, à qui j'avais donné rendez-vous au Mont- 
Dore, et qui était arrivé la veille avec M. Léonce Motelay (de Bordeaux), avait 
fait, ce jour-là, 23 août, l'ascension du Puy-de-Sancy, et, à mon arrivée, j'eus 
la satisfaction de trouver ces deux messieurs dans le méme hôtel où je descen- 
dais, l'hótel de France, tenu par Cohadon-Bertrand, le méme hôtel qui a 
recu la Société botanique de France en 1856 (1), et oà logent de préférence 
les botanistes qui viennent herboriser au Mont-Dore. 

(La suite à la prochaine séance.) 


À la suite de cette communication, M. Gay annonce à la Société 
que le Trientalis europea, dont on a récemment constaté l'existence 
dans le nord de la France, tout prés de la frontiére belge (2), vient 
d'étre découvert sur un autre point du territoire francais, dans les 
montagnes de la Haute-Savoie. 


(1) Voyez le compte rendu de la session de la Société en Auvergne, dans le Bulletin, , 
t. HI, p. 449-509. 
(2) Voyez le Bulletin, t. VI, p. 762. 


514 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M. Duchartre fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR LA SÉCRÉTION SALÉE DU TAMARIX GALLICA AU BORD DE LA MER, 
par ME. P. DUCHARTRE. 


Dans la séance du 42 juillet dernier, notre collègue M. le docteur Gubler, 
ayant fait une communication intéressante relativement à l'influence que le 
transport mécanique de l'eau de mer par les vents peut exercer sur la végé- 
tation littorale (1), je crus devoir citer, comme donnant une idée de la dis- 
tance considérable jusqu'à laquelle ce transport peut s'effectuer, ce fait que le 
Tamariz gallica m'a montré, à sa surface, une salure trés marquée pendant 
que soufllait le vent de mer, à une distance de quelques kilométres de la plage. 
J'exprimais ainsi l'opinion que l'humidité salée est simplement déposée sur les 
feuilles de ce végétal par l'air qui s'en est chargé en traversant la mer, opinion 
que j'ai trouvée très répandue parmi les personnes qui habitent le long de la 
Méditerranée. 

Au commencement du mois de septembre dernier, me trouvant dans le 
département de l'Hérault, j'ai voulu profiter de l'occasion qui s'offrait à moi 
pour rechercher si la présence d'une hamidité salée sur les feuilles du Tama- 
riz gallica était due réellement à la cause que j'avais.cru devoir lui assiguer. 
Or, j'ai bientôt reconnu que cette manière de voir est en contradiction avec les 
faits, et que la curieuse particularité dont j'avais parlé doit étre interprétée tout 
autrement que je ne l'avais fait. Voici les observations que j'ai recueillies à 
cet égard. 

Aprés que le vent avait soufllé, pendant trois jours entiers, du aud ou du 
sud-est, c'est-à-dire dans une direction telle qu'il traversait. la Méditerranée, 
plusieurs pieds de Tamariz gallica, plantés méme à 400 ou 500 mètres du 
bord de la mer, m'ont offert une salure superficielle extrémement prononcée 
sur toutes leurs feuilles, depuis les rameaux qui touchaient. presque le sol 
jusqu'aux plus élevés; mais rien de pareil ne s’est montré sur aucune des 
plantes qui croissaient au méme lieu, dont les unes étaient cultivées, comme 
la Luzerne, la Vigne, la Garance, dont les autres étaient spontanées, soit étran- 
gères à la terre sablonneuse et salée dans laquelle elles se trouvaient acciden- 
tellement, comme le Diplotaxis tenuifolia, V Erigeron canadensis,. soit, au 
contraire, essentiellement littorales, c'est-à-dire ayant besoin, pour prospérer, 
d'une terre salée, comme le Salsola ragus, l'Alyssum maritimum, etc. 
On concevrait difficilement que l'air ne déposàt que sur le Tamariz l'humidité 
salée dont il s'est Chargé; dés lors il devient déjà trés probable, par suite 
de cette seule observation, que le fait offert par cette espèce est indépendant 


(1) Voyez plus haut, p. 431-443. 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 515 


de la cause tout externe d'un simple dépót, et se relie à quelque particularité 
d'organisation de la plante elle-même. 

C'est, en effet, ce que montre l'examen de celle-ci. Sa salure superficielle 
résulte de ce que chacune de ses petites feuilles imbriquées porte une goutte 
d'eau salée, arrondie et limpide, semblable à une petite perle, dans laquelle 
la proportion de sel marin est tellement considérable que, lorsque j'ai plongé 
un fragment de rameau dans une solution d'azotate d'argent, chaque goutte- 
lette est devenue un globule blanc et opaque qui trés souvent s'est détaché 
de la feuille. La feuille elle-même montre sous la loupe quelques points 
translucides qui constituent autant de petites glandes, auxquelles sans doute 
on doit attribuer la production de la goutte de liquide salé. Je suis donc con- 
vaincu qu'il n'y a là qu'une simple sécrétion, et cette opinion me semble 
emprunter plus de vraisemblance encore de cette circonstance que d'autres 
espèces de Tamarix présentent des sécrétions d'une autre nature, par 
exemple celui qui donne la manne sur le Sinaï. 

J'ai cru devoir examiner des pieds de 7amariz gallica à des distances de 
plus en plus considérables des bords de la mer. Entre Béziers et la mer, non 
loin de la ville et, par conséquent, à une distance de 14 ou 15 kilomètres 
de la plage, j'ai va une forte digue en terre plantée de Tamaris comme 
agent de consolidation. Là les rameaux de l'arbuste avaient une saveur salée 
encore appréciable, mais très affaiblie comparativement à ce que j'avais 
reconnu non loin des bords de la Méditerranée. Enfin, au delà de la ville de 
Béziers, à une distance de 25 à 30 kilométres de la mer, je n'ai plus trouvé 
de saveur salée, et la loupe ne m'a pas montré le moindre indice de la goutte 
lette salée qui était si remarquable sur les pieds de la méme espèce qui se 
trouvaient prés de la plage. 

Il me semble donc établi par là que la sécrétion salée du Tamaris ne 
s'opère que dans le voisinage de la mer, là où la plante trouve en quantité 
plus où moins considérable dans le sol le chlorure de sodium qui caractérise 
essentiellement le produit des glandes contenues dans ses feuilles. Tl est fort 
probable que; comme chez la généralité des végétaux, ce sel est remplacé par 
des sels de potasse pour les pieds qui végètent dans l'intérieur des terres ; 
seulement ces sels ne se trouvent sans doute pas en assez grande abondance 
pour déterminer une sécrétion appréciable à l'extérieur. 

Pour achever de montrer que la présence d'eau salée sur chaque feuille du 
Tamariz gallica est indépendante de l'eau de mer que le vent peut entraîner, 
je ferai encore observer que j'ai reconnu l'existence de ces gouttelettes 
non-seulement lorsque soufflait le vent de mer, mais encore aprés plusieurs 
journées fort chaudes pendant lesquelles le vent avait soufflé dans la direc- 
tion opposée. Or, il est clair que si cette humidité avait été déposée par l'air 
venant de la mer, le soleil ardent du midi et le vent sec du nord soufflant 
pendant quelque temps, auraient suffi pour en déterminer l'évaporation, aprés 


516 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

quoi les feuilles n'auraient plus rien présenté de pareil, jusqu'à ce qu'un 
changement de vent eüt amené un nouveau dépôt de liquide. C'est ce qui» 
n'a pas eu lieu; par conséquent la cause productrice des gouttelettes salées 
n'est pas externe et tient à l’organisation de la plante elle-même, ainsi qu'au 
sol dans lequel s'étendent ses racines. 

Il me semble donc établi, au total, que les feuilles du Zamarix gallica 
nous offrent un exemple d'une sécrétion de liquide salé, qui n'a lieu que sur 
les terres salées ou du moins contenant une proportion plus ou moins forte de 
chlorure de sodium. 

Il ne sera peut-être pas hors de propos de rapporter ici une expérience 
que j'ai faite en vue de constater la présence de l'eau salée dans l'air qui a 
rasé la surface de la mer. ; 4 

Le 31 août dernier, le vent de mer ayant soufflé, mais avec une médiocre 
intensité, pendant trois jours entiers, et soufflant encore légèrement dans 
la méme direction (S.-E.), je me suis rendu de Béziers au bord de la 
mer, à l'embouchure de l'Orb, muni d'un appareil que je croyais propre à 
déceler la présence dans l'air d'une trés faible quantité de sel marin. Cet 
appareil consistait en une petite éprouvette graduée, dans laquelle je mettais 
une quantité déterminée d'une solution d'azotate d'argeut formée daus la 
proportion d'un gramme de sel pour 45. grammes d'eau distillée. Le bouchon 
qui fermait cette éprouvette était traversé. par un tube de verre, au bout 
supérieur duquel était adapté un tube de caoutchouc, et dont l'extrémité 
inférieure, rétrécie à la lampe, plongeait dans le liquide. Avec un. petit 
soufflet, dont la buse s'enchássait dans le tube de caoutchouc, je faisais 
passer une quantité d'air aussi considérable que je le voulais et dont je 
pouvais connaitre approximativement le volume. J'ai installé cet appareil 
à 2 métres seulement de la ligne où arrivaient les vagues, et, en faisant 
passer environ 200 litres d'air à travers 5 centimétres cubes de solution 
d'azotate d'argent, je n'ai pas vu le moindre trouble. se former dans. ce 
liquide. Ce résultat négatif m'a paru d'autant plus étrange qu'il est évident 
que, pendant les violentes agitations de la mer, une grande quantité d'eau. se 
résout en écume parfaitement visible, et que dés lors le transport par l'air des 
particules d'eau ainsi élevées devient une conséquence nécessaire de l'actiou 
du vent. Il me semble trés vraisemblable que mon expérience a été faite dans 
des circonstances défavorables, par un vent trop faible, et je serais heureux 
d'apprendre qu'elle a été répétée dans de meilleures conditions, soit avec le 
méme appareil, soit, ce qui serait facile aux observateurs qui habitent sur le 
bord de la mer, avec un appareil dans lequel un. aspirateur serait substitué 
au soufflet. — Je. ne tirerai dès lors aucune conclusion de ce fait isolé et 
purement négatif; mais j'ai cru devoir le signaler afin de provoquer des essais 
du méme genre qu'il serait bon de faire comparativement à des distances 
variées du bord de la mer. C'était ce que j'avais intention de faire moi-même; 


SÉANCE DU S NOVEMBRE 1861. 517 
malheureusement, pendant les deux seules semaines que j'ai pu passer cette 
année non loin de la Méditerranée, le temps a été constamment beau, et 
presque constamment aussi le'vent a souflé de la terre vers la mer. 


M. Al. Jamain, qui a herborisé sur le littoral du département de 
l'Hérault, dit que le long de la mer, prés de Sérignan (où M. Du- 
chartre a fait ses expériences) la terre est saturée de sel, et qu'à 
Roquehaute, sur un point voisin mais plus élevé, croissent des 
Tamarir appartenant à la méme espéce que ceux de Sérignan, 
mais d'un port trés différent. 

M. Decaisne fait remarquer que l'on ne trouve jamais de plantes 
maritimes sur les falaises élevées, tandis qu'en plaine l'influence de 
la mer se fait sentir à une grande distance. 

M. Duchartre croit que cette influence s'exerce puissamment par 
le moyen des inondations, mais seulement sur les plages basses, 
et il cite une localité des environs de Béziers où les plantes maritimes 
s'étendent en plaine à une lieue du littoral. 

M. Gubler pense qu'on ne saurait nier la présence du chlorure 
de sodium dans la vapeur qui s'élève constamment des eaux de la 
mer ct enveloppe toujours le rivage d'un léger brouillard. Il rap- 
pelle combien les chimistes ont de peine à purger complétement 
l'eau salée du chlorure de sodium, que la vapeur entraine avec elle 
à mesure qu'elle se forme. Il ne prétend pas d'ailleurs que l'atmo- 
Sphère salée doive exercer directement sur la végétation des plantes 
maritimes une influence qui est peut-étre dévolue entiérement au 
sol, chargé aussi de sel marin. 

M. Chatin rappelle que, d'une part, l'eau de pluie recueillie dans 
le voisinage de la mer renferme beaucoup de sel marin, et que, 
d'autre part, les chasseurs savent bien qu'ils ne doivent pas exposer 
des armes de prix en les portant prés de la mer, car elles seraient 
rapidement attaquées, sans doute par les chlorures de l'atmosphére. 

MM. Le Dien et Moquin-Tandon rappellent que, quand on se 
proméne sur le rivage, on est immédiatement averti de la présence 
du sel dans l'air par la saveur salée qu'on a sur les lèvres. 

M. Decaisne ajoute que. M. Isidore Pierre a constaté directement 
la présence du sel dans l'atmosphére à Caen (ville située à 12 kilom. 
de la mer); mais que cependant il croit que les faits observés par 
M. Duchartre résultent d'une sécrétion particulière des Tamariz. 
Il rappelle que certaines plantes s'assimilent du sel méme lorsqu'elles 


518 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sont tout à fait soustraites à l'influence maritime, et dit qu'il a 
observé, aux Jardins-des-plantes de Paris et d'Orléans, des Atriplex 
Halimus qui offraient une saveur salée et qui étaient mangés avee 
avidité par les oiseaux. 

M. Moquin-Tandon est partisan de l'influence atmosphérique, 
Il dit qu'aprés la culture des Salicornia, Suæda et autres Chéno- 
podiées, le terrain est généralement plus salé qu'auparavant. Il 
ajoute, répondant à l'observation de M. Decaisne, qu'il a recueilli 
dans les Cévennes de nombreux échantillons de Sa/soli Kali qui 
n'ont présenté à l'analyse aucuné trace de chlorure de sodium; il 
en a été de méme de diverses Chénopodiées observées au Jardin- 
des-plantes de Toulouse, qui offraient une saveur salée et étaient 
recherchées par les oiseaux. Dans toutes ces plantes, analysées à sa 
prière par M. Filhol, les sels de soude étaient remplacés par les sels 
de potasse correspondants. 

M. Cosson dit que, dans le Sahara algérien, oü le sol est trés salé 
et l'atmosphére d'une sécheresse extrême, les Tamariz ne lui ont 
pas offert de sécrétion. 

M. Gubler est d'avis que si, dans cette contrée, M. Cosson n'a pas 
constaté de sécrétion, cela tenait sans doute à la sécheresse de l'air 
ambiant et à la rapide évaporation qui devait en résulter. 

M. Gay fait remarquer que c'est d'ailleurs seulement au moment 
oü se développent les jeunes feuilles que se produit la sécrétion salée 
des Tamariz. : 

M. Cosson ajoute que les Tamariz qu'il a observés étaient en 
fruit, et par conséquent ne devaient plus, d'aprés Lopünien de 
M. Day. produire aucune sécrétion, 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de la lettre suivante, 
qui lui a été adressée par M. Duval-Jouve : 


LETTRE DE M. J. DUVAL-JOUVE A M. DE SCHONEFELD. 


Strasbourg , 47 octobre 1861. 
Mon. cher confrère, 


Je m'empresse de vous adresser une petite boite contenant des pief? 
vivants d’Aldrovandia vesiculosa. 

J'ai retrouvé cette plante, le 8 septembre dernier, dans les marais d'Arles 
(Bouches-du-Rhône) au quartier £ Raphèle, à 400 mètres du point où j'ai 
trouvé précédemment le Juncus striatus et l Equisetum littorale, Elle couvre 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 519 


le marais sur une étendue d'une lieue carrée, pen abondante là où les Phrag- 
mites el les Typha sont très hauts, excessivement abondante là où ces plantes 
ont été coupées au printemps. 

J'étais en compagnie de nos honorables confrères MM. Augé de Lassus et 
Honoré Roux (de Marseille). J'espère que M. Augé de Lassus fera connaître 
à la Société les trés intéressantes observations qu'il a bien voulu me commu- 
niquer et qu'il a pu ajouter à celles dont cette plante curieuse a été l'objet. 

Les échantillons que je vous envoie ont été cueillis à Arles, il y a deux 
jours, et, en les mettant dans un vase plein d'eau, vous pourrez les conserver 
vivants. 

L'extréme abondance de la plante. doit engager les botanistes méridionaux 
à aller eux-mêmes la récolter. M. le docteur Pourret (de Raphèle) et M. le 
docteur Duval (d'Arles) me chargent d'annoncer à la Société qu'ils se feront . 
un vrai plaisir de conduire à la localité les botanistes qui voudraient récolter 
l Aldrovandia. 

J'écris Aldrovandia (et non Aldrovanda), parce que, comme me l'a fait 
observer M. Augé de Lassus, c'est ainsi que Monti avait, dans son mémoire 
original, écrit ce nom, régulièrement formé d'Aldrovandi, comme Montia 
de Monti, etc. (4). 


M. de Schœnefeld donne ensuite lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


ANALYSE DU MÉMOIRE DE GAETAN MONTI SUR L'ALDROVANDIA (2), SUIVIE DE QUELQUES 
OBSERVATIONS SUR L'IRRITABILITÉ DES FOLLICULES DE CETTE PLANTE, 
pr M. AUGÉ DE LASSUS. 


` (Marseille, 15 octobre 1861.) 


Historique. — Je remarquerai d'abord que Gaëtan Monti appelle cette 
plante A/drovandía et non Aldrovanda; le nom a été altéré. Aldrovandi 


'(1) La première mention du genre Aldrovanda (sic) que contiennent les écrits 
linnéens se trouve dans une thèse intitulée : Nova plantarum genera, soutenue le 
19 octobre 4751, sous la présidence de Linné, par son élève Leonhard-Joh. CHENON. 
C'est donc à ce dernier que doit être imputée la faute de copie qui a été reproduite 
depuis dans tous les ouvrages de Linné et des botanistes postérieurs. Cette thése se trouve 
au commencement du tome II des Amæœnilates academic, et la mention du genre 
Aldrovanda (sic) est à la page 22 de l'édition d'Erlangen. — (Note communiquée par 
M. Duval-Jouve pendant l'impression.) HU à 

(2) Caietani Montt, De Aldrovandia novo herba palustris genere, dans les Comment, 
de Bononiensi Scient. et Art. Instituto et Academia, t. H, part. 111, pag. 404-411, avec 
une trés bonne planche. Le tome porte la date de 1747. Le mémoire de Gaétan Monti 
est sans date, maís comme en sa derniére phrase il fait allusion à l'aphorisme 238 du 
Critica botanica de Linné, qui parut en 1737, il ést nécessairement postérieur à cette 
date et antérieur à celle de 1747. Ce mémoire à été traduit par Paul, dans le tome X. 
pag. 401-407 (Partie étrangère) de la Collection académique, Paris, 1773. 


520 SÔCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

vivait de 4527 à 4605 ; il est auteur de volumineux ouvrages d'histoire natu- 
relle; dont Buffon disait que l'on pourrait enlever sans inconvénient les neuf 
dixièmes, et il a laissé un herbier de seize volumes à Bologne, où il était 
professeur. 

G. Monti cite Jean-Charles Amadei, médecin de Bologne, comme celui qui 
a trouvé le premier cette plante dans les marais voisins de Duglioli, mais sans 
fleurs ni fruits. Amadei en envoya des échantillons desséchés à Lelio Trium- 
fetti, à Joseph Monti (pèré de Gaëtan) et à des botanistes étrangers, qui lui 
répondirent que c'était une plante nouvelle, à moius que ce ne füt la méme 
que celle appelée Lenticula dans l'Almagestum botanicum de Plukenett et 
provenant de l'Inde, qui serait ainsi sa premiére station reconnue dans le 
monde. L’ A/magestum a paru à Londres en 1696, Amadei est mort en 1720. 
« 11 avait tellement bien étudié les graines, dit G. Monti, qu'il s'était mis en 
» état de déterminer une plante sur leur seule inspection. » 

G. Monti pense que l'A/drovandia est bien le Lenticula de Plukenett. Il 
s'appuie sur l'opinion de Dillenius, à qui Joseph Monti avait envoyé des 
échantillons, et qui assura positivement l'identité des deux plantes. Il restera 
à Amadei l'honneur de l'avoir trouvé en Europe et d'avoir mis Monti fils sur 
la voie pour le retrouver, et cette fois en bon état de floraison et de fructi- 
fication, ce qui a permis de le décrire et de le classer. 

Ce fut cependant le hasard (ce découvreur universel qui ne profite qu'à 
ceux qui savent observer) qui l'offrit à G. Monti en fleur et en fruit. Il fit 
épanouir chez lui des fleurs à demi closes. 11 donne une bonne figure de la 
plante, et j'y remarque, sous la lettre F, l'appendice terminal d'une feuille 
(appendice qu’il nomme folliculus} représenté ouvert (1). Mais, dans son 
mémoire, il ne parle pas des-fo//icules comme s'ouvrant spontanément; il les 
décrit comme fermés, et sa figure ne représente qu'un fo/lieule qu'il avait 
lui-méme ouvert (v apertus). Il doit avoir reconnu que les valves n'en étaient 
pas soudées, mais seulement appliquées étroitement l'une sur l'autre, comme 
l'a justement observé M. Caspary (2). Si Monti avait vu les fo//icules rester 
ouverts pendant la vie de la plante, il en aurait certainement parlé dans son 
mémoire, qui n'en fait pas mention et donne au contraire à entendre qu'ils 
restent fermés (3). 11 me parait donc certain qu'il a ignoré ce fait, et qu'il 


(1) In barbularum medio folliculus oblique appenditur, singularis omnino, etc.; cé 
que Paul traduit aimi : « Au milieu des barbes est obliquement suspendu un follicule 
» d'une structure lout à fait singuliére..... » Cette expression m'imposait l'obligation 
d'employer ici le terme du mémoire « follicule », quelque. impropre qu'il soit de nos 
jours pour désigner le limbe articulé à l'extrémité du pétiole élargi que 6. Monti consi- 
dérait comme la feuille. 

(2) Voyez le Bulletin, t. V (1858), p. 718. 

(3) C'est Linné qui a donné à la plante le nom spécifique impropre de vesiculosa. 
Cette épithète n'existe ni dans le mémoire original de G. Monti, ni dans la traduction 
francaise de Paul. 


SÉANCE DU S NOVEMBRE 1861. 521 


n'a pas, à plus forte raison, connu l'irritabilité de la plante. M. Caspary avance 
un fait erroné, qui surprend de la part d'un aussi habile observateur, quand 
il dit (oc. cit.) que « le limbe reste plié pendant toute la durée de sa vie ». 
Pour examiner cette plante durant sa vie, il faut la voir dans l'eau ; et j'ai vu 
ainsi les follicules qui n'étaient pas sur le déclin de la vie ouverts chez moi, 
même dans l'obscurité; les vieux seuls se ferment pour ne plus se rouvrir, 

Description des tiges et des feuilles. — « Les filaments, dit G. Monti, 
» qui composent les racines, ne sont pas ordinairement implantés au fond de 
» l'eau. La plante n'a le plus souvent qu'une seule tige; cependant elle est 
» quelquefois double et donne un rameau toujours trés court et n'égalant pas 
» la longueur de la tige principale. » Il appelle les appendices verticillés 
feuilles, et il a peut-être raison (1). Il en compte sept à neuf par verticille, et 
les compare aux feuilles des Garances. « Ces feuilles, dit-il, sont terminées par 
» Six barbes vertes. Au milieu de ces barbes est obliquement suspendu un 
» follicule d'une structure tout à fait singuliére, composé d'une membrane 
» orbiculaire pliée en demi-cercle, de sorte qu'il est renflé d'un côté et 
» entouré d'un bord aplati et connivent en manière de crête de l'autre. Ces 
» follicules sont tous attachés obliquement aux feuilles sous le même angle, de 
» sorte que chaque nœud, arraché de la hampe avec les feuilles, représente la 
» roue d'un moulin à eau. » La gravure reproduit cette partie de la plante, 
fig. 2. 

Organes floraux. — « Cette plante, continue Monti, fleurit en août, mais 
» rarement ; elle donne deux ou trois fleurs au plus, attachées à de longs pédi- 
» cules et surpassant toujours les feuilles qui ne peuvent les cacher. Le calice 
» est à cinq segments verts et épais. La corolle a cinq pétales pointus, d'un 
» vert tirant sur le blanc, de méme longueur ou un peu plus courts que le 
» Calice. Ces pétales, quand on les sépare de la fleur, forment un cercle de 
» deux lignes de diamètre. Le pistil ou embryon est gros, sphérique et porte 
» cinq styles courbes, courts et blancs. Étamines cinq, égales; anthères 
» jaunes. Fruit globuleux, gros comme vn grain de poivre, présentant cinq 
» angles peu accusés; ce fruit n'a qu'une seule cavité, qui contient au plus 
» dix semences noires, menues, longuettes et attachées à la paroi interne du 
» fruit. » 

Il complète ainsi sa description : « La plante portant rarement des fruits, 
» la nature y supplée en faisant naitre, vers la fin de l'automne, à l'extré- 
» mité de la tige et du rameau, des germes composés de feuilles roulées et 
» étroitement repliées. Au commencement de l'hiver, lorsque la plante est 


(1) Adanson (Fam. des plantes, t. II, p. 444) parle de l'Aldrovandía, qu'il place dans 
sa 54* famille; il Jui donne des feuilles orbiculaires (c'est l'expression de Monti) roulées 
en cornet ou en oublie qui imite une vessie. Ici il altére Monti, et donne une fausse idée 


de la plante (p. 435). Il le copie quand il dit (p. 440): « La saveur est amére et 
austére, » 


T. VIL 3h 


522 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


» pourrie, ces germes gagnent le fond de l'eau et forment de nouvelles 
» plantes... Ce qu'il y a de singulier dans cette plante, c'est que, quoi- 
» qu'elle soit tout à fait verte soit quand elle est fraiche soit lorsqu'on l'a 
» faite sécher, cependant, si on la presse, elle imprime une tache rouge sur 
» le papier (1). » 

Telle est l'analyse du mémoire de Gaétan Monti, qui relate des faits inté- 
ressants que l'on a pu croire nouveaux , et qu'il me semble utile de joindre 
aux travaux publiés sur l'A/drovandia dans notre Bulletin (2). Il ne paraît 
pas que l'on se soit préoccupé de l'existence de ce mémoire, tout importont 
qu'il est. 

Je crois devoir ajouter à cette analyse quelques observations qui me sont 
propres : 

1* L'ouverture des appendices terminaux (fo/licules de Monti) des feuilles 
est environ à angle droit dans ceux qui sont vigoureux et adultes; les jeunes 
sont un peu moins ouverts. + 

2° Quand on excite ces appendices, ils se ferment, mais, le 25 septembre 
dernier, dix-sept jours après la récolte de la plante, il a falla plus d’une heure 
pour les voir se rouvrir, ce qui explique comment ce fait a pu passer inaperçu 
jusqu'à ce jour. En effet, personne, que je sache, n'a parlé de cette irritabi- 
lité des appendices que j'ai vus ouverts pendant leur vie. Cependant l'exemple 
du Dionca et des poils des Drosera (fait observé par moi il y a dix ans sur le 
Drosera intermedia, mais que Roth avait signalé depuis longtemps) aurait 
dà mettre sur la voie de cette propriété remarquable, qui réside priucipalement 
dans la charnière de l'appendice, et que j'ai découverte le 9 septembre der- 
nier, à mon retour de notre belle excursion à Raphèle. L'irritabilité est 
d'autant plus vive que les appendices sont plus jeunes, Il n'y a donc pas de 
vésicules remplies d'air, et le nom spécifique donné à la plante est tout à fait 
impropre. 

8° Le 29 septembre dernier, je suis allé avec M. l'abbé Lelièvre recueillir 
de nouveau l' A/drovand ia, et c'est seulement trois ou quatre jours aprés que 
je l'ai va ouvrant de nouveau les appendices de ses feuilles, en commençant 
par ceux qui se rapprochent du bourgeon terminal. Ces organes s'ouvrent-ils 
par suite de la souffrance de la plante enlevée à son habitat? Il est assez diffi- 
cile de le savoir, car, dans les marais, l'agitation causée par les vents, les 
courants, les batraciens, les insectes, etc., ne laisse pas de repos aux plantes, 


(1) il paraît, d’après cela, que la plante est réellement verte à Bologne. Cependant 
Y'Aldrovandia a été trouvé le 8 septembre 1861 à Raphéle prés Arles, par M. Duval- 
Jouve, pendant une herborisation qu'il faisait avec M. Honoré Roux (de Marseille) et moi, 
et tous les nombreux échantillons que nous avons recueillis étaient rouges et non verts. 
M y avait vingt-cinq ans que cette plante n'avait été vue dans le département des 
Bouches-du-Rhône, M. Duval-Jouve en a recueilli une centurie pour M. Billot. 


(2) Tome V, p. 580-589 ei p. 716-7926: ; vit 
p. 389-392. CR 20; tome VI, p. 399 et 417; tome VII, 


SÉANCE DU S8 NOVEMBRE 1861, 523 


et il faut ce repos pour que le phénomène sé produise, Quelle que soit la 
cause qui fait ouvrir ces organes, l'irritabilité qui les fait brusquement se 
refermer, surtout lorsqu'on excite la charnière, est un fait remarquable qui 
me paraît digne d'être communiqué à la Société. J'ai remis à M. Derbès, 
professeur à la Faculté des sciences de Marseille, des échantillons sur lesquels 
il a pu à loisir observer cette propriété. M. l'abbé Lelièvre l'a également 
constatée. 


M. Brongniart dit qu'il est à regretter que M. Augé de Lassus 
n'ait pas donné plus de détails sur le fait intéressant qu'il a observé. 

M. J. Gay ajoute qu'il manque encore dans la science des obser- 
vations sur la germination de l'A/drovand:a. 

M. de Schœnefeld rappelle que certaines: plantes, entièrement 
vertes quand elles sont vivantes, colorent en rouge le.papier dans 
lequel on les conserve sèches. Il cite notamment le Veronica 
alpina comme présentant cette particularité. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecineo de la communi- 
cation suivante, adressée à la Société : 


OBSERVATIONS SUR LE RUSCUS ACULEATUS, par M. Alph, de ROCHEBRUNE, 


(Angoulême, 24 octobre 1861.) 


La lecture du travail de M. Clos (Des caractères pistillaires du genre 
Ruscus, in Bull. Soc. bot. de Fr. t. VIII, 1861, p..280) nous a engagé à 
étudier attentivement les fleurs du Ruscus aculeatus, plante d'une abondance 
extrême dans tous les bois du département de la Charente, et cette étude 
nous a fourni les moyeus de constater certains faits que notre savant collégue 
semble envisager tout au moins comme douteux. — 

Tout en considérant par analogie l'urcéole enveloppant l'oyaire des Ruscus 
comme représentant l'androcée dans les fleurs femelles, M. Clos trouve qu'il 
Y à trop de hardiesse à désigner cet organe sous le nom de tubus. stamineus 
avec Kunth, ou d'androphore dépourvu d'anthères avec M, Spach, ou bien 
encore d'accorder, avec M. Kirschleger, aux fleurs femelles de ce genre: 
trois filets cohérents en tube dépourvu d'anthères et enveloppant l'ovaire... 

D’après les observations que nous avons faites, nous ne pouvons adopter 
la manière de voir du savant professeur. 

Si, d'un cóté, plusieurs auteurs modernes out omis de parler de l'urcéole 
enveloppant l'ovaire du Ruscus, on remarque que quelques-uns de ces mêmes 
auteurs ont parlé de l'urcéole des fleurs mâles. MM. Cosson et Germain 
de Saint-Pierre (Flore des environs. de Paris, 1845, p. 539) disent : Eta- 


524 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


mines 3, insérées à la base du périanthe, filets soudés en un tube qui porte 
les trois anthéres; MM. Grenier et Godron (Fl. de Fr. t. WII, p. 233): 
Étamines 3, à filets soudés en tube et insérés à la base des divisions du 
périgone ; M. Lloyd (FI. de l'Ouest, p. 155): Étamines 3, à filets soudés en 
tube ovale portant les anthères au sommet. 

Cette omission semble nous indiquer que les auteurs précités admettent 
une identité parfaite entre les fleurs mâles et les fleurs femelles, et M. Lloyd 
le prouve en ajoutant à sa diagnose (/oc. cit.) : « fleur femelle : tube des 
étamines sans anthères entourant l'ovaire. » 

Nous n'hésitons pas à considérer l'urcéole des fleurs femelles comme 
identique avec celui des fleurs mâles, et à l'appeler avec Kunth : tubus 
stamineus ; et de plus à accorder aux fleurs femelles, avec M. Kirschleger, 
trois filets cohérents en tube. 

Examinons, en eflet, les fleurs mâles et les fleurs femelles du Fragon 
épineux. 

A. FLEURS MALES. — Les fleurs mâles du Ruscus aculeatus présentent un 
urcéole d'un pourpre violacé reposant immédiatement sur la base du périgone, 
percé au sommet et supportant les trois anthères. On observe sur l'urcéole 
des dépressions correspondant aux filets des étamines, ou plutôt tracant la 
délimitation de ces filets soudés intimement, et donnant à cet urcéole l'aspect, 
non pas d'un tube ovale (Lloyd, loc. cit.), mais d'une poche prismatique. 

Si l'on vient à ouvrir l'urcéole par une section longitudinale, on remarque 
à la base un corps globuliforme surmonté d'un style rudimentaire et que nous 
considérons comme un ovaire atrophié. L'expression de tubus stamineus, 
employée dans ce cas, ne laisse aucun doute sur sa justesse. 
= B. FLEURS FEMELLES. — Dans les fleurs femelles, le stigmate vient s'épa- 
nouir au sommet de l'urcéole exactement, c'est-à-dire dans les mêmes condi- 
tions que les anthéres pour les fleurs mâles ; les mêmes dépressions se remar- 
quent sur sa paroi, en méme nombre et de méme forme; de plus, on constate 
(trés rarement il est vrai), sur quelques fleurs, une membrane extrêmement 
mince et ténue, entourant les bords du stigmate et reposant sur le sommet de 
l'urcéole, membrane qui, par sa ténuité et sa position, ne peut indiquer que 
les rudiments d'antheres également (dans ce second cas) atrophiées. 

Toutefois, en faisant abstraction de cette pellicule et en ne considérant que 
la forme et les dépressions de l'urcéole, nous ne pensons pas aller trop loin 
en donnant aux fleurs femelles du Ruscus aculeatus, comme M. Kirschleger, 
trois filets cohérents en tube. 

Nous pensons que l'on doit considérer les fleurs máles et femelles de l'es- 
pèce en question comme identiques, c’est-à-dire constituées par les mêmes 
organes, dont les uns sont plus ou moins développés; et, sans un fait que 
nous établirons plus loin, l'expression des auteurs, « plante dioique par 
«vortement », désignerait parfaitement cet état. 


SÉANCE DU 8 NOVEMBRE 1861. 525 


L'avortement, soit de l'ovaire, soit des anthéres, nous parait influer sur un 

autre organe de la fleur du Ruscus aculeatus : nous voulons parler des divi- 
sions du périgone. Dans les fleurs mâles, en effet, ces divisions sont plus 
petites, elliptiques en coin au somrnet, légerement concaves en dessous, tan- 
dis que, dans les fleurs femelles, elles sont plus larges, ovales et plus robustes, 
comme destinées par leur plus grande vigueur à protéger l'ovaire sur lequel 
elles demeureront appliquées jusqu'à sa parfaite maturité. 
: La description de Kunth (num. plant. t. V, p. 27h) : Flores feminei... 
Tubus stamineus... punctulatus, n'explique pas suffisamment l'aspect velouté 
de l'urcéole, qui est dà à la présence de nombreuses papilles glanduleuses 
doht cet organe est couvert, On observé ces mémes papilles, mais différem- 
ment colorées, sur les bords des divisions du périgone, ce qui leur donne un 
aspect denticulé. | 

Nous avons dit que l'expression des auteurs, « plànte dioique par avorte- 
ment », s'appliquerait très bien au Ruscus aculeatus et expliquerait parfaite- 
ment l'identité des fleurs mâles et femelles; nous devons ajouter que, pour 
cela, il faudrait que l'espèce fût véritablement dioique. 

Tous les auteurs lui assignent ce caractère, que la simple observation des 
faits précités peut parfaitement détruire. 

Les fleurs du Ruscus aculeatus du Jardin-des-plantes de Toulouse, qui 
laissent quelquefois l'ovaire passer à l'état de fruit (Clos, loc. cit.), viennent 
à l'appui de nos assertions. 

Le Ruscus aculeatus est monoique : il porte sur le méme individu des fleurs 
mâles et femelles; mais, hátons-nous de le dire, il est monoîque par avorte- 
ment. Il arrive que ces fleurs sont plus ou moins nombreuses sur un même 
pied, ce qui explique la présence d'un trés grand nombre de fruits (baies 
ou drupes) chez les uns et d’un trés petit nombre chez d'autres. 

L'examen d'une grande quantité d'échantillons de cette plante nous a con- 
duit à établir les faits précédents, et à pouvoir affirmer d'une facon péremp- 
toire que le Ruscus aculeatus doit être considéré comme monoïque et non 
comme dioique. Ne pourrait-on pas attribuer la cause de cette erreur à la 
grande abondance de l'espéce qui, par cela méme qu'elle est commune, 
semble être moins digne de fixer l'attention? 


526 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture du procès-verbal 
de la séance du 8 novembre, dont la rédaction est adoptée. 
Par suite des présentations faites. dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 
MM. Laurour, pharmacien de 4'* classe, à Vassy-prés-Vire (Cal- 
vados), présenté par MM. Chatin et de Schenefeld. 
 MiécEviLLE (l'abbé de), à Notre-Dame-de-Garaison, par 
Castelnau- Magnoac (Hautes-Pyrénées), présenté par 

` MM. J. Gay et de Schenefeld. . 

THOUVENEL (Auguste), ancien officier d'état-major, conser- 
vateur du jardin de la ville d'Orléans, faubourg Bour- 
gogne, 92, à Orléans, présenté par MM. Barnsby et 

Chatin. 
M. le Président annonce en outre deux nouvelles présentations. 


Dons faits à la Société: 
4° Par M. A. Gris: 
eade sur le développement de la graine du Ricin. 
> De la part de M. H. Loret : 
Glanes d'un botaniste. 


3° De la part de M. Timbal-Lagrave : ; 
Ste + agé sur un Orchis. adressé à l'Académie de. Toulouse par 
‘M: Lacaze. 
h° De la part de MM. Timba gai et H. Loret : 
L'herbier de Marchand et Lapeyrouse. 
5^ De la part de M. D. Cauvet : 
Etudes sur le rôle des racines dans l'absorption et l'excrétion (Thèse 
pour le doctorat ès sciences). 
6° De la part de M, E.-A. Remy : 


Essai d'une nouvelle classification de la famille des Graminées 
(Deuxième partie ; les genres). 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 18641. 527 
7° De la part de M. A. Dupuis : 


Sur les Sequoia. 
L'OE'illet, son histoire et sa culture. 


8° De la part de M. A.-F. Polonio : 


Osservazioni di botanica diagnostica. 


9° De la part de la Société italienne des sciences naturelles : 
Atti della Societa, t. II (fasc. 3). 


10° En échange du Bulletin de la Société : 


Pharmaceutical journal and. transactions, novembre 1864, 

Journal de la Société impériale et centrale d Horticulture, no- 
vembre 1861. 

L'Institut, novembre 1861, deux numéros. 


M. Gubler fait à la Société la communication suivante : 


ÉTUDE TÉRATOLOGIQUE SUR UNE ANOMALIE DU PINUS PINEA, CONSTITUÉE PAR LA 
PERMANENCE DE LA FOLIATION PRIMORDIALE, TRANSITOIRE , 
pr M. Adolphe GUBLER. 


Des différences considérables, personne ne l'ignore, existent souvent entre 
les feuilles primordiales et celles qui les suivent; d'autres particularités non 
moins importantes distinguent également, dans la plupart des cas, les indi- 
vidus d'une méme espèce, suivant qu'ils sont jeunes ou vieux. Les plantes, au 
début de leur végétation, différent parfois à ce point de ce qu’ 'elles sont à l’âge 
. adulte qu'on a peine à les reconnaitre. 

Les métamorphoses, si communes chez les animaux, se retrouvent donc. à 
un certain degré dans une partie du règne végétal; on les connait depuis 
longtemps dans les Cryptogames, spécialement dans les Mucédinées, les Cham- 
pignons et les Lichens; mais, quoique plus restreintes, elles ne manquent pas 
non plus dans les classes les plus élevées et jusque dans les Dicotylédones, 
In plerisque metamorphosis, écrivait Dahlberg, sous la dictée de Linné, dans 
sa thèse (1). Le genre Pinus et d'autres Conifères nous en fournissent des 
exemples manifestes. 

La question des métamorphoses a pris récemment en zoologie un dévelop- 
pement considérable. Sans parler des métamorphoses embryonnaires si bien 
exposées par M. Serres, des voies nouvelles ont été ouvertes par les travaux 
curieux de MM. Milne Edwards, de Quatrefages, Coste, Guillou, Valenciennes, 


(1) Melamorphosis plantarum, in Amænitales natura, thèse. Erlangen, 1755. 


528 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Kuechenmeister, Van Beneden, Aug. Mueller et d'autres savants, notamment 
sur la transformation des cœnures en ténias, des phyllosomes en langoustes, et 
méme des ammocétes en lamproies, ainsi que sur les générations alternantes. 
Le zéle des botanistes, excité par de si remarquables découvertes, les conduira 
sans doute à la constatation de faits analogues ; déjà l'on. siguale deux formes 
profondément distinctes sous lesquelles se produisent certaines espèces de 
Fougères exotiques. Ces observations ne resteront pas isolées, et tout fait 
espérer pour l'avenir une riche moisson de faits intéressants. 

Cependant, jusqu'ici l'étude des modifications de forme, de structure et 
de fonctions des espèces végétales, aux différentes époques de leur existence, 
n'a pas attiré comme elle le méritait l'attention des phytologistes; moins 
négligée, elle servirait assurément à faire mieux comprendre les affinités géné- 
riques et spécifiques, ainsi qu'à expliquer diverses particularités d'organisation, 
difficiles à saisir au premier abord chez les sujets avancés dans leur évolution. 
Elle rendrait compte également de certaines altérations morphologiques, 
comme il m'a été donné de le faire dans le cas suivant. 

Près de Cannes, sur la lisière d'un bois de Pins-parasols, qui déploient 
leur beauté pittoresque le long de la courbe gracieuse du golfe de la Na- 
poule, il existe des buissons qu'à leur galbe conique ou plutôt piriformé; 
à leur feuillage glauque et serré, on prendrait à distance pour des Gené- 
vriers. 

A les considérer de prés, on reconnait bientót l'illusion, en voyant du 
milieu des feuilles aciculaires, courtes et bleuátres, s'échapper cà et là une 
paire de longues feuilles d'un vert gai, parfaitement semblables à celles des 
arbres environnants. Une analyse plus attentive fait encore découvrir les par- 
ticularités suivantes. A part un petit nombre de feuilles géminées, conformes 
au type du genre, c’est-à-dire enveloppées à leur base d'une gaîne membra- 
neuse et regardant l'axe du rameau par leur tranche, la foliation diffère géné— 
ralement beaucoup de celle qui caractérise les Pins. Presque toutes les feuilles, 
en effet, sont solitaires sur le point de l'axe d’où elles partent : elles né sont 
nullement involucrées à leur base, regardent le rameau par leur face supé- 
rieure, sont couvertes d'un enduit cireux et portent des dentelures sur une 
grande étendue de leurs bords à partir de l'insertion. Enfin, elles sont beau- 
coup plus brèves que les feuilles ordinaires de l’espèce, puisqu'elles n'ont pas 
plus de 0^,012 à 0,015 de longueur, tandis que, dans le per elles n ben 
pas moins de 0",10 à 0,11. 

D'ailleurs, ce sont des arbustes rabougris, tisis d'un mètre à peine, Sans 
tronc apparent, d'une ramure divariquée, irrégulière et multiple. La plupart 
semblaient âgés d'une quinzaine d'aunées environ, à l'époque où je les obser- 
vais (hiver de 1861). Avec de telles dissemblances, il paraissait malaisé de 
rattacher ces individus humbles et difformes à la magnifique espèce près de 
laquelle ils abritaient leur chétive existence, La chose pourtant me fut rendue 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 529 
facile par une étude préalable des caracteres morphologiques chez les nou- 
veau-nés du genre Pinus. 

Autrefois les feuilles des Pins et des Mélèzes étaient considérées comme 
offrant une disposition tout à fait anomale et sans aucun rapport avec celle 
qu'affectent les mémes organes, non-seulement dans les Sapins et les autres 
Conifères, mais dans la presque totalité des végétaux. Un observateur ingé- 
nieux, M. de Tristan (1) sut le premier ramener à la règle cette foliation 
exceptionnelle des Mélèzes et des Pins. Il fit voir que, dans les premiers, les 
bourgeons vigoureux offrent des feuilles solitaires, alternes, ou plutót dispo- 
sées en plusieurs séries spirales. Si les Mélèzes portent des feuilles en appa- 
rence fasciculées, c'est que les bourgeons avortent : la différence avec les 
- Sapins n'est donc qu'apparente. 

Quant au Pin-maritime, le seul étudié par l'auteur, dés qu'il sort de terre, 
il offre un bourgeon couvert de feuilles subulées, solitaires sur plusieurs ran- 
gées spiroides, Au deuxième printemps, un second bourgeon, vert dès sa 
naissance et conformé de méme, se développe au sommet du premier; mais 
la troisième année, apparait un bourgeon terminal différent, à hibernacle 
formé d'écailles séches et ciliées. D'autres bourgeons se montrent en méme 
temps aux aisselles de quelques feuilles du bourgeon de deuxième année et 
de toutes celles de la troisième. Enfin le bourgeon du quatrième printemps 
présente, dés l'abord, les feuilles des gemmes axillaires bien développées et 
les feuilles propres avortées, trés caduques, en partie desséchées dés leur 
naissance, Ces feuilles, ainsi dénaturées et fugaces, laissent les vestiges de leur 
base, formant des aspérités qui hérissent les rameaux. M. de Tristan tire de 
ses observations des conclusions qu'on peut formuler ainsi: 4° la situation 
naturelle des feuilles de Pin est semblable à celle des feuilles de Sapin ; 2° ces 
feuilles ne se montrent dans leur état naturel que les deux premiéres années ; 
3° les prétendus faisceaux de feuilles ne sont que des rameaux avortés; 4° les 
gaines qui accompagnent ces feuilles sont des hibernacles. 

Quinze ans plus tard, A.-P. De Candolle vérifiait ces données sur une 
espèce fort élégante, le Pinus canariensis, et s'exprimait en ces termes (2) : 
* Les feuilles de la jeune tige et des rameaux inférieurs sont éparses, solitaires, 
d'un vert glauque presque gris, étalées, rudes au toucher et munies au bord 
de petites dentelures ; celles du bas ont à peine 6 à 8 lignes de longueur, et 
les supérieures vont en s'allongeant successivement jusqu'à 2 pouces environ. 
Les feuilles adultes naissent par trois, sont longues de prés d'un pied, et d'un 
vert décidé. Le faisceau nait à l'aisselle d'une écaille oblongue aigué, déchi- 
quetée sur les bords, à pointes roulées en dehors, et connue sous le nom de 
Stipule. » 


(1) In Annales du Muséum, vol, XVI, p. 241. Paris, 1810. 
(2) In Plantes rares du Jardin de Genève, Genève et Paris, 1825. 


530 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Entre cette description des deux formes infantile et adulte du Pinus cana- 
riensis et celle que nous avons tracée plus haut des deux états correspondants 
du Pinus Pinea, la similitude est frappante : dans l'une comme dans l'autre 
espèce, les feuilles primordiales sont remarquables par leur isolement, leur 
brièveté, ainsi que par leurs dentelures et par l'enduit glauque qui les couvre. 
L'un quelconque de ces caractères peut manquer dans les jeunes: individus 
appartenant à telle ou telle espèce du genre Pinus ; mais, dès à présent, je ne 
doute plus que l'ensemble des modifications signalées ne se retrouve chez la 
plupart. Je l'ai constaté, en dehors du Pinus Pinea, dans deux autres espèces 
également communes aux environs de Cannes, à savoir les Pinus maritima 
et P. halepensis. De jeunes sujets nés dans des plantations de Pins étran- 
gers, dont je n'ai pu établir rigoureusement la diagnose, m'ont également ` 
présenté des feuilles solitaires, d'un vert grisâtre, courtes et rudes sur les 
bords. Lá règle me parait donc générale, et je m'étonne de n'en trouver 
aucune indication dans les flores qui sont entre mes mains. Malgré les observa- 
tions précises de M. de Tristan, qui ont déjà plus de cinquante ans de date, 
le fait semble à peu prés ignoré des botanistes descripteurs, ou du moins 
considéré comme non avenu, malgré son importance incontestable. N'est-ce 
pas, en effet, une chose bien digne d'attention que de voir les modifications 
du type, chez les jeunes végétaux, atteindre des particularités d'organisation 
qui ont la valeur de caractères génériques ; tellement qu'à prendre la défini- 
tion descriptive du genre Pinus en son application rigoureuse, les Pins âgés 
d'un à deux ans seulement devraient être exclus du groupe naturel dont ils 
font essentiellement partie? Quant à l'interprétation de la phyllotaxie des Pins 
adultes, si clairement établie dés le commencement de ce siécle et acceptée 
par Auguste de Saint-Hilaire, Adrien de Jussieu et d'autres savants de pre- 
mier ordre, elle n'est cependant pas arrivée jusqu'à nous sans avoir subi une 
légère altération qu'il importe de signaler; et j'ai le regret d'ajouter que Per- 
reur nous vient de De Candolle lui-même. 

En 1825, l'illustre auteur du Prodromus accordait toute son adhésion à 
l'opinion de M. de Tristan. « Il me parait impossible de douter, écrivait-il, 
que les feuilles solitaires des rameaux inférieurs sont les vraies feuilles de là 
plante, qui..... se changent en écailles caduques et ciliées lorsque les rameaux 
axillaires à trois feuilles se développent. » Or, ces écailles caduques et ciliées 
sont les fausses sfipulles dant il a été question ailleurs, lesquelles stipules n'ont 
rien de commun avec la gaine membraneuse qui embrasse la base des feuilles 
fasciculées ; ce qui n 'empécha pas, deux ans plus tard, l'auteur des études sur 
le Pin-des-Canaries de modifier sa manière de voir sur ce point essentiel. « Il 
arrive quelquefois, dit-il, que la véritable feuille vient à avorter en tout ou 
en partie, et qu'en méme temps le rameau qui se développe à son aisselle 
reste trés court et chargé de petites feuilles. Ce phénomène a lieu..... 
dans les Pins où /a'gafne représente la feuille, et où les deux, trois ou 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 531 
cinq feuilles qu’elle renferme sont les premières feuilles d'un rameau 
avorté (1). » 

Je n’oppose pas ces deux passages pour le vain plaisir de trouver un maître 
en contradiction avec lui-même. Peut-être la phrase soulignée n'est-elle 
qu'une erreur de rédaction échappée à sa plume rapide et féconde ; mais, fût- 
elle involontaire, cette erreur, venant d'un des plus grands naturalistes des 
temps modernes, méritait d’être relevée. J'objecterai donc que la gaîne, ordi- 
nairement polyphylle, ne saurait représenter la feuille unique à l'aisselle 
de laquelle se développent, dans le jeune âge, les rameaux foliiferes. D'ail- 
leurs, ajouterai-je, on retrouve sur tous les rameaux de l'année, quel que 
soit l'àge de l'arbre, l'appendice lancéolé brun et sec, désigné à tort sous le 
nom de stipule, qui affecte précisément la situation normale de la feuille pri- 
mordiale transitoire. Enfin, pendant longtemps, l'écorce des Pins conserve 
des saillies squamiformes, à disposition spirale réguliére, et marquées au som- 
met d'une petite cicatricule comme dans les végétaux fossiles du genre Zepi- 
dodendron, décrits dans le savant ouvrage de M. Ad. Brongniart, lesquelles 
saillies ne sont autres que les bases persistantes des feuilles modifiées, à l'ais- 
selle desquelles se développe la foliation secondaire et définitive. 

Au résumé, nous devons nous en tenir aux conclusions du mémoire de 
M: de Tristan, expression fidele de l'état actuel de nos connaissances sur ce 
point. Qu'il me soit permis seulement, pour faire ressortir cette différence si 
remarquable d'insertion entre les feuilles infantiles et adultes, de les caracté- 
riser par des épithètes qui rappellent aussitôt à l'esprit ces curieuses parti- 
cularités, Les feuilles solitaires sont les seules qui appartiennent vérita- 
blement à l'axe dont elles proviennent; les feuilles géminées, au contraire, 
ne procédent qu'indirectement du rameau dont elles semblent se détacher, 
elles appartiennent en réalité à une subdivision ultérieure de l'axe. En con- 
séquence, je propose d'appeler feuilles axisèdes ou ramisèdes celles de la 
foliation primordiale des Pins, et feuilles gemmisèdes celles qui caractérisent 
la foliation secondaire et définitive des espèces du méme genre. 

Or, la foliation qui caractérise l'état pour ainsi dire imparfait de l'individu 
est précisément celle qui domine dans la forme monstrueuse, objet principal 
de cette note. Les Pins-pignons rabougris, buissonnants, du golfe de la Napoule, 
se distinguent morphologiquement des arbres de leur espèce par la perma- 
nence accidentelle d'une foliation qui est normalement transitoire. Grâce à 
des conditions qui nous restent à déterminer, ces arbustes conservent ainsi, 
pendant dix, quinze, vingt ans peut-étre, les attributs des NW normaux 
âgés d'une à deux années seulement. 

D’où vient cette altération du type spécifique ? La cause en doit être cher- 
chée dans les circonstances physiques où l'anomalie se développe. Les Pins- 


(1) De Candolle, Organographie, t. I, p. 333. Paris, 1827. 


532 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

parasols, semblables à des Genévriers, croissent tous au nord, privés du soleil 
nécessaire à leur espèce méridionale, en méme temps qu'exposés à la froide 
haleine qui descend des sommets longtemps neigeux des Alpes de Provence; 
mais ce n'est pas à cela que j'attribue leur état d'avortement. Placés le long 
d'un sentier fréquenté par les troupeaux, ces buissons, foulés aux pieds des 
pâtres ou mutilés par la dent des animaux, ne trouvent pas les conditions d'un 
développement normal. Les bourgeons terminaux, broutés par les chèvres, 
venant à manquer, l'appel de séve est insuffisant et la nutrition languissante. 
Ges entraves; en s’opposant à la vigueur de la pousse, empêchent aussi l'évo- 
lution de l'individu collectif : son passage de la forme primordiale à la forme 
définitive; car le développement de feuilles de plus d'un décimétre de lon- 
gueur exige des liquides nourriciers plus abondants que celui de feuilles de 
1 à 2 centimètres seulement. 

Telles sont, à mon avis, les causes probables de la déviation organique qui 
nous occupe. A quelle classe tératologique faut-il rapporter cette anomalie ? 
Cette détermination n'est pas exempte de difficultés. L'ouvrage classique de 
M. Moquin-Tandon (1) ne renferme aucun cas qui s'en rapproche. Le savant 
professeur partage les anomalies végétales en deux grandes divisions : les 
variétés et les monstruosités ; notre Pin-parasol rabougri ne trouve sa place 
ni dans l'une ni dans l'autre catégorie. Il offre plus qu'une variété de colo- 
ration ou de villosité, de consistance ou de taille, il a plus que tout cela réuni, 
et pourtant il ne serait pas juste dele dire monstrueux, puisque, d'une part, 
sa forme est celle de l'individu jeune, et que, d'un autre cóté, il n'est affecté 
ni d'atrophie ou d'hypertrophie localisée, ni de déformation ou de métamor- 
phose, ni d'aucune autre des altérations morphologiques rangées parmi les 
monstruosités, 

Pour trouver des modifications aussi enc il faut interroger la téra- 
tologie animale dans le monument élevé à cette science (2) par le digne fils du 
.grand Geoffroy Saint-Hilaire, dont le monde savant déplore la fin récente et 
prématurée. 

L'anomalie du Pinus Pinea me parait assimilable seulement à ces cas 
d'arrét de développement où l'on voit les animaux conserver jusqu'à. leur 
naissance et au delà les attributs de la vie embryonnaire ou fœtale. Mais, 
constater cette analogie, ce n'est pas encore donner la formule exacte du cas 
en litige. La solution des problémes qui touchent à l'organisation végétale ne 
peut être absolument fdurnie par les règles empruntées à la zoologie. Ayons 
présentes ces paroles judicieuses de M. Moquin-Tandon. « En général, dit-il, 
dans les rapprochements qu'on cherche à établir entre l'animal et le végétal, 
on devrait se rappeler toujours l'organisation unitaire du premier et la struc- 


(1) Éléments de Tératologie végétale. Paris, 1841. 
(2) Traité de Tératologie. Paris, 1832-1836. 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1804. 533 


ture multiple du second. Pour obtenir des analogies réellement fondées, il 
faudrait comparer le végétal, non pas à un mammifère ni à tout autre animal 
élevé dans la série, mais à un de ces rayonnés multiples qui vivent, comme 
lui, à l'état d'agrégation (1). » 

Quel que soit, en effet, le degré de confiance qu'on accorde aux idées de 
Lahire et Du Petit-Thouars, il faut bien reconnaitre que les diverses parties 
d'un végétal sont loin d’être unies entre elles d'une manière aussi étroite que 
le sont les organes d'un animal supérieur. Un rameau n'est presque pas soli- 
daire d'un autre rameau, ni une fleur d'une autre fleur ; la réunion de toutes 
ces parties ne constitue donc pas une individualité comparable à celle dont les 
mammifères nous offrent le type parfait, et la plante rappelle mieux une asso- 
ciation du genre de celle des-polypiers et des éponges. 

Si l'on admettait, par conséquent, avec l'illustre promoteur de la théorie 
des phytons, avec Gaudichaud, que la feuille représente réellement l'indi- 
vidu végétal, alors l'apparition successive de foliations différentes, sur le méme 
arbre, représenterait une génération alternante, et non un simple développe- 
ment organique. ; 

Dans cette doctrine, l'absence de seconde foliation ne constituerait pas 
davantage un véritable arrêt de développement, mais plutôt nne genèse, ano- 
malement prolongée, d'individus qui auraient dû faire place à d'autres formes 
caractéristiques d'une plus grande perfection et d'un âge plus avancé de l'in- 
dividu collectif. En sorte que, si j'osais détourner le mot stase (2) du sens qui 
lui a été attribué par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, je dirais que l'anomalie 
du Pinus Pinea, décrite dans cette note, consiste dans la permanence d'un 
type transitoire et peut prendre le nom d'anomalie par stase morphogénique. 

Exemple d'une nouvelle série de déviations tératologiques, observables 
sans doute chez les animaux composés, cette anomalie, qui est un arrét de 
développement par rapport à l'espéce, se placerait naturellement au-dessus 
des arréts de développement d'un organe ou d'un appareil, étudiés chez 
l'individu, lesquels recevraient la dénomination de s/ases organogéniques. 


M. Brongniart confirme le fait que, chez plusieurs Pins et notam- 
ment chez le Pinus Pinea, on remarque un état de transition analogue 
à l'état monstrueux observé par M. Gubler, c'est-à-dire des feuilles 
courtes solitaires'et des feuilles géminées embrassées par la gaine 
qui est formée par les écailles du bourgeon. On trouve des faits du 
méme genre, mais moins constants, par exemple sur les Hétres, oü 


(1) Loc: cit., p. 26-27. 

(2) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire appelle ainsi les formes successives sous lesquelles se 
montrent les animaux sujets à métamorphoses, et non la durée exagérée d’un de ces états 
distinets, (Histoire nat. générale des régnes organiques, t. II, 2* partie. Paris, 1859.) 


534 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


des brindilles se présentent parfois à l'aisselle des feuilles. Ces faits 
ont déjà été observés et publiés dés 1810 par le comte de Tristan, 
dont De Candolle et Aug. de Saint-Hilaire ont rappelé les obser- 
vations dans leurs ouvrages. 

M. Gubler insiste sur ce que, lorsque des feuilles géminées 
naissent à l'aisselle des feuilles solitaires, elles sont munies de leurs 
propres écailles. 


M. Boisduval fait à la Société la communication suivante : 


' UNE HERBORISATION A NOTRÉ-DAME-DE-LA-TRAPPE (ORNE) FAITE EN AOÛT 1864, 
pr MM. BOISDUVAL et DUHAMEL (de Camembert). 


Pendant que la Société botanique de France tenait sa session extraordi- 
maire à Nantes, je suis allé, en compagnie de notre collègue M. Duhamel, 
explorer les environs du couvent de la Trappe, dont on m'avait souvent parlé 
comme d'une localité par excellence. MM. Périer (de Caen), A. de Brébisson 
(de Falaise), Lubin (de Laigle), Duhamel (de Gamembert), et quelques autres 
botanistes à une époque plus reculée, y avaient déjà recueilli plusieurs plantes 
assez rares, dont malheureusement quelques-unes étaient passées lors de 
notre visite. 

La Maison-mére des trappistes est située à 17 kilomètres de Laigle et à 
8 kilometres de Moulins-la-Marche (Orne), au milieu d'une espèce de désert 
entouré de bois, de forêts et de bruyères, avec une succession d'étangs et de 
marécages qui s'étendent jusqu'à Randonnai, sur une longueur d'environ 
8 à 9 kilomètres. Je suis convaincu que, si un botaniste pouvait y passer une 
huitaine de jours au commencement d'aoát, il y ferait encore des découvertes 
remarquables. L'ensemble de la localité a une grande analogie avec les marais 
dela forét de Rambouillet et les prairies spongieuses de Saint- Léger ; aussi Y 
trouve-t-on toutes les plantes caractéristiques de cette partie du département 
de Seine-et-Oise, appelée jadis /velines, moins cependant le "reds Gale que 
nous n'avons pas rencontré, 

“Dañs le cas où quelqu'un de nos collègues désirerait visiter cette partie du 
Perche; nous lui conseillerions de se rendre directement à Laigle par la sta- . 
tion de Conches (chemin de fer de l'Ouest) et d'aller loger soit à Soligny, soit 
aux Genettes, soit à Moulins-la-Marche. Il est trés difficile d’être admis dans 
le cloître, et le régime des révérends pères n'est pas assez confortable pour 
soutenir les forces d'un botaniste. 

Voici la liste des plantes que nous avons observées : 

Sur la route de Gacé à Orgères: Campanula patula, €. glomerata, Cicho- 
rium Intybus (trés commun à fleurs blanches), des champs entiers de 
Melampyrum arvense avec toutes les bractées d’un blanc pur; à peine en 


SÉANCE- DU 22 NOVEMBRE- 1861. T 535 


trouve-t-on de temps en temps un pied à fleurs purpurines. Est-ce l'influence 
du terrain qui produit cet albinisme chez les deux dernières plantes que nous 
venons de citer, ou est-ce un. effet du hasard ? 

Sur la route de Moulins à la Trappe : Malva Alcea. 01357) 

Aux environs du couvent, prés de la grotte de Saint-Bernard, Æquisetum 
hiemale ; dans l'étang le plus rapproché du monastère, Chara batrachosperma, 
Utricularia minor, etc.; au bord des fossés des bois, Aspidium cristatum, 
Blechnum Spicant, Osmunda regalis, Polystichum Thelypteris; et, dans 
les lieux élevés, parmi les bruyères, Botrychium Lunaria. 

Dans les prés à faucher qui touchent le couvent, on trouve trés abondam- 
ment l' A/chemilla vulgaris; et, le long des rigoles, le Comarum palustre. 

Mais la meilleure localité est un marais très petit, appelé marais des Barres, 
à 1 kilomètre à peine du cloître : c'est là que l'on trouve le Malaxis paludosa, 
dans de petites rigoles vaseuses, recouvertes à peine de quelques centimétres 
d'une eau presque stagnante, à reflet roussâtre. J'ai essayé souvent de culti- 
ver cette jolie petite Orchidée, que je n'avais jamais observée dans son état 
naturel, et que, d’après ce que l'on m'avait dit, je croyais parasite sur les 
Sphagnum. Cette année, j'ai acquis la preuve. du contraire, car à peine en 
avons-nous trouvé quelques petits pieds assez chétifs implantés au milieu des 
Sphagnum: La racine est un peu fusiforme, enfoncée de 4 à 6 centimètres 
dans la vase, et surmontée, près du collet, par un renflement verdâtre qui 
deviendra le bulbe de l'année suivante. Cette plante ne produit point de 
bulbe latéral comme le Liparis Læselii. J'en ai rapporté environ une quaran- 
taine de pieds vivants, que je cultive maintenant dans la vase méme extraite 
des rigoles de ce marais, et j'espére pouvoir en présenter l'année prochaine 
quelques beaux exemplaires à la Société. 

Au méme endroit, on rencontre en grande abondance l'Abama ossifraga, 
le Spiranthes æstivalis ; et, au bord d'un chemin humide qui sépare le marais 
en question d'un petit bois, et qui va rejoindre le crucifix- qui est. sur la 
route de Moulins, le Lycopodium inundatum et le Pinguicula lusitanica: 

Dans la plupart des endroits marécageux et tourbeux, on peut. recueillir 
abondamment les 7riglochin palustre, Parnassia palustris, Juncus squarro- 
sus, Wahlenbergia hederacea, Lobelia urens, Hypochæris glabra, Exacum 
filiforme; dans les lieux ombragés et un. peu desséchés, Gentiana Pneumo- 
nanthe, Spergula nodosa, Helodes palustris ; et, dans les bruyères, Genista 
pilosa, 

On trouve aussi, dans presque tous les bois des environs de la Trappe, le. 
Maianthemum bifolium. Une des plantes les plus remarquables de cette 
contrée est sans contredit le Vaccinium Vitis idæa, qui croit en assez grande 
quantité dans la forét du Perche, partie des étangs, à 1 kilométre et tout à 
fait en face de l'église de Brésolettes. Il peut paraître assez extraordinaire de 
retrouver, dans cette partie du département de-l'Orne, une plante de la région 


536 " SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

subalpine; mais ce qui ne l'est peut-être pas moins, c'est la quantité prodi- 
gieuse d' Aconitum Napellus, au bord de toutes les rivières et des plus petits 
ruisseaux, dans le pays d'Auge. Cette Renonculacée est si bien indigène dans 
toute cette contrée, qu'elle v nourrit les mémes insectes que ceux qui vivent 
sur la méme plante dans les montagnes. 


M. Boisduval présente ensuite des échantillons de C/inopodium 
. vulgare, dont les organes floraux sont à l'état foliacé, et qui ont été 
recueillis en août 4859, par M. Duhamel (de Camembert), à Saint- 


Germain-de-Montgommery prés Livarot (Calvados). 


M. Pasteur expose à la Société les premiers résultats de ses 
recherches sur la fermentation appelée acétique : 


SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE, par M. Louis PASTEUR. 


(Résumé fourni par l'auteur.) 


M. Pasteur a découvert dans les plantes cryptogamiques du genre Myco- 
derma, dont il figure trois des espèces les plus intéressantes, une propriété 
remarquable qui donue l'explication compléte de l'acétification des liquides 
alcooliques. 

Voici quelques-unes de ses expériences : 

A la surface d'un liquide organique quelconque, renfermant essentiellement 
des phosphates et des matières albuminoides, on fait développer une espèce 
quelconque du genre Mycoderma, jusqu'à ce que toute la surface du liquide 
en soit couverte. Alors, avec un siphon, on enléve le liquide générateur de 
la plante, en s'arrangeant de maniere que le voile de la Mucorée ne soit pas 
déchiré et ne tombe pas en lambeaux au fond du vase, condition très facile à 
remplir. Ensuite on remplace le liquide par de l'alcool peu étendu d'eau, 
marquant, par exemple, 10 degrés à l'alcoométre centésimal. Le Mycoderma, 
difficilement mouillé par les liquides à cause de ses principes gras, se souléve 
et recouvre la surface du nouveau liquide. La petite plante est alors placée 
dans des conditions exceptionnelles. Sa vie est trés génée, si elle n'est pas 
rendue tout à fait impossible, parce qu'elle n'a plus pour aliments que les 
principes qu'elle peut trouver dans sa propre substance, surtout si on a la 
précaution de la laver en dessous avec de l'eau pure avant de la mettre à la 
surface du liquide alcoolique. Or l'expérience démontre que la plante, dans 
ces circonstances anomales de maladie ou de mort, met immédiatement en 
réaction l'oxygène de l'air et l'alcool du liquide. L'acétification commence 
sur-le-champ et se poursuit avec activité. Aprés quelques jours, l'action 
de la plante se ralentit, mais elle est loin d'étre épuisée. Elle est génée 
par l'acidité de plus en plus grande de la liqueur. Enlève-t-on celle-ci pour la 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 537 


remplacer par une nouvelle portion d'alcool pur étendu d'eau, l'acétification 
continue pour le deuxième liquide, et cette suite d'opérations peut se prolon- 
ger pendant des mois entiers. D'autre part, lorsque l'acétification s'arréte 
pour un liquide déjà trés acétique, elle peut continuer si cette liqueur vient à 
étre introduite sous une Mucorée qui n'a pas encore agi. 

Pendant tout ce travail, la plante éprouve des modifications assez profondes, 
sans toutefois augmenter de poids. Tout au contraire, elle subit une sorte de 
combustion qui dissout ses inatériaux, de telle sorte que le liquide devient 
peu à peu apte à nourrir la plante ou l'une des espèces qui l'avoisinent. dans 
le même genre Mycoderma. À ce moment, des phénomènes entièrement 
différents, au moins en apparence, s'accomplissent. L'acide acétique et Pal- 
cool disparaissent complétement avec la plus grande rapidité. Quelques jours 
suffisent pour enlever au liquide toute son acidité. Il arrive à une neutralité 
parfaite et propre, en conséquence, à donner naissance à des infusoires divers, 
et par suite à une altération putride. 

Toute cette seconde partie des phénomènes annoncés par M. Pasteur peut 
se produire lorsque l'on fait développer les Mycodermes sur des liquides 
alcooliques qui renferment les aliments propres à la nourriture, de la plante 
tels que le vin, la bière, les liquides fermentés en général, à moins que, par 
des circonstances fortuites ou déterminées par l'opérateur, la plante ne soit 
placée dans des conditions analogues à celles où elle se trouve dans la première 
partie de l'expérience. 

Eu résumé, l'acétification est produite par les espèces du genre Myco- 
derma. Lorsque la plante est en pleine vie et santé, elle ne donne pas lieu, 
certaines espèces du moins, à une formation effective d'acide acétique. Bien 
plus, si cet acide existe daus la liqueur, elle le détruit ainsi que l'alcool ; c'est 
. le méme phénomène que celui de l'acétification, mais exalté, c'est-à-dire que 
l'acide acétique et l'alcool se transforment en eau et en acide carbonique. 

Tout ce qui a été dit sur l'influence des corps poreux ordinaires dans 
l'acétification est entièrement erroné. Voici les expériences qui le mettent en 
évidence. 

M. Pasteur fait écouler le long d'une corde de l'alcool étendu d'eau. Les 
gouttes qui tombent à l'extrémité de la corde ne renferment pas la plus petite 
quantité d'acide acétique. L'expérience a duré plus d'un mois avec une vitesse 
d'écoulement extrémement faible, une goutte par deux à trois minutes. Mais 
si l'on répète cet essai en ayant la précaution de tremper la corde, au débnt 
de l'expérience, dans un liquide à la surface duquel se trouve une pellicule 
de Mycoderme qui reste en partie sur la corde lorsqu'on retire celle-ci, 
l'alcool qui s'écoule lentement le long de cette corde au contact de l'air se 
Charge d'acide acétique. L'acétification peut se prolonger pendant plusieurs 
semaines. 

ll est évident, par cette double expérience, que, dans le procédé d'acétifi- 

T. VIL 35 


b38 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


cation dit a/lemand, les copeaux de Hêtre sont sans action, et qu'ils n'ont 
d'autre rôle que de servir de support à la plante. Dans la fabrication telle 
qu'elle se pratique à Orléans, l'acétification, d’après M. Pasteur, est due uni- 
quement à une pellicule presque insensible, d'une minceur excessive, qui 
recouvre le liquide des tonneaux, et qui est formée par la plus petite espèce 
des Mycoderma (le Mycoderma: aceti). La mère du vinaigre, c'est-à-dire le 
dépót qui est au fond des tonneaux et sur lequel on verse, tous les huit jours, 
dix litres de vin aprés avoir retiré dix litres de vinaigre, n'a aucune influence 
sur le phénomène. Tout le travail se fait à la surface, dans la pellicule qui 
recouvre le liquide, 

M. Pasteur ne veut que prendre. date aujourd'hui. Il publiera ultérieure- 
ment un travail détaillé, avec la description compléte des — de pond 
— qu'il a plus spécialement étudiées. : 


M. Puel i lecture de la note suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, por ME. "F. PUEL (suite). 


9. Saxifraga hypnoides L Sp. ed. 4, p. 405 (1753), et ed. 2, p. 579 
(1762); Puel! Cat. du Lot, n° 581, p. 97 (1847) ; Irat! in Billot-exsice: 
-m*:4879, Annot; FI. Fr. All. p. h0 (1856). 

Rive gauche du Célé; au lieu dit Roc d'ol Gor près Fige: t — Pentes 
escarpées: — Terrain siliceux (scan): — Alt. 210 m. — Fl. mai 1847.— 
Récolté par T. Puel. 

- Dans le département du Lot, le s. hypnoides occupe deux localités parfai- 
ment distinctes, dont l'une est située sur le terrain granitique dans l'arron- 
dissement de Figeac, et l'autre sur le calcaire jurassique dans l'arrondisse- - 
ment de Cahors : la première dépend de la flore d'Auvergne et la seconde 
appartient au bassin de la Gironde. 

^ L'étude générale de la distribution géographique di cette . plaie — 
qu'elle s'étend du sud au nord, depuis le Portugal jusqu'en Islande, et d'occident 
en orient, depuis le Greenland jusqu'en Transilvanie : ce qui donne 1750 pour 
le carré d'expansion de l'espèce (Lecoq Æt. géogr. bot. Eur. t. VI, p. 255). 
Elle manque en Suède et dans les autres états scandinaves, ainsi qu'en Angle- 
terre, en Suisse, etc. , tandis qu'on la rencontre aux iles Féræ ; de méme, en 
France, elle manque dans les Vosges ou du moins elle parait naturalisée dans 
l'unique localité où on la rencontre, tandis qu'elle croit spontanément dans les 
Ardennes belges (Grepin Manuel fl. Belg. p. 71). Il serait assez difficile, dans 
l'état actuel de nos connaissances sur la géographie des plantes, de nous rendre 
compte d'une dissémination si bizarre; aussi est-il prudent, à mon avis, de 
se borner à l'étude attentive des conditions locales de végétation du S. 
hypnoides dans une aire plus ou moins restreinte. ` : 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1864. 539 


Ge qui frappe le plus, au premier abord, dans l'examen de l'ensemble des 
régions qu'habite notre plante, c'est la diversité des climats et de la constitu- 
tion minéralogique ou géologique du sol. On serait tenté, à priori, de sup- 
poser quelque erreur de détermination spécifique, quelque confusion de 
synonvmie entre le S. Aypnoides du nord. et le S. Aypnoides du midi; mais 
la question paraît avoir été examinée par les botanistes les plus compé- 
tents, et l'on s'accorde généralement à ne voir qu'une seule espèce dans 
les diverses formes que présente la plante, selon qu'elle appartient aux pays 
chauds ou aux pays froids. Personne en France, par exemple, n'éléve de doute 
sur l'identité de la plante qui eroit presque au niveau de la mer à Collioure 
ou dans les environs de Toulon, avec celle qui végète à 1400 mètres d'alti- 
tade en Auvergne ; et, pour me renfermer dans le cadre plus limité du dépar- 
tement du Lot, j’ajouterai que nulle différence sensible n'existe entre les 
échantillons récoltés sur les pentes granitiques des bords du Célé aux environs 
de Figeac et ceux qui proviennent des escarpements jurassiques des bords 
du Lot dans le canton de Saint-Géry, arrondissement de Cahors. 

Les localités trés nombreuses dans lesquelles on rencontre, en France, le 
S. hypnoides, peuvent être groupées de la manière suivante : 

Flore d'Auvergne, C.!; Fl. du Rhône, C.!; Fl. de la Gironde, R.!; FI. 
des Vosges? (naturalisé). 

Je ne connais aucune localité authentique qui puisse étre rattachée soit 
aux Pyrénées, soit aux Alpes proprement dites. 

Le département du Lot et celui de Tarn-et-Garonne sont les seuls, appar- 
tenant au bassin de la Gironde, dans lesquels on rencontre le S. Aypnoides : 
je possède la plante de ces deux localités. La première, celle de Lifernet, canton 
Saint-Géry, arrondissement de Cahors (Lot), a été découverte vers 1838 ou 
1839 par M. Lacombe, pharmacien.à Cahors, et celle de Saint-Antonin 
(Tarn-et-Garonne) est due aux investigations de M. Lagrèze-Fossat qui l'a 
signalée dans sa Flore de Tarn-et-Garonne en 1847, et qui avait eu l'obli- 
geance de me la communiquer dés 1846, en me permettant de la citer dans 
mon catalogue du Lot. 


10. Cephalaria leueantha Schrader Cat. sem. h. Gætt. (1814). — Sca- 
biosa leucantha L. Sp. ed. 4, p. 98 (1753) et ed. 2, p. 142 (1762) ; Puel! 
Cat. du Lot, n° 212, p. 44 (1846); Saint-Amans (herb. Chaubard) F7. 
ag. p. 59 (4821) ; Lecoq et Lamotte ! Cat. du plat. centr. p. 214 (1847). 

^ Pech (Puy) d'Angély près Cahors. — Friches pierreuses. — Terrain cal- 

Caire (jurassique). — Alt. 200 à 210 mètres. — Fl. 4 août 1859. — Récolté 

par M. L. Puel. 

Cette plante, dont le centre de végétation est dans la région méditerra- 
néenne où elle est assez abondante, appartient à ce groupe rémarquable d'es- - 
pèces qui se retrouvent dans le bassin de la Gironde. Mais ici elle devient 


540 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ort rare, et je ne connais que trois départements dans lesquels on la ren- 
contre; sauf la localité de Bayonne, qui est complétement excentrique, toutes 
les autres sont groupées sur les rives du Lot. Elle croit en abondance autour 
de Cahors, et on la rencontre à une altitude moyenne de 250 à 300 métres, 
surles rives du Lot jusqu'à Capdenac, et sur les rives du Célé depuis son 
confluent avec le Lot jusqu'à Corn, arrondissement de Figeac. Salvagnac 
(Aveyron), oà M. Bras a découvert la plante, est situé sur la rive gauche 
du Lot. 

Le Ceph. leucantha ne croit pas dausle département de Lot-et-Garonne: 
il a été admis dans la F/ore agenaise sur les indications de M. Du Molin qui 
l'avait trouvé en 1840 aux environs de Cahors. 

Voici l'indication précise des localités du bassin de la Gironde où se trouve 
le Ceph. leucantha : 

FLORE DÉ LA GIRONDE. — Lor : Cahors ! (Du Molin in h. Chaubard), 
sur la montague d'Angély ! (Lacombe, Puel, etc. in h. Puel), cóte de Saint- 
Henri! (Z. Puel in h. Puel) ; Cabrerets ! (E. de Valonin h. Puel) ; Gréalou, 
canton de Cajarc (Lacolm in Puel Cat.); Espagnac! Puy de Ligoussou! 
Corn! (Puel herb.); Capdenac! (Madame V. P.in h. Puel); Frayssinet, 
canton de Saint-Germain-du-Bel-Air, arrondissement de Gourdon (Hérétieu 
in Puel Cat.). AveYRoN : Combes de Salvagnac ! canton de Villeneuve, arron- 
dissement de Villefranche (Bras in h. Puel). Basses- Pyrénées : Bayonne ! 
(herb. Chaubard ; G. G. 77. Fr.). 


41. Cineraria lanceolata Lamarck F1. fr. t. H, p. 125, éd. 4. (1778) et 
éd. 2 (an I1I-1795). —C. spathulæfolia Gmelin FI. Bad. Als. t. IIL, p. 45^ 
(1808) ; Puel! Cat. du Lot, n° 4441, obs. p. 184 (1850). — C. palus- 
tris Delpon Stat. du Lot, cat. n° 697 (1831); Puel! Cat. du Lot, n° 1141, 
p. 183 (1850), non L. 

Rive gauche du Gélé, dans le bois de Maynard près Figeac. — Lieux ombra- 
gés. — Terrain siliceux (granite). — Alt. 210 mètres, — Fl. 29 avril 1859. 
— Récolté par M. L. Puel. 

J'ai cru devoir restituer à notre plante le nom de Lamarck, bien antérieur 
à celui de Gmelin ; toutefois, pour ne pas créer un nom nouveau, peut-étre 
inutile, je l'ai laissée provisoirement dans le genre Cineraria, à l'imitation de 
Koch. Si l'on adopte l'opinion de MM. Grenier et Godron, en placant parmi 
les Senecio le genre Cineraria tout entier, la plante doit prendre le nom de 
S. lanceolatus, et, si.le genre Tephroseris admis par M. Boreau (FI. du 
Centre, éd. 3, p. 342) doit rester dans la science, il faudra changer le nom 
de T. spathulæfolia et adopter celui de 7’. lanceolata. Tout en reconnaissant 
l'importance et la nécessité des règles établies pour la synonymie, je pense 
qu'il faut étre sobre de modifications aussi radicales, quand il s'agit de créer 
des noms nouveaux : il me semble donc prudent de s'en tenir aux noms déjà 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 4861. öht 


créés, et d'attendre que les maîtres de la science soient tombés d'accord sur 
la question principale, en déterminant quel est celui des trois genres précé- 
dents qui doit être définitivement adopté. 

Le nom de C. /anceolata a été créé par Lamarck en vue de la plante des 
environs de Paris, car il ne cite pas d'autre localité, et cette circonstance, que 
j'ai communiquée à MM. Cosson et Germain de Saint-Pierre, les a détermi- 
nés à adopter le nom de Lamarck dans la deuxième édition de leur Flore des 


environs de Paris. 
(La suite à la prochaine séance.) 


/ . . . * 
M. J. Gay fait à la Société la communication suivante : 


UNE EXCURSION BOTANIQUE A L'AUBRAC ET AU MONT-DORE, PRINCIPALEMENT POUR LA 
RECHERCHE DES ISÓETES DU PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE, 
par M. J. GAY. 


(DEUXIÈME PARTIE) (1). 


Ce qui m'appelait au Mont-Dore, ce n'étaient point ses eaux thermales, 
d'ailleurs si fréquentées et si utiles contre les infirmités des voies respira- 
toires; je n'en avais heureusement aucun besoin. Ce n'était point non plus 
l'intérêt d'une étude sérieuse quelconque. C'était le besoin de secouer la pous- 
sière de Paris et de respirer encore une fois, à l'expiration de ma soixanté et 
quatorzième année, l'air tonique et vivifiant de la montagne. G'était surtout la 
jouissance que je me promettais d'une chasse aux herbes dans un pays nou- 
veau pour moi, et où je devais retrouver mes anciennes connaissances des 
Alpes et des Pyrénées, rendues plus attrayantes par le mélange de quelques 
formes spéciales. 

C'est donc comme chasseur d'herbes que j'arrivais au Mont-Dore. J'y 
joignais M. Durieu de Maisonnenve, un autre chasseur intrépide qui a fait ses 
preuves, par monts et par vaux, sur les deux cótes de la Méditerranée et sur les 
deux rives du golfe de Gascogne, qui, lui, venait dans un but plus scienti- 
fique. Aprés avoir contribué plus que personne au prodigieux accroissement 
que le genre /soétes a recu depuis moins de vingt aris dans le nombre de ses 
espèces (2), M. Durieu venait au Mont-Dore pour étudier vivante une autre 
espéce nouvelle de ce genre, qu'il ne connaissait encore que par des échan- 
tillons secs, provenaut du fac de Guéry, et communiqués par MM. Cosson et 
Lecoq, espèce qu'il distinguait dès lors sous le nom d’/soëtes echinospora. 


(1) Voyez plus haut, p. 508. 

(2) En 1843, on ne connaissait encore que trois espéces d’/soëtes, y compris le douteux 
Isoëtes coromandelina W. Ce nombre est aujourd'hui presque décüplé, par suite des 
recherches de MM. Alexandre Braun et Durieu de Maisonneuve ; ce dernier distingue 
aujourd'hui vingt-cinq espèces, dont sept déjà reconnues sur le territoire français. 


542 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


C'est donc pour une chasse ou plutôt une pêche anx Zsoéfes, que M. Durieu 
s'était rendu au Mont-Dore. Moi, j'avais désiré y concourir, j'avais pris ren- 
dez-vous pour cela, et, ayant déjà inauguré cette méme péche quelques jours 

auparavant dans l'Aubrac, je comptais bien la continuer en Auvergne, méme 
aprésle départ de M. Durieu. 

Un accident de diligence m'avait fait arriver au rendez-vous vingt-quatre 
heures après mes confrères bordelais, et M. Durieu avait employé sa pre» 
mière journée à faire l’ascension du Puy-de-Sancy, le point culminant du 
pays, une de ces excursions dont nul étranger ne se dispense lorsqu'il vient au 
Mont-Dore, pas méme le baigneur quand il n'est pas trop impotent, attendu 
qu'elle peut se faire en majeure partie à cheval. 

Les trois chasseurs étant enfin réunis, M. Durieu commença la journée 
du 24 août par l'ascension périlleuse du long ravin par lequel s'écoulent, près 
du village des Bains, les eaux de la grande cascade du Mont- Dore, aprés que 
ces eaux se sont précipitées du haut du rocher à 1322 mètres au-dessus du 
niveau de la mer et à 278 métres au-dessus du village lui-méme (dont 
l'altitude est de 1044 mètres). Une Mousse de montagne, presque partout 
ailleurs stérile, devait se trouver là fertile. Le fait avait déjà été signalé, et 
M. Durieu voulait le vérifier. Aprés avoir atteint le sommet du ravin au milieu 
des plus grandes difficultés, il réussit à se glisser derrière la nappe d'eau 
formant cascade, et là, sur le rocher tout ruisselant d'humidité, il trouva, en 
elfet. (mêlé au Distéchium capillaceum), V Amphoridium Mougeotii Schimp. 
Synops., couvrant la paroi d'un épais tapis, et chargé de fructificetions à 
tous les degrés de développement, depuis l'urne encore coiffée de sa calyptre 
jusqu'à celle dont le péristome était mis à nu par la chute de l'opercule (1). 

Le fait de l'Amphoridium ainsi constaté, nous nous mîmes en route pour 
le lac de Guéry, à dix heures du matin, accompagnés du guide Jean, qui avait 
déjà été le guide de plusieurs de nos amis, MM.de Lambertye, Cosson et autres. 

Le lac de Guéry est un petit lac de forme à peu près circulaire, situé à 
2 lieues au N. -N.-E. du village des Bains, à 1238 mètres au-dessus du niveau 
de la mer, débouchant par un ruisseau du méme nom qui va se jeter dans la 
Dordogne. On y arrive par une pente douce, en traversant la forêt de Cbaneau, 
et en suivant. la route de Clermont d'abord, puis le redressement auquel on 
travaille en ce moment et qui fera passer cette route par le bord méme du lac 
de Guéry, en évitant le coude brusque et dangereux qu'elle fait à moitié 
chemin, là oà elle se dirige du cóté de la Croix-Morand. En decà du coude 
dont je viens de parler, la route. traverse la partie la plus fraiche et la plus 
herbeuse de la forét de Chaneau. Aussi trouve-t-on là en abondance, et dans 
le plus bel état de végétation, plusieurs plantes intéressantes qui, bien que 
plus ou moins répandues dans la vallée du Mont-Dore, apparaissent ici pour la 


(1) Voyez le Bulletin, t. Vill, p. 74 et 297. 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 543 


première fois à qui vient de la plaine : Calamagrostis: silvatica DC., Con- 
vallara verticillata V, Senecio Cacaliaster Lam. (voisin du S. Fuchsii, 
mais distinct entre autres par ses capitules constamment dépourvus de 
rayons), Doronicum austriacum Jacq. (entièrement défleuri), Cirsium Eri- 
sithales Scop. (C: glutinosum Lam.), à disque jaune, Zpilobium: mon- 
tanm“ L.“ (avec gemmes radicales sessiles, commençant à s'épanouir en 
rosette; sans avoir été. précédées d'un stolon), ete. pete- L AmpAoridium 
Mougeotii était là, lui aussi, fructifié comme à la grande cascade, mais cette 
fois accessible à tout le monde, sur. un rocher humide et surbaissé du bord 
de la route, à l'entrée de la forêt et à une demi-lieue à peine du village. Avis 
aux: bryophiles qui voudront se procurer la plante sans risquer de se casser 
le cou. Au delà de la même forêt, sur la partie neuve de la route, rien de 
remarquable, si ce n'est le Salix pentandra; avec son beau feuillage, sans 
chatons, et quelques pieds de !' Epilobium origani — Lam.; — 
à développer leurs stolons. 

Nous voici au lac de Guéry, et nous l'abordons par l'extréimité méridio- 
nale, là où il se déverse dans le ruisseau du même nom. La rive est tour- 
beuse en cet endroit, mais gazonnée et solide, au moins à cette époque dé Fan- 
née, et une forêt d' 'quisetum se montre, à peu de distance, dans les eaux du 
lac. Ce sont bien les circonstances dans lesquelles j'ai, au:lae de Saint-Andéol, 
fencontré l'/soôêtes echinospora. Aussi est-ce là que MM. Durieu et. Motelay 
vont opérer; aprés s'étre mis résolüment dans un état à ne rien craindre des 
eaux du lac pour aucun de leurs vêtements, moins toutefois le dernier et le 
plus léger, qui continnera à abriter leur peau tant bien que mal contre: les 
ardeurs d'un soleil dévorant, dévorant, le 25 août, à 1238 mètres discum 
et sans la moindre brise qui puisse en tempérer l'effet. 

Ainsi font les vaillants. Moi, je me tiens à distance et je reste. spectateur, 
où plutôt je m'éloigne, pour continuer, à sec et sur la rive, l'exploration qui 
se fait sous les eaux. Rien de remarquable sur la rive orientale, qui est plate 
et graveleuse plutôt que tourbeuse; rien, si ce n'est quelques pieds mal venus 
di Littorella laevustris. — Plus loin, à l'extrémité nord, plage: décidément 
sablonneüse et s'abaissant plus insensiblement sous la nappe d'eau ; ici appa+ 
ráissent quelques plantes d'/soëtes flottantes et éparses sur la rive; elles 
arrivent sans doute du large, où elles auront été déracinées par le piétine- 
ment des vaches qui viennent ici s'abreuver par centaines à certaines heures 
du jour. — A l'est, en revenant au point de départ, c'est partout une côte 
abrupte, encombrée de grosses roches qui se sont éboulées jusqu'au niveau 
même du lac et qui interdisent le passage aux bestiaux. H y a là un bosquet de 
Bouleaux (Betula alba), assez étendu, mais de petite taille, le seul, je crois, 
que j'aie vu au Mont-Dore. Sous ces Bouleaux viennent deux Saules frutes- 
cents que je n'ai pu déterminer avec certitude faute de fructifications, l'un 
à feuilles tomenteuses en. dessous, l'autre à feuilles très glabres des deux 


54 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

côtés (1). Là aussi, je crois avoir reconnu une touffe du Poa sudetica Hænke, 
mais tellement brûlée par le soleil, que j'ai dà la négliger. Si je nomme encore 
le Carex ampullacea Good. , j'aurai dit tout ce que j'ai vu de plus saillant en 
terre ferme, sur la rive orientale du lac, là où Jes Bouleaux descendent jusqu'à 
son niveau. Dans l'eau, je n'ai rien vu encore, si ce n'est une belle touffe du 
Potamogeton rufescens Schrad. , venant épanouir ses (leurs.à la surface. Mais 
patience, voici la tourbe qui se dégage sous les roches du rivage et. sous les 
racines des Bouleaux, pour entrer dans le lac et s'y prolonger en pente 
douce, la tourbe molle, la tourbe accompagnée d'Zquisetum! Attention, 
l'Jsoétes echinospora doit se trouver là! Il y est, en effet, à portée du bâton, 
sous un pied d'eau environ, avec tous les caractéres de groupement, de port 
et de couleur dont j'ai déjà parlé. Mais les groupes les plus voisins sont clair 
semés, et, poltrons que nous sommes, nous ne savons pas employer les grands 
moyens pour atteindre les autres. Jean lui-même, qui m'accompagne, craint 
de se mouiller les pieds, et c'est en vain qu'à deux portées de fusil de là nos 
Bordelais préchent d'exemple, plongés dans l'eau jusqu'aux aisselles, le tronc 
seul émergeant en manière de bouée. Dans de telles circonstances, la récolte 
devait étre lente, sans étre suffisante. J'y mis plus d'une heure, aprés quoi 
je continuai-ma route le long de la rive occidentale, pour me rapprocher de 
mes deux pêcheurs bordelais (2). 

Ils étaient encore dans l'eau, et je fus obligé de les attendre longtemps, à 
distance, mal protégé derriere un bloc de rocher contre les atteintes d'un 
soleil toujours incommode, quoique déjà fortement incliné vers l'horizon. Et 
rien pour soutenir mon impatience! Tout autour de mon rocher, c'étaient, 
dans les gazons, le Juncus squarrosus L. , V Euphrasia minima Schl. (à fleurs 
jaunes, et quelquefois à fleurs blanches), le Centaurea nigra L., le Trifolium 
alpinum L., etc.; au bord du ruisseau voisin, les 7: rifolium badium et spa- 
diceum, c'est-à-dire les plantes les plus communes de la région élevée des 
Monts-Dores (où pourtant, je dois le dire, le Zrif. badium l'emporte de 
beaucoup sur le 7r1f. spadiceum par sa fréquence). — s d 

L'heure de la retraite avait enfin sonné, mes deux compagnons avaient 
regagné la terre ferme, repris leurs vétements, encaissé leur récolte, et ils 
s'avancaient à pas mesurés, sans dire mot, vers le rocher écarté où mon impa- 
tience les attendait. Eh bien? — Eh bien! il y a deux espèces d’/soëtes dans le 


(1) Le premier de ces deux Saules me parait rentrer dans le S. cinerea, l'autre est tràs 
probablement le S. philycifolia B laurina Koch Synops., le méme que MM. Lecoq et 
Lamotte, p. 337 de leur Catalogue, indiquent au lae de Montsineire et là seulement. 

(2) Parmi les plantes aquatiques du lac de Guéry, je n'ai nommé dans ce paragraphe 
que les trois espéces dont j'avais pu rapporter des échantillons, Carex ampullacea, Pota- 
mogeton rufescens et Littorella lacustris. M. Durieu en a noté plusieurs autres que Je 
dois indiquer ici pour douner une idée plus compléte de la flore aquatique de ce méme 
bassin, ce sont : Equisetum limosum, Heleocharis acicularis, Juncus supinus, Pota- 
mogeton natans, Alisma natans, Myriophyllum spicatum et Ranunculus aquatilis. C'est 
dans cette société que vivent les deux /soétes du lae de Guéry. 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 5545 


lac de Guéry ! Nous n'y cherchions que l'echinospora, et voilà que le lacus- 
iris s'y trouve également, mais à part, occupant des surfaces plus étendues, 
formant des prairies plus serrées sur un terrain plus solide, et d'ailleurs par- 
faitement distinct, méme au premier aspect, par ses feuilles roides et d'un 
vert foncé ! A cette description de l'/soétes lacustris, je reconnus tout de 
suite les quelques échantillons que j'avais recueillis déracinés et flottants sur 
la rive septentrionale du lac. — Fâcheux !..... fâcheux! m'écriai-je, vous 
verrez que cela va introduire toute sorte de confusion dans les herbiers. Pour 
déterminer un échantillon, il ne suffira plus de savoir qu'il vient de tel lac, il 
faudra s'informer de son port et de sa couleur, dont on ne trouvera plus que 
des indices incertains, et il restera la plupart du temps donteux, à moins que, 
cueilli à point, ce qui est si rare, il ne montre le caractère plus important et 
plus fixe de ses spores. Fácheux! fàcheux! je le répète, mais enfin les faits 
sont des faits, et il n'y a pas à les discuter. 

C'est ainsi que nous quittâmes le lac de Guéry, riches d'un fait nouveau 
qui, pour un futur monographe d'une partie du genre /soêtes, avait une 
véritable importance. 

Nous revinmes au Mont-Dore avant la chute du jour, par le hameau de 
Pailloux, en suivant la rive droite du ruisseau de Guéry, c'est-à-dire par 
un trés mauvais sentier, tantót ravin, tantót échelle, tantót escalier brisé, 
tantót ruisseau, et toujours plus ou moins casse-cou, méme pour les gens du 
pays. Évitez-le, vous qui étes prévenu. Que si pourtant un mauvais sort vous 
contraint à-passer en ce lieu et que vous y rencontriez le Circæa alpina, 
comme je l'ai fait à mi-cóte et sur un point oü le sentier se creusait en 
ravin, ne manquez pas de vous arréter un moment et, tout en vous repo- 
sant, d'arracher avec précaution cette jolie petite plante pour en étudier 
la végétation souterraine. Je vous garantis que vous y trouverez instruction 


et plaisir (1). 


(1) On sait vaguement que, dans les Circæa, l'axe primaire, annuel, se reproduit tous 
les ans par des stolons, mais je ne sache pas que la nature et le mode de développement 
de ces stolons aient été nulle part décrits, quoiqu'ils soient bien connus de M. Irmisch, 
à ce que m'apprend une de ses lettres. Voici ce que j'ai vu dans le Circæa alpina du 
Mont-Dore, lorsqu'à la date du 24 août il mèrissait déjà ses fruits claviformes. Un tuber- 
cule fusiforme sert de base à la plante, portant de trois à six paires d'écailles ou feuilles 
rudimentaires; dentiformes, croisées à angle droit, et rapprochées, sans être imbriquées. 
De cette souche sort par allongement la tige, à nœuds écartés, d'abord hypogée, étiolée 
et à feuilles squamiformes, puis aérienne et à feuilles parfaites, disposées comme les 
écailles en paires croisées, le nombre des entre-nœuds souterrains variant de deux 
à quatre, suivant l'épaisseur du sol à traverser. Les fibres radicales, nombreuses, capil- 
laires et toutes adventives, me semblent naitre indifféremment. de toutes les parties de 
laxe hypogé, y compris son tubercule basilaire, méme des entre-nceuds, mais surtout 
des nœuds vitaux, d’où sortent les écailles ou feuilles rudimentaires. Quant. aux stolons, 
ce sont des produits axillaires. Ils naissent tant sur le tubercule fusiforme basilaire que sur 
son prolongement caulinaire, à l'aisselle des écailles, méme de celles qui, louchant à la 
surface du sol, ont pu déjà prendre un développement foliacé, auquel cas ils se coüchent 
Sur le sol, au lieu d'en étre couverts. Une méme paire d'écailles peut avoir ses deux 


546 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


- La journée qui se terminait ainsi était un samedi, et le soir il y eut thé 
dans certain appartement de l'hôtel Cohadon-Bertrand , tout comme si 
nous eussions été à Paris, rue de Vaugirard. Ce fut un thé tout parfumé 
d'/soétes, car les faits observés dans la matinée agitaient fortement nos esprits, 
auxquels l’histoire, alors déroulée, de la distribution géographique d'une des 


stolons, mais, comme les ayortements sont ici fréquents, le nombre des stolons est tou- 
jours de beaucoup inférieur à celui des écailles-méres ; je n'en ai jamais compté plus de 
huit ni moins de deux sur une même souclie. Ces stolons sont d'une finesse extrême et ils 
serpentent dans le sol, où ils finissent par atteindre une longueur maximum de 14 centi- 
métres, ce qui est à peu prés la mesure de la plante elle-méme lorsqu'elle a pris tout son 
éveloppement, 1l y a trois phases à distinguer dans la vie de ces stolons : phase d'allon- 
gement, phase de fortification et phase de progression. La premiére s'accomplit tout 
‘entière pendant le: temps.oü l'axe-mére développe ses feuilles aériennes et ses fleurs, à 
l'exclusion des fruits; le stolon est alors un filet étiolé, fragile, capillaire dans toute sa 
longueur et revêtu de quelqi*s paires d'écailles (pas plus de quatre) écartées et denti- 
formes. La seconde phase répond à l'époque de la maturité des fruits de l'axe-mére. 
C'est alors que le stolon, ayant acquis toute sa longueur, subit une modification notable. 
Trois nouvelles paires d'écailles, rarement cinq ou six, s'ajoutent au sommet de l'axe, 
non plus écartées comme celles de la première pousse, mais rapprochées, sans. pourtant 
étre jamais imbriquées de maniére à figurer un bourgeon. En méme temps que l'axe 
s'allonge ainsi de quelques courts entre-nœuds, ces mêmes entre-nœuds s'épaississent 
fout à coup jusqu'à quintupler le diamètre du stolon resté capillaire jusque-là. Ils s'épais- 
sissent de manière à former un corps solide, charnu, blanc, cassant, cylindracé. ou en 
forme de massue, mesurant de. 4 à 9 millimètres de longueur sur 1 à 2 d'épaisseur. 
L'extrémité du stolon est devenue un vrai tubereule gorgé de fécule, et qui pourra désor- 
mais se passer de l'axe-mére, sa nourrice, C'est alors que le stolon se détache de la 
mére épuisée et se consume lui-méme de bas en haut, pour étre bientót réduit à son 
extrémité épaissie, à son tubercule, où se concentrent les éléments d'une nouvelle 
vie. Ainsi formé dés la fin d'août, le tubercule restera en repos jusqu'au printemps 
suivant, et alors le stolon entrera dans sa troisième phase, c'est-à-dire qu'il s'allongera 
en une tige feuillée et florifére, toute pareille à celle dont il était sorti, prét à recom- 
mencer indéfiniment les mémes évolutions pour la conservation et la multiplication de 
l'espèce. C'est alors qu'avec les feuilles se développeront les racines dont le stolon avail 
été entièrement dépourvu pendant les deux premières périodes de son existence ; je ne les 
ai pas vues naître, ces racines, et je ne puis dire quel rapport s'établit, relativement à 
leur origine, entre elles et les nœuds-foliaires. J'ai supposé jusqu'ici que les stolons du 
Circæa alpina étaient simples, ce qu'ils sont, en effet, le plus souvent. Mais ils peuvent 
émettre un ou deux rameaux, peut-être davantage (chacun d'eux provenant d'une 
aisselle de leurs feuillés rudimentaires), qui tous auront leur tubercule terminal; de 
sorte qu'un méme stolon pourra porter deux, trois ou plusieurs tubereules, destinés à se 
développer tous simultanément de la méme manière. — Ce que je viens de dire s'applique 
également au Circæa intermedia, tel que je l'ai observé au Mont-Dore le 30 août, âvec 
cette seule différence que, la plante étant iei plus vigoureuse et plus haute en tige, les 
stolons y étaient plus longs, plus forts et munis de quelques paires d'écailles de plus. 
Filiformes, non capillaires, ces stolons mesuraient de 40 à 17 centimètres de longueur et 
portaient de 4 à 17 paires d'écailles écartées, auxquelles ne succédait encore aueun épais- 
sissement terminal, vu le plis jeune âge de la plante qui n'en était encore qu'à sa période 
de floraison. Un échantillon cultivé que j'ai sous les yeux (30 novembre) me prouvé que 
les tubercules de cette espèce, d'ailleurs semblables à ceux du Circæa alpina, peuvent 
acquérir. un volume plus que triple, l'un d'eux, de forme cylindrique, mesurant 3 centí- 
mètres de Tong sur 4 millimètres de large. — Je n'ai rien à dire du Circæa lutetiana, que 
je mai pu encore me procurer dans l'état convenable. — Ge que je viens d'exposer rap- 
pelle tout à fait la végétation stolono-tubérifère de la Pomime-de-terre (Solanum tubero- 
snm) du Trientalis europea et de l'Oxalis crenata, et il est curieux de voir la similitude 
T aea que la nature emploie pour arriver aux mêmes fins dans des espèces de familles 
différen H » * i ) 3 mal j 


- 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 15864. 547 


deux espèces, donna bientôt une nouvelle animation. L'espéce nouvelle du 
lac de Guéry, l'/soétes echinospora, n'était particulière ni à la France, ni aux 
montagnes du plateau central. M. Durieu avait déjà constaté son existence au 
Feldsee dans la Forét-Noire, à Goeteborg en Suède, dans le comté de Caernar- 
von en Angleterre, en Islande et méme au Greenland, cinq localités auxquelles 
une sixiéme et une septiéme sont depuis venues se joindre, Loch of Park dans 
le comté d'Aberdeen en Écosse, et Jockmock dans la Laponie de Lulea (lo- 
calité déjà citée pour l'7soétes lacustris par Wahlenberg, qui probablement a 
confondu sous ce nom deux espèces dont aucune n'est le vrai 7. lacustris); 
indépendamment de plusieurs autres habitats restés douteux par suite de l'im- 
perfection des échantillons, sept habitats où rien n'annonce encore la coexis- 
tence, néanmoins très probable, de l’/soëtes lacustris, cette coexistence qui est 
aujourd'hui certaine, non-seulement au lac de Guéry, mais encore au lac de 


Saint-Andéol, comme je l'ai déjà dit plus haut. 
i (La suite prochainement.) 


M. Eug. Fournier dit qu'il a observé dernièrementune fleur de Co- 
óea scandens, dans laquelle il a remarqué les anomalies suivantes ; 


Il y ayait un verticille surnuméraire à la fleur; la corolle était double. 
Chacun des deux verticilles corollins était fendu jusqu'à la base en cinq 
. divisions gaufrées, un peu irrégulières ; ils adhéraient cà et là l'un à l'autre 
sur le bord des lobes. D'ailleurs ils observaient rigoureusement les lois de 
l'alternance, et la corolle interne était superposée aux divisions du calice. 
Quant à l'androcée, ses éléments, devenus libres, alternaient avec les divi- 
sions de la corolle interne et, par conséquent, avec les lobes calicinaux, au 
lieu de leur être opposés comme cela est l'ordinaire dans cette plante. Les 
cinq lobes du disque alternaient encore avec les étamines, et se trouvaient 
opposés aux sépales, toujours à l'inverse de la situation normale. On remar- 
que donc dans cette fleur que l'apparition d'un verticille surnuméraire a 
modifié la position de tous les verticilles supérieurs à lui dans la fleur. 


M. de Schœnefeld dit qu'il a quelquefois observé des fleurs de 
Cóbæa présentant une dialypétalie complète. — 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la communi- 
calion suivante, adressée à la Société ; 


NOTE SUR LE DRACOCEPHALUM VIRGINIANUM L., par M. Alph. de ROCHEBRUNE. 
(Angouléme , 1** octobre 1861.) 


Indépendamment des nombreuses espéces méridionales et de quelques 
autres éminemment remarquables au point de vue de la géographie botanique, 


548 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


que nourrit le sol de notre département de la Charente, on doit tenir compte 
également de celles qui constituent ce que nous pouvons appeler à la rigueur 
uue flore adventive. 

Chaque département, selon nous, possède cette flore, distincte de sa flore 
normale, plus ou moins riche en représentants, selon les différentes influences 
auxquelles telle ou telle espèce est soumise. 

Ces flores adventives sont composées, en général, à de rares exceptions 
prés, de plantes échappées soit des jardins, soit des grandes cultures, qui se 
propagent et se naturalisent dans un ou plusieurs lieux d'élection, ou bien ne 
se rencontrent le plus souvent que disséminées au milieu des espèces réellement 
spontanées. | 

Le point de départ de ces plantes, leur marche progressive, leur presque 
spontanéité, on peut le dire, nous ont semblé présenter quelque intérêt ; aussi 
essaierons-nous, dans un travail ultérieur, de dresser une liste exacte et 
détaillée des espèces adventives de notre région. 

La note que nous avons l'honneur de soumettre aujourd'hui à la Société 
signale une remarquable exception à la règle la plus générale que nous venons 
de mentionner, exception qui nous est fournie par le Dracocephalum virgi- 
nianum L., découvert par mon père le 17 septembre dernier, pendant le 
cours d'une excursion spécialement consacrée à des recherches malacologiques. 

Croissant à 4 kilomètres d'Angouléme, le long des berges abruptes d'une 
petite ile environnée d'ilots groupés sur un bras subsidiaire de la Charente, ` 
dans un terrain d'alluvions anciennes, le Dracocephalum virginianum devait, 
par le contraste de sou port si différent de celui des espèces particulières aux 
bords des rivières, frapper vivement l'œil de l'observateur. 

Ses longs épis de fleurs rosées, associés aux corolles purpurines du Stachys 
palustris, cachés sous les longues feuilles des Sparganium ramosum, Iris 
Pseudacorus et les tiges innombrables du Phragmites communis, démon- 
traient de prime abord que l'on avait affaire à une espèce tout à fait étrangère 
aux espèces habituelles à ces parages, et que, cependant, à cause de son 
habitat, on ne pouvait qualifier ex abrupto de plante cultivée. 

Les ouvrages spéciaux nous manquaient pour arriver à une détermination 
exacte ; aussi, aprés bien des conjectures et de consciencieuses recherches, 
nous l'avouons franchement, nous n'obtinmes qu'un résultat négatif. Nous en 
expédiàmes alors quelques exemplaires vivants à M. Boreau, si connu par ses 
importants travaux et sa bienveillante obligeance; le savant professeur noms 
répondait, à la date du 20 septembre: 

« Il n'est pas étonnant que vous n'ayez pas trouvé le nom de la plante que 
» vous m'avez adressée, car c'est une espèce américaine, qui n'a point encore 
» été trouvée en Europe à l'état spontané. Votre plante est le Dracocephalum 
» virginianum L. Sp. p. 828, Physostegia virginiana Benth. in DC. 
» Prodr. XII, p. 433). Je crois que M. Bentham a réuni plusieurs plantes 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1864. 549 


» distinctes dans son P/iysostegia virginiana, mais la vôtre cst bien, selon 
» moi, le Dracocephalum virginianum de Linné; c'est l'espèce figurée par 
» Boccone Sic. t. 6, fig. 3. et par Morison Oz. 3, sect. 2, t. 4, fig. 1 (figures 
» citées par Linné). M. Bentham indique l'espèce dans les contrées montueuses 
» de l'Amérique septentrionale, le Canada, la Virginie, la Caroline, la 
» Louisiane, le Texas, l'Arkansas et l'Orégon. Boccone, dés le xv11* siècle, 
»' disait la plante commune dans les jardins de l'Italie, et :Morison l'avait 
» cultivée apportée de la Virginie, tandis que les Parisieus l'avaient eue du 
» Canada. Voilà les faits principaux de l'histoire de cette plante. 

» Il reste à savoir comment elle a pu acquérir son indigénat sur les bords 
» de la Charente. A-t-elle été apportée du Nouveau-Monde par les vaisseaux, 
» et aurait-elle remonté votre rivière; ou bien une touffe enracinée aurait- 
» elle été jetée de quelque jardin voisin de la riviére et portée par le courant 
» au milieu des roseaux ? C'est à vous de discuter ces hypothèses, et, si votre 
» plante se trouve en quantité, avec l'apparence d'une espèce spontanée et 
» bien décidément implantée dans le pays, je ne vois pas de raison pour 
» qu'elle ne prenne pas place dans nos flores. ». . 

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'expliquer d'une manière satis- 
faisante la présence du Dracocephalum dans la localité qu'il habite, et, quelque 
vraisemblables que puissent paraitre les hypotheses posées par le savant auteur 
de la Flore du Centre, nous ne pouvons les adopter, 

D'abord, en principe, si notre plante provenait d'un transport direct par 
les vaisseaux venant du Nouveau-Monde, elle aurait évidemment un point de 
départ. Ce point de départ devrait tout naturellement se trouverà Rochefort, 
port le plus rapproché de nous, où le lest des navires aurait été déposé ; par- 
tant de cette station premiere, elle aurait remonté insensiblement le cours de 
la Charente, et l'on devrait en rencontrer quelques pieds jalonnant sa marche 
ascendante. Or sa présence n'a été signalée dans aucune autre localité sur 
les bords de la Charente, à partir de son embouchure, et les recherches 
auxquelles nous nous sommes livré dans le but de la découvrir n'ont abouti à 
rien. 

Ne pourrait-elle pas alors avoir été apportée par les gabares qui font le 
service des marchandises de Rochefort à Angouléme? Dans ce cas, elle devrait 
‘se rencontrer au lieu d'arrivée, au débarcadère de ces gabares, et non à 
2 kilomètres au delà, dans une station où elles ne remontent june pas méme 

es bateaux qui les desservent. 

L’hypothèsé d'une touffe enracinée, provenant d'un jardin et entraînée par 
le courant au milieu des roseaux, n'est pas plus admissible que les précédentes, 
par cette raison très simple, d'abord que dans aucun des jardins d'Apgouléme 
on ne cultive cette espèce (malgré nos recherches et les renseignements pui- 
Sés, nous n'avons pu en découvrir la trace); et que, d'un autre cóté, aucun 

ardin n'avoisine Ja localité où croît notre Labiée. De vastes prairies sont les 


550 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


seules cultures qui bordent la Charente à une longue distance, et, plus on 
remonte le cours de la rivière, moins on rencontre de jardins. 

On pourrait, il est vrai, supposer qu'elle a été jetée de quelque jardin situé 
à la partie nord du département, et qu'elle est arrivée par l'intermédiaire des 
petits affluents de la Charente; mais, pour rendre cette supposition vraisem- 
blable, il faudrait que les touffes charriées eussent évité soigneusement les 
obstacles que les ruisseaux qui se jettent dans la Charente présentent dans tout 
leur parcours, ainsi que la Charente elle-même, dans sa partie qui n'est pas 
navigable, ce qui est moins que probable. 

Ces suppositions, les seules, ce nous semble, qui puissent être rigoureuse: 
ment faites pour expliquer l'introduction du Zracocephalum dans notre dépar- 
tement, sont, comme on le voit, faciles à réfuter, et cependant, quelque 
inexplicable que soit sa présence, il n'est pas permis de douter qu'il ait été 
introduit dans notre région. 

Il existe en France des localités privilégiées, où le botaniste rencontre des 
représentants des deux mondes, qui semblent s'étre donné rendez-vous pour 
le combler de leurs richesses ; il nous suffit d'ouvrir le tome VI du Bulletin 
de la Société, et de parcourir les savants mémoires de MM, Durieu de Mai- 
sonneuve, Cosson, Lespinasse et Théveneau, sur les flores adventives du Port- 
Juvénal et de la commune de Bessan prés Agde, pour nous en convaincre; 
mais la présence d'espèces exotiques dans ces stations est facilement expli- 
quée par les établissements de lavage des laines brutes achetées pour la fabri- 
cation des draps du midi, ou par les dépôts du lest des navires : laines où sont 
intriquées de nombreuses graines et souvent des fruits assez gros (1), lest sur 
lequel ces mêmes graines reposent (2). 

` Il en est tout autrement pour le Dracocephalum charentais, car, si, pour 
les localités précitées, on possède des données précises, ici on ne peut for- 
muler que des suppositions purement conjecturales et répéter ce que nous 
disions dans un précédent travail: qu'il est des plantes dont la présence 
dans un département ne peut être expliquée malgré les recherches les plus 
assidues (3). 

Peut-être le Dracocephalum virginianum est-il le premier représentant, 
sur les bords de la Charente, d'une flore exotique, qui un jour pourra devenir 
l'émule de celle du Port-Juvénal ; acceptons-en l'augure, car la présence 
d'autres espèces amènerait probablement à découvrir les causes qui ont con- 
tribué à son introduction. ; 

. Notre Labiée peut être rapportée à la troisième des catégories établies par 
notre savant collègue M. Cosson, pour les plantes exotiques ou étrangères du 


. (1) Cosson, Appendix florulæ Juvenalis (Bull. Soc, bot. t. VI, p. 605). 
(2) G, Lespinasse et Théveneau, Énwmération des plantes étrangères observées aux 
environs d'Agde, etc. (Bull. Soc. bot. t. VI, p. 648). 
(3) A. de Rochebrune et Savatier, Cat, rais. Ph. Char. 4861, p. 233. 


SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1861. 551 
Port-Juvénal, et ainsi définie : Plantes réellement naturalisées et se repro- 
duisant spontanément. 

Son abondance, sa vigueur, sa reproduction par les akénes, sa rusticité 
en un mot, sont pour nous une preuve évidente qu'elle est depuis longtemps 
implantée dans notre département. 

La station du Dracocephalum sur les bords de notre rivière, complétement 
différente de celles qui lui sont particulières dans sa patrie originelle (car 
M. Bentham nous l'indique des contrées montueuses de l'Amérique septen- 
trionale), n'intlue en rien sur sa végétation et dénote qu'il: se trouve dans des 
conditions géologiques et climatériques qui, sans étre identiques avec celles 
de son sol natal, n'en sont pas moins entièrement favorables au maintien et à 
l'extension de l'espèce. . , 

Avant de terminer cette note déjà òh lire qu'il nous soit permis d'en- 
tretenir un instant la Société d'un phénomène que certains auteurs attribuent 
au Dracocephalum virginianum; et qui lui a valu, de la part des horticulteurs, 
le nom de Catuleptique. | : 

M. Le Maout, à l'article Dracocephalum (1), et les savants auteurs du Bon 
Jardinier, à l'article Physostegia (2), à la suite de l'exposé des caractères 
spécifiques, ajoutent : « fleurs quel'on peut déranger à volonté et qui restent 
» plusieurs heures dans la position où on les a placées. » 

Le mot cataleptique doit nécessairement avoir la méme signification en 
botanique qu'en nosologie ; or notre ami et savant collègue M. Puel, dans un 
remarquable travail (3), définit la catalepsie : une perturbation du mouvement 
musculaire, qui permet de donner au tronc et aux membres toutes sortes 
d'attitudes, sans que le malade puisse lui-méme les modifier en aucune 
manière. 

Les auteurs précités ont parfaitement défini le sens du mot cataleptique, 
par l'énoncé que nous avons relaté plus haut. Seulement, nous le considérons 
comme faussement appliqué au Zracocephalum, et nous .sommes loin de 
partager leur opinion. 

En effet, nous avons examiné les fleurs de notre plante dins leur ensemble 
et séparément, nous les avons soumises à toutes les tortures imaginables, nous 
leur avons fait subir les évolutions les plus diverses, et nous ne sommes jamais 
arrivé à obtenir la moindre trace de catalepsie. Le seul mouvement, si on 
peut l'appeler ainsi, que nous ayons réussi à leur faire exécuter, c'est d'appli- 
quer les unes contre les autres, pendant un temps très court (dix secondes au 
plus), les différentes fleurs qui constituent l'épi, en le comprimant légèrement 
de la base au sommet. Nous n'avons vu là aucun symptôme caractéristique 


(1) Leçons élémentaires de Botanique, p. 195. 

(2) Le Ron Jardinier de 1860, p. 1340. 

(3) T. Puel, De la Catalepsie (Mémoire couronné par l'Académie impériale de méde- 
cine), p. 2. 


552 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
d’une sensibilité nerveuse, nous avons seulement constaté, particulièrement 
sur la partie dorsale du tube de la corolle et sur les côtés de la lèvre supé- 
rieure, la présence de poils glanduleux, courts et légèrement visqueux, qui, 
lorsque les différentes fleurs sont soulevées par une légère pression de bas 
en haut, les retiennent quelques instants appliquées les unes aux autres. 
Nous ne voyons, dans la présence de ces poils glanduleux, nous le répé- 
tons, aucun motif pour déclarer cataleptique une plante qui ne fait que pré- 
senter un caractère commun à une foule d'autres espèces qui sont loin d'avoir 
été dotées d'un nom aussi capable de fixer l'attention. 


M. Brongniart dit que le prétendu phénomène de catalepsie des 
fleurs de Dracocephalum est bien connu. Charles Morren en a parlé 
dans un de ses mémoires. Ce phénoméne provient simplement de 
ce que le pédicelle reste retenu par la bractée lorsqu'on l'incline. 
Quant à la naturalisation de la plante, M. Brongniart fait remarquer 
qu'il lui parait aisé de l'expliquer par la facilité avec laquelle cette 
espéce est cultivée et se propage dans les jardins. 


ERRATUM. — Page 437, ligne 23. Au lieu de M. Cohen, lisez M. Coesme. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


FÉVRIER 1862. 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Note sur l'anntomie ct sur Ia physiologie d'un cône de 
Pin, par M. J.-A. Rodet (Comptes rendus, 1861, t. LIH, pp. 535-538). 


Nos lecteurs ont déjà eu connaissance de travaux importants publiés récem- 
ment sur l'interprétation morphologique des Conifères, par MM. Baillon, 
Caspary, Parlatore et autres auteurs. Le travail de M. Rodet est seulement 
relatif à l'anatomie des écailles à l'aisselle desquelles sont placées les fleurs de 
ces arbres. On sait que ces écailles sont munies extérieurement d'une bractée 
qui se soude avec eHes par les progrès du développement. Cette bractée parait à 
l'auteur être l'agent des mouvements que subissent les écailles sous l'influence 
de la sécheresse et de l'humidité. Le tissu des bractées, moins dense et moins 
résistant que celui des écailles, est formé de fibres phus grosses, plus courtes, 
moins serrées, unies bont à bout, uniformément disposées et non groupées 
en faisceaux comme celles de l'écaille; ce tissu, en s'allongeant par les temps 
humides, force l'ensemble à se courber du côté interne, où il est inextensible. 
Le contraire a lieu lors de la sécheresse. M. Rodet a enlevé à certaines écailles 
d'un cóne resté en place sur l'arbre la couche qu'il considérait comme repré- 
sentant là bractée, et l'organe est devenu immobile, insensible aux influences 


hygrométriques. 
D' EUGÈNE FOURNIER. 


Amidon des fruits verts. Relations entre ce principe immédiat, ses 
transformations, et le développement ou la maturation de ces fruits; par 
M. Payen (Comptes rendus, 1861, t. LIII, pp. 814-816.) 


On sait que De Candolle, M. Fremy, M. Buignet (1) et d'autres auteurs 
admettent que l'amidon disparait complétement dans les fruits au moment de 
leur maturité. Les observations de M. Payen sont contraires à cette opinion. 
Voici comment procède le savant chimiste pour constater la présence de 
l'amidon dans ies fruits mûrs. Jl découpe une tranche mince parallèle au plan 
passant par l'axe du fruit à essayer ; cette tranche est immédiatement plongée 
dans l'eau, afin d'éviter l'action de l'air sur les matières colorables, et d'éli- 
miner toutes les substances solubles épanchées à la surface de la section et qui 
pourraient absorber de l'iode. Aprés ce lavage, il substitue à l'eau une solu- 


(1) Voyez le Bulletin, t. VII, p. 401. 
T. VIIT. 36 


554 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
tion aqueuse d’iode légèrement alcoolisée, et attend une ou deux heures que 


l'effet de teinture se prononce. M. Payen a ainsi constaté que l'amidon existe 


encore dans les fruits mûrs, surtout autour des loges qui renferment les pepins 
dans les poires, et vers l'extrémité opposée au pédoncule de ces fruits. En 
terminant, M. Payen fait remarquer que quelquefois la substance amylacée se 
rencontre dans les végétaux en granules trés petits, faiblement agrégés, et sus- 
ceptibles delaisser exhaler spontanément l'iode qui leur donnait une coloration 
violacée, phénomène qui peut induire en erreur quand on cherche à constater 


la présence de l'amidon. 
E. F. 


Note on an unusual mode of germination in the Mango 
(Mangifera indica) (Note sur un mode extraordinaire de germi- 
nation observé sur le Mango) ; par M. Maxwell T. Masters (Journal of the 
proceedings of the Linnean Society, vol. VI, n° 21, pp. 24-26), avec une 
planche. B 0i 


Les deux jeunes Mangifera observés par M. Masters provenaient de graines 
envoyées à Kew par M. Barter lors de son voyage dans la Nigritie. Ces deux 
graines n'ont. présenté, “après être sorties de terre, qu'un seul cotylédon; 
l'autre était indiqué seulement par une écaille courte et tronquée. En outre, 
il est né à l'aisselle du cotylédon unique un axe secondaire qui a porté des 
feuilles, tandis que la plumule avortait dans l'une des jeunes plantes, et dans 
l’autre produisait trois divisions feuillées, Le cotylédon était concave, et 
émettait des radicelles à sa base. 

L'auteur fait remarquer encore que la graine du Mangifera ne renferme 
qu'un seul embryon, et que, si elle a été décrite par plusieurs auteurs comme 
poly-embryonée, c'est que souvent deux graines de cet arbre s'accolent ensem- 


ble; elles ne produisent alors par la germination que deux seuls cotylédons. 
ww 


Sur le genre Pilobolus de Tode; par M. Eug. Coemans 
(L'Institut, 29* année, p. 399). 


Ce travail a été communiqué par l'auteur à la Classe des Sciences de l'Aca- 
démie de Belgique, dans sa séance du 6 juillet 1861. On sait que le Pilobolus 
est un petit Champignon qui se développe avec rapidité, dans l'espace de quel- 
ques heures, sur les excréments d'animaux. Les spores de ce Champignon, 
quand leur maturité est arrivée, sont lancées avec élasticité et avec bruit loin 
de la cellule qui les contient. D'après M. Coemans, elles sont ainsi jetées à plus 
d'un mètre, c'est-à-dire à une hauteur qui dépasse trois cents fois. celle du 
Champignon, et l'observateur attentif entend alors de petites détonations se 
succéder. L'auteur a étudié la cause et le mécanisme de cette projection due, 
selon lui, à la contraction brusque des parois cellulaires, que provoque la 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 555 


lumière solaire. Il paraît encore que les spores des Pilobolus, qui önt besoin, 
pour germer, d'une certaine température, se développent dans le corps des 
animaux herbivores où elles ont été ingérées, et que les jeunes plantules, plus 
ou moins avancées dans leur végétation, sont rejetées avec les exéréments. 
M. Coemans a observé chez le Pilobolus deux modes de germination, l'un 
semblable à celui de toutes les Mucédinées, l'autre plus compliqué :^ dans 
celui-ci, la spore, après s'étre gonflée, émet un tube simple qui se renfle bien - 
tôt en manière de vésicule et devient semblable à la spore qui l'a produit: 
une troisième et une quatrième vésicule viendraient souvent se placer à la 
suite des premières. M. Spring, dans un rapport présenté à l'Académie de 
Bruxelles sur le travail de M. Coemans, fait connaitre à ce propos des obser- 
vations qu'il a faites sur la germination des Mucédinées. Il s'opère dans ces 
Cryptogames, selon M. Spring, un véritable acte de conjugaison ; deux spores, 
après avoir tournoyé pendant quelque temps l'une autour de l'autre, grâce à 
des cils vibratiles, se placent bout à bout, cessent tout mouvement, et se fen- 
dent en une cellule unique qui sera le siége de la germination, aprés une 
période de repos. Les zoospores, ajoute le rapporteur, se conjugueraient- 


elles lorsqu'elles s'immobilisent ? 
E. F. 


Les zoospores et les anthérozoïdes des Algues, histoire de 
la découverte, du mouvement et des fonctions physiologiques de ces organes; 
par M. G. Lespinasse (Actes de l'Académie impériale des Sciences, 

+ Belles-Lettres et Arts de Bordeaux; tirage à part en brochure in-8° de 
21 pages): ; 

Le titre du travail de notre honorable confrére M. Lespinasse en indique 
la nature. C'est un exposé des résultats récemment acquis à la science sur 
la fécondation des Algues par les travaux de MM. Thuret, Derbès et Prings- 
heim, comprenant aussi l'histoire de ceux de Girod-Chantrans et de 
Vaucher. On comprendra facilement que nous ne puissions analyser le résumé 
de M. Lespinasse, qui n'est lui-même qu'une analyse, et que nous devions 


nous borner à cette simple indication." i 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE ET TAXONOMONIQUE. 


Pugillus batini imprimis hispanicarum, quas in 
itinere 1851-52 legit Joh, Lange. II. Brochure in-8* de 83 pages. 
Copenhague. (JVaturhist. Foren. Vidensk. Meddelelser, 1861). 


Notre Revue a déjà rendu compte de la première partie de ce travail (1), 


(1) Voyez le Bulletin, t, VII, p. 405. 


556 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Nous indiquerons succinctement les matières contenues dans ce second fasci- 
cule et les espèces nouvelles dont on y trouve les diagnoses. 

DICOTYLÉDONS. — Ils comprennent 1 Gnétacée, 1 Taxinée, 4 Cupressi- 
nées, 5 Abiétinées, 3 Bétulinées, 13 Cupulifères, 15 Salicinées, 7 Urticées, 
37 Salsolacées, 11 Amarantacées (déterminées par M. Moquin-Tandon); 32 Po- 
lygonées, 1 Laurinée, 44 Thymélées, 4 Santalacées, 3 Aristolochiées, 1 Cytinée, 
17 Plantaginées, 17 Plombaginées {déterminées par M. Boissier) ; 10 Valéria- 
nées, 14 Dipsacées, 297 Composées, 3 Ambrosiacées, 2 Lobéliacées, 16 Cam- 
panulacées, 47 Rubiacées, 9 Caprifoliacées, 1 Jasminée, 6 Oléacées, 6 Apo- 
cynées, L Asclépiadées, 12 Gentianées et 2 Ménianthées. 

Voici les caractères abrégés des espèces signalées comme nouvelles. 

Atriplex obtusata Lge. — Annua, ramis erecto-patulis, foliis crassis obtu- 
sissimis, incanis, spica terminali densiflora, bracteis triengulari-reniformibus, 
obtusis, dorso tuberculatis, semine minuto, nitido. 

Armeria Langei Boiss. (sect. Plagiobasis, Pleurotrichæ), glabra, dense 
cæspitosa, foliis scabriusculis, utrinque attenuatis, trinerviis, brevibus ; scapis 
foliis 4-6-plo longioribus, capitulis minutissimis, calycis tubo hirsuto, limbi 
albi tubo zequilongi nervis ante apicem loborum evanidis. | 

Succisa pinnati fida Lge. — Perennis, caulibus multis 1-2 pedalibus, foliis 
dense pilosis, lyratis, superne integris; capitulis minutis, floribus majoribus 
quam in SS. pratensi, hracteis capitulo brevioribus, sensim acuminatis, invo- 
lucello inæqualiter 6-7 dentato, achænio campanulato, 8-costato. 

Adenostyles pyrenaica Lge. — Elata, foliis maximis, reniformibus, utrin- 
que viridibus, petiolo basi auriculato; corymbo amplo; squamis lanceolatis, 
fusco-purpureis, glabris. — Crescit in vallée de Burbe prés Bagnères-de- 
Luchon, 3 aug. florens. 

Evax carpetana Lge. — A basi ramosa, foliis mollibus, acutis, glomerulo 
paulo longioribus, capitulis in lana densa inter aliquot folia immersis ; squamis 
longe et abrupte acuminatis, apice reflexis, achzeniis dense hispidis. 

Filago micropodioides Lge. — Multicaulis, foliis laxis, superne latioribus, 
bracteis glomerulo parum longioribus, glomerulis globosis, immersis, squamis 
carinatis, radii pappis remote scabriusculis, achæniis scabris. 

Senecio legionensis Lge. -— Affinis S. Dori, foliis lete viridibus, inte- 
gerrimis, semi-amplexicaulibus, ramis strictis, firmis, bracteis brevioribus et 
latioribus, squamis appressis, capitulis duplo quam in S. Doria majoribus, 
paleolis ovalibus, corollarum interiorum lobis brevibus erectis, antheris 
inclusis; acheniis marginantibus sparse puberis, interioribus dense pilosis. 

Centaurea (Acrolophus) divergens Lge. — Ramis a basi persistente divari- 
calis, apice 3-capituliferis, foliis scabris, pinnatisectis, margine revoluto 
superne linearibus, capitulis ovatis, minimis, squamis appendicibus semilu- 
naribus pectinato-ciliatis non omnino tectis, corolla pallide rosea. 

Lenntodon earpetanus Lge. — Rhizomate brevi, foliis runcinatis, scapis folia 


LI 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 557 


pluries superantibus, remote bracteatis, monocephalis, periclinii cylindrico- 
campanulati squamis biserialibus hirtis, achæniis conformibus, longe rostratis, 
striatis. 

Quant aux variétés nouvelles, elles sont en si grand nombre dans le travail 


de M. Lange, qu'il ne nous est pas possible de les indiquer. 
E. F. 


Kongliga svenska Fregatten Eugenies Resa omkring 
Jorden, under Befæl af C.-A. Virgin, Aren 1851-53; Botanik. (Voyage 
autour du monde de la frégate royale suédoise Eugénie, sous le comman- 
dement de C.-A. Virgin, pendant les années 1851-53 ; 11° partie : Bota- 
nique, Enumeratio plantarum in insulis Galapagen- 
sibus. lucusque observatarum. [n-4° de 114 pages, avec 
16 pl. gravées, sans nom d'auteur ; mais évidemment de M. Andersson, 

- naturaliste attaché à l'expédition ; Stockholm, 1861. 


Ce travail, publié par l'ordre du gouvernement suédois, est une énuméra- 
tion, dressée suivant le Genera d'Endlicher, des plantes observées aux iles ` 
Gallapagos, dans le grand Océan équinoxial, par Du Petit-Thouars et d'autres 
voyageurs, et pendant le voyage de la frégate Æ'ugénie. Ces plantes sont ainsi 
réparties dans Jes familles suivantes : 4 Champignon, 9 Lichens, 6 Hépati- 
ques, 4 Mousses, 31 Fougères, 1 Salviniacée, 36 Graminées, 12 Cypéracées, 
1 Commélynée, 1 Hypoxidée, 4 Orchidées, 4 Pipéracées, 6 Urticées, 1 Salso- 
lacée, 18 Amarantacées, 6 Nyctaginées, 4 Plantaginée, 4 Plombaginée, 
40 Composées, 1 Goodéniacée, 1 Lobéliacée, 18 Rubiacées, 2 Apocynées, 
1 Asclépiadée, 6 Labiées, 41 Verbénacées, 8 Cordiacées, 12 Aspérifoliées, 
12 Convolvulacées, 12 Solanées, 3 Scrofulariées, 1 Acanthacée, 3 Ombelli- 
feres, 3 Loranthacées, 1 Ménispermée, 3 Crucifères, 1 Turnéracée, 4 Passi- 
florées, 2 Loasées, 1 Papayacée, 4 Cucurbitacées, 2 Cactées, 7 Portulacées, 
1 Caryophyllée, 1 Phytolaccée, 1 Basellacée, 10 Malvacées, 1 Buettnériacée, 
1 Sapindacée, 4 Polygalées, 1 Célastrinée, 4 Rhamnée, 30 Euphorbiacées, 
l Anacardiée, 1 Ochnacée, 2 Zanthoxylées, 3 Zygophyllées, 3 Oxalidées, 
1 Combrétacée, 1 Rhizophorée, 1 Myrtacée, 26 Papilionacées et 7 Mimosées. 

Les planches qui accompagnent cet ouvrage représentent, en général, les 
espèces décrites avec détail dans le corps de l'ouvrage, sinon signalées comme 
nouvelles. Les plantes figurées sont les suivantes : Amphochæta exaltata 
Ands., Leptochloa Hookeri Ands., Eutriana pilosa Hook. (Graminées) ; 
Amarantus sclerantoides Ands., Amblyogyna urceolata Ands., Frolichia 
lanigera Ands., Alternanthera radiċata Hook. fil., Telanthera vestita Ands., 
T.angustata Ands., Frælichia nudicaulis Hook. fil., Telanthera nudicaulis 
Moq.-Tand., 7. flavicoma Ands., T. glaucescens Moq.-Tand. (Amaranta- 
cées); Macræa laricifolia Hook. fil., Chrysanthemum pusillum Hook. , Chr. 
erectum Ands., Scalesia divisa Ands., Sc. gummifera Hook, fil., Sc. aspera 


558 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Ands. (Composées); Borreria dispersa Hook. fil, B. ericifolia Hook, fil, 
B. ovalis Ands., B. basalis Ands., Psychotria angustata Ands. , Chiococca 
trisperma Hook. fil. (Rubiacées); Tournefortia rufo-sericea Hook. fil. (Bor- 
raginées) ; Polygala Galapageia Hook. fil., P. obovata Hook. fil., P. chata- 
mensis Ands. (Polygalées) ; Varronia leucophlyctis Hook. fil., V. canescens 
Ands., V. scaberrima Ands., V. linearis Hook. fil. (Cordiacées); Fuphorbia 
nummularia Hook. fil, Æ. articulata Ands., E. viminea Hook. fil. (Euphor- 
biacées) ; Cyperus cornutus Ands. , C. brachystachys Hook. fil. (Cypéraeées); 
Acalypha sericea Ands., À. velutina Hook., A. spicata Ands., A. diffusa 
Ands, (Euphorbiacées); Abutilon Anderssonianum Garcke (Malvacées) ; Mol- 
lugo flavescens Ands., M. gracilis Ands. (Portulacées) ; Galapagoa Darwini 


Hook. fil., G. fusca Hook. fil. (Borraginées). 
: | E, F. 


Icones Floro germanicæ et helveticæ, simul terrarum 
adjacentium, ergo mediæ Europe: auctoribus L. Reichen- 
bach et H.-G. Reichenbach filio. Tom. XX, Decades 1-8. 


. Nous continuons à donner le relevé des planches de cet important ouvrage. 


Decades 1-4 : 

. Tab. 1622. Scopolia carniolica Jacq., et var. brevifolia Dun. 1623. Hyos- 
cyamus albus L.; H, niger L., et var. pallidus K. 1624. Datura. Stramonium 
L.,et var, chalybea K. 1625. Nicotiana Tabacum L., var. macrophyllum 
Schrank., var. attenuatum Schrank. 4626. N. rustica L.; Nicandra physa- 
loides Gaertn. 1627. Mandragora autumnalis Spr. 1628. M. officinarum L. 
1629. Atropa Belladonna L. 1630. Physalis Alkekengi L, 1631. Solanum 
nigrum L., var. genuinum Doell., var. Villenii Rchb. , var. pterocaulon Rchb, 
1632. S, nigrum L. ; var. villosum Rchb., var, humile Rchb., var. miniatum 
Coss. et Germ. de St-P. 1633, Solanum Dulcamara L.; S. tuberosum L. 1634. 
Lycopersicum esculentum Mill.; Capsicum annuum L.; C. cordiforme Mill. 
1635. Lycium afrum L.; L. chinense. Mill. 1636. L. europæum L.; L, abe- 
liæflorum Rchb.. fil. 1637. Verbascum Schraderi Mey. 1638, V. thapsiforme 
Schrad: 1639. V. collinum Schrad.; V. phlomoides L., var. brachypterum 
Rchb. 1640. Y. phlomoides L., var, australe Rchb. 1641. V. phlomoides L., 
var. nemorosum Rchb, 1642. V. montanum Schrad. 1643. V. niveum Ten. ; 
Y. macrurum Ten, 1644. V. Visianianum Rchb. fil. 1655. V. sinuatum L, 
4646. V. speciosum Schrad. 1647. V. floccosum Waldst. et Kit. 1648. V. 
Lychnitis L. 1649. V. nigrum L., et var. gymnostemon Rchb.; V. austriacum 
Schrad. 1650. V. lanatum Schrad. 1651. Y. Lychnitis L. , var, orientale Rchb.: 
V. ramosissimum DC. 1652. V. pheniceum L.; V. rubiginosum Waldst. et 
Kit 1653. V. Blattaria L., et var. glabrum Rchb. 1654. V. Boerhavii L. 
1655. V. Blattarioides Law. 1656. V. Hornemanni Wierzb. 4657. V. Chaixi 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 559 


Vill. 1658. V. bannaticum Schrad. 1659. V. undulatum Lam. 1660. V. 
semialbum Chaub. 1661. V. Thapso-Lychnitis Mert. et Koch. 
Decades 5-8. 

Tab. 1662. Y. phlomoidi-Lychnitis Rchb. fil. 1663. V. thapsiformi-nigrum 
Schied.; V. nigro-austriacum Rchb. 1664. V. nigro-Lychnitis Schied. 1665. 
V. intermedium Rupr. 1666. V. Wierzbickii Rchb. fil. 1667. V. Lychnitidi- 
floccosum Ziz.; V. collinum Schrad., var. platyphyllum. 1668.. V. mosella- 
num Wirtg., var. floccoso-thapsiforme "Wirtg;, var. thapsiformi-floccosum 
Wirtg. 1669. V. phlomoidi-nigrum Rchb. fil; V. Schottianum Schrad. 
1670. V. phlomoidi-Blattaria Rebb. fil; V. Thapso-Lychnitis Mert. et Koch; 
V. ramigerum Schrad. 16741. Celsia orientalis L. ; Scrofularia canina L.; Scr. 
Hoppei K. 1672. Scr. alata Gil.; Scr. Neesii Wirtg. 1673. Scr. aquatica L.; 
Scr. Scorodonia L.167/4. Scr. nodosa L. 1675. Scr. laciniata Waldst. et Kit. ; 
Scr. ramosissima Lois. ; Ser. Scopolii Hoppe. 1676. Scr. peregrina L.; Cera- 
manthe vernalis Rchb. 1677. Gratiola officinalis L. 1678. Antirrhinum majus 
L.; A. Orontium L., et var, grandiflorum Chav.; Anarrhinum  bellidifolium 
Desf. 1679. Antirrhinum latifolium DC.; A. majus L: 1680. Linaria Cymba- 
laria Mill.; L. spuria Mill.; L. Elatine Mill. 1681, L. lanigera Desf.; L. graeca 
Chav.; L. cirrosa W.; L. alpina DC.; L. supina Desf.; L. genistifolia Mill, 
1652. L. minor Desf. ,etvar. praetermissa Coss. et Germ. deSt-P.; L. littoralis 
W. 1685. L. Pelliceriana DC.; L. simplex DG.; L. arvensis Desf. 1684. L. 
triphylla Mill.; L. repens Steud. 1685. L. odora Fisch.; L. vulgaris Mill. ; L 
italica Trev. 1686. L. genistifolia Mill.; L. dalmatica Mill. 1687. L. chloræ- 
folia Rchb.; L. chalepensis Mill. 1688. Digitalis purpurea L. 1689. D. Thapsi 
L.; D. purpurascens Roth. 1690. D. ambigua Murr., var, obtusiloba Rchb., 
var. acutiloba Rchb. 1691. D. lutea L.; D. media Roth. 1692. D. lævigata 
Waldst. et Kit.; D. fuscescens Waldst. et Kit. 1695. D. purpurea L., var. 
acutilabia Rchb.; D. lanata Ehrh. 1694. D. ferruginea L. 1695. Erinus alpi- 
nus L.; D. ferruginea L. 4696. Wulfenia cárinthiaca Jacq. 1697. Pæderota 
Ageria L.; P. Bonarota L. 1698. Veronica didyma Ten.; V. hederifolia L.; 
V. Cymbalaria Bod. 1699. V. persica Poir. 1700. V. opaca Fr.; V. agrestis 
L., et var. calycida Fr. 1701. V. Beccabunga L. 

ti texte corespondant à ces planches contient la famille des Solanées et une 


grande partie de celle des Scrofulariées. ae 


The natural order Aurantiaceæ, with a synopsis of 
‘the Indian species (Recherches sur les Aurantiacées, avec un 
synopsis des espèces indiennes appartenant à cet ordre naturel); par 
M. D. Oliver, professeur de botanique à l'Université de Londres (Journal 


of the proceedings of the Linnean Society, t. V, 2° sappl., pp. 1- -hh). 


Ce mémoire, fait à propos des espèces indiennes du groupe des Aurantia- 


960 .: SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
cées, contient des considérations intéressantes pour la phytographie sur plu- 
sieurs des genres de cette famille. L'auteur a exclu de son travail les espèces 
du genre Citrus, qu'il lui est trés difficile d'apprécier et qu'il serait disposé 
à réduire à cinq, tandis que Rœmer en a décrit une quarantaine. Il com- 
mence par rappeler les travaux publiés sur les Aurantiacées par Correa de 
Serra (Ann, du Muséum, t. VI, p.376), par De Candolle dans le Prodromus, 
par Blume, qui créa les genres Sclerostylis et Micromelum dans son Bijdragen 
tot de Flora van nederlandsch Indie (4825), et par MM. Wight et Arnott, dans 
leurs ouvrages sur la flore de l'Inde. 1l ne partage pas l'opinion de Correa 
de Serra, qui regardait le genre Citrus comme le type de la famille ; il fait 
observer combien là monographie de De Candolle est aujourd'hui en arrière 
de la science, et n'accepte pas le genre Sclerostylis de Blume dont les espèces 
lui paraissent devoir être rapportées partie au genre Atalantia, partie au 
genre Glycosmis. 1l rejette les sections que MM. Wight et Arnott avaient éta- 
blies, sous les noms de Zimonecæ et Clausenec, d’après la position des ovules 
qui sont collatéraux ou superposés dans les genres bi-ovulés. 11 donne ensuite 
des détails sur la structure de la fleur des Aurantiacées et sur leur distribution 
géographique, puis des remarques sur plusicurs genres de cette famille ; nous 
ne pouvons le suivre dans ces détails. Les genres sont distribués par fui de la 
manière suivante : 
A. Ovula solitaria v. gemina : 
» Stylus brevissimus persistens : 
Glycosmis. 
++ Stylus denique sejungens : 
+ Embryonis (in sp. ind.) cotyledones foliaceæ, contortoplicatæ : 
Micromelum. 
++ Embryonis cotyledones carnose, plus minus plano-convexæ : 
&. Folia pinnata v. 3-fuliata : 
Triphasia, Limonia, Murraya, Clausena, Luvunga. 
B. Folia :-foliata : 
Paramiqnya, A talantia. 
B. Ovula in loculis plurima : 
x. Folia 1-foliolata (in sp. ind ) : 
Citrus. 
B. Folia pinnata v. 3-foliolata : 
Feronia, Æ'gle. 


Les espèces que l'auteur indique on décrit ensuite sont an nombre de ^6 
environ, les unes numérotées appartenant à la flore de l'Inde, les autres 
placées entre guillemets et provenant en général des iles de l'Océanie. Nous 
remarquons dans cette énumération quelques espèces nouvelles, qui sont les 
Clausena brevistyla, Micromelum hirsutum et Luvunga Motleyi. 

E. F 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 561 


Nomenclator Fungorum, exhibens ordine alphabetico nomina tam 
generica quam specifica ac synonyma a scriptoribus de scientia botanica 
Fungis imposita; par M. le docteur W.-M. Streing. A fascicules in-8°, 
ensemble de 736 pages. Vienne, chez Léopold Grund, 1861. ; 


i 

Cet ouvrage, comme son titre l'indique, est un catalogue de tous les Cham- 
pignons connus. Il ne contient aucune description, mais seulement la syno- 
nymie de chaque espèce. Les genres y sont rangés suivant l’ordre alphabétique, 
et les espèces dans chaque genre suivant le même ordre. Chaque espèce 
regardée comme légitime par l’auteur, est munie d'un numéro, tandis que 
celles qui ne sont indiquées qu'a titre de synonymes, n'en portent pas. Le 
nombre total des espéces reconnues par M. Streing s'éléve à 11014 ; un sup- 
plément porte ce nombre à 11893 espèces renfermées dans 861 genres. 
Quelques-uns d'entre eux sont excessivement considérables; le genre Aga- 
ricus, par exemple, compte 1493 espèces, le genre Spheria 1069, le genre 
Peziza.8^^, le genre Vredo 235, le genre Boletus 137, etc. Plusieurs dis- 
paraissent entièrement pour se fondre dans la synonymie (Amanita, Alphito- 
morpha, Suillus, Erysiphe, etc.) et leurs espèces ne portent aucun numéro, 

L'ouvrage est suivi d'une table intitulée Bibliographia mycetologica et 
contenant la liste des travaux où il a été parlé des Champignons; elle est 
dressée par noms d'anteurs et par ordre alphabétique. Enfin la dernière partie 
est relative à la classification des Champignons. Elle contient une énuméra- 
tion systématique communiquée à l’auteur par M. De Bary. Nous croyons 
devoir reproduire ici cette classification en abrégé; elle dispose les Champi- 
gnons dans l'ordre suivant : 

A. Myeetes. I. l’eronosporei (Confervis valde affines). II. Protomycetei 
(Protomyces "Ung. unicum genus). HI. Mucorini. IV. Hyphomycetes. 
V. Gymnomycetes. VE. Ustilaginei. VII. Üredinei. VII. Basidiomycetes 
(Tremellini Tul., Hymenomycetes et Gasteromycetes). IX. Ascomycetes. 
X. Pyrenomycetes spurii. — B. Myxogastores. 

L'exposé de la classification de M. De Bary est suivi de celui de l'ordre 
adopté pour les Champignons par M. Fries père, dans sa Summa vegetabilium 


Scandinavie. 
" E. F. 


BOTANIQUE GÉOGRAPHIQUE ET PALÉONTOLOGIQUE. 


Contributions à la flore fossile italienne: Val Arno; 
par MM. le marquis Carlo Strozzi et Charles-Th. Gaudin (Nouveaux mé- 
moires de la Société helvétique des sciences naturelles, tome XVII) ; in-4° 
de 59 pages, avec 2 cartes géologiques et 10 pl. lithogr. Zurich, 1860. 


MM. Strozzi et Gaudin ont déjà, comme on sait, publié des travaux inté- 


562 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ressants de paléontologie végétale. Le mémoire dont il est rendu compte ici 
a pour objet l'étude stratigraphique de la vallée de l'Arno et celle des nom- 
breux fossiles animaux ou végétaux que renferme le sol de cette vallée, formé 
par le calcaire à nummulites, le macigno, les argiles bleues et autres dépôts 
de l'époque tertiaire moyenne. La partie stratigraphique de l'ouvrage est due 
à M. le marquis Strozzi, et la partie botanique à M. Gaudin. 

Les plantes fossiles du val d'Arno se rencontrent surtout dans les argiles 
bleues et dans des dépóts de lignite qui y occupent une superficie étendue; 
la majeure partie des impressions de feuilles appartient à des plantes dico- 
tylédonces ; les Conifères étaient en assez grande quantité dans ces couches 
pour avoir produit des masses étendues de résinite. Or on sait que les 
argiles bleues sont rangées par les géologues, ainsi que les lignites qui les 
accompagnent, dans l'étage miocène supérieur. Aussi bien remarque-t-on que 
la flore qu'elles renferment perd peu à peu, dans le cours de son évolution, 
les espèces miocènes qui caractérisent actuellement les climats tropicaux. Le 
genre le plus nombreux au val d'Arno était le genre Quercus; M. Gaudin en 
mentionne huit espèces ; il cite aussi des Cassia, des Rhamnus, un Sumac, 
trois Houx, un Celastrus et de nombreuses Laurinées. Des espèces fort ana- 
logues ou semblables à celles du val d'Arno se rencontrent dans les gisements 
d'OEningen et de Schossnitz en Allemagne, du Tennessee dans l'Amérique du 
Nord, et du nord-ouest de l'Irlande. Selon notre habitude, nous donnerons 
ici la diagnose des espèces nouvelles signalées par les auteurs; ce sont les 
suivantes : 

Sphæria atomica. — Disques épars, trés petits, circulaires, un peu ren- 
flés sur les bords, noirs à la circonférence et plus clairs au centre. 

. Pteris. Pecchiollii. — Fronde profondément pinnatifide ; pennules ,oblon- 
gues-lancéolées, entières, rapprochées, obtuses; nervure moyenne forte; 
nervures secondaires presque perpendiculaires à la nervure principale. — 

.. Taxodites Strozziæ.— Rameaux alternes, gréles, touffus ; feuilles alternes 
ou opposées, décur rentes, rapprochées, un peu sinueuses, d’abord elliptiques; 
puis se rétrécissant en une pointe obtuse ; nervure moyenne assez prononcée. 

Poacites primævus. —- Feuille lancéolée, acuminée, atiénuée à la base, 
parcourue par des nervures longitudinales nombreuses séparées chacune de sa 
voisine par une nervure intermédiaire plus fine. 

Cyperites elegans. — Feuilles de 2 1/2 à 5 millimètres de largeur; 

nervurés principales au nombre de 10 par millimètre, séparées chacune de sa 
'voisine par une nervure intermédiaire plus fine. 
Smilax Targionit. — Feuille elliptique, allongée, entière, sinuée, ‘par- 
courue par trois nervures principales; nervure moyenne plus forte que les 
deux autres qui montent parallèlement au bord et se recourbent vers le som- 
met; nervures tertiaires formant un tissu irrégulier peu serré. 

Betula insignis, — Feuilles pétiolées, membraneuses, grandes, cordifor- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 563 


mes, peu échancrées à la base, fortement acuminées au sommet, penninerves, 
dentéés ; dents irrégulières, nombreuses ; nervures secondaires 10 à 13, abou- 
tissant à l'extrémité des grosses dents. 

Quercus Scillana. — Feuilles pétiolées, oblongues, lancéolées, penninerves, 
dentées ; nervure moyenne droite ou un peu courbée, nervures secondaires 
10-15, souvent bifurquées à leur extrémité ; dentsgrosses, rampantes, obtuses, 
commencant à quelque distance de la base. 

Q. Lucumonum. — Feuilles longuement pétiolées, atténuées à la base, 
allongées, spatulées vers le sommet.obtus ou peu acuminé, dentées ; nervures. 
secondaires en arc vers la base, ou aboutissant à l'extrémité des dents grosses 
et arrondies. 

Q. roburoides. — Feuille ovalo-elliptique, simplement lobée ; lobes arron- 
dis, obtus; nervures secondaires 9-10 de chaque côté, aboutissant au sommet 
des lobes. zd 

Q. Laharpii. — Feuille coriace, pétiolée, allongée, acuminée, atténuée à 
la base, munie de dents peu saillantes à la partie supérieure; nervures secon- 
daires inférieures se. dirigeant vers le bord qu’elles côtoient de près assez 
longtemps avant de s'anastomoser aux supérieures ; nervures supérieures abou- 
tissant à l'extrémité des dents ou recourbées en arc ; pétiole assez fort, élargi à 
la base, 

Q. Charpentieri. — Feuille coriace, entière, elliptique, dentée çà et là ; 
üervures secondaires peu nombreuses, camptodromes, les inférieures mon- 
tant presque parallèlement au bord. 

Q..Capellini. — Feuilles petites, longuement pétiolées, presque coriaces, 
ovales-elliptiques, dentées ; dents rares, inégales; nervures secondaires au 
nombre de six de chaque cóté, simples. 

“Ficus? Sarzanella. . — Feuilles lancéolées-elliptiques, presque coriaces, 
obscurément crénelées, penninerves ; nervure moyenne forte ; nervures secon- 
daires fines, serrées, trés camptodromes ; aires marginales réticulées. 

Asimina Meneghini. — Feuilles grandes, membraneuses, ovales-elliptiques 
ou obovales, atténuées à la base, acuminées, entières ou à bord un peu ondulé; 
nervüre moyeune pas trop forte, parfois courbée un peu à droite ou à gauche; 
nervures secondaires 10-12, distantes, montant à angle aigu, souvent 
flexueuses. 

Celastrus Michelottii, — Feuille petite, entière, en cœur à Ja partie supé- 
rieure; atténuée à la base; nervure moyenne assez délicate, nervures secon- 
daires formant un tissu réticulé. 

[lez theifolia. — Feuilles ovales-lancéolées, acuminées, très atténuées à la 
base, dentées à la partie supérieure ; dents fines, rapprochées, en scie; 
nerture ‘principale peu forte; nervures secondaires camptodromes ; tissu 
réticulé. 

lies Vivianii. Feuilles elliptiques, atténuées à la base et au sommet, en- 


90^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
tières ou dentées en épine par intervalles nervures secondaires fines, très 
camptodromes, réticulées ; bord épais. 

Caria tusca.— Feuilles composées; folioles munies d'un pétiole assez 
fort, finement dentelées; nervures secondaires nombreuses, serrées, bifur- 
quées. 

Leguminosites Pyladis. — Feuille pennée à 11-12 paires de folioles 
opposées, sessiles, elliptiques, à base légèrement inégale, obtuses. 

Le mémoire de MM. le marquis Strozzi et Charles Gaudin est accompagné 
de deux cartes qui représentent l'une la vallée de l'Arno. avec l'indication des 
différents terrains qui la composent ; l'autre la coupe géologique de la vallée. 
Dix planches lithographiées en couleur contiennent les dessins d'un grand 


nombre des espèces végétales décrites par M. Gaudin. 
E. F. 


BOTANIQUE APPLIQUÉE. 


On the history of the Maté plant, and the different 
species of Flex employed in (he preparation of the 
Ferbu de Maté, or Paraguay tea (De l'histoire de la plante 
Maté et des diverses espèces d’Ilex employées dans la préparation de 
['Yerba de Maté, ou Thé du Paraguay), par M. John Miers (The Annals 
and Magazine of natural history, vol. VIII, cahier de septembre 1861, 
pp. 219-228; cahier de novembre, pp. 389-401). 


On sait que le maté est un des breuvages les plus recherchés dans l'Amé- 
rique du Sud. Les plantes qui le produisent croissent abondamment dans les 
vallées humides creusées sur les flancs de la chaine de montagnes nominée 
Maracajá, laquelle s'étend sur une longueur de 50 lieues entre le 19* et le 
24° degré de latitude. Il y a, dans ce pays, plusieurs sortes de maté, désignées 
sous les noms de Caácuy, Camini et Caáguazü ; or il parait que Caa, dans la 
langue des habitants, signifie feuille ou branche, et que la seconde partie de ces 
mots correspond aux noms indigènes de diverses espèces de Houx. Ce sont, en 
effet, ces espèces dont les feuilles servent à la préparation de « l’ Yerba de 
Maté » (V): préparation qui a été décrite par M. Lambert dans son mémoire 
sur l'/lex paraguayensis et daus les ouvrages de M. Robertson sur le Para- 
guay. A. de Saint-Hilaire est le premier qui ait donné quelques détails sur 
les arbres ainsi employés dans ce pays; malheureusement la courte diagnose 
qu'il a donnée de son //ez paraguayensis s'applique également bien aux dif- 
férentes espèces reconnues par M. Miers. M. W. Hooker, en 1842, a publié, 
dans le London journal of botany, de nouveaux détails sur les plantes qui 
fournissent le maté, et qu'il considére comme de simples variétés de rex 


(1) Maté est proprement le nom de l’ustensile avec lequel on boit la liqueur. 


REVUE BIDLIOGRAPHIQUE. 565 


paraguayensis. Enfin M. Miers a reçu de M. Bonpland des échantillons authen- 
tiques de toutes ces espèces, accompagnées de notes où le célèbre compagnon 
d'Alexandre de Humboldt indiquait leurs noms indigénes; il en considérait 
cinq comme nouvelles. C’est à l'aide de ces documents que M. Miers caracté- 
rise et décrit successivement les //ez paraguayensis St. -Hil., 7. curitibensis 
Miers, 7. gigantea Bonpl., /. amara Bonpl., 7. Æumboldtiana Bonpl., 
I. ovalifolia Bonpl., 7. nigropunctata Miers, /. acutangula Neuw. La plu- 
part de ces espèces ont été décrites sous le nom d’//ex paraguayensis par 


différents auteurs. 
É. P. 


Sur la manne du Sinaï e! sur là manne de Syrie, par 
M. Berthelot (Comptes rendus, 1861, t. LIIT, pp. 583-586.) 


On sait que d’après les recherches de MM. Ehrenberg et Hemprich, recher- 
ches dont les résultats sont consignés à l'art. Coccus manniparus du Symbolæ 
physice, etc., partie zoologique, la manne des Hébreux doit être regardée 
comme le produit d'une sécrétion végétale. Elle découle du Tamaris manni- 
fera Ehrenberg, qui la produit sous l'influence de la piqûre du Coccus. 
M. Berthelot a étudié cette substance au point de vue chimique et l'a trouvée 
composée de sucre de canne, de sucre interverti, de dextrine et enfin d'eau ; 
le poids de l'eau s'éléve environ à un cinquième de celui de la masse. M. Ber- 
thelot a encore analysé une manne envoyée à Paris par notre honorable con- 
frère, M. Gaillardot, et récoltée dans les montagnes du Kurdistan, au N.-E. 
de Mossoul. Cette manne, d'aprés les renseignements transmis, tombe indis- 
linctement sur toutes les plantes, en juillet et août; on l'obtient en secouant 
lestiges des végétaux, notamment du Chéne-à-galles ; elle tombe comme de la 
poussière. La matière se présente sous Ja forme d'une masse pâteuse, presque 
solide, impréguée de débris végétaux et surtout de feuilles du chéne-à-galles. 
M. Berthelot a rencontré encore dans cette substance du sucre de canne, du 
sucre interverti, de la dextrine, de l'eau, et de plus, une petite quantité de 
matière cireuse verdâtre. 

L'analyse chimique explique, on le voit, comment la manne du Sinaï a pu 
servir d'aliment. Cette substance est en effet un miel véritable, complété par 
la présence de la dextrine. D'ailleurs des aliments animaux lui étaient associés 


d'aprés le récit biblique. E. F 


On some varieties of tannin (De quelques variétés de tannin); 
par M. John Stenhouse (Proceedings of the royal Society, vol. XT, n° 46, 
pp. 401-405 (1861). 


M. Stenhouse a distingué, dans un travail antérieur, les différents tannins 
en deux groupes : dans l'un sont rangés ceux qui donnent avec les sels de fer 


566 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


des précipités d'un blanc bleuâtre, dans l'autre ceux qui laissent déposer dans le 
même cas un précipité vert. Parmi les premiers, on remarque le tannin des Su- 
macs, des galles de Chine (galles du Distylium racemosum Zucc. de la famille 
des Hamamélidées), du Thé et des Chênes ; parmi les seconds, le tannin des 
Saules, des Aulnes, du Cachou, du Mélèze et du Rhizophora Mangle. Le pro- 
fesseur Strecfier a fait, il y a sept ans, une observation que M. Stenhouse a 
vérifiée sur plusieurs de ces différentes sortes de tannin, c'est que celui de 
la noix de galle, bouilli avec de l'acide sulfurique dilué, produit du sucre de 
raisin. L'auteur a constaté cette propriété sur le tannin des Rhus, dont les 
produits se rencontrent indistinctement dans le commerce sous le nom géné- 
ral de sumac, et. qui donne aussi beaucoup d'acide gallique; dans les galles 
de Chine, qui fournissent aussi de l'acide pyrogallique ; dans l'écorce des 
Quercus pedunculata et Q. Ægilops, dans l'écorce du Grenadier, dans les 
fruits du Terminalia Chebula (Myrobalans-Chébules), et dans l'écorce des 
Salix triandra et S. undulata. Le procédé employé par l'auteur pour recon- 
naitre la présence du sucre dans ces divers produits végétaux consistait à en 
faire une décoction et à la précipiter par l'acétate de plomb. Il lavait ensuite le 
précipité aprés décantation, le traitait par l'hydrogene sulfuré, filtrait et fai- 
sait bouillir la dissolution avec de l'acide sulfurique étendu, puis il neutralisait 
la liqueur par de la craie, et y décelait la présence du sucre par les "e 
appropriés ou par la fermentation. 

On voit que, des différentes espéces de tannin étudiées par l'auteur, ce sont 
surtout celles qui précipitent en blanc par les sels de fer qui ont fourni du 
sucre. En effet, il a constaté l'absence de cette substance dans les produits 
obtenus non-seulement avec le Thé, mais encore avec les news le oc 


le Mezei êt le Rhizophora. 
E, F. 


NOUVELLES. 


— Nous extrayons les indications suivantes du programme des prix proposés 
par l'Académie des sciences, dans sa séance publique du 23 décembre — 

1^ Grand prix des sciences physiques à décerner en 1863. 

Étudier les changements qui S'opèrent pendant la germination dans la 
constitution des tissus de l'embryon et du périsperme, ainsi que dans les 
mati?res que ces tissus renferment. 

L'Académie désire qu'on suive, au moyen d'études microscopiques aidées 
de réactifs chimiques, les changements qui s'opérent pendant la germination, 
soit dans l'embryon, soit dans les parties de la graine qui servent à $a 
nutrition. 

Cette étude devrait porter également sur les embryons riches en fécule et 
sur ceux qui contiennent beaucoup de matiéres grasses, sur ceux dont les 
cotylédons restent sous terre et ne changent pas de forme, et sur ceux où ces 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 567 


parties se transforment en organes foliacés. Enfin, pour les périspermes, on 
devrait examiner quelques exemples pris dans les périspermes farineux ou 
amylacés, cornés ou cellulosiques, charnus ou oléagineux. 

On ne demande pas aux concurrents d'étudier le développement des organes 
nouveaux qui se forment par suite de la germination, mais les changements 
qui s'operent dans ceux qui existent déjà dans la graine avant la germi- 
nation. 

Ce prix consistera dans une médaille d'or de la valeur de 3000 francs. 

Les mémoires doivent étre remis au secrétariat de l'Institut avant le 
1*" avril 1863, terme de rigueur. Les noms des auteurs devront être con- 
lenus dans des billets cachetés, qui ne seront ouverts que si la I est 
couronnée. 

2° Prix Alhumbert, pour les sciences naturelles, à décerner en 1862. 

Essayer, par des expériences bien faites, de jeter un jour nouveau sur la 
question des générations dites spontanées. 

La commission demande des expériences précises, rigoureuses, également 
étudiées dans toutes leurs circonstances, et telles, en un mot, qu'il puisse en 
être déduit quelque résultat dégagé de toute confusion née des expériences 
mêmes. 

La Commission désire que les concurrents étudient spécialement l'action 
de la température et des autres agents physiques sur la vitalité et le dévelop- 
pement des germes des animaux et des végétaux inférieurs. 

Le prix pourra être décerné à tout travail, manuscrit ou imprimé, qui aura 
paru avant le 1** octobre 1862, terme de rigueur, et qui aura rempli les con- 
ditions requises. 

Ce prix consistera en une médaille d'or de la valeur de 2500 francs. 

3° Prix Bordin : question proposée en 1859 pour 1861, remise à 1863. 

Étudier la distribution des vaisseaux du latex dans les divers organes des 
plantes et particulièrement leurs rapports ou leurs connexions avec les vais- 
seaux lymphatiques ou spiraux ainsi qu'avec les fibres du liber. 

Ce prix consistera en une médaille d'or de la valeur de 3000 francs. 

Les mémoires devront être remis, francs de port, au secrétariat de l'Ins- 
titut le 31 décembre 1862, terme de rigueur. Les noms des anteurs 
devront étre contenus dans des billets cachetés, qui ne seront ouverts que si 
la pièce est couronnée. 

&° Prix Bordin pour les sciences vitre s question proposée en 1861 
pour 1863. 

Déterminer par des recherches anatomiques s'il existe dans la structure 
des végétaux des caractères propres aux grandes familles naturelles et con- 
cordant ainsi avec ceux déduits des organes de la reproduction. 

Ces recherches pourraient étre limitées à quelques familles, pourvu que, 
par la variété de leurs formes et de leur mode de végétation, elles puissent 


568 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


conduire à des conclusions qui s'appliqueraient avec beaucoup de probabilité 
à la plupart des groupes naturels. 

Les concurrents devront, dans leurs études originales, faire connaitre avec 
précision, par des descriptions et des figures, la nature et la disposition 
des tissus des tiges qu'ils auront observée: ; ils pourront joindre des prépara- 
tions microscopiques à l'appui de celles de leurs observations qui auraient le 
plus d'importance. 

Ils devront, en outre, comparer leurs observations avec celles déjà faites 
pour d'autres familles par d'autres auteurs, et examiner si ces dernières con- 
firment ou infirment les résultats auxquels ils seront arrivés par leurs propres 
recherches. 

Les mémoires, imprimés ou, manuscrits, devront être déposés, francs de 
port, au secrétariat de l'Institut, avant le 31 décembre 1862, terme de rigueur. 

5° Prix Barbier, à décerner en 1862. 

Feu M. Barbier, ancien chirurgien en chef de l'hópital du Val-de-Grâce, a 
légué à l'Académie des sciences une rente de 2000 francs, destinée à la fonda- 
tion d'un prix annuel, « pour celui qui fera une découverte précieuse dans 
» les sciences chirurgicale, médicale, phamaceutique, et dans la botanique 
» ayant rapport à l'art de guérir. » En conséquence, l'Académie annouce que le 
prix Barbier sera décerné en 1862 au meilleur travail qu'elle aura recu, soit 
sur la chimie, soit sur la botanique médicale. 

Les mémoires devront étre remis, francs de port, au secrétariat de l'Insti- 
tut, avant le 1** avril 1862 : ce terme est de rigueur. Les noms des auteurs 
devront étre contenus dans des billets cachetés qui ne seront ouverts que si la 
piéce est couronnée. 

Les concurrents pour tous les prix sont prévenus que l'Académie ne ren- 
dra aucun des ouvrages envoyés au concours ; les auteurs auront la liberté 
d'en faire prendre des copies au secrétariat de l'Institut. 

— Nous croyons devoir donner la publicité du Bulletin à l'annonce 
suivante : : 

Il vient de se fonder à Utrecht un nouveau journal de botanique, intitulé 
Journal de botanique néerlandaise, et dont le rédacteur en chef est 
M. F.-A.-W. Miquel, professeur de botanique à l'université d'Utrecht. Ce 
journal comprendra la botanique dans son acception la plus étendue, et sans 
perdre de vue les différentes applications de cette science. Tous les trois 
mois il paraîtra un numéro de six feuilles d'impression, dans le format in-8", 
et accompagné de planches quand il sera nécessaire. Le prix d'abonnement est 
pour la Hollande de 8 florins (16 fr. 80), e£ pour l'étranger de 9 florins 
(18 fr. 90). On souscrit à Paris chez M. Leiber, rue de Seine, 43 ; à Londres, 
chez Williams et Norgate, 14, Henrietta street, Covent-Garden; et à Leipzig 
chez Carl, Fr. Fleischer, Grimmesche Str. 


Paris. — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIETE BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. LASÈGUE, VICE-PRÉSIDENT. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture du procès-verbal 
de la séance du 22 novembre, dont la rédaction est adoptée, aprés 
l'observation suivante de M. Le Maout: 


M. Le Maout, au sujet du phénoméne mécanique offert par les fleurs du 
Dracocephalum virginianum, fait remarquer qu'il a décrit ce fait exactement, 
et conformément aux observations de Morren, De Candolle et autres auteurs, 
ainsi qu'il s'en est assuré depuis la dernière séance. En voyant qu'il a été cité 
à cet égard par M. de Rochebrune, il regrette que son honorable confrère 
n'ait pas consulté, de préférence à son ouvrage, les mémoires originaux 
dans lesquels a été décrit le phénomène dont il n'a pu lui-même constater 
l'existence. 


Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. DariMrER (Paul), docteur és sciences, rue des Écoles, 72, à 
Paris, présenté par MM. Pasteur et Duchartre; 
Mauınvaun (Ernest), interne en médecine, à l'hópital de 
Limoges (Haute-Vienne), présenté p MM. T. Puel et 
L. Puel. 


M. le Président annonce en outre trois nouvelles présentations. 


Dons faits à la Société : 
1° Par M. Gide : 
Atlas du Cosmos, livr. 3 
> De la part de la Société d'Horticulture de la Haute-Garonne : 


Annales de cette Société, juillet et août 1861. 
T VII. 37 


970 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
3° En échange du Bulletin de la Société : 

Mittheilungen der naturforschenden Gesellschaft in Bern, 1859 
et 1860. 

Nouveaux mémoires de la Société helvétique des sciences naturelles, 
t. XVII et XVIII (1860 et 1861). 

Atti dell I. R. Istituto veneto, t. VI, n° 10. 

Flora oder allgemeine botanische Zeitung, 1861 (numéros 25 à 36). 

Pharmaceutical journal and transactions, décembre 1861. 

Bulletin de la Société impériale zoologique d’Acclimatation, no- 
vembre 1861. 

L'Institut, novembre et décembre 1861, trois numéros. 


M. le Président annonce à la Société la perte bien regrettable 
qu'elle vient de faire dans la personne de M. Edmond Cadet de 
Chambine, décédé à Paris le 7 de ce mois, à Pâge de cinquante- 
six ans. 


M. de Schonefeld, secrétaire, demande la parole et s'exprime en 
ces termes : 


Messieurs, 

L'excellent confrére que nous venons d'avoir le malheur de perdre était 
peu connu de la plupart d'entre vous; car, depuis longues années, hélas ! l'état 
de sa santé le tenait éloigné de nos réunions; mais je ne doute pas que tous 
les vétérans des herborisations d'Adrien de Jussieu ne se souviennent affec- 
tueusement de lui. Quant à moi, je lui étais particulièrement attaché par les 
liens d'une vive et sincere amitié, et je vous demande la permission, Messieurs, 
de rendre, en quelques bréves paroles, un faible, mais légitime hommage à 
sa mémoire. 

Edmond Cadet de Chambine naquit à Paris en décembre 1805. Bien qu'il 
montràt, dés sa première jeunesse, un penchant marqué et d'heureuses 
dispositions pour l'étude des sciemces naturelles et médicales, il embrassa, 
pour satisfaire au vœu de sa famille, la profession du notariat, et il exerça 
très honorablement, pendant six années, les fonctions de notaire à Paris, 
dans le quartier même où nous nous trouvons réunis. En 1839, un événe- 
ment malheureux, qui ne fit que mettre en évidence la droiture et la loyauté 
de son caractère ainsi que la grande honorabilité de sa famille, le détermina à 
se retirer des affaires. 

Rentré dans la vie privée et jouissant d’une position de fortune indé- 
pendante, au lieu de consacrer ses loisirs, comme tant d’autres, aux futi- 
lités de la vie mondaine, Edmond de Chambine reprit avec ardeur les chères 
études de sa jeunesse. Bien qu'àgé déjà de trente-cinq ans, il revint modeste- 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 574 


ment s'asseoir, comme un jeune étudiant, sur les bancs de nos écoles, et y 
obtint bientót le grade de licencié és sciences. Malheureusement sa santé, 
déjà alors chancelante, ne lui permit pas de continuer üne carrière coura- 
geusement entreprise, mais trop tardivement commencée. 

Pendant les dernières années de sa vie, dans les courts moments de répit 
que lui laissait la cruelle maladie qui l'a prématurément enlevé, il s'occupa 
aussi de quelques travaux archéologiques ou littéraires, et de l'étude appro- 
fondie des langues espagnole et anglaise. 

A là fois géologue et entomologiste zélé, il avait réuni une belle collection 
de lépidoptères et de coléoptères, ainsi-qu'une série intéressante de fossiles; 
mais la botanique était sa science de prédilection. L'herbier qu'il a laissé 
est un véritable modèle pour le choix intelligent et la préparation des échan- 
tions. Longtemps il fut l'un des fidèles habitués des herborisations d'Adrien 
de Jussieu, et son nom figare bien souvent dans la Flore de MM. Cosson et 
G. de Saint-Pierre, à l'occasion dé plantes intéressantes découvertes par lui 
dans nos environs. Il hérborisait früctueusement aussi pendant ses fréquents 
voyages, et fit, en outre, de nombreuses courses d'exploration avec moi ou 
avec quelques autres amis. C'est duránt ces longues courses, loin du bruit 
de la grande ville envahie alors par le tumulte des passions politiques, sous 
lä salataire influence de la sérénité de nos campagnes, en présence méme de la 
nature, que cette âme élevée se sentait à l'aise et se plaisait à s'épancher dans 
üne causerie intime. C'est là surtout que j'ai appris à le connaitre, à l'appré- 
cier, à l'aimer. 

Esprit vif et cultivé, cœur affectueux et bón, caractère affable et enjoué, 
nature à la fois douce et enthousiaste, Edmond de Chambine possédait toutes 
les qualités qui font le charme de l'amitié, et son souvenir restera bien cher à 
tous ceux qui l'ont connu. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lécture de la communi- 
cation suivante, adressée à la Société : 


SUR UNE LETTRE INÉDITE DE LINNÉ A CORREA DE SERRA, 
pr M. A. MALBRANCHE. 


(Rouen, 7 novembre 1861.) 


Il y a, dans l'histoire des sciences, de ces grandes figures qui se détachent 
Sur une époque qu’elles nomment quelquefois, de ces hommes de génie dont 
la supériorité incontestée commande à tous le respect et l'admiration. Or 
s'intéresse aux plus humbles détails de leur vie; chacune de leurs paroles est 
recherchée et recueillie avec avidité ; leurs moindres écrits sont conservés avec 
respect. Tel fut, pour les sciences naturelles, Liuné. Parmi toutes les illustra- 


572 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

tions du siècle dernier, il n’en fut peut-être pas de plus élevée, de plus digne, 
de plus pure, de plus féconde, de plus universelle. Son vaste génie embrassait 
le monde entier. En voyant la variété et la multiplicité de ses ouvrages, on a 
peine à croire que la vie et le zèle d'un seul homme aient pu suffire à tant de 
choses. On peut assurer qu'il n'oublia jamais cette devise qu'on lisait sur son 
cachet: Nunquam otiosus; ni cette autre, placée en tête de plusieurs de ses 
ouvrages: Famam extendere factis. Aussi dut-il adopter une concision de 
langage qui nous étonne aujourd'hui et nous embarrasse quelquefois. 1l évitait 
soigneusement toute phrase oiseuse ou inutile, et, négligeant, dans certaines - 
circonstances, les formes grammaticales, il allait droit au but, la description de 
l'objet qu'il avait en vue. J'aime mieux, disait-il souvent, étre repris trois fois 
par Priscien (grammairien célèbre) que de l'étre une fois par la nature. Son 
style aphoristique a besoin d'étre médité, étudié, et l'on est surpris d'y trouver 
tant d'exactitude, de matiére condensée, que, suivant la remarque de M. Fée, 
une page a donné lieu à de longues paraphrases devenues parfois de volumineux 
ouvrages. J'ai ajouté que cette concision nous embarrassait quelquefois : c'est 
qu'il y a des cas où elle laisse un peu d'obscurité et d'hésitation dans l'esprit, 
aujourd'hui surtout que l'observation porte sur un nombre d'objets quatre fois 
plus considérable que celui connu du professeur suédois. 

Cependant Linné se départit quelquefois de son laugage sentencieux et 
méthodique. Quand son àme s'émeut, quand il parle de la Divinité, quand il 
paie un dernier tribut à l'ami. qu'il a perdu, quand les affections si vives de 
son cœur s'épanchent, sa phrase devient éloquente, poétique, pleine de 
charme et d'entrainement. Rien n'est gracieux et plein d'affection comme les 
formules variées par lesquelles il termine ses correspondances. Son style alors, 
par le choix des expressions, révèle à la fois l'élégance facile de sa plume, la 
sensibilité de son àme et l'élévation de ses pensées. 

Un heureux hasard a fait passer sous mes yeux une lettre de Linné. Je l'ai 
tenue dans mes mains, je l'ai lue avec une émotion que l'on comprendra 
sans peine, en pensant que ces caracteres avaient été tracés par la main méme 
du grand législateur des sciences naturelles. J'aurais bien voulu pouvoir la 
conserver, mais il ne m'a été permis que d'en prendre une copie : c'est elle 
que j'ai l'honneur d'adresser à la Société botanique de France. 

L'original de cette lettre ne porte aucune date, mais, d’après l'examen des 
circonstances oit elle a été écrite, il est possible de la fixer à l'année 1775. En 
tête, on lit cette suscription : Viro sapientissimo et acutissimo Domino Josepho 
Correa de Serra, Car. Linné. Depuis l'époque de son anoblissement, Linné 
avait quitté le nom de Linnæus. 

Quelques mots sur le correspondant du savant suédois ne seront peut-être 
pas sans intérét. Correa de Serra, dont le fils habite le département de la Seine- 
Inférieure, était Portugais et fils d'un jurisconsulte éminent. Dès sa jeunesse, 
il montra un goût décidé pour la botanique, mais, mêlé de bonne heure aux 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 573 


agitations politiques de son malheureux pays, il devint homme d'État, Il fut 
député aux cortès, ambassadeur aux États-Unis. C'est à lui que l'on doit la 
création de l'Académie des sciences de Lisbonne. I! était correspondant de 
l’Institut de France. Nous ignorons comment il fut mis en relation avec Linné, 
mais, à l'époque de cette lettre, nous le trouvons à Rome oit son éducation 
s'était faite. Il avait alors vingt-six ans, et Linné soixante-huit. 

Voici comment Linné débute : Literas tuas exoptatissimas... accepi 
summo cum gaudio et grates reddo tibi maximas. Puis il se réjouit de ce 
que Correa va entreprendre un voyage en Sardaigne : « A peine puis-je vous 
exprimer, dit-il, avec quelle joie j'ai appris... vix effari possum quanto cum 
oblectamento percepi quod Sardiniam adibis. Aucune terre n'a été moins 
visitée par les botanistes (a botanicis calcata). Tous gardent un profond silence 
(altum silentium) sur les productions de cette ile. Je me réjouis plus encore 
(adhuc magis lætor) de ce que vous avez choisi pour but de vos premières 
recherches la classe des vers (vermes) (1). La science est souvent en défaut sur 
ce point (c/audicat scientia). Nous ne connaissons qu'une très petite partie des 
mollusques, qui sont trés nombreux. Pour moi, j'ai toujours vécu éloigné de 
la mer (ego remotus a mari semper vixi), et ces petits animaux, conservés dans 
l'esprit-de-vin, se contractent en mourant et ne peuvent plus étre étudiés. » 
Linné sentait bien la nécessité d'étudier tous ces étres vivants, aussi recom- 
mande-t-il au voyageur d'observer attentivement et de dessiner ces animaux, 
dont un si petit nombre sont complétement connus, afin que la lumiere se fasse 
sur cette classe (ut in his clara lux affunderetur). 

Un peu plus loin, le savant suédois nous révèle un nouvel embarras : 
« Spongia! spongia! quid hec? L'éponge! l'éponge! Qu'est-ce cela? Les 
Anglais disent qu'elle se dilate et se contracte par un mouvement de systole 
et de diastole. Examinez cela, je vous prie, avec attention, voyez-la croitre 
comme l'herbe (uti herba crescere). Certainement, pour celle qui croit 
dans les eaux douces, je n'ai pu découvrir aucun mouvement volontaire, aussi 
autrefois je l'avais placée parmi les végétaux. » En effet, dans la Philosophie 
botanique (4150), l'éponge figure dans le regne végétal comme une plante 
sans racines; mais, dans le Systema natur:?, dixième édition, publiée vers 
l'époque où se place cette lettre, l'éponge est bien à sa place parmi les 
zoophytes. Cependant Linné doute encore, quid hec? Il est curieux de voir 
ici le génie aux prises avec les êtres innombrables de la nature, dont l'immen- 
sité est bien faite pour accabler un esprit moins énergique et moins vaste que 
le sien. Il n'a pu tout voir par lui-méme, l'observation directe lui manque. 
« Vous, dit-il, qui allez visiter les rivages où l'éponge abonde, je vous en prie, 
observez-la scrupuleusement, suivez sa croissance, voyez-la se développer 


(1) Sous cette dénomination, Linné désignait les vers terrestres et intestinaux, les 
mollusques, les zoophytes et les infusoires ; c'est la sixième classe de son règne animal, 


57 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


comme la plante... queso hane exacte examina..... vide crescere uti 
herba. » 

« Beaucoup de choses, poursuit Linné, sont encore à voir (infinita alia 
ezpectanda), mais votre esprit trés sagace verra bien ce que nous désirons 
par-dessus tout (acutissimum tuum ingenium videbit quæ superant vota 
nostra). Et maintenant, que le Ciel vous conduise (sit feliz faustum iter) » 

La lettre se termine par quelques recommandations pour les personnes avec 
qui Linné avait été en relation à Rome. « Assurez, dit-il, de mon entier 
dévouement (devotissima mea dices) l'éminent cardinal, grand promoteur de 
la botanique, qui a gagné à la science de la nature le plus grand pontife que 
l'univers ait vu (qui scientiam naturæ commendavit summo quem unquam 
orbis vidit Pontifici), dont tous les botanistes chantent et chanteront les 
louanges tant que dureront les sciences. » Il s'agit ici du pape Clément XIV, 
qui fut d'abord opposé à la propagation du système linnéen et le défendit dans 
les états de l'Église ; mais qui, dans la suite, mieux éclairé, remplaca le pro- 
fesseur du Jardin de Rome, parce qu'il ne connaissait pas suffisamment la mé- 
thode de Linné, et prescrivit qu'elle fût seule enseignée dans ses domaines. 

Enfin, aprés quelques avis sur les moyens de lui faire parvenir les objets que 
Correa voudra bien récolter pour lui, soit par les navires qui vont chaque année 
chercher le sel (sal culinare) sur ces côtes, soit par.les consuls, soit par les 
voyageurs suédois qui yont admirer les splendeurs de Rome (magnalia ro- 
mana), la lettre se termine par le simple mot vale. Il faut se rappeler que 
Linné, tout à l'heure septuagénaire, était dans l'apogée de sa gloire et de sa for- 
tune, et que Correa était alors un jeune homme qui débutait dans la carrière. 
Nous ignorons s'il a rempli les vues de son illustre correspondant, Dans les 
ouvrages sur Linné que j'ai eu l'occasion de lire, le nom de Correa ne parait 
nullement, de sorte que nous venons de voir un petit coin probablement 
inédit de cette existence si bien remplie. 


Lettre inédite de Linné à Correa de Serra (1375). 


Viro sapientissimo et acutissimo Domino Josepho Correa de Serra, 
Car. Linné. 


Litteras tuas exoptatissimas, datas Romo die 44 decembris, accepi die 
22 januarii summo cum gaudio, et grates reddo tibi maximas. Vix effari 
possum quanto eum oblectamento percepi quod Sardiniam adibis. Nulla terra 
totius Europee minus a botanicis calcata fuit, quam ipsa Sardinia, e qua yix 
novimus ullam plantam; certe altum, de hujus terræ productis, est apud 
omnes botanicos auctores silentium. 

Adhuc magis lætor, quod elegisti pro primano scopo, vermium classem 
observandam, m qua omnium maxime claudicat scientia naturæ ; certe VIX 
alia hujus classis novimus, quam qua Ellis detexit. Mollusca debent esse 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 575 


numerosissima, quamvis etiamnum minima pars cognita. Ego remotus a mari 
semper vixi. Animalcula hzc in spiritu vini asservata, moritura se contrahunt, 
nec dein e museis erui possunt. 

Lætor quod habeas pictorem qui viva delineat £estacea, Multa cognita sunt 
quoad testas, sed tamen paucissima quoad animalcula; utinam velles delineare 
aliquod specimen e singulis generibus, ut in his etiam clara lux affunderetur 
scientiae. 

Miror num animalcula milleporz structura differant a milleporis ! 

Spongia! spongia! quid hac?... Angli dicunt hanc diastole et systole se 
contrahere et dilatare : quaeso hanc exacte examina. Vide hanc crescere uti 
herba; certe illam in aquis dulcibus, in qua ego nullum vestigium motus 
voluntarii adii, adeo ad vegetalia olim retuli, sed negarunt Angli, 

Essent infinita alia expectanda ; sed acutissimum tuum ingenium videbit 
qua superant vota nostra. Sit felix faustum iter! 

Devotissima mea dices eminentissimo Cardinali, botanices summo promo- 
tori, qui scientiam natura commendavit summo quem unquam orbis vidit 
Pontifici, cujus laudes jam canunt omnes botanici, et cantabunt quamdiu 
duratura sunt scientiæ, 

Plurimum valere jubeas D. Demaste. 

Si quid ad me mittere digneris, potest hoc commode fieri per consules 
Snecos, quos connexionum causa habemus in omnibus regnis Europe, qui 
sibi commissa curabunt transportari Stockoliniam, inde Upsaliam, Certe novi 
in Sardinia esse consulem (Cagliari, ni fallor, dicto loco), unde nostrates quo- 
tannis sal culinare colligunt, cum quibus navibus illa mox mittunt, 

Veniunt etiam Romam quotannis studiosi Sueci, presertim Upsalienses 
peregrinatores, ut videant magnalia romana, qui non negabunt ad me trans- 
ferre sibi commissa. 

Vale. 


M. Ch. Martins fait à la Société la communication suivante : 


DES CIRCONSTANGES QUI PEUVENT DÉTERMINER LA FLORAISON DE L'AGAVE AMERICANA, 
par M, Ch. MARTINS. 


La végétation et la floraison de l'Aloés-Pitte (Agave americana L.) ont 
toujours eu le privilége d'exciter l'étonnement et la curiosité des botanistes. 
Quoi de plus surprenant, en effet, que la croissance de cette plante. Chaque 
année de nouvelles feuilles charnues se détachent du cóne formé de feuilles 
emboitées qui composent le bourgeon central, puis se courbent et s'étalent 
entraînées par leur propre poids. Pendant dix, vingt, trente, quarante ans, la 
plante végète et s'accroît, mais elle ne fleurit pas. Tout à coup, sans cause 
connue, une hampe apparait au centre; elle monte rapidement, semblable à 


576 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


une asperge colossale, puis elle s'épanouit en un candélabre immense, haut 
de 6 à 8 mètres, portant des milliers de fleurs jaunes, autour desquelles 
bourdonnent des myriades d'abeilles, de guépes et de mouches. Au Mexique, 
les colibris et d'autres oiseaux à reflets métalliques viennent plonger leur bec 
effilé dans les fleurs pour y puiser le liquide nectariforme qu'elles sécrètent; 
mais toutes ces splendeurs présagent une fin prochaine. Déjà les feuilles 
charnues de la tige gisent sur le sol, amincies et flétries; des capsules suc- 
cedent aux fleurs ; la hampe se dessèche, noircit, et la plante entière meurt 
comme épuisée par l'effort qu'elle vient de faire; mais sa reproduction est 
assurée : de nombreuses graines s'échappent des capsules et propagent l'espece, 
tandis que le peuple de rejetons qui entourent la plante mére, continue pour 
ainsi dire l'individu végétal qui vient de succomber pour assurer la conservation 
de sa race. 

Quelles sont les causes qui déterminent cette floraison? Rien de moins 
connu. En général, elle se fait attendre un grand nombre d'années, mais, en 
Afrique et en Orient, on voit souvent des rangées entières d' Agave en fleur; 
dans le nombre, il y en a de jeunes, et des rejetons d'un an fleurissent quel- 
quefois en méme temps ou immédiatement après la souche-mere à laquelle ils 
sont attachés (1). Ainsi donc, rien de fixe pour l’âge, rien d'analogue à ce que 
nous voyons chez les plantes annuelles ou bisannuelles, et cependant l’ Agave 
doit leur étre assimilé, puisque, comme elles, le sujet périt des qu'il a mári 
ses graines. Connait-on mieux les circonstances qui déterminent la floraison ? 
En aucune facon. Dans certains cas, il semblerait qu'un arrosement abondant 
l'a provoquée. Certains Agave sont plantés devant des maisons de campagne, 
devant des descentes de gouttières : on a vu les hampes partir au commence- 
ment de mai, immédiatement aprés les pluies abondantes de la fin d'avril et du 
commencement de mai qui sont habituelles dans le midi de la France. Dans ce 
cas, c’est une absorption plus active par les racines qui semble déterminer la 
floraison de l'Agave, mais plus souvent cette floraison justifie les idées de 
Gethe, pour lequel la formation de la fleur était un phénomène d'atrophie 
et d'épuisement (2). En voici quelques exemples : 

Je connais deux cas d'Agave qui ont fleuri aprés avoir été transplantés. 
Voici une premiére observation, que je dois à l'obligeance de M. Mingaud, 
pharmacien à Saint-Jean-du-Gard : Un énorme Agave se trouvait contre un 
mur à Pallieres (Gard) ; son propre poids l'entrainait vers le sol malgré les 
tuteurs qu'on placait pour le soutenir. Le propriétaire, M. Mirial, le fit trans- 
planter au commencement de mars 1849 au milieu d’un carré, à 4 mètres de 


distance. Le 4° mai, une hampe apparut au centre, et atteignit la hauteur 
de 7^,40. 


(1) J. Gay, L'Agave americana considéré dans ses moyens de reproduction par 
bourgeons souterrains (Bul. Soc. Bot. de Fr. t. IV (1857), p. 612). 
(2) Métamorphose des plantes, $ 30. 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 577 


Un de mes amis, M. Francois Sabatier, fait arracher avec des bœufs un vieil 
Agave qui gênait la circulation devant le château de la Tour-de-Farges; on le 
transporte dans une banquette où on le replante sans lui donner aucun soin; 
quatre ans aprés, cet Agave poussait une hampe qui s'élancait au milieu des 
branches d'un Fréne voisin. 

Non-seulement la transplantation semble dans quelques cas la cause déter- 
minante de la floraison, mais, lorsque celle-ci a commencé, elle n'interrompt 
en rien l'accroissement si rapide de la hampe. Un Agave ágé de dix-huit ans 
se trouvait devant une petite campagne pres de Montpellier. Le 3 mai 1852, 
une hampe se montre. Le 19 mai, le propriétaire me cede cet Agave; la hampe 
avait déjà une hauteur de 1",50. Je fais arracher la plante avec soin, et on la 
transporte au Jardin, où elle est immédiatement replantée. Ce transport n'in- 
terrompt en rien sa croissance, qui a été d'un décimétre le lendemain comme 
la veille de la translation, et à continué sans interruption jusqu’à la hauteur 
de 67,55 qu'elle atteignit le 4 juillet. 

Les faits que nous venons de faire connaitre semblent indiquer que l'ab- 
Sorption par les racines joue un faible róle dans la floraison des Agave. En 
effet, dans une transplantation, un grand nombre de racines sont rompues, 
arrachées, et il faut un certain temps avant que d'autres viennent les rem- 
placer et puisent des sucs dans le nouveau sol. Or nous venons de voir que 
la transplantation n'est point un obstacle à la floraison. Mais, quaud on la suit 
dans toutes ses phases, on arrive à la conviction que les feuilles si épaisses, si 
charnues, si gorgées de séve, sont le réservoir naturel des sucs, accumulés 
pendant longues années, qui fournissent à la dépense énorme de la plante 
pendant que la hampe s'élève. En effet, ces feuilles, charnues turgescentes 
avant la floraison, s'amincissent peu.à peu, et au moment de la fructification 
elles gisent flétries sur le sol comme de minces rubans desséchés. Aussi 
Roubieu (4) a-t-il estimé à 202 kilogrammes le poids de la matière organique 
qui a passé des feuilles dans la hampe d'un Agave qui s'était élevée à 8",4 
en 1806. ; i 

Nous allons montrer que les feuilles ne sont pas plus indispensables que les 
racines, et que le tronc seul peut suffire au prodigieux accroissement de la 
hampe, à la formation des pédoncules et à l'épanouissement des fleurs. 

Le fait suivant a été observé par M. Roudier, jardinier au Jardin-des- 
plantes : 

Au mois de décembre 1856, le propriétaire d'une campagne près de 
Montpellier arrache un Agave, coupe les racines et les feuilles et place le 
tronc, ainsi dépouillé, sens dessus dessous, contre un mur exposé au nord. Au 
commencement de mai, la hampe commence à pousser à l'extrémité inférieure 


(1) Mémoire sur l'Aloë-Pitte (Agave americana L.), dans ses Opuscules d'anatomie 
et d'histoire naturelle, p. 46. Montpellier, 1816. 


578 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

du tronc : gênée par le sol, elle se redresse immédiatement ; alors on conche 
le trone horizontalement sur la terre, et, la hampe continuant à pousser, on 
plante ce tronc dans un angle de mur dirigé vers le sud-ouest; on l'arrose 
une seule fois. La hampe continua de pousser, se garnit d'un certain nombre 
de fleurs et atteignit la hauteur de 4™,62. 

Voici un second exemple du méme genre ; En octobre 1859, on arrache un 
énorme tronc d'A gave dans un jardin situé prés de la ville; on coupe toutes 
les racines et toutes les feuilles, et on jette le tronc dans un trou servant de 
sablonnière, Le 47 mai 1860, M. Alicot, conseiller à la Cour impériale, me 
signale ce tronc qui poussait une hampe. Celle-ci s'élevait verticalement, 
formant un angle droit avec le tronc, et mesurait 0",30 de hauteur. M, Alicot 
fit transporter ce tronc dans son jardin, à un endroit exposé au soleil. La 
croissance de la hampe continua sans interruption, et le 9 août, savoir en 
quatre-vingt-quatre jours, elle atteignit la hauteur de /,",55. La croissance 
moyenne avait donc été de 0,054 par vingt-quatre heures. La circonférence 
de la hampe, à un metre de son origine, était de 0",27; les pédoncules du 
thyrse, au nombre de 27. Le premier pédoncule portait cinq fleurs ; le second, 
quinze fleurs; le troisième, aucune ; le quatrième, une; les autres n'en por- 
taient plus : aucune d'elles n'a fructifié, 

Cette floraison incompléte, cette absence de fructification, sont la manifes- 
tation des circonstances anomales au milieu desquelles la floraison s'est effec- 
tuée. En effet, sans parler des nombres prodigieux de fleurs que j'ai mentionnés 
ailleurs (1), l'Agave qui a fleuri au Jardin-des-plantes de Montpellier en 1852, 
portait 1883 fleurs, qui ont donné 763 capsules remplies de graines fertiles, 
et celui qui a fleuri en 1856, portait 4162 fleurs qui donnèrent un nombre 
proportionnel de fruits. 

J'hésiterais à conclure que des transplantations, des mutilations peuvent 
déterminer la floraison de l Agave americana, si des causes d'affaiblissement 
d'une nature tont à fait différente n'avaient point paru agir d'une maniere ana- 
logue. En voici un exemple : Le Jardin d'Angers (2) possédait un Agave âgé 
de soixante-cinq ans environ, appartenant à la variété dont les feuilles sont 
bordées de jaune. Vers la fin de 1849, une de ces feuilles se trouva cariée si 
profondément, que pour la retrancher il fallut porter l'incision jusqu'au cœur 
de la plante; il en résulta une déperdition de sve très abondante; elle ne 
put étre arrétée que par l'application d'un topique qui recouvrit complétement 
la plaie. La vigueur de la plante n'en parut pas altérée, et, le 24 mai 1850, 
l'écartement des feuilles supérieures annonca l'apparition de la hampe qui 
atteignit, dans l'espace de cent vingt-trois jours, la hauteur de 67,60, et déve- 


(1) Voyez le Bulletin, t. II (1855), p. 12. 
(2) Boreau, Notice sur l'Agave americana, suivie de la description de quelques 
plantes nouvelles ou peu connues (Bulletin de la Société industrielle d' Angers, 1851). 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861, 579 


loppa trente et un pédoncules portant environ 3800 fleurs. Des fruits nouèrent 
et auraient mûri si la saison n'avait pas été aussi avancée. 

De tous ces faits ne semble-t-il pas résulter que des causes débilitantes, pour 
employer le terme médical, peuvent, dans certains cas, amener la floraison 
d'un Agave, qui sans cela continuerait à produire incessamment ses feuilles 
charnues, représentant l'obésité d'un animal dont l'engraisseur développe le 
tissu adipeux et qu'il rend ainsi impropre aux fonctions de la génération? 
L’ Agave rentrerait dans la catégorie de ces végétaux, tels que les Melons et les 
arbres fruitiers, qu'on force à fleurir et à fructifier en retranchant quelques 
racines ou méme seulement en les déchaussant, pendant l'été, comme on le 
pratique dans l'Inde, Je n'insiste pas davantage sur cette question, car je me 
propose de la résoudre ou de l'éclairer par l'expérience directe, 


À la suite de cette communication, M. Martins prie les personnes 
présentes à la séance de lui donner leur avis relativement aux expé- 
riences à faire sur le sujet qu'il étudie. Plusieurs membres répondent 
à cette invitation. 

M. Le Maout dit qu'on pourrait renverser la tige de l'Agave, 
dans le but d'en háter la floraison, de méme qu'on active la 
fructification du Lilium candidum. 

M. Duchartre pense que la principale observation à faire sur 
l'Agave consisterait à peser la plante avant et aprés sa floraison, 


- ll serait bon, dit M. Duchartre, d'employer ce moyen pour reconnaitre si 
les matériaux qui servent à l'accroissement de la bampe sont puisés par elle 
dans ses feuilles ou dans l'atmosphère. On pourrait profiter, pour ces recher- 
ches, de la facilité avec laquelle fleurissent les Agave qu'on a déracinés avant 
le développement de la hampe. Il rappelle à ce sujet que le poids des plantes 
grasses arrachées diminue en proportion de leur développement. Il ajoute 
qu'on ferait bien de ne séparer les Agave qu'on doit observer qu'au moment 
où commence f'allongement de leur tige, afin d’être sûr de leur floraison, et 
qu'on pourrait aussi tracer, sur la hampe encore jeune, des points équidis- 
tants, pour reconnaitre en quel endroit le développement de l'axe est le: plus 
considérable et d’après quelle loi se continne l'allongement de chaque nœud 


considéré isolément. 


M. Martins répond qu'il a fait ces mesures, et que la hampe 
des Agave s'accroit uniquement par la formation de nouveaux 
cylindres, mais non par l'allongement d'une de ses parties quel- 


conque. 
M. Bureau indique des expériences: à faire avec la lumiére élec- 


580 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


trique sur l'incurvation de l'extrémité supérieure de la hampe des 
Agave. 

M. Duchartre compare cette incurvation au crochet, à direction 
descendante, que présentent les stolons de l'Apios tuberosa. ll 
rappelle aussi l'origine de la liqueur (appelée pulke) que les 
Mexicains extraient de l'Agave americana; c'est par la section des 
tiges qu'on se la procure, en opérant au moment oü la hampe 
và commencer à s'élever. 

M. Chatin est d'avis qu'il y aurait lieu d'étudier la composition 
chimique du suc de l' Agave avant et aprés sa floraison. 

M. Eug. Fournier signale les observations toutes récentes faites 
sur le développement de lAgave densiflora par M. E. Faivre, 
professeur à la Faculté des sciences de Lyon, et qui ont été publiées 
dans les Annales de la Société impériale d'Agriculture, etc. de 
Lyon (1). 

M. de Schœnefeld rappelle qu'il a déjà plusieurs fois fait remarquer 
à la Société (2) l'analogie qui lui parait exister entre le développe- 
ment de la hampe des Agave et de celle des Sempervivum, quant à 
la rapidité de l'accroissement de cette hampe, quant à l'épuisement 
des feuilles qui semble en étre la conséquence, et quant à ce 
fait singulier. que chez ces plantes l'évolution florale de la rosette 
principale améne souvent la floraison prématurée de quelques 
bourgeons ou rosettes latérales trés jeunes. M. de Schoenefeld 
ajoute qu'il existe entre les diverses espèces de Sempervivum 
des différences notables quant à l’âge des rosettes florifères. 
Quelques espéces végétent quatre ou cinq ans avant de fleurir; 
d'autres au contraire ont (du moins à l'état cultivé) une telle 
disposition à fleurir dés la premiére ou la seconde année de 
leur existence, qu'il est difficile de les multiplier, car en général 
les rosettes floriferes ne donnent pas naissance à des rosettes 
latérales. 


M. Bernard Verlot confirme sur ce point l’assertion de M. de 
Schœnefeld. 

M. Duchartre dit qu'il ne faut pas s'étonner de ces faits. Il est 
trés fréquent de voir des plantes malades, envoyées par les voya- 
geurs, fleurir avant de mourir, et les horticulteurs ont imaginé 


(1) Voyez plus haut, p. 481. 
(2) Voyez le Bulletin, t. I, p. 146; t. 1V, p. 737, et t. V, p. 275. 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 581 


divers moyens de faire souffrir les arbres fruitiers rebelles à la 
fructification, afin qu'ils fleurissent. 

M. de Schenefeld demande à M. Martins comment lAgave 
americana peut étre cultivé en pleine terre à Montpellier, oü la 
température descend quelquefois pendant la nuit au-dessous de 
— 10» C. 

M. Martins répond que l’Agave est originaire des hauts pla- 
teaux du Mexique, et qu'il résiste trés bien au froid nocturne (à 
Montpellier, par exemple, oü l'on a vu le thermométre descendre 
jusqu'à — 21° C.), mais seulement à la faveur de journées 
chaudes qui succèdent à ces nuits glaciales. Dans les matinées 
d'hiver, M. Martins a souvent vu les couches sous-épidermiques 
des feuilles de l'Agave remplies de glacons; le dégel survient au 
bout de quelques heures. Il a observé les mêmes faits sur l'Opun- 
tia Ficus indica, qui cependant est plus sensible au froid que 
l'Agave. 

M. de Schœnefeld fait remarquer que c'est quelquefois la rapidité 
des variations de température qui tue les plantes, plutôt que l'in- 
tensité du froid, du moins dans de certaines limites. Il rappelle 
qu'au Jardin-des-plantes de Bordeaux, M. Durieu de Maisonneuve 
à pu, à la suite d'une nuit exceptionnellement froide, sauver un pied 
de Chamærops excelsa, en faisant jeter, pendant le jour, une cou- 
verture sur l'arbuste afin d'empécher la trop grande rapidité du 
dégel (1). 

M. Martins communique à la Société une observation qu'il a faite 
sur un Chamærops humilis mâle, qui avait servi à féconder un 
Chameærops femelle : l'individu mâle a cependant porté quelques 
fruits. 

M. J. Gay rappelle qu'un fait analogue a déjà été signalé par 
M. Schacht. 

M. Eug. Fournier dit qu'il a observé, au jardin botanique 
de la Faculté de médecine de Paris, un Cham«erops humilis 
mâle, dont les spalices portaient quelques fleurs hermaphro- 
dites. 


M. J. Gay met sous les yeux de la Société deux plantes nouvelles 
découvertes en Algérie par M. Aristide Letourneux, et qui ont été 


(1) Voyez plus haut, p. 425. 


582 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


envoyées d'abord à M. Durieu de Maisonneuve. M. Gay donne 
ensuite lecture des extraits suivants de deux lettres que lui a 
adressées M. Durieu de Maisonneuve à l'occasion de ces décou- 
vertes : 


LETTRES DE M. DURIEU DE MAISONNEUVE A M. J. GAY. 
Bordeaux, 8 décembre 1861. 


FW Parmi les plantes que je viens de recevoir de M. Aristide Letourneux, 
il en est une, en double échantillon heureusement, étrangère à toutes mes 
habitudes, et qui, par conséquent, reste lettre close pour moi, au moins à 
première vue. En l'apercevant, j'ai cru d'abord qué le Mollugo verticillata 
venait d’être trouvé en Algérie; mais il ne m'a fallu qu'un coup de loupe pour 
réconnaitre combien j'avais erré en jugéant d’après une vagüe ressemblance 
de port. C'est évidemment une Rubiácée, appartenant à quelques-uns des 
groupes exotiques avec lesquels je suis peti familier. Peut-être est-ce tout sim- 
plement un Oldenlandia. Il ne serait pas surprenant alors qu'il fût nouveau, 
comme l'a été le Serpicula que je découvris jadis non loin des lieux où 
M. Letourneux à trouvé sa plante, Il m'écrit qu'elle foisonne autour d'un petit 
lac des Ouled Dieb (autour d'un seul et il y en a plusieurs), et qu'elle couvre 
le limon mis à sec par le retrait de l'eau durant l'été. « La plante, dit-il, est 
charmante sur le vif », mais, le domestique chargé de sa dessiccation l'ayant 
négligée, elle est devenue affreuse. 


Bordeaux, 19 décembre 1861. 


Me voici encore avec un petit bagage, bien cher Monsieur, et c'ést encoré 
un envoj de M. A. Letourheux. Il est vrai que je ne connais pas d'explorateur 
plus sagace, plus habile et plus heureux. C'est inoui tout ce qué cet ardent 
chercheur nous découvre dans l'Algérie, la même où d'autres (et moi tout 
le premier) n'avaient rien apercu. Aujourd'hui c'est une Crucifère de son fait 
que je tiens à vous montrer, et, si vous la jugez aussi intéressante qu'elle m'a 
semblé l'étre, je vous prierai de la présenter demain à la Société botanique, 
€n vous réunissant, bien entendu, à M. Cosson, que cela touche encore plus 
particulièrement. 

M. Letourneux, par son zèle intelligent et som infatigable ardeur, rend 
de si grands services à la flore algérienne qu'il est bien juste que son nont 
soit quelquefois prononcé dans les séances de la Société, et il ne l'est pas 
assez souvent. D'ailleurs, la plupart de ses découvertes méritent certes d'étre 
signalées, et elles ne peuvent qu'intéresser beaucoup les amateurs de la flore 
méditerranéenne. 

La Crucifère en question n’est pas chose tout à fait nouvelle pour moi, 
c'est-à-dire que sa découverte par M. Letourneux iest pas toute récente. 


SÉANCE DU 43 DÉCEMBRE 1861. 583 


En effet, le 1** mai dernier, il la rencontrait pour la première fois sur le 
Djebbel Debagh. A cette époque elle était en fleur et portait des fruits non 
mûrs. Quelques jours après, j'en recevais en consultation un fragment de 
sommité. 

L'échantillon était insuffisant pour l'intelligence de la plante, mais non 
pour me convaincre qu'elle m'était tout à fait inconnue. Je la laissai donc de 
côté, en demandant de meilleurs matériaux pour plus tard. J'essayai néan- 
moins de tirer parti de la silique inférieure; les graines qu'elle renfermait 
étaient loin d’être mûres, néanmoins l'une d'elles germa et j'ai maintenant 
une belle rosette vivante. 

M. Letourneux n'avait pu visiter le Djebbel Debagh depuis le 4°" mai, 
lorsque dernièrement, une tournée judiciaire l'ayant rapproché de cette mon- 
tagne, il revint à la recherche de sa Crucifére, qu'il trouva dans l'état que vous 
Voyez, c'est-à-dire avec quelques restes de grappes de fruits encore debout 
et de belles pousses automnales. Je partage avec vous ce que je viens de 
recevoir. 

Il résulte de l'examen, encore insuffisant il est vrai, que j'ai fait de cette 
plante, qu'elle devra constituer trés probablement un genre nouveau, extré- 
mement curieux, en ce sens qu'il serait intermédiaire entre les Brassicées et 
les Raphanées, et qu'il semble relier ces deux tribus. L'ensemble de la 
plante, surtout quand on la voit en fleur, rappelle ce groupe méditerranéen de 
Brassica à tiges vivaces ou sous-frutescentes ( Brassica Robertiana, insularis, 
macrocarpa, cretica, etc.), tandis que la silique épaisse, spongieuse et 
indéhiscente la rejette dans les Raphanées. Toutefois, si la silique ne s'ouvre 
pas spontanément, des sillons prononcés marquent nettement la ligne de 
déhiscence, et, avec quelque effort, on parvient méme à séparer les deux 
valves sans trop de déchirure. Voilà donc une sorte de retour vers les Bras- 
sicées. 

Je ne disserterai pas davantage sur cette plante; il faut attendre des maté- 
riaux plus complets, et j'espere bien les avoir sous les yeux, à l'état de vie, 
dans le Jardin de Bordeaux. Mais je crois étre à peu prés certain que nous 
avons encore là un de ces genres monotypes de Crucifères, dont l' Algérie s'est 
montrée déjà si riche. MM. Cosson et Letourneux lui chercheront et assigne- 
ront un nom quelconque. En attendant, comme il faut que la plante porte 
une certaine désignation daus mes cultures, je l'at provisoirement étiquetée 
Heteroerambe Aristidis, jusqu'à ce que je puisse substituer à ce nom transi- 
toire celui que ces messieurs lui auront donné. 


Sur la proposition de M. Gay, les deux plantes trouvées par 
M. Letourneux seront sournises à l'examen de M. Cosson, qui n'est 
pas présent à la séance et qui sera prié de faire connaitre à la Société 
son avis à leur égard. 7 


58^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
M, T. Puel donne lecture de la note suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par Mi. 'F. PUEL (suite). 


12. Inula spiræifolia L, Syst. nat. ed. 10, p. 1219 (1759). — I. squar- 

rosa L. Sp. ed. 2, p. 1240 (1763) ; Puel! Cat. du Lot, n° 11614 (var. a, 
b, c.), p. 188 (1850). — Z. germanica Saint-Amans! (herb. Chaubard) 
Fl. ag. p. 353 (1821), non L. 

Pech (Puy) d'Angély prés Cahors. — Friches pierreuses. — Terrain cal- 
caire (jurassique). — Altitude 210 mètres. — Fl. 3 août 1859. — Récolté 
par M. L. Puel. 

Tout le monde est d'accord aujourd'hui pour reconnaitre que Linné a 
décrit la méme plante sous deux noms, et les auteurs adoptent indifféremment 
le nom d'/. spiræifolia ou celui d'/. squarrosa. On est conduit à donner la 
préférence au premier, en appliquant à Linné lui-même les règles actuelles de 
la synonymie. Je saisis cette occasion pour signaler la 40° édition du Systema 
nature comme un ouvrage très important au point de vue de la synonymie 
linnéenne, car elle a paru entre les deux éditions du Species, et on y trouve un 
grand nombre d'espèces décrites pour la première fois. Ce livre est fort rare 
et n'existe dans aucune bibliothéque publique de Paris : l'exemplaire que je 
suis à méme de consulter tovs les jours appartient à mon ami M. Maille, dont 
la riche bibliothéque renferme une foule d'autres ouvrages précieux. 

L'I. spiræifolia est assez commun dans la région méditerranéenne, prin- 
cipalement daus la partie montueuse, Je ne saurais indiquer sa limite infé- 
rieure d'altitude, mais dans les Alpes il remonte jusqu'à 1300 metres : M. de 
Valon me l'a donné de la montagne de Charence prés Gap, avec l'indication 
de cette altitude. Dans le département du Lot, il ne dépasse pas, à ma con- 
naissance, 300 à 350 mètres. à 

Au centre du bassin du Rhône, tel que je l'ai adopté pour mes divisions 
géographiques, la plante pénètre dans la presqu'ile cébennique des causses 
jurassiques, et remonte sur le versant méridional du plateau central, dans les 
vallées latérales, comme celles de la Montagne-Noire, de l'Ardèche et du 
Gard. A l'est, elle pénètre aussi dans les vallées sous-alpines, et on la retrouve 
à Digne, à Gap, à Grenoble et à Lyon; elle dépasse même les limites de la 
Flore du Rhône pour entrer dans celle du Jura, mais elle y est rare, car on 
l'indique seulement dans les départements de Saône-et-Loire et de la Cóte- 
d'Or. 

A l'ouest du bassin du Rhône, l’Z. spiræifolia traverse la chaîne des Cor- 
bières, pour entrer dans le bassin de la Gironde, MM, Grenier et Godron ne 
citant aucun département de la région occidentale, dans leur Flore de France, 
je vais placer sous les yeux de la Société le tableau géographique des localités 
qui me sont connues. Je dirai d'abord que je l'ai récolté moi-même à 


SÉANCE DU 13 DÉCEMBRE 1861. 585 


Cahors, sur la montagne d'Angélv, dont il couvre les pentes abruptes sur une 
assez grande étendue, et j'ai pu me convaincre que les formes diverses que 
j'avais distinguées, à titre de variétés, dans mon Catalogue du Lot, sont de 
simples variations sans importance. J'ajouterai encore une observation qui 
s'applique à toutes les plantes signalées, dans la Flore agenaise, comme appar- 
tenant au département du Lot: c'est que toutes ces espèces avaient été récol- 
tées à Cahors vers 1810, et communiquées à Saint-Amans par M. Du Molin, 
notre honorable confrére, qui a dédié à la Société son savant ouvrage intitulé 
Flore poétigue ancienne. Le nom de M. Du Molin n'est pas cité dans la 
Flore agenaise, mais les échantillons de l'herbier de M. Chaubard lui assi- 
gnent incontestablement la priorité de ses intéressantes découvertes dans 
notre département. 

FLORE DE LA GIRONDE. — LoT: Cahors! (Du Molin, 4810, in h. 
Chaubard), sur le Puy d'Angély! (Puel herb.), à Payrolis! (Lacombe in 
b. Mus. Cah.); Flaugnac, canton de Castelnau-Montratier! (Lacombe in 
h. Mus. Cah.); Gourdon (Lamy ex Boreau litt). CHARENTE- [NFÉRIEURE : 
Surgères ( Delalande Excurs. bot.) ; Saint-Georges d'Oleron, Beauvais (Sava- 
tier); du Fort-neuf à la pointe de Chef-de-Baie prés la Rochelle! (Zeboud 
in Billot exsicc. n^ 1003); de Royan à Mortagne, à Pontaillac, à Yaux, à 
Maisonfort, etc. C. {Delbos et Lafont in Mém. Soc. sc. phys. nat. Bord. 
t. [1854], p. 236); Bussac (Ramey). VENDÉE : Rochers du Gué de Velluire, 
Ile d'Elle, Quatrevaux (Letourneux in Lloyd F7. Ouest) ; Chaillé-les- Marais 
(Marichal, Pontarlier in Lloyd FL); Vix (A yraud in Lloyd 77.). 


13. Helichrysum Stechas DC.! (h. Mus. p.) Fl. fr. t. IV, p. 132 
(1805) ; Puel! Cat. du Lot, n° 1178, p. 192 (1850). — £lichrysum seu 
Stæchas citrina angustifolia Bauhin ; Dom Fourmeault Cat. Souillac, etc. 
in Buc'hoz Dict. univ. pl. t. IV, p. 252 (1771). — Gnaphalium arenarium 
Delpon Stat. du Lot, n° 676 (1831), non E. 

Combefolle, canton de Saint-Germain-du-Bel-Air, arrondissement de Gour- 
don. — Friches pierreuses. — Terrain calcaire (jurassique). — Alt. 250 à 
300 métres. — Fl. 3 aoüt 1855. — Récolté par M. E. de Valon. 

Cette espéce est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans aucun 
détail à son sujet. Je me contenterai de rappeler qu'elle appartient au groupe 
assez nombreux de plantes méditerranéennes, à la fois littorales et montueuses, 
qui, étant répandues en abondance dans le bassin de.la Gironde, trouvent 
encore des conditions suffisantes de végétation dans celui de la Loire, et vien- 
nent s'enchevétrer complétement avec la flore occidentale. 


14. Leuzea conifera DC.! (h. Mus. p.) Fl. fr. t. AV, p. 109 (1805); 
Puel! Car. dt: Lot, n° 1228, p. 199 (1850). 
Combefolle, canton de Saint-Germain-du-Bel-Air, arrondissement de Gour- 
; 38 
T. VIII. 


586 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


don. — Coteaux pierreux, —- Terrain calcaire (jurassique). — Al. 250 
à 300 m. — Fl. 42 juillet; fr. 3 août 1855. — Récolté par M. E. de Valon. 

La distribution géographique de cette espèce dans le bassin de la Gironde 
offre une particularité remarquable que je dois signaler ici, car elle se retrouve 
pour quelques autres espèces, comme le Stæhelina dubia, le Cistus lauri- 
folius, etc., avec lesquelles elle forme un petit groupe intéressant. 

Le L. conifera est commun dans le bassin du Rhône depuis les Alpes- 
Maritimes jusqu'aux Pyrénées-Orientales : comme l’Zaula spiræifolia, dont 
je viens de parler, il pénètre dans les Cévennes calcaires du plateau central ; 
mais, à l'est, il ne dépasse pas le département de l'Ain, aux environs de Lyon, 
et, selon toute probabilité, cette localité dépend de la Flore du Rhóne et non 
de celle du Jura. 

A l'ouest, le L. conifera franchit la chaîne des Corbières comme PZ. spi- 
ræifolia, mais les deux plantes se comportent différemment. Tandis que cette 
dernière espèce remonte vers le nord jusqu'aux limites de la flore siliceuse 
de la Loire, dans le département de la Vendée, le Z. conifera, touchant à 
peine au nord le département de la Gironde, s'étend à l'ouest jusque dans le 
département du Gers, en traversant les départements de l'Aveyron, du Lot 
et de Tarn-et Garonne. 

Voici l'indication précise de toutes les localités actuellement connues qui 
rentrent dans la Flore de la Gironde : 

FLORE DE LA GIRONDE. — Lor. Puy d'Angély! (Lacombe), Payrolis! 
(Puel herb.), Pradines! (/ra£ in Billot exsicc.), aux environs de Cahors; 
Castelfranc (Lamy ex Boreau litt.); Montcuq! (Puel herb.); Combefolle 
prés Saint-Germain-du-Bel-Air, arrondissement de Gourdon ! (E . De Valon). 
AVEYRON : Salvagnac-Cajarc! canton de Villeneuve, arrondissement de Ville- 
franche (Bras). TARN-ET-GARONNE : Bruniquel, Saint-Antonin, Bourg-de-Visa 
(Lagrèze-Fossat) ; Bouloe près Lauzerte (Du Molin) ; Montaigut ! (Jonys- 
sou ; Lagrèze-Fossat in h. Puel).. Gers : Auch! (/rat. in h. Puel). Lor- . 
ET-GARONNE : Roustide près Saint-Maurin ! (Du Molin in h. Puel). DORDOGNE : 
Saint-Cyprien (Delbos Rech. vég; Gironde in Mém: Soc. $c. phys. nat. Bord. 
t. 1 [1855], p. 468). 


15. Scrofularia eamima L. Sp. ed. 4> p. 621 (1753) et ed. 2, p. 865 
(1763); Delpon Stat. du Lot, n^ 469 (4831) ; Puel! Cat. du Lot, n° 872; 
p. 440 (1848); Irat! in Billot exsicc. n° 4724 (1855). — Scrophularia, 
Ruta canina dicta vulgaris Bauhin; Dom Fourmeault Cat. Souillac, etc. 
in Buc'hoz Dict. univ. pl. t. IV, p. 250 (1774). , 
Entre l’Aiguille et le plateau d'Herbemols prés Figeac. — Lieux incultes. 

— Terrain calcaire (trias). — Alt. 270 mètres. == Fl, 9 mai; fr. 22 juillet 

1859. — Récolté par M. L. Puel. 

Le Ser. juratensis Schleich, , admis aujourd'hui généralement comme une 


e 
SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 587 
bonne espèce, a été longtemps désigné et l'est quelquefois encore dans les her- 
biers et dans les flores sous le nom de Scr. canina ; il est donc absolument 
impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de déterminer les limites 
géographiques de ces deux espèces. 

Je dirai seulement ici que, dans le département du Lot, le Ser. canina est 
abondant, et habite exclusivement la région calcaire; il remonte depuis les 
bords du Lot (altitude inférieure d'environ 150 métres) jusqu'aux plateaux 
jurassiques les plus élevés, par exemple, à Gréalou, arrondissement de Figeac, 
dont l'altitude est de 380 mètres: 

(La suite à la prochaine séance.) 


à 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 


PRÉSIDENCE DE M. AD. BRONGNIART. 


M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 13 décembre, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. Lozuior, pharmacien, à Soissons (Aisne), présenté par 
MM. Watelet et Chatin; | 
MaRION DE BEAULIEU (René), rue Saint-Laurent, 8, à Nantes, 
présenté par MM. Viaud-Grand-Marais et Eug. Fournier; 
SALVE (Sébastien de), propriétaire, place des Précheurs, 4, 
à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), présenté par 
MM. E. Faivre et J.-B. Verlot. 


M. le Président annonce en outre une nouvelle présentation. 

M. le Président annonce la mort de M. Louis Leclére, horticul- 
teur, membre de la Société, décédé à Montivilliers (Seine-Inférieurc), 
le 1* décembre dernier. 


Dons faits à la Société : 


1° Par M. Eug. Fournier : 
In. Ruellium de stirpibus epitome, per Leodegarium a Quercu, 1539; 


2" De la part de M: Treviranus : 
In Hyperici genus ejusque species animadversiones. 


: * 
588 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
3° De la part de M. Al. Braun : 


Ueber. die Wirkung der Spetfroste auf die Blatter von Æsculus 
Hippocastanum. 


h^ De la part de la Société d'Horticulture et d'Arboriculture de 
la Cóte-d'Or : 


Bulletin de cette Société, janvier à aoüt 1861. 


5* En échange du Bulletin de la Société : 


Atti della Societa italiana di Scienze naturali, t. MI (fasc. ^). A 


Journal de la Société impériale et centrale d' Horticulture, no- 
vembre 1861. 


L'Institut, décembre 1861, deux numéros. 


M. le Président donne lecture d'une proposition de MM. A. Janiain, 
Kralik et Kresz, tendant à modifier deux articles des statuts et du 
réglement de la Société. Cette proposition, déjà adoptée par le 
Conseil d'administration dans sa séance du 5 décembre dernier, et 
soumise aujourd'hui à la sanction de la Société, est ainsi congue : 


Les Membres soussignés de la Société botanique de France, considérant : 

Que le Bulletin de la Société prend chaque jour une plus grande impor- 
tance, et qu'il est utile que la publication en soit autant que possible suivie 
par une méme personne ; 

Que l'importance des sessions. extraordinaires et les avantages accordés aux 
membres de la Société par les Compagnies de chemins de fer, nécessitent des 
démarches et une correspondance assez suivie, qui exigent une grande habi- 
tude, et qu'il en est de méme de la correspondance à laquelle donnent lieu les 
rapports avec les autorités locales des villes où se tiennent les sessions ; 

Prient le Couseil d'administration de la Société de vouloir bien examiner et 
prendre en considération Ja proposition suivante : 

Les modifications suivantes sont apportées aux articles V et VI. des statuts 
(9 et 10 du réglement) de la Société : 

Art. Y (9). Le Bureau se compose : d'un Président, de quatre Vice-prési- 
dents. — Ajoutez : D'UN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL. 

Art. VI (10). Le Président et les Vice-présidents sont élus pour une année. 


— Ajoutez : LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL EST ÉLU POUR CINQ ANNÉES; IL EST 
RÉÉLIGIBLE AUX MÊMES FONCTIONS, 


Paris, 29 avril 1859, 
D' A. JAMAIN, L. KRALIK, D' KRESZ. 


1 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 589 


La Société adopte cette proposition. En conséquence il y aura 
lieu de nommer, aux élections prochaines, un Secrétaire général. 

M. le Président donne aussi lecture du réglement suivant, relatif 
à la nouvelle organisation projetée du secrétariat de la Société : 


RÉGLEMENT SPÉCIAL DU SECRÉTARIAT. 


Art 4%. Le secrétariat de la Société botanique de France se compose : 
1^ D'un Secrétaire général, 
2° De deux Secrétaires, 
3° De deux Vice-secrétaires. 
Art. 2. Le Secrétaire général est chargé :, 
4° De tenir la plume dans les séances du. Conseil d'administration et de 
faire exécuter toutes les décisions prises par le Conseil ; 
2° De convoquer, conformément aux ordres du Président, les séances du 
Conseil, et de convoquer aussi les réunions des diverses Commissions ; 
3° De toute la correspondance administrative de la Société ; 
4° De la rédaction, sauf approbation de la Commission du Bulletin ou 
des autres Commissions compétentes, de toutes les circulaires de la 
Société ; i 
5° De surveiller l'expédition du Bulletin, des circulaires et autres publi- 
cations de la Société ; 
6^ De tous les préliminaires des sessions extraordinaires, tels que 
démarches à faire auprés des Compagnies de chemins de fer, distri- 
bution des cartes et autres détails qui ne sont pas de la compétence 
du Comité spécial de la session, 

Art. 3. Les Secrétaires de la Société sont chargés : 

1* De prendre des notes pendant les séances de la Société ; 

2° De la rédaction des procès-verbaux des séances de la Société ; 

3* De la correspondance scientifique de la Société ; 

h° De la réception et de Ja remise entre les mains de l'Archiviste des 
dons de livres, brochures, papiers et plantes faits à la Société. 

Art. 4. Conformément à la décision du Conseil du 29 décembre 1858, 
l'Archiviste reste chargé de la correspondance relative aux dons faits à la 
Société, ainsi qu'aux échanges du Bulletin contre d'autres publications. 

Art. 5. Les Vice-secrétaires remplacent au besoin les Secrétaires. 

Art. 6. En cas d'empéchement ou de surcroit momentané de travail, le 
Secrétaire général peut prier un des Secrétaires ou Vice-secrétaires de se 
charger temporairement d'une partie de ses fonctions. 

Art. 7. Dans les sessions extraordinaires, le secrétariat permanent de la 
Société est dirigé par le Secrétaire général ou, à son défaut, par le plus 
ancien des Secrétaires ou Vice-secrétaires présents. 


590 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Art. 8. Tous les membres du secrétariat font partie de droit, avec voix 
délibérative, de la Commission du Bulletin. 
Art. 9. Le Secrétaire général a le droit d'assister, avec voix consulta- 
tative, aux réunions de toutes les Commissions de la Société, sauf celles de la 
Commission électorale, auxquelles il ne peut prendre part que s'il y a été 
appelé par le tirage au sort. 
Délibéré en Commission, à Paris, le 42 décembre, . 


et approuvé par le Conseil le 27 décembre 1864, t 
Le Président de la Société : 


AD, BRONGNIART. 


Enfin M. le Président annonce que la famille de Henri de la 
Perraudiére a offert en don à la Société les importantes collections 
réunies par notre regretté confrére. 

M. de Schenefeld, secrétaire, donne lecture de la lettre suivante, 
adressée à M. Cosson par M. Joseph de la Perraudiére : 


LETTRE DE M. Joseph de la PERRAUDIÈRE A M. COSSON. 
Angers, 29 novembre 1861. 
Monsieur, 

Je m'empresse de vous écrire, comme je vous l'avais promis, pour vous 
annoncer que ma mère nous laisse l'entière disposition des collections de mon 
frére Henri de la Perraudiére. 

Nous désirons avant tout, mon frère aîné Raoul de la. Perraudière, mon 
beau-frère et ma sœur, M. et M?* de Senot, et moi, suivre les intentions de 
l'excellent frère que nous pleurous, et dont le. but fut toujours moins de 
recueillir pour lui-méme que de se rendre utile à tous, 

Persuadés d'ailleurs que la Société botanique de Frauce. est à la fois la 
gardienne la plus vigilante et le centre le plus actif des études botaniques 
dans notre pays, et connaissant tout l'attachement que notre frère Henri 
ayait pour cette institution en général, et particulièrement pour un grand 
nombre de ses membres avec lesquels il s'était lié d’une véritable amitié, 
nous vous prions d’être notre interprète auprès de la Société botanique de 
France et de vouloir bien lui offrir, comme un hommage et comme un sou- 
venir de celui que plusieurs de ses membres ont regretté comme un ami, 
l'herbier, fruit de recherches et d'explorations qu'un malheur, dont nous ne 
nous consolons pas, est venu si prématurément et si. tristement interrompre- 

Nous nous adressons à vous, Monsieur, qui avez voulu étre à la fois 
son ami et son guide dans la science; ce sera un bonheur pour nous d'ap- 
prendre que la Société botanique aura bien voulu agréer notre offre, et je vous 
en fais d'avance tous mes remerciments. 

Recevez, etc. JOSEPH DE LA PERRAUDIERE. 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1801. 591 


Le don de la famille La Perraudière, déjà accepté par le 
Conseil, est recu avec une vive reconnaissance par la Société. Une 
lettre de remerciments sera adressée à M. Joseph de la Perraudiére, 
qui dans cette circonstance a été l'interpréte des sentiments de sa 
famille. 


M. Cosson fait à la Société la communication suivante : 


NOTICE SUR LA VIE, LES RECHERCHES ET LÉS VOYAGES BOTANIQUES 
DE HENRI DE LA PERRAUDIÈRE, par MI. E. COSSON. 


L'émotion profonde et les regrets unanimes qu'a causés dans la Société 
botanique la mort si prématurée et si imprévue de notre excellent et dévoué 
compagnon de voyage, ont montré combien son heureux caractére et ses 
nobles qualités étaient appréciés de tous ses confrères ; mais on ne saurait 
trop insister sur son dévouement à la science, sa libéralité toujours bienveil- 
lante, son intrépidité dans les voyages et son aptitude toute spéciale pour les 
recherches d'exploration. Henri de la Perraudiére n'a rien publié, il est vrai, 
mais, par d'ingénieuses observations, il a souvent contribué à éclairer des 
points obscurs de la science, et il ne communiquait pas avec moins d'em- 
pressement les résultats de ses études que les échantillons de ses importantes 
récoltes. Lorsque la mort est venue le surprendre, il n'avait pas encore pu se 
livrer à des travaux de longue haleine et à des observations faites dans le 
calme du cabinet, mais, sur le terrain, personne n'avait un coup d'œil plus 
rapide et plus sür; par un sentiment instinctif, pour ainsi dire, il arrivait 
presque sans étude à une détermination exacte et entrevoyait les plus ingénieux 
rapprochements. Ses connaissances variées en histoire naturelle l'auraient 
sans doute appelé un jour à rendre à la science des services aussi utiles que 
l'un des correspondants les plus dévoués de De Candolle, Requien, dont la 
plupart d'entre nous ont été à méme d'apprécier toute la valeur scientifique 
et la généreuse libéralité. 

Le simple exposé de la vie, hélas! si courte et cependant si utilement 
remplie de Henri, montrera mieux 2 'aucun éloge, tout son zèle et son 
amour pour la science. 


Né à Angers le 6 juin 1831, Henri-René Le Tourneux de la Perraudiére 
appartenait à une des familles les plus honorables de l'Anjou. Dès qu'il eut 
atteint l'àge auquel l'enfant devient capable de recevoir les premiéres lecons 
qui doivent diriger son esprit et son cœur, ses parents, jaloux de conserver 
les traditions d'honneur et de religion qu'ils avaient reçues de leurs pères, le 
confiérent, ainsi que son plus jeune frère, à la direction éclairée d'un digne 
ecclésiastique. L'abbé André Baudouin, par son intelligence droite et sa nature 


592 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


franchement cordiale, sut prendre rapidement une influence décisive sur les 
deux enfants, et l'étroite affection qui unit dès lors le précepteur et ses 
élèves n’a fait que s’accroître avec les années. En même temps qu'il leur 
donnait à tous deux les premières notions de français et de latin, l'abbé 
Baudouin poursuivait sous leurs yeux des études de botanique. Dans les prome- 
nades qu'un long séjour à la campagne et l'ardente activité des deux jeunes 
adolescents rendajent plus nécessaires, il recueillait avec soin toutes les 
plantes que lui offraient les riches localités des environs de Baugé (Maine-et- 
Loire). Les deux élèves ne pouvaient rester indifférents aux études et aux 
recherches qui captivaient leur maître, et bientôt ils eurent le désir d'herbo- 
riser eux-mêmes et de se faire initier à une science qui leur promettait tant 
de charme. Le retour de leur frère aîné, au moment des vacances, changea 
ce désir en résolution. Les trois fréres se. mirent aussitót à l'eeuvre, et, 
pendant plusieurs années, ils continuèrent d'apporter à la collection com- 
mune leurs soins et le produit de leurs récoltes. Henri n'avait pas encore 
dix ans, et déjà son ardeur et son aptitude pour ces nouvelles études 
étaient remarquables; aussi l'excellent. docteur Guépin (d'Angers), auteur 
de la Flore de Maine-et-Loire, mit-il, avec sa bienveillance habituelle, 
son expérience et ses collections à la disposition du jeune aspirant natu- 
raliste, 

En 1842, Henri entrait à l'institution de Combrée en Anjou, où sa passion 
pour l'histoire naturelle ne fit que s’accroître malgré les difficultés qu'il éprou- 
vait à la satisfaire selon ses goüts. A la recherche des plantes, il joignit désor- 
mais celle des insectes. La plus grande partie de ses vacances était consacrée 
à de nouvelles excursions et au classement de l’herbier, — En 1844, il entre 
au collége de Brugelette en Belgique, dirigé par des religieux de la Compagnie 
de Jésus. Il y fait de solides études et y obtient des succès; il s'applique 
surtout aux sciences mathématiques sans négliger les sciences naturelles qui 
lui étaient si chéres. En 1850, ses études classiques étaient terminées, et, au 
commencement de 4854, il subissait brillamment l'épreuve du baccalauréat- 
ès-lettres. 


Plus libre désormais de suivre ses goûts, il consacra tous ses loisirs à l’his- 
toire naturelle et spécialement à la botanique; dès lors il. s'empressa de se 
créer de nouvelles relations avec les botanistes dont les conseils et l'expérience 
pouvaient lui être utiles. M. Boreau, directeur du jardin botanique d'Angers, 
l'accueillit. avec une cordialité- doat le jeune botaniste lui garda toujours 
une profonde reconnaissance. Sous la direction de MM. Guépin et Boreau, 
il avait déja exploré le département de Maine-et-Loire en tous sens, et il 
fallait à ses excursions un champ plus vaste. — Au mois de mai 1854, il 
fait un voyage en Belgique où l'attiraient ses souvenirs; il visite les environs 
de Spa, de Liéze, de Namur. A peine revenu, il repart et s'en va herbo- 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861, 593 


riser de Nantes à Bordeaux, de Bordeaux à Toulouse, monte anx Cévennes, 
puis, avec son jeune frère Joseph, se rend pour quelques jours dans les 
Pyrénées, à Bagnères-de-Luchon. Ce n'était pas seulement le charme d'une 
excursion intéressante qui l'y amenait, mais c'était principalement le désir 
de voir et de connaitre l'illustre professeur Adrien de Jussieu, qu'il devait 
y rencontrer. Il le vit en effet, et en fut reçu avec sa bienveillance ac- 
coutumée; il fit avec lui quelques excursions dans là montagne, oü ils 
furent obligeamment guidés par M. Boileau. A Luchon, il fit également 
la connaissance de M. Lange, botaniste danois, qui se rendait en Espagne 
pour étudier la végétation de ce pays et en faire l'objet d'importants 
travaux? 

Henri comprit bientôt qu'il ne suffisait pas de multiplier les explorations, 
mais qu'il était nécessaire de se livrer à des études plus sérieuses et d'acquérir 
des connaissances exactes en physiologie et en organographie. Il vint donc 
à Paris, où il suivit, avec un vif intérêt et une grande exactitude, les cours 
des professeurs Adrien de Jussieu et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ainsi que 
la plupart des autres cours du Muséum relatifs aux sciences naturelles. Chaque 
jour il étendait le cercle de ses relations et cherchait dans la fréquentation 
des hommes les plus distingués ce complément d'instruction pratique que 
seule elle peut donner. Au nombre de ceux qui l'accueillirent avec le plus 
d'empressement et de cordialité, il aimait à citer avec reconnaissance M. J. 
Gay, dont la direction lui était si utile et si chère. Il était heureux de se 
trouver à ces réunions intimes où M. Gay groupe autour de lui les amis 
d'une science à laquelle Henri s'était désormais presque exclusivement voué. 
— À Paris, il retrouva avec bonheur un homme de savoir et de cœur, 
épris comme lui des sciences naturelles, M. l'abbé Lelièvre, son ancien 
maitre devenu son ami. Chaque semaine ils consacraient une journée à 
répéter ensemble les leçons des professeurs dans les causeries familières de 
l'amitié. 

Les hommes sérieux qui portaient intérêt à Henri l'engageaient à pour- 
suivre plus profondément encore ses études scientifiques, si bien inaugurées 
par les cours qu'il avait suivis avec non moins de succès que.de zèle ; mais 
l'ardeur de sa jeunesse et sa nature impétueuse lui rendaient difficile tout 
travail demandant surtout de l'assiduité; à sa robuste constitution il falloit 
le mouvement et l'espace. 1| avait lu avec avidité les récits des voyages 
scientifiques, et. c'est avec impatience qu'il attendait l'occasion de dépenser 
dans des explorations lointaines cet exces de vigueur qui lui rendait pénible 
le calme de la vie sédentaire. 


Je fus heureux de pouvoir bientôt moi-même lui offrir cette occasion 
d'élargir le cadre de ses explorations. —- En 1852, au retour de mon premier 
voyage en Algérie (à Oran, Saida et le Chott-el-Chergui), j'entrai pour la pre- 


594 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


mière fois en relation avec lui; MM. J. Gay et de Scheenefeld me l'avaient 
chaleureusement recommandé. Je me fis un plaisir de lui faire part des résul- 
tats scientifiques de mon voyage, et de lui exprimer l'attrait des herborisa- 
tions dans la province d'Oran. Ces conversations et un important envoi de 
plantes sahariennes que je reçus alors, excitèrent vivement chez lui le désir 
de m'accompagner dans les voyages que je me proposais de faire successive- 
ment dans les parties inexplorées ou les moins connues de l'Algérie; il fut 
arrété entre nous que, dans les premiers jours de mai 1853, nous irions trouver 
à Biskra MM. P. Jamin et Balansa,. qui pourraient en quelques jours nous 
faire voir sur place la plupart des espèces alors si peu connues de cette inté- 
ressante localité qu'ils devaient explorer avec soin pendant tout l'hiver et le 
commencement du printemps. 

Le 8 mai, nous partions de Marseille avec M. Joseph de la Perraudiére, qui, 
habitué à prendre part aux études et aux recherches de son frère, ne voulait 
pas le laisser entreprendre sans lui un voyage, maintenant trés facile, mais qui 
alors pouvait présenter des difficultés, peut-être méme quelques dangers. 
MM. de Viviès et de la Blottais, amis de MM. de la Perraudière, s'étaient 
joints à nous. Grâce au concours actif et dévoué de MM. de la Perraudiere, 
nous páümes recueillir presque tous les éléments de la végétation depuis 
Philippeville jusqu’à Biskra, c'est-à-dire ceux de la région littorale, ceux de 
la région des hauts plateaux, et une grande partie de ceux de la région mon- 
tagneuse par une course de plusieurs jours au Djebel Tougour, dont la belle 
forêt de Cèdres n'avait encore été visitée qu'en hiver. — Un court séjour à 
Biskra, oà MM. Balansa et P. Jamin firent preuve envers nous du plus entier 
dévouement, nous permit de profiter de leurs recherches antérieures et de 
recueillir la plupart des espèces caractéristiques de la curieuse région saha- 
rienne, 

De Biskra nous remontâmes le cours de l'Oued Biskra jusqu'au confluent 
de l'Oued el Kantara et de l'Oued Abdi dont nous suivimes jusqu'a Telet la 
charmante vallée par laquelle nous pénétrámes dans le massif des montagnes 
de l'Aurés. Du village de Telet nous explorâmes avec soin la partie supé- 
rieure de la vallée et le Djebel Mahmel. Une course au Djebel Chéliah 
nous fournit plusieurs espèces nouvelles pour la flore algérienne et des 
données importantes sur la végétation des hautes sommités. — Du Djebel 
Chéliah à Batna, nous retrouvâmes en abondance la plupart des plantes de 
la région des hauts plateaux. — Le 49 juin nous étions de retour à Cons- 
tantine, et le 23: nous nous embarquions à Philippeville pour revenir en 
France. 

Pendant ces quarante jours de voyage en Algérie, grâce surtout au zèle de 
nos deux dévoués collaborateurs, Henri de la Perraudière et M. Balansa, nous 
pümes voir sur place prés de quatorze cents especes réprésentées par environ 
deux mille cinq cents localités, et découvrir un grand nombre d'espèces non- 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 595 


velles du plus haut intérêt (4). — Ces riches matériaux permirent d'établir 
sur des bases positives les régions botaniques du pays, leurs limites et leurs 
caractères essentiels, tant au point de vue de la végétation spontanée qu'à celui 
des cultures. 


L'importance des résultats de ce voyage dans la chaine des montagnes 
de l'Aurés avait inspiré à Henri, comme à moi, le plus vif désir d'ex- 
plorer les hautes montagnes de la grande Kabylie, qui, en raison de l'état 
politique du pays, n'avaient jamais été visitées par les botanistes. Aussi 
fümes-nous heureux d'obtenir, en 1854, de la bienveillance de M. le maré- 
chal Randon, alors gouverneur-général, l'autorisation de suivre l'expédition 
qu'il allait commander pour assuret la soumission de cette partie de 
l'Algérie. 

Le 15 juin nous nous embarquions pour Alger, que nous quittions le 19 
pour nous rendre au Bordj de Tizi-Ouzou; de là nous devions rejoindre la 
colonne expéditionnaire pour explorer sous sa protection les sommités voisines 
de Souk-el-Arba, où est établi maintenant le fort Napoléon, et surtout Lella- 
Krédidja, point culminant de toute la chaine du Djurdjura, Malheureusement 
la résistance inattendue des Zaoua ne devait pas nous permettre de dépasser 
Tizi-Ouzou. Nous mimes à profit notre séjour forcé sur ce point pour faire 
quelques herborisations nécessairement restreintes en raison de l'insoumission 
de la plus grande partie de la contrée, et le 23 nous dümes gagner la vallée de 
Dra-el-Mizan, maintenue sous la domination francaise par l'habile et énergique 
direction de M. le capitaine Beauprétre, Pendant ce court trajet, il nous fallut 
traverser plusieurs villages presque soulevés, et dans l'un d'eux le passage 
méme nous fut refusé. La circonstance était critique, les fusils commencaient 
à se montrer de toutes parts; mais il suffit d'un signe pour nous mettre d'ac- 
cord sur. la conduite à tenir. Grâce à la présence d'esprit et à l'énergie de 


(1) Parmi les espéces nouvelles ou les plus rares trouvées à une ou plusieurs stations, 
grâce au concours de Henri, je me bornerai à citer : 


Brassica dimorpha 

— aurasiaca 

Saponaria glutinosa 
Erodium trichomanefolium 
Genista microcephala 

— pseudopilosa 
Hedysarum Perralderianum 
Cotoneaster Fontanesii 

— Nummularia 
Hohenackeria bupleurifolia 
— polyodon 

Selinopsis fœtida 

— montana 

Scabiosa crenata 

Evax Heldreichii 


Helichrysum lacteum 
Senecio Gallerandianus 
Silybum eburneum 
Carduncellus atlanticus 
— atractyloides 

— rhaponticoides 
Catananche montana 
Asterothrix hispanica 
Leontodon helminthioides 
Fraxinus dimorpha 
Goniolimon tataricum 
Euphorbia luteola 
Juniperus thurifera 
Avena macrostachya, etc 


596 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Henri, désarconner nos guides qui ne voulaient pas aller plus loin, nous faire un 
otage de la personne du caid, le forcer de monter à cheval et de partir au galop 
devant nous fut l'affaire d'un instant. Quelques heures aprés nous atteignions 
le fort de Dra-el-Mizan. Là nous eümes la contrariété d'apprendre que M. le 
capitaine Beauprétre était campé avec son goum à plusieurs lieues vers l'est, à 
'Tizi-Tleta. Le 24, nous nous décidàmes à aller le rejoindre pour être à méme 
de visiter, sous sa protection, les sommités les plus rapprochées. Le capitaine 
hésita d'abord à nous recevoir, mais le récit des péripéties de notre voyage 
depuis Tizi-Ouzou et la maniere dont nous nous en étions tirés le disposerent 
mieux en notre faveur; il nous donna l'hospitalité sous sa propre tente, et nous 
promit de faciliter nos recherches, en nous prévenant toutefois que son camp 
ne comptait que cent vingt-cinq défenseurs, dont deux Francais seulement, et 
que l'agitateur Bou-Bargla, qui n'était qu'à quelques kilometres, pouvait d'un 
instant à l'autre nous attaquer avec huit cents hommes. — Du campement de 
Tizi-Tleta, nous fimes deux courses au pic de Tizi-Tsennent. Grâce à quel- 
ques distributions de médicaments, nous fümes bien reçus dans les divers 
villages des Beni-Bou-Addou; prés d'Ibadissen, Henri était heureux de 
recueillir deux espèces nouvelles, l/satis Djurdjurce et V Euphorbia cernua. 
Dans la région des Cèdres, il trouvait le premier le Senecio atlanticus, 
espèce nouvelle, et le PAysospermum actæifolium. Les sommités rocheuses 
de Tizi-Tsennent (2050 mètres) lui offrirent l'unique représentant en Algérie 
du genre Mattia, le M. gymnandra nouveau pour la science. Dans la der- 
niere de nos courses à Tizi-Tsennent, je fus atteint de dyssenterie, et nous 
dümes regagner en toute hâte le fort de Dra-el-Mizan. Les soins qui m'y 
furent prodigués et la sollicitude incessante dont je fus entouré par M. le 
capitaine Beauprétre et par Henri conjurèrent rapidement les dangers de la 
maladie; aussi, peu de jours aprés, pümes-nous reprendre le cours de nos 
explorations si malencontreusement interrompu. — Du 2 au 4 juillet, nous 
parcourümes tout le versant nord du Djurdjura à l'ouest du Djebel Tamegout, 
et nous terminâmes cette course par l'exploration d'une partie de la forêt de 
Cèdres qui recouvre le pic et par celle du vaste hémicycle pierreux qui s'étend 
à sa base. Dans cette course, indépendamment des espèces déjà observées à 
Tizi-Tsennent, nous trouvàmes le Vicia ochroleuca var., et Henri découvrit 
un Galium nouveau des mieux caractérisés (G. Perralderii). Le voisinage 
de nombreux trous oà la neige s'était amoncelée, nous promettait encore 
d'intéressantes découvertes ; mais, depuis notre dernier campement, vers la 
base de la montagne, que nous avions quitté à trois heures du matin (et il 
était alors prés de quatre heures du soir), nous étions privés de vivres, et il 
fallut songer à la retraite. 

Aprés un court séjour à Dra-el-Mizan, nous étions, le 7 juillet, de retour 
à Alger, où nous consacrions quelques jours à l'examen de l'herbier de 
M. Duval-Jouve, alors inspecteur dé l'Académie d'Alger, et qui, depuis 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 997 
plusieurs années, explorait avec autant de zèle que de succès les environs 
de cette ville. 

Nous devions encore visiter les localités classiques des environs de Blidah, 
la montagne d'Ain-Telazit et les gorges de la Chiffa. Dans cette dernière 
localité, déjà si fréquemment explorée par les botanistes, Henri trouva deux 
espèces nouvelles pour l'Algérie, le PAysocaulus nodosus et l Arabis Turrita ; 
vers le Ravin-des-singes, il constata l'existence d'un véritable massif de 
Laurus nobilis, et, sur les berges les plus abruptes de la Chiffa, il recueillit le 
magnifique Centaurea sempervirens. — Au col de Mouzaia, il trouva le 
Scutellaria Columna, nouveau pour l'Algérie. 

De Médéah nous allâmes explorer la forêt de Téniet-el-Haad et les mon- 
tagnes de l'Ouarensenis. Dans ce trajet, non loin de Médéah, Henri recueillit 
les premiers pieds d'une espèce nouvelle de Lavatera (L. stenopetala). Vers 
Téniet-el-Haad, dans les bois d'Ain-Kharaza, sans négliger la botanique, il 
trouve l'occasion de faire une magnifique chasse, et son habileté comme chas- 
seur nous servit de recommandation auprès de M. Margueritte, alors capitaine 
et commandant supérieur du cercle de Téniet-el-Haad. — Dès le lendemain 
(23 juillet), notre aimable hóte voulut bien nous accompagner dans une 
excursion à la belle forét de Cédres; et, malgré la saison avancée, nous y 
fimes une intéressante herborisation dans laquelle Henri recueillait deux 
espéces nouvelles, le Zepidium acanthocladum et le Bupleurum montanum. 
— Le massif si pittoresque des montagnes de l'Ouarensenis ne nous offrit qu'un 
petit nombre de plantes que nous n’eussions pas déjà rencontrées, et il fallut 
plusieurs pénibles ascensions des pics de Sidi-Amar, de Sidi-Abd-el-Kader et 
de Sidi-Djebbar pour constater la présence du Delphinium Balansæ, d'une 
curieuse variété de l'A//ium flavum et d'un véritable bois d'Amandiers sau- 
vages. — La saison déjà trop avancée, l'hospitalité précaire des chefs indigènes 
et surtout la véritable souffrance causée par l'abondance de la vermine, nous 
faisaient vivement désirer le bien-être de la ville. Aussi, en trente-six heures, 
fimes-nous à cheval le long trajet de l'Ouarensenis à Milianah. — Dès les pre- 
miers jours d'aoüt nous étions de retour à Alger, très satisfaits des résultats 
généraux de notre voyage, qui, malgré les circonstances défavorables dans 
lesquelles nous nous étions souvent trouvés, nous avait permis d'étudier la 
végétation du massif montagneux de la province d'Alger. 


A peine de retour de cette laborieuse expédition, Henri, toujours avide de 
continuer ses explorations botaniques, s'offrit à M. Bourgeau pour l'accompa- 
gner dans un voyage qu'il projetait de faire aux iles Canaries, Ce voyage avait 
pour but de compléter les herborisations déjà exécutées en 1845 et 1846 par 
M. Bourgeau dans l’ensemble de l'archipel canarien. Les documents qui 
devaient être recueillis étaient destinés à être mis immédiatement en œuvre par 
M. Webb, le savant auteur du Phytographia canariensis, qui s'occupait alors 


598 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


de la publication d’un synopsis de ce grand et magnifique ouvrage, synopsis 
dont il avait déjà rédigé presque le tiers au moment où une mort subite vint 
l'enlever, le 31 août 1854, à la science dont il était l'une des illustrations, et 
à l'affection de tous ceux qui avaient eu le bonheur de le connaître. M. Webb 
ayant légué son herbier spécial des iles Canaries, ainsi que toutes ses collections 
botaniques, au Grand-Duc de Toscane, le mécène de là science en Italie, la 
France allait être privée de documents qui n'existaient que dans l’herbier 
de M. Webb ou dans ses manuscrits. Dans ces fácheuses circonstances, Henri 
de la Perraudiere et M. Bourgeau considérèrent comme un devoir de réaliser 
le voyage dont M. Webb avait eu l'initiative, et, mettant à profit les impor- 
tants documents qu'ils devaient à la bienveillance de cet illustre botaniste, 
ils se proposèrent de rechercher avéc encore plus de soin, à leurs localités 
classiques, toutes les plantes rares où nouvelles découvertes depuis la publi- 
cation du Phytographia canariensis. 

Ils s'embarquérent donc au commencement de janvier 1855, à Marseille 
pour Cadix, où le départ d'un bâtiment de guerre espagnol, devant relâcher 
à Ténériffe, leur offrit l'occasion la plus favorable pour atteindre rapidement 
le but de leur voyage. — Vers le 15 janvier, à Sainte-Croix-de-Ténériffe, 
Henri inaugurait ses hetborisations canariennes, et, gráce au concours de 
M. Bourgeau, acquérait bientót les connaissances indispensables pour l'explo- 
ration d'un pays si nouveau pour lui. — En février, ils prirent pour centre de 
leurs excursions la ville de la Laguna, d'où ils rayonnérent en tous sens dans 
les environs. — De mars à la fin d'avril, ils visitérent à plusieurs reprises la 
forêt de las Mercedès (où ils rencontrérent toutes les espèces forestières 
caractéristiques de la flore des Canaries), la pointé d'Anaga, les environs de 
l'Orotava et de Taganana, la Laguna, Candellaria, Guimar, Atico, et ils 
revinrent enfin à Sainte-Croix-de-Ténériffe et à la Laguna. 

Au commencement de mai, moment oi la végétation des Canaries était dans 
toute sa splendeur, nos deux voyageurs, pour ne pas laisser échapper l'occa- 
sion de recueillir en pleine floraison certaines espèces spéciales, durent se 
séparer en se partageant la tâche de l'exploration; Henri se chargeait d'her- 
boriser à l'ile de Fer, pendant que M. Bourgeau devait de son cóté parcourir 
l'île de Canaria. La flore de l'ile de Fer n'était güère connue que par une 
seule course que M. Bourgeau y avait faite dans son précédent voyage, à une 
saison moins favorable, Aussi, comprenant tout l'intérét qu'offrait l'étude de 
la végétation de cette ile, Henri recueillit avec soin toutes les espèces, méme 
les plus communes; il y découvrit l Andropogon foveolatus, ute espèce nou- 
velle de Brachypodium remarquable par sa tige frutescente (B. Arbuscula 
J. Gay) et le Statice brassicæfulia qui n'avait été encore observé que dans 
l’île de Gomére; il trouva aussi en abondance le Statice macroptera, dont 
M. Bourgeau, dans son premier voyage, n'avait rencontré que peu d'échan- 
tillons. P 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1804. 599 


Vers la fin de mai, les deux infatigables explorateurs se retrouvèrent à la 
Laguna d’où ils rayonnèrent de nouveau dans la partie nord-est de l'ile. Les 
barrancos de la pointe d'Anaga offrirent à Henri le Solanum Nava à une sta- 
tion où il n'était pas connu, le Statice macrophylla, une espèce nouvelle de 
Carex (C. Perralderiana J. Gay et DR.), et surtout une magnifique Fougère 
qui n'était connue qu'aux îles Açores et à Madère, le Balantium Culcita. — 
Le 8 juin, M. Bourgeau et Henri de la Perraudière se partagèrent encore la 
tâche: M. Bourgeau devait visiter la partie occidentale du côté nord de l'ile, 
se rendre au port de l’Orotava, de là à Garachico et à Buenavista, aux mon- 
tagnes de los Silos, aux Cañadas de Teyde et enfin revenir à la ville de l'Oro- 
tava; Henri se chargeait d'explorer la partie la plus méridionale de l'ile, en 
commencant par Guimar, oü ils avaient déjà herborisé en février et avril; de 
là il traversait Arico; à Tamadaya il découvrait une espèce nouvelle de 
Preauxia (P: Perralderii Sch. bip.), et recueillait en fruits mûrs une inté- 
ressante Ombellifère, qui n'avait encore été vue qu'en fleurs, le Seseli Webbii 
(Ferula? tortuosa Webb), le curieux Zeinchenia peliorrhyncha, un Echium 
voisin de l' Z. Aierrense probablement nouveau et le magnifique Æhodorrhiza 
scoparia, et, dans une excursion au barranco de Chajana, il découvrait 
un Convolvulus frutescent nouveau (C. Perralderii) ; puis, en passant par 
Adexe, il se rendait à Guia, où il recueillait le Zupleurum aciphyllum, et 
terminait cette intéressante tournée en remontant d'Adexe à Chasna, d’où il fit 
l'excursion des Cañadas de Teyde et l'ascension du pic. Enfin, dans les pre- 
miers jours de juillet, il rejoignit M. Bourgeau à la ville de l'Orotava qui fut 
pour les deux. botanistes un nouveau centre d'explorations intéressantes : à 
la localité classique de los Organos, ils recueillirent une importante série de 
Leucophaë (Sideritis auct.), et Henri put constater d'assez nombreuses tran- 
sitions entre les types spécifiques de ce genre en apparence les plus tranchés ; 
le genre Micromeria lui fournit un sujet d'observations analogues. | 

De la ville de l'Orotava, ils descendirent au port du méme nom ; ils y vísi« 
tèrent le jardin botanique, où ils récoltérent toutes les espèces canariennes 
qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de trouver à l'état spontané. Du port de 
l'Orotava, ils revinrentà la Laguna où ils avaient centralisé toutes leurs récol- 
tes. Vers la fin de juillet ils s'embarquérent à Sainte-Croix, pour revenir en 
Europe par la voie de Southampton. 

Dans cette importante campagne botanique, Henri n'avait pas recueilli moins 
de onze cents espèces, toutes représentées par de nombreux et beaux échan- 
tillons. Les Æonium (Sempervivum auct.), généralement si mal repré- 
sentés dans les herbiers, furent de sa pärt l'objet de recherches spéciales. La 
préparation de ces belles plantes offrait les plus grandes difficultés, les pro- 
cédés de dessiccation devant être modifiés presque pour chaque espèce : pour 
lesgrandes espéces, Henri eut soin de prendre des échantillons complets divisés 
eu plusieurs fragments. Ces précieux matériaux furent des plus utiles pour 


600 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


la détermination des espèces litigieuses, et permirent d'apprécier l'exactitude 
du jugement porté sur le terrain au sujet de plusieurs d'entre elles par l'œil 
exercé du jeune naturaliste. Le genre Æchium, si largement représenté aux îles 
Canaries par des espèces frutescentes, les Senecio, les Cineraria, les Chry- 
santhemum et les Euphorbes frutescentes, propres aux Canaries, furent 
recueillis avec le méme soin. ; 

Les recherches de Henri ne furent pas limitées seulement aux Phanéro- 
games, elles comprirent également les Cryptogames et spécialement les 
Mousses ; il ne négligea pas non plus les autres branches de l'histoire natu- 
relle : les insectes, les coquilles terrestres et fluviatiles, lui offrirent plusieurs 
nouveautés intéressantes. 

Au mois de novembre 1855, Henri prit la part la plus active et la plus intel- 
ligente à la détermination des plantes recueillies dans ce voyage, et il se fit un 
plaisir d'enrichir les collections publiées par M. Bourgeau de plusieurs espèces 
propres à l'ile de Fer et à la partie méridionale de l'ile de Ténériffe qu'il avait 
visitées seul, et d'un grand nombre d'échantillons récoltés dans les herborisa - 
tions faites en commun. Il eut soin de réserver pour son herbier toutes les 
formes extrémes des espéces et de joindre à ses échantillons personnels ceux 
de M. Bourgeau, provenant de ce dernier voyage et de celui de 1845-1846 ; 
aussi l'ensemble de sa collection offre-t-il un véritable intérét scientifique pour 
l'étude de la flore canarienne. — Il répartit ses nombreux doubles en une 
vingtaine de collections et les distribua avec la plus grande libéralité, se préoc- 
cupant bien moins de ce qui lui serait offert en retour, que de l'utilité que 
ses plantes pourraient avoir pour les herbiers publics et particuliers auxquels 
il les donnait. 


Au printemps de 1856, je proposai à Henri de prendre part au voyage que 
j'allais entreprendre dans l'une des parties les plus intéressantes et les 
moins connues de l'Algérie : nous devions, MM. Kralik, Paul Marès et moi, 
visiter toute la région des hauts plateaux de la province d'Oran, en longeant 
la frontiére du Maroc, gagner l'oasis de Tyout et, de là, suivant la ligne des 
ksour, nous rendre à Laghouat. Ce long et difficile voyage présentait un vif 
attrait an caractère entreprenant et aventureux de notre excellent ami. Mais 
peu de jours avant notre départ, dans l'espoir non réalisé d'étre adjoint 
comme botaniste à l'expédition que M. le comte d'Escayrac de Lauture se 
proposait de diriger vers les sources du Nil, il crüt devoir renoncer à nous 
accompagner dans notre voyage algérien, qui était loin de lui offrir la brillante 
perspective d'un aussi vaste horizon de découvertes scientifiques. 


Henri avait vivement regretté de ne pas m'avoir accompagné dans mon 
voyage de 1856, qui m'avait offert des découvertes fort intéressantes ; aussi 
demanda-t-il avec empressement de se joindre à moi, en 1858, pour l'explo- 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 601 


ration d'ensemble de l'extrême sud des provinces de Constantine et d'Alger, 
daus laquelle j'étais en outre secondé par MM. Kralik, Aristide Letourneux 
et Paul Marés. Indépendamment de son concours pour la partie botanique, 
il se chargea plus spécialement de l'entomologie de ces régions, qui n'avaient 
jamais été visitées qu'à la suite de colonnes expéditionnaires, et dans la saison 
où le voyage, plus facile et moins dangereux pour la santé, était par cela 
méme le moins favorable aux recherches des naturalistes. Notre voyage devait 
comprendre l'Oued-R'ir, l'Oued-Souf, Tougourt, Ouargla et le Mzab. Ce vaste 
programme, auquel une commission de l'Académie des sciences avait bien 
voulu donner son approbation, fut heureusement réalisé, grâce au patronage 
du Ministère de la Guerre, grâce aussi à la bienveillante protection de 
S. Exc. M. le maréchal Randon, alors gouverneur-général de l'Algérie, et 
à celle de M. le général Desvaux, commandant alors la subdivision. de 
Batna. 

Le 30 mars 1858 nous arrivions à Biskra, point le plus méridional de notre 
voyage de 1854. — Le 6 avril nous campions à Tabir-Rashou au confluent de 
l'Oued Biskra et de l'Oued Djeddi. Yers Chegga, notre première station au sud 
de T'ahir-Rashou, Henri recueillit l'un des premiers l' Astragalus hauarensis, 
l'Ammodaucus leucotrichus, V Erythrostictus punctatus, etc. — Dans ‘les 
sables de Mguebra sur l'Oued Ittel, ce fut avec une véritable joie qu'il vit pour 
la premiere fois l'EpAedra elata réuni au Calligonum comosum, et qu'il prit 
le premier individu d'un des insectes les plus rares du Sahara algérien, l' Anthia 
venator, — Aux environs du Chott Melr'ir, il découvrit la curieuse Chicoracée 
sur laquelle a été fongé le genre nouveau Zourneuxia (1) dédié à mes deux 
dévoués collaborateurs Henri Le Tourneux de la Perraudière et A. Letour- 
neux, qui tous deux ont si puissamment contribué aux résultats intéressants 
de notre voyage. — Près d'Oum-el-Thiour s'offrent à nous l’Æenophyton 
deserti et l'Anthyllis sericea: — A Ourlana, dans les eaux saumâtres d'un 
petit lac communiquant avec la nappe artésienue qui existe dans tout l'Oued- 
Wir, Henri, par un coup de fusil heureux, nous procura les premiers indivi- 
dus du curieux poisson (G/yphisodon Zillii) qui, propre aux eaux souter- 
raines, se répand dans les. fossés des oasis de l'Oued-R'ir. — A Sidi-Sliman 
nous quittons l'Oued-R'ir pour nous rendre dans le curieux pays du Souf; 
nous traversons à l'est 25 lieues de dunesqui nous séparent de Guemar, 
l'une des villes principales de ce pays. Dans ces dunes, nous recueillons l’ Ze- 
liotropium : luteum et le Monsonia nivea, plantes d'Égypte et d'Arabie, 
nouvelles pour l'Algérie. Nous visitons ensuite les villes de Kouinin, Tarzout, 
El Oued et les vastes excavations creusées dans les sables des dunes et au fond 
desquelles les Dattiers sont plantés par groupes. 


(4) Le Tourneuxia variifolia, assez rare dans le sud de la province de Constantine, est 
abondant dans la partie méridionale du Mzab. 


T. VIL 39 


602 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Pour nous rendre d'El Oued à Tougourt par Taibet-el-Gueblia, nous avions 
de nouveau à traverser les dunes; et, à notre campement au pied du Djebel 
Ktef, véritable montagne de sable mobile, nous eümes à subir, par un vent 
violent, les flots de sable qu'il soulevait. Le 22, nous arrivons à Tougourt où 
nous retrouvons les eaux artésiennes et la végétation monotone del Oued- 
R'ir; nous y séjournàmes néanmoins jusqu'au 26 afin de mettre en ordre nos 
collections, en profitant des facilités que nous offrait pour ce travail notre 
installation dans la Kasbah. 

Entre Tougourt et Ouargla, villes séparées par une distance d'environ 
40 lieues, nous passons par Temacin, Blidet-Amar et El Hadjira. Aprés plu- 
sieurs journées, dans lesquelles nous n'avions trouvé que peu de nou- 
veautés, nous arrivons dans la Chechia-d'Ouargla à une localité où croit en 
abondancé ‘une : curieuse Résédacée nouvelle (/andonia africana). — A 
Ngoussa nous installons notre campement par une chaleur réellement acca- 
blante, s'élevant sous l'influence du siroco jusqu'à 42°: Nous étions profondé- 
ment abattus par cette température excessive et par l'action énervante du vent 
dusud; mais, à la tombée de la nuit, à la vue de l'un des plus rares coléoptères 
de l'Algérie, le Pimelia coronata, Henri oubliant toute fatigue allume une 
lanterne : et se livre à une chasse entomologique des plus fructueuses. Les 
insectes, sous l'influence de cette température exceptionnelle, sortent de toutes 
parts de leurs retraites, et quelques espèces, dont on n'avait vu jusqu'alors 
que de rares individus,  s'offrent par centaines. L'ardeur du jeune naturaliste 
est contagieuse, et bientót, malgré chaleur et siroco, nous nous livrons tous à 
cette belle chasse entomologique. 

Le.2 mai nous arrivons à Ouargla, but extrême de notre voyage: Afin 
d'éviter les influences paludéennes si redoutables en cette saison dans ce pays; 
nous avons soin de choisir, pour nous y installer, une maison isolée et éloignée 
des surfaces irriguées de cette vaste oasis. Là; de méme qu'à Ngoussa, la 
flore étant des plus pauvres, nous n'avons guère pour distraction que les 
observations barométriques. Dès le 4, n'étant plus soutenus par l'intérét des 
recherches, nous subissons l'action délétère du climat, et nous ressentons les 
premiers symptômes de la dyssenterie. Heureusement, nous pouvons dès le 
lendemain gagner un plateau assez élevé pour être soustraits aux causes qui ont 
déterminé notre indisposition, et une riche herborisation au puits de Hassi- 
el-Djual, en nous rendant toute notre énergie morale, contribue à conjurer 
des accidents qui pouvaient avoir une terminaison funeste. — De Hassi-el- 
Djual à Metlili nous nous écartons peu du lit de l'Oued Mzab complétement E 
sec en cette saison. Ses iminenses alluvions nous offrent un vaste champ de 
recherches et d'abondantes récoltes. — A peine avons-nous quitté la vallée de 
l'Oued Mzab pour entrer dans celle de l'Oued Neumrat, son affluent, descen- 
dant des montagnes de Mellili, que Henri, oubliant qu'il est en cacolet et 
qu'il fait contre-poids à M. Kralik, s'élance pour récolter: une Composée 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 603 


nouvelle (1) (Perralderia coronopifolia), et, compromettant par son impé- 
tuosité l'équilibre du. cacolet, risque de causer la chute de son partner, 
d'autant plus inquiet de cette secousse imprévue qu'il est chargé d'un baro- 
mètre Fortin servant à nos observations journalières d'altitudes. Sur les 
plateaux pierreux qui dominent Metlili, nous recueillons le Fagonia echinella 
qui n'avait encore été trouvé qu'au Sinai et dans les déserts de l'Égypte, une 
espèce nouvelle d’ Helianthemum (H. metlilense), et dans les rochers nous 
trouvons un Reseda nouveau (R. villosa) avec le Perralderia coronopifolia, 
qui ici croit dans sa véritable station, tandis que dans les alluvions de l'Oued 
Neumrat, où l'oeil exercé de Henri l'avait découvert, il avait été apporté parles 
eaux, et sa présence n'était qu'accidentelle. —- Près de la ville de Metlili, nous 
rencontrons le magnifique Calotropis procera, qui là, sentinelle avancée de la 
région subtropicale, est à la limite septentrionale de son aire de distribution 
géographique. Henri, sans tenir compte de la difficulté dela préparation de la 
plante, entrainé par son ardeur habituelle, recueille une énorme quantité de 
volumineux échantillons, et, pour n'avoir pas à leur consacrer tout ce que 
nous avions de papier disponible, s'ingénie, et avec succès, à les soumettre à 
des procédés de dessiccation les plus variés. — En nous rendant de Metlili à 
Gardaia, nous observons plusieurs plantes intéressantes, entre autres le Sene- 
cio Decaisnei, le Gaillonia Reboudiana, un Amberboa et un Moricandia 
(M. divaricata) nouveaux pour la science. — Aux environs de Gardaia, c'est 
aux patientes recherches de Henri que nous dümes une riche provision du 
Lomatolepis glomerata, dont nous n'avions jusqu'alors rencontré que des pieds 
isolés. — A Guerrara, l'une des localités les plus riches de notre voyage, 
il découvre dans l'oasis le Convolvulus fatmensis, nouveau pour l'Algérie et 
qui n'avait encore été observé qu'en Égypte et en Arabie. — A Berrian, il 
contribue activement à la récolte du Pidesmus bipinnatus, qui, depuis Des- 
fontaines, n'avait été retrouvé qu'aux environs de Gabès, dans le sud de la 
régence de Tunis, et du Aeboudia erucarioides que nous n'aviens pas encore 
vu en fruits mûrs. 

Le 29 mai nous arrivious enfin à Laghouat, terme de ce long voyage, qui, 
dans le Sahara seul, n'avait pas embrassé moins de 300 lieues. La cordiale 
hospitalité de M. le commandant Margueritte nous fit bientôt oublier nos 
fatigues et les privations dont nous avions eu à souffrir, pour ne nous laisser 
que la satisfaction d'avoir heureusement accompli une exploration qui nous a 
fourni d'importantes données de géographie botanique, et qui eüt été d'une 
réalisation impossible sans les hautes protections et la bienveillante sollicitude 
qui nous ont entourés. i 


Les découvertes que nous avions faites ea 1854 dans la partie occidentale du 


(1) Cette belle plante est immédiatement reconnue devoir constituer un genre nouveau 
qui, d’un accord unanime, est dédié à Henri, auteur de la découverte. 


604 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


massif des montagnes du Djurdjura au milieu des difficultés de l'état de guerre, 
avaient laissé à Henri, comme à moi, un ardent désir de compléter nos pre- 
mières recherches par une exploration de l'ensemble de la Kabylie, exploration 
maintenant sans péril, depuis que la soumission de cette contrée est assurée par 
le succes complet de l'expédition commandée, en 1857, par S. Exc. M. le 
maréchal Randon. Pour la réalisation de cette exploration, qui devait combler 
l'une des lacunes les plus regrettables dela Flore de l'Algérie, nous obtinmes 
l'appui le plus bienveillant de S. Exc. M. le Ministre de la Guerre; grâce à sa 
haute recommandation, S. Exc. M. le Gonverneur-général voulut bien don- 
ner les ordres nécessaires pour faciliter notre voyage et en assurer partout la 
sécurité. — Nous partions donc de Marseille, le 21 juin 1861, avec M. Kralik, 
compagnon habituel de nos voyages en Algérie; à Bóne nous devions nous 
adjoindre M. A. Letourneux, qui avait déjà fait avec nous l'importante 
exploration du sud des provinces de Constantine et d'Alger. — Dès le lende- 
main de notre arrivée à Bóne, oü nous trouvons chez notre excellent ami 
M. Letourneux l'hospitalité la plus cordiale, nous faisons avec lui, et sous 
sa direction, l'ascension de la montagne de l'Édough ; nous voyons dans les 
belles foréts de cette montagne, qui nous offrent la plus riche végétation, le 
Châtaignier et le Laurus nobilis, à des stations où leur état spontané est 
incontestable, et nous recueillons le Scrofularia tenuipes, espèce nouvelle 
découverte autrefois au méme endroit par M. Krémer, mais que nous devons 
revoir à un grand nombre de localités dans le reste de notre voyage. — 
Le 2 juillet, apres plusieurs courses aux environs de Bóne, et l'étude atten- 
tive faite en commun de l'herbier de M. Letourneux, nous quittons cette 
ville pour nous rendre à Philippeville, en passant par le lac Fezzara. Ce lac, 
indépendamment de son intérêt botanique, offrit à Henri, non moins bon 
chasseur que naturaliste, l'occasion de voir les nids des innombrables oiseaux 
aquatiques qui l’habitent. Je ne saurais exprimer son admiration enthousiaste, 
lorsque, la barque qui nous portait pénétrant dans la bande de roseaux qui 
circonscrit le lac, il voyait fuir de toutes parts ou s'élever dans les airs des 
Grèbes, des Canards, des Cormorans, des Hérons des espèces les plus diverses, 
des 1bis-Falcinelles, des Spatules, etc. Les nids suspendus en plusieurs étages 
au milicu du lacis des roseaux n'excitaient pas moins son admiration, et c'eüt 
été pour lui un bien intéressant sujet d'étude que d'observer leur ordre de 
superposition, leur structure, les formes si diverses des œufs et celles des 
jeunes oiseaux, si la saison déja avancée nous eût permis de faire un plus 
long séjour daus cette curieuse localité. 

^ inon grand regret, je dus laisser partir M. A. Letourneux et Henri seuls 
pour l'exploration du pays des Senhadja, d’où ils devaient se rendre à Philip- 
peville, tandis qu'une indisposition dont je relevais à peine, m'obligeait avec 
M. Kralik à gagner directement cette ville. Le 4, nous y étions tous réunis, €t 
la journée du 5 suffit à peine à la préparation de toutes les plantes inté- 


ne 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 605 


ressantes rapportées par nos deux infatigables explorateurs. C'étaient les 
Rumex Aristidis, Eragrostis atrovirens, Panicum acutifolium var., Leersia 
hexandra, Hypericum afrum, Elatine campylosperma et Alsinastrum, des 
Isoétes, etc. , qu'ils avaient recueillis dans les dunes et les marais; en un mot, 
plusieurs espéces nouvelles pour l'Algérie, et nombre de plantes connues 
jusqu'ici seulement à la Calle. En moins de deux jours, ils avaient fait à che- 
val plus de 20 lieues sans négliger aucune espèce, méme celles qui par leur 
exiguité semblaient devoir échapper à une excursion aussi rapide. 

Aprés avoir exploré les vastes forêts de Chénes-Liéges qui s'étendent de 
Saint-Antoine à Tamalous, nous arrivions le 8 juillet à Collo, où nous trou- 
viens chez le commandant supérieur du cercle, M. Cousin, l'hospitalité la 
plus bienveillante et la plus empressée. Dès le 9, guidés par M. Cousin, qui 
voulut bien nous accompagner dans toute l'étendue du cercle qu'il com- 
mande, nous venions camper sur les bords de l'Oued Tamanart et nous visi- 
tions la curieuse grotte de Guemghem, creusée dans les rochers granitiques 
par les eaux de la mer. — Le lendemain, sur la montagne de Msala, 
M. Cousin nous faisait constater l'existence d'une véritable forét de Pins- 
maritimes (Pinus Pinaster) : Henri y recueillait un Pedicularis (trés 
voisin du P. silvatica) qui n'avait encore été observé qu'aux environs de 
Stora par M. Durieu de Maisonneuve, et nous y trouvions les premiers pieds 
d'un Lysimachia nouveau (L. Cousiniana) signalé par M. Cousin, cultivé par 
lui à Collo, et que nous devions rencontrer désormais dans toute la région 
montagneuse du littoral jusqu’à Bougie. é 

Le soir même nous campions au pied du mamelon qui forme le sommet 
du Djebel Gouffi, et, au voisinage de notre campement, Henri recueillait les 
premiers pieds du Sedum multiceps, dont la station algérienne exacte était 
inconnue, et du Silene Choulettii, qui n'avait encore été observé qu'aux 
environs de Constantine par M. Choulette. Dans la zone supérieure de la forét 
du Djebel Gouffi, de 900 à 1100 mètres d'altitude, nous trouvons en abondance 
le Quercus castaneæfolia associé au Q. Mirbeckii. Ce beau Chêne, que nous 
verrons former de vastes foréts dans les montagnes des Beni-Foughal, au 
Djebel Tababor, au Djebel Babor, et à l'ouest de Bougie à Taourirt-il-Ghil, 
n'avait encore été signalé que dans les montagnes voisines de la mer Cas- 
pienne, à moins toutefois, comme le suppose M. J. Gay (1), que le Chêne 
envoyé de Chine par M. de Montigny et récemment introduit dans les cul- 
tures n'appartienne à la méme espéce. La méme zone de la forét nous offre 
quelques rares pieds de Q. Pseudosuber, dont malheureusement les feuilles 
ont été détruites par la chenille d'un Bombyx connu des Arabes sous le nom de 
Bou-rebou. Vers le sommet de la montagne nous trouvons un Mæhringia 
nouveau à port de Stellaria (M. stellarioides), et une variété du Jasione 


(1) Voyez le Bulletin,.t. VIII, p. 421 et 422. 


606 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


perennis, qu'en 1853 nous avions vue sans fleurs au Djebel Chéliah. — Par une 
descente trés rapide et trés difficile, nous arrivons daus l'étroite vallée creusée 
par le cours torrentueux de l'Oued Ahbaich, aux eaux pures et limpides, et 
sous les frais ombrages de ce joli site, qui, sans la présence du Zaurus nobilis, 
rappellerait certains vallons des Vosges, nous trouvons une curieuse association 
de plantes européennes. M. Cousin nous avait annoncé l'existence daus ce 
cours d'eau de l'espèce nouvelle de Truite propre à l'Algérie, décrite sous le 
nom de Salar macrostigma par M. A. Duméril, et bientôt les Kabyles pren- 
nent sous nos yeux un assez grand nombre de ces poissons, qui, par leurs 
habitudes, leur, forme et la délicatesse de leur chair, rappellent nos Truites 
de France. -— Dans la forêt des Ouled- Atia de l'Oued Zhour, nous recueillons 
d'intéressants matériaux sur la maladie de l'Olivier, et le 12 nous arrivons au 
fort d'El Miliah, centre d'herborisations intéressantes dans un pays, qui, en 
raison de sa soumission toute récente (1860), n'avait pu être encore exploré au 
point de vue botanique. M. Saint-Mars, commandant supérieur, et M, Mercier, 
chef du bureau arabe, s'intéressent vivement à nos recherches ; M. Mercier 
veut bien nous guider dans une course dans la vallée de l'Oued el Kébir, à la 
source thermale connue sous le nom de Hammam des Beni-Aroun, au Djebel 
Marouf et au Djebel Tafertas, — Dans le ravin pittoresque du Hammam nous 
retrouvons le Sedum multiceps, que nous reverrons dans la plupart des loca- 
lités rupestres jusqu'à Bougie. — Les pentes abruptes et dénudées du Djebel 
Marouf et les environs. de sa vaste grotte nous offrent un grand nombre de 
plantes intéressantes, entre autres une nouvelle espèce de Sinapis (S. indu- 
rata). — Au Djebel Tafertas, nous devons aux patientes recherches de Henri 
la récolte d'assez nombreux échantillons du Silene Choulettii, découvert par 
lui au Djebel Gouffi; à la base de la méme montagne, sur les berges her- 
beuses des ruisseaux, il recueille un Heracleum. non encore observé en 
Algérie, — Les alluvions de l'Oued el Kébir, prés d'EL Miliah, nous offrent de 
nombreux buissons du Gomphocarpus fruticosus, qui paraît réellement spon- 
tané à cette localité. ` 

Entre l'embouchure de l'Oued el Kébir et Djidjelli, notre trajet sur la côte 
à moins d'intérêt ; cependant, dans les marécages, nous constatons à plusieurs 
stations l' Hypericum afrum, V Isnardia palustris, V Anagallis crassifolia, 
ete., et, dans les dunes, au milieu de buissons de Juniperus macrocarpa, 
-nous rencontrons le Pennisetum scabrum, qui jusqu'ici n'avait été indiqué qu'à 
Bougie. — A Djidjelli, nous recevons de M. Ronvalet, commandant supé- 
rieur, et de M. Langlois, chef du bureau arabe, de nombreux témoignages 
d'intérêt, et nous avons le plaisir de voir s'adjoindre à nous M. Lambert, 
inspecteur des forêts de la subdivision de Bône (à l'obligeance duquel nous 
avions dû notre intéressante course au lac Fezzara), avec M. Michelangeli, 
attaché à l'administration forestière du cercle. 

Le 19, guidés par le caid du Djebel Tababor qui était venu nons prendre à 


e 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1864. 607 


Djidjelli, nous partions pour ce massif de montagnes, dont la riche végétation, 
d’après les renseignements fournis par ce chef indigène, paraissait devoir offrir 
le plas haut intérét botanique. Aprés une longue et pénible ascension, nous 
atteignons la montagne des Beni-Foughal, dont la belle forêt est formée 
presque exclusivement par les Quercus Mirbeckii evcastanecfolia. Au voisinage 
d'une source, à El-Ma-Berd, c'est pour nous une véritable surprise de trouver 
sous nos pieds des feuilles d' Epimedium, genre nouveau pour l'Algérie et qui 
en Europe n'est représenté que par une seule espèce ne se rencontrant qu'à 
un petit nombre de localités; cet Fpimedium, bien que nous l'ayons trouvé 
sans fleurs ni fruits, me parait constituer une espèce nouvelle que j'ai été heu- 
reux de dédier à mon dévoué compagnon de voyage, sous le nom d’Æ, Per- 
ralderianum. À cette méme localité, s'offrent à nous quelques pieds d'une 
variété du Pæonia Russi, que les jours suivants nous reverrons très abondante 
sur les. montagnes du Tababor et du Babor; nous y retrouvons aussi le 
Mæhringia stellarioides croissant avec le Digitalis. grandiflora; nouveau 
pour l'Algérie, et Henri recueille de nombreux échantillons d'une forme 
remarquable du Lactuca virosa à feuilles entièrement dépourvues d'aiguil- 
lons. Aprés cette journée fatigante et un long trajet sur des pentes pierreuses à 
peine praticables, nous nous applaudissions de nous trouver tous sains et 
saufs au campement. 

Le 20, nous campons sur les bords de l'Oued el Afran prés de la maison 
du caïd, et le 21, de grand matin, nous partons pour le Fedj Tababor, col 
situé à une assez grande altitude (1000 métres) vers l'extrémité occidentale 
du versant nord de a montagne. Dans notre empressement de coustater 
toutes les richesses qui nous avaient été indiquées, et sans attendre l'arrivée 
des mulets chargés de notre bagage, nous gagnons tout de suite la belle forét, 
qui, à partir de 1200 mètres, couvre une grande partie de ce versant et dont le 
Quercus castanec folia forme presque partout l'essence forestière dominante. 
Bientôt nous atteignons la région des Cèdres, et,:en prenant les devants, 
M. Letourneux et Henri rencontrent les premiers pieds de F Abies: Pinsapo 
var. baborensis; en couper quelques rameaux et nous les apporter silencieu- 
sement pour nous ménager le plaisir de la surprise que devait nous causer 
cette belle découverte, fut pour eux une agréable satisfaction, car ils con- 
naissaient l'extréme rareté de l’ Abies Pinsapo, qui, jusqu'ici, n'avait été 
observé qu'à deux localités des montagnes de l'Espagne méridionale. La forét 
est parcourue en tous sens, et, dés cette premiére course, plus de cinquante 
espèces ligneuses, dont plusieurs nouvelles pour l'Algérie, sont constatées. 
Aprés avoir recueilli avec nous les Pæonia Russi var., Epimedium Perral- 
derianum, Physospermum actæifolium, Calamintha grandiflora var. et 
quelques pieds du rare Arabis Pseudoturritis, etc., Henri et M. Letourneux 
continuent à nous devancer; ils gravissent les ravins et les rochers calcaires 
abrupts situés. vers le sommet de la montagne, qui nous offrent à la fois: le 


608 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE. FRANCE. 


Lonicera arborea, V Alyssum spinosum, de. nombreux buissons de Buxus 
sempervirens, une curieuse variété velue du Rhamnus: alpina (A. Libano- 
tica Boiss. ), le: Sorbus A ria, le Populus tremula, nouveau pour l'Algérie, etc. 
— Vers la grotte connue sous le nom d'Asakif et située dans un hémicycle 
circonscrit par les rochers, Henri trouve, dans une anfractuosité, un assez 
grand nombre d'échantillons, en parfait état, du Senecio atlanticus, qui, dans 
le reste de la montagne; était défleuri depuis longtemps, et, à l'ombre des 
rochers, le Æibes petreum et un: Hieracium (voisin de lH. prenanthoides), 
nouveaux pour l'Algérie, et est heureux de recueillir en fruits mûrs une 
espèce remarquable et non décrite de Galium (G. Perralderii), qu'en 1854, 
nous avions déjà vue, mais seulement en fleurs, dans le Djurdjura. — Sur 
une pente rocailleuse plus rapprochée du somunet, s'offrent à lui quelques 
touffes du Saponaria depressa connu jusqu'ici seulement en Sicile. La récolte 
de cette belle plante termine cette journée si bien reinplie, mais qui, à notre 
retour au campement, devait être attristée par la nouvelle d’un événement 
pénible, 

Un des guides: qui accompagnaient notre bagage était mort subitement 
dans le court trajet de la maison du caid au col du Tababor. Cette mort 
si inopinée nous impressionna tous trés vivement et surtout Henri, et nous 
fit changer nos projets pour le lendemain; nous dümes ajourner l'ascension 
des crétes les plus élevées, car avant tout il fallait nous rendre au village assez 
éloigné où le corps du défunt avait été déposé, constater la cause de la mort 
et donner des témoignages de: sympathie à la famille du Kabyle qui avait 
accidentellement succombé à notre service. Dans cette triste excursion, à la 
porte méme de la maison mortuaire, nous trouvàmes une plante, nouvelle 
pour l'Algérie; c'était la Belladone, plante réellement funèbre, comme le dit | 
l'un de nous, et qui, par une fatale coincidence, devait être l'une des der- 
nières que Henri dût jamais recueillir. En effet, dans la soirée de cette même 
journée, en explorant avec des peines infinies les pentes abruptes de la 
partie inférieure du ravin principal de la montagne, il: aperçoit au sommet 
d'un escarpement une touffe d'une grande plante qu'il montre aux Kabyles 
qui l'accompagnaient, et c'est avec un sentiment de terreur qu’il. voit l'un 
d'eux s'élancer et escalader ces- escarpements pour la cueillir : c'était. encore 
la Belladone. Henri était couvert de sueur, et, dans la partie du ravin où il 
se trouvait, la température était refroidie en raison de la hauteur des 
rochers qui encaissent le torrent, de la rapidité du courant d'air, de l'abon- 
dance et de la: fraîcheur des eaux qui retombent en cascade. Ces influences 
fâcheuses, et le saisissement qu'il éprouve en voyant son guide se plonger 
dans les eaux froides de la cascade immédiatement après sa périlleuse ascension, 
déterminent chez notre cher compagnon de voyage là sensation d'un froid 
pénétrant et un malaise que le repos de la nuit ne suffit pas pour dissiper. 
Le lendemain, dans notre course au sommet de la montagne, il éprouve une 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 4861, 609 


grande fatigue, et, au lieu de poursuivre avec nous l'exploration des crêtes, il 
se voit obligé de remonter à mulet pour regagner le campement. — Le 25, 
tous les soins possibles sont donnés à notre courageux ami, auprès duquel 
reste M. Kralik, pendant qu'avec MM. Letourneux et Lambert je fais une 
rapide exploration du: Djebel Babor. — Le 26, une fièvre continue se pro- 
nonce en méme temps que des signes d'épanchement se manifestent à la base du 
poumon gauche; des révulsifs énergiques sont appliqués, et nous nous déci- 
dons à transporter notre cher malade à Bougie, où nous devions être dans des 
conditions bien plus convenables que sous la tente, pour lui donner tous les 
soins que réclamait son état. Il supporte mieux que nous ne pouvions l'espérer 
les fatigues de ce long trajet (17 lieues), fait partie en cacolet, partie à dos de 
mulet. — Lelendemain, pendant quelques instants seulement, à la montée de 
la colline de Si-Rehan, il est pris d'une faiblesse telle qu'il craint de ne pouvoir 
aller au delà ; mais cette crise est surmontée par sa vigoureuse constitution, et 
il se trouve assez bien pour pouvoir sans aide remonter à mulet. Aprés avoir 
franchi cette colline, il signale à M. Letourneux et le prie de recueillir P Hi- 
iscus palustris, plante nouvelle pour l'Algérie, qui, hélas! devait être sa 
dernière découverte, Le soir méme, il était confortablement installé dans un 
hótel, à Bougie, et recevait immédiatement les soins les plus éclairés de M. le 
docteur Yaulot, médecin de colonisation, connaissant bien les maladies du pays. 
— Le 27 aoüt, tous les symptómes morbides semblaient avoir disparu ; il n'y 
avait plus de fièvre, et malade, médecins et amis croyaient à un complet réta- 
blissement; Henri lui-même m'engageait à poursuivre mon voyage d'explora - 
tion. — Aussi, le 30, je partis sans aucune inquiétude avec M. Letourneux pour 
gagner Alger par les montagnes de la haute Kabylie, laissant à M. Kralik, ami 
dévoué de Henri, le soin de veiller à ce qu'aucune imprudence ne fût commise 
dans une convalescence qui paraissait assurée. Mais, hélas ! peu d'heures seule- 
ment aprés notre départ, la fiévre, qui devait abattre toutes les forces vitales de 
cette belle organisation, reparaissait avec intensité et persistait malgré le traite- 
ment le plus actif. — Le 31, aprés des alternatives de surexcitation, de délire, 
de prostration, de chaleur et de transpiration excessives, le fidéle compagnon de 
nos voyages, qui nous avait donné tant de preuves d'affection et de dévouement, 
arrivait insensiblement à une agonie sans souffrance, et, à cinq heures du soir, 
M. Kralik avait le douloureux devoir d'assister à ses derniers instants et de 
lui fermer les yeux. 

Cette terrible nouvelle ne nous parvint que le 1° août, vers une heure après 
midi, à 20 lieues de Bougie, à Akbou. Nous revinmes immédiatement sur nos 
pas, M. Letourneux et moi, et le 2, quelques heures aprés notre retour, eut 
lieu le service funébre, auquel toutes les autorités civiles et militaires se firent 
un devoir d'assister. Jamais aucune mort n'avait excité à Bougie une impres- 
sion aussi profonde, en raison des circonstances si difficiles à prévoir et à 
conjurer dans lesquelles avait succombé notre courageux compaguon de 


610 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


voyage, et tous ont dignement apprécié le noble dévouement de cette nouvelle 
victime de la science. L'inscription suivante : « A Henri-René Le Tourneux 
de la Perraudière, botaniste, mort à Bougie le 31 juillet 1861, dans le cours 
d'une exploration scientifique, ses compagnons de voyage », gravée sur la 
pierre tumulaire, attestera les services rendus à la science par notre regretté 
et si regrettable ami, et rappellera les fatales circonstances dans lesquelles 
il a été enlevé à l'affection de sa famille, à la nótre et à celle de tous ceux qui 
l'ont connu et ont pu apprécier les nobles qualités de son cœur et de son intel- 
ligence (4). 


Bien.que la botanique ait toujours été la science de prédilection de Henri, 
l'entomologie.(2), la conchyliologie, et généralement tout ce qui est étude de 
Ja nature, le passionnait vivement. Dans ses nombreuses herborisations, il 
s'était habitué à juger au premier coup d'œil des influences qu'exercent sur la 
végétation la configuration du sol, sa nature, son état d'agrégation, son degré 
de sécheresse ou.d'humidité, ainsi que l'exposition et l'altitude.. En France, 
comme en Algérie et aux Canaries, il se plaisait souvent à prévoir quelles 
espéces devaient croître dans une localité à explorer, et rarement ses prévi- 
sions étaient décues. Il aimait aussi à rechercher l'influence que le climat et 
les circonstances locales peuvent exercer sur les variations d'un méme type 
spécifique du. règne végétal on du regne animal. Il ne devinait -pas avec 
moins de finesse les habitudes des animaux, et savait en apprécier les causes : 
c’est à cette précieuse aptitude, qu'il dut souvent ses succès de chasse et 
d'intéressantes découvertes zoologiques, Son adresse à découvrir et à s'empa- 
rer des reptiles et spécialement des Vipères, qui étaient pour lui une étude 
favorite, le faisait passer auprés des paysans de l'Anjou pour « tant soit peu 
sorcier », Dans le Sahara algérien, c'était toujours à la main qu'il prenait les 
Cérastes, et les Arabes n'admiraient pas moins sa dextérité que son sang-froid, 
en le voyant examiner à loisir, avant de les plonger dans l'alcool, ces. reptiles 
à la morsure presque toujours mortelle. 

Henri de la Perraudière savait exciter autour de lui l'ardeur qui l'entrainait 
vers les recherches scientifiques; il réveillait le zèle des tièdes, encourageail 


(1) Je crois devoir reproduire ici la lettre de condoléance que M. le général Desvaux 
m'a adressée de Constantine le 10 aoüt 1861, et dont les termes sont si honorables 
pour la mémoire de notre regretté compagnon de voyage : 

« La mort de M. de la Perraudiére nous a tous attristés profondément. J'ai chargé 
M. le colonel Augeraud de vous dire la part que je prends à ce malheur, mais cela ne 
peut me suffire, et je viens vous exprimer les regrets profonds que nous éprouvons tous 
de ce cruel accident. M. de la Perraudiére est mort victime de son dévouement à ln 
science ; il aura contribué, sous votre direction, à élever le monument de la flore algé- 
rienne. Je ne puis me rappeler ses aimables qualités sans penser au vide que sa mort 
doit laisser dans sa famille. » 

(2). Les collections d'insectes recueillies par Henri de la Perraudière, aux Canaries et 
dans ses divers voyages en Algérie, seront soumises à un examen sérieux et doivent être 
l'objet d'une publication spéciale. 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. - 611 


les premiers pas des débutants et s'associait avec bonheur à tout ce qui pouvait 
contribuer au progrès des sciences naturelles ou à leur vulgarisation, Aussi 
s'empressa-t-il de concourir à la fondation de la Société botanique de France, 
dont il comprenait toute l'importance ; dans ses voyages à Paris, c'était un 
bonheur pour lui d'assister à. nos séances, où il trouvait l'intérêt scientifique 
et le charme de ces relations amicales dont la Société botanique est à la fois 
le point de départ et le lien. 

Il n'aimait pas moins à assister à nos sessions départementales annuelles, et 
la plupart des membres de la Société se rappellent sans doute son entrain et 
son zèle dans les riches herborisations de Montpellier (où il remplit les fonc- 
tions. de secrétaire), de Strasbourg et des Vosges, de Bordeaux, de Grenoble, 
du Lautaret et du Viso (1), etc. — Quelques semaines seulement avant la 
session de Grenoble, il était dans l'Ardéche, à Vals prés Aubenas, et explo- 
rait avec soin les montagnes du Vivarais si intéressantes au point de vue botani- 
que (2). — Au milieu méme des préparatifs de notré dernier voyage en Algérie, 
et trois jours seulement avant notre départ, il profita avec empressement de 
quelques heures de loisir pour prendre part, avec son. ami M. de Schæne- 
feld, à une excursion dirigée par M. Chatin dans la forêt de, Compiègne, 


Dans ses voyages, en méme temps qu'il cherchait la satisfaction de sa passion 
pour l'histoire naturelle et l'occasion de recueillir d'importants documents 
scientifiques qu'il communiquait avec libéralité, il était dominé par une plus 
haute pensée. Il savait qu'il faut au jeune homme une occupation active et 
continuelle ; il avait sous les yeux de trop nombreux exemples de jeunes exis- 
tences oisives et molles, aboutissant au désordre et à l'engourdissement des 
facultés intellectuelles ; il voulait autrement employer sa vie, il avait l'ambi- 
tion de l'honnéte homme : faire valoir les qualités du cœur par la conduite et 
celles de l'esprit par le travail. Faire le bien et se rendre utile, tel était son 
noble but. | | : | 

Chez lui, le sentiment du devoir avait surtout pour base des convictions 
religieuses profondes; mais sa piété sincère était pleine de douceur et de tolé- 
rance. Indulgent pour les autres, autant que sévère pour lui-même, il savait 
allier une grande pureté de mœurs à la gaieté et à l'entrain de la plus aimable 
camaraderie. Enfin son caractère chevaleresque, exempt de toute morgue 
aristocratique, était demeuré constamment fidéle aux traditions de la vieille 
noblesse francaise. 


(4) Pendant l'exeursion au Mont-Viso, entre Briançon et Abriés, dans les marécages 
au-dessous du lac de Malrif, il découvrit le Scirpus alpinus Schleich., nouveau pour la 
flore de France, et qui, dans l'Europe centrale, n'était connu qu'en Suisse à Zermatten 
et en Piémont au Mont-Cenis. — A la méme localité, il constata la présence du Carex 
bicolor, qui n'est connu en France qu'à un trés petit nombre de stations. 

(2) L'une des découvertes les plus intéressantes qu'il ait faites dans ce pays est celle 
d'une Mousse très rare, le Buxbaumia indusiota. 


612 ` SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


La famille La Perroudière a eu la généreuse pensée de faire don à la Société 
botanique de France de l'herbier que Henri avait formé, soit par ses propres 
récoltes, soit par d'importantes acquisitions, soit enfin par voie d'échange. Ces 
collections, en effet, ne se composent pas seulement de ses récoltes person- 
nelles dans les diverses parties de la France, et surtout aux iles Canaries et en 
Algérie, mais encore de collections publiées par Salzmann, Huguenin et par 
MM. Billot, Bourgeau, Balansa, Kralik, Philippe, Choulette, etc. , et de séries 
intéressantes de plantes recues de MM. Boissier, Boreau, Grisebach, Lenor- 
mand, Schimper, A. Letourneux, etc., et enfin des plantes de deux de mes 
voyages en Algérie où il ne m'avait pas accompagné. Cette importante col- 
lection, qui sera précieusement conservée, viendra utilement se joindre, pour 
le compléter, à l'herbier déjà si riche que la Société doit à la libérale donation 
de la famille de M. le comte de Rayneval. 


M. Moquin-Tandon fait hommage à la Société, au nom de M. Ad. de 
Barrau, de Carcenac (Aveyron), de divers échantillons de branches 
d'arbre monstrueuses. Ces échantillons seront déposés dans les 
collections de la Société. 


M. Groenland fait à la Société la communication suivante : 


NOTE SUR LES HYBRIDES DU GENRE ÆGILOPS, par ME. J. GRŒNLAND. 


J'ai déjà eu plusieurs fois l'honneur d'entretenir la Société de mes expé- 
riences, entreprises des l'année 1855, et ayant pour but d'étudier les plantes 
hybrides issues d'une fécondation de certaines espèces d’Ægtlops par le pollen 
des Triticum. Ces recherches, que j'avais commeucées à l'instigation de notre 
regrettable confrére M. Louis de Vilmorin, et en commun avec lui, ont été 
continuées par moi jusqu'à présent, et je demande aujourd'hui à la Société la 
permission de lui exposer sommairement les résultats obtenus depuis ma der- 
nière communication sur ce sujet. 

Avant d'entrer en matière, je dois dire ma manière de voir relativement 
aux expériences d'autres botanistes sur la question que je voulais résoudre 
par mes expériences. 

On sait que M. Jordan a cru devoir combattre trés vivement l'opinion des 
botanistes qui regardent son Æ gilops spelteformis comme un hybride ; on 
sait également que MM. Godron, Planchon et autres savants ont fait des expé- 
riences pour prouver leserreurs du botaniste lyonnais. Pourquoi donc ces 
dernières expériences n'étaient-elles pas suffisantes pour mettre en dehors de 
toute contestation possible les idées émises par les adversaires de M. Jordan? 
C'est que ceux-ci avaient négligé précisément de prendre pour base de leurs 
conclusions le fait le plus essentiel qui caractérise l'ZZgilops en question, 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. : 613 


c'est-à-dire sa fertilité constante et son invariabilité de forme à travers une 
longue série de générations. Tant qu'on ne pouvait pas prouver expérimenta- 
lement l’hybridité incontestable d'une plante semblable, intermédiaire entre 
lÆ gilops et le Blé, et restant constamment fertile, on n'avait pas le droit 
d'affirmer que lÆ gilops spejteformis Jord. fût un hydride. 

Je me bornerai à résumer ici succinctement les résultats des expériences que 
je poursuis depuis six ans, et à mettre au fur et à mesure, sous les yeux de la 
Société, des échantillons obtenus dans mes cultures expérimentales. 

Au mois de juillet 1855, j'ai commencé mes expériences par la fécondation 
de 75 épillets appartenant en partie à l' Zgilops ovata, en partie à P Ægilops 
ventricosa, au moven du pollen de diverses variétés de Froment ; j'obtins, des 
graines ainsi fécondées, sept plantes, dont une seule était hybride (les autres 
avaient reproduit la plante-mére). Cette plante hybride, entiérement stérile, 
était l'enfant d'un 7Zgilops ovata : elle offrait les caractères mixtes d'un 
Æ gilops et d'un Triticum. 

Entre le 9 juin et le 3 juillet 1856, j'opérai la fécondation de 352 fleurs 
d Æ gilops ovata et de 148 fleurs d'ZZgtlops ventricosa. Je semai à l'au- 
tomne, et j'obtins, en 1857, 140 plantes, parmi lesquelles il n'y avait que 
10 hybrides, les autres étant toutes des Æ gilops ovata; la fécondation des 
fleurs d'7Zgilops ventricosa n'avait produit aucun résultat Parmi les 
10 plantes hydrides, 2 avaient pour père un Blé-sans-barbe-d'Abyssinie, 2 un 
Engrain (rit. monocoecum), 2 autres un Épeautre et un Poulard, et 3 un 
Blé-de-Flandre (voir J. Greenland, Ueber die Bastardbildungen in der Gat- 
tung Ægilops, dans Pringsheims Jahrbuecher, vol. Y, cah. III, 1858). Je 
récoltai, sur ces plantes, 40 graines, dont 25 levérent. Parmi les plantes ainsi 
obtenues en 1858, 15 appartenaient au Blé-de-Flandre, 5 au Poulard, 4 au 
Blé-d'Abyssinie et 4 à l'Épeautre. Les descendants du Poulard et du Blé-de- 
Flandre étaient les deux seuls qui, en 1859, me donnérent encore chacun une 
plante, et, tandis que l’arrière-petit enfant du Blé-de-Flaudre s'éteignit la 
méme année, je pouvais encore cette année récolter une seule graine, prove- 
nant de la troisième génération du Poulard; mais, en 1860, celle-ci aussi resta 
stérile. 

En résumé, on voit qu'après plusieurs-générations, les hybrides artificiels 
ont fini par s'éteindre, et cela presque toujours en retournant au type du père, 
rarement en conservant leur forme hybride. Les résultats de cette série 
d'expériences sont donc purement négatifs. 

Il en est autrement des plantes provenant d'une graine dont j'ai parlé déja 
dans ma note du 9 juillet 1858 (1), et qui fut envoyée par M. le docteur Thé- 
veneau à M. J. Gay. Ce sont ces plantes qui, après l'extinction successive de 
mes hybrides artificiels, m’ont donné la clef de la question. 


(1) Voyez le Bulletin, t. V, p. 365. 


614 : SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Au début de cette série d'expériences, on me demanda souvent de quelle 
maniere je prouverais que la graine envoyée appartenait réellement à une plante 
hybride, La réponse est assez simple. Le fait que, parmi les descendants de 
cette graine, se trouvaient des plantes offrant tous les caractéres d'un véritable 
Triticum, qui constamment sont stériles, à côté d'autres qui persistaient à 
être de véritables Ægilops triticoides, prouve, d'une manière absolue et 
irréfutable, que nous avons affaire à uu hybride. En effet, la graine d'Agde 
donna, en 1858, une plante extrêmement vigoureuse, mais presque entiè- 
rement stérile. En 1859 j'obienais, des trois graines recueillies sur elle, une 
seule plante, d'un aspect bien moins vigoureux que celle de l'année précé- 
dente; mais cette plante avait déjà augmenté en fertilité, tout en conservant 
intacts ses caracteres de plante hybride. Je pus recueillir sur elle 22 graines, 
dont 42 levèrent à la fin de l'année. La génération de l'année 1860 avait 
rapidement augmenté en fertilité. Parmi les 12 plantes, il n'y en avait que 
2 stériles : celles-ci présentaient encore les caractères du Triticum, tandis 
que les autres avaient conservé la forme hybride. Le nombre des graines 
récoltées sur la génération de 1860 dépassa parfois 200, il ne descendit 
jamais au-dessous de 24. Enfin les nombreuses plantes de cette année (1861) 
sont pour la plupart tellement riches en graines, que j'ai renoncé à compter 
leur nombre. On voit donc que les descendants de la plante d'Agde se sont 
presque tous perpétués, et que la proportion des graines fertiles qu'ils ont 
données a été toujours en augmentant, de sorte que la plupart des plantes 
de cette provenance se montrent aujourd'hui aussi fertiles que nos Blés 
cultivés. 

Je n'entrerai pas ici dans une discussion de la valeur que peut avoir, 
au point de vue de l'appréciation de l'idée de l'Espéce en. général, le fait, 
prouvé par une expérience rigoureuse, de l'existence d'une plante hybride 
devenue fertile sans être retournée au type d'un de ses parents. Je n'ai voulu 
donner, cette fois, que les résultats de. mes expériences, et je n'ai nullement 
l'intention. d'aborder ici une des questions les plus graves de la philosophie 
botanique, celle de l'origine de l’ Espèce: 

Il semblerait résulter de mes observations que les hybrides naturels ont 
plus de fixité que les hybrides artificiels, et il serait à désirer que des séries 
d'expérieuces portant sur ces hybrides naturels vinssent contróler les résultats 
qu'on a obtenus en observant uniquement les hybrides artificiels. C'est seu- 
lement de cette manière, en épiant en quelque sorte la nature, que nos con- 
naissances des plantes hybrides pourront gagner une base solide et mener à 
des résultats définitifs et indiscutables. , 


M. Cosson demande à M. Grænland si les épis stériles qu'il a 
obtenus par ses expériences d'hybridation avaient le rachis articulé 
ou non à la base. 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 615 


M. Grenland répond que c'étaient sous ce rapport de vrais 
Triticum, à épi continu et non articulé à la base. 

M. Cosson fait valoir l'intérét des expériences multipliées de 
M. Greenland, lesquelles confirment en général celles de M. Esprit 
Fabre, avec cette différence que M. Groenland a obtenu un produit 
de plus que M. Fabre, c'est-à-dire de véritable Dlé. 


M. A. Gris, vice-secrétaire, donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


DISCUSSION DE QUELQUES POINTS DE GLOSSOLOGIE BOTANIQUE, 
pr M, E». CLOS (suite) (1). 


(Toulouse, novembre 4864.) 


Appeler l'attention. sur la différence des définitions admises en botanique, 

pourra sembler puéril à plus d'un de nos confrères, et cependant c'est là, sans 
doute, un moyen, bien humble il est vrai, d’être utile à la science, qui doit viser 
sans cesse a acquérir une nomenclature aussi logique et par conséquent aussi 
. fixe que possible. Il appartient surtout à ceux qui sont chargés de l'enseigne- 
ment de rechercher constamment et de signaler ce qui leur parait le plus clair, 
le plus précis, le plus rationnel, le plus fondé, et, dans les cas douteux, de 
recourir à la tradition. C'est qu'en effet, la plupart des auteurs de diction- 
naires de botanique. (à moi connus) ue se préoccupent nullement de remonter 
à la création des termes qu'ils admettent. Ne devrait-on pas, pour les défini- 
tions d'organes, se conformer à la règle à peu prés généralement adoptée pour 
les noms spécifiques, et s'en rapporter, au moins dans les cas de dissidence, à 
l'importante autorité du grand législateur de la nomenclature botanique? Les 
exemples qui vont suivre sont peut-être de nature à justifier ces considéra- 
tions. 
LOBES. — LOBATUM est divisum in partes distantes marginibus convexis 
(Linné, PAilos. bot. n° 83). Aug. de Saint-Hilaire est resté fidèle à cette défi- 
nition (Morphol; p. 161), ainsi que M. Schleiden (Grundzuege, 3° édit, t. IL, 
p. 9). Mais M. Germain de Saint-Pierre, s'inspirant sans doute de l'opinion 
de MM. Alpb. De Candolle (Zatrod. à La bot. t. A, p. 95) et Adr. de Jussieu 
(Élém. 41° éd. p. 412), définit les lobes, les divisions d'une feuille lobée 
ou d'une feuille pinnati ou palmatifide, pinnati ou palmatipartite. 

LANIÈRES (Aug. de Saint-Hilaire, /. c. p. 161); Divisions (Alph: De Cant- 
dolle, /. c, p. 98); Fissures (Adr. de Jussieu, /. c. p. 100). — Trois termes 
donnés. pour désigner les parties d'une feuille pinnatifide ou palmatifide. Le 


(1) Voyez le Bulletin, t. IV, p. 738, t. VI, p. 187 et 211. 


616 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


mot /aniére a été appliqué par Linné aux divisions des feuilles pinnatifides : 
Pinnatifidum folium transversim divisum in lacinias horizontales oblongas ; 
et, bien que cette expression düt étre réservée pour les divisions des feuilles 
réellement laciniées, la difficulté d'en trouver une meilleure parmi celles qui 
ont été proposées, et cette considération qu'elle a été consacrée par Linné, 
doivent déterminer à la conserver. Le mot division est un terme générique. 
LACINIÉES, DÉCOMPOSÉES (Feuilles). — Termes adinis comme synonymes 
par les uns (Le Maout, Atlas, p. 22, Alph. De Candolle, Z. c. t. I, p. 100), con- 
sidérés par les autres comme ayant une signification bien distincte. Aug. de 
Saint-Hilaire dit /acin?ée la feuille divisée en lanières irrégulières plus ou moins 
profondes (/. c. pp. 464 et 162), et décomposée celle dont les pétiolules 
et les nervures moyennes des fo/ioles émanent de nervures longitudinales ou 
latérales secondaires (/. c. p. 161). C'est dans ce sens aussi qu'Adr. de Jussieu 
(l.c. p. 117) et Ach. Richard (Nouv. élém. p. 201) l'ont entendu. Deux motifs 
puissants doivent déterminer à n'employer le mot /acinié que pour la feuille 
simple, et à réserver celui de décomposé pour certaines dispositions de la feuille 
réellement composée, c'est-à-dire munie de folioles ; d'une part l'uniformité 
de la nomenclature, de l'autre la grande autorité de Linné qui a dit : LACI- 
NIATUM folium varie et indeterminate in partes sectum : DECOMPOSITUM 
folium, cum | petiolus semel divisus adnectit FOLIOLA. On pourrait encore, 
avec Bulliard et L.-C. Richard (Dict. de bot. 2° éd. p. 58), appeler poly- 
tomes les feuilles très divisées non composées de folioles, si le terme /acinié ne 
méritait la préférence comme antérieur en date et comme plus simple. 
CoMPosÉES (Feuilles). — On a souvent prétendu qu'il n’y a pes de 
limite entre la feuille profondément découpée et la feuille réellement com- 
posée; et cette opinion est professée avec une intime conviction par Aug. 
de Saint-Hilaire (/. c. p. 163) et plus récemment par M. Germain de Saint- 
Pierre (Guide du bot. t. IE, p. 476). Cependant de savants botanistes ont 
tenté d'assigner à ces deux sortes de feuilles des caractères distinctifs, mais 
les définitions qu'ils donuent de la feuille composée sont loin de reposer sur 
les mêmes idées. Voici celle de Linné : Compositum folium, cum petiolus 
simplex profert plus quam folium unicum (Philos. bot.). Pour Willdenow, 
la feuille est composée lorsqu'elle est formée de petites folioles (Grundriss, 
3* éd. p. 72). En 1802 Bulliard et L.-C. Richard (Dictionn. de bot, 2° éd. 
p- 59), en 1813 et encore en 1837 De Candolle {Recueil Idée mém. p. 3, € 
Organogr. t. I, p. 310), en 1835 M. Alph. De Candolle (/ntrod. t. $ 
p. 102), en 4841 Aug. de Saint-Hilaire (Morphol. p. 463), et en 1850 
M. Schleiden (Grundzuege, 3° éd. t. I, p. 183) déclarent que le caractère 
essentiel de cette feuille git dans l'articulation. Mais que de feuilles ont été dé- 
crites comme composées, même par plusieurs des savants qui viennent d’être 
cités, et chez lesquelles le signe indiqué fait défaut! Aux yeux de M. Le 
Maout, les parties de la feuille composée doivent pouvoir se séparer sans déchi- 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1864. 617 


rement les unes des autres à la fin de leur vie (Atlas, p. 21). Les feuilles sont 
composées; dit Ach. Richard, si Zes faisceaux vasculaires de leur pétiole vont 
se terminer dans plusieurs limbes distincts les uns des autres et formant les 
folioles (Précis de bot. p. 111); elles seront composées, a écrit Adr. de 
Jussieu, lorsque chaque segment ne tiendra à la nervure médiane que par le 
faisceau. secondaire qui se détache de celle-ci pour le former, et que l'épa- 
nouissement de ce faisceau et l'interposition du parenchyme n'auront Lieu qu'à 
une certaine distance de la nervure (Élém. 5° éd. p. 102). Restreindre la 
feuille composée à celle dont les folioles sont articulées, c'est, je crois, s'expo- 
ser à se trouver en contradiction non-seulement avec la trés grande majorité 
des botanistes, mais avec soi-méme, pour peu qu'on s'occupe de phytographie. 
Quelques auteurs ont essayé d'éluder la difficulté en admettant deux groupes 
de feuilles composées, les articulées et les: inarticulées (voy. Seringe et Guil- 
lard, Formules bot. p. 45) ; et Link s'exprime ainsi : Folium rite compositum 
est cujus foliola seorsim decidunt, vulgo compositum, cujus foliola cum toto 
folio simul decidunt. Difficillime vero e figura cognoscitur an folium rite 
an vulgo compositum est (Elem. philos. bot. 2° édit. t. I, p. 418). Si des 
définitions et de la théorie nous passions aux exemples, nous signalerions 
facilement le méme désaccord ; ainsi M. Le Maout rapporte aux feuilles pal- 
matiséquées celles du Fraisier (Atlas, p. 21), que M. J. Gay décrit comme 
composées (Végét. du Fraisier) ; V Helosciadium nodiflorum Koch est carac- 
térisé par De Candolle et M. Duby dans le Zotanicon gallicum, p. 236, par 
des feuilles pinnées (foliis: pinnatis), et par De Candolle dans le Prodro- 
mus, t. IV, p. 104, par des feuilles pinnatiséquées (foliis pinnatisectis). On 
pourrait multiplier beaucoup ces citations. 

À la date de quelques mois, M. Fermond, étudiant ce sujet, rejetait sans 
hésiter le caractère de l'articulation. « Nous regardons, dit-il, comme feuilles 
composées certaines feuilles d'Ombellifères, de Grucifères, de Renonculacées, 
bien qu'elles ne soient nullement articulées sur le rachis; nous allons voir 
méme que les feuilies d'Ombelliferes sont plus composées que beaucoup d'au- 
tres qui portent ce nom » (Comptes rendus de l’Institut du 31 décembre 1860). 
M. Trécul aussi appelle composées les feuilles de Nandina, Ferula commu- 
nis L., Helosciadiun nodiflorum Koch, Staphylea, Ruta graveolens L., 
Spiræa Lindleyana Sieb. (in Annales des sciences nat. dd sér. t. XX, pp. 245 
et 251). 

Dans ce conflit d’ opinibns; où sera le criterium de la feuille composée? Si 
l'on part de cette définition que la feuille composée doit porter plusieurs 
petites feuilles distinctes, ne doit-il pas suffire, pour la reconnaitre, de retron- 
ver dans chacun des éléments de la feuille composée, le caractère essentiel 
de la feuille simple: Malheureusement pour le cas actuel, les études morpho- 
logiques ont appris que ce caractere git dans la position, et des lors il n'est 
guère applicable aux parties de la feuille composée, les divisions d'une feuille 

T. VIII. AU 


618 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
simple pouvant offrir la même symétrie que les folioles de la feuille composée. 
Faudra-t-il se fonder sur la présence d'un pétiolule ? Mais n'est-il pas des feuilles 
sessiles et ne doit-il pas, par analogie, en être ainsi des folioles ? Même obser- 
vation en ce qui coucerne la caducité. S'il faut voir un signe probant dans la 
présence de stipelles, leur absence ne peut nullement servir de caractére 
négatif. Toutefois, s'il est à peu prés impossible d'arriver directement à une 
solution de Ja question, ne pourrait-on pas en approcher par des voies 
détournées ? | 

La feuille composée peut avoir les folioles sessiles ou pétiolulées : dans le pre- 
mier cas, le limbe des folioles doit étre bien distinct du rachis ; dans le second, 
le pétiolule peut offrir trois dispositions "différentes : être articulé à sa base; 
porter un petit renflement basilaire (1) en l'absence d'une articulation (Galega, 
Astragalus) ; manquer d'articulation et de ce renflement, Il faut donc ranger 
dans les feuilles composées celles des genres Poterium, Rosa, Cardamine, 
Fraxinus, celles de quelques Sorbiers et Sumacs, celles des Juglandées et de 
la plupart des Capparidées, et en exclure celles des Lathyrus où le limbe des 
folioles s'unit, par une base élargie, avec Vaile du rachis. Si la famille des 
Légumineuses, si riche en plantes munies de feuilles composées, nous offre de 
nombreuses exceptions, on ne doit pas étre surpris d'en retrouver méme dans 
certains genres appartenant à d'autres groupes naturels ; ainsi, dans les Poma- 
cées; le Sorbus hybrida L. aux feuilles piunatifides à la base, entières au 
sommet, vient se placer à cóté des Sorbus aucuparia L. et americana L. aux 
feuilles composées. Les Erodium donnent lieu à une semblable observation. 
Les Ombellifères ont-elles des feuilles composées? Plusieurs auteurs, et 
tout récemment encore M. Fermond, n'ont pas hésité à répondre affirma- 
tivement. Nous pensons qu’il y a là une distinction à établir : on ne peut 
nier l'existence de folioles chez Pimpinella gracilis Bisch., Ægopodium 
Podagraria L., Seseli Libanotis Koch; mais, chez d’autres plantes de cette 
famille, les feuilles, n'ayant plus ni limbes ni pétiolules reconnaissables, 
méritent d'être appelées /aciniées, surlaciniées où polytomes; telles sont 
celles du Ferula communis b., que M. Trécul a cependant rapportées au 
groupe des feuilles composées (loc. cit. p. 245), du Fenouil commun, de 
V Helosciadium leptophyllum DC. La présence de folioles distinctes, qu'elles 
soient sessiles ou pétiolulées, articulées ou non, tel est le caractère essentiel 
de la feuille composée. Sans doute, méme en partant d'une définition aussi 
large, on pourra parfois se trouver dans l'embarras; mais si le naturaliste 


(1) On confond souvent, bien à tort, le bourrelet du pétiole (renflement moteur de 
Dutrochet) avec le coussinet (pulvinus), cicatrice parfois proéminente de la tige au point 
d'insertion de la feuille. C'est ce qu'ont. fait Jourdan (Dictionnaire des termes de bot. 
t. 1, p.: 327), M. Fée, qui appelle pulvinules les renflements basilaires des pétiolules (in 
Bulletin de la Société bot. de France, t. V, p. 456), et M. de Mohl, qui les désigne sous 
le nom de Biattwuelste (in Botanische: Zeitung, 18° année, n? 4 et 2). 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. -649 
doit viser, autant qu'il est en lui, à la précision, il doit aussi se garder de faire 
fausse route en assignant des limites que répudie la nature ; et où en a-t-elle 
moins posé que dans la forme des feuilles, ces protées par excellence? Nous 
reconnaissons ce qu'a d'ingénieux la proposition faite par M. Fermond de 
diviser les feuilles, d'aprés le principe de la trisection, en composées, bicom- 
posées, tricomposées, quadricomposées, quinticomposées ; mais nous pensons 
que la division de ces organes en composées, décomposées, surdécomposées (1) 
d'une part, laciniées, surlaciniées de l'autre, est préférable et plus utile au 
point de vue pratique. Ai-je besoin d'ajouter que les expressions pinnati- 
séquées, bi-tripinnatiséquées conservent toute leur valeur, et que c'est 
uniquement dans les cas où le degré de division est difficile ou impossible à 
déterminer qu'on aura des feuilles laciniées, surlaciniées? 


M. J. Gay fait à la Société la communication suivante : 


UNE EXCURSION BOTANIQUE A L'AUBRAC ET AU MONT-DORE, PRINCIPALEMENT POUR LA 
RECHERCHE DES ISOETES DU PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE, 
par ME. J. GAY. 


(TROISIÈME PARTIE) (2). 


Deux jours s'étaient écoulés depuis mon excursion au lac de Guéry, mes 
compagnons de chasse avait repris le chemin de Bordeaux, mes récoltes 
avaient recu les premiers soins nécessaires à leur conservation, mes vieilles 
jambes enfin paraissaient suffisamment reposées, et le moment était venu 
d'exécuter un projet que je nourrissais ¿n petto depuis plusieurs jours, sans 
en avoir rien dit au principal intéressé qui venait de me quitter. Dans leur 
Catalogue très bien fait des plantes vasculaires du plateau central de la 
France (Paris, 1847), MM. Lecoq et Lamotte avaient indiqué l /so£fes lacus- 
tris comme existant dans les eaux de trois des lacs élevés du groupe des 
Monts-Dores, lac de Guéry, lac Chauvet et lac de Montsineire. Le premier 
de ces lacs venait d'étre exploré avec le plus grand soin, et avait fourni deux 
espèces au lieu d'une. Que feraient les deux autres lacs? Il y avait là un pro- 
bléme à résoudre, et, quelle que füt la distance (six heures de marche au 
moins), et quoiqu'il fallüt traverser le Puy-de-Sancy, la plus haute montagne 
du centre de la France, j'avais résolu d'employer à la solution de ce probléme 
tout ce qu'il pouvait me rester encore de forces physiques. Mon parti était 
pris, et, en conséquence, je me mis en route le 27 aoüt de grand matin, à 
jeun, à pied et sans bâton, suivant ma vieille habitude de gouverner les courses 


(1) SuPRADECOMPOSITUM folium, cum petiolus aliquoties (bis-ter) divisus, adnectit plura 
foliola (Linné). 
(2) Voyez plus haut, p. 508 et 541. 


620 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


de montagne, accompagné du guide Jean, qui déjà m'avait suivi au lac de 
Guéry. 

Après avoir remonté la vallée du Mont-Dore pendant une heure environ, sür 
un plan mollement incliné, on arrive à une maigre forêt de Sapins (Abies 
pectinata), d’où sort la Dordogne naissante, que l'on traverse sans pont (en 
sautant de pierre en pierre), quoique déjà formée de ses deux sources, la 
Dore et la Dogne. Là commence un escarpement très rapide et en majeure 
partie déboisé, sur lequel est tracé un mauvais sentier en zigzag, par lequel 
on arrive, en deux heures environ, au col du Sancy (1). On est là au pied de la 
pyramide terminale du Puy-de-Sancy, à une altitude de 1785 mètres au-des- 
sus du niveau de la mer. Aussi la végétation est-elle là des plus intéressantes. 
J'en parlerai plus loin, lorsque j'aurai pu la comparer à celle du pic terminal 
que j'espere bien aborder demain à mon retour. Pour le moment, je continue 
ma route sur Vassivière ; et, sur la pente gazonnée très rapide qui y conduit 
par le revers méridional du Sancy, je ue vois rien de remarquable, si ce n'est 
une abondance prodigieuse de Vaccinium uliginosum, croissant à sec, 
contre son habitude, et partout stérile, c'est-à-dire sans fleur ni fruit. 

Notre-Dame de Vassivière est une chapelle consacrée à la Vierge, dans un 
lieu complétement désert de la montagne, au milieu des pâturages, à 1296 
mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire un peu plus haut que le 
lac de Guéry et beaucoup plus que les Bains du Mont-Dore. C'est un but de 
pélerinage assez fréquenté. Aussi y a-t-il là deux auberges destinées à recevoir 
dans la belle saison les pélerins et les passants. 

Arrivé là à deux heures de l'aprés-midi, j'étais encore à une forte lieue du 
lac Chauvet, qui était, comme je l'ai déjà dit, un des deux principaux objets 
de mon expédition. Un chemin de grande communication, qui va de Besse à 
Bort, et qui passe à un quart de lieue de Vassivière, eût pu me conduire 
dans le voisinage immédiat de ce lac avec une grande économie de force 
musculaire; mais, du haut du monticule de Vassivière, un peu à droite de la 
direction qu'il eût fallu suivre, sur les bords du ruisseau de Chamouse, j'avais 
apercu un vaste marais couvert d'une végétation arborescente qui excita ma 
curiosité, et il fut aussitôt décidé que je me rendrais au lac Chauvet en tra- 
versant ce marais. Mais le marais, complétement dépouillé de toute végéta- 
tion herbacée à la suite d'une longue sécheresse, n'était alors qu'une immense 
fondriére, ravinée et bosselée de telle sorte, dans une tourbe pulvérulente, 
qu'à chaque pas il fallait passer d'une ornière dans une autre, sans trouver 


(1) Ce col n'a aucun nom dans le pays. Ce que j'appelle iei col du Sancy, c'est ré- 
chancrure que forment à leur point de jonction les sommités du Puy de-Sancy et du Puy- 
Ferrand, c'est-à-dire le sommet du passage praticable aux chevaux de selle et aux bêtes 
de somme, qui conduit des Bains du Mont-Dore à Vassivière et à Besse. Ramond désigne 
ce méme col sous le nom de Chemin du Mont-Dore au Cantal (Nivellem. barom. 1815, 
p. 49, sous le n? "), 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 621 


nulle part de quoi reposer son pied en terrain plat et solide. Mes forces, déjà 
amoindries, s’usèrent bientôt à cet exercice prolongé, et lorsque enfin j'attei- 
gnis le lac Chauvet, je compris qu'il me serait impossible d'achever la tàche 
que je m'étais proposée, celle de faire le tour du lac et d'y chercher moi-méme 
V/soétes, et que je devais m'estimer trop heureux si, en rebroussant chemin 
et en prenant cette fois la bonne route, je parvenais à regagner avant la nuit 
mon gite de Vassivière. Mon guide Jean connaissait les Zsoëtes pour les avoir 
pêchés avec moi dans le lac de Guéry, et il était armé de tout ce qu'il fallait 
pour sonder profondément les eaux. Je le laissai en arrière, avec la charge de 
me suppléer, puis, ayant bientót rejoint le chemin de grande communication, je 
passai successivement devant plusieurs des postes de cantonniers que la sagesse 
administrative a multipliés sur cette route trop élevée pour n'étre pas dange- 
reuse en hiver, et j'arrivai enfin clopin clopant à celle de ces maisonnettes qui 
est la plus rapprochée de Vassivière. Il ne me restait plus qu'un quart de lieue 
à faire, sur un troncon de route presque carrossable, mais la cóte à franchir 
était trés rude, et déjà j'étais à bout de forces. Sur cette cóte, une vingtaine 
de croix échelonnées à égales distances, pour. servir de stations dans les jours 
de procession, semblaient devoir me faciliter l'ascension en la fractionnant: 
Je me trainais lourdement de l'une à l'autre sans pouvoir atteindre le but, et 
le moment allait arriver où, sentant mes muscles bien prés d'une complète 
paralysie, je serais forcément arrêté, dans l'impuissance de faire un seul pas 
de plus. Cependant la nuit était arrivée, le froid commençait à saisir mes 
membres trempés de sueur. Il fallait marcher ou périr. Est-ce le sentiment 
de ce danger qui vint alors à mon secours, ou fut-ce Notre-Dame de Vassi- 
vière (1) ? Ce qui est certain, c'est qu'ayant fait un dernier effort et atteint 
la dernière croix, aprés une heure entière de reptation plutôt que de marche, 
j'apercus enfin à proximité la lumière de mon auberge. J'étais sauvé. 

J'etais sauvé, car non-seulement je trouvai là, sous le manteau de la che- 
-minée et au coin d'un grand feu, tous les soins dont j'avais besoin, mais Jean 
ne tarda pas à arriver, et un coup d'œil furtif jeté sur le panier qui renfer- 
mait sa récolte devint aussitôt pour moi le meilleur de tous les cordiaux ; j'y 
avais aperçu un Zsoeétes. 

Le reste de la récolte valait-il tant de fatigues? Hélas! il se réduisait à trés 
peu de chose. 

Deux seuls végétaux avaient attiré mon attention dans le marais tourbeux 
où je m'étais fourvoyé. 

Le Vaccinium uliginosum, qu'une heure auparavant j'avais vu stérile sur 
la pente séche de la montagne, était là en immense quantité, de la plus belle 


(1) On distribue à Vassiviére l'histoire imprimée d'une guérison miraculeuse qui fut 
opérée par la Madone de ce lieu, le 2 juillet 1842, sur une dame paralytique, religieuse 
de la Miséricorde et supérieure de la communauté de Besse, 


622 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


venue et chargé de fruits, ces fruits glauques et sapides que tout le monde lui 
connait et qui étaient alors en pleine maturité. 

L'autre végétal, celui qui de loin avait appelé mon attention et m'avait attiré 
sur ce point, était un petit Pin, de 5 à 7 pieds de hauteur, à tronc droit et 
rameux dès la base. Son feuillage était vert et non pas glauque. Ses cônes de 
seconde année (ceux de première année manquent à l'échantillon unique que 
j'ai rapporté) étaient sessiles, réfléchis, d'un vert bronzé ou rougeâtre, chaque 
écaille terminée par une apophyse allongée, réfléchie, en forme de pyramide 
tétragone, sensiblement comprimée, à ombilic terminal étroit et presque cir- 
culaire. Ces caractères me semblent répondre au Pinus uncinata de Ramond, 
tel qu'il a été défini par Endlicher (Synops. Conif. 1847, p. 170), le méme 
qui croît dans les tourbières du Jura (Pinus silvestris à Pumilio Gaud. F1. 
helv. VI, 1830, p. 18^) et que j'ai vu aussi croissant à sec sur les plus hauts 
sommets du Reculet de Thoiry. Les cônes réfléchis de la plante d'Auvergne 
pourraient laisser quelque doute au sujet de cette détermination, car la plu- 
part des auteurs attribuent des cônes horizontaux au Pinus uncinata óu à ses 
synonymes. Mais il faut que cette différence n’ait rien d’essentiel, puisque End- 
licher dit positivement des cônes de cette espèce qu'ils sont primum erecti 
demum horizontales vel deflexi. Je les trouve, en effet, horizontaux dans mes 
échantillons des sommités du Jura, recueillis le 24 août 1834, et réfléchis 
dans ceux que j'ai pris, le 5 septembre de la méme année, dans la tourbière 
de Bié-Dufour, entre Frasne et Senseau, sur la route de Pontarlier à Cham- 
paguole. Quoi qu'il en soit, j'ai dû faire ici une mention particulière de ce 
petit arbre, attendu que MM. Lecoq et Lamotte ne l'ont point comptis dans 
leur Catalogue du plateau central et qu'il parait nouveau pour cette région de 
la France. 

Le lac Chauvet, auquel j'étais enfin arrivé aprés avoir si péniblement tra- 
versé la tourbière, est un lac de forme à peu près circulaire, et d'une certaine 
étendue, double au moins de celle du lac de Guéry, et j'estime qu'il faudrait plus 
d'une heure pour en faire le tour. Il est situé à une lieue au sud-sud-ouest de 
Vassivière, à peu prés exactement sous le méridien de Guéry, des Bains du 
Mont-Dore et du Puy-de-Sancy, à une altitude de 1166 mètres, supérieure, 
par conséquent, à celle des Bains, mais inférieure de 72 mètres à celle de 
Guéry et de 150 mètres à celle de la chapelle de Vassivière. Ce lac est sans 
écoulement comme celui de Saint-Andéol Son bassin est peu enfoncé, et 
c’est seulement à l'ouest que ses bords se relèvent en un coteau assez. élevé, 
que couvre une vaste forêt de Hétres. Ses eaux, peu profondes, recouvrent un 
sol pierreux ou graveleux, sur lequel on ne voit ni Préle, ni Roseau, ni aucune 
des plantes qui accompagnent volontiers les /soëtes en d'autres localités. Telle 
était du moins la rive du lac dans la partie nord-est oü je l'ai abordée, et il 
doit en être de même de toute la circonférence, si j'en crois le témoignage de 
mon guide, C'est là et c'est sur cette nature de sol que l’/soûtes lacustris croit 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861, 623 


en immense quantité, 1l y croit seul, ou du moins mon guide n’a pas su y décou- 
vrir un seul échantillon de l'autre espèce. La planté y croit sür un fond solide 
et pierreux ou graveleux, ce que témoignent abondamment les nombreuses 
particules de gravier qui, aprés l'extraction, restent attachées à ses racines. 
Ailleurs c'est sur la tourbe que vivent les deux espèces, au moins dans les lacs 
jusqu'ici observés du plateau central; il est bon de noter qu'ici la station est 
toute différente. 
Tandis que les eaux du lac livraient à mon guide ce que je leur avais de- 
mandé, la plage, alors découverte, payait aussi son tribut. Ce n'était point 
une plante rare, car ce n'était qu'une forme naine de l' Zpilobium palustre, 
mais dans un état des plus curieux, quoique normal, et tel que je ne l'avais pas 
encore rencontré. Ici; corime dans les Crcea que j'ai décrits plus haut (1), 
la tige-mére périt tous les ans, après avoir pourvu à sa reproduction gem- 
maire par plusieurs stolons issus de sa basé écailleuse. Ces stolons ont de 
méme leurs trois périodes d'accroissement, de fortification et de progression, 
et jene vois aucune différence à signaler, d'un genre à l'autre, ni dans la 
première ni dans la troisième période. Les deux plantes s'accordent encore 
en ce point que, dans la seconde période du stolon, les écailles ou feuilles 
rudimentaires, d'abord écartées, raccourcissent tout à coùp leurs entre- 
nœuds et s'entassent de manière à couvrir la surface entière ou presque 
entière de l'extrémité du stolon. Mais ici cesse la ressemblance et commence 
la différence essentielle des deux organismes. Dans le Circæa, comme je 
l'ai déjà dit, les écailles, membraneüses ét sans cónSistance, sé rapprochent 
les tines des autres sans se croiser ét sans contribuer à l'épaississement tuber- 
culiforme du stolon ; cet épaississement provient de l'axe même du stolon, 
dont l'extrémité s'est élargie et gonflée pour recevoir les matiéres féculentes 
chargées d'alimenter en ce point la vie de à plante. Au contraire, dans l'Épi- 
lobe dont il s'agit ici, le stolon reste grêle et filiforme dans toute sa longueur, 
et ce sont les dernières paires d'écailles qui, tout à coup rapprochées jusqu'à 
l'imbrication et épaissies sans presque avoir pris plus de longueur, vont rém- 
plir la fonction physiologique qui, dans le Céréæa, était réservée au tubercule. 
De là résulte ün bourgeon terminal qui caractérisé la seconde période du 
stolon de l'Epilobium palustre, bourgeon serré, ellipsoïde, long de 5 à 
15 millimètres sur un tiers de large, vert on coloré de violet, et composé de 
quatre à huit paires d'écailles imbriquées à angle droit, semi-embrassantes, 
charnues, ovales, obtasiuscules, avec carène sensible sur la ligne dorsale 
médiane, Uné autre particularité de ces écailles, qui a déjà été signalée par 
M. Irmisch, c'est le fait de l'épiderme de leur face supérieure se détachant 
spontanément du parenchyme, de manière à laisser un vide notable entre les 
deux parties. Je note ce fait pour avoir occasion de remarquer que j'ai vu le 


(1) Voyez page 545 (en nole). | 


62A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


méme phénomène se produire dans les tuniques fraîches des bulbes d'un 
grand nombre d'Amaryllidées, et de méme toujours à la face supérieure ou 
intérieure des écailles (qui ici ne sont pas de vraies écailles, mais des bases 
charnues de véritables anciennes feuilles), l'épiderme dorsal conservant tou- 
jours sa continuité avec le parenchyme. Arrivé à ce point de développement, 
le bourgeon terminal du stolon se conduira exactement comme le tubercule 
du Circæa : il restera stationnaire jusqu'au printemps, époque à laquelle l'ex- 
trémité de l'axe, actuellement cachée par les écailles supérieures, prendra son 
essor pour s'allonger en tige à fleur, en conservant à sa base, pendant toute 
la durée de cette troisième et dernière période, comme le fait le C'ircæa, les 
écailles, alors flétries et écartées: (comme on le voit par les échantillons secs) 
qui, dans la période précédente, avaient composé le bourgeon terminal. — 
Ce que je viens de dire des stolons de F Epilobium palustre avait déjà été 
signalé par M. Irmisch et par quelques autres auteurs (Irmisch in Bot. Zeit. 
4847, col. 5-8; ejusd. Zur Morphol. der monoc. Knoll. u. Zwiebelg. 1850, 
p. 232, in nota; Griseb. in Bot. Zeit. 1852, col. 851, 1 ; Michal. in Bullet. 
Soc. bot. de Fr. 11, 1855, p. 727, in not. alt.; Coss. et Germ. de S'-P 
Fl. des env. de Paris, éd. 2, 1864, p. 234), mais, comme c’est un fait 
encore peu connu, j'ai cru faire une chose utile en le décrivant ici de nou- 
veau sur des échantillons de ma récolte, et en le comparant directement 
avec le fait, analogue à certains égards, mais réellement très différent, du 
Circa. 

J'avais fini avec le lac. de Guéry, et j'aurais bien voulu. sonder encore 
Montsineire, autre lac du voisinage de Vassivière, à 1174 mètres d'altitude, 
où MM. Lecoq et Lamotte indiquent l’/soëtes lacustris ; mais „J'étais fatigué, 
très fatigué, et: il me tardait de venir me reposer au Mont-Dore. Quelques 
jours plus tard, je voulus faire par procuration ce que je n'avais pu faire en 
personne. J'expédiai maître Jean au lac de Montsineire, avec tout ce qu'il 
fallait pour me rapporter 2 kilogrammes d’/soûtes, et il me revint tout glorieux 
avec 2 kilogrammes pesant d'un Juncus supinus submergé et stérile! Montsi- 
neire est donc resté un problème pour: moi. Il en est de méme des sept ou huit 
autres lacs disséminés dans les basses montagnes de la même région, et où 
aucun soétes n'a été indiqué jusqu'ici. Ces lacs sont-ils tous réellement privés 
d'/soëtes? Ou. bien leur. vacuité apparente ne tient-elle qu'à. un. défaut d’ex- 
ploration suffisante? S'il en est ainsi, les deux espèces du lac de Guéry S'y 
retrouvent-elles, soit dans des bassins séparés, soit séparément dans un même 
bassin, comme à Guéry, et sur quel sol, tourbeux ou pierreux? Autant de 
questions que MM. Lecoq et Lamotte tiendront, je l'espére, à honneur de 
résoudre dans l'intérét de la flore d'Auvergne et de la statistique botanique 
francaise. 

J'avais passé à Vassiviére la nuit du 27 au 28, et, le 28 au matin, j'étais 
debout, doutant encore si mes jambes, si rudement éprouvées la veille, suffi- 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 625 


raient à la tâche du retour, toujours à pied, toujours à jeun, et de plus chargé 
d’une lourde boîte de fer-blanc qui renfermait toute ma récolte de la veille 
et que je n'entendais céder à personne. La tentative fut plus heureuse 
que je n’espérais, et, en deux ou trois heures, j'eus gravi, sans trop de 
peine, la côte abrupte qui conduit au col du Sancy, la méme que j'avais des- 
cendue la veille. 

Là se dressait presque à pic la pyramide terminale du Puy-de-Sancy, pres- 
que à pic, c'est-à-dire sous un angle d'environ 70 degrés et à 401 mètres 
au-dessus du sol que je foulais. Tenterai-je cette ascension formidable ? Non, 
disent mes jambes. Non, disent la raison, la prudence et la sagesse. Mais le 
Puy-de-Sancy est le point culminant du plateau central, c'est un des principaux 
points de repère de la triangulation de la France, et je n'aurais pas foulé de mes 
pieds ce sol classique ! Mais l'intérét botanique! Quelles sont les plantes qui 
s'élévent jusque-là, et de quoi se compose le tapis vert que je vois couvrir ces 
pentes rapides? Mais ces deux ou trois points noirs que je vois là-haut faire 
tache sur le rocher, ces points mobiles qui, de moment en moment, s'élèvent 
davantage et auront bientót atteint le sommet du Puy ! Mais ces autres points 
mobiles que j'apercois-là bas, s'acheminant vers le col, et parmi lesquels on 
croit distinguer des dames ! Hommes ou femmes, ce sont des touristes qui 
vontau Puy sans aucune intelligence botanique et pour satisfaire une vaine 
curiosité. Sans doute ils viennent ou sont venus à cheval, et la tâche leur est 
comparativement bien facile. C'est égal, il ne sera pas dit que j'aie reculé 
devant l'exemple des helles dames du Mont-Dore, ma patience a jusqu'ici 
suppléé au cheval, et ma volonté suppléera aux forces qui me manquent. En 
avant donc, mon ami Jean, et à la garde de Dieu qui m'a si souvent protégé 
depuis l'an 1800, où je fis mes premières armes botaniques sur les flancs de 
la Dent-de-Jaman ! (montagne du pays de Vaud, dont l'altitude n'est que de 
12 mètres inférieure à celle du Puy-de-Sancy) La montée était des plus rudes 
et le sentier souvent tracé sur des roches brisées ou sur des débris roulants. 
Mais l'herbe qui bordait la rampe appelait des haltes fréquentes, en méme 
temps qu'elle m'inspirait un iutérét fortifiant. Grâce donc à ce stimulant et à 
ces haltes répétées, en y mettant le temps nécessaire, j'atteignis, sans trop de 
peine, le sommet du pic, bien moins exténué que je ne l'avais été la veille 
en rentrant à Vassivière. 

Le sommet du pic se termine en un plateau circulaire d'à peine 2 mètres de 
diamètre, au centre duquel on a érigé, en 1827 ou 1828 (sans doute taillé sur 
place, car je ne concois pas comment il aurait pu être transporté jusque-là), 
un monolithe taillé à quatre faces et à hauteur d'appui, avec des inscriptions 
relatives à la position astronomique et à la géodésie de ce point culminant. Par 
ces inscriptions, déjà un peu früstes, on apprend que le sommet du Puy-de- 
Sancy est situé sous 45^,30' 587 de latitude, sous 9^,53' 103 de longitude à l'est 
du méridien de Paris, et à 1884 mètres au-dessus du niveau de la mer, d'où 


626 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


il suit que c’est le point le plus élevé de la France intérieure entre les Alpes 
et les Pyrénées (le Mont-Ventoux lui est supérieur de 25 mètres, mais je le 
tiens pour un avant-poste ou promontoire de la chaîne des Alpes). Là se 
déploie un immense horizon, et le spectacle est admirable par un beau temps, 
comme celui dont j'ai été favorisé. C'est là qu'il faut aller pour embrasser d'un 
coup d'œil les principaux groupes des montagnes de cette région, les Monts- 
Dômes au nord-est, le massif de la Haute-Loire et du Forez à l’est, le Gantal 
au sud-ouest, etc. Plus près et daùs le groupe méme des Monts-Dores, je dis- 
tingue huit lacs, dont plusieurs sont déjà de ma connaissance personnelle : au 
nord, Guéry (où j'ai herborisé le 24 août); au nord-est, Chambon (que j'ai déjà 
presque côtoyé le 23 août); au sud et au sud-est, l'Esclauze, le Ghauvet (que 
j'ai visité la veille), Pavin, Montsineire, Chambedaze, et deux autres que mon 
guide désigne sous les noms de Besse et d’Anguilles, inais dont je me défie, 
parce que je ne les trouve pas indiqués sur ma carte. Un œil plus exercé en 
distinguerait peut-étre d'autres encore, mais ceux-là suffisent pour embellir la 
scène que j'ai sous les yeux. 1ls réfléchissent les rayons d'un soleil sans nuages, 
et paraissent comme autant d'étoiles descendues du ciel sur la terre, pour 
animer le vert des pâturages qui s'étendent devant moi jusqu'aux extrémités 
de l'horizon. Je pris quelque temps pour admirer ce ravissant spectacle, aprés 
quoi il fallut partir, chassé par le soleil qui, grâce à l'immobilité absolue de 
l'aunosphére, était devenu tout à fait incommode. J'avais butiné en montant 
et je butinai encore en descendant. C'est donc ici le lieu de nommer les plantes 
que j'ai pu remarquer au Sancy dans un passage rapide et sans m'écartér 
du sentier. Je vais les énumérer dans l'ordre descendant, en distinguant trois 
échelons de la montagne, et en prévenant que, pour moi, les deux étages 
supérieurs ne forment qu'une seule et méme région naturelle, Si je les dis- 
tingue ici, c'est d'abord parce que je les ai explorés séparément, et ensuite 
parce que l'un est trés sec, et l'autre arrosé de sources nombreuses, ce qui 
établit entre eux une différence physique d'une véritable importance, 


Pyramide terminale du Sancy, entre 1884 et 4785 m. d'altitude ; lieu très sec. 


Agrostis rupestris All. (l'espèce à pédicelles glabres), Festuca nigrescens? 
Lam., Festuca spadicea L., Hieracium prenanthoides Vill. (H. spicatum 
All. in Lecoq et Lam. Cat.) Alchemilla alpina L., Dianthus silvaticus 
Hoppe (D. Seguieri Lec. et Lam. ; plante excessivement répandue sur toutes 
les montagnes du plateau central) et Astrocarpus sesamoides N. — Astr. sesa 
moides a stellatus Daby Bot. gall. (seulement à la base dü pic terminal), à 
quoi je puis ajouter de mémoire Zuzula glabrata Desv. (L. spadicea B Des- 
vauzii E. Mey.), Serratula tinctoria L. (plante de la plaine, remontant sous 
une forme rabougrie jusqu'au sommet méme du pic), et Anemone alpina L. 
(en fruit, s'élevant pareillement jusqu'au sommet). 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1804. 627 


Col du Sancy et zone immédiatement inférieure, sur les deux versants, entre 4785 et environ 
1685 mètres d'altitude ; zone fraîche, arrosée par des sources nombreuses, 
comprenant, sur le versant nord, le marais de la Dore. 


Lycopodium Selago L., Poa alpina L. (normal et vivipare), Carex stel- 
lulata B grypus Koch Synops. (croissant à sec), Luzula alpina DC., Luzula 
glabrata Desv., Saliz Lapponum L. (S. limosa Whlnb.!, assez abondant, 
mais en ce moment sans aucun chaton ni mâle ni femelle), £'uphrasia minima 
Schl. (à fleurs jaunes et trés petites), Jasione perennis Lam. (le méme que 
Lamarck nommait /œvis en 1778, et qu'après Le Monnier, il avait trouvé 
« sur le Mont-d'Or en Auvergne. » Voy. Lam. 77. fr. 1778, Il, p. 3, et 
Dict. 11, 1789, p. 216) (1), Homalotheca supina DC. (Gnaphalium supinum 
L.), Saxifraga stellaris L., Meum athamanticum Jacq. (ici d'une vigueur 
et d'une taille extraordinaires, tant pour la tige que pour la souche hypogée, 
garnie dans toute sa longueur d'un long et épais chevelu), /mperatoria Ostru- 
thium (cité de mémoire), Meum Mutellina Gærtn. (court de tige, comme celui 
des Alpes), Angelica pyrenca Spreng., Astrocarpus sesamoides N., Sisym- 
brium pinnatifidum DC. (un seul pied, mais d'ailleurs indiqué sur toutes les 
montagnes voisines du Sancy), et Anemone alpina L. var. flore albo (la 
plante est partout en fruit, mais un individu à floraison tardive m'a permis de 
reconnaître cette variété qui, d'ailleurs, n'existe pas seule au Sancy, puisqu'on 
y indique également la variété sulfurea) (2). 


Páturages inférieurs, depuis environ 1685 jusqu'à environ 1400 métres (jusqu'aux premieres prairies 
fauchées de la vallée du Mont-Dore, au-dessous des burons de Ja Cour) ; surface déjà dépouillée par 
les vaches, au moment de mon passage, et, de plus, stérilisée par une longue sécheresse. 


Luzula spicata DG., Plantago alpina L., Rumex alpinus L., Gentiana 
lutea L., Gentiana campestris L., Saxifraga Aizoon Jacq., Sedum annuum 
L. (S. saxatile DG. Prodr.), Epilobium- palustre L. (un seul individu, 


(1) Il s'agit ici de la grande forme à gros capitules, à surcules radicaux nombreux et 
à feuilles planes, qui est le type de l'espéce, tel qu'on le trouve au Schlossberg prés 
Fribourg-en-Brisgau, à Kaiserslautern dans le Palatinat, à Bitche dans le département de 
la Moselle, à Dardilly prés Lyon, etc. C'est cette belle forme qui, au col du Sancy, 
orne les bords du sentier, où elle est connue depuis bientôt un siècle, très différente, par 
le port et la taille, de l'humble Jasione perennis B pygmæa, que M. Grenier indique seul 
aux Monts-Dores (Fl. de Fr. I1, 1852, p. 399). Ramond fait une mention spéciale de 
cette belle plante, et pour la méme localité (le col qui sépare le Puy-de-Sancy du Puy- 
Ferrand), p. 163 de son mémoire : Application des nivellements. 

(2) C'est dans cette méme région supérieure du Sancy, et sur son versant nord, que, 
le 26 juillet 1856, MM. W. Nylander et Lamotte ont découvert le Carez vaginata 
Tausch, espéce qui, jusqu’à ce jour, n'avait pas encore été observée en France. Ces mes- 
sieurs l'ont rencontrée, en allant du Puy-de-Sancy à la vallée de Chaudefour, sur le ver- 
sant nord du Puy-Gros, droit au-dessus du marais de la Dore, en lieu sec, ce qui est 
anomal pour cette espèce, sans rien ôter pourtant à l'exactitude de la détermination, 
comme j'ai pu m'en assurer moi-méme à l'inspection des échantillons que les auteurs de 
la découverte ont bien voulu me communiquer. Sur lés circonstances de cette trouvaille, 
voyez Bullet. Soc. bot. de Fr. III, 18506, p. 481. 


628 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nain, venu à sec, mais déjà pourvu, comme la plante du lac Chauvet, de ses 
stolons caractéristiques, ou plutôt d'un seul stolon), Sagina procumbens L. 
(une forme dont les fleurs varient 4- et 5-mères sur le même pied), Sagina 
Linnæi Presl (Sagina saxatilis Koch Synops. ed. 2, Spergula saginoides L., 
très rare ici et mêlé au Sagina procumbens, dont il se distingue entre autres 
par ses fleurs toutes pentamères) et le Viola grandiflora ou lutea, forma 
sudetica (toujours à fleurs bleues et à court éperon) (1). — Ces plantes sont 
sans doute répandues sur toute la troisième zone, le long du sentier que j'ai 
suivi, mais je dois dire que les échantillons par moi rapportés proviennent 
tous du bas de la zone, rive gauche de la Dordogne naissante, vis-à-vis l'entrée 
des vallons de l'Enfer et de la Cour, d’où l’on descend en moins d'une heure 
au village des Bains. Il n'est pas douteux que plusieurs de ces plantes ne des- 
cendent beaucoup plus bas que la limite inférieure de la troisième zone. De ce 
nombre sont entre autres le Viola grandiflora sudetica, qui descend jusqu'au 
fond de la vallée, partout où il y a des pâturages, et le Sedum annuum, que 
j'ai vu méme au village des Bains, sur les murailles séches, là, comme plus 
“haut, depuis longtemps défleuri et ayant méme déjà disséminé ses graines. Un 
seul échantillon tardif m'a appris que j'avais bien affaire à une espèce à fleurs 
jaunes, et que cette espèce ne pouvait être que le Sedum annuum, d'ailleurs 
indiqué comme assez commun dans les vallées du Mont-Dore (Lecoq et 

Lamotte, Cat. p. 178). 
' (La suite prochainement.) 


M. de Schenefeld dit que, lors de l'excursion faite par la Société 
en Auvergne (juillet 1856), il a recueilli le Cerastium alpinum au 
pic de Sancy, et le C. arvense au sommet même du Puy-de-Dôme 
(alt. 1465 m.). 

M. T. Puel doute que le P/antago alpina ait été trouvé au Mont- 
Dore par M. Gay. Il tient de M. Decaisne que le P/. serpentina se 
rencontre depuis le rivage de la mer jusqu’au sommet des mon- 
tagnes, tandis que le PZ. alpina est une espèce appartenant exclu- 
sivement aux Alpes. M. Puel ajoute que le Cerastium arvense 
croit au sommet du Puy-de-Dóme en compagnie de quelques 


autres. plantes de la plaine, notamment du Narcissus Pseudo- 
narcissus. 


M. Eug. Fournier donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre 
qui lui a été adressée par M. Aug. Le Jolis : 


(1) Voir, dans Ann. sc. nat. 4"° série, cahier de mars 1832, mon opinion sur p 
Viola grandiflora L. et ses nombreuses variations, 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 629 


LETTRE DE M. Aug. LE JOLIS A M. EUG. FOURNIER, 
Cherbourg, 13 novembre 1861. 


..... Les diverses communications faites, il y a quelque temps, à la Société 
au sujet du Primula acaulis m'ont offert un intérét tout particulier, et je par- 
tage complétement l'opinion de M. le docteur Lebel, sur ce point que des formes 
bien différentes ont été prises pour le Primula variabilis Goup. Je n'ai jamais 
vu cette dernière espèce dans notre arrondissement, mais j'y ai observé sou - 
vent des formes caulescentes du Primula grandiflora, des formes où la hampe 
était accompagnée de pédoncules radicaux, uniflores, comme dans l'exemple 
cité par M. Gubler (Bull. t. VIII, p. 239); enfin une variété de couleurs 
passant du violet au jaune et au blanc, ainsi que je l'ai dit dans un catalogue 
des Phanérogames de Cherbourg. D'ailleurs je n'ai jamais trouvé dans nos 
environs un seul pied ni du Pr. officinalis ni du Pr. elatior, et les formes 
anomales du Pr. grandiflora ne peuvent ici étre attribuées à l'hybridation, 
mais tout simplement à un allongement plus ou moins complet de l'axe qui 
babituellement reste atrophié dans cette espèce. Je ferai remarquer encore 
quele Pr. grandiflora a toujours ici les fleurs trés odorantes, quoique 
MM. Grenier et Godron les disent inodores. 


M. Duchartre fait à la Société la communication suivante : 


FLORAISON ET FÉCONDATION DE L'AGAVE POTATORUM Zuccar., 
pr M. P. DUCHARTRE. 


Je demande à la Société la permission de lui rapporter des observations qui 
m'ont été communiquées récemment par M. A. Rivière, l'habile et zélé 
jardinier-chef du Luxembourg, et qui me semblent avoir un grand intérét. 

Il y a quelque temps, une espèce fort rare d'Agave, YA. potatorum Zuc- 
car., a développé sa hampe daus les serres du Luxembourg. La floraison 
d'un Agave, dans nos départements septentrionaux, est toujours un fait remar- 
quable en lui-même et par son extrême rareté, méme pour l'A. americana, 
qu'on cultive trés fréquemment ; à plus forte raison en est-il de méme pour 
une espèce encore fort peu répandue dans les jardins; aussi M. Rivière se 
proposa-t-il d'observer avec soin la production des fleurs de son Agave pota- 
torum, et méme de faire sur ces fleurs des essais de fécondation artificielle, 
Dans ce but, il transporta sur le stigmate de ces fleurs le pollen que les 
anthères ouvertes offraient eu abondance et, afin d'avoir plus de chances de 
succès, il se servit de tous les moyens habituellement employés dans ce but. 
Il prit donc le pollen avec un pinceau fin, avec des barbes de plume, avec les 
doigts, et le déposa sur les stigmates des fleurs épanouies. D'un autre cóté, 
pensant que l'heure à laquelle l'opération était faite pouvait exercer quelque 


630 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

influence sur le résultat, il agit sur ces stigmates à des moments très divers de 
la journée. Toujours, sans exception, la fécondation artificielle échoua, et pas 
un seul ovaire ne subit un commencement appréciable d’accroissement. Cepen- 
dant une circonstance imprévue et tout à fait accidentelle amena le résultat 
désiré, au moment où l'on désespérait de l'obtenir. 

L’Agave fleuri se trouvait dans le tambour ou vestibule vitré qui sert d'en- 
trée à une serre ; un essaim de mouches s'introduisit dans cet endroit, et, peu 
de jours aprés, M. Riviére reconnut, avec une vive surprise, que les fleurs 
de sa plante étaient fécondéëês, que les ovaires commençaient à prendre un 
développement rapide. Ainsi s'offrait à ses yeux une nouvelle preuve de l'uti- 
lité, déjà plusieurs fois constatée et cependant encore aujourd’hui contestée par 
certaines personnes, qu'ont les insectes pour la fécondation de diverses plantes. 

Un autre fait digne d’être signalé s'est offert à M. Rivière. Ayant coupé la 
partie supérieure de la hampe de son Agave po'atorum au moment oü elle 
ne portait encore que des boutons de fleur, plus ou moins avancés dans leur 
développement mais tous fermés, il l'avait suspendue à un clou dans une 
chambre. Des occupations imprévues détournèrent, pendant plusieurs jours, 
son attention de cet objet ; aussi fut-il fort surpris ensuite de voir non-seule- 
ment que ces boutons avaient continué à se développer et s'étaient épanouis, 
mais encore que leurs ovaires avaient noué et grossi notablement. Aujourd'hui 
ces ovaires sont déjà devenus des capsules longues de 2 ou 3 centimètres, et 
qui semblent devoir parvenir graduellement à toute leur grosseur. Ce fait 
curieux rappelle celui bien connu du Lis blanc, dont les fleurs ne donnent, 
en général, un fruit que lorsqu'on coupe la tige florifère pour la suspendre ; 
mais il est encore plus remarquable que celui-ci, parce qu'il nous montre de 
simples boutons de fleur, qui ont été isolés de la plante, achevant leur déve- 
loppement et donnant méme naissance à un fruit. 


M. Brongniart dit que l'on voit, dans beaucoup d'Amaryllidées, 
les étamines s'ouvrir avant que le stigmate soit lubréfié et apte à la 
fécondation. Il ajoute que le meilleur moyen pour opérer des fécon- 
dations artificielles est de prendre une étamine avec une pince et d'en 
frotter l'anthére contre le stigmate. Ce procédé lui a souvent réussi, 


M. Puel donne lecture de la note suivante : 


REVUE CRITIQUE DE LA FLORE DU DÉPARTEMENT DU LOT, par ME. "FT. PUEL (suite). 


16. Linaria Pelliceriana Miller Garden, Dict, n. 44, ed. 8 (4768); Puel! 
Cat. du Lot, p. 438, obs. (1848), 
Rive droite du Célé, entre le ruisseau des Fades et le lieu dit Roc dé Lo Clouco, . 
près Figeac. —- Friches arides et pierreuses. — Terrain siliceux (granite). — 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1801. 631 


Alt. 205 mètres. — Fl. 30 mai; fr. 5 juin 1859. — Récolté par M. L. Puel. 

Le L. Pelliceriana, qu'il serait peut-être plus exact d'appeler Pe/licie- 
riana, mais qu'on ne peut plus désigner sous le nom de Pelisseriana depuis la 
remarque faite par M. Martins (Jard. pl. Montp. p. 9) et reproduite dans le 
Bulletin de la Société botanique (t. IV, p. 562), est une plante connue 
depuis le xvi° siècle. Lobel (7//. p. 103) et Magnol (Bot. monsp. p. 159) l'in- 
diquent dans le bois de Gramont près Montpellier, où elle se trouve encore 
aujourd'hui, et ils en attribuent la découverte à Guillaume Pélissier, évêque 
de Maguelonne, dont le véritable nom est Guillaume Pellicier. Au point de 
vue général de sa distribution géographique, cette espèce s'étend de l'est à 
l'ouest depuis le Caucase jusqu'à l'océan Atlantique, en traversant au midi 
la Gréce, la Sicile et l'Espagne: son écart en latitude est beaucoup plus 
restreint, puisque M. Lecoq l'évalue à 41 degrés seulement (Ét. géogr. 
bot. Eur. t. VII, p. 519); mais la limite septentrionale qu'il place à Nantes 
doit être reportée beaucoup plus loin, car le L. Pelliceriana, indiqué depuis 
plus d'un siécle dans le bois de Boulogne (1), se retrouve dans plusieurs autres 
localités de la flore parisienne, et notamment aux environs de la forét de 
Chantilly, oà il a été signalé par M. Graves. 

Cette plante, exclusivement européenne, appartient donc à la flore méridio- 
nale, et, comme beaucoup d'autres espèces d'origine méditerranéenne, elle 
franchit le bassin du Rhône pour entrer dans celui de la Gironde et remonter 
ensuite du sud vers le nord, en traversant le bassin de la Loire pour se termi- 
ner dans celui de la Seine. : 

Le Linaria Pelliceriana s'élève quelquefois sur les basses montagnes, 
comme à Figeac, oü il atteint la région granitique et une altitude d'environ 
200 métres : il rentre, par couséquent, dans le rayon de la flore d'Auvergne, 
mais il est bon de remarquer qu'il s'agit ici de la bordure méme du bassin, 
et que nulle part la plante ne pénétre dans le centre de la chaine. Ainsi 
MM. Lecoq et Lamotte, dans leur Catalogue du plateau central, ne citent pour 
celte espèce que deux localités de l'Allier qui sont absolument dans les mêmes 
conditions. Le Z. Pelliceriana forme, avec quelques autres espèces qui sem- 
blent, comme lui, attirées par la nature siliceuse du sol, un groupe curieux 
de plantes méridionales, empiétant parfois sur les limites naturelles fournies 
par l'ensemble de la végétation. 


(1) Le L. Pelliceriana a été signalé pour la première fois aux environs de Paris 
en 1725 par Bernard de Jussieu, qui en attribue la découyerte au docteur Gundelsheimer. 
La plante n'est pas indiquée dans la première édition des Herborisations de Tournefort 
(1 698), mais bien dans la deuxième édition, revue et augmentée par Bernard de Jussieu 
(1725), t. I, p. 182. Voici la citation : « Linaria annua, purpureo-violacea, calcaribus 
» longis, foliis imis rotundioribus (Bot. Monsp.). M. Gundelsheimer, docteur en méde- 
» cine, d'une habileté extraordinaire dans la connaissance des plantes, dans la chimie et 
» dans l'anatomie, a trouvé cette belle plante dans le bois de Boulogne, sur le chemin 
» qui va du château de Madrít (sic) au pont de Neuilly. » 


632 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Je citerai comme appartenant à ce groupe une plante dont personne ne 
contestera certainement l'origine méditerranéenne. 

Le Cistus salvifolius, qu'on trouve sur les côtes de l'Océan et qui croit 
aussi dans le département de la Dordogne, pénètre par plusieurs points sur le 
territoire de la flore d'Auvergne. Dans une des premières herborisations 
que je fis en 1839 aux environs de Figeac, je rencontrai, non loin de la 
ville, le Cistus salvifolius croissant sur le grés bigarré ; plus tard, et méme 
dans mon dernier voyage de 1858, je recherchai vainement la plante dans 
la localité oà je l'avais cueillie; en sorte que, si je n'avais pas eu sous les 
yeux l'échantillon parfaitement fructifié de. mon herbier, en méme temps 
que le souvenir exact de la localité, j'aurais concu quelques soupcons sur 
la spontanéité de la plante. Aujourd'hui le doute n'est plus permis, car mon 
ami M. E. de Valon a retrouvé la plante sur le terrain granitique, non loin 
de Figeac, dans la vallée du Lot, près de Laroque-Bouillac (Aveyron), sur la 
limite méme de notre département. Je rappellerai enfin que M. Ozanon cite 
également le C. salvifolius sur le terrain siliceux de la Montagne-Noire, à 
Mas-Cabardés, dans la vallée de l'Orbiel. J'aurai, du reste, occasion de revenir 
sur ces faits intéressants de géographie botanique. 


17. Scilla autumnalis L. Sp. ed. 1, p. 309 (1753) et ed. 2, p. 4^3 (1762); 
Saint-Amans! (teste Du Molin) FZ. ag. p. 443 (1821); Puel! Cat. du Lot; 
n°478, p. 81 (1856); Lecoq et Lamotte! Cat. du plat. centr. p. 363 (1847). 
Causse de Neirac près Figeac. — Pelouses sèches. — Terrain calcaire 

(jurassique). — Alt 250 mètres. — Fl. 4 septembre; fr. 13 septembre 

1858. — Récolté par MM. L. et T. Puel. 

L'aire de végétation du Scilla autumnalis est fort étendue : selon M. Lecoq , 
(Ét. géogr. bot. Eur. t. VII, p. 600), on le trouve au sud en Algérie, au nord 
en Angleterre, à l'ouest en Portugal, à l'est en Géorgie et en Syrie. ! 

En France, on rencontre presque partout le S. autumnalis, et il parait indif- 
férent à la nature du sol : toutefois, dans le département du Lot, il habite spé- 
cialement les pelouses découvertes des bois de Chénes, sur les grands plateaux 
jurassiques connus chez nous, comme dans les Cévennes, sous le nom de causses. 

Cette espèce, indiquée dans la Flore agenaise, comme spéciale au dépar- 
tement du Lot, est encore une de celles que M. Du Molin avait récoltées à 
Cahors et qu'il avait communiquées à Saint-Amans. 

Je ferai remarquer, au sujet de Ja végétation du Scilla autumnalis, une 
particularité qui me semble digne d’être notée : c'est la rapidité avec laquelle 
la fructification succède quelquefois à la floraison. Ainsi, après avoir récolté 
moi-même la plante en fleur le 4 septémbre 1858, en constatant que pas 
un échantillon n'était en fruit, mon frère n'a plus trouvé dans la méme loca- 
lité une seule fleur, mais bien des capsules avec des graines en maturité par- 
faite, le 13 du méme mois, c'est-à-dire neuf jours aprés. 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 633 
15. Erythronium Dens canis L. Sp. ed. 1, p. 305 (1753) et ed. 2, 

p. 437 (1762); Delpon Stat. du Lot, cat. n° 222 (1831); Puel! Cat. 

du Lot, n° h69, p. 79 (1846); Lecoq et Lamotte! Cat. du plat. centr. 

p. 361 (1847). 

Rive gauche du Célé, au lieu dit Roc d'ol Gor, près Figeac. — Pentes 
ombragées. — Terrain siliceux (granite). — Alt. 215 mètres. — Fl. 10-24 
mars 1859. — Récolté par M. L. Puel. 

L'Erythronium Dens canis, qui s'étend de l'est à l'ouest, depuis l'Espagne 
et le Portugal jusqu'en Géorgie, avec un écart en longitude de 84 degrés, n’a, 
au contraire, en latitude qu'un écart de 6 degrés, sa limite méridionale étant 
en Espagne et sa limite septentrionale en France (Lecoq, Ét. géogr. bot. Eur. 
t. VIT, p. 587), dans les stations qui dépendent du département de la Creuse 
et de celui de la Haute- Vienne. Voici l'énumération des principales localités 
où se trouve la plante, dans les dépendances de la Flore d'Auvergne: 

FLORE D'AUVERGNE. — LOZÈRE : ! (Prost in h. Mus. p.), à Lerverettes 
(Prost in Lec. et Lam. Cat.). AUDE: Prise d'eau de la rigole qui alimente le 
canal des deux mers, prés des forges de M. de Puzol (Vialu in Nérée-Bou- 
bée (1) Bull. bot. p. 14). TARN : Soreze, Castres, Anglès (Doumenjou Her - 
bor.). AVEYRON : Riguac! (F. de Valon in b. Puel). Lor : Figeac ! (Puel 
herb.). CaNTAL: Laroquebrou (Piales in Puel Cat.). CORRÈZE : Ussel! 
(E. de Valon in h. Puel) ; Servières (De la Place in Puel Cat.) Pu-pE- 
Dome : Bois dé Préchonnet prés Bourg-Lastic! (Zecog in bh. Mus. p.); La 
Grange prés Laqueuille! (Lamotte in h, Puel). AUTE-ViENNE : Nedde, 
Saint-Just (Lamy Fl.). CREUSE : Ruisseau de Beauze, bois de Sainte-Magde- 
lèine prés Aubusson ( Pai//ouz) ; forêt de la Feuillade près Faux-la-Montagne, 
Gentioux (Boreau Fl.). 

Il y a, dans la distribution géographique de P Erythronium et du Linaria 
Pelliceriana dont j'ai parlé précédemment, des analogies et des différences 
qu'il me parait intéressant de faire remarquer : 4° Les deux plantes 
s'étendent sur une vaste surface de l'est à l'ouest, parallèlement à la Médi- 
terranée; 2° elles ont été observées toutes deux presque au niveau de la 
imer, l'une dans le bassin du Rhône, l'autre dans celui de la Gironde; 3° elles 
s'élèvent l'une et l'autre sur les basses montagnes, mais seulement à la 
bordure des plateaux ou des chaînes, sans pénétrer dans leur centre ; 
4? enfin elles semblent vivre de préférence (peut-être méme exclusivement) 
sur le terrain siliceux. D’après ces analogies, on serait tenté de rapporter les 
deux plantes au méme groupe, mais il y a entre elles une différence capitale. 
L'Erythronium appartient exclusivement aux basses montagnes et ne descend 


(4). M. Nérée-Boubée a publié en 1833 et 1834, avec la collaboration de M. Chaubard, 
une série de notices botaniques sous le titre suivant : Bullelin de nouveaux gisements en 
France, de botauique, pour servir de complément périodique à la Flore francaise. 


T. Vil. A1 


654 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE, FRANCE, 

que, par. exception dans la région des plaines, lorsque, comme. à Bayonne 
et-dans les Landes, la nature siliceuse du sol des vallées. continue, pour 
ainsi dire, le sol granitique de la montagne ; le Linaria, au contraire, semble 
avoir son centre de végétation dans la partie sablonneuse „des plaines et 
n'atteindre que par exception, comme à Figeac, la bordure siliceuse, des 
plateaux montagneux. 


19. Narcissus juncifolius Lagasca Gen. et Sp. p. 13 (1816); Puel! Cat 
duLot, suppl. p. 236 (1852). — JV. Junguilla Saint-Amans ! (teste Du 
Molin) #1. ag. p. 132 (4821); Puel! Cat, du Lot, n° 457, p. 7 (1846) 
non L. 

Montbrun, canton de Cajarc, arr. de Figeac. — Fentes des rochers, — 
Terrain calcaire (jurassique). — Alt, 170: mètres. — El. 28: mars. 1848, — 
Récolté par M. A. Bras. 

Cette plante a été longtemps considérée comme le type sauvage du N Jun- 
quilla : c’est sous ce nom qu'elle est signalée dans toutes les Flores de France 
soit générales, soit locales, depuis Gouan jusqu'à la deuxième notice publiée 
en 1827 par Loiseleur-Deslongchamps, avant la deuxième édition du Flora 
gallica. C'est à M, Requien que revient l'honneur. d'avoir, le premier en 
France, distingué spécifiquement. notre plante; et, chose singulière, il lui 
donna le nom de. /V, 7uncifolius qu'elle avait reçu de Lagasca onze ans 
auparavant. Il ne paraît pas probable que Requien ait eu connaissance de la 
plante espagnole nommée par Lagasca; mais eela ne serait pas impossible, vu 
Jes nombreuses relations qu'il entretenait par correspondance avec la plupart 
des. botanistes de l'Europe. Quoi qu'il en soit, dans la "ore française de 
1805, dans le supplément de 1815, et méme dans le premier volume du Bo- 
tanicon gallicum publié en 4828, toutes les localités connues du: N, junci- 
folius sont rapportées par De Candolle au JV... J/unquilla. 

C'est seulement en 1830, dans le supplément du. Botanicon, que se trouve 
cité le JV. juncifolius, et la création de l'espèce est. méme attribuée à Loise- 
leur. MM. Grenier et Godrou ont rapporté au. N.: juncifolius la presque 
totalité des localités attribuées autrefois au M. Junguilla, et en cela ils ont 
eu raison, mais j'ai tout lieu de penser que cette espèce doit être rayée délini- 
tivement de la flore française. En effet, M. Grenier ne cite.que deux localités 
pour le: N; Junquilla : Mirabeau. près Manosque,- arrondissement de. For- 
calquier (Basses-Alpes), d’après M, de Fonvert, et Montbrun pn Gajarc 
(Lot), d’après moi-même. 

Or la plante que j'ai envoyée à M. Grenier est a: Binani la pan que je 
lui avais réservée pour ma publication actuelle de l'herbier du Lot, et ce n'est 
pas autre chose que le JV. juncifolius. Yl ne reste donc plus que Ja localité de 
Mirabeau pour maintenir le W. Jungquil/a dans la flore française, Je ne con- 
nais pas la plante des Basses-Alpes, et ne puis, par conséquent, rien. affirmer 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 635 


à cet égard ; mais, avant d'admettre le type de la Jonquille des jardins comme 
spontané en France, il faudrait attendre que les auteurs fussent d'accord 
entre eux sur les caractères de l'espèce qui doit «conserver définitivement 
ce nom, TER 

J'ajouterai encore un mot pour faire remarquer. que la petito. ville de 
Limogne (Lot) citée, d'après moi, par M. Grenier pour le JY. juncifolius, est 
très peu éloignée de Montbruu (Lot), et que ces deux noms ne constituent, à 
proprement parler, qu'une seule localité; je ne puis m'expliquer par quelle 
erreur M. Grenier a été amené à attribuer les échantillons de ces deux localités 
à deux espèces différentes. 

Le JV. juncifolius appartient au. groupe assez nombreux de plantes du 
département du Lot signalées par Saint-A mans dans la Flore agenaise, d'apres 
M. Du Molin qui les avait récoltées aux environs de Cahors, groupe dont j'ai 
déjà parlé plusieurs fois. Ces plantes n'ayant pas été trouyées sur le territoire 
de Lot-et-Garonne, Saint-Amans. ayait l'espoir de les y rencontrer un jour, et 
il signale leur habitat d'une manière uniforme. par la phrase suivante. .qui 
exprime cette espérance : Les collines du département du Lot, et sans doute 
aussi celles de Lot-et-Garonne vers la frontière orientale. 

L'herbier de M. Chaubard ne renferme pas le type du A, Junquilla de la 
Flore agenaise, mais M. Du Molin, qui a vu ma plante de Montbrun et de 
Limogne, y a reconnu l’espèce communiquée à Saint-Amans, Notre confrère 
M. Bras, qui a découvert le W. juncifolius sur la vive droite du Lot, l'a trouvé 
aussi sur la rive gauche et sur le territoire du département de l'Aveyron : ces 
trois localités sont les seules de la Flore de la Gironde, 

C'est notre regretté confrère M. Webb qui établit le premier dans la syno- 
nymie l'identité de la plante francaise et de la plante espagnole ; c'est lui qui 
le premier rapprocha le nom de Requien de celui de Lagasca, à la suite du 
N. juncifolius, et ce rapprochement a été maintenu par. tous les auteurs qui 
ont écrit récemment sur la flore d'Espagne, tels que MM. Boissier, Graëlls et 
Willkomm. . 


20. Tragus racemosus Allioni Fl. ped. n° 2181 (1785); Puel! Cat. du 

Lot, n° 89, p. 29 (1845). 

Causse de Neirac prés Figeac. — Pelouses séches. — Terrain calcaire (juras- 
sigue). — Alt. 250 mètres. — Fl. et fr. 15-17 septembre 4858. -— Récolté 
par MM. L. et T. Puel, 

La plupart des auteurs attribuent à Desfontaines le mérite d'avoir placé 
cette espèce dans lé genre ragus; je ferai remarquer que Desfontaines cite 
lui-même Allioni, et, par conséquent, j'ai dû restituer à l'auteur italien le nom 
involontairement usurpé par l'auteur francais. Je profiterai de l'occasion pour 
protester contre la tendance de certains auteurs modernes à rechercher dans 
Clusius, Bauhin, etc., les noms de la nomenclature moderne, pour reporter 


636 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sur eux Ja priorité de ces noms. La question me parait jugée depuis longtemps; 
surtout depuis que M. Fries a formulé les règles principales de la synonymie 
dans un mémoire dont M. Duchartre nous a donné la traduction, en 4845, 
dans les deux premières livraisons de la Revue botanique : « Quoique Linné 
» ait adopté sans changements une foule de noms spécifiques d'anciens 
» auteurs, particulierement de Rivin, on ne doit pas remonter plus haut 
» que lui (ni plus haut que Tournefort pour les genres). » (Sur les 
noms des plantes, par Élias Fries, in Duchartre, Aevue botanique, t. I, 
p. 71). 

Sans doute, avant Linné, quelques auteurs ont employé la formule binaire 
pour désigner certaines plantes, mais ce n'était à leurs yeux qu'une phrase 
plus concise, qu'une abréviation des phrases plus longues généralement em- 
ployées. C'est donc à tort, selon moi, que quelques auteurs écrivent Tragus 
racemosus Haller : cela me parait d'autant moins admissible dans ce cas 
particulier, que Haller a constamment protesté dans ses ouvrages contre 
l'introduction de la nomenclature linnéenne. 


M. de Schenefeld donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre 
qu'il a recue de M. J. Lloyd : 


LETTRE DE M. J. LLOYD A M. DE SCHONEFELD. 
Nantes, 29 novembre 1861. 


Je ne sais si vous voussouvenez d'un fait dont je vous ai parlé concernant le 
Primula Auricula L.; voulez-vous me permetre de vous le rappeler, en vous 
priant de le communiquer à la Société botanique, si vous croyez qu'il puisse 
l'intéresser ? i 

Depuis fort longtemps je désirais cultiver le Primula Auricula L, des Alpes, 
plante qui m'intéressait comme amateur d’Auricules, et c'est seulement cetle 
année que j'ai réussi à en voir les fleurs sur un pied rapporté en 4859 de la 
Grande-Chartreuse par M. Bourgault-Ducoudray. Cet individu me représente 
bien tout ce que j'ai recu des Alpes sous le nom de Primula Auricula L. , mais 
j'ai été frappé par la différence d'odeur entre ses fleurs et celles de ma collec- 
tion. Depuis plus de vingt-cinq ans que je cultivel'Auricule, des milliers d'in- 
dividus m'ont passé par les mains, et je n'ai aperçu dans ceux-ci aucune varia- 
tion de l'odeur de la fleur, qui est bien connue et que je reconnaitrais partout. 
Décrire l'odeur du Primula de la Grande-Chartreuse est impossible, et je 
me bornerai à dire qu'elle est plus douce et moins agréable que celle des col- 
lections. Je me demande pourquoi cette différence dans la plante sauvage, 
lorsque la plante cultivée ne varie point, et s'il ne serait pas permis de soup- 
conner que l’Auricule des amateurs, contrairement à l'opinion reçue, est sor: 
tie d'un ou de plusieurs Primula différents du Primula Auricula L.. 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 637 


Un amateur d'Auricules auquel j'avais soumis cette réflexion me répondit 
qu'il croyait l'Auricule anglaise des fleuristes issue des Primula venusta 
Host et carniolica Jacq. (que je ne connais pas). L'Auricule dite liégeoise ne 
pourrait-elle, de son côté, être sortie de quelque espèce autre quele P. Auri- 
cula L.? Les botanistes qui habitent les Alpes ou qui y herborisent souvent 
pourraient, en ayant égard aux remarques précédentes, et dirigés par le par 
fum de l'Auricule cultivée, rencontrer ce méme parfum parmi les Primula 
sauvages et nous mettre ainsi sur la voie des parents de l'Auricule des fleu- 


ristes. 


. M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture de la commu- 
nication suivante, adressée à la Société : 


NOTE SUR LA SYNONYMIE D'UNE ESPÈCE D'EQUISETUM, par M. JJ. DUWVAL-JOUYE. 
(Strasbourg , 6 décembre 1861.) 


Je demande à la Société la permission de soumettre à son examen quelques 
considérations sur le nom que doit, à mon avis, porter la plus belle de nos 
espèces françaises A’ Equisetum, celle qu'on nomme le plus souyent E, Tel. 
mateia Ehrh. 

Je dis le plus souvent, car on trouve encore dans des ouvrages trés récents 
le nom d’ Æ: fluviatile L. donné à cette espèce, soit directement, soit en 
synonyme. En méme temps, d'autres auteurs excluent absolument de la syno- 
nymie de cette plante l’ E. fluviatile L. , et appliquent ce norm, les uns à une 


espèce distincte, les autres à lE. /imosum directement ou par synonymie. 


J'examinerai successivement l'opinion des auteurs qui voient dans notre 
espèce IE. fluviatile L., et les raisons de ceux qui prétendent que ce nom 
ne doit point Jui étre appliqué. 

Quant aux premiers, faisons d'abord remarquer que, si le nom Z. fluvia- 
tile Y. appartient à cette espèce, comme il est le, plus ancien, il y aurait jus- 
tice à ly appliquer, non en seconde place et en synonyme, mais directement 
et comme nom princeps, Ceci me semble trop évident et trop juste pour insis- 
ter.: Ce qui a porté ces auteurs à croire que le nom linnéen Æ. fluviatile con- 
venait à l'espéce nommée plus tard Æ. Telmateia par Ehrhart, a été d'abord 
la présomption que Linné ne pouvait pas ne pas avoir connu et mentionné 
cette espèce si caractérisée, la plus grande et la plus belle des Préles euro- 
péennes. Ils ont ensuite été induits en erreur en trouvant que, dans le Flora 
suecica; le Flora lapponica et le Species plantarum, Linné cite en synonymie 
la phrase de Bauhin : Æ. palustre longioribus setis, et celle de Haller : 
E. caule non sulcato latissimo, verticillis densissimis, qui toutes deux 
avaient servi à désigner l’Æ, Telmateia. Bien plus, dans son Mantissa Il, 
p- 504, après la description de PE. fluviatile, Linné a ajouté la citation sui- 


638 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tante + « Caules floriferi a sterilibus distincti, ut E. arvensis. HALLER ». 
Et, comme il est de toute évidence que cette citation et la synonymie qui la 
précède se rapportent à notre espèce, les anciens botanistes Leers (FI. 
herb. p. 223) et Smith (FI. brit. p. 145) ont été jusqu'à un certain point 
autorisés à voir dans IZ. fluviatile de Linné la plante de Bauhin, celle de 
Haller, dne espèce à tiges spicifères distinctes des tiges stériles, en un mot 
PE. Telmateia. Vaucher, ayant donné à notre espèce le nom Q'E. fluviatile, 
qu'il croyait étre le nom linnéen, en justifie l'application par ces termes sin- 
guliers : « Linné a décrit la Préle-des-limons (Æ. /imosum) sous le nom de 
» fluviatile; et elle. existe sous cette. dénomination dans son herbier avec la 
» phrase suivante : Equisetum caule striato, frondibus subsimplicibus, Sp. 
» pl. 4517, Fl. lapp. 393. La Telmateya est dans une autre feuille, sous le 
» mom de fluviatile, provenant de l'herbier de Muller. Ces détails m'ont été 
» fouriis par M. De Candolle: » (Monogr. des Préles, p. 373.) Je reviendrai 
tout à l'heure sur ce point. 

Voici maintenant quelques -unes des raisons qui ont fait penser à d'autres 
auteurs que l'Eguisetum 836 du Flora suecica, E. fluviatile du Flora 
lapponica et du Species plantarum, wa rien de commun avec la plante de 
Haller, et que, si Linné a emprunté la synonymie de ce botaniste, C’est parce 
qu'il n'avait pas vu la plante de Haller. 

L'E. Telmateia Ehrh. ne croit ni en Suède ni en Laponie, ainsi que Fat- 
testent Wikstrœm (Ann. de Acad. suéd. 1831-185, p. 177), Wahlenberg 
(FI. -suecica, p. 689): « Nostra planta (E. Zimosum) differt ab E. Telmateia 
» Ehrh, in Suecia non observato) » E. Fries (Summ. veg. p. 59). — Or, dans 
le Fi. lapponica, Linné indique son Æ. fluviatile « ad ripas lacuum et 
» fluviorum passim copiosissime »; il le cite comme pouvant fournir aux 
rennes, qui le mangent avec avidité, la nourriture d'hiver, si difficile à se pro- 
curer (p. 310). Linné parle de son Æ. fluviatile comme d'une plante vue et” 
possédée par lui ; or l'examen de son herbier, fait par M. E. Newman (Brit. 
Ferns, p. 543) et par M. Hartmann (Ann. de plant. Seanad. herb. Linn. 
p. 260 et 261), nous apprend que les quatre spécimens qui figurent dans la 
feuille 6 pour représenter PÆ. fluviatile, äppartiennent tous les quatre à la 
forme rameuse de P £. limosurn, et que ie Telmateia n'a aucun représentant 
dans l'herbier de Linné. 

Si Linné, dans son Mantéssa Ile, attribue à son Æ. — sur l'autorité 
de Haller, des tiges florifères distinctes des tiges fertiles, d'autre part, dans la 
deuxième édition de son Flora suecica, c'est-à-dire dans un ouvrage où il 
consigne ses propres observations, il ajoute après la description de Z: limo- 
šum : a precedenti (E. f'uviatil i) nimis affinis et interdum. frondes parciores 
» assumens », p. 931. Or, si PZ. fluviatile de Linné était réellement l E- 
Telmateia Ehrh. , la précédente comparaison eût été impossible, non pas seu- 
lement pour Lini mais pour un novice en botanique; et en méme temps 


SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1861. 639 


il est inadmissible que, dans une Flore de Suède, Linné compare son Z. 
limosum à une plante qui ne croit pas dans ce pays, tandis que VE. fluviatile 
rapporté à la forme rameuse de l’ E. limosum y croit abondamient, et justifie 
entiérement cette comparaison ainsi que ce qui a été cité plus haut —Ó 
dance de cette plante et ses usages possibles en Laponie. 

. Enfin, il est indubitable que si Linné avait vu seulement une fois PE. Tel- 
maleia Ehrh., ce grand descripteur n'aurait pas laissé à son E. arvense la 
phrase : Æ. scapo fructificante nudo, sterili frondoso (Sp. pl. p. 1517), 
laquelle convient à l'un et à l'autre. 

Ainsi donc, il parait certain que. cette espéce n'a jamais été connue de 
Linné, qu'aucun de ses noms spécifiques ne peut la désigner, et que ce n'est 
que par suite d'une confusion que Linné a rapporté à son Æ. fluviatile la 
synonymie de Bauhin et celle de Haller. ! 

En 1783, Ehrhart imposa à notre plante (Jannotwr. Magaz. Stueck 18, 
p. 287), le nom de Zelmateia, assez mal formé de Tòpariata, et dont la 
signification, qui croît dans la boue, manque d'exactitade pour distinguer la 
Station dé cette belle espèce. En 1797, Roth, dans ses Catal. botan. fasc. T, 
p. 128, la nomma Æ. eburneum, exprimant ainsi avec justesse un caractère 
physiologique très important et tout à fait particulier à cette espèce, savoir 
l'absence de stomates, et dès lors de chlorophylle, sur les entre-nœuds, ce qui 
occasioune leur belle couleur d'un blanc d'ivoire. Mais, au lieu de se rapporter 
au type de l'espèce, la description de Roth et de Schreber concerne la forme 
frondescente, dans laquelle les tiges spiciféres, au lieu de se faner et de dispa- 
raitre après la sporose, persistent et produisent des rameaux : « Scapo fructi- 
» ficante nudo, demum elongato in frondem verticillato-ramosam » Z. c. 

Ainsi, le nom d'Ehrhart a plus d'extension et est plus ancien que celui de 
Roth, et, à ce double titre, il a été généralement adopté. Mais est-il bien réelle- 
ment le plus ancien et le nom princeps? Il a été imposé en 1783. Or, dans la 
47° édition de la Flore françoise du chevalier de Lamarck, qui est de 1778, 
c'est-à-dire antérieure de cinq ans au Hannœwrisches Magazin, on trouve, 
à la page 7 du tome I**, cette espèce décrite sous le nom d' E. maximum. Yl est 
vrai qu'on trouve en synonyme Æ. fluviatile L., mais le texte ne peut laisser 
aucun doute. En effet, cette espèce, avec l’ Z. arvense, forme le « TIT? GROUPE, 
» Tiges fleuries nues et les stériles feuillées », et la description dit formelle- 
ment : « Les tiges fleuries sont nues, épaisses, hautes d'un pied et naissent au 
» printemps ». Ce qui pourrait inspirer des doutes plus sérieux, c'est que 
De Candolle, continuateur et en quelque sorte collaborateur de Lamarck, 
n'ait pas repris le nom imposé par ce botaniste. Dans sa #/ore francaise, 
1805, t. If, p. 581, De Candolle mentionne et décrit sous le n° 1454, PE. 
Telmateia Ehrh., sans autre synonymie que lE. eburneum Roth, comme se 
rapportant seulement à la variété $ ; et, à la page suivante, sous le n? 1455, il 
mentionne et décrit un Æ. fluviatile L., auquel il donne en synonymie 


640 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


PE. maximum Lam. Mais ces doutes disparaissent devant le texte du Bota- 
nicon gallicum de M. Duby, qui, travaillant sur l'herbier de De Candolle, 
identifie les deux numéros et les deux noms, en les rapportant à une seule et 
même espèce ; et, comme cet auteur croyait que cette plante avait été connue 
de Linné, il la nomme, par droit de priorité, Æ. fluviatile L., et néglige de 
mentionner le nom de Lamarck. Ceci nous montre que De Candolle ne se 
rendait pas un compte exact de la distinction de ces deux espéces, et nous 
explique la contradiction apparente qui existe entre les renseignements qu'il a 
fournis à Vaucher sur l'herbier de Linné et les témoignages plus précis et 
plus modernes de MM. E. Newman et Hartmann. 

En résumé, puisque le nom d’Z. fluviatile L. ne peut convenir à notre 
espèce, il me semble que lenom de Lamarck est le nom princeps qu'elle 
doit conserver, ainsi qu'il suit : 

EQUISETUM MAXIMUM Lamarck Fl. fr. I. p. 7 (1778). 

E. fluviatile Smith et mult. auct. non L. 

E. Telmateia Ehrh, Hannœwr. Mag. 18, p. 287 (1783). 

Var. B frondescens — E. eburneum. Roth Catal. bot. fase. I, p. 128 
(1797). 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


Notice organographique sur quelques plantes de la 
familie des Cactées:; par M. Cauvet (Recueil de mémoires de 
médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 3° série, t. V, 
pp. 67-82). 


L'examen de l'auteur a porté sur les Opuntia vulgaris Teu. , O. cylindrica 
Juss., O. Salmiana Par. et Cereus maritimus Pfeiffer. 11 expose successive- 
ment, organe par organe, les faits qu'il a constatés; il reconnaît d'ailleurs 
qu'il n'a fait que confirmer les assertions des auteurs qui se sont occupés 
avant lui de la famille des Cactées; nous signalerons seulement quelques 
résultats de ses observations. Selon lui, le corps ligneux de l Opuntia vulga- 
ris est làche, formé de faisceaux sinueux et écartés; le centre en est rempli 
d'une moelle abondante, reliée à la couche. herbacée par.des rayons médul- 
laires d'autant plus larges que la tige est plus jeune. Les feuilles des Opuntia 
sont unies à la tige par un faisceau. fibro-vasculaire qui les parcourt entière- 
ment. — Relativement à la nature des poils et des aiguillons, M. Cauvet, 
de même. que M. Clos, les regarde comme des productions du coussinet. 
M. Cauvet a été conduit à adopter cette opinion. par l'étude des Grossulariées 
et des Portulacées, familles trés voisines des Cactées, chez lesquelles. le 
coussinet se développe en aiguillons ou en poils. Il n'a pu apercevoir dans 
les aiguillons les cellules descendantes et faisant hernie en dehors, figurées 
par Payer. Les poils des Cactées sont, d’après l'auteur, composés d'une série 
d'articles placés bout à bout, dont le terminal est tantôt ren(lé, mais terminé 
en pointe mousse, tantót petit et mince. — Les stomates des Cactées sont 
isolés, assez rares et fort grands ; les cellules qui les entourent sont incurvées 
du côté des stomates sur deux où trois rangs consécutifs. — Les cristaux des 
fruits des Opuntia sont d'autant plus gros qu'on les examine plus près du 
centre du fruit. Le parenchyme de ce fruit englobe, à sa partie la plus interne, 
autour de la cavité ovarienne, un cercle de trachées et de fausses-trachées, 
qui représente pour l'auteur la partie ligneuse du rameau floral ; on remarque 
aussi un autre cercle de trachées vers la circonférence du fruit, La spire des 
trachées du cercle interne est fort curieuse par sa teinte pourpre, toujours 
plus foncée que celle de la paroi du vaisseau lui-même et des fibres environ- 


642 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nantes, et qui parait démontrer à M. Cauvet que cette spire est tubuleuse 
intérieurement. — L'auteur insiste ensuite sur l'analogie déjà indiquée par 
De Candolle entre le réceptacle des Opuntia et celui des Figuiers; il indique 
un rapprochement plus étroit encore entre le fruit des Opuntia et celui des 
Pomacées. — Dans la structure anatomique des tiges des Cactées, M. Cauvet 
n'a jamais reconnu de couches successives, comme dans les Dicotylédones 
arborescentes; tout le porte à croire que l'accroissement en diamètre de 
la tige et des rameaux s'effectue. chez ces plantes par l'intercalation de nou- 
veaux faisceaux qui se développent entre les plus anciens. Nous avons déjà 
yu M. Regnault reconnaitre, dans la tige .des Cyclospermées, l'absence de 
couches annuelles concentriques et la. présence , de tissu. générateur (1). 

M. Cauvet décrit avec détail la constitution des faisceaux: fibro-vasculaires des 


Opuntia ; il croit y avoir trouvé des laticifères. 
D' EUGÈNE FOURNIER. 


Bemerkungen ueber Pontederia azurea Swartz und 
die Familien-Verwandten (Observations sur le Pontederia azu- 
rea Swartz et sur les plantes voisines); par M. D.-F.-L. de Schlechtendal, 
In-4° de 30 pages, avec. une planche lithographiée et en partie coloriée. 
1861, Halle, chez H.-W. Schmidt ; tirage à part des Actes de la Société 
des naturalistes (Naturforschende Gesellschaft) de Halle. 


"Le mémoire de M. de Schlechtendal se divise en trois chapitres, dont le 
premier traite en particulier du Pontederia azurea et des plantes voisines. Le 
savant auteur insiste, au commencement de son mémoire, sur les difficultés 
qu'on rencontré d'ordinaire dans l'étude des fleurs des Monocotylédones, 
lorsqu'on ne peut disposer de ces plantes (dont les fleurs sont généralement 
d'une structure très délicate et d'une durée éphémère) qu'à l'état sec, comme 
on les trouve dans les herbiers. Il attribue en particulier à cet inconvénient 
notre connaissance incomplète des caráctérés du Pontederta ‘azuréa que 
Swartz publia en 1797 dans son Flora Indice occidentalis, et notre incer- 
titude relativement aux limites de cette espèce ; et il profite de l'occasion que 
lui fournit un dessin de cette plante, trés fidélement éxécuté sur place au bord 
du Parana par le célèbre zoologiste allemand M. le professeur" Burmeister, 
pour se livrer à des recherches critiques sur cétte espéce intéressante. Après 
avoir cité la description de Swartz, M. de Schléchtendal examiné en détail 
r interprétation: qu'on doit Ini donner, ainsi que les points qu'elle laisse incer- 
tains. A cet effet, 3| passe d'abord en revue les descriptions de la plante 
données par les savants voyageurs qui l'ont vue à l'état vivant, tels que Hum- | 
boldt, Hzenke, Robert Schomburgk ; puis il expose et examine les opinions 
émises par les savants qui ont fait leurs études sur des échantillons d'herbier. 


(4) Voyez plus haut, p. 380. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 643 


Kunth changea le nom générique de la plante en Eichhornia, et donna au 
Pontederia crassipes, publié et figuré par M. de Martius dans son /Vova 
genera et spectes, et qu'il croyait devoir distinguer spécifiquement du Pori- 
tederia' azurea, l'épithéte nouvelle de speciosa. Une comparaison minu- 
tieuse de la figure publiée par M. de Martius et de celle de sir W. Hooker 
exécutée, dans le Botanical Magazine, d'apres des plantes cultivées au jardin 
de Kew, conduit M. de Schlechtendal à admettre comme. possible que. ces 
deux savants aient eu sous les yeux deux espèces différentes. L'auteur 
décrit ensuite avec beaucoup de détails, en les comparant entre eux, les 
quatre échantillons de Pontederia crassipes qui ont.été à sa disposition, et il 
examine également les plantes, provenant de sept localités différentes, qui lui 
ont été communiquées sous le nom de Ponfederia azurea. Quant à ces plantes 
des herbiers, il est disposé à croire qu'elles appartiennent toutes à la même 
espèce, et, quoique celle-ci ne réponde pas entièrement à la description du 
Pontederia: azurea de Swartz, il pense que la question de l'identité de ces 
plantes avec celle de Swartz ne pourrait être prouvée d'une maniere définitive 
que par l'examen de l'échantillon ayant servi à Swartz, ou bien d'une plante 
récoltée exactement à la localité désignée par cet auteur. M. de Schlech- 
tendal donne ensuite la description détaillée que M. Burmeister avait faite sur 
la plante vivante figurée par lui, et il termine le premier chapitre de son 
mémoire par quelques considérations générales sur le genre Eichhornia. 

Le second chapitre contient des études sur le Pontederia ovata et les 
plantes qui se: groupent autour. de cette espèce, ainsi que sur les formes 
qui: doivent être séparées .du Pontederia: Kunth, dans son Ænumeratio, 
parle de cinq espéces certaines et de sept espéces douteuses qu'il recommande 
à un examen ultérieur des savants. Les premieres de ces plantes se groupent 
autour du Pontederia cordata:de Linné, habitant l'Amérique du Nord; mais 
les botanistes en général, et particulièrement les floristes de ces contrées, ne 
sont point d'accord sur la question de savoir s'il s'agit encore ici, comme 
dans les Æichhornia, de variétés ou de véritables espèces. M. de Schlech- 
tendal expose à cette occasion ses propres observations sur ce groupe de 
plantes, en citant en détail l'origine des matériaux qu'il a eus à sa disposition: 
et en donnant des descriptions trés minutieuses et exactes. 

Le troisième chapitre s'occupe des espèces du genre Heteranthera des 
auteurs, qui y sont soumises à une révision. M. de Schlechtendal se déclare 
favorable à l'établissement du genre Schollera de Schreber. Les plantes 
décrites dans ce chapitre sont : Heteranthera zosterifolia.Mart, , H. renifor- 
mis Ruiz et Pav., A. callifolia Rchb., H. spicata Presl, H. peduncularis 
Benth., Z7. limosa Vahl, H. grandiflora Klotzsch, et H, diversifolia Vahl. 

Ce mémoire contient, en outre, un. supplément écrit en latin, présentant 
les descriptions de tous les genres des Pontédériacées, auxquelles sont jointes 
de nombreuses notes. Cette famille se compose des six genres suivants: Schol- 


644 SOCIÉTÉ BOTANIQUE: DE FRANCE. 


lera Schreb, , Heteranthera Ruiz et Pav. , Pontederia L. , Cabonisia Klotzsch, 
Eichhornia Kunth et Monachoria Presl, La figure qui accompagne le mémoire 
représente le port réduit du Pontederia azurea en fleur, une inflorescence 


de grandeur naturelle coloriée et deux formes des feuilles de la plante. 
JOHANNES. GRŒNLANN, 


Ucber die Wirkung der Spætfroæste auf die Blætter von 
AEsculus Hippocastanum (Sur l'influence qu'exercent les gelées 
tardives sur les feuillesde l’Æsculus Hippocastanum) ; par M. Al. Braun 
(Extrait des Comptes rendus mensuels de l'Académie des sciences de 
Berlin, séance du 18 juillet 1861; pp. 691-700. In-8° ; Berlin, 1861). 


Le savant auteur de ce petit mémoire nous entretient d'abord des condi- 
tions météorologiques si exceptionnelles qui ont exercé leur influence sur la 
végétation pendant le printemps de l'année derniére. Bien que ce printemps 
füt d'une précocité extraordinaire, le développement des plantes s'opéra néan- 
moins avec une lenteur extréme. Cela est résulté de ce que, durantles mois de 
février et de mars et les premiers jours d'avril, on jouissait d'une température 
singulièrement douce, tandis que plus tard les végétaux, en pleine voie de 
développement, durent subir une période de froid tardif trés rigoureux pour 
la saison.. Ainsi, du 16 avril jusqu'au 4 mai, il gela presque toutes les nuits, 
et le 21 avril, vers cinq heures et demie du matin, le thermomètre du jardin 
botanique de Schemeberg prés Berlin marquait — 6 degrés Réaumur; le 
3 mai il tomba de Ja neige. M. Braun passe en revue un grand nombre de 
plantes endommagées par ces froids intempestifs, et donne des détails trés 
curieux sur les effets produits d'abord par la douceur précoce du premier prin- 
temps et ensuite par la rigueur de la saison plus avancée. 11 entre plus loin 
dans une description minutieuse des effets produits par le froid sur les feuilles 
du Marronnier-d'Inde, effets qui consistent, soit en une perforation, soit en 
une division plus ou moins prononcée du limbe des feuilles, causée par 
la destruction partielle du parenchyme foliaire. Ce mémoire de l'illustre pro- 
fesseur de Berlin est suivi d'un tableau dû à son savant collègue M. Dove, 
qui donne, pour six points différents de Ja monarchie prussienne, les dévia- 
tions de température qui ont été observées pendant les six premiers mois de 
1861 comparativement aux températures moyennes observées pendant lon- 


gues années sur les mémes points. 
J. G 


Sur le frait du Pin-à-pignons et sur la présence du cuivre dans 
plusieurs végétaux, notamment dans ceux de la famille des Conifères ; par 

- MM. Commaille et Lambert (Recueil de mémoires de médecine, de chi- 
rurgie et de pharmacie militaires, 3° série, t. V, pp. 331-344, 1861). 


Cet travail a été entrepris. entièrement au. point de vue chimique. Il 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 645 


contient des analvses minutieuses de la poussière brune qui recouvre les 
semences du Pinus Pinea, dela coque ligneuse, des crêtes membraneuses, 
de l'épisperine et de l'amande de ces semences. Dansl'endosperme, les auteurs 
ont reconnu des substances pectiques, du sucre, de l'albumine et de l'huile 
devenant rouge par l'acide sulfurique; ils n'y ont pas trouvé d'amidon. Les 
écailles du cóne, analysées par MM. Commaille et Lambert, leur ont présenté 
des caracteres différents dans leur partie inférieure, formée presque unique- 
ment de vasculose, et dans leur partie supérieure, qui contient, au contraire, 
beaucoup de cellulose et de fibrose. C'est un résultat qu'il faut rapprocher 
des observations de M. Rodet (1). Les auteurs ont encore étudié la moelle 
renfermée dans l'axe du cóne. 

Ils terminent leur travail par nne note relative à la présence, dans les végé- 
taux, du cuivre rencontré par M. Sarzeau, dès 1828, dans le blé, la farine, 
le café et le quinquina, par M. Peretti dans le vin, par M. Langlois dans la 
racine de Betterave, par M. Deschamps dans le riz et la pomme-de-terre, et que 
les auteurs ont trouvé dans le bois et l'écorce du Pinus Pinea, dans le bois, 
l'écorce, les chatons mâles et les écailles du cône du Cèdre, dans le bois et 
les cônes du Cupressus sempervirens , dans le bois du Cupressus funebris , 
dans la racine et l'écorce du Sapin, dans les cônes du 7/mia sinensis ; dans 
le Melia Azedarach, écorce de Chêne, l'écorce et le bois du Laurus nobi- 
lis, le bois de la Vigne, la racine del Arundo Donaz, le Chiendent et le Rham- 
nus Alaternus. Les auteurs ont recherché sans succès le cuivre dans le sol de 


la campagne de Rome, où ils ont fait leurs observations. 
E.-F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE ET TAXONOMONIQUE. 


Observations on the Bignoniaceeæ ; par M. John Miers (The 
Annals and Magazine of natural history, cahier de iai 1861, pp. 386- 
396 ; cahier d'août, 111-120). 


Notre revue a déjà rendu compte des travaux de M. Miers sur l'organogra- 
phic et la classification des Bignoniacées. M. Miers a depuis publié un certain 
nombre d'espéces nouvelles appartenant à cette famille ; la suite de son étude 
n'étant pas susceptible d'analyse, nous nous bornerons à donner en abrégé les 
diagnoses des espèces nouvelles décrites par l'auteur. Ce sont les suivantes : 

Adenocalymna scanstle. — Ramis glaberrimis, teretibus; foliis conjugatis, 
Cirro sublaterali simplici instructis, foliolis oblongis, basi cordatis, apice 
mucronatis, nervis immersis, nervo marginali pellucido glabris, stipulis brac- 
teiformibus, intrapetiolaribus, linearibus, acutis; racemo terminali a folio 


(4) Voyez plus haut, p. 553- 


646 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


superato ; capsula tuberculis in ordinibus interruptis dispositis notata, semis 
nibus magnis, pallide brunneis, Crescit in Brasilia ad Zio de Janeiro, 

A. prehensile. — Ramis ad nodos dilatatis ; foliis conjugatis, cirrosis, 
foliolis oblongo-lanceolatis, basi subobtusis, apice mucronatis, nervis promi- 
nentibus, margine cartilagineo pellucido nitidis; stipulis bracteiformibus, 
linearibus; racemis axillaribus, folio brevioribus; rachide in fructu valde 
incrassata, apice ampliata; capsula subcylindrica, tuberculis majusculis in 
lineas interruptas interdum confluentibus. Crescit in montibus circa Z'ejuco, 
prope Rio de Janeiro. 

A. flavidum. — Ramis flavescentibus, patentim. hirsutulis, nodis remotis 
tumidulis; foliis conjugatis, cirrosis, superioribus minoribus, foliolis oblongis, 
basi subaequalibus, apice callosis, minute reticulatis, margine cartilagineo 
opacis; racemis axillaribus, petiolo paulo longioribus, e stipulis binis lineari- 
bus intrapetiolaribus glanduliferis enatis; floribus congestis, cano-velutinis. 
Crescit circa Zejuco. 

A, lanceolatum. — Glaberrimum, ramulis teretibus ;. foliis 3-foliatis aut 
terminali caduco conjugatis, foliolis oblongo-lanceolatis ab ima basi. gradatim 
acutis, apice longe mucronatis, nervis vix prominulis, supra nitidis; stipulis 
lanceolato-linearibus, concavis; racemis axillaribus, folio tertia parte brevio- 
ribus, pedicellis bracteis 2 linearibns parvis instructis; calyce 2-seriatim 
glandulifero; corolla flava, glandulis plurimis. viridibus in lineis 5 dispositis 
notata.. Crescit ad Zio de Janeiro, 

A. divaricatum. —.Glaberrimum, ramulis. fusco-rubris, teretibus ; foliis 
conjugatis, patentibus, cirro simplici instructis, foliolis ellipticis, fere zequi- 
lateralibus, basi subobtusis, e medio longe acuminatis, nervis reticulatis rufulis 
prominulis, utrinque nitidis; stipulis intrapetiolaribus, acutis, divergentibus; 
racemis axillaribus, floribus speciosis, glandulosis. Crescit ad montem Co/co- 
rado, prope Rio de Janeiro. / 

A.? cæsium. — Ramulis teretibus, pallide glaucis, ad nodos dilatatis ; foliis 
3-foliolatis aut conjugatis, cirrosis, foliolis basi obtusiusculis, apice brevissime 
attenuatis, nervis infra prominentibus, nervo marginali cartilagineo opacis; 
racemis axillaribus, fructiferis petiolo dimidio longioribus ; capsula compressa, 
siliquiformi, subtomentosa; seminibus plurimis, utrinque in alam opacam 
expansis. Crescit in provincia Rio de Janeiro. 

Tanæcium prælongum. — Scandens, glaberrimum, ramulis teretibus; 
foliis 3-foliolatis, foliolis ovatis vel oblongo-ovatis, basi obtusis, apice attenua- 
tis, nervis transversis, infra prominentibus ; petiolo elongato ; calyce tubuloso, 
ciliolato ; corolla longissime et anguste tubulosa ; capsula oblonga, cylindrica, 
dissepimento in utraque facie profunde cymbiformi, seminibus crassis, ascen- 
dentibus, ela angustissima coriacea cinctis. Crescit in Guiana anglica. 

T. brasiliense. — Scandens, ramulis teretibus; foliis inferioribus 3-foliaus, 
superioribus conjugatis, foliolis oblongo-ovatis, basi obtusis, venis transverse 


REVUE, BIBLIOGRAPHIQUE. 6047 


reticulatis instructis; petiolo longiusculo, tenui ; paniculis axillaribus, geminis, 
3-chotomis, pedicellis calyce paulo longioribus; calyce parvo, tubuloso ; 
corolla alba, longe et anguste tubulosa. Crescit in Brasilia septentrionali. 

E, F 


Notes on Biraceæ and Samydaceæ (Remarques sur les Bixa- 
cées et les Samydacées) ; par M. G. Bentham (Journal of the proceedings 
of the Linnean Society, vol. V, 24 suppl., pp. 75-94, 1861). 


M, Bentham, aprés avoir rappelé les principaux. travaux. publiés sur les 

familles des. Bixacées .et des Samydacées, et notamment ceux de M, Clos, 
propose de distribuer ces deux familles en tribus et en genres de la manière 
suivante : - 
. BIXACEJE, Tribus 1, Bixeses, Cochlospermum: Kunth, Amoreuzia Moc. 
et Sess, Bixa. L. Tribus Il. Oneobeæ : Oncoba Forsk,, Mayna Aubl, 
Carpotroche Endl., Dendrostylis Karst. et Triana. Tribus III. Flaeour- 
tieze: subtribus 1 : LETIEX : Ryania Vahl, Letia L., Ludia Lam. , Aphloia 
Benn., Æawsonia Harv., Azara R. et P., Scolopia Schreb., Evythrosper- 
mum. Lam.; subtribus 2:.EUFLACOURTIEZ ;. Flacourtia Lhér,, Bennettia 
Miq., Xylosma Forst. , :Dovyalis. E. Mey, , Aberia Hochst. , Zrimeria Hary. 
Tribus IV. Pangieæ : Pangium Reinw., Gynocardia R: Br., Bergsmia 
Blume, Zrichadenia. Thw., Taraktogenos Hassk., Hydnocarpus.  Geertn. , 
Kiggelaria L, 

SAMYDACGEJE. Tribus I]. €asearieze : Z'hiodia Benn,, Casearia L., 
Osmelia Thw., Lunania Hook. , Zucerca Mart. , Sad ymia Griseb., Samyda 
L. Tribus IL, Banarezse : Banara Aubl. Tribus IH. Homaliese : Calantica 
Tul, Bivinia Tul. ,. Dissomeria Benth, , Homalium. Jacq., Byrsanthus 
Guillem, 

On voit que M. Bentham: a g EaR des modifications importantes dans 
l'arrangement de ces deux familles, et qu'il leur a réuni, à titre de tribus, des 
groupes qui en sont considérés comme distincts par d'autres auteurs. Dans la 
suite de son travail, il décrit un certain nombre de Bixacées ou de Samyda- 
cées nouvelles, dont nous reproduisons ici les caractères en abrégé, suivant 
notre habitude. Ce sont les suivantes : 

Mayna ovata Benth. — Glabra, foliis ovatis, acuminatis, coríaceis, 3-4- 
pollicaribus ;' racemis petiolo vix longioribus, paucifloris; filamentis laxis, 
glabris, anthera longioribus, capsula orgyali, echinata. Crescit in Brasilia. 

Carpotroche grandiflora Spruce. — Foliis amplis, obovatis, 6- 8-pollica- 
ribus, ' acuminatis, molliter pubescentibus, : stipulis: bracteisque lanceolatis ; 
pedicellis flore Zn et dense sericeo brevioribus. Crescit in Brasilia septen- 
trionali; , 

Lunania parviflora Spr. — Foliis 3-5-nerviis, basi obtysis Suidae, 
acuminatis, 4-5-pollicaribus ; racemis longis, linearibus ; pedicellis brevissi- 


645 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
mis; floribus fere sessilibus, staminibus sepius 10, disci breviter cupulati 
lobis obtusis, ciliatis. Crescit in Brasilia occidentali, 

L. divaricata Benth. — Foliis 3-5-nerviis, basi acutiusculis, 2- 3. pollica- 
ribus, acuminatis, ramulis valde divaricatis, ad nodos incrassatis; racemis gra- 
cilibus, pedicellis brevissimis; staminibus 6-8, cum truncatis disci segmentis 
alternantibus, Crescit in insula. Cuba. 

Banard laxiflora Benth. — Glabra, ramis patulis ; foliis 4-7-pollicaribus, 
petiolatis, elliptico- v. obovali-oblongis acuminatis, basi angustatis et trinerviis ; 
paniculis axillaribus, laxe divaricatis, folia subæquantibus ; pedicellis calyce 
longioribus; sepalis sepius 3, petalis sepala æquantibus, staminibus ultra 
30, placentis valde prominentibus, supra disjunctis. Crescit in Brasilia occi- 
dentali. 

B. pubescens Spr. — Molliter pubescenti-hirta, foliis 4-5-pollicaribus, bre- 
vissime petiolatis, ovali-oblongis, acuminatis, basi subcordatis, penninerviis, 
serratis, glanduligeris ; paniculis axillaribus irregulariter ramosis, folio bre- 
vioribus ; staminibus fere 100; placentis 6 ad mediam cavitatem prominen- 
tibus. Crescit in Brasilia. 

B. nitida Spr. — Foliis ovali-oblongis, acuminatis, glabris, nitidis, penni- 
nerviis; panicula ramosa tenuiter canescenti ; tapbhla dins glabra, inde- 
hiscente. Crescit in Peruvia orientali. 

B. grandiflora Spr. — Foliis ovali-ellipticis, 3-nerviis, glabris, remote 
calloso-dentatis, floribus in spica terminali interrupta paucis sessilibus, majo- 
ribus quam in. ceteris speciebus ; bacca 'icca, placentis 5 in cavitate valde 
prominentibus. Crescit in Peruvia orientali. j 

B. dioica. — Foliis elliptico-oblongis lanceolatisve, acuminatis, 3-nerviis, 
remote dentatis, subcoriaceis ; racemis folio brevioribus, tomentosis; floribus 
dioicis 2-5 ; staminibus numerosissimis, placentis 3. Crescit in Mexico. 

B. domingensis.'— Foliis ovatis, obtüsis, subtrinerviis, coriaceis, subtus 
scabro-puberulis; pedicellis in racemo brevissimo paucis; floribus herma- 


phroditis ; placentis 5. Crescit ad Sanctum-Domingum. ` 
E; F. 


Prodromus Floræ hispanicæ, seu synopsis methodica omnium 
plantarum in Hispania sponte nascentium vel frequentius. cultarum quæ 
innotuerunt, auctoribus Mauritio Willkomm et Joanni Lange. Voluminis 
primi pars prior. Un vol. in-8° de xili et 192 pages, Stuttgart, chez E. 
Schweizerbart, 18614. 


On connaît Jesi travaux publiés depuis plusieurs années déjà sur la flore 
espagnole par M: Willkomm |[/cones et descriptiones plantarum novarum Eu- 
rope austro-occidentalis (1), Bemerkungen ueber kritische Pflanzen. der 

y 


(1). Voyez le Bulletin, t. T, p. 31. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 649 
Mediterranflora (4) ], et par M. J. Lange [ Pugillus plantarum imprimis his- 
panicarum (2), Index seminum horti havniensis |: Ces deux auteurs viennent 
de se réunir pour publier, sous le titre modeste de Prodrome, un livre qui 
est une véritable Flore d'Espagne. Ce livre aura une assez grande étendue, 
puisque la premiere partie du premier volume, parue il y a quatre mois, ren- 
ferme environ 200 pages de texte serré, et ne s'étend que des Fougères aux 
Liliacées, comprenant seulement les Cryptogames vasculaires et une grande 
partie des Monocotylédones. L'ouvrage est écrit tout entier en latin; la des- 
cription de chaque espèce consiste en une diagnose concise, suivie de l'énu- 
mération détaillée des localités espagnoles de la plante, et de l'indication 
sommaire de $a distribution géographique générale. Quant à la mention des 
synonymes, elle est souvent bornée, de l'aveu des auteurs, aux ouvrages qui 
ont directement trait à la flore espagnole ou qui en ont décrit pour la premiere 
fois une espèce. La classification qu'ils ont employée est celle dont M. Will- 
komm a exposé les bases daus son ouvrage intitulé : Anleitung zum Studium 
der wissenschaftlichen Botanik. Les Loranthacées sont placées avec les 
Coniféres parmi les Gymnospermes ; les Joncées sont éloignées des Gluma- 
cées, etc. Pour faciliter la détermination des plantes, les auteurs ont placé en 
tête de chaque famille une clef analytique des tribus qu'elle renferme, et en 
téte de chaque tribu une clef analogue des genres. Chaque famille ou tribu 
importante est suivie de la mention des espèces à rechercher dans les régions 
qui font le sujet de la Flore. 

Les auteurs du Prodromus Flora hispanicæ se sont partagé la tâche, et 
l'exposition de chaque famille est signée de l'un d'entre eux. Ils pensent que 
leur ouvrage, qui d'ailleurs ne contient pas la végétation des iles Baléares, est 
forcément incomplet, et qu'il reste encore beaucoup de découvertes à faire 


dans la région qu'ils ont explorée. "hs 


Hymenophyllacez javanieze, sive descriptio Hymenophyllacea- 
rum archipelagi indici, iconibus illustrata; auctore R.-B. van den Bosch 
(Verhandelingen der koninklijke Akademie van Wetenschappen [Mémoires 
de l'Académie royale des sciences d' Amsterdam], t. EX; in-h* de,67 pages 
avec 52 planches gravées). Amsterdam, 1861. 


Notre honorable confrère feu M. van den Bosch, dont tous les ptéridographes 
connaissent le Synopsis Hymenophyllacearum, a voulu appliquer à la déter- 
mination spécifique des. espèces de cette tribu des Fougères l'emploi des ca- 
ractères microscopiques, qui ne servaient guère jusqu'ici que pour caractériser 
les Cryptogames inférieures. Il pensait que, dans les Hyménophyllacées notam- 


(1). Voyez le Bulletin, t. IV, p. 581; t. Vl, p. 425; t. VIL, p. 289. 
(2) Voyez le Bulletin, t. VIE, p. 405; t. VIII, p. 555. 


^49 
Te VHI: 42 


650 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ment, les caractères extérieurs ne se prêtent pas toujours à une diagnose cer- 
taine, tandis que ceux de la structure interne sont d'une grande netteté. 1l fait 
observer que, pour juger exactement de la forme des cellules d'une espéce, il 
faut les prendre sur une fronde adulte et bien verte, et éviter les parties flétries 
ou jaunátres. Ces cellules étant rarement assez diaphanes pour que la configu- 
ration de leurs parois et leur structure interne apparaissent d'emblée au micro- 
scope, l'auteur les a traitées par la macération dans l'eau, dans l'alcool ou des 
acides minéraux ; elles sont représentées dans les figures telles qu'elles s'offrent 
à l'observateur après cette opération. C'est principalement l'analyse microsco- 
pique qui fait le sujet des planches; l'appareil de la fructification a été traité 
avec moins de soin par l'auteur, qui n'est pas certain que la forme des spo- 
ranges fournisse des caractères constants, et que les diverses modifications 
constatées par Presl sur les organes de fructification ne soient pas de simples 
phases différentes d'une méme évolution. 

Plusieurs des espéces décrites par M. van den Bosch ont été antérieurement 
étudiées par lui dans les Plantæ Junghuhniane ; la plupart de celles-là le sont 
aujourd'hui avec plus de détails dans son nouveau travail. Il a trouvé beau- 
coup de secours dans l'herbier de Zollinger, contenant de précieux autogra- 
phes de Kunze, que lui a libéralement communiqués notre honorable confrére 
M. le comte de Franqueville. 

"L'auteur décrit successivement les genres et les espèces des sous-tribus des 
Trichomanées, Didymoglossées et Hyménophyllées. Dans cette exposition, 
on remarque le nouveau genre Gonocormus, établi pour le Trichomanes 
minutum Bl. et autres espèces voisines; le genre Craspedoneuron, établi de 
méme pour le 77. album Bl. L'auteur ne donne pas la diagnose de ces genres. 
Les espéces nouvelles sont les suivantes : 

Microgonium Motleyi. — Frons subsessilis, adnata, integra, subundulata, 
cordato-orbicularis, venulis spuriis tenuibus remotiusculis, e cellulis teneris 
mediocribus, regularibus, acutangulis et viridibus (marginalibus magis opacis) 
contexta, fertili costa simplici, soris e sinu apicali profundo subexsertis, 
cylindrico-ventricosis, receptaculo vix exserto. 

Gonocormus T'eysmanni.— Frondiculæ flavo-virescentes, diaphanæ, lineari- 
lanceolatæ, bipinnatifidæ, laciniis primariis subrhombeis, secundariis fusco- 
flabellatis, lacinulis fastigiatis e cellulis magnis hyalinis elongato-hexaedris 
contextis, rhachide anguste alata, soris marginatis, indusio cylindrico-ven- 
tricoso. 

Le genre Microgonidium Presl. emend. est le seul, dans les plantes étu- 
diées par l'auteur, dont les nervures ne montrent sur la coupe qu'une seule 
cellule. Les genres Craspedoneuron, Crepidomanes et Didymoglossum se 
distinguent par la présence de nervures marginales continues dans les deux 
premiers et interrompues dans le second ; le Crepidomanes diffère, en outre; 
du Craspedoneuron, par la direction des séries cellulaires dont le grand dia- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 651 


mètre est parallèle à la nervure moyenne dans le premier et oblique à cette 
nervure dans le second. Le genre //abrodictyon est remarquable par l'iné- 
galité des cellules qui le constituent, cellules très allongées d’ailleurs dans le 
sens transversal à la base des divisions terminales de la fronde. Ces indications 
seraient plus faciles à donner pour chacun des genres, si l'auteur avait pris 
soin d'indiquer la structure anatomique de chaque genre et de chaque tribu, 


ce que malheureusement il n'a pas fait. 
E. F. 


Die Lichenen-Flora Baierns, oder Aufzæhlang der 
bisher in Baiern aufzefundenen Lichenen (La Flore des 
Lichens de la Bavière, ou énumération des Lichens qui, jusqu'à présent, 
ont été trouvés en Bavière) ; par M. A. de Krempelhuber. In-4° formant 
la seconde partie du volume IV des Actes de la Société botanique bava- 
roise de Ratisbonne. Ratisbonne, au siége de la Société. 


L'ouvrage de M. de Krempelhuber se divise en cinq chapitres. Dans le pre- 
mier (pp. 1-7), l'auteur passe en revue les publications relatives à des obser- 
vations sur des Lichens de la Bavière qui ont paru jusqu'à ce jour, et il nous 
donne beaucoup de détails intéressants sur l'historique de cette branche de 
la botanique. 

Le second chapitre (pp. 8-16) traite de l'étendue et du caractère général de 
cette flore des Lichens, et contient des généralités sur la distribution de ces 
Cryptogames dans les limites de la flore de Bavière. Le Palatinat (Bavière 
rhénane) ayant, dit l'auteur, ses végétaux particuliers, n'est point compris 
dans son travail. Après cela, M. de Krempelhuber nous offre des notions 
détaillées sur la géographie, là topographie et la géologie du pays; nous 
apprenons ainsi, comme résumé, que l'ensemble du territoire de la flore com- 
prend 75 milles carrés (1) d'Alpes, 368 milles carrés de montagnes boisées 
et 847 milles carrés de pays plat et de collines. L'auteur nous donne aussi, 
à cette occasion, un petit tableau comparatif de la distribution des Lichens 
dans les divers pays de l'Europe. 

Le chapitre troisième (pp. 17-72) examine les circonstances particulières 
qui exercent principalement leur influence sur la distribution des Lichens, 
et les résume emtrois catégories. Ce sont: A. l'élévation du sol et les condi- 
tions de température et d'humidité qui en résultent; B. la composition 
chimique du sol ou du substratum sur lequel les Lichens sont fixés et vége- 
tent; et C. l'exposition locale des plantes. Chacun de ces trois points est 
traité en particulier, et ces observations sont suivies de nombreux exemples 
ainsi que d'une longue série de tableaux donnant les noms des Lichens, les 
limites d'altitude entre lesquelles ils ont été trouvés jusqu’à ce jour, la nature 


(1) Le mille d'Allemagne équivaut à environ 7 kilométres et demi. 


652 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


du substratum sur lequel ils naissent, les noms des montagnes où ils se rencon- 
trent et de la chaîne à laquelle appartiennent celles-ci, et enfin les noms des col- 
lécteurs. Quant aux différences qui dépendent de l'altitude des endroits où se 
trouvent les Lichens, l’auteur établit plusieurs classes; savoir : a. les Lichens 
des Alpes proprement dites; b. ceux qui appartiennent aussi bien aux Alpes 
qu'aux montagnes boisées et au pays plat; et c. ceux qui n'ont été observés 
jusqu'ici qu'en pays plat ou sur les collines, ainsi que dans les vallées des Alpes 
bavaroises, mais dont l'altitude ne dépasse point 3000 pieds. Un autre tableau 
donne un apercu synoptique des Lichens trouvés jusqu'à présent dans les 
montagnes les plus hautes de l'Europe, et dont l'altitude varie entre 7000 et 
14800 pieds. Considérant ensuite la nature et la composition chimique du 
substratum sur lequel végètent ces Cryptogames, il les divise en quatre caté- 
gories. La première contient ceux qui ne croissent que sur des corps inorga- 
niques, et ceux-ci sont subdivisés à leur tour en Lichens silicicoles (K?ese/- 
flechten) ; Lichens calcicoles (Kalkflechten) ; Lichens silico-calcicoles ( K?ese/- 
Kalkflechten), c'est-à-dire qui croissent plus généralement sur des roches 
composées principalement de silicates et d'aluminates, mais qui se trouvent 
également sur des minéraux composés de calcaire et de magnésie; Lichens 
calco-silicicoles ( Kalk- Kiese/flechten) qui, au contraire, se trouvent de pré- 
férence sur les roches calcaires, mais aussi quelquefois sur les roches siliceuses 
et granitiques; Lichens terrestres (Zrdflechten) et Lichens terrestres et saxi- 
coles (Erd-Steinflechten) qu'on trouve tantôt sur. la terre, tantôt sur les 
rochers. La catégorie des Lichens qui se trouvent sur un substratum orga- 
nique, est divisée en Lichens des Coniferes (Nadelholzflechten) ; Lichens des 
autres arbres feuillés (Zaubholzflechten) ; Lichens des Conifères et des arbres 
feuillés (Laub-Nadelholzflechten), et Lichens des bois en décomposition 
(F'aulholzflechten). La catégorie des Lichens qui se trouvent sur un sub- 
stratum organique ou inorganique est divisée en Lichens de rochers et de 
bois (Stein- und -Holzflechten) ; Lichens de bois et de terre (Holz- und Erd- 
flechten); Lichens de terre et des Mousses ( Erd- und. Moosflechten), et Lichens 
errants (/rrflechten), c'est-à-dire qui se trouvent sur les substratum les plus 
variés. La dernière catégorie enfin comprend les Lichens parasites qui ne se 
wouvent que sur les thalles d'autres Lichens. Chacune de ces divisions et 
subdivisions est suivie d'un tableau dans lequel sont classés les Lichens de la 
flore de Baviere. 

Considérant. les Lichens sous le point de vue de leur exposition locale, 
l'auteur arrive également à une division en plusieurs catégories, et il classe ainsi 
ces Cryptogames de la maniére suivante : Lichens du vent ( Windftechten) ; 
Lichens du. soleil (Sonnenflechten); Lichens des lieux ombragés (Schatten- 
flechten) ; Lichens aquatiques (Wasserflechten) et Lichens de la lumière 
(Zichtflechten), donnant encore pour chacune de ces divisions des énuméra- 
tions en forme de tableaux. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 653 


Le quatrième chapitre (pp. 73-74) parle des applications industrielles et 
médicales des Lichens bavarois. 

Le cinquième chapitre (pp. 75-300) contient les descriptions spécifiques 
des Lichens de la flore de Bavière. Il est précédé d’une introduction exposant 
la situation de l'auteur vis-à-vis des autres savants lichénographes, et d'un 
aperçu du système suivi dans cet ouvrage; on y trouve également une 
énumération détaillée des ouvrages lichénographiques consultés par l'auteur, 
Le livre de M. de Krempelhuber se termine par une liste alphabétique des 
genres, espéces et variétés exposés dans le chapitre V, mais, dans cette liste, 


les synonymes cités dans l'ouvrage ne sont pas compris. 
j. G. 


On the arrangement of the families and zenera of chlo- 
rospermous Afgee (Classification des familles et des genres des 
Algues chlorospermées) ; par M. le docteur John Edw. Gray (The Annals 
and Magazine of natural History, vol. VIII, cahier de novembre 1861, 
pp. 404-420). 


La classification proposée dans ce travail par l'un des auteurs du JVatural 
arrangement of british plants, pour les Algues chlorospermées, peut étre 
résumée comme il suit : 

Subclassis I. Momoph ytes. Ordo I. Microsporze. Subordo 1. SIPHO- 
NEE : fam. Cordicæ, Halimedeæ, Caulerpeæ, Valoniaceæ. Subordo 2. AR- 
THROMORPHA : fam. Batrachospermeæ, Thoreæ, Lemonec, Dasycladeæ, Chæ- 
tophoreæ, Blodgettiaceæ, Confervaceæ. Subordo 3. SOLENOMORPHA : fam. 
Oscillatorieæ, Nostochineæ. Subordo 4. PaYLLOMORPHA : fam. Ulvaceæ. — 
Ordo Ii. Maerosporse. Subordo 1. TRICHOMORPHA: fam. Zygnemacedm, 
Thwaitesiee, OEdogoniacem, Bulbochætaceæ. Subordo 2. SiPHoNOMORPHA : 
fam. Vaucheriaceæ. Subordo 3. GALLOMORPHA : fam. Palmelleæ, Desmi- 
diaceæ, Diatomaceæ. 

Subclassis II. Polyphytes : fam. Hydrodictyeæ, Pediastreæ, Volvo- 
cineæ. 

E. F. 


PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE.. 


Synopsis der Pflanzenkunde der Vorwelt (Synopsis de bota- 
nique fossile); par M. A.-W. Stiehler. In-8°. Première section, compre- 
nant les Dicotylédones gamopétales angiospermes, Quedlinbourg, chez 
Basse. Préambule, titre et table des matières, 12 pages; texte, 196 pages. 


L'auteur fait précéder son ouvrage d'une introduction qui commence par 
un exposé du systéme du régne végétal fossile de M. Bronn, car, dit-il, c'est 
ce système qui sert de base à celui qu'il a lui-même suivi dans son livre. Il 
nous entretient ensuite des cycles des végétaux (P/flanzenkreise) des terrains 


654 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


éocènes, oligocènes, miocènes et pliocènes, qui composent la formation er- 
tiaire, et des différences essentielles qui existent entre les flores de ces divi- 
sions principales du terrain tertiaire européen, ainsi que des affinités caracté- 
ristiques qu'on remarque entre la flore tertiaire et la flore actuelle. 

La premiére partie du Synopsis, contenant des considérations générales 
sur les Dicotylédones gamopétales angiospermes, est divisée en quatre cha- 
pitres, dont le premier, intitulé : Généralités sur les Dicotylédones, donne 
un aperçu très succinct de l'organisation de ces plantes. 

Le second chapitre présente une revue des groupes et familles des Gamo- 
pétales vivantes. — Le troisième chapitre démontre qu'il faut considérer les 
Gamopétales comme occupant la place la plus élevée dans la série des Dicoty- 
lédones angiospermes. Il traite ensuite des rapports numériques qui existent 
entre les Gamopétales vivantes et les Gamopétales fossiles, et il examine l'ac- 
croissement successif de nos connaissances sur ces derniéres. 

. Le quatrième chapitre parle des Gamopétales de notre flore actuelle et dis- 
cute leur distribution géographique comparativement à celle des époques 
géologiques antérieures à la nôtre, 

La partie descriptive du. Synopsis commence par un tableau systématique 
botanico-géologico-géographique des Gamopétales fossiles et des plantes de 
l'époque actuelle qui leur sont analogues. — Un second chapitre contient un 
catalogue de ces Gamopétales fossiles, et donne des renseignements sur les 
endroits où celles-ci ont été trouvées, et sur leur âge géologique. Cette partie 
de l'ouvrage offre des citations nombreuses et détaillées touchant les recher- 
ches qui ont été faites sur ce sujet. Ce catalogue, exposé d’après un système 
tout particulier, commence par le groupe des Bicornes et par la famille des 


Éricacées. 
56 


BOTANIQUE APPLIQUÉE. 


Physiographie der Medicinal-Pflanzen , nebst cinem 
Clavis zur Bestimmung der Pflanzen mit besonderer 
Beruecksichtigzung der Nervation der Blætter (Physio- 
graphie des plantes médicinales, avec une clef pour déterminer les plantes 
en considérant surtout la nervation des feuilles) ; par M. le chevalier C. 
d'Ettinghausen. In-8° de 432 pages avec 294 figures intercalées dans le 
texte, produites par l'impression sur nature (JVaturselbstdruek). Vienne, 
1862, chez W. Braumueller). 


Ce livre, dont le but principal est de servir de guide aux études de botanique 
médicale, contient, outre les descriptions des végétaux employés en méde- 
cine, des notions principales relatives au classement ainsi qu'aux caractères 
distinetifs des végétaux en général, et de plus un grand nombre de données 
intéressantes sur là pharmacologie des plantes officinales. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 655 


Pour permettre à l'étudiant de faire également, à l'aide de ce livre, des 
études sur la flore du pays, l'auteur a consacré un chapitre de 112 pages à 
une clef, ornée de 294 belles figures sur fond noir, obtenues par un procédé 
d'impression sur nature qu'on a employé souvent dans ces derniers temps, 
surtout en Autriche, et dont ce beau livre nous fournit un charmant spé- 
cimen. M. d'Ettinghausen base sa clef analytique principalement sur la ner- 
vation des feuilles des végétaux; il nous donne cependant aussi quelques 
impressions d'inflorescences et méme de plantes entières. Ainsi nous y 
trouvons entre autres des rameaux fleuris du Chèvrefeuille, du Gentiana 
ciliata, du Primula officinalis, et des échantillons complets des Ficaria 
ranunculoides, Viola hirta, Adoxa Moschatellina, etc. Un chapitre de 
16 pages nous donne l'étymologie des noms d'un certain nombre de genres. 
Enfin ce livre, dont l'exécution typographique est d'une rare beauté, se 
termine par une table alphabétique des parties des plantes employées en 
médecine, par une table synoptique des plantes imprimées (PAysiotypen) in- 
tercalées dans le texte, et par une liste alphabétique des plantes mentionnées 


dans l'ouvrage. 
PEU 


NOUVELLES. 


— La Hollande vient d'étre frappée cruellement parla perte presque simul- 
tanée de trois de ses botanistes les plus illustres. MM. van den Bosch, de 
Vriese et Blume viennent de mourir peu de jours l'uu aprés l'autre. Nos 
lecteurs trouveront dans le compte rendu des séances l'indication des travaux 
de notre regretté confrére M. van den Bosch. 

M. W.-H. de Vriese, professeur de botanique à Leyde et directeur du 
jardiu botanique de cette ville, est décédé le 23 janvier dernier, dans sa cin- 
quante-cinquième année, Il était de retour, depuis quelques mois seulement, 
des Indes orientales, où il avait été chargé d'une mission par son gouverne - 
ment en 1857, et d’où il avait fait successivement deux envois importants, 
consistant en collections d'histoire naturelle. Peu de temps apres son arrivée 
en Hollande, il eut le malheur de perdre en peu de temps sa femme et son 
fils unique; sa santé, déjà gravement atteinte par son séjour aux Indes, 
succomba bientôt à ces coups terribles. Il avait à peine commencé son cours 
sur les cultures des Indes orientales lorsque la mort l'a enlevé, et il est à 
craindre que sa perte ne prive la science des précieuses observations qu'il 
avait faites pendant son voyage. M. de Vriese avait commencé sa carriére 
comme médecin à Rotterdam ; mais entrainé par une prédilection marquée 
vers l'étude des sciences, il abandonna la médecine et devint d'abord pro- 
fesseur de botanique à l'École clinique de Rotterdam, puis professeur à 
Amsterdam et ensuite à Leyde. Un grand nombre de ses mémoires se 
trouvent dans le Tijdschrift voor Natuurlijke Geschiedenis en Physiologie 


^ 


656 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

(Journal d'histoire naturelle et de physiologie) qu'il publia de 1834 à 
1845 en. colloboration avec le professeur van der Hæœven, puis dans le 
Nederlandsch Kruidkundig Archief (Archives néerlandaises de botanique), 
dont il prit la rédaction lorsque le premier de ces deux recueils cessa de 
paraître. Il s'occupa surtout de la végétation des colonies tropicales hollan- 
daises; il a publié des observations sur plusieurs groupes et genres de plantes, 
telles que les Rafflesia, les Marattiacées, etc. Mais ses travaux furent dirigés 
d'une manière toute particulière sur les végétaux importants par leur emploi 
dans l'industrie, la médecine et le commerce. Les efforts qu'il fit pour 
répandre à Java la culture de la Vanille, la part active qu'il prit à l’introduc- 
tion des Quinquinas, et ses travaux sur le Camphrier de Sumatra ont été 
généralement appréciés. Le beau genre Vriesia, de la famille des Bromélia- 
cées, lui avait été dédié par M. Lindley. 

M. C.-L. Blume, professeur titulaire de botanique à Leyde et directeur de 
l'herbier royal de cette ville, est décédé le 3 février dernier, âgé de soixante- 
cinq ans et sept mois. Les nombreuses recherches de l'illustre défunt, relatives 
à la Flore de Java, se trouvent principalement dans sa Flora Javæ, dans le 
Rhumphia et dans le Museum Lugduno-batavum, ainsi que dans un recueil 
périodique publié à Batavia, sous le nom de Kruidkundige Waurmeningen 
(Observations botaniques) ; tout récemment il a encore publié, comme faisant 
suite à sa Flora Javæ, un magnifique ouvrage sur les Orcbidées des Indes 
orientales, dont nous donnerons l'analyse dans le prochain numéro du Bulle- 
tin. M. Blume avait été chargé, pendant son séjour aux Indes orientales, de 
la direction du Jardin botanique de Buitzenborg dans l'ile de Java. 


Collection de plantes à vendre. 


— On annonce la vente de l'herbier de feu M. le capitaine Galant. Cet 
herbier se compose de 4000 espèces, appartenant pour la plupart à la flore 
française, et représentées ordinairement par plusieurs échantillons provenant 
de diverses localités, soigneusement étiquetés et passés au sublimé corrosif. 
On y trouve une belle collection de plantes des Pyrénées. Cet herbier est 
classé suivant la méthode de De Candolle. 

S'adresser pour traiter dela vente à M"* veuve Galant, rue Porte-Neuve, 


22, à Pau (Basses-Pyrénées). 
j. G., E. E. 


Paris. — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE 
DE FRANCE. 


DRE ng 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES 


EN AOUT 1861. 


La Société, conformément aux décisions prises par elle dans ses 
séances des 8 mars et 44 juin derniers, s’est réunie en session 
extraordinaire à Nantes le 12 août. — Les séances de la session ont 
eu lieu le 42 et le 18 (à Nantes), le 20 et le 21 (à Noirmoutier). 

Pendant cette session, qui a duré dix jours, la Société a exploré 
les marais de l'Erdre (localité classique signalée par De Candolle), 
les bords de la Loire en amont et en aval de Nantes, presque toute 
la partie des cótes maritimes du département de la Loire-Inférieure 
située au nord de l'embouchure du fleuve, et enfin l'ile de Noir- 
moutier dans presque toute son étendue. Des visites ont été faites 
au Jardin-des-plantes et au Musée d'histoire naturelle de Nantes, 
ainsi qu'aux herbiers de feu l'abbé Delalande et de M. J. Lloyd. 

Le Comité chargé d'organiser la session et nommé par le Conseil 
(conformément à l'art. 5 du réglement spécial des sessions extraor- 
dinaires) se composait de MM. L. Bourgault-Ducoudray , Éd. Bu- 
reau, Eug. Fournier, de Schænefeld et A. Viaud-Grand-Marais. 

Les membres de la Société qui ont pris part aux travaux de la 
session sont : 


MM. Bailliére (Ém.). MM. Durieu de Maisonneuve. MM. Lombard. 
Barat. Fournier (Eug.). Mercier. 
Barnsby. Guillon. Monard. 
Bourgault-Ducoudray pére. Guilloteaux-Vatel. Motelay. 
Bourgault-Ducoudray fils. Homolle. Ross. 
Bras. Hullé. Roussel. 
Bureau (Éd.). Jamin (Ferd.). Schenefeld (W. de). 
Chatin. Lacroix (l'abbé de). Thibesard. 
Cordier. Lambertye (le c'* de). Trouillard. 
Crévélier. La Savinierre (E. de). Viaud-Grand-Marais. 
Delamare. Le Dien (Ém.). Walker. 
Dorvault. Lepeltier. Weddell. 
Ducot. Leroy (A.). 
Dufour (Éd.). Letourneux (T.). 


T. VIII 43 


658 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Un grand nombre de personnes étrangères à la Société ont pris 
part aux diverses réunions et excursions, tant à Nantes qu'à Noir- 
moutier. Parmi elles, nous citerons : 


A Nantes : 


M, Ferninand FAVRE, sénateur, maire de Nantes. 
M. LE BARON DE GIRARDOT, secrétaire général de la préfecture de la Loire-Inférieure. 


MM. AnD-EL-Az1, du Caire, 
ANIZON, docteur en médecine. 
AUBINAIS, docteur en médecine. 
BAILHACHE (l'abbé), professeur d'histoire naturelle au séminaire. 
BERTRAND-GESLIN (le baron), géologue. 
BEUCHET (l'abbé). 
BLANDIN, ornithologiste. 
BOREAU, directeur du Jardin-des-plantes d'Angers. 
CAILLIAUD (Frédéric), conservateur du Musée d'histoire naturelle. 
CAILLÉ aîné, horticulteur. 
CAILLO, ancien maire du Croisic. 
CLÉMENCEAU. 
CoxPoIT, homme de lettres, de Paris. dp 
CoxTE (Achille), directeur de l'École supérieure des sciences. 
COUPRIE, président de la Société nantaise d'horticulture. 
COURTHLIER. 
DEMERSAY (Alfred), docteur en médecine. 
Ducut, du Mans. 
ORCHARD, docteur en médecine, directeur du Jardin-des-plantes. 
FoULON, docteur en médecine. 
FOURNIER (abbé), curé de Saint-Nicolas. 
GADECEAU. 
GRASSET. 
GROLLEAU, entomologiste. 
GROUSSIN, de Paris. 
EANQUETIN (Adrien), de Paris. 
LEuowx, docteur en médecine. 
LEQUERRÉ, docteur en médecine. 
LERAY, docteur en médecine. 
LLoyp (James), botaniste. 
LUBIN-THOREL, de Laigle. 
MADELIN. 
MARION DE BEAULIEU (René). 
MESNAGER. 
MOISAN, pharmacien, botaniste. 
MoRICEAU, président de la Société académique. 
NYLANDER (W.), professeur à l'Université. de Helsingfors. 
PÉNER, professeur au lycée. 
PÉTARD (l'abbé). 
PETROMITON (Sava), de Belgrade. 
PLAGIER, jardinier en chef du Jardin-des-plantes. 
PRADAL, naturaliste. 
RENou, botaniste. 
RENOUL, membre du Conseil général de la Loire-Inférieure. 
RICORDEAU, docteur en médecine, 
RouxEAU, docteur en médecine. 


- 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 41861. 659 


TaomAs, herpétologiste. ; * 
Toussamwts (le commandant), botaniste. 
Etc., etc. 


A Noirmoutier : 
M. JACOBSEN, maire de Noirmoutier, 


MM. ALLAIN, officier en retraite. 

ANGAUD, propriétaire. 

ANTOINE, receveur des douanes. 
AUGEREAU, conducteur des ponts et chaussées, 
BARGAIN, receveur de l’enregistrement. 
BEAUSSAN, propriétaire. 

BOUCHERON (François), négociant. 
BoucHERON (Joseph), greffier, 
BoucHERON (Charles), propriétaire. 
BOUCHERON (Pitre), clerc de notaire. 
Cauvin, commandant de place (et MM. ses lieutenants). 
CHAIGNEAU (l'abbé), vicaire. 
CHANTEPIE, employé du télégraphe. 
CHARRIER (Arsène), entrepreneur. 
DAMPEYROU, propriétaire. 

Dugois (Hippolyte), pereepteur. 
FILLON, pharmacien, 

FLEURY, commissaire de la marine. 
GARET, clerc de notaire. 

GuiLLET (Denis), négociant aux Éloux. 
JACOBSEN (Henri). 

JACOBSEN (Ludovic). 

JOUBERT, notaire. j 

JOUBERT (Alphonse), avoué. 

JOUBERT (Aristide). 

Lr BRETON (Casimir). 

LE BRETON (Émile), docteur en médecine. 
Le BRETON (Casimir) fils. 

MassoN (J.-A.), négociant. 

Masson (Auguste) fils, négociant. 

Piet (Jules), notaire. 

PigT (Émile), clerc de notaire. 

Peau (Francis), négociant. 
PiNEAU-JOLLY (Casimir), propriétaire. 
Piner (l'abbé), curé de la ville. 
PLANTIER, juge de paix. 

PLANTIER (Frédéric), docteur en médecine, Sie du Conseil d'arrondissement, 
PLANTIER (Louis), docteur en médecine. 
| PRADEL (Paul), médecin. 

PRADEL (Adolphe), étudiant en médecine. 

PRADEL (Antonin), propriétaire. ' 

RAGUIDEAU, huissier. 

RaoNÉ, membre du Conseil général de la Vendée. 

RicHER (Édouard), négociant. 

Ricer (Pitre) fils. 

VALENTIN (l'abbé), vicaire. 

ViAUD-GRAND-ManAIS (André), propriétaire. 
Viaun-GRAND-MaRAIS (Henri), capitaine au long cours, 
Viaup-GRAND=MARAIS (André), jeune. 

ViAUD-GnAND-ManaAi$ (Henri), jeune. 

Etc., etc. 


660 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


* 


Réunion préparatoire du 12 août 1861. 


La Société se réunit à Nantes, à huit heures du matin, dans la 
salle des séances de la Société académique de la Loire-Inférieure, 
gracieusement mise à sa disposition par M. le président de cette 
Société. 

En l'absence de M. Brongniart , président de la Société , retenu 
à Paris par d'impérieux devoirs, la réunion est présidée par 
M. Chatin, vice-président. 

Conformément à l'art. 14 du réglement spécial des sessions 
extraordinaires, M. Eug. Fournier, vice-secrétaire, donne lecture 
dudit réglement. 

En vertu de l'art. 11 des statuts, un Bureau spécial doit être 
organisé par les membres présents pour la durée de la session 
extraordinaire. M. le Président propose à la Société de nommer 
pour faire partie dudit Bureau: | | 


Président : 
M. l'abbé S. DE LACROIX. 
Vice-présidents : 


MM. L. Bourgault-Ducoudray (de Nantes); 
le comte Léonce de Lambertye ; 
André Leroy (d'Angers); 
le docteur Arthur Walker (d'Édimbourg) ; 
le docteur H.-A. Weddell, 


Vice-présidents honoraires : 


MM. Boreau, professeur à l'École préparatoire et directeur du Jardin-des- 
plantes d'Angers; 
James Lloyd (de Nantes); 
le docteur W. Nylander, professeur à l'Université de Helsingfors. 


Secrétaires : 


MM. Albert Bourgault-Ducoudray (de Nantes) ; 
le docteur Édouard Bureau (de Nantes) ; 
Crévélier, greffier au Tribunal de premiere instance de Coníolens ; 
Édouard Dufour, directeur de l'École supérieure professionnelle de 
Nantes; : 
le docteur Ambroise Viaud-Grand-Marais, professeur suppléant à l’École 
de médecine de Nantes, 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1804. 661 


Ces choix sont unanimement approuvés par la Société. 

L'installation de ce Bureau spécial aura lieu aujourd'hui même, 
à la séance publique d'ouverture, qui commencera à midi, 

M. le Président donne lecture du. projet suivant de programme 
de la session extraordinaire : 


LUNDI 12 AOÛT. — Réunion préparatoire, à 8 heures du matin, au local 
de la Société académique. — A midi, séance publique dans une des salles de 
l'École supérieure des sciences. — A ‘3 heures 1/2, rendez-vous sur la pro- 
menade de la Bourse, pour prendre les omnibus de Chantenay. Herborisation 
à Trentemoult. 

MARDI 13. — Herborisation aux marais de l'Erdre; rendez-vous à 7 heures 
du matin sur le quai Ceineray, derrière la Préfecture. 

MERCREDI 14. — Herborisation aux coteaux de Mauves. Exploration, sur 
l'autre rive de la Loire, des boires de Saint-Julien et de la vallée de Bosse- 
Goulaine; rendez-vous à la grande gare du chemin de fer, à 7 heures 
précises, 

JEUDI 15. — Herborisation à Couéron; départ à 10 heures parle chemin 
de fer, à la gare de la Bourse. 

VENDREDI 16. — Départ pour Saint-Nazaire à 6 h. 50 m., à la gare de la 
Bourse. Trajet en voiture de Saint-Nazaire au Pouliguen. Herborisation du 
Pouliguen au Croisic. Coucher au Croisic. 

SAMEDI 17. — Herborisation dans les marais salants du Croisic. Explo- 
ration des sables de Pembron et de la cóte jusqu'à Piriac. Retour en voitures 
par Guérande jusqu'à Saint-Nazaire, et rentrée à Nantes par le chemin de fer. 

DIMANCHE 18. — Séance à 8 heures du matin, au local de l'École supé- 
rieure des sciences. — Visite des établissements scientifiques. 

LUNDI 19. — Départ pour Beauvoir, en voitures, à 6 h. du matin ou à 
3h. du soir. Coucher à Beauvoir. 

Manni 20. — Passage du Gois et herborisation dans l'ile de Noirmoutier. 
— Séance à 8 heures du soir, et coucher à Noirmoutier. 

MERCREDI 21. — Herborisation à l'Herbaudière , au bois de la Blanche et 
au bois de Ja Chaise, où aura lieu la séance de clôture de la session. 


Ce programme, rédigé d'avance par MM. les membres du Comité 
chargé d'organiser la session, est unanimement adopté, et la 
Société se sépare vers neuf heures. 


662 E SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


SÉANCE DU 12 AOUT 1561 


La Société se réunit à Nantes, à midi, dans le grand amphi- 
théátre de l'École supérieure des sciences, gracieusement mis à sa 
disposition par M. le maire de Nantes et par M. Achille Comte, 
directeur de l'École. 

M. Ad. Chatin, vice-président de la Société, occupe le fauteuil ; il 
est assisté de MM. de Schenefeld, secrétaire, et Eug. Fournier, 
vice-secrétaire. n 

Un grand nombre de personnes notables de Nantes et des envi- 
rons honorent la réunion de leur présence. Sur l'invitation de M. le 
Président, M. Ferdinand Favre, sénateur, maire de Nantes, M. le 
baron de Girardot, secrétaire général de la préfecture de la Loire-. 
Inférieure, et M. le docteur Moriceau, etu de la Société aca- 
démique, prennent place au bureau. 

- M. le Maire procéde à l'installation de la Société en lui souhai- 
tant la bienvenue dans les murs de Nantes et en la remerciant 
d'avoir choisi cette ville pour siége de sa session extraordinaire. 
“M. le Président exprime à M. le Maire la reconnaissance de là 
Société et prononce le discours suivant : 


391 6 ; DISCOURS DE M. CHA TEN. 
- | Maeilibrh, 

L'honneur d'ouvrir cette session revéait au savant éminent que, pour la 
deuxième fois, nos suffrages ont appelé à la présidence ; mais M. Ad. Bron- 
gniart, inspecteur général dans l'ordre des sciénces, est retenu à Paris par lés- 
devoirs de ses hautes fonctions. Aujourd’hui, il est aux côtés du ministre au 
concours général, cette émouvante et grande. solennité de la Sorbonne, où le- 
chef de l'Université, entouré de ses grands dignitaires, vient lui-même décer- 
ner les couroünes ; démain, il doit présider le concours du lycée Saint-Louis. : 
M. Ad. Brongniart eût été heureux de pouvoir ouvrir la session de Nantes; je 
reporterái à notre honorable et aimé président nos propres regrets de né pas 
recevoir, à l'inauguration de nos travaux, les conseils de son — savoir et 
de son expérience, j j > 

J'aurais vivement désiré que la place deM. Brongniart, retenu loin de nous, 
füt occupée par celui de mes collégues à la vice-présidence qui donna une si 
bonne direction à la session d'Auvergne ; mais ce dédommagement ne nous 
était pas réservé. M. A. Passy, qui à la notoriété que peut donner la science 
réunit celle qu'on acquiert dans les hautes positions administratives, et dont 


ZI9V 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 663 
la présence ici nous serait à tant d'égards utile, est, lui aussi, empêché par de 
multiples et impérieux devoirs. Deux autres de nos vice-présidents sont encore 
retenus loin de nous. Le digne et savant M. Lasègue, qui nous a donné un si 
bon livre sur les botanistes voyageurs, aime mieux, — et nous ne nous plaignons 
qu'à demi, — raconter les voyages que les exécuter. N'avait-il pas d'ailleurs 
à faire, aux botanistes étrangers et |à ceux de nos collègues parisiens qui 
n'ont pu se réunir à nous, les honneurs des grands herbiers et de la riche 
bibliothéque Delessert? Quant à M. Andry, sa punition pour la peine que 
nous cause son absence sera dans le chagrin trés profond, je l'espere bien, 
qu'il aura de ne pas être notre guide dans ce magnifique Jardin de la ville, 
que beaucoup estiment n'avoir pas d'égaux. 

Le choix de Nantes, cette grande, belle, riche, populeuse et antique cité, 
qui fut si longtemps le boulevard dela Bretagne, est assurément l'un des plus 
heureux qui aient été faits par la Société botanique pour ses sessions dépar- 
tementales. 

Ge matin, nous étions les hótes d'une Société savante (la Société acadé- 
mique de la Loire-Inférieure) dans laquelle nous avons le bonheur de compter 
plusieurs excellents et distingués collègues ; en ce moment, une grande insti- 
tution, en harmonie avec le génie commerçant des Nantais (l'École supérieure 
des sciences), dont la fondation, décrétée par un ministre (M. Dumas) qui, 
avant d'étre le plus grand chimiste de son temps, aima et cultiva la botanique 
à Genève, où il était jeune élève en pharmacie, nous accueille à son foyer, où 
vient s'asseoir au milieu de nous le chef (M. Favre) de cette municipalité 
éclairée et libérale, à qui la ville doit, avec des monuments dignes de son passé 
et de son présent, ces admirables jardins dont la botanique a été le berceau. 

Sous ce doux climat de la vieille cité bretonne, où viennent s'unir les 
chaudes effluves du ciel de la Méditerranée et les brises tempérées montant 
des cótes océaniques, des plantes ayantle centre de leur aire dans les pays les 
plus divers vivent à cóté les unes des autres, les monuments restent impé- 
rissables. Attendons-nous donc à de riches et surtout à de variées moissons pour 
nos herbiers ; préparons-nous à charmer nos loisirs, — s? Deus nobis hec otia 
fecit, — en lisant l'histoire de la Bretagne sur ses tours commencées par Alain 
Barbe-torte en 938, dans ses églises des époques romane et gothique, sur ses 
belles promenades où s'élévent les statues d'Anne de Bretagne, d'Arthur III, 
d'Olivier de Clisson, de Du Guesclin, et celle de Cambronne, le héros de 
l'époque moderne. Les vifs plaisirs que nous trouvons à cueillir des espèces 
rares, et que nous ne pouvons manquer de renouveler presque à chaque pas 
sous la direction de botanistes aussi familiarisés avec la flore de la Loire, que 
MM. Lloyd, Boreau, Bourgault-Ducoudray, Bureau, Viaud-Grand-Marais, etc. ; 
les douces jouissances que donne la vue des chefs-d'œuvre de l'art , feront 
dela présente session une des mieux remplies parmi celles qui nous ont 
aissé tant et de si charmants souvenirs. 


664 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Mais pourquoi faut-il qu'un voile funébre soit venu subitement s'étendre 
sur les joies de cettte session, comme sur celles de la session de Montpellier 
en 1857 ! Graves, qui contribua pour une si large part à la fondation de 
notre Société, et qui trouvait encore, au milieu des rares loisirs que lui lais- 
sait la direction générale des foréts, le temps (hélas! aux dépens de sa santé) 
de faire de bonnes observations de géologie et le Catalogue des plantes de 
l'Oise, Graves était descendu dans la tombe le jour méme de notre départ 
pour Montpellier. 

Hier, une bien triste nouvelle nous est arrivée d'Afrique. M. Henri de la 
Perraudiére, cet excellent collegue que nous étions si heureux de voir à nos 
sessions, qui, le 16 juin encore, cueillait avec plusieurs d'entre nous les espèces 
rares de la flore de Compiegne et jetait, de sa robuste main, le délicat filet 
vert aux papillons, M. Henri de la Perraudière est mort plein de jeunesse et de 
vigueur, aux côtés de son ami, M. Cosson , qu'il avait voulu, poussé par le 
_ Sort funeste, accompagner dans le dernier voyage d'exploration de la flore 
d'Algérie. Cette fois encore, la mort a choisi parmi les meilleurs, le plus fort 
et l'un des plus jeunes. 

Un ami, dés longtemps initié aux qualités du cœur et de l'intelligence du 
bon compagnon que nous venons de perdre, vous fera connaitre cette vie, qui, 
comme par la prévision d'une fin prématurée que tout semblait cependant 
éloigner, aimait à se verser par avance en épanchements intimes. Mais c'était 
notre devoir de jeter un premier cri de sympathique douleur sur la tombe du 
digne et à jamais regretté Henri de la Perraudieére. Que sa famille, frappée si 
cruellement contre les lois ordinaires de la nature, puisse trouver dans notre 
profonde douleur un adoucissement à celle qui l'accable ! 

Contre les peines, Messieurs, nous avons ici, apres la religion, l'étude et 
les amitiés nées des rapports qu'ouvrent nos sessions. N'est-ce pas un grand 
bonheur de retrouver à ces assises nantaises les collègues qui ont partagé nos 
émotions, quand nous cueillions ensemble pour la premiere fois les plantes du 
Mont-Dore, de Montpellier, des Vosges, de Bordeaux et des Alpes? 

Quelques dangers communs viennent parfois (aprés qu'ils sont passés) ajou- 
ter au charme des souvenirs. Plusieurs de nous ont encore présent à l'esprit 
l'embarras extrême dans lequel nous nous trouvâmes un jour sur les arêtes de 
Chaudefour, où témérairement avancés sur les traces de nos guides au pied 
montagnard, MM. Lecoq et Lamotte, nous nous trouvâmes quelque temps 
dans cette perplexité de ne pouvoir ni avancer , ni reculer, ni rester en place 
avec sécurité. Et déjà la veille, nous avions eu un instant d'angoisse en voyant 
M. le comte Jaubert glisser des pentes roides du Val-d'Enfer vers un pré- 
cipice au-dessus duquel il fut arrété, et il était temps, par les hautes tiges 
du Senecio Doronicum, que nous déclarons avoir bien mérité de la bota- 
nique. 

Et puisque le nom de M. le comte Jaubert est venu se placer naturelle- 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 665 


ment sous ma plume, j'ajoute, bien assuré d'étre l'interpréte des sentiments 
de tous, que c'est avec le plus vif regret que nous venons d'apprendre (par 
une lettre adressée à notre zélé secrétaire, M. de Scheenefeld) que cet émi- 
nent collégue, qui nous a habitués à le voir à nos sessions, comme partout oü 
la botanique a des intéréts, est empéché de se rendre à Nantes. 

Au plaisir de retrouver aux sessions d'anciens compagnons d'armes, 
s'ajoute celui de créer des relations nouvelles. C'est pour mon propre compte 
un grand bonheur d'avoir apercu aujourd'hui de nouveaux collégues que je 
connaîtrai désormais autrement que par leur seule réputation. A leur tête sont 
les savants floristes, MM. Boreau et Lloyd. Leur présence ici doit assurer cha- 
cun de nous des moissons qui nous attendent dans ce riche bassin de la Loire, 
si bien exploré par M. Boreau dans la région supérieure, par M. Lloyd daus 
son cours inférieur et jusqu'aux plages maritimes où nous verrons s'avancer 
d'intéressantes espéces méditerranéennes, 

Comme la Société botanique de France elle-méme, nos sessions ne se 
composent pas seulement de Français. L'Italie, l'Allemagne et l'Amérique y 
ont été représentées plusieurs fois; et aujourd'hui méme nous comptons 
parmi nous des enfants de l'Égypté et des provinces danubiennes (M. Abd- 
el-Aziz, du Caire, et M. Sava Petrowitch, de Belgrade) qui, maintenant 
initiés à nos sciences, vont rentrer dans leur patrie pour y remplir la mission 
d'initiation à laquelle des gouvernements éclairés les ont préparés. 

Au milieu de nous se trouvent aussi deux botanistes écossais pleins d'ar- 
deur, MM. Ross et le docteur Walker, les meilleures conquétes des excur- 
sions botaniques effectuées l'an dernier dansles Alpes. L'un d'eux, M. Walker, 
plus familiarisé que son compagnon avec notre langue, vient d'étre appelé par 
vos suffrages à la vice-présidence dela session; descendant par sa mére des 
d'Aubigné, il semblait naturellement appelé à servir de trait d'union entre la 
France et l'Angleterre, nations dont les luttes seront désormais, s’il plait à 
Dieu, circonscrites dans les champs clos de la science et du commerce, 

Mais le chapitre des satisfactions que donnent nos sessions serait intaris - 
sable, et il faut bien que je renonce aujourd'hui à l'épuiser. 

Nous sommes venus, au nom du Bureau permanent, pour abdiquer, et je me 
vois contraint d'offrir mes excuses pour avoir retenu trop longtemps un pou- 
voir que nous sommes heureux de remettre en les mains si dignes que vous 
avez désignées pour le recevoir. 

Nous appelons donc nos successeurs aux fauteuils, en priant les autorités 
qui ont accueilli avec bienveillance la Société botanique, les hommes émi- 
nents du clergé, de la magistrature, de l’administration municipale, de 
l'armée, de la population nantaise, les étrangers qui honorent de leur pré- 
sence l'ouverture de cette session, et surtout M. Bourgault-Ducoudray, notre 
excellent collégue, qui n'a voulu laisser à personne le soin de tout organiser, 
l'expression de notre vive et sincére gratitude, 


666 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. de Schœnefeld, secrétaire, donne lecture de la lettre suivante, 
qui lui à été adressée par M. Ad. Brongniart, président de là 
Société : 

Paris, 8 août 1861. 
Mon cher confrére, 

Je vois approcher le moment de votre départ pour Nantes, et je veux vous 
exprimer, et vous prier d'exprimer en mon nom à nos confrères réunis dans 
la session extraordinaire, tous mes regrets de ne pouvoir me joindre à eux 
au moins pour quelques moments, et encore mieux pendant toute la durée de 
cette réunion. 

Des devoirs obligatoires me retiennent à cette époque à Paris, et cette 
année surtout je ne puis m'y soustraire. 

J'aurais été heureux, comme président de la Société, de pouvoir ouvrir la 
session et de prouver ainsi tout l'intérét que je prends à ces réunions qui 
ont le double avantage de mettre en rapport personnellement les membres 
dispersés de notre Société, et de leur faire connaitre successivement les 
richesses botaniques des diverses régions de la France. 

J'espere étre plus heureux une autre année, et pour cette fois je suis obligé 
de me borner à faire des vœux pour le succès de vos excursions botaniques. 


Recevez, etc. 
AD. BRONGNIART. 


M. de Schœnefeld annonce que M. lé comte Jaubert lui a aussi 
adressé une lettre pour lui exprimer ses regrets de n'avoir pu 
se rendre à Nantes, afin de prendre part aux travaux de la 
session. ' 

Enfin M. de Schenefeld donne lecture de quelques fragments 
d'une lettre qu'il vient de recevoir de M. Cosson (datée de Bougie, 
Algérie, 7 août 1861) et qui lui annonce la perte douloureuse que 
la Société vient de faire dans la personne de M. Henri de la Perrau- 
diére, décédé à Bougie le 31 juillet (1). 

Par suite de la présentation faite dans la dernière séance ordi- 
naire; tenue à Paris le 26 juillet, M. le Président proclame l’admis- 
sion de : 


M. Branca (Joseph), à Avola (Sicile), présenté par MM. Parlatore 
+ et Decaisne, | 


(4) Nous ne publions pas ici cette lettre, qui avait un caractère tout à fait intime. Les 
détails qu'elle contenait se trouvent d'ailleurs reproduits, avec plus de développements, 
dans là notice consacrée par M. Cosson à Henri de la Perraudiére. (Voyez le Bulletin, 
t. VIII, p. 591.) " 219m TU | 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 667 


M. Chatin procède ensuite à l'installation du Bureau spécial de 
la session, nommé dans la réunion préparatoire de ce jour (1). 

M. l'abbé de Lacroix, président de la session, prend place au fau- 
teuil. MM. L. Bourgault-Ducoudray, le comte de Lambertye, A. 
Leroy, A. Walker, Weddell, vice-présidents; Boreau, vice-prési- 
dent honoraire; Albert Bourgault-Ducoudray, Éd. Bureau, Cré- 
vélier, Éd. Dufour et A. Viaud-Grand-Marais, secrétaires, s’asseyent 
au bureau. 


M. le Président s'exprime en ces termes : 


DISCOURS DE W, l’abhé de LACROIX. 


Messieurs, 

Quand je considère tous ceux qui m'ont précédé au fauteuil durant les 
sessions extraordinaires, et quand je vois dans vos rangs celui qui l’année 
dernière présidait vos séances à Grenoble, je ne puis que me reconnaître 
indigne d'un pareil honneur, et réclamer la continuation de l'indulgente 
bienveillance qui a déterminé votre choix. 

Hunible travailleur, ermite de la science, du fond de la campagne où me 
retient ma mission évangélique trop souvent interrompue par la maladie, je 
suis de cœur les progrès de notre science aimée bien plus que je ne les pro- 
voque, et il eüt été beaucoup plus conforme à mes goüts et à mes habitudes 
de rester dans l'ombre où ma position, mes forces et mes aptitudes me re- 
tiennent, que de me tenir, méme un moment, à votre tête. Heureux serais-je 
du moins si je pouvais me dire primus inter pares. Mais précisément parce 
que mon mérite est loin de pouvoir se comparer au vôtre, je trouve, dans 
l'honneur dont vous me comblez, une attention délicate qui vous a portés à 
rendre hommage, au milieu de cette religieuse cité de Nantes, au caractère 
sacré dont je suis revêtu, et qui semble indiquer la gravité de la pensée, à 
défaut de la gravité et de la maturité de l’âge. 

Yous qui avez acclamé M. Léon Dufour et M. Mougeot, vénérables vieil- 
lards, il vous était réservé, si la mort cruelle ne l'avait, encore vert, enlevé à 
notre amitié et à notre estime profonde, de porter à la présidence le regret- 
table M. Guépin (d'Angers). Avec quel bonheur je le verrais tenir au milieu 
de nous cette place que ses importants travaux en cryptogamie et en phanéro- 
gamie, son vernis d'éducation des anciens jours, ses saillies gracieuses, son 
caractere conciliant, sa connaissance approfondie des plantes nées sur les rives 
enchanteresses de la Loire (qui était son fleuve aussi), que tout, en un mot, 
concourait à le.rendre digne d'occuper ! : 


(4) Voyez plus haut, p. 660. 


668 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Le bon Dieu n'a pas voulu lui réserver cette glorieuse prérogative que 
vous avez offerte à ses doyens d'âge. Permettez-moi, tout en occupant le siége 
qui lui était dà, de lui en faire remonter l'honneur, pour m'avoir encouragé, 
d'une façon toute paternelle, dans les sentiers de la science, pour m'avoir 
éclairé par ses avis, enrichi par ses générosités attentives et incessantes, pour 
m'avoir glorifié auprés de ses nombreux correspondants, par des louanges 
que l'amitié rendait aveugles, louanges dont je recueille aujourd'hui le fruit 
dans vos suffrages vraiment trop flatteurs pour mon insuffisance. 


M. le Président donne ensuite lecture du programme de la ses- 
sion, arrété dans la réunion préparatoire (1), et annonce trois nou- 
velles présentations. 

M. A. Viaud-Grand-Marais , secrétaire , donne lecture de la coin- 
munication suivante , que la Société botanique de France a recue 
du Bureau de la Société académique de Maine-et-Loire, par l'entre- 
mise de M. Boreau : : 


SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE MAINE-ET-LOIRE, 
Extrait du procès-verbal de la séance mensuelle du T août 1861. 


Le Secrétaire général expose que la Société botanique de Frauce a choisi 
pour tenir sa session annuelle des départements la ville de Nantes ; que l'ou- 
verture en a été fixée au 12 de ce mois, et qu'il serait très désirable que notre 
Société profitàt des facilités ouvertes par cette heureuse proximité pour se 
faire représenter par l'un de ses membres à cette solennité scientifique. 

Sur ce, considérant que la botanique occupe parmi les études scientifiques 
de la Société académique une place considérable, ainsi que le prouveraient 
au besoin les travaux importants, tant généraux que monographiques, insérés 
dans le recueil de ses Mémoires ; 

Que, si des exigences purement budgétaires ne lui ont pas permis de s'af- 
filier aussi directement qu'elle l'eüt voulu aux travaux de la Société botanique, 
elle ne les en avait pas moins suivis jusqu'à ce moment avec tout l'intérét 
qui leur est dû, grâce à l'intermédiaire de l'un de ses membres les plus 
zélés, M. Henri de la Perraudière, l'éléve et l'ami de M. le professeur Boreau, 
et dont ce dernier vient à l'instant méne d'annoncer la perte prématurée à 
l'assemblée, en lui apprenant que la mort l'a frappé le 31 juillet, à la suite 
d'une exploration scientifique en Algérie, et lorsqu'il se disposait à rentrer en 
France, dans l'intention précisément, ainsi qu'il l'avait annoncé à son départ, 
de revenir prendre part au congrès botanique ; 

Que cette triste circonstance d'un deuil commun à deux Sociétés, dans les- 


(1) Voyez plus haut, p. 661. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 669 


quelles M. H. de la Perraudière ne comptait que des amis affectionnés , ajou- 
terait encore, s’il était possible, à tous les autres motifs qui doivent faire 
désirer à la Société académique d’être officiellement représentée à la session 
qui va s'ouvrir. 

Par ces motifs, la Société académique dit qu'elle fera choix d'un de ses 
membres titulaires pour la représenter prés de la Société botanique de France, 
et délégue à cet effet M. Boreau, le président de la section des sciences phy- 
siques et naturelles de la Société, professeur titulaire de la chaire de bota- 
nique à l'École préparatoire à l'enseignement supérieur d'Angers, directeur 
du jardin botanique de la même ville, membre de diverses sociétés savantes. 

Et, de plus, considérant que le département de Maine-et-Loire a été depuis 
plus de quatre-vingts ans, et surtout à partir du commencement de ce siécle, 
l'objet d'études spéciales de la part de botanistes éminents, tels que Du Petit- 
Thouars, docteur Bastard, Desvaux, docteur Guépin, et en dernier lieu de 
l'auteur de la Flore du Centre; 

Que c'est dans cette contrée, assise au contact des grands bassins géolo- 
giques (crétacé, jurassique et silurien) qui se partagent l'ouest de la France, 
qu'a pris naissance, pour se poursuivre sans interruption et sérieusement, 
l'étude de Ia végétation de la France occidentale, et que c'est de ces travaux 

"locaux que naquirent les premiers ouvrages qui vinrent révéler les caractères 
distinctifs de cette partie trop longtemps dédaignée de la flore francaise, de 
telle sorte qu'Angers pourrait avoir quelques droits à étre considéré à l'égal 
d'un lieu historique, quant au point de vue du développement progressif de 

.la connaissance des espèces françaises et de leur distribution géographique; 

Qu'au centre même de l'Anjou se trouve réunie, dans sa généralité et avec 
ses types les plus curieux et les plus caractéristiques, la flore des terrains 
schisteux de l’ouest, tandis qu'à peine à quelques kilomètres de la ville, on 
peut observer dans toute son homogénéité la flore particulière aux terrains 
jurassiques et crétacés avec leurs espèces quasi-méridionales qui rappellent 
dans leur ensemble la (lore agenaise et bordelaise de l'intérieur ; 

Que, d'un autre cóté, si le jardin botanique d'Angers fut le premier et long- 
temps le seul jardin scientifique de cette vaste région qui s'étend de la Manche 
aux Pyrénées, il est devenu sous la direction actuelle l'un des plus riches de 
France pour les végétaux de pleine terre tant européens qu'exotiques, et 
surtout en raison des nombreuses espèces critiques et litigieuses françaises ou 
européennes qui y sont mises en expérimentation ; 

Qu'en ontre le botaniste est assuré de trouver d'intéressants objets d'études 
dans les herbiers de Bastard, De Lens, Guépin, etc., ainsi que dans celui de 
M. le directeur Boreau, si riche en types authentiques d'Europe et en localités 
précises pour les espèces françaises, et des auxiliaires précieux pour l'étude 
daus les bibliothéques de la ville et du jardin ; 

Considérant donc que, par ces divers motifs, la Société botanique de France 


670 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 
pourrait être conduite à choisir la ville d'Angers pour le siége de l’une de ses 
prochaines sessions ; 

La Société académique, daus cette espérance, déclare charger spécialement 
M. Boreau, son délégué, ainsi qu'il vient d'étre dit, d'y convier la Société 
-botanique, et, le cas échéant, de mettre à sa disposition pour ses réunions les 
locaux et le matériel appartenant à notre Société. 


Le Secrétaire général, 
“É. BÉRAUD. 


M. le Président prie M. Boreau de transmettre au Bureau de la 
Société académique de Maine-et-Loire les vifs remerciments de la 
‘Société botanique de France. Il exprime le regret que le temps 
qui doit être consacré à l'exploration des environs de Nantes ne 
permette pas à la Société de se rendre dés cette année à Angers 
pour y terminer sa session. Il ajoute que d'ailleurs la ville d'Angers, 
par l'importance de ses établissements scientifiques, mérite plus 
qu'une simple visite de la Société botanique de France, et qu'elle 
-sera certainement , dans peu d'années , choisie comme siége d'une 
session spéciale, conformément au vœu exprimé avec tant de bien- 
veillance par le Bureau de la Société académique de Maine-et- 
“Loire. 

Lecture est donnée de lettres de S. Gr. Mgr l’évêque de Nantes, 
‘de M. Schmit, inspecteur de l'Académie, et de M. Le Sant, prési- 
dent honoraire de la Société nantaise d'horticulture, qui expriment 
le regret qu'ils éprouvent de ne pouvoir assister à la séance de ce 
jour. 

M. Éd. Dufour, secrétaire , donne lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


SUR DEUX LETTRES INÉDITES DE BERNARD DE JUSSIEU, par M. Auguste GRAS. 


(Turin, 1** août 1864.) - 
Messieurs, 

Dans un remarquable article publié em 1854 (1), M. Flourens s'empres- 
sait de signaler à l'attention des botanistes la correspondance réciproque de 
* Bernard de Jussieu et de Linné, qu'on venait de publier dans le recueil des 
mémoires d'une académie d'Amérique. Dans ce charmant compte rendu, 
reproduit plus tard avec d'intéressantes additions (2), l'illustre secrétaire 


(4) Journal des Savanis, numéro de décembre. 
(2) De ia méthode naturelle et des Jussieu. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 671 


perpétuel de l'Académie des sciences, en parlant de la rareté des écrits de 
Bernard, disait : « On a recueilli plusieurs volumes de lettres de Linné; 
avec Bernard on ne compte plus par volumes, on compte par lettres. » En 
vue de cette rareté, j'ai pensé, Messieurs, que vous n'accueilleriez pas sans 
plaisir la communication de deux lettres inédites que l'immortel auteur du 
Catalogue de Trianon écrivit au docteur Alioni. Il est vrai qu'elles ne con- 
tiennent pour la science aucun fait bien saillant ; mais Bernard de Jussieu 
fut un de ces personnages à l'égard desquels tout excite l'intérét, et il fut 
si réservé avec le public, il nous livra si peu de lui-même, que c'est toujours 
avec la plus vive satisfaction qu'on arrive à saisir les moindres traces de sa 
pensée. 

La première lettre fut écrite trois ans après la mort d'Antoine de Jussieu, 
dans le temps même où la plus sombre rêverie s'était emparée de l'àme du 
savant isolé et comme perdu dans le foyer désert. Depuis dix ans Bernard ne 
répondait plus aux lettres de Linné, et Allioni ne pouvait se flatter de trouver 
en lui un bien actif correspondant. 

Bernard répond à une lettre datée de l'année précédente : 


« Monsieur, 

» J'ay reçu les semences que vous aves eu la bonté de m'envoyer ensemble les vata- 
logues du Jardin royal de Turin et les emendationes et suplementa de M. de Haller. Je 
vous remercie de toutes ces choses et vous prie d'estre persuadé de ma reconnoissance. 
Vous recevrés avec cette lettre un paquet de graines americaines que j'ay mis à part 
pour vous, un petit paquet d'autres semences recueillies par M. Gerard et un petit herbier 
qu'il m'a remis pour vous faire parvenir (1). Je seray toujours charmé d'avoir des 
occasions de vous obliger et je les saisiray avec empressement. J'ay recu la graine du 
Tozzia , mais cette plante ne peut pas estre elevée dans nos jardins, ainsy il est inutile 
que vous vous donnies le moindre soin pour me la procurer. Je sens qu'il sera difficile 
d'avoir le papyrus de Sicile, et le Drypis, quoy que ces deux plantes soient communes 
dans des cantons de l'Italie. Si M. Needham est encor à Turin, je vous seray tres obligé 
si vous voules bien luy donner des marques de mon souvenir. H doit avoir recu les fruits 
de l'epine. blanche qu'il m'avoit chargé de luy procurer, le chevalier Turgot a du il y a 
longtemps la luy faire remettre. Je pense que M. Giraldi m'a entierement oublié ainsy 
que la botanique, pour la quelle il me paru avoir icy beaucoup d'amour et de gout. Je 
suis bien aise que Vous soyes si bien prevenu en ma faveur, je taeheray de vous con- 
vaincre des sentiments d'estime et de consideration avec lesquels j'ay toujours été et suis, 

s » Monsieur, pi. 
» Vostre tres humble serviteur, 
» À Paris, ce 4 mars 1761. 
» B. DE JUSSIEU. » - 
(Adresse) : - . 

A Monsieur i 

Monsieur ALLION le fils, docteur en medecine, 
professeur de botanique tres celebre. 


A Turin. 


Les personnes nommées dans cette lettre, Gérard, Needham et Turgot, 
appartiennent à l’histoire, et portent des noms illustres dont les titres de 


(4) Ces détails sont confirmés dans une lettre inédite de Gérard à Allioni (45 mai 1761). 


672 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


gloire vous sont familiers, Quant au Giraldi, rappelé dans les dernières lignes, 
je fais l'humble aveu de n'avoir aucun éclaircissement à livrer sur son compte. 
Nulle mention n'existe dans nos biographies d'un naturaliste de ce nom : 
nous comptons, il est vrai, un Michel Girardi, qui fut l'un des quarante de la 
Société italienne des sciences, et mourut en 1797 professeur d'anatomie et 
d'histoire naturelle à Parme; mais j'hésite à reconnaitre en lui la personne 
qui mérita um si touchant souvenir de la part du grand homme, car les bio- 
graphes de ce savant ne font aucune mention de ses voyages. 

A l'égard des plantes d'Italie citées dans la lettre, je m'empresse de rappeler 
que le Cyperus Papyrus L. (C. syriacus Parlat.) croit uniquement, d’après 
les indications de l'illustre botaniste de Florence, dans les parties orientales 
et méridionales de la Sicile, et que le Drypis spinosa L., qui manque à la 
flore de l'Italie occidentale , végète assez abondamment dans les régions du 
nord, du centre et du sud de notre péninsule. 

La seconde missive de Bernard mérite à peine le titre de Lettre : 


« Monsieur, 

» Je vous prie d'agréer mes remerciments pour les graines que vous avés eu la bonté 
de m'envoyer. Je souhaitte que celles que vous recevrés de ma part vous soient agreables ; 
je pourray dans la suite en tirer plus facilement d’Amerique et de nos autres colonies 
que je me feray un plaisir de vous communiquer ; j'auray aussi l'attention d'y joindre 
les plus rares qui sont cultivées au jardin du Roy. Soyés persuadé que je ne negligeray 
rien pour entretenir une bonne correspondance avec vous, el pour vous prouver en mesme 
tems les sentiments avec les quels j'ay l'honneur d'estre, 

» Monsieur, 
» Votre tres humble et tres obéissant serviteur, 
» Paris, ce 9* avril 1763. 
» B. DE JUSSIEU. » 


Malgré la phrase si flatteuse et si zélée de Bernard, sa correspondance avec 
Allioni s'arréta brusquement aux débuts. Quelques années plus tard, quand 
le jeune Antoine-Laurent fut allé ranimer par sa présence et par son entre- 
prenante activité la silencieuse maison du vieil oncle, et qu'il se lia lui-même 
avec Allioni, ce ne fut point par l'intermédiaire de Bernard que leurs rap- 
ports vinrent à s'établir. « M. Murray mérite toute ma reconnaissance, dit 
Antoine -Laurent dans sa seconde lettre à Allioni (20 mars 1775), pour 
m'avoir procuré l'avantage de vous connaitre et de lier correspondance avec 
vous... (1). » Et de Bernard à Allioni on ne rencontre plus dans les lettres 
du neveu que des envois cérémonieux de « compliments ». 


Après avoir rempli ma tâche, je vous demanderai, Messieurs , la permission 
d'ajouter une courte remarque sur la nature de quelques rapports qui exis- 
erent entre Linné et Bernard de Jussieu. 


t $ 
M. Flourens se plaît à rappeler que Bernard est le seul botaniste contre 


(4) Correspondance inédite d'Allioni. - 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. ` 673 


lequel Linné n'ait pas lancé quelque trait de son impatience domina- 
trice. 

J'aurais deux petites exceptions à formuler contre ce verdict si bienveillant, 
lesquelles, sans étre, bien certainement, des preuves sérieuses du contraire, 
vont mettre au jour mainte velléité d'indépendance que l'excellent caractère 
de Linné, si patient qu'on veuille le concevoir, ne pouvait parfois étouffer 
devant la sereine longanimité de Bernard. Il est prouvé que Linné reconnais- 
sait en lui l'unique rival qu'il eüt à redouter, et l'on comprend aisément que 
la réserve et le silence du simple et froid botaniste de Paris devaient fournir à 
l'âme passionnée du savant suédois d'irritants sujets d'embarras, je dirais 
presque d'humiliation, et partant de colére et de rancune. 

La première preuve nous est fournie par la correspondance méme de 
Linné. Il avait demandé à Bernard le Prodromus flore parisiensis publié 
par Dalibard. Bernard s'empresse de le lui transmettre, et Linné l'en remercie 
par de singulières paroles : « J'ai reçu, dit-il (10 août 1750), la Flore pari- 
sienne de Dalibard comme un touchant témoignage de votre amitié; vous y 
avez manifesté à mon égard des sentiments tels qu’un pere seul pourrait en 
nourrir envers son unique enfant. » Cette pathétique sortie, comme Adrien 
de Jussieu le fait fort justement remarquer, est d'abord tout à fait énigma- 
tique. Linné croyait-il, de bonne foi, que Bernard eût aidé le floriste parisien 
dans la rédaction de son ouvrage? Vraiment, Messieurs, il le croyait telle- 
ment qu'il en avait parlé à l'ami Boeck d'une étrange facon. M. Linnœus 
m'écrit, dit Beeck (mai 1750), que M. de Jussieu a publié une Flora pari- 
siensis sous le nom d’un autre. C'est là, j'en conviens, le cri naïf d'un 
triomphe imaginaire, mais en méme temps n'y a-t-il pas, en vérité, dans 
cette insinuation aventurée de Linné, la nuance d'une intention malveil- 
lante à l'adresse de Bernard? Celui-ci, dans sa réponse (19 février 1751), 
ne reléve nullement les chaleureuses expressions de Linné; et en par- 
lant dela Flore de Dalibard : « Cet ouvrage, dit-il, montre l'insouciance de 
son auteur ; il s'est trompé sur plusieurs choses qu'il vous a empruntées ; tou- 
tefois on ne saurait s'en étonner, vu qu’il n'est pas trés versé dans la bota- 
nique. Il n'a voulu accepter aucun conseil, crainte d'y perdre un fragment de 
la gloire qu'il eut l'espoir de gagner en s'habillant des dépouilles d'autrui et 
surtout des vótres. » Comme on vient de le voir, les phrases de Bernard sont 
précises et sans pitié; et, en attribuant à Dalibard la sotte ambition du geai 
de la fable, Jussieu ne fit que confirmer la singulière opinion que Linné 
lui-même, sans trop s'en douter, avait fait concevoir sur le compte du pauvre 
botaniste. Peut-étre Linné se flatta-t-il un instant de faire remonter aussi haut 
que possible la responsabilité du premier ouvrage francais écrit d'aprés son 
systéme et ses principes; mais il perdit bientót toutes ses illusions, et, malgré 
l'indulgence qu'il retrouvait naturellement au fond de son cœur pour l’œuvre 
de son obséquieux disciple de Paris, il dut certainement se repentir dans la 

T. VHI, 4^ 


674 - SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


suite d'avoir osé attribuer au génie supérieur de Bernard la malheureuse com- 
pilation que celui-ci venait de flétrir d'une si vigoureuse réprobation. Si donc 
il eût été question de venger d’un soupçon aussi injurieux qu'absurde la 
vertueuse mémoire de Bernard de Jussieu, nous nous serions tous souvenus, 
Messieurs, que cet illustre novateur sut avoir plus que personne le courage 
de ses opinions, et que s'il n'excita aucun bruit autour de son titre le plus 
précieux à l'immortalité, ce ne fut que par un excès de modestie, et par cette 
rare insouciance, par cet héroique oubli de lui-méme, qui formaient le fond 
de son naturel. Or, supposer dans cet esprit si droit et si désintéressé le projet 
de tromper le public ou la faiblesse de le craindre, n'était-ce pas commettre 
envers une personnalité si pure et un si noble caractère un grave délit de 
lèse-dignité ? 

Le second des argaments sur lesquels j'ai tàché d'étayer ma petite thésé 
résulte du passage d'une lettre inédite de Linné à Allioni portant la date du 
2 mars 1761, deux jours avant la première lettre qu'Allioni reçut de Bernard. 
Voici les paroles de Linné : « J'ai regretté d’être si longtemps sans lettres de 
vous, et j'iguorais où j'aurais pu vous rechercher. Je n'ai point reçu ce que 
vous m'aviez envoyé par M. de Jussieu, et je ne pus l'obtenir de mon trés 
grand adversaire : j'ignore absolument de quel droit il en agit ainsi (1), »— Que 
devait-il donc parvenir à Linné, par le moyen de Jussieu, de la part d'Allioni? 
des lettres? des graines? des plantes? Le relatif quc nous laisse dans un em- 
barras d'autant plus grand que dans les. différentes correspondances que j'ai 
soigneusement examinées, on ne retrouve aucune trace ni des envois d'Allioni, 
ni des réceptions de Bernard, ni des réclamations de Linné. Il ne reste donc 
que l'hypothése d'un malentendu ; hors de là cette accusation serait, elle aussi, 
des plus.graves, car ce n'est point le savoir, mais la délicatesse de Bernard 
que Linné aurait malheureusement cherché à mettre en cause. 

Maintenant, Messieurs, ce qu'il nous faudra conclure des petits incidents 
que j'ai eu l'honneur de rappeler devant vous, c'est que nos appréciations 
doivent en être trés indulgentes à l'égard de Linné, à cause de cette sorte 
de fausse position qu'il occupait dans la. science. vis-à-vis de. Bernard; car, 
nous l'avons dit, Linné sentait fort bien, et il l'avouait méme, et son naïf 
orgueil s'en désolait malgré son. cœur, que nulle autre personne n'eüt pu 
lui disputer une suprématie dont il aurait été si joyeux et si fier de se voir, 
dans le petit monde des botanistes, le possesseur assuré. 

Je ne puis, Messieurs, en achevant. ma. communication, vous cacher le 
bonheur que je viens d'éprouver en. profitant pour la seconde fois d'un. pré- 
cieux tour de faveur dans une circonstance aussi solennelle, Les sessions 


(4) Dolui diutissime me tuis destitutum literis, nescius ubi te quærerem. Qua misisli 
per D. Jussceum non accepi, nee potui obtinere a mihi maæimo adversario, nescio certe 
quo ejus jure. (Correspondance d'Allioni.) 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1864. 675 


extraordinaires dela Société sont, pour ainsi dire, les fleurs de notre institution, 
dans le sens poétique et charmant que Pline employait en nous disant des 
fleurs qu'elles sont la réjouissance des plantes, flos plantarum gaudium. C'est 
dans ces jours heureux que la science, se rapprochant ouvertement du public, 
doit s'habiller de ses robes de fête et ne montrer dans ses domaines que les 
sentiers les plus riants. Les sujets les moins spéciaux, se rattachant à la doc- 
trine par les ressources ingénieuses de la littérature, doivent donc étre sur- 
tout les bienvenus dans ces cordiales réunions de la grande famille des bota- 
nistes,. Eu effet, l'agréable science à laquelle nous nous sommes voués n'est 
pas moins attrayante par. ses théories scientifiques que par ses fastes et ses 
éléments littéraires; quant à Bernard de Jussieu et Linné, ils ont gravé une 
si profonde empreinte dans nos annales, et se sont si bien personnifiés avec la 
science elle-même, qu'un article biographique sur ces deux grandes renom- 
mées peut passer à la rigueur pour un chapitre détaché de l'histoire de la 
botanique. 


M. le Président fait à la Société la communication suivante : 


SUR LE VERBASCUM THAPSIFORMI-FLOCCOSUM Koch, par W. Pabbé de LACROIX. 


J'ai cru qu'il pourrait être agréable à nos confrères de la Société bota- 
nique de France de connaître le Verbascum nothum Koch, Syn. ed. 4, 
p. 512 (V. thapsiformi-floccosum Koch, Syn. ed. 2, p. 590), dont les 
auteurs de la nouvelle Flore de France paraissent ignorer la présence dans 
nos contrées, bien qu elle y ait été signalée — longtemps par M. Bo- 
reau et par le regrettable M: Delastre. 

Ayant cette curieuse plante sous la main, sur les bords de la Vienne (où elle 
acquiert un développement qui a une signification), il m'a semblé que vous me 
sauriez gré, Messieurs, de l'avoir apportée pour la mettre encore fraiche sous 
vos yeux. Je l'ai transportée avec précaution, afin de lui conserver sa physio- 
nomie naturelle. Chacun de vous pourra participer à Sa récolte, en en mettant 
un fragment, suffisant pour la représenter, dans le carton destiné à préparer et 
conserver les plantes que nous espérons tous recueillir durant cette session, 
en parcourant, sous la conduite des guides expérimentés qui sont à notre 
tête, les riches localités de la basse Loire. 

C'est avec intention que j'ai dit que cette plante prenait chez nous des 
proportions qu: ont une signification. En effet, elle y atteint jusqu'à 2 métres 
33 centimètres de hauteur, ce qui prouve que l'avortement des graines et 
des capsules donne lieu à un développement anomal des organes de végétation 
de cette plante que j'ai déjà mentionnée à la session de Bordeaux en 1859 (4). 


(4) Voyez le Bulletin, t. VL, p. 562. 


670 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Longtemps j'avais cherché en vain ce Verbascum dans la localité de nos 
environs où il avait été indiqué (à Valette près Châtellerault) et où l'auteur de 
la Flore de la Vienne m'avait prié de tâcher de le retrouver afin d'en commu- 
niquer des échantillons à ceux qui doutaient de cette découverte et qui hési- 
taient à reconnaitre la plante sur la description que Koch et les auteurs en 
oit donnée. 

J'ai été encouragé à continuer mes recherches, dont le succés devenait 
plus probable, par l'annonce qu'un correspondant de M. Fr. Schultz a faite 
plus récemment, en affirmant avoir recueilli ce Verbascum hybride tout près 
de chez nous, à la Haye-Descartes, dans le voisinage de Saint-Romain, et 
dans des localités assez nombreuses des départements d'Indre-et- Loire et de 
Loir-et-Cher. 

Toutefois ce botaniste attribuait son origine au Verbascum virgatum With. 
Arr. p. 250 etau V. nigrum. Or, le V. virgatum étant assez rare à l'endroit 
indiqué, et le V. thapsiforme y étant au contraire trés fréquent, ainsi que le 
V. floccosum, il me semble que c'est à ces dernières espèces qu'il faut faire 
remonter l'origine de notre hybride, et c’est pour cela que j'ai cru devoir 
adopter pour lui, d’après la nomenclature de Schiede, et à l'exemple de Koch 
lui-même, le nom de V. thapsiformi-floccosum. 

L'action fécondante du V. floccosum explique comment les poils violacés 
des étamines varient de position : tantót manquant presque totalement, tantót 
se groupant à la base des étamines, tantót se montrant surtout au milieu du 
filet, tantót enfin étant répandus sur toute sa longueur, mais principalement 
d'un côté. La parenté, au contraire, des V. nigrum et V. virgatum, où la 
couleur des poils des filets est déterminée et d'un violet pourpre, amenerait 
la présence des poils violacés sur l'étamine entière et non sur telle ou telle 
partie de cet organe. 


.Et la séance est levée vers deux heures. 


Le méme jour (12 août), à trois heures et demie, la Société à 
fait une herborisation à Trentemoult, aux environs immédiats de 
Nantes. 

Le lendemain 43, elle a consacré la journée entière à l'explo- 
ration des bords de l'Erdre. 

Le 14, elle a visité les coteaux de Mauves, etc. 

Le 15, une herborisation a été faite à Couëron. 

Enfin, le 16, la Société s'est transportée à Saint-Nazaire et de là 
au Pouliguen, et a herborisé le long du bord de la mer, depuis le 
Pouliguen jusqu'au Croisic, où elle passé la nuit. 

Le 47, aprés une herborisation aux environs du Groisic, elle es! 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 677 
rentrée à Nantes à neuf heures du soir. (Voyez plus bas les rapports 
de MM. Bureau, Eug. Fournier, Ed. Dufour et A. Bourgault- 
Ducoudray sur ces diverses excursions.) 


SÉANCE DU 15 AOUT 1861. 
PRÉSIDENCE DE M. L'ABBÉ DE LACROIX. 


La séance est ouverte, à huit heures et demie du matin, dans le 
grand amphithéátre de l'École supérieure des sciences de Nantes. 

M. Éd. Bureau, secrétaire, donne lecture des procès-verbaux de 
la réunion préparatoire et de la séance du 12 août, dont la rédac- 
tion est adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. CasTELLO pe Paiva (le baron de); rue de Chiado, 40, à Lisbonn» 
(Portugal), présenté par MM. Moquin-Tandon et Brongniart; 
BourGane (Emmanuel), docteur en médecine , rue Lamothe, à 
Libourne (Gironde), présenté par MM. Moquin-Tandon et 
Brongniart; 
Pru (Alfred), docteur en médecine, au Grand-Lucé (Sarthe), 
présenté par MM. Eug. Fournier et de Schœnefeld. 


M. le Président annonce en outre trois nouvelles présentations. 
Dons faits à la Société: 


1° Par M. Édouard Bureau : 
Rapport fait à la Société académique sur l'exposition horticole de 
Nantes, en mai 1859. 
Note sur l'existence de l'étage dévonien supérieur en Bretagne. 
Note sur l'existence de trois étages distincts dans le terrain dévonien 
de la basse Loire. 
Observations sur le terrain dévonien de la basse Loire, 


2" Par M. Caillo jeune : 


Notes sur le Croisic, Nantes, 1842. 
Recherches sur la pêche de la sardine en Bretagne et sur les industries 


qui s'y rattachent, Nantes, 1855. : 


678 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


M. le Président propose de nommer des Commissions chargées 
de visiter les établissements et collections scientifiques de Nantes. 
Sont désignés pour faire partie de ces Commissions : 

1° Pour le Jardin-des-plantes et l'exposition d'horticulture : 
MM. Barnsby, Durieu de Maisonneuve, Monard et Weddell. 

2 Pour le Musée d'histoire naturelle : MM. Éd. Bureau, Eug. 
Fournier, de Schœnefeld et Weddell. 

8° Pour les herbiers de feu l'abbé Delalande et de M. J. Lloyd : 
MM. Bras, Éd. Bureau, Eug. Fournier et l'abbé de Lacroix (1). 


M. le Président donne ensuite lecture de l'extrait suivant d'une 
lettre qui lui a été adressée par M. Aimé de Soland, président de 
la Société Linnéenne de Maine-et-Loire : 


LETTRE DE M. Aimé de SOLAND A M. L'ABBÉ DE LACROIX. 


Angers, 16 aoüt 1861. 


....LaSociété Linnéenne de Maine-et-Loire m'a chargé, Monsieur le Prési- 
dent, d'inviter la savante compagnie que vous présidez à venir, à l'époque qui 
lui sera agréable, tenir une session en Anjou. Le haut et le bas Anjou méritent 
d'étre explorés, et les botanistes de Paris, conduits par nos collègues, 
MM. Trouillard, Courtiller de Crochard, etc., seraient assurés de faire de 
brillantes moissons. Les naturalistes d'Angers et de Saumur composant notre 
association seraient heureux d'entrer en relation axec les membres de la 
Société botanique de France , et , si nous avions été, informés plus tót de vos 
excursions en Bretagne, nous aurions organisé une caravane angevine pour 
nous'joindre à vous et profiter de vos doctes conseils. -~ 

Je suis fáché, Monsieur le Président, de ne pouvoir en ce moment me 
rendre à Nantes, pour vous témoigner de vive voix le désir de mes collègues 
et vous renouveler toute ma gratitude. Je vous prie donc de croire à mes 
sentiments les plus dévoués, et d'assurer la Société botanique de France du 
plaisir que, personnellement, j'aurai d'étre en relation avec elle. 


M. le Président veut bien se charger de transmettre les remer- 
ciments de la Société à M. de Soland et de lui exprimer combien 
elle regrette qu'il n ait pu venir prendre part aux travaux de sa ses- 
sion à Nantes. 

M. Weddell, vice-président, fait à la Société la Ron 
suivante : 


(4) Voyez plus bas les rapports de ces diverses Commissions. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 679 


SUR L'EMPLOI DU SULFURE DE CARBONE POUR L'EMPOISONNEMENT DES COL! ECTIÓNS 
BOTANIQUES, par MI. H.-A. WEDDELL. 


J'eus l'honneur, il y a quelques années, de faire. part à la Société, au nom 
de M. Lenormand (de Vire), d'un procédé pour la destruction des insectes. 
qui ravagent nos herbiers (1). Il consiste dans l'emploi de la vapeur du sul- 
fure de carbone. Depuis lors , d'assez nombreux essais en ont été faits, et il 
y a lieu de supposer que l'expérience a prononcé sur sa valeur. J'ai eu occa- 
sion, pour mon compte, de m'entretenir à ce sujet ces jours derniers avec 
M. Boreau (d'Angers), qui m'a assuré en avoir obtenu les meilleurs résultats; 
et les avantages que cette nouvelle méthode d'empoisonnement me parait 
présenter sur celle ordinairement en usage, tant au point de vue de l'écono- 
mie que de la rapidité d'exécution, sont assez grands pour que j'aie jugé 
utile d'en reparler. Je me háte toutefois de dire que ces avantages sont sur- 
tout évidents lorsqu'il s’agit du traitement d’une collectión de quelque étendue, 
et encore plus lorsque les échantillons qui là composent sont attachés. 

Là caisse employée par M. Boreau pour l'empoisonnement de son herbier 
était doublée de zinc et assez grande pour contenir dix à douze paquets, lå 
couche inférieure de ceux-ci reposant sur quelques lattes posées sur le fond 
de la caisse, et chacune des couches suivantes étant séparée de ses voisines 
par des lattes semblables. Une fois les paquets en place, le couvercle de la 
caisse était rabattu et des bandes dé papier étaient collées sur les joints. Le 
sulfure de carbone , placé préalablement dans une capsule entre les lattes du 
fond de la caisse, ne tárdait pas à se volatiliser, et la vapeur, pénétrant jusqu'au 
cœur des paquets que l'on avait eu la précaution de desserrer, y détruisait 
tous les insectes qui pouvaient s’y rencontrer. La caisse n'était ouverte qu'au 
bout de deux jours. 


Une discussion s'engage sur les meilleurs moyens de préserver 
les plantes séches des ravages causés par les irisectes. 

M. Le Dien dit qu'il n'a pas eu beaucoup à selouer de l'emploi 
du sulfure de carbone pour la préservation de son herbier. 

M. Lombard témoigne au contraire des services que cet agent 


chimique lui a rendus. 
Plusieurs membres s'accordent à reconnaitre que le sublimé cor- 


rosif ne préserve les plantes que pour un certain M apt On donne 


diverses explications de ce fait. 
M. Eug. Fournier est d'avis que la poussiére de sublimé se 


(4) Voyez le Bulletin, t. V, p. 117. 


680 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


détache peu à peu par le frottement et par les divers mouvements 
qu’on fait subir aux échantillons fréquemment maniés. 

M. Dorvault fait observer qu'il est aujourd'hui reconnu que le 
sublimé corrosif (deutochlorure de mercure) se transforme au 
bout de quelque temps en protochlorure, au contact des matiéres 
végétales. 


M. Crévélier, secrétaire, donne lecture de la communication sui- 
vante, adressée à la Société : 


NOTE SUR LA VÉGÉTATION MARITIME DE L'ARRONDISSEMENT DE MARENNES ET SUR 
QUELQUES PLANTES DE LA CHARENTE-INFÉRIEURE, par MI. V. PERSONNAT. 


(Sallanches (Haute-Savoie), 3 août 4864.) 


Au moment où la Société botanique, dans sa session extraordinaire, va 
visiter les côtes de la Loire-Inférieure et explorer des dunes que tout enfant 
du littoral doit regretter de ne pouvoir parcourir avec elle (surtout lorsque, 
presque expatrié, il se voit confiné dans les vallées du Mont-Blanc), alors que 
les travaux de nos éminents confrères vont avoir pour but l'étude de la 
végétation maritime, je crois devoir leur soumettre le résumé des obser- 
vations que m'ont amené à faire mes herborisations de l'an passé dans la 
zone salée de l'arrondissement de Marennes. 

Je ne me propose nullement de dresser l'énumération de toutes les espéces 
qui croissent spontanément sur nos cótes ; elles sont dans toutes les Flores, et 
particulièrement dans le Catalogue de M. Léon Faye, et elles se. retrouvent 
savamment groupées, selon la nature de leur terrain, dans la Flore de l'Ouest, 
de M. Lloyd, p. 7 et suiv. de l'introduction. 

Mais ilest une lacune qu'il me semblerait intéressant de combler : ce serait 
de réunir dans un méme tableau toutes les plantes. phanérogames qui habi- 
tent les falaises, les vases. et les sables battus par les lames, couverts par les 
flots à chaque marée, et qui végètent , fleurissent , et conséquemment sont 
susceptibles de fructifier , quoique chaque jour elles restent , par deux fois, 
trois ou quatre heures sous l'eau. 

J'avais projeté d'explorer avec soin, dans cette intention, toutes les plages 
qui s'étendent de l'embouchure de la Sèvre-Niortaise à celle de la Gironde ; 
je regrette que mon départ précipité pour la Haute- Savoie ne m'ait permis 
d'étudier que la partie bien plus restreinte de la Charente à la Seudre ; ce ne 
sera donc qu'un grain de sable apporté à l'édification de la géographie bota- 
nique de mon département; mais il conservera peut-être quelque intérêt 
local. 


A l'embouchure de la Charente, comme sur tous les points où les-courants 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 18614. 681 


d'eau douce viennent s'unir aux eaux salées, il existe d'assez vastes étendues 
de vases qui, passant devant le Port-des-Barques, occupent toute la posse 
entre I'//e-Madame et le continent. Ces vases n'offrent sur les bords du fleuve 
que peu de végétation, et l'on peut admettre que c'est le résultat autant des 
boues qu'il dépose constamment sur ses berges, que de la force des courants 
qui doivent entrainer aisément les semences, voire les végétaux. On ne ren- 
contre donc qu'accidentellement , sur cette partie inondée de la plage, quel- 
ques échantillons de Datura Stramonium et d' Atriplex littoralis. 

A 100 métres à peine du Port-des-Barques se trouve une falaise siliceuse 
abrupte, sur laquelle se voient quelques pieds de.Crithmum maritimum, et 
à sa base méme le Tussilago Farfara, inondé dans les marées les plus basses, 

On arrive alors à la passe de l’Ile-Madame : découvertes à mer basse et 
toujours inondées à mer haute, ses vases sont peuplées de Spartina stricta, 
qui en occupe presque toute la largeur, tandis que les pointes herbeuses qui 
en couvrent environ le tiers, sont composées des espèces suivantes : 


Festuca arenaria, CCC. Suida maritima, C. 
Obione portulacoides, CCC. Inula erithmoides, €. 
Salicornia herbacea, CCC. Aster Tripolium, A.R. 
Suæda fruticosa, C. Arenaria marginata, R. 


Entre ces îlots inondés et la terre ferme, se trouveut d'autres vases hors 
des atteintes du flux et n'offrant aucune trace de végétation, desséchées qu'elles 
sont par les influences atmosphériques. Les sables qui bordent la plage de ce 
côté restent nus dans leur partie mouillée et présentent la végétation mari- 
time ordinaire dans leurs parties sèches. 

Autour du fort de la Passe-aux-Bœufs, en face de la pointe méridionale 
de l'Ile-Madame , j'ai remarqué sur un terrain entrecoupé de sables et de 
vases : 


Suida maritima, A.R. Rumex pulcher, R. 
Obione portulacoides, A.R. Cichorium Intybus, R. 
Triticum pungens, R. ! Cakile maritima (1). 


On contourne alors la pointe de Piedmont, falaise calcaire à rochers inon- 
dés dans les deux tiers inférieurs, oü croissent : 


Arundo Phragmites Glaucium corniculatum 
Crithmum maritimum Galium arenarium 
Statice Dodartii Artemisia maritima, 


Lotus corniculatus var. erassifolius 


et un Zumez en mauvais état, que je n'ai pu reconnaitre. 
En poursuivant la base de la falaise, sous les bains de Piedmont, on 


trouve : 


(1) Deux seuls pieds, jetés sans doute par les courants, car il manque dans la partie 
séche. 


682 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Daucus gummifer Lam. ? Crithmum maritimum 
Lepidium graminifolium Statice Dodartii 
Atriplex crassifolia G.G. Plantago Coronopus 
Beta maritima Obione portulacoides 
Suæda fruticosa Triticum pungens 
Inula crithmoides Frankenia levis. 


Puis on traverse une petite étendue de sables nus, oü le Convolvulus 
Soldanella ouvre ses corolles à la limite méme des vagues, et quelques vases 
qui donnent la plupart des espèces déjà citées à l'Ile-Madame et le Salicornia 
fruticosa. 

Viennent alors, pendant plus d'un kilomètre, des sables presque nus, où la 
mer baigne cà et là : 

Honckenya peploides | Convolvulus Soldanella 


Cakile maritíma Tamarix anglica 
Psamma arenaria Carex arenaria. 


Devant la douane de Saint-Froult , le Spartina stricta reparait et peuple 
seul les quelques vases qu'y amène l'écluse. 

Sur les sables qui les suivent, on trouve encore : 

Tamarix angliea 


Cakile maritima 
Honckenya peploides (plus abondant) 


Salsola Soda 
Triticum pungens 
Glyceria maritima. 


A la première cabane de Saint-Froult commencent d'immenses vases 
fermes , très herbeuses, à demi couvertes à chaque marée, où l’on voit parmi 


les espèces déjà citées : 


Statice Limonium Arenaria marginata. 
Frankenia lævis 


Quoique ce terrain très plat offre un vaste bas-de-mer , le Spartina stricta 
s'éloigne peu de la plage. 

Ces vases dépassent le canal de Brouage (sur les bords duquel Lesson a formé 
du Silene gallica son S. Jacopolis), et, le plus souvent sans végétation, vont 


rejoindre le canal de Mayrinhac, où elles redeviennent tres herbeuses et 
peuplées des : 


Atriplex littoralis- Obione portulacoides, 
Glyceria maritima | 


et des Suæda, Salsola et Salicornia déjà cités, auxquels se mêlent fréquem- 
ment l'Aster Tripolium et plus rarement le Statice Limonium., 

A ce point, le Spartina s'avance en mer sur uue étendue de 300 à 
400 mètres. À 

Les espèces qui apparaissent ensuite le plus fréquemment sur les vases 
molles jusqu'au Chaput, sont les Glyceria maritima. et Beta. maritima, 
abondants sur le bord de tous les canaux. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 683 


Du Chaput à /a Pointe, on suit une falaise que la mer mine et qui, consé- 
quemment, ne peut conserver de végétation dans sa partie inférieure. 
L'/nuía crithmoides couvre les digues de la Pointe et devient moins 
commun vers l'embouchure de la Seudre, où le Spartina ne reparaît plus. 
De la Pointe à Bourcefrane, on rencontre fréquemment baignés : 


Suæda maritima | Arenaria marginata 
— fruticosa Armeria maritima 
Arenaria rubra Statice lychnidifolia. 


La plage de Bourcefranc, qui s'étend sur la rive droite de la Seudre 
donne : 


Cakile maritima, CCC. Atriplex crassifolia 
Honckenya peploides CCC. Agropyrum junceum 
Polygonum littorale Convolvulus Soldanella 
Atriplex oppositifolia Medicago marina ; 


et la rive gauche, aux bains de la Tremblade, présente : 


Scirpus Tabernæmontani Silene maritima 
Lotus crassifolius Glaux maritima, 


qui complètent la liste des plantes que j'ai vues végéter en supportant linon- 
dation périodique des marées, conditions anomales d'existence, qui pourtant 
semblent ne diminuer en rien la vigueur de la plupart d'entre elles, et n'a- 
voir d'autre effet que de hâter la décomposition des feuilles aux rameaux 


inférieurs. 
Cette liste se compose de 48 espèces, qui se répartissent ainsi : 


Papavéracées. . s» soe ss ene 4 o E TT 1 
GFUCHOTOR 9. oe eger 2 Convolvulacées. ......... 342 4 
Frankéniacées. .......-.. ss. 1 jooselpdiwie 115971. iun di. uz 4 
Silénées, . .« «s «« «- ——— À Plantaginées. ., ...... «ss. 4 
(07 uppt pe gigs 3 Plombaginées.. ... Va MEO MD A 
Papilionaeées . ............. 9$ <'F° “Salsolacées: 1271. Er... 59728 
Tamazicinées.-..... «sc # Polygonées. .. VERMES otzil 
Ombelliféres. ........+....+ 2 Cypéracées....... ipiis AD Ee 2 
Rubiacées. ...... rdc is 1 ER SE PER rr T 


Synanthérées. ..... 2.22. ee 5 2 


Le Medicago marina L. présente deux formes que je n'ai pu étudier d’une 
manière complète, et qui se distinguent facilement à leurs fleurs, les unes 
d'un jaune vif, les autres d'un jaune très pâle. Je ne doute pas qu'elles ne se 
retrouvent sur le littoral de la Loire-Inférieure. 

L'Armeria maritima Willd, , dont la Flore de France fait deux variétés et 
la Flore du centre deux espèces, offre sur les rochers maritimes de Bource- 
franc les deux formes confondues, quant au port, à la station et à l'époque 
de la floraison, J'ai récolté plusieurs échantillons dont les calices extérieurs 


684 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


sont velus, tandis que ceux du centre sont glabres dans les sillons; l’âge de 
la plante me paraît aussi influer sur sa villosité. 
L'Atriplez crassifolia G. G. Fl. de Fr. est l'A. rosea L. de la Flore de 
l'Ouest. 
Je termine cette note par la courte nomenclature des espèces nouvelles pour 
le département de la Charente-Inférieure, que j'y ai récoltées : 
Ranunculus Drouetii Schultz. — Saint-Froult, mai 1860. 
— Baudotii Godr. — Saint-Froult, mai. 
Erophila majuscula Jord. — Murs de Brouage, avril. 
Silene vesicaria Schrad. — Soubise, bois de Saint-Hilaire, juin. 
Arenaria leptoclados Guss. — Murs de Nieuil, juin. 
Erodium sabulicola Jord. — Angoulin, juin. 
Heracleum pratense Jord. — Fouras, juin. 
— occidentale Bor. — Martrou, mai ; Fouras, juin. 
Galium neglectum Le Gall. — Plage de Saint-Froult, mai. 
— debile Desv. — Marais salés de Saint-l'roult, mai. 
Odontites divergens Jord. — La Tremblade, juillet. 
Melampyrum arvense L. var. impunctatum Godr. — Angoulin, juin. 
Polygonum littorale Link. — Marennes, plage des bains, aoüt. 
Ornithogalum divergens Bor. — Nodet près Marennes, avril. 
Phleum serotinum Jord. — Saint-Froult, mai. 
Agropyrum pungens R, et Sch. B megastachyum G.G. — Toute la plage, mai, 


M. de Scheenefeld donne, lecture de la communication suivante, 
que M. Auguste Gras a bien voulu lui adresser personnellement : 


SOUVENIRS D'UNE HERBORISATION A VERCEIL, pr M. Auguste GRAS. 
A M. de Schenefeld, 


(Turin, juillet 1861.) 


Le jeudi 30 mai 1861, nous partimes, M. Ardoino et moi, pour Verceil, 
avec le double projet d'y serrer la main à un ami dévoué et de jeter un coup - 
d'œil sur la végétation des environs de la ville, L'ami, M. le baron Cesati, 
botaniste avantageusement connu par de remarquables travaux, nous atten- 
dait au débarcadére ; quant aux plantes récoltées dans cette rapide excursion, 
j'aurai le plaisir, mon cher confrère, de vous en parler dans un instant. 

La journée était brûlante, et à notre sortie du convoi (10 heures 1/2 du 
matin) le thermomètre de la station marquait 25 degrés centigr. L'état de 
sécheresse durait depuis deux longs mois ; aussi, de quelque côté que l'on se 
tournàt, on ne voyait que le soleil qui flamboyait, les routes qui poudroyaient, 
et pas un brin d'herbe ne verdoyait autour de nous. Dans le panorama que 
nous embrassions du regard, la verdure du premier plan avait littéralement 
disparu ; on ne rencontrait partout qu'une teinte jaunâtre et tristement mono- 
chrome, résultant des débris de tiges et de feuilles flétries, brülées, calcinées. 

Quand M. Cesati nous vit armés en herborisation, il commença par nous 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 685 


plaisanter fort agréablement , et tâcha de nous détourner de l'entreprise en 
nous tracant de l'état du terrain le tableau le plus pitovable ; mais, s'apercevant 
bientôt que nous étions, malgré tout, tenaces propositi, il se rendit à nous de 
la meilleure grâce du monde. Ravis de l'avoir pour guide, nous lui sûmes le 
meilleur gré de sa courtoisie. 

Aprés avoir joui, autant que la briéveté de la course pouvait nous le per- 
mettre, de sa cordiale hospitalité, après avoir éclairci sur son magnifique her- 
bier nos doutes les plus pressants, nous songeámes à sortir de la ville. Mes 
deux amis m'engagérent d'abord à me dessaisir de ma boite d'ordonnance, et 

Cesati m'offrit poliment ses cartons, en m'assurant que la moindre gibe- 
ciére aurait suffi à caser le gibier que nous allions chasser. Mais j'ai, mon cher 
confrère, l'excellente habitude de compter sur l'imprévu, et je résistai à leurs 
observations; je m'appuyais d'ailleurs, dans cette circonstance, sur une raison 
toute particulière : j'avais emporté avec moi la boite qui m'avait servi à la 
session extraordinaire de Grenoble. Depuis qu'elle est montée à la Grande- 
Chartreuse et au col de Bovinant, ce petit meuble est devenu pour moi le 
coffre aux douces souvenances. A sa vue, tout un monde de souvenirs s'éveille 
dans mon cœur : les égards et les prévenances dont, en ma qualité d'étran- 
ger, je fus partout comblé, l'exquise bonté de tous mes confrères, dont je 
recus de si précieux témoignages, les liens formés, les promesses échangées, 
les joyeux propos, les rapprochements et les confidences, mille épisodes enfin, 
mille petites aventures que j'ai soigneusement classées dans ma mémoire et 
que je n'oublierai de ma vie, tout se met à gazouiller harmonieusement au 
fond de mon àme; et, passez-moi la touchante comparaison que j'emprunte 
au plus populaire de. vos romanciers, cette àme devient alors aussi bruyante 
que l'arbre touffu , envahi à la chute du jour par des essaims innombrables 
d'oiseaux qui viennent choisir sous son feuillage le gite de leur nuitée, et 
chantent aux premieres étoiles leur hymne du soir. 

Nous voilà enfin dans la rue, marchant à l'aventure, et sous le plein soleil 
de midi, le thermomètre marquant alors 29 degrés. Nous nous trouvions à 
73 kilomètres E.-N.-E. de Turin, à quelques lieues de l'endroit où mourut 
Bayard , à 10 kilomètres du village de Palestro qui, deux ans auparavant, à 
pareil jour (30 mai 1859) , avait. pris glorieusement sa. place dans l'histoire 
en marquant une des premières victoires de la campagne d'Italie. Nous par- 
lions donc tout naturellement de la France et des Francais, lorsque, au milieu 
de nos propos, la plus heureuse inspiration naquit dans l'esprit de M. Cesati : 
l'idée lui vint de nous conduire à l'endroit où la cavalerie française avait 
campé, dans l'espoir de nous y faire glaner quelques espèces étrangères à la 
flore du Piémont, ainsi qu'il en avait récolté lui-méme l'année précédente. 

Nous parvinmes bientót à un large emplacement contigu aux dernieres mai- 
sous du quartier sud de la ville, L'endroit conservait encore des traces évi- 
dentes de campement; quelques teintes d’un vert pâle et flétri y retraçaient 


686 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


les limites du bivac, dont le petit rebord s'élevait de quelques centimètres le 
long du chemin, et là, dans les plus douces émotions de la surprise, avec les 
vives expressions de la joie la plus sincére, nous recueillimes huit bonnes 
espèces, les plus inattendues : c'étaient surtout d'admirables plantes de France, 
Légumineuses et Graminées, dont quelques-unes toutà fait nouvelles pour 
nous et pour nos herbiers. 

Ma boite, ma bienheureuse boite, fut bientót remplie pour mes amis et 
pour moi; et, enchantés d'une si merveilleuse trouvaille, nous allions rebrousser 
chemin, lorsque de l'autre cóté de la route, au pied d'un mur d'enceinte, un 
étrange Bromus, jauni par l’âge, vint frapper nos regards. 1l était là, sombre 
et seul, dans une attitude hostile, surveillant les plantes francaises et dédai- 
gnant de se méler à leur végétation. On aurait dit une sentinelle perdue d'un 
avant-poste autrichien; et cette idée se présenta à nos esprits avec une telle 
simultanéité, qu'elle nous causa le plus joyeux étonnement. Les escadrons 
teutoniques avaient bivaqué pendant un jour au méme endroit; le cheval du 
uhlan avait longé là blanche muraille; sans nul doute ce Bromus, saisi dans 
son recueillement morose, était né d'une graine venue d'outre- Tirol, et nous 
pensâmes devoir le retrouver dans une des flores de S. M. Apostolique. Dès 
que nos imaginations se trouvèrent placées sur le terrain de cette fantastique 
hypothèse, elles y prirent leurs plus capricieux ébats. La paix de Villafranca, 
disions-nous, a passé par ici, mais, pour les plantes comme pour les hommes, 
elle est restée une lettre morte, et, malgré tous les essais de conciliation : 


Kxxsé Vivunt odia improba, vivunt. 


Enfin, après avoir épuisé la veine des süppositions, nous enlevàmes le 
tristé Promus et nous rentràmes chez M. Cesati. Dès que le partage des plantes 
fut opéré, ét qu'üne here du plus doux entrétien se füt écoulée, M. Ardoino 
et moi nous songeàmes au départ, heureux d’avoir à compter uiie dáte inté- 
ressante de plus parmi les journées historiques de nos herborisations. 

Or voici la série des plantes surprises dans cette mémorable excursion, 
telles qu'une étude calme et sérieuse mous les a fait classer dans nos 
herbiers : ` 

1. Trifolium hybridum L. — Espècé très rare en Italië (Trieste, Parme, 
d’après M. Bertoloüi ; nad M. Piccaroli !), et qui n'appartient point à la 
flore dà Piémont. 

2. Trifolium maritimum L. — Cette espéce n’ést pas fort répandue dans 
notre péninsule ; on la rencontre sur les bords des deux mers, et dáns quel- 
ques provinces intérieures de la bassé Italie. 

3. Trifolium lappaceum L. — Planté qui croît préférablement dans les 
régions maritimes d’Italie ; moins commune dans l'intérieur des terres, assez 
rare dans les provinces du Piémont. 

&. Trifolium resupinatum L. — Cette retharquable espèce, que l'on ren- 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN Aður 1861. 687 


contre surtout dans les pays méridionaux, sé retrouve dans quelques endroits 
du Piémont, et je l'avais récoltée moi-méme, d'aprés nos vieilles flores, aux 
environs de Turin. M. Cesati nous là présentà comme une plante nou- 
velle pour la flore de Verceil, et en effet nous vimes quelques paysans, qui 
surveillaient avec un intérêt marqué notre expédition, enlever apres nous 
plusieurs pieds de l'élégante espèce en pleine floraison, dans le but de 
les transplanter dans leurs prairies, et de conserver ainsi plus sûrement ce 
Trèfle nouveau qu'ils nommaient tout court et par excellence la planté des 
Francais. 

5. Medicago pentacyela Guss. — Plante exclusivement méridionale. 

6. Phalaris cerulescens Desf. — Espèce assez rare qui habite le littoral 
de la Méditerranée. 

7. Hordeum secalinum Schreb, — Plante assez commune en France, 
d’après les floristes ; plutôt rare en Italie, et ne végétant que dans les pro- 
vinces méridionales. 

8. Gaudinia fragilis P. B. — Plante des régions méridionales, trés rare 
dans l'intérieur des terres (Trente, Bologne, d'aprés M. Parlatore). 

Je n'ose ajouter aux plantes voyageuses qué je viens de recenser, ni le 
Torilis nódosa Gaertn. , ni le Trisetum myrianthum Parl. , dont nous recueil- 
limes quelques spécimens; car l'Ombellifére en question, que l'on rencontre 
assez fréquemment dans des endroits éloignés de là mer, appartenait fort 
probablement, d’après une note de Bellardi, à l'ancienne flore dé Verceil, et, 
d’après M, Cesati, elle abonde à Casal le long du fossé des fortifications ; 
quant à l'élégante Graminée qui manque à la flore de France, et que nous 
avons l'honneur de récolter tous lés ans aux environs de Turin, ellé couvre 
d'une végétation ttés copieuse les champs d'une province qui n'est pas éloi- 
gnée de Verceil, et nous ne pouvions la regarder comme étrangère, vu que, 
toujours d’après M. Cesati, elle fait de temps à autre, aux environs de cette 
ville, de courtes et capricieuses apparitions. 

M. Gesati m'écrivit depuis, qu'ayant visité, à plusieurs reprises et avec un 
soin trés minutieux, les abords du mémorable endroit, il y avait découvert 
quelques exemplaires plus ou moins déchiffrables des espèces suivantes, qu "il 
croyait tout à fait nouvelles pour la flore de Verceil : 

9. Medicago Gerardi Willd. — Espéce commune en Italie. | 

40. Melilotus sulcata Dest. — Plante des régions maritimes, s'éloignant 
difficilement des bords de la mer. ye | 

“A4. Melilotus parviflora Desf. — Espèce moins exclusivement matitime ; 
trés rare en Piémont. 

12. Galium tricorne With. — Espèce très commune, 

43. Gastridium lendigerum Gaud. — Plante assez commune daus le midi 
et le centre de l'Italie ; rare dans le nord, et n'appartenant point à la flore des 
provinces intérieures du Piémont. 


688 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


44. Avena fatua L. — Plante assez commune dans les cultures de toute 
l'Italie. 

45. Avena strigosa Schreb. — Spécimen provenant probablement de quel- 
que ancieune culture. 

16. Briza maxima L. — Espèce des contrées méridionales et des pro- 
vinces du centre; assez commune dans la région des Oliviers de l'Italie occi- 
dentale, très rare loin de la mer, dans quelques endroits de l'Italie supé- 
rieure. 

17. Festuca elatior L. — Plante assez commune dans l'Italie supérieure. 

48. Serrafalcus macrostachys Parl. — Plante de la Ligurie et de quelques 
points de l'Italie méridionale. 

49. Hordeum maritimum With. — Espèce s'éloignant quelquefois des 
contrées maritimes (Mantoue, Rome, d’après M. Parlatore). 

20. Ægilops ovata L. — Espèce commune dans le midi ; assez rare dans 
le nord de la péninsule. 

Je joindrai enfin à cette curieuse série l'étiquette d'une plante encore in- 
certaine, mais qui avait déjà été remarquée par Bivoli dans la proviuce de 
Novare (Fil. acon. 1808, p. 47) : 

Plantago crispa Jacq. (seu P. crassa Willd. Certo certius. P. majoris 
forma, sed antea ignota in agro vercellensi. — Cesati). 

Quant au Bromus dont il. me reste à vous rendre compte, notre em- 
barras fut assez grand. L'un de nous, ramenant vers le midi l'origine 
de l'espéce récoltée, voulait y reconnaître le B. rubens L.; mais, comme nous 
nous défiions de nos souvenirs, dés que nous eümes confronté nos échan- 
tillons sur des exemplaires authentiques, la supposition nous parut hasardée. 
La plante, recueillie dans un état de végétation trés avancé , nous présentait 
dans son port un faux aspect du B. ciliatus L., espèce canadienne, dont nous 
avions , quelques jours auparavant, examiné d'assez beaux exemplaires dans 
l'herbier du jardin botanique de Turin. Notre incertitude dura longtemps, et 
enfin il fut décidé entre nous, à.la majorité de- deux. voix contre une, que, 
provisoirement et jusqu'à plus ample information, cette -plante serait pour 
nous, risum. teneatis, le Promus tectorum: L.: Gette espèce est singuliére- 
ment polymorphe, et, quoique la forme rabougrie- sur laquelle nous étions 
tombés ait un port tout à fait original, j'avoue consciencieusement pour ma 
part qu'aucun caractére ne me parut suffisamment sérieux pour m'autoriser 
à la séparer de l'espéce classique de Linné (4). 

Cette décision aura la malheureuse chance de vous surprendre, et notre : 
Graminée va sans doute vous (aire un peu l'effet du ridiculus mus. Vous 


(1) Note ajoutée pendant l'impression. — Je m'empresse de constater que le membre 
dissident s'est rangé depuis à l'avis ce la majorité. — Le Bromus tectorum L., com- 
mun dans toute l'Italie, mais ‘présentant, par-ci par-là, queiques — ds dans l'aire de 
sa végétation, n'avait jamais été recueilli à Vercei}, 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 689 


auriez même le droit, mon cher confrère, de nous en adresser quelques 
reproches ; mais, à travers les péripéties de l’histoire que je viens de vous 
narrer fidèlement, vous aurez certainement saisi la série des vives émotions 
que le fait un peu singulier de cette rencontre avait excitées dans nos cœurs, 
Et n'est-ce pas par les émotions, vraies ou fausses, qu'elle produit dans l'esprit 
de. ses fidèles, que la science s'en fait aimer presque sur toute chose, et 
qu'elle devient avec tant de force et de douceur la poésie de leur existence ? 

On aurait eu sans doute bien d'autres faits à ajouter à ceux que je viens de 
vous signaler, si l'on avait pensé d'abord à suivre, à travers les premières 
provinces d'Italie, la marche de cette brillante cavalerie francaise qe nous 
avons tant admirée. Nonus aurions pu former , de l'ensemble de ces observa- 
tions, une petite flore adventive de la glorieuse campagne, et je regrette d'au- 
lant plus vivement que nous n'ayons pas songé à ce curieux travail, que mon 
ami M. Ardoino avait de son cóté pris note de cinq ou six especes que la 
garde impériale parait avoir semées, lors de son passage, dans la petite flore 
de Menton, mais sur le compte desquelles je ne puis rien ajouter ici, en 
raison de la promesse qu'il m'a faite de vous en écrire lui-méme à son retour 
chez lui. 

Maintenant, pour ce qui nous concerne, je puis bien vous promettre que 
nous veillerons avec le plus grand soin sur nos chères étrangères, et que 
nous verrons avec le plus vif intérét jusqu'a quel point elles voudront profiter 
de la loyale hospitalité que nous leur offrons de tout notre cœur. Quelques- 
unes d'entre elles, d’après les données géographiques que nous fournit la flore 
de France, nous viennent des bords de la Loire, et des foins de quelque 
régiment parti du sein de la riche vallée qui s'étend du Puy à Nantes. Pnis- 
sent-elles ne pas regretter chez nous le ciel de leur patrie, et s'y reproduire 
et s'y perpétuer fraternellement parmi des espèces amies! 

Je vous dirai, mon cher confrére, en terminant ce long récit , une singu- 
lière observation que nous avons faite. Toutes ces jolies espèces poussèrent 
sur notre terrain vers l'époque où les premiers escadrons francais allaient 
quitter notre pays. Or ne devions-nous pas voir dans ce curieux synchro- 
nisme un gracieux équivalent de la petite formule (p. p. c.) que la politesse 
exige que nous tracions sur notre carteà la visite d'adieu ? C'est exactement 
le pour prendre congé de la France que nous avons aimé à y découvrir; 
et vous pourrez juger combien nous avons été heureux de recueillir, dans 
cette circonstance, pour: nos études calmes et pacifiques, qui concourent avec 
tant de succès au radoucissement des mœurs, ce charmant petit avantage, 
quelque minime qu'il puisse paraître, parmi les déplorables effets de Ja 
guerre, dont les tristes exigences bouleversent le sol dans le but de tuer des 
hommes. 


M. Éd. Bureau présente à la Société une série de plantes fossiles 
T. Vil 45 


690 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


recueillies dans le département de la Loire-Inférieure, et donne à 
ce sujet les explications suivantes : 


J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de la Société une série de plantes 
fossiles recueillies dans le département de la Loire-Inférieure et dons la partie 
yoisine du département de Maine-et-Loire. Tous ces restes de végétaux , que 
je me propose de faire connaitre dans une prochaine monographie, appar- 
tiennent à la partie supérieure du terrain dévonien. Leur âge géologique a pu 
être fixé d'une manière précise, grâce à la présence d'un calcaire-marbre, 
riche en coquilles fossiles, intercalé dans les couches qui renferment les 
plantes. Ne pouvant entrer ici dans le détail de cette flore, je ferai seulement 
remarquer que, bien qu'elle ait beaucoup d'analogie avec la flore houillère, 
et qu'elle ait un certain nombre d'espèces communes avec cette dernière, elle 

en diffère notablement : 1° par la rareté des Sigillaria à côtes; 2° par l'ab- 
sence complète des Fougères à larges folioles, telles que les Nevrop- 
teris, qui sont au contraire en majorité dans le terrain houiller (ici les Fou- 
gères sont presque exclusivement représentées par le genre Sphenopteris, 
c'est-à-dire par des espèces à fronde trés découpée) ; 3° par la présence de 
certaines plantes spéciales aux terrains de transition, le Sphenopteris dissecta, 
le Pecopteris aspera et le Sugenaria Weltheimiana par exemple; 4° enfin 
par la présence de plantes qui n'ont pas été jusqu'ici rencontrées en dehors 
du bassin dévonien dont il s'agit, telles que le SpAenopteris Dubuissonis et 
le Sigillaria minima. 


-M. Durieu de Maisonneuve met sous les yeux de la Société plu- 
sieurs des magnifiques planches qui composent son Atlas des Cha- 
racées du sud-ouest de la France. Les membres de l'assemblée 
expriment unanimement leur admiration pour la perfection et 
l'exactitude de ces beaux dessins, dus à l'habile crayon de jeunes 
artistes dont le talent remarquable ne saurait étre assez vivement 
encouragé. 

Et la séance est levée à dix heures. 


Le lendemain (19 août), la Société est partie de Nantes pouf 
explorer l'ile de Noirmoutier, où elle a tenu deux séances et terminé 
sa session le21. (Voyez plus bas le rapport de M. A. Viaud-Grarid- 
Marais sur cette excursion. ) 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 18614. 691 


SÉANCE DU 20 AOÛT 1864. 
PRÉSIDENCE DE M. L'ABBÉ DE LACROIX, 


La Société , arrivée le matin méme dans l'ile de Noirmoutier, se 
réunit, au chef-lieu de l'ile, à huit heures du soir, dans une des 
salles de la mairie, gracieusement mise à sa disposition par M. le 
Maire. 

Un grand nombre de personnes notables de l'ile honorent la réu- 
hion de leur présence (voy. leurs noms plus haut, p. 659). Sur l'in- 
vitation de M. le Président, M. Jacobsen, maire de Noirmoutier, 
M. l'abbé Pinet, curé de la ville, et MM. ses vicaires prennent place 
au bureau. 


M. le Président s'exprime eii ces termes : 


DISCOURS DE M. l'abbé de LACROIX. 


Messieurs, 

En revenant sur nos pensées de jeunesse , nous trouvons tous le désir de 
visiter l'ile que Chateaubriand nous laisse entrevoir comme derrière un voile, 
cette île où les druidesses vivaient dans leurs chastes retraites, où elles appre- 
naient les dogmes de leur religion redoutable, et se livraient à leurs mystères. 
Aujourd'hui, notre Société a pu réaliser en corps l'idée que chaque membre 
avait longtemps caréssée dans son imagination ; elle à pu cueillir la Verveine 
aux lieux où les compagnes de Velléda la recherchaient pieusement, dans 
cette île de Sayne (Sena) que Strabon place à proximité de l'embouchure 
de la Loire, et dans laquelle nous mous plaisons, d’après lui, à fecon- 
naitre Noirmoutier. 

. Nous avons eu ün autre bonheur, particulièrement senti par moi, prêtre du 

diocese de Poitiers, que vous avez bien voulu mettre à votre tête : nous 
sommes arrivés sur cc sol, consacré par les travaux et les mérites de saint 
Filbert, le jour de la fête même du saint patron (dies natalis, comme dit 
l'Église), le jour de sa naissance à la gloire. Il fût l'ami d'Ansoald, évêque de 
Poitiers, qui lui donna cette parcelle de son diocese à édifier par ses vertus, à 
fertiliser par son courage, à civiliser par sa science. 

Saint Filbert avait déjà fait ses preuves en fondant le monastère de fumié- 
ges. Avant son arrivée, Jumiéges n'était qu'une solitude désolée, un amas 
d'eaux croupissantes et de bois épais. Il le convertit en terres fertiles, en gras 
pâturages, en fructueux vergers. Semblable aux plus célèbres religieux de 
France et d'Italie, dont il avait visité les demeures afin de se pénétrer de 


692 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


meilleures méthodes et des plus saintes pratiques, il justifiait pleinement le 
tableau que l'auteur de l’Æistoire des Croisades (1) a tracé des œuvres aux- 
quelles les moines se livraient et des difficultés dont ils savaient triompher : 
« C'est, dit-il, dans les lieux abandonnés par les autres hommes qu’ils bâtis - 
» saient leurs cellules. Ils semblaient chercher des obstacles pour les vaincre, 
» des terres stériles pour les rendre fécondes ; partout ils ont montré le pon- 
» voir de l’homme, et la plupart des lieux qu'ils ont habités seraient encore des 
» marais pestilentiels , des forêts inaccessibles, si leur piété ne les y eût pas 
» conduits. » C'est de lui, sans doute , et de religieux qui ont été sous ses 
ordres, dit un historien de Noirmoutier (2), que les habitants, à peine civi- 
lisés, apprirent à faire des desséchements et des marais salants, à sauner et à 
cultiver la Vigne. Leur maison était l'asile et le point de ralliement du pauvre 
qui implorait du secours et de l'homme aisé qui venait leur demander de 
l'instruction. Ainsi ils contribuèrent à l'avancement des connaissances hu- 
maines et aux progrès de l'agriculture. Par des efforts successifs, ils enlevé- 
rent à la mer des parties fécondes, qu'ils abritèrent derrière des digues 
intelligemment, mais simplement construites, et augmentèrent ainsi le 
domaine de la charité, car ce qui leur appartenait était, avant tout, aux 
pauvres de Dieu. : 

Plus tard, l'industrie imita leur exemple et marcha sur leurs traces, arra- 
chant à l'océan de vastes possessions, et faisant à l'ile des améliorations im- 
portantes, qui facilitérent ses communications avec la terre fehme, augmen- 
tèrent la valeur de son port, et mirent de nombreuses familles à méme de 
gagner honorablemerit leur vie par le travail des champs. 

En tête de ceux qui furent ainsi les bienfaiteurs de l’île à notre époque, nous 
aimons à citer la famille de M. Jacobsen, l'honorable maire de la ville, qui a 
marché hardiment lui-même dans là voie tracée par ses aïeux, et reçoit de ses 
concitoyens la reconnaissance et l'affection méritées par une vie dévonée aux 
intérêts communs. La famille Le Breton et plusieurs autres ont également 
appliqué leurs soins et leur fortune à procurer des avantages analogues, et 
peuvent se rendre le témoignage flatteur d’être devenues utiles à leur pays (3). 

«Et pourtant, dit l'ingénieur Plantier, quel projet plus téméraire que celui 
» d'arracher à l'océan une partie de: son domaine! Que de ccurage, que 
» de travaux, que d'efforts pour la conquérir ! Que de peine , que d'activité, 


(1) Michaud, 

(2) Francois Piet, Mémoires adressés à mon fils. — Ce rare ouvrage, si utile au 
naturaliste qui veut explorer Noirmoutier, est édité de nouveau en ce moment (mai 1863), 
à 200 exemplaires, par M. Jules Piet, fils de l'auteur, sous le titre de Statistique de 
Noirmoutier ; celte seconde édition est enrichie de notes nombreuses qui la mettent au 
niveau de la science actuelle. 

(3) Depuis environ cent cinquante ans, l'ile de Noirmoutier s'est accrue, par des dessé- 
chements, de près de 650 hectares, ce qui fait plus du septième de sa superficie totale. 

(Notes dw Secrétariat, ajoutées pendant l'impression.) 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 693 


» que de constance pour la conserver ! Quelle singularité physique plus éton- 
»nante que celle de voir cet élément suspendu, comme par un pouvoir 
» magique, au-dessus de ce point de terre usurpé sur son immensité ! 
» Quels hommes sont plus méritants que cette poignée d'insulaires qui, 
» après avoir opposé vingt-cinq kilomètres de digue aux fureurs de l'océan, 
» sont sans cesse occupés des soins de la maintenir contre un ennemi fou- 
»gueux, dont le courroux s'accroit par la résistance. Lorsque, dans une 
» nuit orageuse, la mer irritée par des vents impétueux fait entendre au 
» loin ses longs mugissements et annonce un choc terrible, ces infortunés 
» oublient les fatigues de la journée pour ne songer qu'à la défense ; cette nuit, 
» où ils devaient, dans un sommeil tranquille, recouvrer leurs forces épui- 
» sées, ne sera pour eux qu'une suite de périls ct d'alarmes. Tous à la fois, 
» hommes, femmes, enfants, saisissent leurs instruments aratoires et mar- 
» chent sur les points menacés. Les risques sont communs, l'ardeur est 
» égale; les dangers sont imwinents, les efforts sont prodigieux. Partout 
» où les flots blanchissent de leur écume le sommet des digues, on élève 
» contre eux de nouvelles barrières ; partout où les dégradations se manifes- 
» tent, mille bras sont là pour les réparer. Cette lutte inégale et périlleuse, 
» où ces cultivateurs courageux, en butte à toutes la violence de la tempête, 
» peuvent être dans un instant culbutés, entraînés et abîmés sous les ondes, 
» dure plusieurs heures de suite, et ne se termine que lorsque la mer se 
» retire et laisse à découvert le dommage qu'elle a fait. » 

Voilà des catastrophes que d'heureuses dispositions, hàtons-nous de le dire, 
empêchent désormais de se dresser menacantes devant la population alarmée ; 
mais la ceinture de sables mouvants qui entoure la partie productive de l'ile, 
tout en exercant lentement ses ravages, ne forme pas moins un autre genre 
de péril qui grandit chaque jour sous les efforts constants des vents d'ouest et 
de sud-ouest. Déjà de nombreuses tentatives ont été faites pour prémunir la 
plaine contre leur envahissement. Les dunes ont vu semer, planter et protéger 
le Pin-maritime, le Peuplier-blanc, l'Osier, le Genét-épineux, les Ajoncs, le 
Tamaris, l'Uvette-maritime , la Bugrane-rampante, la Laiche, le Roseau-des- 
sables, l’Hélichrysc-jaune, la Luzerne-cultivée. Concurremment avec ces végé- 
tanx, je me permettrai de recommander les plantations d'Ailantes ou Vernis- 
du-Japon qui ont été préconisées par M. Guérin-Méneville , dons un article 
communiqué aux Annales forestières. L'auteur s'appuyait sur l'exemple de 
M. le comte de Lambert, qui a fait planter en Ailantes des surfaces considé- 
rables de dunes et de steppes. Sur des terrains arides et mouvants, il a créé 
de la sorte des massifs boisés, excellents comme revenu et.comme rideau 
protecteur. Son expérience a démontré que l'Ailante , tracant et rustique, se 
contente des sols les plus maigres et les. plus arides, et qu'il fixe parfaite- 
ment les sables. Beaucoup d'autres propriétaires en ont fait également des 
semis et des plantations considérables, et ces arbres ont tellement pullulé, en 


694 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


traçant et drageonnant , qu'après seize années ils forment une impénétrable 
forét, 

Actuellement quele Bombyx Cynthia, ou ver-à-soie de l'Ailante, est accli- 
maté en France et qu'il y réussit à l'air libre, sans donner d'autre peine que 
celle de récolter les cocons dont il se recouvre, l'Ailante, qui lui sert de nour- 
riture et sur lequel ses chenilles vivent et prospérent, fournirait une nouvelle 
source de richesse sur un terrain inutile et dangereux; à moins que les 
vents salés et caustiques ne fussent nuisibles à sa constitution ou capables 
d'altérer sa vigueur. 

A l'abri des bois, et sur ce méme sol de sable où les prairies paraissent peu 
communes, peut-être pourrait-on faire ce que l'on a fait ailleurs, dans des cir- 
constances semblables , et cultiver le Topinambour, qui est éminemment 
productif comme plante propre à l'alimentation et à la distillation par ses 
tubercules, et comme plante fourragère par ses jeunes tiges et ses feuilles. 
Les tiges sèches elles-mêmes donneraient une matière combustible d'autant 
plus précieuse ici qu'elle y est plus rare. 

Si ces idées qu'il m'est venu en pensée de vous suggérer, Messieurs, 
deviennent d'une application avantageuse pour l'ile patronnée par saint 
Filbert, je serai trop heureux d'avoir laissé un souvenir durable de notre 
passage au milieu d'habitants qui nous montrent une vive sympathie, modelée 
sur celle de l'administrateur éclairé dont le bienveillant accueil excitera tou- 
jours notre reconnaissance. 


M. le maire de Noirmoutier répond de la manière suivante au 
discours de M. le Président : 


DISCOURS DE M. JACOBSEN, 


Monsieur le Président, 

Nous recevons avec une vive reconnaissance le discours que vous venez de 
prononcer. Il vous a suffi de mettre le pied sur le sol de Noirmoutier pour 
lui porter une affection que personne de nous ne pourra oublier. 

Les détails pleins d'intérêt sur les améliorations que vous signalez nous 
resteront gravés dans la mémoire pour en faire l'application suivant les 
besoins, 

Vous avez réveillé en moi, Monsieur le Président, des souvenirs bien tou- 
chants, en me parlant des travaux hydrauliques auxquels j'ai consacré, à 
l'exemple de mes pères, une partie de mon existence. Ces conquêtes sur la 
mer laissent dans l'âme de fortes émotions auxquelles se joint un sentiment 
bien doux, celui d'avoir été utiles à une classe laborieuse et intelligente qui 
nous à aidés à en obtenir le succès. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 695 


M. A. Viaud-Grand-Marais, secrétaire, donne lecture du procés- 
verbal de la séance du 18 aoüt, dont la rédaction est adoptée. 

Par suite des présentations faites dans la derniére séance, M. le 
Président proclame l'admission de : 


MM. Anamowicz, docteur en médecine, conseiller d'État de S. M. 
lempereur de Russie, ancien professeur à l'Université 
de Vilna et président de la Société impériale de médecine 
de cette ville, actuellement au Croisic (Loire-Inférieure), 
présenté par MM. l'abbé de Lacroix et Eug. Fournier ; 

DELAMARE, docteur en médecine, professeur à l'École de 
médecine, rue Piron, à Nantes, présenté par MM. T. 
Letourneux et A. Viaud-Grand-Marais ; 

GENEVIER (Gaston), pharmacien, à Mortagne-sur-Sévre 
(Vendée), présenté par MM. L. Bourgault-Ducoudray et 
Éd. Dufour. 


M. Monard annonce une découverte qu'il a faite pendant l'her- 
borisation de la Société à Couëron, le 15 de ce mois : 


En allant de Couëron à Port-Launay , on trouve, tout prés de la Loire, des 
petites flaques d'eau creusées de main d'homme et destinées au rouissage du 
Lin, M. Monard y a recueilli en grande quantité le Chara coronata Ziz, C'est 
une précieuse acquisition pour la flore de la Loire-Inférieure et même pour 
la flore française, car cette plante n'avait encore été signalée que sur deux 
points dela France: en Sologne, par M. Ém. Martin, et aux environs de 
Montmorillon (Vienne) par M. l'abbé Chaboisseau. C'est un Chara monosi- 
phonié qui sert de passage entre les genres Chara et Nitella, 


M. A. Viaud-Grand-Marais fait à la Société la communication 
suivante : | 


SUR UNE MONSTRUOSITÉ DE L'ANAGALLIS ARVENSIS L.,ET SUR UNE MONSTRUOSITÉ DU 
TRIFOLIUM REPENS L., par MI. A, VIAUD-GRAND-MARAIS, 


Dans l'herborisation faite par la Société aux environs de Couéron (Loire- 
Inféricure) le 45 de ce mois, nous avons recueilli prés de Port-Launay , M. le 
docteur Bras et moi, divers pieds monstrueux de lAnagallis arvensis L., 
var. phæœnicea. Les échantillons que je présente à la Société proviennent 
d'un chemin exposé au sud-ouest, le long de la Loire, et borné au nord par 
un escarpement à pic. Ils avaient été battus par la pluie et souvent foulés aux 


696 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


pieds par les passants. Ces échantillons présentent une série de fleurs offrant 
à divers degrés le retour vers la forme foliacée. Au sommet de la tige, 
sépales, pétales, étamines, carpelles, sont devenus des feuilles; et, ce qu'il y 
a de plus remarquable, les ovules eux-mêmes ont suivi cette transformation 
et sont remplacés par des feuilles disposées en spire régulière; toute la fleur 
est donc à ce dernier degré métamorphosée en rameau. 

La transformation des ovules en organes foliacés a lieu même dans des cap- 
sules encore fermées, mais profondément modifiées dans leur forme et très 
allongées. Ce cas de tératologie prouve évidemment que, dans les ovaires à 
placentation centrale, le trophosperme est la continuation de l'axe, et que 
les ovules sont alors, tout aussi bien que les carpelles, des feuilles modifiées. 

Voici un autre cas de retour de fleurs au tvpe foliacé : J'ai recueilli au mois 
de juin dernier ces échantillons de Trifolium repens L. à la Bouvardière près 
Nantes, dans des conditions fort rapprochées de celles où se trouvait l’Ana- 
gallis, c'est-à-dire dans une allée battue par la pluie et souvent foulée. 
Toutes les fleurs d'un grand nombre de capitules de ce Trifolium se trouvent 
transformées en feuilles; le calice alors persiste ou se métamorphose plus ou 
moins en stipules; quant à la corolle, eile est remplacée par une feuille à cinq 
petites folioles, la médiane plus grande et plus longuement pédicellée ; le 
pétiole commun de ces cinq folioles est canaliculé à sa partie inférieure, ren- 
fermant des rudiments d'étamines et une (rarement plusieurs) trés petite 
foliole. Ce fait me semble donner le secret de la formation de la corolle chez 
les Légumineuses, et la raison pour laquelle l'étendard est différent des autres 
pétales, puisqu'il représente une foliole terminale, foliole que l'on sait étre 
presque toujours différente des latérales. Je préfére cette explication à celle 
que donne un des maîtres que je révère le plus, le professeur Moquin-Tan- 
don : quelque ingénieuse que soit l'idée qui consiste à comparer une fleur de 
Légumineuse à une fleur de Rosacée dont un seul pétale serait épanoui, et, 
parlà méme, seul complétement développé, je ne saurais l'admettre. Da $ 
aucun bouton de Papilionacées, je n'ai pu trouver les pétales égaux, méme 
longtemps avant l'anthése. 


M. Eug. Fournier met sous les yeux de la Société deux anomalies 
développées sur le Cakile maritima. et récoltées par lui pendant 
l'herborisation de ce jour : 


Il s'agit de ces hypertrophies des diverses pièces de la fleur qui sont si com- 
munes chez les Crucifères, surtout sous l'influence de l’ Uredo candida Vers. 
(Cystopus candidus Lév.). Dans l’une des fleurs, deux sépales voisins sont 
extrémement développés et charnus, tandis que les deux autres forment scu- 
lement une. petite protubérance arrondie , ce qui peut être regardé comme 
un exemple de balancement- organique. Dans l'autre fleur, les sépales sont 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 697 


pennatilobés comme le sont les feuilles de Cakile, nouveau fait à apporter 
à l'appui de la théorie des métamorphoses de Goethe, s'il en était besoin. 


M. Eug. Fournier donne ensuite lecture de la communication 
suivante, adressée à la Société : 


NOTE POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA BOTANIQUE EN LITHUANIE , 
pr M. A.-F. ADAMOWICZ. 


(Le Croisic (Loire-Inférieure), 18 août 1861.) 


La Société botanique de France, en me faisant l'honneur de m'accueillir 
dans son sein, me permettra sans doute de lui présenter quelques détails peu 
connus sur l'histoire dela botanique dans mon pays et sur ses vicissitudes. 

Je n'ai point lieu de faire remonter au delà de la seconde moitié du siécle 
dernier l'histoire des botanistes lithuaniens. Celui qui commence la liste est 
un prêtre, nommé Christophe Kluk, curé de campagne, qui écrivit en langue 
polonaise deux ouvrages sur la botanique. 

Aprés lui, la série est continuée par un Francais, Jean-Emmanuel Gilibert 
(de Lyon), qui vint se fixer , en 1776, à Grodno (1), sur l'invitation d'An- 
toine Tyzenhauz, qui remplissait , auprès du roi de Pologne, les fonctions de 
chancelier, et auprès des savants de son temps le rôle d'un Mécène. Sous la 
haute protection de Tyzenhauz, Gilibert , qui étendait sa sollicitude sur un 

grand nombre de points différents, fonda à Grodno une École de médecine et 
` d'art vétérinaire. Malbeureusement pour lui, le mauvais état des finances du 
pays paralysa les bonnes intentions de Tyzenhauz, et Gilibert , n'étant. plus 
soutenu par son protecteur, quitta Grodno pour aller se fixer à Vilna avec ses 
collections et ses herbiers. A cette époque, on commençait à organiser une 
Faculté de médecine à Vilna. Gilibert y créa un jardin botanique, situé au 
milieu de la ville, sur l'ancien emplacement d'un collége dirigé depuis 1578 
par les jésuites , et y institua des cours de botanique, de zoologie et de miné- 
ralogie, qu'il commença par professer lui-même avec succès devant un public 
assez nombreux, qui le suivait également à ses herborisations aux environs de 
Vilna. Dans la tranquillité que lui donnait alors sa position de professeur, il 
put achever son Flora lithuanica inchoata, dont les trois premiers fascicules 
avaient paru à Grodno, et dont il publia les deux derniers à Vilna. Mais 
Gilibert n'était pas aimé de plusieurs de ses confrères de l'Université, et 
n'avait pas trouvé le bonheur dans son intérieur. En butte à l'inimitié de 
quelques professeurs ex-jésuites, qui avaient conservé quelques chaires dans 


(4) C'était à Grodno, une des villes les plus importantes du pays, que se tenaient les 
diètes de Pologne. 


098 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


l'enseignement, trompé par sa femme qui chercha à l'empoisonner, Gilibert, 
sauvé par son élève Orlowski (1), quitta précipitamment Vilna, pour s'enfuir 
en France et rentrer à Lyon, où il mourut en 1811, sans être retourné en 
Lithuanie, 

Le départ de Gilibert avait laissé vacante une place qu'on ne s'empressa pas 
de remplir, grâce aux jésuites, et grâce aux rumeurs de ce public qui ne 
manque jamais de demander à quoi sert l'étude des sciences naturelles. 
Cependant la Commission pour l'instruction publique, séant à Varsovie, dési - 
rant combler une lacune regrettable, appela un botaniste connu pour avoir 
pris part aux voyages et aux travaux de l'illustre navigateur Cook, Georges 
Forster. Dans une biographie spéciale, que je prépare en ce moment, je ferai 
connaître, avec de grands détails, la vie de cet homme célèbre ; je ne puis ici 
qu'indiquer le séjour qu'il fit à Vilna. L'enseignement de Forster fut loin 
d'égaler celui de Gilibert. Manquant de livres et d'instruments, professant en 
langue latine, il eut très peu d'éléves et se borna surtout à continuer ses 
travaux philosophiques et à publier quelques notes relatives à ses voyages. 
Son ami, Paul Czenpinski travaillait à Varsovie pour la zoologie. 

Après Forster vint un médecin de Vienne, Ferdinand Spitznagel, qui occupa 
la chaire de Vilna, tout en pratiquant la médecine, jusqu'à la fin du xviti* 
siècle, et la laissa en mourant à un élève de Forster, l'abbé Stanislas Jundzill, 
qui organisa un nouveau jardin botanique situé aux abords de la ville, dans 
une ile d'un aspect des plus riants. Le jardin de Gilibert avait été détruit. 
Jundzill professa vingt-cinq ans à Vilna, non-seulement la botanique, mais 
aussi toutes les autres branches de l'histoire naturelle, Ce fut le premier, 
après Klak, qui écrivit ses ouvrages scientifiques en langue polonaise : aussi 
eut-il toute une nomenclature à créer. Il a publié une Botanique usuelle, 
une Physiologie des plantes, une Zoologie élémentaire et quelques disser- 
tations sur les richesses minérales et sur les eaux salées de la Lithuanie. 

Le successeur de Stanislas Jundzill fut son neveu, Joseph Jundzill, qui 
écrivitune Flore lithuanienne en polonais. A cette époque, il y avait en 
Lithuanie plusieurs naturalistes, notamment Besser , qui habitait Krzemie- 
nietz, et Jean Wolfgang, pharmacien à Vilna, qui se plaisait à instruire la 
jeunesse , et publia une monographie des Potamogeton. De cette réunion de 
botanistes sortit un élève distingué, Stanislas Gorski, qui publia des Analecta 
entomologica, herborisa beaucoup ét créa à Vilna un bel herbier. Vint alors 
l'année 1831, si fatale pour la science, et dans laquelle l'Université de Vilna fut 
supprimée. Restait l'École de médecine, où professa Gorski, sous la direction 
supérieure d'Eichwald, Mais, en 1841, l'École de médecine fut aussi suppri- 
mée, et les herbiers de Vilna furent transportés, par ordre de l'autorité, à 


.(1) Le roi Stanislas fit frapper une médaille en l'honneur. d'Orlowski, et le fils de 
Gilibert recut le nom de Stanislas. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 699 


Kief. Le jardin botanique fondé par Stanislas Jundzill est aujourd’hui con- 
verti presque totalement en une forteresse, et, si Pon veut chercher à Vilna 
quelques souvenirs scientifiques, on ne les trouvera qu'à la Société de méde- 
cine, fondée par Joseph Frank, où il reste encore un herbier et quelques 
naturalistes, Cependant, il y a en Lithuanie quelques particuliers propriétaires 
qui cultivent la botanique et qui écrivent sur cette science. 


M. le Président fait à la Société la communication suivante : 


SUR LES AZOSMA PUNCTUM de Lerx ET LICHENOIDES de Lors, 
1 pr M, l'abbé de LACROIX. 

MM. Tulasne ont entrepris de condenser les productions fongiques dont la 
nomenclature menacait de prendre une extension illimitée, et de démontrer 
qu'une foule de genres et d'espéces, admis par les auteurs récents, ne sont 
que différents modes de-reproduction qui se rattachent à des espéces et des 
genres d'un ordre plus élevé daus la classification. Cette idée, si opposée à 
celle que Corda et son école avaient répandue dans la science, fut reçue 
d'abord avec une défiance prononcée; mais les preuves de fait et d'analogie 
que ces messieurs réunirent en faveur de leur thèse ébranlèrent les convic- 
tions opposées, et, dés le mois d'avril 1854, l'un d'eux. pouvait dire à l'In- 
stitut s « Aujourd'hui que les découvertes récemment faites dans l'histoire des 
» animaux inférieurs ont montré quelles étonnantes transformations peut subir 
» l'individualité spécifique, on accueillera, j'imagine, avec moins de préven- 
» tion des appréciations qui, déjà, s'étaient d'un assez grand nombre de faits 
» pour ne pas sembler trop téméraires. » Ces observations n'ont cessé de se 
multiplier depuis cette époque, et, malgré la difficulté du sujet, chaque crvp- 
togamiste apporte sa pierre à l'œuvre, quoique les initiateurs de l'idée mar- 
chent toujours bien loin en avant des autres. Ils en ont fourni la preuve dans 
la monographie de leurs Hypomyces (sous-genre des Hypocrea Fr.), où ils 
démontrent que les Verticillium, Botrytis, Trichothecium, Fusisporium, 
Cladotrichum, Sporotrichum, aussi bien que les Asferophora, Sepedonia, 
Mycogene, Asterotrichium, Stephanoma et autres genres d'Haplomycétes sont 
le mycélium de Sphéries correspondantes, et que leurs conidies constituent 
l'un des modes de reproduction des mémes Pyrénomycétes. 

A la suite de ces travaux de maîtres, je viens, comme un humble disciple, 
donner ma petite observation qui s'harmonie avec le tout, et s'y trouvera 
complétement absorbée. Dans le seizième fascicule de la deuxième série des 
plantes cryptogames de France, et sous le numéro 757, M. Desmaziéres a 
publié un Micromycéte que je lui ai désigné par le nom d’AZOSMA PUNCTUM 
de Lerx (Nouveaux faits, p. 30). Cette production se différencie des Clados- 
porium ‘et Helminthosporium par la continuité de ses filaments, tandis 


700 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


qu'ils sont cloisonnés dans les deux autres genres. Voici la description que 
l'analyse microscopique m'en a fournie : 

Flocci erecti, simplices, continui, hyalini, virides, confertissimi, in punctis 
minutis gregariis coadunati, 0®",04 longi, 0™™,006 lati; sporæ hyalino- 
opalinze, simplices et bi- vel triloculares, oblongo-fusiformes seu claviformes, 
inferne subacutæ, superne autem persaepe truncatæ, ad vel juxta apicem 
floccorum et in nodulis lateralibus rhabdorum aflixæ, dein cadentes inspersæ, 
(?»,01- 077.05 longe, 072,008 latæ. 

Ces dimensions ne sont pas entiérement conformes à celles que j'ai données 
dans l'ouvrage de M. Desmazières. Il suffira, pour se l'expliquer, de savoir 
que j'avais pris celles-ci sur d'anciens échantillons que j'ai fait revenir à 
l'humidité, mais qui ne reprennent jamais ainsi leur volume primitif, tandis 
que les autres ont été prises sur le vif, le 23 juillet dernier. Ce jour-là, j'ai 
constaté que la plantule ne couvrait pas seulement les feuilles, mais aussi les 
tiges du Persil, et qu'elle se continuait par le Sphæria Anethi. Le Pyrénomy- 
cète soulevait l'épiderme au point méme où l'Azosma terminait son existence, 
fait analogue à ceux que mentionnent MM. Tulasne, et dont j'ai fourni un 
autre exemple au numéro 786 des Æzsiccata de M. Desmaziéres, par 
mon Spheria Prachycladii, qui est le dernier développement du Zrachy- 
cladium penicillatum Corda, qu'il remplace sur les vieilles tiges des 
Pavots sauvages et cultivés. De méme, le Sphæria larvata Fr. succède au 
Vermicularia Dematium Fr., comme le Sphæria trichostoma Fr. succède 
au Dinemasporium graminis Lév.; Dinemasporium et Vermicularia com- 
men cant bien souvent eux-mêmes par des Zelminthosporium et Dendry- 
phium. 

Mais, pour en revenir aux 4 zosma, le 23 juillet dernier, j'en ai recueilli un 
autre entièrement blanc, qui se fixe des deux côtés de la feuille du Fragaria 
grandiflora Ehrh., dans la tache aride et décolorée destinée à devenir plus 
tard le siége du Septoria Fragariæ Desm., transformé à son tour en Sphérie 
thécigère, suivant l'observation que MM. Tulasne ont publiée à son occasion. 
Voici la description de l'AZOSMA LICHENOIDEUM de Lerx, c'est ainsi que 
] appelle cette Dématiée microscopique : 

Flocci erecti, simplices, continui, hyalini, albi, in fasciculis minutis coadu- 
nati, 0??,03 longi, 027,003 lati; sporz albae hyalinze, simplices aut bi-tri- 
quadrive-loculares, oblonga, fusiformes seu claviformes, inferne subacutæ, 
superne vero truncatulæ, ad apicem floccorum primum fixæ, dein cadentes 
inspersæ, 0?».015-077,04 longa, 077,004 lata. Ainphigenum in maculis 
aridis albis circulo rubro-violaceo circumdatis folia Fragariæ grandifloræ notan- 
` tibus; in hortis Sancti Romani-ad-Vigennam, Julio 1861. 


A la suite de cette communication, M. de Schenefeld demande 
si les Azosma dont il vient. d'étre question se comportent, dans 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 701 


leurs transformations, comme les C/av?ceps qui proviennent de 
l'ergot des Glumacées. 


M. le Président répond : 


Qu'il voit une différence notable entre la maniere de se conduire des divers 
végétaux dont il a signalé les métamorphoses et celle des productions qui ont 
fait l'objet du savant mémoire de MM. Tulasne sur l'ergot des Glumacées. 
Elle consiste en ce que les premiers accomp'issent leurs changements par 
une succession continue qui se produit au méme lieu sur la plante qui leur 
sert de support; tandis que les autres ont besoin de conditions biologiques 
spéciales pour achever leur transformation finale et couronner leur existence 
par le développement du Pyrénomycète thécigère ou Claviceps. Ces condi- 
tions se trouvent exprimées en ces quelques mots du mémoire du MM. Tu- 
lasne : Vitam autem reliquam humi explentes (in Ann. sc. nat. 3° série, 
t. XX, p. 4h). 


A l'appui de ces faits, qui rappellent les phénoménes de généra- 
tion alternante des animaux inférieurs, M. Eug. Fournier cite les 
observations de M. Durieu de Maisonneuve, qui ont déjà démontré 
que les Zsaria représentent l'état primitif de la Sphérie parasite sur 
la chenille processionnaire. 


M. le Président annonce que l'herborisation du lendemain com- 
mencera à six heures, par l'Herbaudiére et la Blanche, et se termi- 
nera au bois de la Chaise, où la séance de clôture doit avoir lieu à 
deux heures. Il invite les habitants de Noirmoutier qui s'intéressent 
aux études botaniques à y assister. 


Et la séance est levée à neuf heures et demie. 


SÉANCE DU ?1 AOUT 1561. 
PRÉSIDENCE DE M. L'ABBÉ DE LACROIX. 


Aprés une longue et fructueuse herborisation, la Société se réu- 
nit encore une fois dans l'ile de Noirmoutier, en plein air, dans le 
bois de la Chaise, au milieu d'une enceinte de rochers qui porte le 
nom de Chambre des Dames. 

La séance est ouverte à deux heures et demie. 


702 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Un grand nombre de personnes notables de l’île (parmi lesquelles 
plusieurs dames, assises sur les rochers voisins) honorent la réunion 
de leur présence. 

M. A. Viaud-Grand-Marais , secrétaire, donne lecture du procès 
verbal de la séance du 20 aoüt, dont la rédaction est adoptée. 


| M. A. Viaud-Grand-Marais fait ensuite à la Société la communica- 
tion- suivante : 


NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR QUELQUES NATURALISTES DE NOIRMOUTIER, 
pir, M, A. VIAUD-GRAND-MHARAIS. 


Messieurs, 

Ces lieux que, pèlerins de la science, vous venez de parcourir, des savants 
modestes et ignorés les ont parcourus avant vous; ces fleurs que vous ayez 
cueillies, ils les avaient aussi cueillies et reconnues. Enfants de l'ile, ils ont été 
nos maitres à nous; permettez-moi donc de dire ici un mot à leur mémoire. 

La population active, industrieuse de ce petit coin de terre qu'elle dispute 
chaque jour à l'océan, et dont, par un labeur assidu, clle sait tirer des 
richesses plus que suffisantes pour ses besoins, ne se laisse point, quoi qu'en 
ait dit un des siens dans un moment d'humeur, tellement absorber par les 
affaires qu'elle soit incapable de méditer sur les grandes choses. 

Non, ici l'esprit travaille : ici l'histoire, la philosophie, l'étude de Ja natüre, 
la poésie comptent de glorieux représentants. Je ne citerai que les trois plus 
remarquables d'entre eux, les chefs de cette petite école qui a eu sa gloire 
locale, de l'académie ambulante, comme on l'appelait alors : je veux parler 
de Piet, de Richer et d'Impost. 

Un quatriène nom devrait sans doute être uni à celui de ces hommes : 
Alcide d'Orbigny fut leur compagnon d'études et resta totijotirs leur corres 
pondant et leur ami. Ce n'est pas icile lieu de faire la biographie du savant 
professeur dont le Muséum et la science pleurent la perte récente (1857). 
Permettez-moi cependant de dire dans quelles circonstances il se rattacha au 
mouvement scientifique de l'ile, et pourquoi nous le réclamons comme un 
des nôtres, | FE: 

Son père, médecin à Couëron, fnt attiré à Noirmoutier par M. Duchesne, 
le beau-père de M. de Vatisménil, alors propriétaire de l'abbaye de la Blanche, 
qui, veuve de ses savants bernardins, vous apparait encore si pleine de sou- 
venirs. 

En 1811, le vieux. convent se transformait en usine pour les produits chi- 
miques et pour la fabrication des savons. Tout semblait favorable à l'entre- 
prise: chaque jour le flux et le reflux de la trier abändonnaïent sur la côté 
des Algues nombreuses qüi, depuis 1760, étaient l'objet d'une indastrie fort 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 703 


avantageuse pour les habitants. Brülées en effet dans des fosses de sable, ces 
plantes donnent lieu, presque sans frais, à des masses cristallines noirátres, 
appelées soude de varech, quoiqu'elles soient en grande partie formées de 
carbonate de potasse. Athénas venait de découvrir, prés du Cob, rocher 
que la marée haute transforme en îlot, un banc de pyrites dont il croyait 
l'exploitation facile (1). Une compagnie s'était donc organisée avec une 
sorte d'engouement pour l'exploitation de ces richesses naturelles : elle 
choisit d'Orbigny père pour diriger l'usine. L'entreprise fut désastreuse ; les 
produits se trouvèrent de qualité inférieure, et la difficulté de se procurer du 
combustible élevant leur prix ne leur permit pas de soutenir la concurrence 
de ceux que fournissait le commerce. La société fut dissoute après la perte 
totale de ses capitaux. D'Orbigny père continua cependant à résider à 
Noirmoutier, où il se livra, pendant plusieurs aunées, à l'exercice de la 
médecine. Il ne quitta l'ile qu'au moment où il fut nommé conservateur du 
Muséum de la Rochelle, ville habitée par les membres de sa famille. 

Alcide, son fils aîné, fit donc ici ses premières courses scientifiques et les 
premières études qui devaient le conduire au Muséum de Paris. Émule d'im- 
post et de Richer, il fat comme eux disciple de Piet. Son père avait réuni 
avec le plus grand soin les diverses productions de l'ile dans tous les genres, 
et cette collection devint une précieuse ressource dans un temps où les rela- 
tions avec les savants étrangers au pays étaient fort difficiles. C'est dans ce’ 
cabinet d'histoire naturelle, en 1814, qu'Alcide, par suite d'une imprudence 
de jeunes gens, fut blessé d'un coup de fusil qui l'atteignit légèrement au 
visage. À 

Mais revenons à ceux qui, pour avoir fait moins de bruit dans ce monde, 
n’étudièrent cependant pas avec moins d'ardeur les productions de notre sol. 

Piet, Richer, Impost, unis par une vive amitié et par une conformité de 
goûts et d'études, formaient, avec quelques amis, une petite académie savatite, 
où l'on causait de tout : lettres, sciences et arts. Cette académie n'avait pas de 
lieu fixe de réunion: comme au temps d'Aristote, des promenades journa- 
liéres lui tenaient lieu de séances. Tantót c'était au milieu de ces plaines où 
le Blé offre une végétation luxuriante, tantót dans ces bois de Chénes-verts 
qui dominent la falaise, tantót sur ces digues, à l'aide desquelles Jacobsen, 
renouvelant les travaux des anciens moines, gagnait avec utile opiniâtreté 
héroïque de nouveaux terrains sur la mer. Point de président nommé au 
scrutin : Piet avait vingt ans de plus que les deux autres ; il leur avait inspiré 
le feu sacré, et les regardait comme des fils. Pas de procès-verbaux de leurs 
réunions : les notes rédigées par tous servaient à composer la statistique de 


(4) Ces pyrites, d'aprés M. Bertrand:Geslin, loin d'être un produit naturel du sol, 
proviendraient de délestages des navires ; aussi néglige-t-il d'en parler dans ses études 
géologiques sur Noirmoutier 


704 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


l'ile, véritable encyclopédie locale. Piet y consacra toules ses pensées, toutes 
ses études. Cependant, il n'était enfant de Noirmoutier que par adoption ; 
ayant été amené dans l'île par la tourmente révolutionnaire, il s'y fixa par de 
doux liens, et dés lors il aima cette retraite comme peu d'hommes savent 
aimer leur patrie. 

François Piet était né à Montmédy (Lorraine ) le 16 juin 1774. Son 
père était maître de forges à Marey près Dijon. François fit ses études au 
collége de Charleville, et, destiné d'abord à une carrière administrative , il 
l'abandonna bientôt pour les armes. Il fit la campagne de l'est avec Dumou- 
riez; puis, parvenu au grade de sous-lieutenant, il se trouva transporté en 
Vendée avec le général Dutruy, qui le choisit pour aide de camp. Bientôt, avec 
le général Haxo, il assista au siége, à la prise et aux affreux massacres de Noir- 
moutier, qu'il raconte avec l'indignation d'un noble cœur. Toute la guerre des 
géants se déroule dans ses mémoires, et i! fut témoin oculaire de la manière 
glorieuse dont nos compatriotes surent résister aux attaques de la flotte 
anglaise. Uni par le mariage à l'une des plus honorables familles du pays, il 
renonca à la carriére des armes pour embrasser une profession plus conforme 
à ses goüts. Notaire à Noirmoutier, puis longtemps maire de cette ville, il 
s'adonna tout entier à l'étude des productions de sa nouvelle patrie. C'est 
surtout vers les fleurs qu'il se sentait porté : « J'ai toujours beaucoup aimé 
s» les plantes, dit-il dans ses Mémoires, p. 209, elles ont été longtemps le but 
» de mes promenades solitaires et l'objet de ines distractions les plus agréables ; 
a elles ont fait à la fois le charme et le repos de mon âme. » 

Hectot (1), pharmacien à Nantes et botaniste distingué, l'encouragea dans 
ses études et le fit recevoir, en 1804, membre de la Société académique de la 
Loire-Inférieure. Ils entretinrent ensemble une correspondance trés suivie, 
à laquelle prit part Dubuisson, conservateur du musée d'histoire naturelle de 
Nantes. | 

A Noirmoutier, Piet s'était lié d'amitié avec Nau, pareillement ami des 
fleurs, et ils firent ensemble leurs premiéres herborisations. Les plantes dou- 
teuses étaient envoyées à Hectot pour être classées. Piet ne s'attachait pas 
seulement aux végétaux phanérogames, il étudiait aussi avec ardeur les 
Algues, les Mousses, les Lichens et même les Champignons. 

Au Sableau, où Nau avait une propriété, il créa un jardin botanique, 


(4) Jean-Alexandre Hectot, né à Nantes, le 6 janvier 1769, et pharmacien dans la 
méme ville, contribua beaucoup à répandre dans l'ouest le goût de la botanique. Il fut 
un des fondateurs de l’Institut départemental (aujourd'hui Société académique de la 
Loire-Inférieure). Correspondant de De Candolle et de divers autres savanis distingués, 
il a laissé quelques travaux d'histoire naturelle publiés dans les Annales de la Société 
académique de la Loire-Inférieure, et un herbier qui est actuellement entre les mains 
du docteur Écorchard, directeur du Jardin-des-plantes de Nantes, mais qui, malheureu- 
sement, contient fort peu de notes de quelque importance. (Voyez sa biographie par le 
docteur de Rostaing de Rivas. Nantes, imprimerie Mellinet, 1851.) 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 705 


où il cultiva les plantes critiques et sema diverses graines envoyées par 
Hectot ou livrées par les jardins de Versailles et de la Malmaison. L'ile lui 
doit ainsi la naturalisation d’un certain nombre de plantes utiles. 

Piet devint alors l'âme d'une réunion de travailleurs, parmi lesquels se 
distinguaient surtout Impost et Richer. La récolte des plantes marines les mit 
en relation avec M. Rouillé, pharmacien aux Sables, qui avait les mêmes 
goûts pour la science. Bientôt l'académie ambulante communiqua avec les 
premiers savants de l'époque , MM. Brongniart, Cuvier, Latreille, Audouin, 
Milne Edwards, etc.; et le court séjour de M. de la Pylaie dans l'ile vint lui 
donner un nouvel élan. 

Faisant un tout des recherches communes, Piet s'occupa dés lors de publier 
ses mémoires (Mémoires laissés à mon fils, Noirmoutier, imprimerie de 
l’auteur, 1806 à 1826). La quatrième partie de ce travail doit seule nous 
occuper ; elle a pour titre : Recherches topographiques, statistiques et histo- 
riques sur Noirmoutier ; géographie, géologie, aspect pittoresque des lieux 
les plus remarquables, zoologie, botanique, rien n'y est négligé. Piet donne 
le catalogue des plantes qu'il a trouvées daus l'ile, en se servant de la syno- 
nymie de Lamarck et de De Candolle, et en les classant par excursions 
botaniques. C'est une des parties les plus intéressantes de ses mémoires, 

Il ne tira son précieux ouvrage qu'à seize exemplaires, destinés à sa famille 
et à ses amis; car il aimait la science pour elle-même, et non pour se faire 
une réputation parmi les hommes. 

Piet vit succomber Richer, son éléve de prédilection; il se chargea de 
recueillir ses manuscrits et ses pensées inédites. Les Mémoires sur la vie et 
les ouvrages de son ami (Nantes, imprimerie Mellinet, 1836) sont un vrai 
modele de biographie, qu'on ne peut lire sans attendrissement. Il mourut ici 
lui-méme, le 18 janvier 1859, laissant un fils digne de continuer son ceuvre. 
M. Jules Piet, possesseur des collections et des manuscrits de son pere, a de 
plus recueilli une foule de documents précieux pour l'histoire du pays, et 
qui viendront ajouter un nouvel intérêt à la réimpression de la statistique 
de l'ile. 

Édouard Richer est né à Noirmoutier, le 12 juin 1792, de Francois-Chry- 
sostóme Richer et de Jeanne Viaud , tous les deux appartenant à des familles 
recommandables de la ville. C'est donc, à tous titres, un enfant du pays. Son 
père est jugé par tous les partis comme un homme d’un héroïque courage, 
car sa défense du poste de la Bassotière contre des forces infiniment 
supérieures rappelléle dévouement de Léonidas. Édouard, devenu orphe- 
lin, fut déclaré enfant de la patrie et, comme tel, élevé aux frais de 
l'État, mais sa nature indomptable se préta difficilement à la discipline du 
prytanée. Piet entreprit de polir ce diamant brut, et en eût fait un véritable 
génie, si la constitution débile de son élève n'en cát arrêté l'élan. La lame 
usa le fourreau, et les affreux ravages de la phthisie pnimonaire enlevérent 

T. VIII, ^6 


706 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Richer à ses études par une mort prématurée. Ce fut un deuil général, car 
tous avaient conçu de Richer les plus grandes espérances. Poëte, philosophe, 
souvent un peu profond et rêveur, se laissant, comme le grand poëte de 
notre époque, bercer par les illusions de Swedenborg, Richer fut naturaliste 
aussi, mais naturaliste comme Bernardin de Saint-Pierre ; sous sa plume, la 
nature semble encore plus belle. Rien de plus attrayant que ses Voyages pit- 
toresques en divers points de la Bretagne. Voyez-le surtout raconter com- 
ment Escoublac fut envahi par les dunes, ou décrire Clisson, la patrie du 
connétable, ou parler de son ile si chére, de laquelle les médecins l'ont pros- 
crit ! Mais c'est lorsque son âme s’élève des choses créées au Créateur qu'il 
devient surtout sublime : 

Le temps emporte tout dans sa fuite rapide, 

Pourquoi tant s'agiter pour un trajet d'un jour? 

Notre dernier plaisir est toujours le plus vide, 

Rien ne remplit le cœur que l'éternel amour. 

Dans le fracas des cours, au sein de la retraite, 

L'homme a besoin d'un Dieu qui lui serve d'appui ; 

Partout c'est lui qui manque à notre âme inquiète, 

Un monde sans soleil est notre àme sans lui. 


Richer, comme naturaliste, faisait partie dela Société académique de la 
Loire-Inférieure, où il fut reçu le 3 mars 1812; il fut au méme titre admis 
par la Société Linnéenne de Paris comme un de ses membres correspon- 
dants, Ses connaissances spéciales et son diplôme de docteur ès sciences le 
firent nommer conservateur-adjoint du Muséum d'histoire naturelle de 
Nantes, et il seconda M. Dubuisson, non-seulement daus la formation et le 
classement de cette collection , mais aussi dans la rédaction de son cours. Il 
était, du reste, depuis longtemps en rapport avec les professeurs les plus 
célèbres du Jardin-des-plantes de Paris, et, en particulier, avec Cuvier et 
Latreille. Sa santé, qui l'arrétait partout, l'obligea. bientôt à se démettre de 
cette fonction. Il y eut pour successeur M. Frédéric Cailliaud, connu dés 
lors par ses voyages , et depuis par ses remarquables travaux sur les mollus- 
ques perforants et les échinodermes. Vous avez pu, Messieurs, admirer à 
l'exposition nantaise la belle collection de fossiles recueillis par M. Cailliaud 
dans la Loire-Inférieure, et ses échantillons de roches creusées, soit par des 
pholades et d'autres mollusques, soit par des oursins. 

La liste des publications de Richer serait trop longue à donner ici, d'au- 
tant plus qu'elles ont rapport à une foule de sujets dont plusieurs n'intéres- 
sent pas la botanique. Citons cependant son Æistoire de Bretagne, qui est 
devenue un ouvrage assez rare et trés précieux. Les lettres intitulées 
Lettres d'un Armorique, sont une sorte. de procès-verbal des promenades 
des trois. amis. Richer s'y désigne sous le nom de l’auteur ; il appelle Piet 
l'antiquaire, et Impost le poéte. 

L'été de 1833 fut le dernier qu'Édouard passa dans cette vieille abbaye de 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 707 


la Blanche, qui avait tant de charmes pour lui. Il succomba le 21 jan- 
vier 1834, loin de Noirmoutier, et Tmpost fut chargé de ramener sa dépouille 
mortelle au tombeau de sa mère, 

Aujourd'hui, c'est Impost que nous pleurons tous ici; je dis tous, car il 
cherchait à rendre service à tous. Les pauvres regrettent le bienfaiteur dont 
la derniére pensée a été pour eux , et qui leur a légué presque toute sa for- 
tune. Ses colons, enrichis à son service, se succédaient de pere en fils : chose 
moins commune ici qu'ailleurs , car, pour nos terres morcelées, les conven- 
tions sont verbales et annuelles. 

Lubin Impost n'eut point l'esprit organisateur de Piet, nil'üme de feu de 
Richer; c'était le savant modeste et laborieux, le collectionneur et le classifi- 
cateur patient. , 

Il naquit à Noirmoutier , le 3 octobre 1790. Son père et sa mère n'habi- 
taient l'ile que depuis peu de temps; ils y avaient été attirés par les travaux 
de la pointe de Devin qui, du côté de l'ouest, nous protégent contre la mer. 
Élevé avec Richer, Impost fut toujours son émule et son confident. Piet, 
ayant reconnu dans les deux amis une bonne volonté et une grande aptitude 
pour les sciences naturelles , se les attacha comme élèves , et ils l'en récom- 
pensèrent par une ardeur extrême et par une bonne et sincère amitié qui 
dura toute leür vie. 

A dix-huit ans, Impost fut envoyé à Hombourg. La connaissance d'une 
langue du nord était alors d'une absolue nécessité pour quiconque se desti- 
nait au commerce dans l'ile, les sels du pays s'expédiant presque tous pour la 
Hollande et les contrées voisines, A Hombourg, ilpuisa le goût des études 
germaniques, traduisit Geethe, Schiller et autres poétes ou littérateurs 
renommés, et devint, à l'exemple des Allemands, l'homme aux patientes 
études. Poëte d’un certain mérite, surtout dans ses productions de jeunesse, 
il publia, en 1848 et dans les années suivantes, des Fables politiques qui, 
ainsi que ses Fables nouvelles, ne manquaient ni de verve ni d'a-propos, 
puis il flagella par Ja satire les mœurs de notre temps. Tandis que l'hiver, à 
Nantes, ilse livrait à ces travaux sous le pseudonyme de Lidener, l'été, il 
réunissait à Noirmoutier des collections de tous genres : oiseaux, Crustacés, 
plantes pharénogames et cryptogames, et surtout des Algues. Chez lui, tont 
savant trouvait bon gîte et bonne table et le plus cordial accueil. Quel eût 
été, Messieurs, son bonheur aujourd'hui, et quel intérét cet excellent homme 
n’eût-Âl pas pris à nos séances ! Mais il n'est plus, ce vrai chrétien, cet homme 
aux bons conseils, celui qui était pour nous l'interprète des travaux de ceux 
qui ne sont plus, et le trait d'union entre Je passé brillant et l'avenir incer- 
tain. Cette année, aux premiers beaux jours, Impost quittait Nantes, sui- 
vant sa coutume, mais, cette fois, le cœur plein de tristes pensées. Un 
sentiment instinctif le ramenait vers son ile; il espérait trouver dans l'air 
vif et pur un remède à la cruelle affection de l'estomac dont il était atteint ; 


708 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


puis, c'était à Noirmoutier qu'il avait toujours désiré mourir, pour reposer 
au milieu des siens. Ici, le mal ne fit que croitre ; Impost en supporta les 
douleurs avec calme et résignation , et le 11 juillet (1861) fut le dernier jour 
d'une vie toute de bonnes œuvres. 

Les travaux d'Impost comme naturaliste sont nombreux et divers. A 
Nantes, il était membre actif et l'un des fondateurs de la section d'histoire 
naturelle de notre Société académique. Longtemps aussi, il fit partie de la 
commission administrative du Jardin-des-plantes et du Muséum. A Noir- 
moutier, il composa un grand nombre d'articles scientifiques pour l'ouvrage 
de Piet, et fournit des renseignements au continuateur de Cavoleau , M. de la 
Fontenelle de. Vaudoré, pour la nouvelle édition de la Statistique de la 
Vendée. M. Bertrand-Geslin lui doit la connaissance minéralogique des 
récifs avoisinant Noirmoutier. Personne ne connaissait mieux que lui les 
productions botaniques de l'ile, les plantes marines surtout. A chaque grande 
marée, on le voyait disputant à la mer ses varechs si variés de forme et de 
couleur, et cette conformité d'études le mit en relations fréquentes avec un 
grand nombre d'algologues distingués, et, en particulier, avec M. J. Lloyd, 
l'auteur de la //ore de l'Ouest. 

Imposta légué ses collections, ses manuscrits et sa bibliothèque à son neveu, 
Édouard Richer, pareillement neveu de cet Édouard Richer dont j'ai esquissé 
la vie, Ce précieux héritage ne pouvait tomber en de meilleures mains (1). 

Telle est, Messieurs, l'histoire de cette petite société savante qui vient de 
perdre le dernier de ses chefs. Comme vous le voyez, l'académie ambulante 
n'a pas vécu sans gloire, quoique ses relations aient été renfermées dans un 
cercle étroit. 


M. Éd. Bureau, secrétaire, appelle l'attention de la Société sur les 
couches presque horizontales de sable ferrugineux, .de grès et de 
quartzite qui forment les rochers voisins. Il cite à ce sujet le beau 
travail géologique de M. Bertrand-Geslin sur Noirmoutier, travail 
dans lequel les rochers de la Chambre des Dames sont rattachés 
aux terrains de la période crétacée. 


.M. Éd. Bureau fait ensuite à la Société la communication suivante : 


SUR UNE FLEUR MONSTRUEUSE DË STREPTOCARPUS, par M. Éd. BUREAU. 


J'ai observé, il y a quelques jours, sur un pied de Séreptocarpus Rezii 
(famille des Cyrtandracées) , que je cultive depuis plusieurs années en serre 


'(4) Outre les collections de Piet et d'Impost, on consultera avec fruit à Noirmoutier 
les fascieules de plantes recueillies par M. le docteur Frédéric Plantier. Personne, dans 
l'île, n'indiquera maintenant mieux que Jui les localités intéressantes pour Je botaniste, 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 709 


tempérée, une fleur remarquable par le nombre des monstruosités qu'elle 
réunissait. 

Les fleurs du Streptocarpus Rezii sont le plus souvent solitaires à l'ex- 
trémité d'une longue hampe. Un peu au-dessus du milieu de la hampe, on 
voit deux trés petites bractées opposées, et entre elles, du cóté antérieur, un 
petit tubercule qui est parfois remplacé par une seconde fleur. La plante est 
acaule, et les hampes sont au nombre de trois à cinq, à l'aisselle de chaque 
feuille, placées l'une au-devant de l'autre et soudées par leurs bases. La fleur 
présente un calice profondément 5-partit; une corolle campanülée, subbila- 
biée et d'une teinte bleuátre clair, avec la partie du tube correspondant aüx 
trois lobes de la lèvre antérieure marquée intérieurement de trois bandes vio- 
lettes sous chaque lobe; cinq étamines insérées sur le tube de la corolle et 
alternant avec ses lobes, dont les trois postérieures sont avortées et réduites à 
de courts filets; et enfin un ovaire üniloculaire avec deux placentas parié- 
taux etlatéraux, divisés chacun en deux lames enroulées qui portent un grand 
nombre d'ovules. Cet ovaire est surmonté par un style et un stigmate bila- 
mellé. 

Dans le cas dont je parle, au milieu des hampes simples, on en voyait 
une plus forte et aplatie. Un peu au-dessous de ses bractées, elle se divisait 
en deux branches terminées chacune par une fleur. La branche antérieure 
portait à sa base deux bractées , et sa fleur n'offrait rien autre chose d'anomal 
qu'un calice à 6 lobes au lieu de 5. La branche postérieure présentait à sa 
base quatre bractées, et la fleur qui la terminait m'a paru fort remarquable. 

Lé calice était composé de douze sépales de la forme et de la dimension ha- 
bituelles ; deux d'entre eux seulement étaient soudés dans toute leur longueur. 
Le tube de la corolle présentait un diamètre double de ce qu'il est d'habi- 
tude, et se terminait par un limbe divisé en douze lobes, chacun moitié plus 
petit que dans les fleurs normales. La partie du tube située sous dix de ces 
lobes était parcourue par les bandes violettes qu'on voit dans les fleurs ordi- 
naires, au-dessous des trois lobes antérieurs. Il y avait aussi, dans le cas pré- 
sent, trois bandes par lobes, mais elles étaient bien plus larges et d'une cou- 
leur plus intense. Cela donnait à la fleur un aspect bizarre qui ne manquait 
pas de beauté, Quant à la partie du tube située sous les deux autres lobes, 
elle était d'une couleur bleuâtre clair uniforme, comme ces lobes eux- 
mémes. Les étamines étaient au nombre de douze : neuf insérées sur la partie 
du tube rayée de violet, et pourvues d’anthères fertiles; trois insérées sur la 
partie unicolore, et réduites à leurs filets. Enfin, au centre de la fleur, on 
voyait deux pistils placés cóte à cóte, libres dans toute leur hauteur, et par- 
faitement conformés. 

La monstruosité dont je viens de donner la description me semble 
facile à interpréter. Les pédoncules des trois fleurs se sont soudés ensemble 
en un seul pédoncule aplati, qui représente une véritable fasciation. Un de 


740 SOGIETÉ BOTANIQUE. DE FRANCE. 


ces pédoncules se détache du faisceau commun, un peu au-dessus de son 
milieu, et se termine par une fleur unique et libre, normalement conformée, 
sauf une multiplication de parties à son verticille calicinal, Pour les deux 
autres, au contraire, non-seulement la soudure se poursuit dans. toute leur 
longueur, mais elle comprend même les deux fleurs qui les terminent, de 
telle sorte que ces deux fleurs n'en forment. plus qu'une seule. 

La présence de quatre. bractées. sur cette seconde branche: du pédoncule 
nous y dénonce, en effet, deux pédoncules soudés, et l'existence de deux pis- 
tils distincts au centre de la fleur uous apprend qu'elle est formée de deux 
fleurs confondues en une seule, ce que nous confirme encore l’ augmentation 
du nombre des pièces de tous les verticilles floraux. 

Ici se présente une difficulté: Si nous avons affaire à deux fleurs confon 
dues en une seule (les fleurs normales de cette espèce étant, sauf le pistil, 
construites. sur le type 5), dans la fleur monstrueuse nous devrons trouver 
40. lobes au calice, 10 lobes à la corolle, et 40 étamines; or, nous trouvons 
12 lobes au calice comme à la corolle „et 12 étamines, c'est-à-dire deux 
parties de trop à chaque verticille. 

L'examen de la fleur portée sur la. première- branche du pédoncule 
commun aide à résoudre le probléme. Son.calice, ai-je dit, était à six 
sépales, et j'ai vu sur le méme pied un certain nombre d'autres calices 
'ainsi conformés, Il. y avait. donc sur. cette plante une tendance des fleurs à 
passer du type 5 au type 6, et il est plus que. probable que les deux fleurs 
soudées avaient leurs trois premiers verticilles construits sur ce type. 

Reste une dernière particularité à éclaircir. Nous avons vu plus haut que 
les fleurs normales sont irrégulières, la partie du tube de la corolle qui porte 
les deux lobes postérieurs et les trois étamines stériles. étant. d'une teinte uni- 
forme, bleuátre clair, tandis que la partie qui porte les trois lobes antérieurs 
et les deux étamines fertiles est parcourue intérieurement par des bandes 
violacées, Nous aurions donc dû trouver, dans la fleur* monstrueuse, au 
moins six étamines stériles et quatre lobes de la corolle surmontant une por- 
tion du tube uniformément colorée; mais il n'en. était pas. ainsi, La portion 
unicolore du tube ne portait, comme. dans les fleurs ordinaires, que trois 
étamines stériles et deux lobes. alternant avec. elles.: Les. neuf autres éta- 
mines étaient fertiles, et portées, ainsi que les dix autres lobes, par une 
partie du tube marquée de larges bandes violacées. Il n'y avait donc évidem- 
ment qu'une des deux fleurs composantes qui fût restée irrégulière ; l'autre 
s'était régularisée. dans tous ses verkicilles , en un mot, présentait une 
pélorie. 

En analysant cette Moost complexe, on y trouvait, en résumé, les 
monstruosités suivantes : 

.4* Fasciation des pédoncules ; 

2° Réunion de deux fleurs en une, ou synanthie; 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 711 


3° Soudure de deux pièces appartenant à un méme verticille ; 

4° Remplacement, dans les trois verticilles extérieurs , du type 5 par le 
type 6, probablement par un phénomène de dédonblement ; 

5° Atrophie des lobes de la corolle , en raison sans doute de leur augmen- 
tation de nombre ; 

6° Pélorie d’une des fleurs composantes. 

Il serait, je crois, difficile de trouver plus de phénomènes tératologiques 
réunis dans un seul cas. 


M. le Président termine la séance par le discours suivant : 


DISCOURS DE M. l'abbé de LACROIX. 


Messieurs, 

Nous touchons au terme de notre session, et vous ne me pardonneriez pas 
de la laisser finir sans donner un pieux souvenir à là mémoire de l'abbé 
Delalande (1), dont la vie entière, la mort elle-même, ont été consacrées à 
l'histoire naturelle, sur le terrain de nos explorations de cette année, A la 
mémoire donc de ce bon abbé, qui s'est attiré l'estime et l'amitié de tous ceux 
qui l'ont connu! Tous admiraient son zèle, son talent pour vulgariser la 
Science et lui créer des adeptes nombreux et passionnés. A la mémoire de 
cet excellent prétre, à qui ses goüts n'ont jamais fait perdre de vue ses saintes 
obligations de chaque jour ! Il n'a jamais dissipé sa ferveur au milieu des dis- 
tractions entrainantes auxquelles sont. exposés ceux qui se livrent à l'étude 
des œuvres innombrables de la création. Sa piété, sa charité prodigue lui 
faisaient conserver toujours et fermement tenir le fil qui ramène l'âme à Dieu, 
dans la méditation des choses créées, dont les plus humbles elles-mêmes révè- 
lent sa magnificence et sa gloire. Soit qu'il préparât, dans ses courses fruc- 
tueuses, les riches documents de géographie botanique qu’une main exercée 
a su conserver à la science, en les consignant dans l'ouvrage justement 
célébre qui est le guide indispensable des botanistes dans nos provinces de 
louest; soit que, narrateur ému ou naturaliste philosophe, il décrivit les 
coutumes avec les productions d'Hzdic et d'Houat, aux mœurs patriarcales, 
ou qu'il racontàt leur histoire et les beaux traits qui s'y sont accomplis; soit 
qu'il enseignát, dans sa chaire de professeur, les éléments de la botanique et 
de ses applications, toujours il a su faire aimer les choses qu'il enseignait, et 


(4) Jean-Marie Delalande, né à Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Inférieure), le 6 fé- 
vrier 1807 ; mortà Nantes le 20 novembre 1851, professeur d'histoire naturelle au 
petit séminaire de Nantes et au collége des Couéts (voy. sa biographie par le docteur 
de Rostaing de Rivas, Nantes, imprimerie V. Forest, 4852). Les principales publications 
de l'abbé Delalande sont: Une. première excursion botanique dans la Charente-Infé- 
rieure, 4848 ; — Une seconde excursion botanique dans la Charente-Pnéribure, 1849 ; 


— et Hodic et Houat, 1850. 


742 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


l'homme qui les faisait connaitre, Je n'ai pas besoin de m'appesantir sur un 
tableau dont tous les traits sont gravés dans le cœur des Nantais qui m'en- 
tourent, et qu'ils auraient reproduits bien mieux que je ne sais le faire. Ils 
m'excuseront de les avoir rendus d'une maniere si pàle, et voudront bien ne 
tenir compte que de ma bonne volonté. 

Maintenant, Messieurs, honneur et actions de gráce aux vivants, aux orga- 
nisateurs dévoués de cette session de Nantes, qui n'a rien laissé à désirer, ni 
pour la beauté des excursions, ni pour la splendeur du ciel et la richesse des 
herborisations ! L'esprit d'ordre et de régularité a constamment présidé aux 
moyens matériels mis à notré disposition pouf tous les transports et les choses 
dela vie. Nous avons trouvé une complaisance incessante dans nos hótes, à 
qui les plus minutieuses attentions , les plus petits détails ne sont demeurés 
ni étrangers, ni indifférents. Ils ont tout fait pour nous procurer bien-étre et 
confort, et pour diminuer la fatigue des courses parfois pénibles qu'il nous a 
fallu entreprendre, afin de satisfaire au désir qu'ils avaient de mettre géné- 
reusement à notre disposition les richesses végétales que leur sol varié pré- 
sente. Mille reconnaissances à ces hommes aimables qui ont su conserver et 
accroître en notre faveur les grâces d'une hospitalité traditionnelle dans 
leur province ! 

Hommage aux membres du Bureau de Paris qui, par leur instruction et 
leur charmante gaieté, ont toujours mélangé l’utile à l’agréable ; à ces étran- 
gers qui sont venus de diverses parties de l'Europe joindre leurs observations 
aux nôtres; à ceux qui nous ont donné ou envoyé d'intéressantes communi- 
cations, par lesquelles nos séances ont été variées! 

Hommage tout spécial au jeune savant qui a imprimé un cachet tout par- 
ticulier à cette session départementale, en alliant à l'exposition géologique du 
sol qu'il a exploré celle des plantes fossiles d'une incontestable valeur qu'il 
renferme, et qu'il a pu enlever avec habileté aux roches qui les contenaient! 

Remerciments à cette population intelligente de Noirmoutier, amie des 
sciences qui ont toujours été chez elle en honneur , et qui nous a suivis de 
ses égards et de son intérêt ! 

De quelque coin de la France que nous soyons venus, nous emporterons 
dans notre cœur d'impérissables souvenirs de cette réunion, où des connais- 
sances ont été acquises et des liens nouveaux formés pour l'accroissement 
de la science et les doux charmes de l'amitié. 


M. Jacobsen, maire de Noirmoutier, dit que les habitants de l'ile 
conserveront précieusement le souvenir de la visite de la Société 
botanique de France. Il espère que les séances et les herborisations 
qui viennent d'avoir lieu serviront aux progrès de la science, et 
ne seront pas sans utilité pour les besoins de l'humanité. 

La clôture» de la session extraordinaire de 1864. est prononcée. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1864. 713 


Sur la proposition de M. de Schœnefeld, secrétaire de la Société, 
portant la parole au nom du Bureau permanent, la Société vote des 
remerciments unanimes à M. le Président et à MM. les membres du 
Bureau de la session extraordinaire, ainsi qu'à MM. les membres du 
Comité chargé d'organiser la session, et aux municipalités de Nantes 
et de Noirmoutier. 

M. de Schenefeld exprime surtout la vive gratitude de la Société 
à MM. L. Bourgault-Ducoudray, J. Lloyd, A. Viaud-Grand-Marais 
Éd. Bureau, Éd. Dufour et Ém. Bailliére, pour le zèle et le dévoue- 
ment avec lesquels ils ont organisé et dirigé les fructueuses her- 
borisations faites durant la session qui vient de finir. 

Et la séance est levée à trois heures et demie. 


Conformément au paragraphe 2 de l'art. 44 du règlement, le 
procès-verbal ci-dessus a été soumis, le 27 mars 1863, au Conseil 
d'administration, qui en a approuvé la rédaction. 


RAPPORTS 


SUR LES 


HERBORISATIONS FAITES PAR LA SOCIÉTÉ 


PENDANT SA SESSION EXTRAORDINAIRE D'AOÛT 1861. 


RAPPORT DE ME. Édouard BUREAU SUR L'HERBORISATION FAITE LE 42 AOÛT 
A TRENTEMOULT, ET DIRIGÉE PAR M. L. BOURGAULT-DUCOUDRAY. | 


Il avait été décidé qu'aprés notre séance d'ouverture, et pour terminer 
utilement la journée, la Société ferait une petite promenade botanique à l'ile 
de Trentemoult, aux portes méme de Nantes, pourrais-je dire, si Nantes 
avait des portes, mais la ville a depuis longtemps rompu ses murailles et 
s'étale librement sur les rives de la Loire. 

A trois heures et demie, nous montons en omnibus , nous suivons le quai 
de la Fosse, et, vingt minutes après, nous descendons de voiture'en face de la 
carrière de Miséri. Cet immense escarpement de granite, qui fournit tous les 
pavés et une partie des pierres de taille de la ville, forme l'extrémité du sillon 
de Bretagne , petite chaine de montagnes qui se prolonge en s'élevant jusque 
dans le Finistère, et qui est en quelque sorte le squelette de la péninsule 
armoricaine. 

Le Lepidium graminifolium L., plante peu commune pour la flore nan- 
taise, s'est installé depuis quelques années tout prés de la carriére, sur les 
tranchées pratiquées dans le granite à la sortie de la ville, pour le passage du 
chemin de fer de Saint-Nazaire. 

C'est en face de Miséri que nous devons traverser le bras principal de la 
Loire. L'ile de Trentemoult est devant nous , mais la Loire est large, et nous 
avons un grand kilomètre de traversée à faire avant de commencer notre her- 
borisation. 

En un instant, les bateaux de passage sont remplis de botanistes, et nous 
poussons au large. 

La vue dont on jouit, du milieu de la Loire , est magnifique. Le port de 
Nantes arrondi en demi-cercle et hérissé d'une forêt de mâts, la ville étagée 
en amphithéàtre et couronnée par le dóme de Notre-Dame, la fléche de 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 745 


Saint-Nicolas et les deux tours massives de la cathédrale, forment un spce- 
tacle dont on ne peut détourner les yeux. Mais à peine notre barque a-t-elle 
touché terre, que nous redevenons botanistes, et nous nous élançons sur los 
pas de notre guide, M. Bourgault-Ducoudray. 

L'île de Trentemoult est ainsi nommée , dit-on , parce que £rente moult 
vaillants chevaliers partirent de là pour je ie sais quelle croisade. Quelle que 
soit l'étymologie de son nom, c'est une ile basse, sablonneuse, et trés exposée 
aux inondations de la Loire; aussi les maisons ont-elles toutes leur premier 
étage trés élevé au-dessus du sol, et l'on y monte par un escalier extérieur. 
Ce systéme de construction donne au village de Trentemoult une physice 
assez pittoresque. 

Au milieu méme de la principale place, nous recueillons dans une petite 
dépression le Zythrum Hyssopifolia, et plus loin, dans un chemin, au pied 
d'un mur, les Amarantus Blitum L. et prostrotus Balb. 

Mais le but principal de notre excursion, le trésor que nous convoitons, c'est 
le Lindernia pyxidaria, et nous pressons notre guide de.nous y conduire aù 
plus tót. Nous prenons donc le chemin des Couéts, et, tout en cueillant 
dans les sables que nous foulons aux pieds une Pensée que M. Lloyd nomme 
avec un point de doute Viola contempta Jord.? (Pensée numéro 4 de la #lore 
de l'Ouest !), nous arrivons au pont jeté sur le second bras dela Loire, ou 
bras des Couéts. Là, les uns descendent sur la rive droite, d'autres traversent 
le pont et se répandent sur la rive gauche, car le Lindernia se trouve des deux 
côtés, Cette rare Scrofularinée: se laisse recouvrir par l'eau à toutes les 
marées. Heureusement, nous arrivons à marée basse, et nous pouvons en faire 
une ample provision sans nous mouiller les pieds et sans nuire à la localité qui 
est fort abondante. : 

Une fois, nos boites bien garnies de Lindernia, mous arrachons, pour 
achever de les remplir, quelques pieds de Scirpus triqueter qui croit dansce 
même petit bras de Ja Loire, sur le bord de la prairie des Couéts, et nous 
nous hâtons de rentrer en ville pour éviter un gros nuage noir qui menace de 
fondre sur nos tétes. C'est ce que, en langage de marin, on appelle fuir devant 
le temps. 

Nous n'avons ainsi exécuté que la moitié de notre programme, puisque 
nous devions revenir à Nantes par la Haute-Ile et par les ponts; mais nous 
nous. consolons sans trop de peine, car cette première partie a été aussi 
agréable que fructueuse. 


RAPPORT DE M Eugène FOURNIER SUR L'HERBORISATION FAITE DE 13 AOUT 
AUX MARAIS DE L'ERDRE, ET DIRIGÉE PAR MM. LLOYD ET L. DOURGAULT-DUCOUDRAY. ' 


Le mardi 43 août, la Société se réunissait de grand matin sur le quai 
Ceineray, où se trouvaient amarrés des bateaux qui devaient nous conduire. 


716 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


aux marais de l'Erdre. Aujourd'hui distants de la Loire de 5 kilomètres en- 
viron, ces marais s'étendaient jadis jusqu'aux portes de Nantes ; ce fut vers 
le milieu du vr° siècle qu'on endigua les bords de la rivière et qu'on lui creusa 
un lit agrandi encore de nos jours par l'exécution du canal qui réunit Nantes 
à Brest. Malgré tous ces changements, les sinuosités et surtout la végétation 
des rives de l'Erdre font encore retonnaître ce qu'elle était autrefois. Formée; 
pour ainsi dire, d'un chapelet de petits lacs entrecoupés de promiontoires, on 
voit la rivière tantôt traversée près de ses bords par les tiges minces et serrées 
des Typha angustifolia; Scirpus lacustris et. Arundo Phragmites, tantôt 
couverte dans son milieu par les rosettes du Trapa natans et les feuilles na- 
geantes des Nymphæa alba, Nufar luteum et Limnanthemum Nymphoides, 
tandis que ses rives portent, entre autres plantes à signaler, les Zsnardia palus- 
tris, Airopsis agrostidea, Elatine hexandra, Menianthes trifoliata, Pimpi- 
nella magna, Trifolium micranthum, T. maritimum, Juncus pygm«aus, etc. 
Si l'on s'élève sur les coteaux qui dominent la rivière, on trouve une végéta- 
tion toute différente. 

D'aprés les conseils de M. Lloyd, qui voulut bien nous servir de guide 
dans cette journée, et envers qui la Société a contracté à Nantes de nonibreuses 
dettes de reconnaissance, nous fimes une halte à gauche de la rivière, en face 
de la Jonneliére, au lieu dit Port-Durand, où l'abbé Delalande avait, il y a 
plusieurs années, découvert une des grandes raretés de la flore nantaise et 
méme de la flore ifrancaise, le Juncus tenuis Willd., voisin du J. squarro- 
sus L., dont il se distingue, entre autres caractéres, par des bractées qui 
dépassent l'inflorescence. Nous eümes le plaisir de récolter en abondance, 
sur le haut du coteau, cette intéressante espèce accompagnée du Lythrum 
Hyssopifolia, de l'Antirrhinum Orontium, de l'Euphrasia ericetorum 
Jord. (fide cl. Lcrx) et de quelques autres plantes abondantes partout dans 
l'ouest. 

Repassant ensuite l'Erdre dans nos bateaux, quelques-uns d'entre nous 
allèrent recueillir le Centaurea decipiens Thuill. sur la foi de M. de 
Lacroix, dans les hautes herbes d'une pelouse, et, entre les pierres de la digue, 
le Senebiera didyma, cette plante cosmopolite ou partout introduite qui, 
naturalisée dans nos ports de mer, commence à se répandre en France dans 
les départements de l'intérieur. Cependant on apprétait et bientôt on servait 
le déjeuner dans l'une des auberges de la Jonneliére, car nous ne voulions 
pas entrer à jeun dans les marécages. 

Les marais de la Verrière sont situés immédiatement après la Jonnelière, 
sur la droite de la riviére; on y pénétre en passant sous un pont qui relie la 
Jonnelière au rocher de Barbe-Bleue: A première vue, ces marais ne pré- 
sentent'que des canaux à demi couverts d'herbes flottantes et serpentant entre 
de vastes pelouses. Mais ces pelouses ne sont composées que de Sphagnum, 
dans le tissu desquels s'entremélent des racines de Saules et de Fougères, 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 717 


des débris de feuilles et du bois mort : sol factice, flottant, qui cede et 
ondule sous les pas à plusieurs mètres de distance. Aussi, s'il est facile de 
récolter en bateau le 7rapa, les Myriophyllum, le Comarum palustre, 
qu'on retrouve dans presque tous les marais de l'Europe, et surtout I' U/tri- 
cularia neglectà, que nous possédons non-seulement dans l'ouest, mais à 
Bordeaux, à Paris et dans l'Yonne, il faut courir de plus grands risques pour 
cueillir le 7Aysselinum palustre, qui appartient surtout à l'Europe boréale et 
orientale, le Lobelia urens, deuxième représentant en Europe d'un genre si 
nombreux au cap de Bonne-Espérance, l' Atropsis agrostidea (1), qui s'étend 
en France de la Manche jusqu'en Sologne, que M. Gubler a retrouvé à 
Rocroy dans les Ardennes, et que M. Reutera récolté en Espagne. Il faut 
joindre à la liste de ces plantes les Drosera rotundifolia, Epilobium lanceo- 
latum, Cicuta virosa, Wahlenbergia hederacea, Erica ciliaris, Utricularia 
intermedia, Myrica Gale, Calamagrostis lanceolata, Schenus albus, Erio- 
phorum gracile, Osmunda regalis, Nephrodium Thelypteris, etc. Mais la plus 
difficile à recueillir, en méme temps que la plus rare, était certainement le 
Malaxis paludosa, car il avait fallu à MM. Lloyd et Dufour trois heures de 
marche dans les marais flottants pour eu trouver, le mois précédent, six 
échantillons seulement; encore ces messieurs voulurent-ils bien enrichir à 
leurs dépens quelques confréres moins heureux. 

L'herborisation dans ces petites barques, où les botanistes ramaient en 
chantant, s'interpellaient et échangeaient des plantes, rappelait un peu 
celle des marais de la Canau à quelques-uns de nos confrères qui avaient 
assisté, en 1859, à la session de Bordeaux. La journée finit trop tót, mais 
elle finit bien. En revenant sur nos pas, nous descendimes à terre, de l'autre 
côté du marais, et nous gravimes le rocher où s'élevait jadis le manoir du 
fameux Gilles de Retz, et qui porte encore aujourd'hui le nom de rocher de 


(t) L'un des échantillons d'Aíropsis que j'ai rapportés des marais de l'Erdre portait 
des épillets anomaux dont les glumes et les glumelles étaient trés allongées et l'ovaire 
noirátre et ridé. La substance de cet ovaire, blanchâtre et comme farineuse, se composait 
d'une multitude de petites anguillules (Anguillula Graminearum Diesing). M. Davaine, 
qui a bien voulu les examiner, les a trouvées identiques avec celles de la nielle 
du blé (voy. Davaine, Recherches sur l'anguillule du blé niellé, in Comptes rendus et 
mémoires de la Société de biologie, 2° série, t. III, Mém. p. 201); même longueur, 
méme épaisseur, méme forme générale, méme constitution interne, mêmes mouvements ; 
elles ont de méme répris leurs mouvements aprés vingt-quatre heures de séjour dans 
l'eau..« Enfin, m'a écrit cet excellent observateur, ce sont les larves de la nielle du 
» blé; il est bien certain que les adultes doivent être identiques avec ceux de cette 

'» méme nielle. Une chose est assez singulière, c'est que la forme de la galle qui les 
» renferme soit toute différente de celle de la galle du blé..... Steinbuch a vu des 
» anguillules dans deux Agrostis. » J'ai moi-même observé des helminthes semblables 
sur des échantillons d'Agrostis stolonifera recueillis à Moret (Seine-et-Marne) le 
13 juillet 1856 ; ce fait avait été étudié avant moi par mon ami M. Grænland. J'ai 
encore vu à Saint-Germain-en-Laye, sur l'Agrostis Spica venti, des galles qui ressem- 
blaient parfaitement aux galles anguilluliféres de l'espéce précédente ainsi qu'à celles de 
l'Airopsis, et qui renfermaient trés probablement des helminthes, 


718 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Barbe-Bleue. Sur ses pentes croissait l'Andriala integrifolia. Enfin, sous 
le pont même et dans les fentes des pierres, M. Lloyd nous fit remarquer le 
Mentha pyramidalis qui compléta dignement les récoltes de la journée. Dix 
minutes après, on se rassembla, on partit, et à six heures du soir on 
débarquait à Nantes, en se donnant rendez-vous pour l'herborisation du 
lendemain. 


RAPPORT DE Mi. Éd. BUREAU SUR L'HERBORISATION FAITE LE 14 AOUT SUR 
LES COTEAUX DE MAUVES ET DANS LES BOIRES DE SAINT-JULIEN, ET DIRIGÉE PAR 
MM. LLOYD ET L. BOURGAULT-DUCOUDRAY. 


La Société avait fait le 12 aoüt une promenade aux environs immédiats de 
Nantes ; le 43 elle avait visité la rivière si pittoresque de l'Erdre et les marais 
flottants dont Aug.-Pyr. De Candolle a fait connaitre les richesses dans son 
volume supplémentaire de la Zore française, et qui sont une de nos loca- 
lités classiques. Il restait, pour remplir le programme préparé par le Comité, 
avant de nous élancer vers les rivages de l'Océan, à faire connaitre à nos 
confrères la vallée de la Loire, d'un aspect si différent en amont et en aval de 
Nantes. 

Le 14, la Société se trouvait réunie à la grande gare, la locomotive nous 
entrainait en cotoyant la Loire, et nous déposait quelques moments aprés à la 
station de Mauves, à quatre lieues au-dessus de Nantes, 

Pendant ce trajet le paysage a sensiblement,changé. Le granite, qui donne 
en grande partie au sol sur lequel est bâtie la ville de Nantes son relief et ses 
pentes plus ou moins douces, a complétement disparu. A notre gauche se sont 
dressés des crêtes et des coteaux de. micaschiste de plus en plus élevés. A 
Mauves ces coteaux sont coupés comme une muraille, sur une hauteur de 
50 à 60 mètres. Sur notre droite nous avons vu pendant tout le trajet la 
Loire avec les immenses prairies qui la bordent, entrecoupées de linières et 
de chènevières, 

-A peine descendus de voiture, nous nous élancons vers une localité de 
Torilis heterophylla Guss.,. bien connue de plusieurs d'entre nous. Hélas! 
notre journée commence par une déception. Un vandale a choisi précisément 
cet endroit pour y éteindre de la chaux. Nous nous éloignons, la tête basse, 
sans oser trop espérer que la plante puisse survivre à un traitement si bar- 
bare. Mais quelques pieds du rare Scirpus Michelianus L., croissant sur la 
grève de la Loire au milieu de nombreux Limosella aquatica, nous font bien  - 
vite oublier l'infortuné Zorilis. Nous cótoyons d'abord le pied des rochers 
escarpés, cherchant vainement à monter à l'assaut. Enfin nous trouvons un 
sentier à l'usage des. chèvres, et les trente-cinq herborisateurs s'y engagent 
bravement à la suite l'un de l'autre. Chemin faisant, tandis que nos pieds 
nous retiennent tant bien que mal sur la roche glissante, nos mains s'allon- 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 719 


gent vers le Brassica Cheiranthus Vill., l'Andriala integrifolia L., et le 
Buxus Sempervirens, bien spontané en cet endroit. Ces plantes viennent 
former au fond de nos boites une première couche, à laquelle mous superpo- 
sons vers la fin de notre ascension l Orobanche Eryngii. Nous atteignons enfin 
le sommet de cet escarpement, et un immense panorama se découvre à nos 
yeux. A nos pieds la Loire roule ses eaux limpides sur les sables motivants 
qui menacent de la combler, C’est le moment de la marée basse, et nous pou- 
vons juger, par le nombre des bancs de sable qui se montrent au-dessus de 
l'eau, à quel point la navigation est déjà entravée ; nous en aurons quelques 
heures plus tard une preuve convaincante. 

A quatre kilomètres de nous, vers l'est, le fleuve semble sortir d'une brèche. 

“Il est en effet resserré sur ce point entre deux coteaux à pic : l'un surmonté 
par le château de Clermont, l'autre par celui de la Varenne, Vers l'ouest nous 
le voyons au contraire s'élargir et se couvrir d'une multitude d'iles, et nous 
le suivons du regard presque jusqu'à Nantes, que nous cache un repli du ter- 
rain. Devant nous, au sud, s'ouvre la vallée de la Divatte, affluent de là Loire. 
Les Saules, les Frénes et les Peupliers dont sont entourés tous les champs de 
cette vaste plaine, forment de ce cóté un océan de verdure qui s'étend jusqu'à 
l'horizon. 

Aprés quelques instants accordés à ce spectacle, nous redescendons au 
milieu des rochers par des sentiers plus praticables, et nous ne tardons pas à 
cueillir R Lathyrus silvestris L., et une belle variété à fleurs roses du 
Lychnis vespertina Sibth;, variété qui ne se trouve qu'ici dans toute la ré- 
gion de l'ouest. Les coteaux de Mauves fournissaient autrefois le Pisum gra- 
nülatum Lloyd; mais il està craindre que quelques botanistes indiscrets 
n'aient abusé de cette localité. Cette belle plante y est devenue extrémement 
rare, et nous n'avons pas la chance de la rencontrer. 

Au détour d'un sentier nous tombons sur deux pieds dè Verbascum d'une 
taille véritablement gigantesque. Leur ressemblance avec l’hybride que nous a 
fait connaître l'avant-veille notre honorable président est tellement grande que 
nous croyons d'abord à une découverte; mais, vérification faite, il se trouve 
que ce n'est que le Verbascum thapsiforme Schrad. Pour noüs consoler, nous 
récoltons dans les chaumes qui couronnent le cotea une bonne provision de 
Galeopsis ochroleuea en wes beaux échantillons, dont quelques-uns à fleurs 
roses, et nous nous hâtons pour rejoindre » téte " notre colonne qui s'est 
fort éloiguée. 

L'avant-garde est déjà rendue dans les prairies de la Loire, oü elle étudie, 
sous la direction de M. Lloyd, les nombreuses espèces de Saules qui sont wne 
des richesses du pays. 

Nous descendons par un petit ravin perpendiculaire au cours du fleuve, et nous 
gagnons le bord de l'eau, tandis que M. Bourgault-Ducoudray gravit le flanc 
opposé du ravin pour cueillir à notre intention l' Asplenium lanceolatum Sm; 


720 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Parmi les pierres du rivage nous faisons une ample récolte de Xanthium 
macrocarpum DC. et de Scirpus maritimus L., à laquelle nous pouvons 
ajouter de beaux pieds d'/nula Britanica L., à fleurs d'une grandeur inu- 
sitée, croissant par larges groupes sur une partie un peu plus élevée du 
rivage. N'oublions pas, quoique cela ne se rattache pas à la botanique, que 
nous découvrons dans ce point, sur les pierres baignées par l'eau, une curieuse 
espèce de Mollusque (Dreissena polymorpha), originaire des mers de la Hol- 
lande, et qui commence à se répandre dans les cours d'eau et les canaux de 
la France ; elle n'avait point encore, à notre connaissance, été signalée dans la 
Loire. 

Nous étant tous réunis, nons nous acheminons vers le bourg de Mauves, 
et, après un déjeuner dont la gaieté forme le principal assaisonnement, nous - 
nous disposons à traverser la Loire pour explorer l'autre rive. ; 

Nous trouvons bien un bateau, mais de batelier point. Enfin un homme du 
pays qui, comme nous, avait affaire de l'autre côté, se charge de tenir les 
rames, si l'un de nous se sent de force à diriger l'embarcation à travers le 
courant. La proposition est aussitót acceptée; notre homme se place à l'avant, 
M. Bourgault-Ducoudray à la barre, et nous nous empilons les uns sur les 
autres au fond de l'embarcation. Comment redire les émotions de ce voyage ? 
Les flots clapoteux de la Loire affleuraient le bord de notre frêle esquif, beau- 
coup trop chargé, et nous restions dans l'immobilité la plus compléte, car le 
moindre mouvement eût pu nous faire sombrer. Cependant, grâce à l'expé- 
rience et à la vigueur de notre rameur, grâce à notre timonier qui tenait 
d'une main ferme la prote en galerne (1), nous avancions doucement, mais 
sûrement, et nous commencions à rire du bateau à vapeur d’Angers qui, 
complétement engravé dans les sables, était -obligé de déposer tous ses voya- 
geurs à terre pour s'alléger, lorsque tout à coup nous sentons un frottement 
singulier sous le fond de notre barque, et nous restons immobiles au milieu 
du courant. Nous avions trop tôt nargué le steamer; nous étions échoués 
comme lui. Grâce enfin à quelques mariniers qui se mettent à l'eau pour 
nous tirer de ce mauvais pas, nous abordons et nous n'avons plus qu'une 
prairie à traverser pour arriver aux boires de Saint-Julien. 

Peut-être n'est-il pas inutile de dire ici ce que c'est qu'une boëré. 

La Loire est un fleuve qui n'a ni un cours régulier, ni une largeur uni- 
forme. Parfois elle est resserrée, et ses eaux coulent dans un seul lit; mais 
le plus souvent, elle s'étale sur un grand espace et se couvre d'une quantité 
d'iles, dont quelques-unes ont plusieurs lieues d'étendue. Ses eaux se divisent 
donc en un trés grand nombre de bras anastomosés en réseau, dont les plus 
écartés ressemblent à de petites rivières, Ce sont ces bras étroits, où le cou- 


(1) Dans le langage des mariniers de la Loire, on donne le nom de piote à un grand 
aviron qui sert de gouvernail; la galerne, c'est le nord-ouest. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 4861. 721 


rant se fait à peine sentir, que les riverains appellent des boires, Parfois, la 
communication d'une boire avec le bras principal de la Loire est interceptée 
par les sables. Cette boire devient alors un véritable étang, dont l'eau ne se 
renouvelle qu'à l'époque des inondations. D'autres fois, le fond de la boire 
s'exhausse uniformément, de telle sorte qu'il se découvre dans la saisón des 
basses eaux et présente alors la végétation des marécages. Les boires de 
Saint-Julien sont de cette derniere sorte. On trouve parfois, dans des localités 
semblables, des plantes étrangères à la Loire-Inférieure, dont les graines pro- 
viennent des contrées traversées par le fleuve et sont déposées là à l'époque 
des débordements. 

Notre but principal, dans notre visite aux boires de Saint-Julien, était la 
recherche du Peplis Boræi Jord., plante éminemment angevine, mais dont 
l'aire s'étend jusqu'à ce point. Nous ne tardons pas à en rencontrer quelques 
pieds mélés au Peplis Portula, dont nous le distinguons bientót facilement à 
sa tige, d'abord couchée, puis redressée, et à ses feuilles alternes, moins 
obtuses et plus ondulées sur les bords, Mais les échantillons de ce:te intéres- 
sante espéce sont rares, et, aprés avoir arraché quelques jolis spécimens du 
Poa pilosa L., nous nous mettons à la recherche d'une localité mieux 
fournie. 

Sur les pas de notre excellent guide, M. Lloyd, nous franchissons la levée 
de la Divatte, chaussée qui défend toute la vallée de Basse-Goulaine contre 
les inondations. Nous nous arrétons quelques instants pour cueillir le Malva 
Alcea L., qui, dans la Loire-Inférieure, ne se trouve guére que sur cette 
levée, et nous descendons dans une sorte de bas-fond inculte, couvert d'une 
herbe courte, et qui présentait bien l'aspect d'un terrain habituellement 
mouillé. Là, le Peplis Boræi Jord. était abondant, et chacun de nous put en 
emporter une petite provision. Tl était, comme dans la précédente localité, 
mêlé avec son congénère ; on trouvait de plus ici le Cyperus fuscus L. et le 
Scirpus Michelianus L., plantes qu'au premier coup d'œil on a quelque 
peine à distinguer l'une de l'autre. 

Nous faisons ensuite une pointe vers le sud, pour prendre connaissance de 
la vallée que nous avons apercue du haut des coteaux de Mauves. C'est un 
dédale de champs entourés de haies vives et d'arbres cultivés en tétards, et 
de chemins tortueux entrecoupés de mares d'eau stagnante. Quelques-unes 
de ces mares sont couvertes d'Uftricularia neglecta Lehm.; d'autres sont 
revétues d'un tapis, soit de Lemna arrhiza, soit de Lemna minor et polyr- 
rhiza. Enfin, sur le bord d'une d'entre elles flottaient les feuilles élégantes 
du Marsilea quadrifolia. En revenant vers la levée de la Divatte, nous cueil- 
lons le long d'une baie le Lamium maculatum L. var. lævigatum Mut., et 
dans un champ le Specularia Speculum Alph. DC., plante très rare pour la 
Loire-Inférieure. L'heure avancée nous rappelle enfin que des voitures nous 
attendent à Basse-Goulaine; nous suivons le sommet de la levée, et nous arri- 

T. VII, 47 


792 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


vons après une marche forcée au lieu où se troüvent les trois omnibus qui 
doivent nous ramener à Nantes. 


RAPPORT DE M. Édouard DUFOUR SUR L'HERBORISATION DIRIGÉE PAR LUI 
. LE 45 AOUT A COUERON. 


Messieurs, 

Les fatigues de l'herborisation de Mauves ont empêché la plupart des 
personnes qui y avaient pris part de faire le lendemain, 15 août, la course de 
Couéron. 

Aussi, tna]gré l'heure tardive qu’en raison de la double solennité du jour 
on avait assignée pour le rendez-vous, nous trouvions-nous peu nombreux à 
la gare de la Bourse, attendant le train qui nous déposait, au bout d'une demi- 
heure, sur le théâtre de nos explorations. 

Couéron (Condivicum, selon quelques archéologues) est un gros bourg 
de 2000 habitants, situé sur la rive droite de la Loire, à 12 kilomètres 
au-dessous de Nantes, dans un endroit où le fleuve, brusquement élargi, . 
prend l'aspect d'une vaste baie. Ce fut peudaüit longtemps le port de Nantes, 
et les navires d'un fort tonnage devaient s'y arrêter pour effectuer le trans- 
bordement de leurs marchandises sur des bateaux d'un plus faible tirant d'eau. 

L'ensablement progressif du lit de la Loire a obligé de reculer le lieu de 
ce transbordemeut, d'abord jusqu'à Paimbœuf à la fin du xvire siècle, et de 
nós jours jusqu'à Saint-Nazaire, à l'embouchure même du fleuve. 

Au temps de sa prospérité, Couéron fut souvent habité par les ducs de 
Bretagne, et surtout par Francois II, qui mourut en 1488, dans son châ- 
teau de Gazoire, des suites d'une chute de cheval. 

C'est la seule commune du département où l'on récolte du vin rouge, 
mais de médiocre qualité, Les premiers ceps furent donnés par le duc de 
Bourgogne au duc François IT, qui les fit planter dans son domaine dé 
Berligout. 

Nous saluons en passant là maison oü naquit Alcide d'Orbigny, le législa- 
teur de la paléontologie francaise, dont les sciences déploreront longtemps la 
perte. Son pèré, médecin à Couëron, habita plus tard Noirmoutier, et se fixa 
enfin à la Rochelle. 

Déjà, dans les chemins, nous rencontrons abondamment : Diplotaxis te- 
nuifolia, Coronopus didymus, Festuca si peine ain Mentha rotundifolia, 
Malva silvestris et rotundifolia. 

A 500 mètres du bourg, une localité fort itéseninté a été créée au 
siècle dernier par les délestages de navires hollandais. Ces délestages for- 
ment une butte de sable d'une assez grande étendue, où nous avons cueilli 
un Viola qui poraît se rapporter au Viola rotomagensis Desf. (V. hispida 
Lam.) Votre rapporteur se rappelle, en effet, avoir cueilli autrefois une 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 41864. 793 


plante au moins très-voisine dans la localité classique de Saint-Adrien près 
Rouen, sous la conduite de son premier maître dans les sciences naturelles, 
le docteur Pouchet, de l'Institut. Cependant M. Lloyd, si compétent en 
pareille matière, ne croit pas devoir décider la question, et, dans sa Flore 
de l'Ouest, il émet l'opinion que ce Viola pourrait bien être une espèce 
importée du nord de l'Europe avec le lest des navires. 

Ces sables maritimes permettent la végétation du Plantago arenaria, du 
Phleum arenarium, du Carex arenaria, des Silene conica et gallica, des 
Medicago Gerardi et minima; au bord du chemin croît l'Anchusa offi- 
cinalis. . 

M. le docteur Citerne nous a donné, sur cette localité, de précieuses indi- 
cations. Les conchyliologistes ne laissent pas échapper le Bulimus acutus, 
non plus qu'un Helix voisin du striata. 

En descendant de la butte de sable, de l'autre cóté du chemin, au bord 
d'un fossé longeant la Loire, et derriére un rideau d'Arundo Phragmites 
nous découvrons avec joie la nouvelle Angélique (Angelica heterocarp 
Lloyd), plante reconnue d'abord dans les prairies de Chantenay par M. le doc- 
teur Moriceau, et nommée par M. Lloyd, l'auteur si justement apprécié de la 
Flore de l'Ouest (1). 

Elle est bien reconnaissable à ses fruits non ailés, ou plus souvent de deux 
sortes, ailés et non ailés, dans la méme ombelle ; à ses folioles plus étroites 
et plus allongées que celles de l'Angelica silvestris. Sa floraison plus pré- 
coce nous permet de cueillir déjà des fruits mûrs. Une longue racine pivo- 
tante assure son implantation dans les terrains vaseux du bords des fleuves, 
qu'elle parait a(fectionner. 

Nous avons récolté la plante , trés-abondante en cet endroit, pour ceux de 
nos confréres qui n'ont pu suivre notre herborisation et qui ne l'ont pas 
déja cueillie à Lormont, lors de la session extraordinaire de Bordeaux 
en 1859. 

Dans le voisinage, nous avons cueilli le Ranunculus Borcanus , qui rem- 
place dans l'ouest le R. acris, puis le Gaudinia fragilis et les Glyceria 
spectabilis et fluitans. Sur ce dernier, M. Viaud-Grand-Marais à trouvé un 
ergot analogue à celui du Seigle. 

Nous arrivons à Port-Launay, village dépendant de Couéron, et bâti dans 
la position la plus pittoresque, sur un coteau dominant le cours de la basse 
Loire et d’où la vue s'étend sur Savenay, Paimbœuf, et méme, dit-on, jus- 
qu'à Saint-Nazaire. 

Sur l'autre rive de la Loire, très-large en cet endroit, le joli bourg du Pel- 
lerin élève en amphithéâtre ses blanches maisons. Sur la gauche, du côté de 
Nantes, les forges de la Basse-Indre obscurcissent le ciel d'épaisses fumées, 


(4) Voyez Ie Bulletin, t. V7, p. 709, 


724 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


et vis-à-vis s'étendent, silencieux en ce moment, les immenses ateliers de 
construction de machines d'Indret. 

A Port-Launay, les vases de la Loire nous ont fourni le Cyperus fuscus, 
les Scirpus triqueter et maritimus. 

Les prairies voisines renferment : Colchicum autumnale , Circea lute- 
tiana, Trifolium resupinatum, Rumex Hydrolapathum. 

Dans quelques flaques d’eau douce, au bord de la Loire, abondent le Pofa- 
mogeton crispus,le Villarsia Nymphoides, Y Alisma ranunculoides. C'est là 
que M. le docteur Monard a eu le bonheur de rencontrer le Chara coronata 
Ziz, trés rare en France, et qui n'a encore été signalé que dans un trés 
petit nombre de localités : en Sologne, par M. Ém. Martin, à Mont- 
morillon (Vienne), par M. l'abbé Chaboisseau, et à Saint-Georges (Maine-et- 
Loire), par M. Boreau. Ce Chara, trés remarquable, a le thalle monosiphonié 
comme les Nitella, mais les zoothèques sont placées au-dessous des thèques, 
comme dans les véritables Chara, ce qui détermine M. Al. Braun à ne pas 
séparer deux genres entre lesquels on trouve ainsi des intermédiaires. 

Au pied des murs et dans les déblais de carriére se trouvent: Lepidium 
graminifolium, Plantago Coronopus, Chenopodium murale, Apium gra- 
veolens, Pimpinella saxifraga, Chrysanthemum segetum, Calendula arven- 
sis, Amarantus prostratus, Setaria verticillata, S. glauca, Cynodon Dac- 
tylon, Anthoxanthum Puelii, Panicum Crus galli, Digitaria sanguinalis. 

Dans les mêmes lieux , nous trouvons un Solanum, que son odeur mus- 
quée, ses feuilles profondément incisées, nous font rapporter à la variété 
miniatum du Solanum nigrum, bien que nous ne puissions constater la cou- 
leur des fruits mûrs. 

M. le docteur Bras (de Villefranche) a rencontré au même endroit une 
monstruosité curieuse de l'Anagallis phenicea Lam. Les étamines, les 
carpelles, et jusqu'aux ovules tendent à revenir au type foliacé, quant à la 
forme et à la couleur. La transformation est surtout compléte pour les fleurs 
placées vers l'extrémité des rameaux, qui sont doubles et beaucoup plus 
grosses que les autres, et n'offrent plus de coloration rouge que sur le bord 
du limbe des pétales modifiés. Notre excellent confrére, M. le docteur Viaud- 
Grand-Marais, a rédigé une note sur ce cas de tératologie végétale (voy. plus 
haut, p. 695). 

Sur un terrain évidemment cultivé autrefois, nous trouvons encore quel- 
ques pieds de Nicandra physaloides. » 

Notre récolte de plantes faite, nous revenons vers Couéron. Chacun s'arréte 
pour laisser passer la procession commémorative du vœu de Louis XIII, et se 
découvre avec respect. 

Nous avons encore le temps de visiter sommairement Ja remarquable ver- 
rerie de Couéron. La chaleur des creusets nous fait sentir la nécessité de 
quelques rafraichissements, et nous entrons dans une auberge bâtie, dit-on, 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 725 


sur l'emplacement du château de Gazoire, où mourut François II, duc de 
Bretagne, C'est dans une petite rue voisine qu'il se cassa la jambe, et nous 
pouvons constater que l'état du chemin n’a guère été amélioré depuis cette 
époque. 

Le temps nous manque pour visiter une usine importante, dirigée par des 
Anglais, et dans laquelle on traite les plombs de Bretagne et surtout ceux 
d'Espague, pour en retirer l'argent. 

Nous arrivons à la station au moment du départ du train, viti nous ramène 
à Nantes à six heures et demie du soir, chargés de butin et trés heureux du 
bon emploi de notre journée. 


RAPPORT DE ME. Albert BOURGAULT-DUCOUDRAY SUR L'EXCURSION 
FAITE LES 16 ET 17 AOUT, AU POULIGUEN ET AU CROISIC, ET DIRIGÉE PAR 
MM, LLOYD ET L. BOURGAULT-DUCOUDRAY. 


Parmi les raisons qui firent, cette année, choisir Nantes comme centre des 
excursions de la Société botanique, le voisinage de la mer et la perspective 
d'une visite à ses rivages ne fut pas la moins puissante. Une semblable explo- 
ration devait réunir deux attraits : l'attrait botanique et l'attrait pittoresque. 
Au plaisir de cueillir des plantes d'une nature spéciale se joignait celui de les 
cueillir dans des lieux, eux aussi, d'une physionomie spéciale: — telle flore, 
tel paysage. — D'ailleurs, la végétation d'un pays n'est-elle pas un des élé- 
ments de son aspect , et ne doit-on pas s'attendre à trouver, là où les détails 
sont curieux, un ensemble curieux aussi? Les causes qui modifient les végé- 
taux, en leur imprimant une différence profonde, un caractère tranché, ne 
doivent-elles pas agir sur l'aspect général de la contrée , et lui donner, à elle 
aussi, son caractére distinctif, son cachet pittoresque? 

Voici quel fat le programme arrêté : Se rendre au Croisic en passant par 
Saint-Nazaire et le Pouliguen, coucher au Croisic, herboriser dans les marais 
salants, passer le 77a/£, se rendre à la Turballe par la côte, de là revenir à 


Saint-Nazaire par Guérande, et enfin à Nantes, 


Premiére journée. 


Le départ fut fixé au vendredi 16 août, et le matin de ce jour, à sept 
heures, nous montions en wagons à la gare de la Bourse, pour franchir la 
distance de Nantes à Saint-Nazaire. 

Le trajet, qui dure deux heures, n'offre pas un intérêt bien vif, si ce n'est 
l'aspect dela Loire, que l'on côtoie et qui va toujours s'élargissant, jusqu'à 
devenir elle-méme un bras de mer, avant de se jeter dans l'océan. A partir de 
Savenay, on commence à sentir souffler le vent marin, et l'on peut en obser- 
ver l'effet, Peu ou point d'arbres; et quels arbres ! Inclinés, rabougris, ils 


726 | SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

méritent à peine ce nom. Le pays se découvre de plus en plus, et devient 
plat et nu comme la plaine liquide, moins unie souvent quand le vent souffle. 
La Loire perd en limpidité ce qu'elle gagne en largeur, et elle a grand besoin 
d'aller clarifier à la mer ses flots jaunes et boueux. Enfin, nous y voilà! et le 
clocher de Saint-Nazaire s'éléve derriére les máts des navires dont regorge 
son bassin, 

Saint-Nazaire est un nom fatal. Un monstre terrible nous y attend. Mais 
est-il un danger qui puisse effrayer un naturaliste, et le botaniste, sür de 
récolter des espéces nouvelles pour lui, pourrait-il se laisser intimider 
DEus la fièvre jaune ? A ce mot, j'ai vu plus d'un visage faire la grimace, 
comme saisi d'un frisson prématuré. Mais on s'est informé avant le départ. 
Les accidents ont été en petit nombre et dans des circonstances toutes parti- 
culières ; encore n'est-on pas sûr qu'il faille les attribuer à ce mal. Peut-être. 
cette pauvre fièvre jaune est-elle blanche comme neige des méfaits qu'on lui 
impute. Nous ne faisons d'ailleurs qu’effleurer Saint-Nazaire, et il faudrait 
que le monstre fût bien agile pour nous atteindre, car c'est au Pouliguen 
que le déjeuner nous appelle. 

Avant de monter en voiture, et à peine le pied hors du wagon, M. Édouard 
Bureau a vu, dans la gare méme, une plante digne d'attention, l’ Ornithopus 
roseus. Heureux présage! Il ne fait qu'un bond, la saisit, l'échantillon se 
trouve ample, et chacan vient prendre sa part de cette intéressante trou- 
Vaille. Pour comble de bonheur, il a arraché du méme coup l'Ornithopus 
ebracteatus. —— 
 L'incident n'a point fait perdre de temps. On a fait bien, mais vite, et 
aussitót la bande se partage dans des voitures prises pour gagner le Pouliguen. 
 Letrajet se passe tout entier à jeter des regards de convoitise sur les plantes 
qui bordent le chemin et étalent avec sécurité, à nos yeux avides, leurs fleurs 
et leurs fruits. Mais si les yeux nous sollicitent, l'appétit nous retient, et 
l'espérance d'un repas gagné par une longue abstinence, jointe à celle de 
retrouver ces plantes qui ne sont que le prélude d'une flore plus riche, nous 
console et nous fait prendre patience. ` : 

Au sortir de Saint-Nazaire, $e dresse, non loin de nous, un phare. Dans 
ce moment, il s'écarte de son rôle et nous signale la mer. Mais, plus nous 
marchons, plus l'influence de celle-ci se fait voir, plus elle nous apprend 
clairement son voisinage par les modifications que sa présence fait subir au 
pays. Déjà nous cótoyons les dunes, et l'aspect de ces beaux monceaux de 
sable bordés d'une végétation qui croit sous leur abri charme nos yeux. 
Une nature nouvelle apparait, et chaque colline de cette chaine semble un 
fragment des déserts, un Sahara rapetissé, transporté dans nos contrées; à 
cette seule différence qu'au désert l'oasis est perdue dans l'infini du sable, 
au lieu qu'ici c'est le sable qui semble jouer le rôle d'oasis, encadré qu'il est 
par la végétation, Au bord de la route, entre ces collines et nous, croissent 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 727 


de jeunes Sapins; sur ce fond vert tendre et sur le ton jaune et vaporeux de la 
dune, se détachent des Bouleaux à l'écorce blanche et lisse, au feuillage 
argenté, et ces teintes variées s'unissent pour former l'ensemble le plus 
pittoresque et le plus inaccoutumé. Mais ce que nous voyons des dunes n'est 
qu'un liséré. D'immenses étendues descendent jusqu'à la mer. On dirait, 
qu'insatiable et mécontent de la grandeur de son empire, l'océan veut que 
son influence dépasse ses limites ; là où il ne peut briser ses vagues, il se fait 
encore redouter, et ne souffre pas, s'il n'y peut régner, que d'autres y 
règnent, 

Les dunes sont à gauche. De ce côté, nous dépassons le marais d'Escou- 
blac, riche localité qui nous aurait fourni, si nous avions eu le temps de 
nous y arrêter : Lotus tenuifolius, Scirpus Rothii, S. Savii, S. pauciflorus, 
QEnanthe Lachenalu, Chlora perfoliata, Epipactis palustris, Spiranthes 
estivalis, Teucrium Scordium, Triglochin palustre, Sium angustifolium, 
Spergula nodosa, etc. Ces plantes se retrouvent, du reste, dans la plupart 
des petits vallons humides ou marécageux situés au pied des dunes. A droite 
de la route s'étend un terrain triste, sablonneux et désolé, La végétation s'y 
montre, mais timidement, et les plantes, impuissantes à garnir le sol, semblent 
s'excuser de leur maigreur en découvrant aux yeux la pauvreté de leur nonr- 
riture, Il résulte de ce mélange de sable et de taches de végétation un gris 
général, attristant le regard par sa désolante uniformité, et l'impression en 
est encore augmentée par la-grandeur de l'horizon, qui ne présente dans son 
éloignement qu'une monotone étendue. 

Ceci est l'impression du touriste. Le naturaliste, qui y regarde de plus prés, 
découvrirait dans ces taches mainte bonne trouvaille ; c'est là, ainsi que sur 
les dunes, que poussent : Melilotus alba, Dianthus gallicus, Silene por- 
tensis, Allium sphærocephalum, Cakile maritima, Eryngium maritimum, 
Helichrysum Stechas, Diplotaxis tenuifolia, Matthiola sinuata, Orobanche 
` Eryngii, O. Galii, O. minor, Salix repens, Centrophyllum lanatum, Sco- 
lymus hispanicus, Calamagrostis arenaria, Festuca uniglumis, F, dume- 
torum. Quant à ces trois Graminées, elles forment le fond de la végétation 
des dunes. Sur le bord de la route croissent quelques pieds de Z77/o/ium 
angustifolium, et, dans plusieurs mares voisines , le Potamogenton densus. 

Nous approchons du Pouliguen, car nous avons traversé le village d'Es- 
coublac, qui n'en est guère éloigné de plus d'une lieue. Le village se com- 
pose de quelques maisons seulement, et pourtant, là, il y avait autrefois 
une petite ville, Qu'est-elle devenue? Il faut le demander aux sables de la 
dune qui l'ont engloutie. Les habitants ont dû céder leurs demeures à cet 
hôte impérieux; et, convaincus de linutilité de la lutte, ils ont laissé la 
nature paisible maitresse de leurs domaines; plus heureux dans leur mal- 
heur que ne le furent jadis les habitants de Pompéi, à qui un fléau d'une 
autre nature accorda moins de délai pour assurer leur fuite. 


728 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


La route d'Escoublac au Pouliguen est bientôt franchie. Nous allons donc 
enfin déjeuner. 

Après le repas, en attendant le départ, on recueille, à l'entrée des marais 
salants, les Salsola Soda, Glyceria maritima et G. procumbens ; sur le bord 
de la route, le Malva nicæensis ; et, au pied d'un mur, le Torilis nodosa 
et le Scrofularia Scorodonia. Enfin on lève Fancre et l'on se dirige vers le 
Croisic, en suivant tout le long du port, pour prendre ensuite par la plage. 
A peine a-t-on fait quelques pas, que voilà une trouvaille ! Le Sinapis 
incana L. (Hirschfeldia adpressa Moench), plante nouvelle pour le dépar- 
tement et peut-étre importée par les délestages, est apercue de loin par 
M. de Schenefeld. Chacun $'approche, constate, récolte, et l'on poursuit, 
sans négliger toutefois le 7ribulus terrestris, qui croit entre les pavés du 
quai. Nous traversons avec nos insignes les rangs des baigneurs étonnés, et 
nous remontons la plage du côté de la haute mer, non sans jeter un coup 
d'œil, à droite sur les plantes, à gauche sur l'ensemble de la baie du Pou- 
liguen, qui offre à marée haute, et par un beau temps, le plus doux, le plus 
calme, le plus souriant des spectacles. C'est une baie profonde, bien arron- 
die, sillonnée par les embarcations nombreuses des pécheurs de sardines, et 
dont les vagues, humanisées et dépouillant la rudesse de la haute mer, vien- 
nent caresser doucement un sable fin et uni, garni de coquillages. Le Pouli- 
guen est au fond, un peu à droite ; à gauche est la pointe de Chémoulin, qui 
forme une des extrémités de la baie; un peu moinsloin, Pornichet, dont on 
distingue les maisons blanches; puis, en se rapprochant, les dunes d'Escou- 
blac, derrière lesquelles nous avons passé ce matin, et qui s'étalent ici dans 
leur nudité majestueuse, trónant sur la mer qui vient baigner leur pied. 
A droite, s'étend la plage du Pouliguen, couverte d'habitations de plaisance, 
ornées presque toutes de terrasses, et dont l'architecture de fantaisie rap- 
pelle les habitations créoles. Plus loin, et pour faire pendant à la pointe de . 
Chémoulin, on voit la pointe de Penchâteau, commencement de la belle côte 
que nous allons suivre jusqu'au bourg de Batz. En face de nous, au large, nous 
avous l'ilot de Léven, où le Zavatera arborea est connu depuis longtemps, 
et où M. Bureau a trouvé récemment en abondance le Daucus gummifer 
Lam. A mesure que nous asançons, on observe une élévation graduelle du 
terrain au-dessus de la plage. Le talus va devenir rempart élevé , le sable va 
être remplacé par le granite. Déjà la falaise s'élève, et l'on en remarque 
quelques fragments isolés, capricieusement découpés par les flots. 

La plage du Pouliguen nous a fourni les espèces suivantes : Glaucium 
luteum , Galium arenarium , Convolvulus Soldanella , Euphorbia Paralias, 
E. portlandica, Atriplex rosea, Datura Stramonium, Salsola Kali. Entre 
le Pouligaem et la pointe de Penchâteau, nous faisons main-basse sur le Peu- 
cedanum officinale. On apercoit bien sur un rocher quelques beaux échan- 
tillons d'Artemisia maritima. Mais, hélas! ils sont situés à une hauteur qui 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1864. 729 


les met à l'abri des pioches des botanistes. Toutefois, si la paroi verticale 
de la falaise est inaccessible, il est possible, en prenant un chemin détourné, 
d'arriver sur ce méme rocher, où se trouve une jolie localité d'Orobanche 
Hederæ, et, un peu plus loin, le Thesium humifusum DC. 

On est parvenu à la pointe, et M. Lloyd nous fait cueillir le Bromus molli- 
formis sur les talus de la batterie qui la surmonte; mais, aprés nous être 
baissés pour récolter, regardons devant nous : le spectacle en vaut la peine. 

Nous dominons la pleine mer; elle est là, à nos pieds, qui vient 
se briser sur les rochers, blocs énormes et bizarres dont la cóte se hérisse. 
Au loin, les yeux s'égarent sur cette vaste plaine, qui n'a que l'horizon 
pour limite; et l'imagination, qui voit encore au delà, s'effraie devant cette 
image de l'immensité, 

Plus nous marchons, plus la cóte s'accidente, plus elle offre l'image du 
bouleversement et du chaos. A chaque instant, nous cótoyons des déchirures 
produites par l'effort acharné de la mer. La roche, une fois entamée, est 
rongée de plus en plus, et tous les jours l'action lente mais opiniâtre de la 
lame ajoute quelque chose à sa conquéte. Nous entendons le flot se précipiter 
dans les antres qu'il a formés ; et, nouveau Sisyphe, il roule incessamment 
les fragments enlevés aux parois, jusqu'à les user, les polir et les réduire en 
poudre. Bientót il s'en détachera d'autres pour servir d'aliment à l'insatiable 
appétit de cette activité destructrice. 

Mais, au-dessus de ces gouffres et dans leurs profondeurs, poussent de bonnes 
plantes plus ou moins faciles à atteindre ; au sommet de la falaise : 7rifolium 
arvense var. perpusillum DC. , et de belles touffes de Statice ovalifolia Poir. ; 
vers le pied des rochers et dans les points où ils trouvent un peu de sable pour 
enfoncer leurs racines : Chrysanthemum inodorum var. B maritimum Lloyd, 
Beta maritima, Rumex rupestris Le Gall, Triticum junceum; dans les 
endroits plus frais et d'oà suintent quelques sources: Cochlearia danica, 
Apium graveolens, Helosciadium nodiflorum Koch var. ochreatum, Glaus 
maritima, Samolus Valerandi; enfin, sur tout l'escarpement et dans les 
moindres fentes: Arenaria marina Roth, Crithmum maritimum, Statice 
Dodartii De Girard, St. occidentalis Lloyd, Armeria maritima Willd. , 
Plantago maritima, Atriplez portulacoides, Dactylis glomerata var. his- 
panica, Quelques-unes méme semblent tapisser avec complaisance les parois 
les plus abruptes et narguer le précipice, cramponnées qu'elles sont par leurs 
racines. Les plus beaux échantilons croissent de préférence dans les posi- 
tions les plus périlleuses, et, en étalant à nos yeux les trésors de 
leur riche végétation, se dérobent malicieusement à notre atteinte. Mais 
l'homme n'est pas pour rien le maitre de la création, et ce n'est pas un bota- 
niste qui renoncerait à ses droits sur une plante, poussát-elle dans les recoins 
les plus inaccessibles à la main du vulgaire. Un se présente (dix se seraient 
dévoués); il se penche sur l'abime; d'une main, il cherche à atteindre 


730. SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


l'échantillon rebelle, de l'autre, i! est retenu par un bras protecteur. Craint-il 
le vertige ? Rassurez-vous ; pour lui le précipice a disparu, il ne voit que la 
plante objet de ses vœux. Il la touche, elle cède sous l'effort de sa main victo- 
rieuse; il se reléve avec sa proie, et partage en frérele trophée que lui a 
assuré son audace. 

Nous continuons à suivre, par un sentier étroit, le sommet de la falaise. A 
notre gauche, nous avons l'abime; à droite, des clôtures en pierres sèches, 
sur lesquelles nous recueillons : Frankenia levis, Herniaria glabra, Scle- 
ranthus annuus, Polycarpon tetraphyllum, Heliotropium europeum, et 
deux Lichens: Ramalina scopulorum et pollinaria, Cà et là nous rencon- 
trons l'Atriplez Halimus, planté pour former des haies, mais non spontané 
dans cette région, (nous avons déjà vu, aux environs d'Escoublac, le Santo- 
lina Chamecyparrissus planté dans les mêmes conditions), et, derrière les 
clôtures, nous apercevons quelques prairies couvertes de Salvia Verbenaca. 

La cóte n'est pas partout aussi tourmentée et n'offre pas le continuel 
spectacle de cette lutte entre les rochers et les flots. La mer vient se reposer 
de temps à autre sur de petites plages couvertes d'un sable uni et fin, sur 
lequel les. grandes marées rejettent le Zostera marina. Plusieurs de ces 
plages présentent, dans leur partie la plus éloignée de la mer, de nombreuses 
infiltrations d'eau douce qui entretiennent de petits gazons toujours verts, 
sur lesquels on peut cueillir les Spergula nodosa et Anagallis tenella. Dans 
certaines anfractuosités croit l’ Epilobium parviflorum, et, sur le bord de 
plusieurs flaques d'eau, on remarque les Juncus lamprocarpus et Scirpus 
Savii. 

Ces plages, où le rocher coupé à pic s'abaisse pour faire place à une berge 
humide et sablonneuse, se continuent vers l'intérieur des terres avec les 
dunes qui s'étendent entre le Pouliguen et le bourg de Batz. Nous nous y 
engageons quelques instants, et nous y récoltons la plupart des plantes qui 
croissent habituellement dans les sables maritimes. Mentionnons ici particu- 
lièrement : Arenaria Lloydii Jord. (en fruits et desséché), Silene conica, 
S. gallica, S, Otites var. umbellata Otth., Rosa pimpinellifolia, Aspe- 
rula cynanchica, Artemisia campestris var. maritima Pers. (A. crithmi- 
folia DC.), Cynanchum Vincetoxicum, Jasione montana var. maritima 
Lloyd, Linaria supina, Plantago lanceolata var. lanuginosa Koch, Ephedra 
distachya, et, dans quelques petites dépressions moins arides, Ærythræa pul- 
chella Fries. 

On se remet en route : la vue du clocher du bourg de Batz , qui se rap- 
proche de nous, excite l'émulation des marcheurs par la perspective de la 
halte et des curiosités qui nous y attendent. 

Le bourg de Batz offre un spectacle unique, dans ces temps où le rouleau 
du progrès, nivelant tout, efface les traits saillants qui font la physio- 
nomie d'une contrée, et détruit toute distinction de costumes, de mœurs, de 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 784 
caractères. Tandis que la civilisation, fusionnant les races, jetait tous les 
hommes dans le même moule, le bourg de Batz, lui, conservait son indivi- 
dualité et se montrait fidèle à ses anciennes traditions, Oasis restreinte, 
inaccessible au milieu environnant, la commune de Batz ressortait encore, il y 
a peu d'années, sur ce qui l'entoure, comme ces précieux bosquets du 
désert sur l'uniforme étendue. Mais déjà l'influence extérieure se fait sentir, 
et le costume antique est réservé aux jours de fêtes ou endossé pour satis- 
faire la curiosité des étrangers. Le costume des Batziens se distingue par sa 
couleur pittoresque ; celui des hommes sied bien à leur taille haute et majes- 
tueuse; celui des femmes est roide et plus riche qu'élégant. La partie la plus 
remarquable est Ja coiffure, qui rappelle assez bien celle des sphinx égyp- 
tiens, 

J'ai dit que la commune de Batz avait gardé, ou à peu prés , jusqu'à ce jour 
sa physionomie propre, tandis que tout autour cette couleur s'était effacée. Il 
faut dire aussi que la commune de Batz renfermait une race à part, venue de 
loin, et qui n'avait rien de commun avec les premiers habitants du pays. La 
tradition lui.donne une origiue saxonne. Quoi qu'il en soit, cette race, 
grande, forte, à cheveux blonds, souvent même d'un blond ardent, a su.se 
conserver jusqu'à ce jour à peu près pure de tout mélange avec la population 
environnante, 

Outre l'intérêt qu'offrent ses habitants, Batz se recommande encore par ses 
beaux rochers, toujours couverts de l'écume des flots, et par ses deux monu- 
ments religieux ; une église qui sert au culte, une chapelle à laquelle il man- 
que juste assez pour lui préter la poésie d'une ruine, juste assez conservée 
pour qu'on ne regrette rien de ce que le temps ou les hommes lui ont ravi. 

Perchés sur le haut des falaises comme sur un piédestal, ces édifices domi- 
nent les dunes qui s'étendent de Batz au Croisic, bordées de chaque côté par 
la mer; et il faut voir (splendide tableau !) le soleil couchant dorer le granite 
de ces antiques portails et rougir le sable ardent qui réfléchit ses rayons. 

L'aspect calme de ces solitudes sablonneuses, la largeur des lignes de ce 
paysage, la paix et la grandeur qui y régnent, tout contribue à donner à cet 
ensemble un caractére biblique. De nombreuses citernes sont creusées dans 
le sable; à la vue des femmes au costume antique qui s'y rendent ou qui en 
reviennent, portant sur la téte une cruche élevée et arrondissant le bras pour 
ja soutenir, on se reporte involontairement à l'époque patriarcale où Rachel 
allait puiser l'eau à la fontaine, et il semble qu'on va voir arriver les troupeaux 
de Laban. Ce caractère oriental du paysage est si frappant, qu'il arracha à 
l'un de nous cette exclamation : « Est-ce que nous n'aurons pas une caravane 
de chameaux pour. nous conduire au Croisic? » Il faut nous en passer 
cependant; le Comité chargé d'organiser la session extraordinaire n’a pas 
prévu cette demande, et, aprés avoir cueilli dans les sables, en sortant de 
Batz, Euphorbia Peplis, Polygonum maritimum et Chenopodium opuli- 


732 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


folium, mous continuons notre voyage pédestre et nous prenons la grande 
route dü Croisic, dont le clocher, semblable de tout point à celui de Batz, 
nous fait retourncr la téte malgré nous, pour voir si ce dernier n'a pas tout 
à coup changé de place. La colonne reformée se met en marche, non plus 
pour herboriser, mais pour arriver. C'est dire que nous changeons d'allure. 
Aussi, à six heures, atteignons-nous le Croisic (Vicus Cruciacus) oü nous 
attendent tous les plaisirs que nous avons si largement mérités: un bon 
souper et un bon lit ! 


Deuxième journée. 


On pourrait croire qu'aprés une journée si bien remplie, la matinée 
du lendemain se passa dans cet état si doux, qui tient le milieu entre le som- 
meil et la veille, à réver entre deux draps aux bonnes rencontres faites et à 
celles qu'il restait à faire encore. Il est si tentant, quand déjà les cartons 
sont remplis, de faire dela botanique en imagination, en étendant sur un 
duvet moelleux des membres dont les jointures vous rappellent éloquemment 
les prouesses ! 

A six heures cependant, on se levait comme si l'on n'avait pas marché la 
veille; on revétait la blouse, on endossait la boite, et on se mettait en route, 
frais, dispos, reposé, le cœur en joie, impatient d'arriver, de voir et de 
conquérir, 

Partout l'air du matin est frais et vif, et son contact nous procure une 
sensation délicieuse ; mais sur les bords de la mer, oü il posséde ces vertus à 
un plus haut degré encore, il assouplit nos membres, donne à nos muscles le 
ressort de l'acier, et triple nos facultés de marcheurs. Quand se joint à cela 
la perspective d'une herborisation à faire dans les marais salants, on n'est pas 
longtemps avant d'arriver au but. 

Les marais salants donnent à la région qu'ils remplissent l'aspect d'un vaste 
damier, dont les tas de sel occupent les cases. Chaque marais, divisé symétri- 
quement en une foule de compartiments où le sel se dépose, est entouré de 
petits canaux destinés à y conduire l'eau, quand elle doit étre renouvelée. Ces 
étiers ne communiquent avec la mer que par l'intermédiaire de larges bas- 
sins oü l'évaporation commence , et livrent aux marais de l'eau déjà saturée 
de sel ; de même qu'une première préparation, dépouillant le minerai d'une 
partie de ses impuretés , le prédispose à l'extraction définitive des parcelles 
précieuses qu'il renferme. Les paludiers, armés de longs ráteaux de bois ou 
raballes, râtissent au fond de chaque compartiment le sel que l'évaporation y 
dépose, richesse plus péniblement mais plus légitimement acquise que celle 
rátissée sur le tapis vert par les joueurs de Hombourg et de Bade. 

Une plate-forme est ménagée sur l'étroite chaussée qui circonscrit le com- 
partiment : là, le sel s'élève en petits monceaux, en attendant l'instant où, 
transporté sur le rempart qui sépare le marais du caual, il se dressera en 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 733 


imposante pyramide. A perte de vue, ces monticules vous apparaissent comme 
les tentes d'une armée innombrable et se détachent sur le fond grisâtre des 
marais, éblouissant l'œil par leur éclatante blancheur. 

Heureux les propriétaires, s'ils connaissaient leurs richesses! Chacun sait à 
peu prés combien son marais lui rapporte bon an mal an, mais connaît-il les 
Lepidium ruderole, Arenaria media, Bupleurum tenuissimum, Aster Tri- 
polium, Inula crithmoides, Statice Limonium, St. lychnidifolia, St. 
Dodartii, Salicornia fruticosa et sa var. radicans, S. herbacea et sa var. 
procumbens, Suæda maritima, S. fruticosa, Atriplex portulacoides, A. 
patula var. salina, Beta maritima, Ruppia maritima , Glyceria maritima, 
G. procumbens, Hordeum maritimum, Rottbællia incurvata? Ce sont là 
pourtant les plus précieux trésors qu'il renferme. 

Chacun a fait ample provision et revient avec une riche récolte et un 
gigantesque appétit, Comme pour jeter un défi à la nature, aux portes du 
Croisic on herborise encore. Le Spartina stricta, qui forme sur les bords du 
Trait de belles prairies sous-marines, et l Urtica pilulifera, qui croit dans 
la ville méme, au pied des murs, récompensent le zéle de nos infatigables 
chercheurs. 

En arrivant, nous rencontrons plusieurs de nos confréres qui ont fait une 
promenade sur la cóte, au sud-ouest de la ville, et qui en rapportent une 
charmante petite plante, le Linaria arenaria. 

Hier, le déjeuner s'était fait longtemps attendre, et quel déjeuner ! Aujour- 
d'hui, il fume à une heure convenable dans d'innombrables récipients. Hier 
c'était la chaumière, aujourd'hui c'est le palais. Heureux le monarque qu 
connaitrait cette brusque transition ! 

On déjeune donc, et l'on doit après s'embarquer pour passer le Trait. On 
appelle ainsi le fond de la baie comprise entre les deux pointes du Croisic et 
de Piriac, qui s'étend profondément dans l'intérieur des terres, et, s'arron- 
dissant de nouveau comme l'anneau supérieur d'un 8, baigne d'un cóté les 
marais salants de Guérande, de l'autre ceux du Croisic, au fond ceux du 
bourg de Batz et de Saillé. Chaque marée, en se retirant, laisse à sec ce golfe 
supérieur, qui se transforme en une immense étendue de sable. Relié à la 
terre par une pente insensible, ayant juste assez d'eau pour l'exigence des 
marais salants , le Zraët semble n'exister que pour eux. On dirait qu'un 
bienfait de la mer vient offrir aux hommes tous les moyens d'extraire 
le précieux élément qu'elle renferme et leur apporte les clefs de son 
trésor. 

C'est donc le Trait que nous allons traverser à l'endroit où il se resserre en 
une passe étroite qui forme l'entrée da port du Croisic. Cette passe franchie, 
nous allons suivre la cóte, non du golfe intérieur, mais du golfe extérieur, 
non les bords du Trait, mais les bords de la mer, et nous n'y perdrons pas; 
car si, de l'autre cóté, nous eussions été réjouis par le spectacle de l'industrie 


75h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


hümaine, c'est ici seulement que nous trouverons l'espace sans bornes qui est 
l’œuvre de Dieu. 

A l'instant où nous allons mettre le pied dans les barques qu'il nous a fait . 
préparer, M. Caillo, à l'aimable prévoyance duquel nous devons le gite et le 
souper de la veille, et dont le précieux secours a pourvu à tous nos besoins, 
vient nous souhaiter une heüreuse traversée et nous distribuer de nombreux 
exemplaires de deux intéressantes brochures dont il est l'auteur : l'une sur le 
Croisic, l'autre sür la pêche de la sardine. 

- Sous le modeste titre de Votes, M. Caillo a recueilli, avec le zèle patient et 
l'infatigable sagacité d’un homme amoureux de son pays, tous les documents 
intéréssänts qui se rattachent à l'histoire du Croisic depuis les temps les plus 
reculés. Sans la moindre prétention au style, et ne parlant jamais que quand 
il ne peut faire parler l'histoire, M. Caillo nous initie à la vie intéressante de 
ëe petit peuple de marins, aux vicissitudes de ces hommes si laborieux, si 
éourageux, si dévoués à leur pays, mais aussi si jaloux de leurs priviléges. 

A peine débarqués, nous nous précipitons sur les belles touffes blanches 
du Diotis candidissima, puis nous cheminons le long du golfe qui s'étend 
depuis la pointe du Croisic jusqu'à Piriac. La partie de la cóte oü nous 
$ómmes s'appelle l'anse dé Pembron. Depuis le port du Croisic où elle com- 
füence, jusqu'à la Turballe oà elle finit, la plage de l'anse est constamment 
couverte d'un sable fin et ne présente pas au pied le moindre rocher, Sur la 
plage méme, nous pouvons faire une ample provision d' Euphorbia Peplis et 
d'Arenaria peploides en parfait état : fleurs et fruits; c'est une chance bien 
ráré, car cette espèce, comme l'indique M. Lloyd dans son excellent ouvrage, 
fleurit rarement et fructifie encore moins. 

A notre droite s'étendent jusqu'aux marais salants les sables de Pembron, 
dans lésquels nous n'avons guère à mentionner que Juneus maritimus et 
Scirpus Holoschænus. 

Dans les pâtures humides, auprès des marais, croissent Carex extensa, 
C. distans, Scirpus Rothii et S, Savit. 

La mer montait, et, quoique fort calme, formait en se brisant sur le rivage 
une ceinture d'écüme. Dé gros fiuages blancs, se reflétant dans la mer, y 
jetaient des nuances foncées qüi contrastaient avec les zones lumineuses cor- 
réspondant aux parties putes du ciel; et leurs formes mobiles et capricieuses, 
séparant la mer en régions de couleurs diverses, faisaient successivement 
passer les flots du bleu le plus foncé au vert le plus tendre. 

Presque tous, se laissant aller à l'impression grandiose du spectacle, oubliè- 
rent d'herboriser, et, pendant que les vrais botanistes, pourvus de læs triplex 
dont parle Horace, chargeaient leurs cartons des plantes nommées ci-dessus, 
lés autres remplissaient leur souvenir du charme de cette pénétrante impres- 
siot. Quelques-uns, enivrés par la contemplation et oubliant que la mer 
montait, furent rappelés plus d’une fois au sentiment de la réalité par la pré- 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 18614. 735 


sence d'une vague , dont l'élan plus hardi procurait à nos rêvéuts la fraiche 
surprise d'un bain peu dangereux. 

Il n'est douce chose qui ne finisse; il en fut de hiotre trajet comme du 
reste : après avoir cueilli, sur les bords du ruisseau qui sépare les sables du 
marais, le Polypogon monspeliensis, et, dans le ruisseau méme, les Pota- 
mogeton pusillus et pectinatus, nous arrivons à la Turballe. 

Là, nous attendaient des voitures; nous y grimpons, et les cochers fouettent 
vers Guérande. On côtoie, pendant la route, une colline qui fait face at 
Croisic, et à qui le vent, moins âpre, a permis de se garnir de verdure. 

L'aspect du Trait et des marais salants, le Croisic, avec ses maisons blanches 
et son clocher, le bourg de Batz, perché sur le point culminant des dunes qui 
s'étalent à ses pieds comme les plis d'une robe flottante; enfin, la haute mer 
qu'on apercoit à l'horizon, tout cela forme un bel ensemble qui ne nous 
abandonne pas pendant la plus grande partie du chemin, 

Bientôt nous voilà aux portes de Guérande, dont les solides murailles ont 
résisté à plus d'un assaut. Guérande est une ville chártante, quand on la voit 
du dehors : ces murs crénelés, ces vastes fossés, ces beaux arbres, qui for- 
ment autour de la ville une ceinture de feuillage propre à défendre au moins 
les habitants contre les ardeurs du soleil, lui donnent un air si riant, si vrai- 
ment pittoresque, que cela vous prévient en sa faveur, et que vous vous em- 
pressez d'y entrer, Ici le désenchantement commence ; que n'étes-vous restés 
aux portes ! Heureusement nos véhicules nous conduisent droit à la placé de 
l'église, monument curieux que nous nous empressons de visiter. 

L'église de Guérande date environ du xin siècle. Sa façade, flanquée de 
piliers inégaux qui ne méritent pas le nom de tours, est couronnée par une 
sorte de belvédère en saillie, soutenu par un cul-de-lampe. 

Elle offre, comme particularité remarquable, une chaire extérieure taillée 
dans la pierre. Aujourd'hui que l'église contient largement tous les fidéles, 
la chaire extérieure n'est plus qu'un monument curieux, mais inutile, L'inté- 
rieur de l'église présente d'abord aux yeux une physionomie bizarre, à cause 
du ciment blanc qui unit les pierres et bariole singulièrement la teinte - 
sombre des murs et des piliers. Ceux-ci se composent tantót d'une réunion 
de petites colonnes accolées entre elles, tantót d'un faisceau de petits piliers 
taillés à facettes. On distingue cà et là quelques curieuses sculptures; entre 
autres une corniche, où sont représentés tous les martyrs célèbres, à l'instant 
oü ils méritent, par leur patience dans les tourments, la palme céleste. L'un 

"est étendu sur un gril, celui-là est scié en deux, cet autre est flagellé. Ces 
sculptures, du reste fort naives, n'ont d'autre mérite que de remonter à un 
temps reculé, et elles intéressent plutôt comme des échantillons curieux d'un 
art peu avancé qu'elles ne charment par la conception du sujet ou la vérité 
de l'exécution. 

Pendant que nous étions plongés dans ces observations archéologiques, l'un 


736 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


des nôtres va cueillir, sur une des portes de la ville, le Dianthus Caryo- 
phyllus. En sortant de Guérande nous passons sous cette porte. Au mérite de 
nourrir cet OEillet, elle joint celui d'étre des plus pittoresques et des mieux 
conservées. 

Notre excursion touche à sa fin. Bientôt nous rejoignons la route qui nous 
conduisait hier au Pouliguen , et nous arrivons à Saint-Nazaire, juste à temps 
pour prendre le dernier train, qui nous raméne à Nantes, riches de plantes et 
d'impressions. 

Un programme consciencieusement rempli, un temps fait exprès, juste 
assez de fatigue pour assaisonner le plaisir, la récolte de toutes les plantes sur 
lesquelles on comptait, de quelques-unes que l'on n'espérait pas, enfin le 
spectacle de la mer pendant deux jours, tels avaient été les éléments d'une 
excursion faite dans les meilleures conditions , puisque nous avions M. Lloyd 
pour guide et le soleil pour compagnon. 


RAPPORT DE M. Ambroise VEAUD-GRAND-MARAIS SUR LES HERBORI- 
SATIONS FAITES LES 20 ET 21 AOUT DANS L'ILE DE NOIRMOUTIER, ET DIRIGÉES PAR 
MM. LLOYD ET A. VIAUD-GRAND-MARAIS. 


Premiére journée. 


Messieurs, 

Qu'il me soit permis, en commencant le compte rendu de votre excursion 
scientifique à Noirmoutier, de vous donner quelques détails sur cette ile 
honorée par deux séances de la session extraordinaire, et qui a été le champ 
de deux de vos plus fructueuses herborisations. 

Francois Piet sera ici notre guide. Ses mémoires [Ménbtfes laissés à mon 
fils, imprimerie de l'auteur, 1806 à 1826) devront en effet être consultés par 
quiconque voudra faire des études sur ce pays. Ils contiennent une statistique 
trés compléte de Noirmoutier. Malheureusement le petit nombre d'exem- 
plaires auquel a été tiré cet ouvrage le rend excessivement rare, et sa date est 
déjà ancienne. 

Noirmoutier, l'ancienne Herio, appelée encore par le peuple /Vermoutier 
ou Zermoutier (Heri monasterium) est une ile basse située sur la côte ven- 
déenne à peu de distance de l'embouchure de la Loire. Un détroit de 1500 mè- 
tres de longueur, le goulet de Fromentine , sépare son extrémité sud-est du 
continent. Au nord du goulet existe, à marée basse, un passage à gué permet- 
tant d'aller de Noirmoutier à la Crosnière et portant le nom de Gois ou Gouá - 
(du mot poitevin goiser, passer les pieds dans l'eau). L'île est élargie à ses 
deux extrémités , surtout au nord oà elle forme la vaste plaine de Noirmou- 
tier; l'extrémité sud, moins considérable, ou plaine de Barbátre, est réunie à 
la précédente par une partie rétrécie, formée par l'isthme sablonneux de la 
Tresson et par les desséchements Jacobsen. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 737 


La mer, qui l'environne de toutes parts, est pour Noirmoutier une cause 
continue de changement de forme : du côté de l'Océan, les flots rongent la 
côte à laquelle la digue naturelle de rochers ne suffit plus. L'ilot du Pilier, 
jadis uni à la pointe de l'Herbaudiére, en est actuellement distant de 5 kilo- 
mètres. Les Pœufs, qui se voient, sous forme de brisants, à une grande dis- 
tance de Ja pointe de Devin, offrent des débris de briques romaines, Du côté de 
la terre ferme, Noirmoutier s'accroit au contraire de jour en jour, les grands 
courants de la Loire accumulant leurs alluvions dans la baie de Bourgneuf. 

La superficie de l'ile est actuellement de 4900 hectares, en y comprenant les 
desséchements de la famille Jacobsen et ceux de la Société générale de drai- 
nage. Sur cette surface de 3 lieues carrées se trouvent plus de 700 hectares 
de dunes, des canaux nombreux, des landes et des bois; et cependant l'ile 
nourrit plus de 8000 habitants, et exporte des quantités considérables de sel 
et de grains. Ceci tient à la fertilité extrême de ses terres argileuses que l'on 
amende avec du sable et que l'on fume avec des varechs, comme aussi à l'acti- 
vité de ses habitants, cultivateurs et marins à la fois. 

Le sel est, entre tous les produits, celui qui donne ici lieu au plus grand 
mouvement d'exportation ; 18 000 æillets de marais en fournissent annuelle- 
ment environ 13 millions et demi de kilogrammes, | 

On récolte aussi dans l'ile, par année moyenne, 21 000 hectolitres de fro- 
ment, 16 000 hectolitres d'orge (1), 4300 hectolitres de fèves, 3000 hectoli- 
tres de seigle, 5000 hectolitres de pommes-de-terre. 

La constitution géologique du sol a été l'objet d'un remarquable travail de 
M. Bertrand-Geslin, inséré dans le 4° volume des Mémoires de la Société 
géologique de France, page 317 (Notice géognostique sur l'ile de Noir- 
moutier). 

La partie centrale de l'ile, occupée par des marais salants et formée par des 
alluvions modernes, est de plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer; 
le sol des cótes est plus élevé. Loin de ressembler aux iles du Morbihan, ni 
méme à l'ile d'Yeu au sol granitique, Noirmoutier offre une structure géolo- 
gique très complexe. | 

. Les terrains de formation primaire occupent la partie nord de l'ile, de la 
pointe de Luzéronde à l'anse de la Claire. Le granite, Ja pegmatite, le gneiss 
apparaissent rarement à nu ; ils sont presque partout unis à des assises puis- : 
santes de micaschiste, et ces roches se continuent par une série de hauteurs 
sous-marines jusqu'à l'ilot granitique du Pilier. Dans l'ause de la Claire, le 
micaschiste est remplacé par le talcschiste qui, de l'autre côté de la baie de 
Bourgneuf, forme le littoral du continent. Le groupe des terrains secondaires 


(4) Deux espèces d'Orges sont cultivées dans l'ile : l'Hordeum vulgare L. (ou orge- 
carrée) et l'Hordeum distichon L. (appelée ici orge-plate, et sur le continent ven- 
déen baillarge). 


T. VAL AS 


738 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, 


est représenté, dans la partie nord-est de l'ile, par les rochers qui s'étendent 
du Cob au fort Saint-Pierre. C'est à lui que se rattachent les grottes du bois 
de la Chaise et celles du Pélavé. Sa couche inférieure est un sable ferrugineux 
à Gryphea Columba, à baguettes d'oursins et à madrépores. Ses couches 
supérieures sont formées par des grés et par un quartzite à gros grains (1). 
Tandis que les schistes offrent une inclinaison assez considérable, les assises 
de grés sont presque horizontales et leur stratification est concordante avec 
celle du grés vert de l'ile d'Aix; aussi M. Bertrand-Geslin les considére-t-il 
comme le prolongement du terrain crétacé de la Charente-Inférieure. 

Toute la partie de l'ile, à partir de Luzéronde, et les nombreux récifs qui 
avoisinent la côte sud-ouest, sont formés par du calcaire grossier de l'époque 
parisienne. Ce terrain se poursuit sous les dunes et les desséchements de Bar- 
bâtre ; il apparaît dans les bas-fonds dela baie de Bourgneuf, et forme sur le 
continent le calcaire grossier de Bouin et de Machecoul. Malgré la puissance 
de son gisement, ce carbonate calcique est trop profondément recouvert de 
sables pour exercer une influence sur là végétation : on n'y rencontre aucune 
des plantes calcaires du Marais méridional de la Vendée. 

Un point plus important pour la flore locale est la température assez égale 
dont jouit Noirmoutier et que l'ile doit aux courants qui la baignent et aux 
brises de mer. Aussi y trouve-t-on diverses plantes de régions plus chaudes : 
le Quercus Ilex L. (Yeuse, Chéne-vert) y forme des bois touffus ; le Ficus 
Carica L. (le Figuier), et surtout sa variété violette, y donne des fruits deux 
fois l'an; enfin diverses variétés de raisins de culture difficile en Vendée y 
mürissent parfaitement (les muscats, le madére). Sur la cóte sud-ouest 
croissent un certain nombre de plantes de la Charente-Inférieure dont la 
végétation s'arréte là. La cóte nord, au contraire, offre ]a derniére station 
méridionale de diverses plantes bretonnes. 

Depuis le moine Saint-Filbert, civilisateur de l'ile et fondateur de la ville 
actuelle, le mouvement intellectuel de ce petit pays n'est jamais resté au-des- 
sous de celui des contrées voisines. Aüx bénédictins de l'abbaye Noire, chassés 
par les Normands, succédèrent les bernardins de Notre-Dame-de-la-Blanche. 
Un de leurs derniers prieurs, dom Carville, fut un naturaliste distingué , et 
entretint avec Buffon une correspondance trés active, Plus tard, quand, avec 
Bonamy, puis Hectot et Pesneau, l'étude de la botanique renaissait à Nantes; 
Noirmoutier, dédaigné par les naturalistes en course dans l'ouest, voyait se 


(1) Ce quattzite, si reconnaissablé par ses grains de quartz blanc, translucides, angu- 
leux, trés variables de grosseur, ne présente aucun gisement sur la côte vendéenne; 
et cependant, de l'embouchure de la Loire à celle dela Vendée, il forme des menhirs et 
des dolmens. Sans doute ces blocs, d'un volume considérable, auront été trahsportés de 
Noirmoutier aux lieux qu'ils occupent maintenant. Herio (l'ile de Sayne de Strabon) 
était autrefois célèbre par ses couvents de ürüidesses et par leur science divinatoire. 
L'ilot du Pilier qui l'avoisine est même appelé, par Comard de Puylorson, le Puelliér 
(insula. pueilarum). 


s iru 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 739 


former dans son sein une réunion de travailleurs, Nous ne citerons que Piet, 
les d'Orbigny, Impost, Richer et La Pylaie. 


Le 19 août, les membres de la Société botanique de France réunis à Nantes 
partaient de cette ville, divisés en deux bandes (1), et franchissaient rapide- 
ment le pays de Retz et la partie nord du Marais de la Vendée. En passant 
par Bouaye, ils purent contempler à peu de distance la vaste nappe d'eau du 
lac de Grandlieu (2), sous laquelle , d'aprés la tradition, repose la cité cou- 
pable d'Zerbadilla. Puis ils traversèrent, sans s'arrêter, Port-Saint-Père, 
Sainte-Pazanne, Bourgneuf-en-Retz et Bouin. — Beauvoir-sur-Mer était le 
rendez-vous général. 

Dés le matin, plusieurs d'entre nous avaient quitté Nantes sous la conduite 
de M. Ém. Bailliére. Arrivés à Beauvoir, ils s’occupèrent du diner et du cou- 
cher, et partirent à pied pour les dunes élevées de la Barre-de-Monts. Ils y 
recueillirent, entre autres plantes, le Scirpus Holoschænus L. etle Pancra- 
tium maritimum L. qui dévoile aul oin sa présence par son odeur suave et 
qui, sur les rivages du Morbihan, est appelé le Zis d'Houat. L'ile d'Yeu fut 
saluée de loin, le programme de la session ne permettant pas d'aller y recueillir 
le Rumex bucephalophorus L. et le Statice occidentalis Lloyd. 

Plusieurs de ceux qui accompagnaient M. Baillière, montant dans le bac du 
passeur (que dans le pays on appelle le passager), traversèrent le goulet de 
Fromentine et descendirent dans l'ile de Noirmoutier au village de la Fosse; 
puis ils revinrent tous le soir à Beauvoir rejoindre les derniers arrivés. 

Le lendemain 20 aoüt, chacun se met en marche, la boite sur le dos, pour 
gagner le Gois, à l'heure où la marée permettra de le traverser. M. Lloyd, 
avec sa complaisance habituelle, sert encore de guide à l'expédition. Les voi- 


(1) La distance considérable (environ 60 kilométres) qui sépare Beauvoir de Nantes 
n'ayant pas permis de se servir pour ce trajet de voitures de louage, car il eüt fallu 
organiser des relais, la Socióté se trouva obligée d'avoir recours aux voitures publiques, 
et, vu le nombre limité des places, de se fractionner en deux bandes, dont l'une se mit 
en route à six heures du matin, et l'autre à trois heures du soir. 

(2) Note de M. de Schœnefeld, ajoutée pendant l'impression, avril4 863,— Il est regret- 
table que le peu de temps que la Société pouvait consacrer à son excursion à Noirmoutier, 
et surtont les difficultés exceptionnelles de cette course, n'aient pas permis de faire une 
station de quelques heures au lac de Grandlieu, ainsí que M. Durieu de Maisonneuve en 
avait fait la proposition à la réunion préparatoire du 12 août 1861. Avec l'admirable 
perspicacité qui le distingue, l'habile directeur du Jardin de Bordeaux avait en effet bien 
deviné que cet immense amas d'eau (le plus grand lac de France, d'une étendue de 4000 hec- 


'tares) devait recéler plusieurs plantes d’un grand intérêt. Depuis notre session à Nantes, 


M. Lloyd, encouragé par les prévisions de M. Durieu de Maisonneuve, a exploré avec 
une infatigable persévérance, pendant l'automne de 1861 et l'été de 1862, le lac de 
Grandlieu, et y a découvert non-seulement plusieurs Characées fort rares (Chara fragifera, 
connivens, aspera, fragilis var. bulbillifera; Nitella hyalina, tenuissima, mucronata, 
flexilis, stelligera, etc.), mais encore uu Jsoétes (ainsi que M. Durieu l'avait expressément 
prédit), qui se trouve être l'une des plus remarquables espètes de ce genre si intéressant, 
l'I echinospora DR. i i ‘ 


749 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


tures suivent, portant les bagages et devant prendre les voyageurs à l'entrée du 
Gois. La route tortueuse traverse une plaine maintenant brûlée par le soleil et 
sans végétation, mais quelques mois plus tót couverte de riches moissons de 
froment. C'est l'ancienne île du Pé ou de la Crosniére, conquise sur les flots, 
ily a bientót un siecle, par Cornil-Guislain Jacobsen, Hollandais d'origine. Pas 
un arbre ne repose la vue; de nombreux marais salants se montrent avec 
leurs mulons de sel, et u'offrent guère au botaniste que quelques plantes halo- 
philes. Cà et là apparaissent, se confondant avec la teinte du sol, des chaumières 
affreuses construites en argile et couvertes de rouches (1); elles portent le 
nom de bourines. Dans ces pauvres demeures habite une belle et forte race, 
celle des maraîchins, qui conserve encore son costume national consistant 
surtout dans la petite veste, le chapeau à larges bords et la ceinture rouge. 
Durant l'hiver, on voit ces hommes à grande taille parcourant leurs canaux 
et leurs étiers (æs{uarium, canal où monte la marée) dans des barques légères 
(nioles) qu'ils conduisent avec une longue perche terminée par une pointe 
de fer, et qu'ils appellent ningle. Une autre ningle, à extrémité épaisse et 
fourchue comme un pied de bœuf, et s'enfoncant peu dans la vase, sert au 
maraichin pour franchir d'un bond ces canaux, quand il veut raccourcir son 
trajet. Après la course du Croisic, l'herborisation des chaussées de la Cros- 
nière devait nous offrir peu de plantes nouvelles. Sur les bords de la route, 
nous retrouvons l Hordeum maritimum With., le Malva nicæensis Cav. , des 
tiges desséchées de Lepturus incurvatus Trin. ; et bientôt le Glyceria pro- 
cumbens Smith remplace sur le talus des chaussées le Poa annua L. A la 
sortie de Beauvoir , nous avions recueilli en assez grande abondance le Xan- 
tium Strumarium L. 

Les digues qui protégent la Crosnière, couvertes d'Znula crithmoides L. , de 
Suæda fruticosa Forsk., d' Atriplez portulacoides L., ne nous permettent 
d'apercevoir le Gois qu'au moment oà, montant en voiture, nous entrons 
déjà dans le gué. Il est alors neuf heures du matin ; les chevaux marchent au 
pas sur la vase solide qui ne rend aucun son sous la pression des roues ; deux 
rangées de piquets indiquent le terrain résistant et le séparent des vases sans 
fond. De temps à autre se montrent de longues poutres placées au milieu d'un 
amas de gros cailloux et destinées à indiquer le chenal aux navires pendant la 
haute mer ; quelques-unes de ces balises sont surmontées d'une sorte de cage, 
refuge des malheureux qui, par un accident quelconque, sont surpris par le 
retour des flots. Ici nous passons une filée, c’est-à-dire un chenal persistant 
au milieu du terrain à sec, et nos chevaux ont de l'eau jusqu'au ventre. Là 
est un trou de torpille électrique, ailleurs une barque qui attend la marée et 
dont la quille a tracé dans la vase un profond sillon ; de gros oiseaux de mer 


(1) Où désigne sous le nom de rouches, en Vendée, les Scirpus, Cyperus, Phrag- 
miles, etc., et en général toutes les grandes Glumacées des fossés. à 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 741 


se promènent près de nous sans crainte, comme des animaux domestiques ; de 
nombreuses voitures, des charrettes , des piétons et diverses personnes mon- 
tées sur des ânes exécutent à la fois le passage. Le trajet du Gois, grâce aux 
sinuosités du chemin, a près de 5 kilomètres de longueur. Connu depuis 
longtemps de quelques hommes intrépides, ce gué ne sert de route habituelle 
aux habitants de l'ile que depuis cinquante ans. Charette, général vendéen, 
osa, pendant la guerre de partisans, le traverser avec ses troupes, et s'empara 
ainsi de Noirmoatier. 

Pendant la route, tout en nous disant que le passage était peu dangereux, 
nos conducteurs nous racontaient des histoires à faire frissonner, et qui nous 
expliquent l'insistance avec laquelle les insulaires réclament de l’administra- 
tion départementale le macadamisage de ce bas-fond. 

La côte de l'ile se déroule à nos yeux : là est le poste de la Cassie, puis celui 
de la Bassotière, célèbres dans les fastes militaires par la mort héroïque de 
Francois-Chrysostóme Richer et de ses compagnons. Voici Barbâtre, chef-lieu 
d'une commune, et la ville de Noirmoutier qui se montre à nous avec son 
château à tourelles et ses buttes du bois dela Chaise et du Pélavé. 

A la Bassotière, nous entrons dans l'ile et nous nous faisons conduire jus- 
qu'à Barbâtre, gros bourg adossé à une grande dune, et dont les maisons 
blanches couvertes de tuiles rouges nous apparaissent entremélées de meules 
de paille et d'arbres verdoyants. Là, nous laissons les voitures; MM. Monard 
et Lombard vont seuls directement à la ville et commandent en passant notre 
déjeuner au village de la Guérinière. 

Sous la conduite de M. Lloyd, nous nous enfoncons alors dans les dunes 
formées de sable jaune et recouvertes d'un véritable gazon d'Éternelle (Heli- 
chrysum Stæchas DC.). En aucun lieu peut-être cette plante ne croit en 
aussi grande quantité; elle sert à maintenir par ses longues racines les sables 
mouvants. Un OEillet dont les fleurs varient du rose foncé au blanc, le Dian- 
thus gallicus Pers., se montre aussi en grande abondance et embaume le 
rivage. M. Lloyd nous fait récolter dans les vignes le Salix Seringeana 
Gaud., espèce fort voisine du S. salvifolia Link. Nous recueillons dans les 
dunes : Artemisia campestris var, erithmifolia DC.; Medicago marina L., 
offrant quelques fleurs tardives; M. denticulata Willd.; M. apiculáta Willd. , 
trop avancé; M. littoralis Rohde, en fruits (nous ne l'avons pas retrouvé plus 
loin); M. media Pers. (M. falcata Lloyd); M. sativa L., cultivé dans les 
sables; Convolvulus Soldanella L.; Salix repens L.; Plantago arenaria W. 
et Kit.; Plantago major L., offrant des hampes fortement arquées, corres- 
pondant au Plantago intermedia Gilib.; Eryngium maritimum L; Chry- 
santhemum inodorum L. var. maritimum ; Ephedra distachya L.; Jasione 
montana L. var. maritima ; Silene conica L., sec; S. Otites Smith var. 
umbellata; Juncus bufonius L.; Linaria: supina Desf.; Euphorbia Paralias 
L.; E. portlandica V.; Carex arenaria L.; Poa loliacea L.; Triticum 


7h42 : SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


junceum in; Asperula cynanchica E. ; Cynanchum Vincetozicum R. Br, , et 
Cakile maritima Scop. 

M. Eug. Fournier nous fait remarquer que le Cakile recueilli sur les dunes 
diffère de la forme de Cakile trouvée sur le littoral méditerranéen, à Palavas 
prés Montpellier (4), laquelle est remarquable par les dilatations latérales de 
Particle inférieur de la silicule, qui ne se rencontrent &énéralement pas sur 
le. Cakile des côtes de l'Océan, 

L'Asperge-des-dunes (Asparagus officinali L. var. maritimus) se montre 
cà et là en fruits; son turion est recherché comme aliment, sous le nom de 
bourguignotte, et offre un goût encore plus fin que celui de l'Asperge- 
cultivée. 

Nous cueillons aussi avec bonheur l’ Arenaria Lloydii Jordan, espèce por- 
tant le nom de notre guide. Les grosses capsules de cet Arenaria le font faci- 
ement distinguer, par tout botaniste herborisant dans nos sables, d'une plante 
commune dans l’intérieur, l'Ar: leptoclados Guss., pareillement séparée de 
l'ancien Ar, serpyllifolia L: Voici le Calamagrostis arenaria Roth, ou Roseau- 
des-sables, qui, appelé sur nos côtes duréam, forme de grosses touffes; c'est 
une des meilleures plantes pour fixer les dunes (2). Le Centaurea aspera L. nous 
apparait pour la première fois; c'est une plante de la côté de la Vendée et que 
nous ne retrouverons pas plus loin à Noirmoutier. Nous en dirons autant du 
Silene: Thorei Duf., dont. nous cueillons quelques pieds en fleur au sud de 
Barbâtre ; dans le nord de l'ile, il est remplacé par le S. maritima With, La 
végétation du premier se continue sur toute la cóte vendéenne et jusqu'aux 
Pyrénées, celle du second remonte tout le long de la cóte de la Bretague. 

Votre rapporteur, Messieurs, a. de la peine à admettre au rang d'espéces 
toutes les formes actuellement séparées de l'ancien Cucubalus: Behen Fu ; ce- 
pendant il considère. comme très différents du Silene inflata Smith, les 
S. maritima et Thorei, et vous demande la permission d'étudier rapidement 
avec vous les caractères différentiels de ces trois plantes, 

Les Silene inflata, Thorei et maritima appartiennent au sous-genre Behen 
Mænch, séparé des autres sous-genres indigènes Conoimorpha Ouh. et uz 
silene Godron, par un calice enflé, vésiculeux, écarté du fruit, offrant 20 ner+ 


(1) Note de M. E. Fournier ajoutée pendant l'impression, juin 1863. — Cette plante 
méridionale est le Cakile ægyptiaca Delile (C. maritima Scop. var. australis Coss. Eruca 
maritima italica siliqua haste cuspidi simili C. Bauh. Pin. p. 99; Morison Hist. sect. 3, 
tab. 6, f. 21). L'autre forme (des bords de l'Océan) est le Cakile Serapionis Lobel. Icon. 
223; Morison, l. c. f. 29. i 

(2) Nulle part, dans l'île, Atriplex Halimus L. mest employé comme rempart 
contre l'invasion des sables mouvants., alors qu'il réussit si bien à Pornic, à la 
Bernerie et sur la cóle vendéenne de Saint-Gilles-sur-Vie. A Saint-Gilles, où il a été 
naturalisé il y a peu d'années, il forme d'excellentes clôtures aux ebamps qui avoisinefit 


we il y donne des fleurs et des fruits; tandis qu'il ne fructifie pas dans la Loire . 
Inférieure. ] 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 748 


vures inégales anastomosées dès la base, et par la préfloraison des corolles qui 
est imbriquée. Le tableau suivant résume les principaux caractères des trois 
espèces litigieuses: 

scarieuses. Pétales à onglets inclus, sans appendices à la base. 


Corolle d'un blanc pur. Graines à tubercules coniques, sail- 
lants. Feuilles lancéolées. 


Silene inflata Smith. 


munis à la base de deux écailles acumi- 
— nées. Corolle d'un blanc pur. Graines à 
tubercules coniques, saillants. Feuilles 

lancéolées. 


hérbacbos Pa E Silene maritima With., Lloyd. 
onglets saillants. . sans appendices, mais à deux bosses à la 
base. Corolle d'un blane sale et plus 
petite que celle des deux autres espéces. 
Graines à tubercules plats. Feuilles 
obovales, charnues. 


Silene Thorei Lépn Dufour. 


Dans nos contrées maritimes, le Silene inflata est une plante des champs 
cultivés, le S. Thorer vient dans les sables mouvants, le S. maritima sur les 
rochers, Ge dernier a été cultivé pendant une dizaine d'années, au Jardin-des- 
plantes de Nantes, sans se métamorphoser en S. inflata; il conserve ses prin- 
cipaux caractères sur les buttes de Mouilleron-en-Pareds et de Cheflois, au 
centre du Bocage dela Vendée. Les bractées s'y montrent toujours herbacées, 
et son onglet reste saillant hors du calice; ses feuilles s'éloignent davantage 
encore du S. in/lata et deviennent plus étroites; mais, comme le remarque 
fort bien M. Lloyd, cette forme de l'intérieur a des appendices d'autant moins 
distincts qu'elle croit plus loin de la mer. 

En descendant sur la grève, nous recueillons l'Euphorbia Peplis L., 
l'Arenaria peploides L. sans fructification, les Salsola Soda L. et S. Kali L, 
Le Matthiola sinuata R. Br. présente de larges touffes qui fleuriront l'année 
prochaine; plus loin, dans les vases, parmi les moules, croit une curieuse 
Graminée, le Spartina stricta Roth. 

C'est sur cette belle grève de Barbâtre que les habitants de la ville viennent 
en partie de plaisir pêcher le turbot (Z/4ombus maximus Cuv.), et que l'on 
prend les meilleures et les plus grosses chevrettes de l'ile (Palæmon cristatus 
Leach). 

En remontant dans les dunes, nous trouvons, creusées dans le sable, des 
fosses destinées à brûler des goémons ou varechs, et portant le nom de four- 
neaux à soude. À certaines époques de l'année, l'ile présente le soir de nom- 
breux feux sur ses côtes ; ce sont les feux de soude ; les gros Fucus sont surtout 
employés pour cette opération. Le Zostera marina L. , que nous avons recueilli 
sur la côte, arraché par les flots aux prairies sous-marines, donne, au con- 


7h A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


traire, de tristes produits de combustion (1). La soude de varechs, qui n'est 
autre chose que du carbonate de potasse très impar, devient, pour Noir- 
moutier, l'objet d'un commerce trés important; son exportation annuelle 
dépasse en effet un million de kilogrammes. Nulle part dans l'ile on ne 
fabrique de véritable carbonate de soude, quoique les Suæda, les Salsola et 
les Salicornia y soient abondants. 

En rejoignant la route, nous ramassons le Kæleria albescens DC. , le 
Xanthium -Strumarium L., le Diplotazis tenuifolia DC., F Hyoscyamus 
niger L. C., le Datura Stramonium L. CC. , le Solanum nigrum L. var. ochro- 
leucum ct miniatum. Dans les fossés de la Tresson : Lemma gibba L., Poly- 
pogon monspeliensis Desf. (mais nile P. maritimus, nile P. littoralis), Nas- 
turtium officinale R. Br., Potamogeton pectinatus L. CC., Ranunculus sce- 
leratus L. et le Glyceria plicata Fries (espèce assez obscure que M. l'abbé 
de Lacroix nous fait distinguer du Glyceria fluitans de R. Br.). Sur le talus 
de la route croissent le Sonchus maritimus L., le Lappa minor DC., le 
Scolymus europæus, etc. Dans les champs à droite du chemin, le Linaria 
Elatine Mill. et le Z. spuria Mill. En approchant de la Guérinière, le Pastinaca 
silvestris Mill., l'Ærodium malacoides Willd. ën rosettes de feuilles pour 
l'année 1862, le Sisymbrium Sophia L., le Melilotus parviflora Desf., et 
enfin Amaryllis lutea L. sur des terriers tout à côté de l’auberge où, vers 
midi, nous rompons le jeûne par un gai mais champêtre repas. 

"Je n'aurais pas cité le nom de cette dernière plante, plus commune encore 
au bois de la Blanche et naturalisée sur divers points de l'ile, si presque tous 
les auteurs, d'aprés Bonamy, l'ancien doyen de la Faculté de médecine de 
Nantes, ne l'avaient pas mentionnée à tort comme spontanée dans ce pays. 

Aprés le déjeuner, nous nous séparámes en deux baudes : l'une, de laquelle 
M. le président de la session et votre rapporteur faisaient partie, rejoignit la 
ville par la route qui de la Guérinière y conduit directement ; l'autre, com- 
posée des plus intrépides, continua à suivre la côte, toujours sous la conduite 
de M. Lloyd. La premiere recueillit, chemin faisant, le Melilotus alba Desrx, le 
Malva nicæensis Cav. , le Potamogeton pectinatus Li, le Ruppia maritima Ix 
abondant dans toutes les eaux saumâtres. Elle chercha en vain, dans les étiers 
et les branches des marais salants, le Ruppia rostellata Koch. Le temps de 
floraison du Podospermum laciniatum DC. étant passé, aucun pied de cette 
plante ne se montra sur les charrauds (2) voisines de la route, où elle est 


(4) Le Zostera marina L. porte à Noirmoutier le. nom de liame; à Nantes celui de 
crin-végétal, de guinche-marine (la guinche-terrestre est le Melica caerulea L.); il est 
employé pour les couchettes des pauvres, et aussi par l'administration dela marine pour 
séparer les caisses et les sacs de poudre. Nous en avons vu récolter une trés grande 
quantité dans ce dernier but sur les rivages de Quiberon. Dans le Morbihan, du reste, il 
est aussi ramassé pour servir d'engrais et de litière. : 

(2) Chaussées argileuses séparant les marais salants et impraticables en hiver. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1864. 7h5 


assez abondante au mois de juin. En entrant en ville, elle termina sa récolte 
dans les rues parle Rumex pulcher L., le Rumex obtusifolius L., et l'Ama- 
rantus prostratus Balb. 

M. Lloyd nous a fait connaître le reste de son itinéraire, Son but était de 
rejoindre, le jour. méme, la pointe de Devin, pour y faire récolter par ses 
compagnons l'Artemisia gallica Willd., et l'A. maritima L. Ts passèrent 
donc près des villages du Bot, du Fier et des Éloux, couverts par les sables et 
rebâtis loin de leur premier emplacement. Sur la plus haute dune des Éloux, 
plusieurs des compagnons de M. Lloyd s'étendent fatigués, abandonnant ainsi 
leur guide, et la troupe s'éclaircit peu à peu. 11 fallut donc songer au retour, 
après avoir récolté le Rosa pimpinellifolia L. à fleurs odorantes, d'un blanc 
légèrement teinté de rose, le Bupleurum aristatum Bartl., etc. 

Le retour se fit par /Z/pine, gros village entouré d'ormeaux (Ulmus cam- 
pestris) et que plusieurs, par suite d'une erreur singuliére répétée sur diverses 
cartes de la Loire-Inférieure, inscrivirent dans leurs notes sous le nom de 
Guérande (4). 

La chaussée suivie par M. Lloyd et ses compagnons, pour rejoindre la ville, 
côtoie des marais salants, aux bords desquels on recueillit les Salicornia her- 
bacea L. et fruticosa L., les Suæda fruticosa Forsk. et maritima Moq., le 
Beta maritima L. , l Atriplex portulacoides L., V Erigeron aeris L., V mula 
crithmoides L. , V Aster Tripolium L., etc. Ces marais, relativement à ceux 
du continent, sont très-pauvres en Sfatice ; on n'y rencontre que le St. Limo- 
nium L. et le St. Dodartii Girard; ce dernier abonde surtout sur un autre 
point de l'ile, dans les marais de Ribandon et dans le terrain Jacobsen. 

A Noirmoutier nous trouvons bon diner à l'hôtel de l' Espérance ; mais l'hóte, 
M. Guérin, ne pouvant tous nous loger, nous distribue chez divers habitants 
de la ville. Le maire, M. Jacobsen, met, dés notre arrivée, la mairie à notre 
disposition, offre l'hospitalité à M. Ie président de fa session et invite les mem- 
bres du Bureau à diner chez lui le lendemain. Pour mettre les botanistes plus : 
à l'aise, il est convenu qu'on y paraitra en costume d'herborisation. 

La première réunion est fixée pour le soir à 8 heures, dans la salle du con- 
seil municipal, à la mairie de Noirmoutier. 


Deuxiéme journée. 


Le second jour de notre arrivée à Noirmoutier, M. Lloyd nous avait quittés 
dés l'aube, pour se rendre à la pointe de Devin. Fidéle à son projet, il tenait à 
nous montrer. vivants les Artemisia maritima et gallica. Sa récolte faite, il 
suivit la cóte nord-ouest par l'anse de Luzéronde, dans le voisinage de laquelle 


(4) Le nom de Guérande est porté dans l'ile par un petit groupe de maisons se con- 
fondant avec la partie ouest du village de I'Herbacdi?re. 


746 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


croît le Juncus acutus L., et où il eueillit un seul pied de Medicago striata 
Bast,; puis il arriva au village de l'Herbaudiére, par l'anse du Lutin, dont le 
nom, comme celui de la pointe de Devin, se rattache à des croyances d’un 
autre âge. 

Pour nous, dès six heures, nousétions prêts à partir, Des coursiers à longues 
oreilles, monture fort usitée dans le pays, attendaient à la porte de l'hótel ; 
piétons et cavaliers se mettent donc en marche, 

Dans la plaine que nous traversons, le botaniste trouve peu de choses à gla- 
ner ; les champs après la moisson sont arides et complétement brûlés par le 
soleil. Nous cueillons cependant l'Ornithopus ebracteatus DC, et le Lotus 
angustissimus L. 

Sur le bord du chemin croissent diverses Solanacées vireuses : le Solanum 
nigrum L. (type et variétés), l Hyoscyamus niger L., et le Datura Stramo- 
nium L. CC., dont la variété blanche seule croit à Noirmoutier et sur plu- 
sieurs points des côtes de l'ouest, tandis que la variété à fleurs et à tiges vio- 
lettes (Datura Tatula L.) est mélée assez communément avec l'autre dans la 
vallée de la Loire, 

La saison ne nous permet pas de cueillir deux Iridacées curieuses : le Ro- 
mulea Columneæ et le Gladiolus segetum. Le Romulea Columne S. et Maur. 
(Trichonema Bulbocodium: Ker, [zia Bulbocodium Mutel) croit sur les 
pelouses voisines de la Touche ;: mais ici on ne rencontre point à côté de lui, 
comme à Belle-Ile; à Hædic et à Houat, le curieux /soétes désigné par 
M. Lloyd sous le nom d’/. Delalandei, en mémoire de l'abbé Delalande qui 
l'avait découvert dans ce dernier îlot. Le Gladiolus segetum Gawl. a été 
signalé par M. Gobert, agent-voyer à Challans, dans les champs voisins de la 
source minérale saline appelée le puits Pignolet, que nous apercevons à notre 
droite. Il y abonde en effet à l'époque des moissons. 

Nous arrivons donc à l'Herbaudiére, les boites presque vides, mais la 
mémoire pleine d'histoires et de légendes du pays. Ce village, éloigné de la ville 
d'environ 5 kilomètres, est situé sur la pointe nord-ouest. Un fil électrique 
l'unit à l'ilot du Pilier (insula Piblers, insula Dei des anciennes chartes ; l'ile 
d'Yeu portait le nom d'insu/a Oia). 

Nous descendons sur le rivage, oü nous attendaient M. Guillet, négociant 
à l'Épine, et M. Lloyd, arrivés les premiers au rendez-vous. 

La mer, trés mauvaise en cet endroit, surtout parles gros temps, ronge 
chaque jour la falaise de granite. Elle a démoli dernièrement une vieille batterie, 
et renversé le dolmen dont les restes se voient près de l'anse dit Lutin. De la 
pointe où est établie la nouvelle batterie, la vue s'étend at loin sur l'océan : 
en face est le Pilier, avec son phare et ses fortifications constrüites par Vau- 
ban ; à droite, l'entrée de la baie de Bourgneuf et l'embouchure de la Loire ; 
à gauche, la vaste étendue de la mer. 

L'Herbaudière (endroit aux hérbes) nous promettait une ample moissofi. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 7h7 


Là croissent en effet. l'Erodium maritimum Smith (1) et plusieurs autres 
plantes rares. Mais c’est surtout par ses végétaux marins que cette côte est 
chère au naturaliste, Nulle part dans l'île, les Algues ne sont plus communes 
et plus variées. Impost faisait sur ces rochers d'excellentes récoltes; à son 
exemple, nous remplissons nos boites. Voici du reste, d'apres les Algues de 
l'ouest de la France de M. Lloyd, les plus intéressantes de Noirmoutier : 


Desmarestia viridis Lmra 

— aculeata Lmra 
Arthrocladia villosa Dub. 
Sporochnus peduneulatus Ag. 
Cutleria multifida Grev. 
Laminaria Fascia Ag. 
Taonia atomaria Mont. 
Stilophora Lyngbyei J. Ag. 

` Striaria attenuata Carm, 
Asperococcus Turneri Grev. 
Litosiphon pusillus Harv. 
Mesogloia virescens Berk. 

— Griffithsiana J. Ag. 
Elachistea stellulata Harv. 
— attenuata Harv. 
Sphacelaria filicina Ag. 
Ectocarpus, fasciculatus Harv. 
— granulosus Ag. 
Myriotrichia filiformis. Harv. 
Rhytiphlœa complanata Ag. 
— thüjoides Ag. 
Polysiphonia urceolata Grev. 
— fibrata Harv. 

— Brodiæi Grev. 

— variegata Ag. 

—. furcellata Ag. 

— pennata 4g. 

Dasya ocellata Harv. 

— Arbuscula Ag. 


Bonnemaisonia asparagoides Ag. 


Laurencía eærulescens Crouan 
Champía parvula Harv. 
Chrysymenia clavellosa Grev. 
Lomentaria ovalis Endl. 

— kälíformis Gail. 
Peyssonnelia Dubyi Crouan 
Delesseria sanguinea Lmrx 

— sinuosa Lmra 

— alata Lmraz 

— Hypoglossum Lmra: 

— ruscifolia Lmræ 
Nitophyllum punetatum Grev. - 
— Hilliæ Grev. 


Nitophyllum Bonnemaisonii Grev. 
— Gmelini Grev. 
Rhodymenia bifida Grev. 

— Palmetta Grev., — 

—- ciliata Grev. 

Gracilaria multipartita Grev. 
-— compressa Grev. 
Grateloupia filicina 4g. 

— dichotoma J. Ag. 
Gigartina pistillata 5 

— Teedii Lmræ 

Chondrus norvegicus Lmræ 
Phyllophora rubens Grev. 

— membranifolia J. Ag. 
Gymnogongrus Griffithsiæ Mart. 
Halymenia ligulata Ag. 
Ginnania furcellata Mont. 
Callymenia reniformis J. Ag. 
Naecaria Wiggii Endl. 
Gloiosiphonia capillaris Carm. 
Nemaleon multifidum J. Ag. 
— purpureum Chauwuv. 
Dudresnaya coccinea Crouan 
— divaricata J. Ag. 

Ptilota elegans Bon. 
Microcladia glandulosa Grev: 


. Ceramium diaphanum 4g. 


— gracillimum Griff. 


= nodosum Harv. 
— echionotum J. 4g. 


— acanthonotum Carm. 
— ciliatum Duoclua. 
Spiridia filamentosa Harv. 
Griffithsia setacea Ag. | 
Wrangelía multifida J. Ag. 
Callithamnion Plumula 4g. 
— Turneri Ag. 

— telragonum Ag. 

— Hookéri Harv. 

— roseum Harv, 

— polyspermum Ag. 

— Borreri Ag. 

— spongiosum Harv. 


^(4) L'Erodium maritimum est commun sur ilot du Pilier, où eroît aussi le Lavatera 
arborea L. Cétié grande Malvacée est spontanée sur la plupart de nos ilots de Bretagne; 
prés de Plembouchure de Ja Loire, on la retrouve sur le curieux rocher de Pierre- 
Percée. 


748 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Callithamnion pedicellatum Ag. Bangia fusco-purpurea 4g. 
Bryopsis plumosa 4g. Rivularia nitida Ag. 

Ulva Lactuca 4j. — investiens Crouan 

Cladophora arcta Kuetz. Sphærozyga Carmichaelii Harv. 
— lanosa Kuetz, Lyngbya majuscula Harv. 

— pellucida Kuetz. —: ferruginea Ag. 

— alhida Kuetz. Hormotrichum Carmichaelii Kuetz. 
— Hutchinsie Harv. — Younganum Kuetz., 

Couferva Melagonium W. et Mohr (1) 


M. Guillet, dont nous avions étudié avec intérêt, à l'exposition nanWise, les 
appareils d'ostréiculture, nous montre avec beaucoup de complaisance ses 
parcs à huîtres, que la marée vient de découvrir. Il nous donne toutes les 
explications que nous lui demandons, et nous permet de soulever les pierres 
pour voir des huîtres à divers âges. Sous ces pierres, M. Weddell nous fait 
remarquer de petites coquilles transparentes et squammiformes offrant sur 
leur valve interne un trou situé prés de leur point d'attache ; il ne faut pas les 
confondre avec les huîtres naissantes ; elles portent le nom d'anomies-pelure- 
d'oignon (Anomia Ephippium Lam.). Le nombre d'huitres (Ostrea edulisL.) 
exportées chaque année de Noirmoutier est d'environ 700 000, et ce commerce 
tend chaque jour à s'accroitre (2). 

En quittant l’Herbaudière, nous cueillons le Glaucium luteum Scop. , ' Ono- 
pordum Acanthium L., et la forme maritime du Thrincia hirta Roth. Nous 
retrouvons aussi l'Zelichrysum Stechas DG., mais il ne forme pas ici, 
comme à Barbâtre, de véritables champs. A sa place croit l' ZpAedra dista- 
chya L., qui rougit les dunes de ses fruits et qui, par ses racines, maintient 
leurs sables mouvants. 

Nous passons tristement devant la Liniére, petite campagne oü Impost nous 
aurait recus naguére avec tant de bonheur, et nous arrivons au bois. de la 
Blanche, dépendance d'une vieille abbaye de bernardius, dont nous aperce- 
vons les restes à l'extrémité du fourré. Notre-Dame-de-la-Blanche (Beata 
Maria de insula Dei), fut fondée en 1205 par Pierre I, seigneur de la Gar- 
nache. Les bénédictins de l'abbaye Noire ayant été chassés de l'ile par les 
Normands, Pierre II appela une petite communauté contemplative primitive- 
ment établie sur l'ilot du Pilier, uni alors à Noirmoutier par une digue qui 
menacait chaque jour de serompre. Ces nouveaux moines portaient le costume 
blanc de l'ordre de Citeaux ; de là est venu le nom de leur demeure. 

La Blanche tombe actuellement en ruine; sa chapelle est détruite, mais le 
corps principal du monastère et l'abbatiale sont assez bien conservés. Sur le 


(1) Découvert au Pilier par MM. Gautier et Corneille, 

(2) Un autre mollusque est, à Noirmoutier, l'objet d'une grande exportation : c'est 
la moule (Mytilus edulis L.). On pêche les moules non-seulement pour les employer 
comme aliment, mais aussi pour les transporter à Pornic et sur la côte voisine où elles 
servent d'excellent engrais. En agissant ainsi, on délivre les bancs d'huitres de ce 
coquillage envahisseur. (Renseignements donnés par M. Pitre Boucheron.) 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 4861. 749 


grand portail, l'archéologue remarque deux lions en pierre d'un certain 
mérite. 

Le bois de la Blanche est une riche localité pour le botaniste: au printemps, 
l'Omphalodes littoralis Mut. et le Lysimachia Linum stellatum L, forment 
gazons dans les sables : nous y trouvons l'Orobanche Hederæ Vauch. A.C, sur 
les lierres, le Rhamnus Alaternus L. et le Cistus salvifolius L. CC. , celui-ci 
malheureusement trop avancé : rien de plus éphémère que cette belle fleur. 
En vain nous cherchons le Daphne Gnidium L. (vulgo Sain-bois), dont 
MM. Gobert et Viaud-Grand-Marais avaient cueilli encore quelques pieds, il 
y a trois ou quatre ans. Du temps de Piet, il y existait en telle abondance que 
le fourré en paraissait blanc par endroit. D'aprés M. Lloyd, le DapAne Gnidium 
est encore trés-commun à l'anse du Perray et au bois du Veillon, autres points 
de la cóte de la Vendée. 

Le Quercus Ilez L. (Chène-vert, Yeuse), qui forme l'essence principale du 
bois, y offre la plus grande variété de port et de feuillage; ses feuilles 
tantôt rappellent celles de l'Olivier, et taptôt sont épineuses comme celles 
du Houx. Quelques pieds, rameux dés leur base, ont même un aspect tout 
particulier et portent des feuilles petites et épineuses. Bonamy y voyait à tort 
le Quercus coccifera L. Comme Piet le fait remarquer avec raison, c'est la 
seconde pousse de Quercus Ilex dont le tronc a été coupé au niveau du sol. 
Le Q. coccifera est un arbre de la région méditerranéenne, et ses feuilles sont 
glabres sur leurs deux faces. Parmi les Yeuses, nous rencontrons un Chéne 
intéressant, à feuilles non persistantes, le Quercus pubescens Willd. 

Longeant la partie du bois qui touche la mer, nous récoltons, daus le petit 
bosquet situé au nord de l'abbaye, le Scrofularia Scorodonia L. Là croit 
aussi Amaryllis lutea L. , que Bonamy, cité par De Candolle, croyait spon- 
tané à Noirmoutier. Cette belle plante, à grand périanthe jaune, continue à se 
multiplier, Nous la trouvons sortant à peine de terre ; elle donne ses fleurs 
aux premiers jours de septembre, et ses feuilles n'apparaissent qu'après la 
floraison. 

A onze heures, nous sommes accueillis, dans la cour du vieux couvent, 
par les hourras de quelques retardataires ; nous y sommes aussi rejoints par 
M. l'abbé de Lacroix, notre président, par M. le maire de Noirmoutier et par 
son fils, M. Henri Jacobsen. 

Les fermiers nous dressent alors en plein air une table portée sur des tré- 
teaux, et notre maître d'hótel, venu de Noirmoutier, prépare le déjeuner. En 
attendant le repas, nous cueillons dans le jardin l'Oza/is corniculata L. C. 
sur les murs, l'Azosma Punctum de Lerx, que M. de Lacroix nous fait re- 
marquer sur des Fenouils (Ææniculum officinale All.), et enfin une rareté 
pour le pays, le Poa megastachya Kæl. (Poa et Briza Eragrostis L. Era- 
grostis megastachya Link), commun dans les allées. Cette plante, à odeur 
fétide, nous parut alors nouvelle pour l'ile; la Flore de l'Ouest ne l'indique, 


750 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


en effet, qu'aux Sables-d'Olonne (Delalande) et à Challans (Viaud-Grand- 
Marais). 

Nous avons su, depuis, que le docteur Plantier a recueilli le Poa megasta- 
chya, il y a plusieurs années, à l'Épine, dans la partie ouest de l'ile. Piet, 
longtemps avant lui, l'avait signalé sur divers points de Noirmoutier, comme 
il l'annonca à Hectot, le 16 fructidor an xir, par une lettre qui fait actuel- 
lement partie de la collection de M. Dugast-Matifeux. 

M. Lloyd s'était séparé de nous pour une vérification sur un point dela cóte 
que nous ne devions pas visiter. Il s'agissait de retrouver l’ Echium à grandes 
fleurs qui lui avait été envoyé par M. E. Revelière et qui est noté, p. 303, 
dans la Flore de l'Ouest. Ses recherches furent malheureusement infruc- 
tueuses, car du Sableau (1) au fort Larron, lieu indiqué, il ne vit que 
PE. vulgare. Cependant, depuis longtemps, Piet connaissait aussi un 
Echium à grandes fleurs, et dans sa correspondance avec Hectot, du 29 juin 
1807, il insiste sur la différence existant entre celui-ci, qu'il appelle PÆ. ita- 
licum, et VE. vulgare L. Ces faits nous engagent à recommander cette 
plante critique aux botanistes du pays (2). 

Cependant le reste de la Société continuait à longer le bord de la mer et 
avait traversé le petit village de la Madeleine, situé au milieu des sables. Aprés 
la Madeleine vint le Vieil, dont la cóte schisteuse est un rendez-vous pour la 
pêche. Des écluses, sortes de petits parcs entourés de pierres, retiennent à 
marée basse des poissons et de nombreux crustacés. Il suffit de creuser le 
sable du rivage pour y pécher en grande quantité la palourde (Venus decus- 
sata Lam.) 

Gette pauvre bourgade du Vieil était autrefois la capitale d’ Herio, et possé- 
dait, sous le nom d'église Saint-Hilaire, le plus ancien temple chrétien 
de l’île. , 

Sur la plage, parmi les Algues rejetées par la mer, nous remarquons le 
Chondrus polymorphus (Fucus crispus L.), dont les frondes violettes blan- 
chissent rapidement à l'air, et qui sert à Noirmoutier à faire des blancs- 
mangers. 

Prés d'un moulin situé sur la cóte et construit en cailloux roulés, on peut 
cueillir au printemps le Cochlearia danica L. CC. et le Lysimachia Linum 
stellatum L. 


Voici l'anse de la Claire, où se livrérent pour l'indépendance de l'ile tant 


(1) C'est au Sableau que croissent un certain nombre de plantes intéressantes pour 
l'ile : Lupinus reticulatus Desv., Euphorbia. Esula L., Galium. neglectum Le Gall, 
Diotis candidissima Desf., Tribulus terrestris li., Statice plantaginea All., etc. 

(2) Depuis la rédaction de ce rapport, cette plante a été retrouvée dans l'ile par 
M. Gobert, qui en a signalé trois ou quatre pieds au fort Larron; ils appartiennent, 
d'après M. Lloyd, non à l'Echium grandiflorum Desf., mais à PE. plantagineum L. 
Mant. et G.-G. Fl. de Fr. (Note ajoutée pendant l'impression.) 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 751 


de combats à chances diverses, mais toujours glorieux ; les insulaires y dounè- 
rent des preuves de cette bravoure stoïque qu'ils ont acquise dans leurs luttes 
continuelles contre les éléments. 

Dans les dunes voisines, des plantations régulières de Tamariz anglica 
Webb maintiennent les sables. Nous y cueillons le Zinaria arenaria DG., 
P Erythræa pulchella Fries sous sa forme naine souvent uniflore, le Juncus 
maritimus Lam., le Scirpus Holoschenus L. C. par grosses touffes, l Bri- 
geron acris L., etc. 

Au voisinage du moulin de la Lande se montrent à nous le Spiranthes 
autumnalis Rich. et l Exacum filiforme Willd. Là croit aussi l’Zrythræa 
maritima Pers. 

Un cap avancé sépare la Claire des petites anses qui lui font suite, et à l'ex- 
trémité de cette pointe s'éléve au-dessus des vagues un amas de rochers for- 
mant ilot à marée haute. C'est le Cob, localité intéressante pour le minéralo- 
giste, qui peut y recueillir plusieurs variétés curieuses de mica. 

Des Chénes-verts et des Pins commencent à se montrer sur la côte vis-à-vis 
du Cob, et bordent tanse des Souzeaux ; ils forment le bois de la Lande. En 
entrant dans ce fourré, M. Bureau découvre un seul pied de Diotis candi- 
dissima Desf. Nous y cueillons en fruits le Convallaria Polygonatum L., et 
nous retrouvons le Chêne critique de la Blanche. Sur la plage de l'anse des 
Souzeaux croit, entre autres plantes, l'A£riplez rosea L. (et Lloyd Flore de 
l'Ouest ; A. crassifolia Meyer) aux feuilles argentées et farineuses. L'Arena- 
ria peploides L. y forme tapis, mais ne présente pas de fleurs; dans les 
sables voisins nous retrouvons les restes de diverses Graminées : Phleum are- 
narium L., Festuca dumetorum L. (F. sabulicola L. Duf.), Aira canes- 
cens L., etc. 

L'ancienne batterie du Tambourin , avec ses grottes et ses admirables ro- 
chers, a été transformée en lieu de plaisance par les notables de la ville; ils y 
ont fait des plantations de Tamarix et autres végétaux capables de résister aux 
vents de mer, etdu côté de Fanse des Souzeaux ils ont établi des cases en bois 
pour les bains. Au milieu de l'anse des Fontenelles le docteur Fr. Plantier a 
construit une tour, sorte d'observatoire d’où la vue s'étend au loin sur l’île et 
sur Ja baie de Bourgneuf. Là nous nous dispersons : les uns s'enfoncent dans 
le bois de la Chaise (1), que Richer n'a pas trop vanté; les autres, mieux di- 
rigés, prennent le ravissant sentier des grottes. Rien de comparable à ce petit 


(4) Outre le bois de la Chaise, la partie nord-ouest de Noirmoutier possédait naguère 
un autre bois trés agréable et plus rapproché de la ville, le bois du Pélavé, actuellement 
en coupe. Sous ses Yeuses séculaires et ses Pins-maritimes, le botaniste pouvait recueillir 
le Tillæa muscosa L., l Arenaria montana L. C C., les Convallaria multiflora L. et C. 
Polygonatum L..C.C., Y Ornithopus ebracteatus DC., le Ruscus aculeatus L., Y Anthe- 
ign planifolium L. CC.; Y'Anthoxanthum aristatum Boiss,, le Sedum anglicum 

. ele. 


752 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


chemin, qui tantôt suit la plage et tantôt monte en serpentant sur la falaise. Ici 
nous semblons nous frayer une route dans le fourré, là nous nous courbons 
pour passer sous une grotte, et partout nous avons la mer et la côte voisine 
pour fond du tableau. Chaque grotte, chaque rocher curieux a son nom et sa 
légende. Cette longue caverne, dans laquelle on ne pénétre qu'en rampant, 
c'est la grotte de Saint-Filbert, où plus d'un noble cœur est venu puiser des 
inspirations généreuses. Cet énorme rocher de quartzite, coupé nettement en 
deux par une fente verticale, porte le nom de rocher de Saint-Pierre; il a 
aussi sa légende. 

Au milieu de ces blocs entassés existait, il y a peu d'années, une pierre 
en.équilibre qui, frappée avec un caillou, rendait uu son argentin : on la 
nommait la pierre qui sonne. Un miuéralogiste voulut en avoir un fragment ; 
depuis ce moment, la pierre ne sonne plus, et roulée par la tempéte n'est plus 
qu'une pierre sans nom. 

Tout en admirant cette belle nature, nous cueillons le Scrofularia Sco- 
rodonia L., Anthoxanthum aristatum Boiss. var. maritimum, le Scilla 
autumnalis et l’ Asplenium lanceolatum Sm.; et, malgré les indications d'Hu- 
bert (1), nous cherchons en vain l Asplenium marinum L., si commun à Belle- 
lle. Le Quercus pedunculata Ehrh. se montre déjà mêlé au Q. Hex, et sur la 
lisiere du bois apparait le Pin-maritime (Pinus maritima. Lam.) planté en 
grand, daus cette partie de l'ile, par la famille Jacobsen. 

Dans le bois se montrent à nous les plantes suivantes : Calluna vulgaris 
Salisb.. CC., Erica cinerea L. CC., E. scoparia L. A.C., E. ciliaris L. 
A.C., E. Tetraliz L. C., Lobelia urens L. A.C., Rosa pimpinellifolia L., 
Polygala depressa Wender. , ce dernier à fleurs bleues, roses et blanches. 

Sur les rochers croît l Umbilicaria pustulata Hoffm., et dans leurs cre- 
vasses abonde le Crithmum maritimum Y. (Casse-pierre, Criste-marine) dont 
les feuilles sont confites dans du vinaigre et servies de la même manière que 
les cornichons. } 

L'Zedera Helix L. serpente partout dans le sentier des. grottes; souvent 
ses feuilles sont entières, et méme parfois presque lancéolées. 

Dans l'anse-rouge nous retrouvons le Scirpus Joloschenus L., et nous 
cueillons pour la première fois l'Arenaria peploides L. en fleur et en fruit. 

Dans celle du bois de la Chaise, si bien garantie des vents et si agréable pour 
les baigneurs, nous retrouvons aussi cette derniere plante en fructification. 

Les sables voisins et ceux du fort Saint-Pierre sont couverts à la fin de mai 
des fleurs d'or du Crepis bulbosa Tausch. Nous en déterrons quelques 
souches bien reconnaissables par leurs tubercules ovales et blanchátres, et nous 
rejoignons la Chambre des Dames, notre dernier rendez-vous. 

La Chambre des Dames est l'endroit le plus ravissant du bois de la Chaise ; 
C'est un ensemble de rochers et de grottes pittoresques au milieu desquels 
s'élève un bosquet de grands Chénes-verts. A nos pieds s'étend la baie de 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 753 


Bourgneuf toute bleue comme un grand lac, et couverte de barques à voiles 
blanches et rouges. Plus loin s'élèvent les côtes de l'ancienne ile de Bouin et 
du pays de Retz avec leurs clochers et leurs villages. 

Nous retrouvons dans cet endroit toute la société de Noirmoutier qui nous 
y attendait, et à deux heures et demie nous nous y sommes tous réunis pour 
la séance de clóture (1). 


Aprés la clóture de la session extraordinaire, M. Jacobsen, maire de Noir- 
moutier, réunit les membres du Bnreau à ua banquet abondamment et élé- 
gamment servi, surtout en produits du pays. 

Un toast est porté par M. Arthur Walker , vice-président de la session, au 
nom de la Société botanique, à M. et M"* Jacobsen, à l'administration muni- 
cipale , et aux habitants de Noirmoutier, pour leur accueil bienveillant. Un 
second toast est ensuite porté par M. Jacobsen à la Société botanique et aux 
savants distingués qui, venus de pays si divers, ont honoré l’île de leur présence. 

A six heures, chacun se hâte de monter en voiture; le temps presse, et la 
marée n'attend pas. Gráce à nos chevaux fatigués et trainant une charge trop 
lourde, la chute du jour nous surprend dans le Gois. La lune, s'élevant à l'ho- 
rizon, donne à tontes choses un aspect fantastique; les balises, surmontées de 
leur cage, projettent au loin leurs ombres. Rien de plus étrange que l'aspect 
des diligences roulant dans la mer comme sur une vaste plaine. Tout allait 
pour le mieux cependant, lorsqu'au milieu du Gois les voitures s'arrétent en- 
vasées, et les plus vigoureux coups de fouet ne peuvent nous tirer d'embar- 
ras, Pour toute ressource, il nous faut descendre dans l'eau, qui déjà atteint 
l'essieu, et pousser les roues. Cet incident, un des plus piquants de l'excur- 
sion, permet à plusieurs d'entre nous d'exécuter à pied le reste du passage, 
el nous arrivons tous sains et saufs à Beauvoir, où nous nous quittons après 
les plus chaleureux adieux. 


LICHENES ADNOTATI IN ARMORICA, AD PORNIC, A WV. NYLANDER (2). 


Mense Augusto anno 1861, Societate botanica Gallie in Armorica conven- 
tum extraordinarium ejus anni agente iterque illuc facilius reddente, festi- 


(1) En regagnant la ville, aprés la séance de clóture, quelques membres de la 
Société, dirigés par M. Bureau, ont récolté le Ranunculus Drouctii Schultz, dans des 
réservoirs situés sur les bords du chemin qui mène du Pélavé à Banseaux. D'autres, 
sous la conduite de M, A. Viaud-Grand-Marais, ont cueilli, dans les fossés des Sorbets, 
le Ceratophyllum submersum L. Ces deux plantes sont nouvelles pour la flore de l'ile. 

. (2) Pendant que la Société parcourait l'ile de Noirmoutier, M. w. Nylander, vice- 
président honoraire de la session, est allé explorer, pour l'étude spéciale des Lichens, 
lés rochers maritimes voisins de Pornic. Le savant lichénographe a publié le résultat de 
ses recherches dans les Acti Societatis scientiarum fennicæ (t. Vil, janvier 1863), et 
nous sommes heureux de pouvoir reproduire, avec son autorisation, cet intéressant 
travail. (Note de la Commission du Bulletin, mai 1863.) 


T. VOL 49 


75h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


nanter mihi licuit duobus diebus explorare regionem maritimam circa Pornic 
præsertimque littus rupestre ejusdem regionis. Cum terre ibi cultæ spatia 
omnia mari vicina occupent, qua non ericetis constituuntur sterilissimis, atque, 
cum silvae simul omnino deficiant et saxa nuda vix nisi ad littus summum 
ocurrant, mox palet regionem talem uniformem Lichenes modo paucos pro- 
ferre, tamen ratione habita distributionis geographic? eorum vegetabilium 
interest, ut examinetur, quas species littus illud meridionale peninsula armo- 
ricensis alat. Paucissimæ quidem bæ sunt, at formas nonnullas notandas con- 
tinent, quare operæ pretium sit, ut seorsim expositio fiat vegetatiouis ita res- 
trictæ, atque ut videatur, quænam imprimis species ibi obveniant quæñam- 
que excludantur. Sed jam animadvertendum est, formas ibidem obvias 
minime depauperatas aut parum evolutas observari; contra ea sub coelo 
miti humoribus maris atlantici outrite bene vigentes reperiuntur. Varia 
sunt caussæ, qui ad tenuitatem numeri specierum conferunt, sed praecipua 
quaerenda est iu angustia summa et uniformitate zone Lichenibus habitabilis, 
qui scilicet definitur solo littore rupestri prærupto, Zes falaises gallice dicto, 
et parum elevato, planitie proxime vicina fere ubique culta ; species sic tan- 
tum saxicolæ et terrestres inveniuntur, corticolæ autem modo parcæ, nam 
nonnisi arbores raræ vel hortenses adsunt. 

In littore marino, de quo agitur, ád Pornic, supra rupes qua schisto mica- 
ċeó constituuntur, copia maxima obveniunt Zecanora parella, L. atra, L. 
sulfurea, Parmelia proliza, Lichina confinis, L. pygmæa et Verrucaria 
maura, Hæ frequentissimas sistunt species et ubique fere visibiles, ‘at notan- 
dum est, quasdam earum zonam modo certam habitare, aut inferiorem aut 
superiorem rupium littoris illius. Sic infimum locum ad aquam occupat 
rum occurrit; supra eam crescit. Verrucaria maura, similiter zonam suam 
determinatam habens ; deinde superposita est zona Lichinæ confinis; ita Ver- 
rucaria maura situ intermedia invenitur inter inferiorem eo Lichinam pyg- 
meam et superiorem Lichinam confinem, omnes vero tres species accessu 
quoque æstuum omnino submerguntur vivuntque plane sicut Algæ eadem loca 
habitantes. Jam quotidie émérsæ aérem hauriunt, jam (et tempore pariter 
longo) submersæ aqua maris undique penetrantur. Lichenes ceteri superius 
ad rupes degunt, nec æstibus marinis adtinguntur. 

Sequentes sunt Lichenes praecipui ad Pornic (1) observati. 

1. Lichina confinis Ag. — Frequens, accessu quovis maris submersä. 


. (1) Antequam ad Pornic perveni prope vicum Dorvault, a mare nonnullis millariis 
distantem, notavi species quasdam. Aderant ibi ex. gr. Lecanora sophodes f. Roboris 
(Duf.) sat frequens ad corticem Quercus simul cum Lecidea myriocarpa et Pertusaria 
Wulfenii, Lecidea lutea Schær. quoque ad Quercus, L. umbrina f. vermifera (Nyl.) 
ibidem, L. uliginosa, L. coarctata; Sphinctrina microcephalà. (Tul.), Graphis inusta 
Ach. ad Acer Pseudoplatanum, Stereocaulon nanwm Ach. , Sirosiphoa saxicola Né. 


SESSION EXTRAORDINAIRE À NANTES EN AOUT 1861. 755 


D. pygmea Ag. — Copiosissime, zona infra praecedentem vigens. 

3. Collema pulposum Ach. —— Passim. 

A. . Leptogium subtile. (Schrad.) Nyl. Lich. Scandin: p. 34, — Sterile 
rarius obvium, ` 

9. Cladonia alcicornis Fik. — Sat frequens. 

6. Cl. firma Nyl. in Bot. Zeit. 4861, p. 352 (Nyh Syn. I, p. 191). — 
Frequentissime et saepe admixta cum præcedente, Thallus laciniato-squamo- 
sus pallide glauco-virescens , subtiliter subareolatim insculptus, laciniis ere 
natis et crenato-incisis, subtus albide glauco-rosellus (vel ibi albo-suffüsus, 
colore pallido translucente). Podetia fere sicut in C. aleicorné, raro obvia. 
Laciniæ constipata adscendentes vel suberectæ. Late effusa crescit heec Cla- 
donia, quie inter cerbicornem majorem et alcicornem locum quodammodo 
medium occupare videtur. Bona quoque lecta fuit £/. firma in Belgio à cl. 
Coemans, et certiorem sistat speciem propriam quam multæ aliæ in hoc 
genere admissæ. Color obscurior thalli jam recedit ab alcicorni, quæ est 
longe magis flavicans. 

7. Ramalina pollinaria Ach. (« insignior, latior, dl et sæpius corti- 
cola » Nyl. Syn. I, p. 297). Rarius. — Sterilis modo obvia. Fere jungenda 
eum À. maciformi (Delil.) et tum separanda a pol/linaria. 

8: Parmelia proliza (Ach.) Nyl. Syn. Y, p. 40h, Lich. Seand. p. 102 
— Frequens supra saxa. 

9. Placodium murorum var. obliteratum Vers. — Ibidem sat frequenter 
obyia. Etiam typus speciei passim. 

10. Lecanora vitellina Ach. — Supra schistos passim. 

11. L. ferruginea f. festiva (Ach.). — Supra schistos et quoque supra ter- 
ram rupium ad mare passim. Etiam apotheciis obscure ferrugineis obvia, 

12. Le holophea Mnt. Canar. p. 413 (Lecidea sublurida Nyl Enum: 
Lich. suppl. p. 337, Thalloidima subluridum Mudd. Zr. L. p. 172). — 
Thallus luridus vel cervino-luridus squamosus, squamulis constans firmulis 
difformibus ambitu repandis vel obtuse crenatis, passim subcontiguis et sub- 
continue expansis, vel passim nonnibil imbricatis; apothecia concoloria vel 
epitliecio plano paulalum obscuriore, fuscescente, praesertim juniora lecano- 
rina (deinum vero faciei saepius biatorinæ) ; sporæ 8"* (interdum 6"*) inco- 
lores oblongo-fusiformes 1-septatze, longit. circa 0,011 millim. , crassit. circa 
0,0045 millim. , paraphyses mediocres, apice leviter incrassatæ leviterque ibi 
infuscatæ, hypothecium incolor. Gelatina hymenea iodo cærulescens (thecae 
precipue apice) — Sat frequens ad rupes prope mare et supra terram in 
earum rimis, Videtur esse species omnino maritima et latissime distributa, 
nam jam lecta fuit in insulis Canariis, in Algeria (Letourneux) et in Hibernia 
(cf. Nyl. in Ann, sc, nat. h, XV, p. 377). 

43. L. sophodes var. confragosa (Ach.) Nyl, Lith. Scandin. p. 449. 
Huc pertineat Lecanora milvind Tay Miben. p. 135, — Spöræ longit. 


756 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


circa 0,023 millim., crassit. circiter 0,011 millim. Apothecia margine thal- 
lino albido cincta et thallus ipse albus (albidus) tenuis areolatus. — Supra 
schistos ad mare passim. — Lecanora sophodes var. exigua (Ach.) Nyl. L c. 
d. 150, ibidem socia Z. ferrugineæ f. festive? (Ach.). Sporæ longit. 
0,015-17 millim., crassit. 0,008 millim. (1). 

44. L. subfusca var. argentata (Ach.). — Etiam saxicola, thallo rugoso, 
sporis longit. 0,011-12 millim., crassit. circiter 0,008 millim. Ad mare 
passim. Quoque var. distans Ach. supra schistos (cum Lecanora athalla), 
apotheciis pallidis, margine thallino crenulato vel flexuoso cinctis, sporis 
longit. 0,011-15 millim.,. crassit, 0,006-7 millim. — *Z. umbrina (Ach.) 
Nyl. Lich. Scandin. p. 102, f. apotheciis fuscis nudis interdum fusco- 
pallescentibus, supra schistos ad mare. Spore ei longit. 0,011-12 millim., 
crassit, circa 0,006 millim. 

15.: L. glaucoma Ach. — Supra schistos eatis frequens. 

16. L. sulfurea Ach. — Frequentissime ibidem. 

17. L. atra Ach. — Frequentissime ibidem. 

18. L. parella Ach. — Etiam hec valde frequens supra schistos ad 
mare. 

19. Z. dimera Nyl. L c. p. 169, f. ecrustacea. — Sporæ rite evolutæ 
1-septatæ, longit. 0,012-15 millim., crassit: 0,0055-65 millim. Supra 
schistos ibidem. Magis evoluta terrestris, ibidem, thallo albido vel albido- 
cinerascente granulato (sat tenui et friabili), apotheciis pallidis vel fuscis, 
demum convexis et tum biatorinis, sporis oblongis 1-septatis (vel simpli- 
cibus), longit. 0,011-21 millim., crassit. 0,005-6 millim. Gelatina hyme- 
nea iodo cærulescens, deinde (saltem sordide) vinose rubens (2). 

20. Z. cinerea "gibbosa (Ach.) Nyl. l. c. p. 154. — Forma atypica macra 
depressa, supra schistos ad mare. Spore longit. 0,026-32 millim. , crassit. 
0,015-18 millim. 

21. L. sarcogynopsis Nyl. — Thallus cinerascens subindeterminatus sat 
tenuis, inaequalis, rimosus vel rimoso-areolatus; apothecia nigra nuda medio- 
cria, sæpius lecideina, opaca, margine proprio distincto, flexuoso, haud 
raro nonnulla contigua; spore ellipsoideæ, longit. 0,0105-115 millim., 


(4) Hic sicut ubique in scriptis meis lichenographicis mensuras attente dedi spora- 
rum, qua mensura formis distinguendis notas facillimas et pondere haud carentes 
praebent. Certe quoque in bryologia, ubi tamen spore vulgo minoris habentur momenti 
inter characteres systematicos, mensuræ ille micrometricæ respiciendæ sæpeque admo- 
dum utiles essent, quantum equidem vidi. , 

(2) Non confundatur cum subsimili Lecanora erysibe. Hoe loco notetur , Patellariam 
confertam Dub. Bot. gall. p. 654 (Fr. L. E. p. 155 sub Parmelia) non athroocarpæ 
sistere varietatem, sed subfuscæ (convenientem ferz cum biatorea Nyl. Lich. Scandin. 
p. 161). In specimine archetypo a beato Aug. Le Prevost prope Bernaicum lecto 
spore sunt oblongæ vel ellipsoideg simplices,  ongit. 0,010-15 millim. , crassit. 
0,0045-55 millim.; gelatina hymenea iodo satis persistenter cærulescens. gH 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 797 


crassit. circiter 0,007 millim., paraphyses mediocres vel haud bene discretæ, 
hypothecii stratum subhymeniale (vel medium) fuscum et inferius pallidius 
sordidum (in lamina tenui). Gelatina hymenea iodo cærulescens, dein vinose 
(vel violacee) rubens. — Supra schistos. Faciem habet quasi Lecidecæ para- 
site in thallo Zecanore cinereæ (vel calcareæ). Epithecium punctato-rugu- 
losum. Apothecia lecanorina (vel margine thallino extus obducta) satis rara. 

22. *L. athalla (Duf. sub Collemate), — Supra schistos atque etiam supra 
terram passim. 

23. "L. simplex (Dav.). — Supra schistos ad mare passim. 

2h. Lecidea parasema f. flavens Nyl. Lich. Scandin. p. 947. — Ad Pinos 
prope mare frequens. Var. /atypea (Ach.) Nyl. l. c. supra rupes schistosas 
sat rara. 

95. L. aromatica Ach. — Ad terram saxorum et in eorum rimis, rarius. 
Sporæ simplices vel tenuiter 3-septatæ, longit. 0,016-23 millim., crassit. 
0,0045-65 millim. Gelatina hymenea iodo intense cærulescens, dein vinóse 
rubens. 

26 *L. heterophora Nyl. — Thallus sordide nigricans glebulose difíractus 
opacus scabrosulus; apothecia nigra planiuscula mediocria marginata, intus 
concoloria; spore incolores oblongae 3-septatæ, longit. 0,016-20 millim., 
crassit. 0,0045-65 millim., paraphyses gracilescentes, apice nigricanti- 
clavatæ, hypothecium fusconigrum. Gelatina hymenea iodo intense et 
persistenter cærulescens. — Supra terram in fissuris rupium Schistosa- 
rum (1). 

21. L: contigua (Fr.) Nyl. l. c. p. 224. — Passim supra schistos. 

28. L. fuscoatra Ach. f. fumosa Ach. et Mosigii Ach., lm l. c. p. 230. 
— Sat frequenter. 

29. L. stellulata Tayl. — Sat frequens supra schistos. Etiam var. ecru- 
stacea ibi raro occurrit, simul cum Zecanora umbrina. 

30. Z. alboatra var. athroa (Ach.) Nyl. l c. p. 235. — Schisticola, 
thallo cinerascente inæquali, sporis longit. 0,016-17 millim: , crassit. 0,009- 
10 millim. , submurali-divisis. Occurrit simul ecrustacea. Crescit socia Lecideæ 
lenticularis. 

34. L. disciformis Fr., Nyl. — Etiam saxicola, ad saxa quartzosa cre- 
scens. Sporæ hic circa longit. 0,013-16 millim., crassit. 0,006-8 millim.. 
Ad Brest legerunt DD. Crouan varietatem hujus speciei diminutam, thallo 


(1) Forsan solum sit status Lecideæ aromalice, a qua vero jam differt thallo et 
colore iodo effecto hymenii. Attamen observandum, thallum esse Sirosiphone saxicola 
Næg. instratum indeque etiam obseuratum. Apothecia pycnides offerunt in' thalamio 
immersas, ovoideas, stylosporis acicularibus curvulis vel leviter flexuosis (longit.0,020-25 
millim., crassit. circiter 0,0025 millim.) ; pycenides hæce nullum babent conceptaculum 
distinctum et ad Hymenobi@ speciem pertineant (sin ad H. insidiosam Nyl. Alger. 
p. 338, Prodr. Gall, Alger, p. 125). á 


758 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


alho sat -tenui determinato , sporis longit. 0,023-27 millim, „> crassit, 
0,010-12 millim. 

32. L. lenticularis Ach. (chalybeia Borr.) —- Thallus fusconiger te- 
nuissimus subgranulosus. Hypothecium nigrum, superius fuscum. Spore 
oblonga 1-septatæ, longit. 0,008-9 millim. , crassit. 0,0035 millim. =- 
Supra schistos passim. — *L. chloropoliza Nyl. Similis Jentieulari , sed 
thallo tenui cinereo-virescente inzequali vel ruguloso, aut tenuissimo vel fere 
evanescente, et apotheciis saepe majoribus (latit. 0,50-75 millim.). Quoque ` 
supra schistos prope mare passim. 

33. L. sarcogynoides Krb. L. sel. it. -— 'Thalus vix ullus distinetns ; 
apothecia nigra mediocria plana marginata, intus concoloria; sporæ 8^* inco- 
lores fusiformes simplices, longit. 0,010-1/^ millim., crassit. 0,003-4 mił- 
lim, paraphyses haud bene discrete, hypothecium (lamina tenui visum) 
fuscum et medio dilutius. Gelatina hymenea iodo cærulescens. — Supra 
schistos, socia Lecanoræ glaucoma, passim. 

3h. *Opegrapha Chevalierii Leight. — Forma apotheciis turgidulis linea- 
ribus flexuosis et saepe nonnihil agglomeratis ; spore oblongo-ovoideæ, 3- 
septatæ, longit. 0,015-16 millim., crassit. 0,005-6 millim. — Supra schistos 
satis frequens. Fere duplo crassiora habet ibi apothecia quam forma, quæ 
datur in Leight. Z. Br. exs. 61. 

35. Arthonia varians (Dav.) Nyl. Lich. Scandin. p. 260. Spore 3- 
septatæ, longit. 0,014-15 millim., crassit. 0,006 millim. — Supra Lecano- 
ram glaucomam passim. 

36. Endocarpon hepaticum Ach., Nyl. 1. c. p. 265. — Praecipue form 
spermogonifera, ad littus maris sat frequens. 

37. Verrucaria maura Whlnb., Nyl. l. c. p. 273. Forma scilicet sporis 
majoribus (longit. 0,015-24 millim., crassit. 0,007-14 millim.) quam 
in scandinavica (cui sunt longit. 0,012-16 millim., crassit. 0,007-8 millim.): 
+ Frequentissime, in zona infera rupium ore, inter zonam Lichinæ 
confinis et pygmææ locum medium occupans. 

38. V. prominula Nyl. (im Mudd: Br: Lich. p. 291), thallo macro 
obscuro evanescente vel nullo conspicuo, facie fere Verrucariæ pyrenophoræ, 
perithecio integro , sporis simplicibus oblongo-ellipsoideis (utroque apice 
obtusiusculis), 0,012-17  millim. longis, 0,007-8 millim. -crassis.— Supra 
saxa ad mare, socia Verrucariæ maure. 

39. V. nigrata (Nyl. Prodr. Gall. Alger. *p. 18h, Purée: p. 9^; 
Spharomphale. nigrata Mudd. Zr. Lich. p. 282) "psammea Nyl., thallo ni- 
gricante tenui, sporis 8"is incoloribus murali-divisis (longit, 0, 036-5^ millim. : 
` erassit. 0,015-23 millim.). — Cum Zndocarpo hepatico: rara; M» Unt 
sabulosam. + 

Hos solum Lichenes ad Pornic prope mare adnotavi. Appenilici loco hic 
addere liceat enumerationem specierum nonnullarum, «quas in collectione 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 18641. 799 


vidi facta in peninsula armoricensi ad Brest ab algologis clarissimis DD. fra- 
tribus Crouan (1). i 


Collema ? magmoides Nyl. Thallus parüm distinctus (vel magmate Algarum inter- 
textus) ; apothecia biatorina sordide vel obscure pallescentia parva immarginata (sub- 
gelatinoidea); spore 80æ incolores oblongæ (altero apice crassiores) 4-septatæ, longit. 
0,011-14 millim., crassit. 0,004-5 millim., paraphyses graciles. Gelatina hymenea 
iodo dilute eærulescens (etiam theca ita tincte). — Supra terram et Muscos minores 
ad Brest (DD. Crouan). Incerti generis. 

C. limosum Ach., C. pulposum Ach. et C. cheileum Ach. 

Placodium citrinum (Hffm.) Nyl. Lich. Scandin. p. 136. 

Pannaria nigra (Ach.). 

Lecanora holophea (Mnt.), L. varia var. conizea (Ach.) et symmicta (Ach.), 
L, punicea Ach. (hæc ad corticem Fagi, tangens L. hæmatommam). 

Pertusaria leioplaca Schwer. et var. octospora Nyl. 1. c. p. 182, P. melaleuca Dub., 
P. pustulata (Ach.), P. mullipuncta var. globulifera (Turn.). 

Lecidea lutea (Dicks.), L. intermiata Nyl., L. metamorphea Nyl. (2), L. carneola 
Ach., L. luteola (porriginosa) Ach. (3), L. grossa Pers. 

Lecidea violacea Crouan, Nyl. ia Flora 1862, p. 464. Est maxime affinis L. dubi- 
tanti Nyl; Lich. Scandin. p. 207. Thallus cinerascens tenuis subgranulosus ; apothecia 
livida vel sordide livido-pallida sat parva, planiuscula, immarginata ; sporæ 8»? oblongæ 
3-septatæ, longit. 0,014-17 millim., crassit. 0,005-7 millim., sepius leviter curvu- 
læ, paraphyses non distinctæ. Gelatina hymenea iodo cærulescens. — Supra schistum ad 
Brest. Facillime heec. Lecidea commiscatur cum Lecanora athroocarpa biatorina , sed pa- 
raphyses haud bene discrete, Spora sicut in Lenocara athroocarpa. 

Opegrapha prosodea Ach,, Nyl. Lich. exot. p. 299 not. 

Graphis inusta Ach. et Gr. sophistica Nyl. frequentes. 

Arthonia cinnabarina var, kermesina Schær. 

Verrucaria microsporoides Nyl, Similis V. mucosæ, sed sporis majoribus (longit. 
0,010-14 millim., crassit. 0,006-7 millim.). Perithecium prope totum nigratum aut 
modo dimidiatum, Fere jungenda est cum Verr. æthiobola.— « Sur les pierres cou- 
vertes tous les jours par la mer hante » (DD. Crouan in litt.) (4). 


(1) Auctores operis insignis « Algues marines du Finistère , recueillies et publiées 

par Crouan fréres. » Brest, 1852 (III vol., 404 numeris). 
(2) Sporis: 3-septatis (vel simplicibus}, longit. 0,017-91 millim., erassit, 0,007-8 
millim. Cf. Nyl, Prodr. Gall. Alger. p. 113. 
3) Lecidea luteola var. porriginosa Ach. apothecia habet carneo-rubella, margine 
ius albo-suffusa, at demum convexa; spore aciculares 3-7-septatæ , longit. 
0,048-62 millim., erassit. 0,0030-35 millim. Ad cortices varios in Gallia, Anglia 
et Suecia (huc peter, videton « Bacidia fraxinea » Lænnr, in Flora 1858, p. 618). 
In specimine Éhrhartiano (germanico) « Lichenis rubelli » sporæ sunt. 3-13-:ep atæ, 
longit. 0,052-105, crassit; 0,008-4 millim. L. luteola var. chlorotica Ach. L. U. 
p.196, non est nisi rubella microcarpa, sporis minoribus (Friesiana Krb.), ad ramulos, 
Hederam, ètc., obvia. 

(4) Sub nomine Lecidea dolichotheca DD. Crouan mihi miserunt specimen microsco- 
pieum, quod certe pertinet ad novam speciem, au vero Leridea sit vel anne Peziza non« 
dum omnino liquet. Recepi eam hac nota « Croit sur la ierre; on ne l'aperçoit qu'à la 
loupe. Cette espèce a un thalle granuleux d'un beau vert, supportant des apothèces 
bruns, convexes ; ses (héques sont grandes. allongées, trés altéiuées à la base, renfer- 
mant 8 spores brunes, ovoïdes». Thecas vidi cylindraceas elongatas, inferie aitenuatas, 
sporas continentes ellipsoideas (longit. 0,032-34  millim., crassit. 0,015-16 millim.) ; 
paraphyses vix ullæ distincte. Thecæ iodo mox cærulescentes ; dein violacee tinctæ, 
apice summo intensius colorato. Sporæ, quas vidi, incolores erant. 


RAPPORTS 


SUR LES VISITES FAITES PAR LA SOCIÉTÉ 


A DIVERS ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES. 


Jardin-des-plantes de Nantes. 


Parmi les moyens en vogue pour populariser le goût des sciences natu- 
relles, il en est peu qui mènent plus directement au but que les jardins bota- 
niques, et il n'en est aucun, assurément, dont on puisse dire avec plus de 
raison qu'il unit l'utile à l'agréable. Aussi, quel est aujourd'hui le grand 
centre scientifique ou industriel qui n'ait ou qui ne désire avoir son Jardin- 
des-plantes ? 

Cependant, bien que l'importance de ces établissements soit généralement 
reconnue, on ne peut dire qu'ils jouissent partout d'une égale popularité, et 
nous ne craignons pas d'affirmer que cela doit étre attribué, en grande partie, 
à ce que les personnes auxquelles on en a confié l'organisation n'ont pas 
eu assez constamment en vue les aspirations du public auquel ils étaient des- 
tinés. 

Un Jardin-des-plantes doit sans doute être un foyer d'instruction ; fais qui . 
ne sait que les moyens qui pourraient être employés avec succès pour parler à 
l'intelligence de l'homme rompu au métier de l'étude, seraient sans influence 
aucune sur celle de l'artisan habitué, dés son enfance, à ne guère occuper que. 
ses mains, aux dépens peut-être de son esprit? Pour l'homme du peuple, le 
Jardin-des-plantes doit étre organisé de telle facon qu'en le quittant, aprés 
n'y avoir cherché qu'un passe-temps, il soit surpris d'y avoir puisé de l'in- 
struction et de sentir se développer en lui le sentiment du beau, auquel il était 
peut-être resté étranger jusque-là. Or, d’où est venue, nous le demandons, 
cette instruction presque spontanée, si ce n’est de la disposition raisonnée 
(mais plutôt artistique que méthodique) des objets divers de la création qui 
ont frappé les regards du promeneur? — On le voit, c'est aux yeux qu'il faut 
d'abord chercher à parler; l'esprit, alors, excité naturellement, ne tarde pas à 
s'enquérir et à comparer; une comparaison en amène une autre, et bientôt 
ce jardin se montre ce qu'il est en effet : un livre toujours ouvert, dont les 
pages, intelligibles pour tous, présentent cet avantage, que chaque jour v 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 761 


imprime quelque trait nouveau pour entretenir la curiosité de ses lecteurs et 
offrir sans cesse à leur esprit de nouvelles jouissances. Inutile maintenant de 
dire qu'il n'y a pas de jardin-type que l'on puisse signaler, à priori, comme 
modèle des jardins botaniques encore à créer; leurs organisateurs devant 
s'inspirer à la fois des idées diverses successivement mises en ceuvre, et adop- 
ter la combinaison qui leur paraitra répondre le mieux aux besoins des 
populations pour lesquelles ils sont appelés à travailler. 

C'est ce que M. le docteur Écorchard nous parait avoir parfaitement com- 
pris lorsqu'il entreprit de redessiner le Jardin de Nantes, et telle a été aussi 
l'opinion unanime de la Commission chargée par la Société de lui rendre 
compte de cet établissement. Mais ce ne serait encore rendre au zélé direc- 
teur qu'une justice incompléte, si nous ne disions aussi combien d'obstacles 
il lui a fallu surmonter, à combien d'attaques il lui a fallu répondre, avant que 
ses projets fussent définitivement mis à exécution (1). 

Depuis lors, l'opinion publique lui a fait ample justice, et la foule empres- 
sée qui, les dimanches et les jours de féte, ne cesse de remplir toutes les 
allées du jardin a donné un éloquent démenti aux tristes pressentiments des 
mécontents. 

Le Jardin-des-plantes de Nantes devait étre, avant tout, un lieu de délas- 
sement; l'instruction devait s'y trouver subordonnée au plaisir de la prome- 
nade, desideratum que M. Écorchard a réalisé d'une manière fort heureuse 
en s'inspirant de ce qui avait été fait avant lui dans le jardin. botanique de 
Kew prés Londres. En deux mots, le Jardin-des-plantes de Nantes, qui ne 
paraît être, à première vue, qu'un jardin paysager dessiné à l'anglaise, est 
en réalité un. charmant arboretum, oü les arbres, les arbustes et beaucoup 
de plantes herbacées d'ornement, au lieu d’être plantés en lignes droites et 
monotones, comme cela se pratique habituellement dans les jardins-écoles, . 
sont disposés, d’après leurs affinités naturelles, en groupes isolés, souvent fort 
élégants, et bien plus propres à donner à l'artiste ou à l'amateur une idée 
vraie de la physionomie des végétaux que s'ils étaient alignés au cordeau. 

Voilà le trait caractéristique du Jardin-des-plantes de Nantes, celui par 


(1) Il n'entre pas dans le plan de ce rapport de donner l'histoire proprement dite du 
Jardin-des-plantes de Nantes, cette histoire ayant déjà été publiée avec tous les détails 
que le sujet comporte (Histoire du Jardin-des-plantes de Nantes, par le docteur Écor- 
chard, 1853) ; il nous suffira de dire que, établi sur le sol d'une propriété qui. avait 
appartenu jusqu'en 1794 au couvent des Ursulines, il commença à exister comme éta- 
blissement public en 1805. Il porta aussi dés lors Je nom qu'il a aujourd'hui, mais il ne 
fut pendant longtemps qu'une sorte de pépiniére, affermée comme telle à divers jardi- 
niers en renom. L'un de ceux-ci, Ant. Noisette, y fit des améliorations importantes et y 
planta bon nombre d'arbres, dont plusieurs contribuent beaucoup aujourd'hui à son 
ornementation. Enfin, en 1840, grâce à l'initiative de M. F. Favre , maire de la ville de 
Nantes, on put inaugurer les travaux beaucoup plus imporíants qui, sous la direction de 
M. le docteur Écorchard, et aprés bien des temps d'arrét, ont fait du vieux jardin celui 
que nous voyons actuellement. 


762 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


lequel il se distingue de tous les autres jardins botaniques que nous connais- 
sons en France, 

Les massifs principaux sont dispersés sur les bords de vastes pelouses ondu- 
lées; ce sont eux qui constituent, à proprement parler, l'arboretum. 
D'autres massifs plus petits, semés çà et là entre les précédents ou entou- 
rant les souches de quelques arbres isolés, sont occupés par des arbustes ou 
des plantes herbacées, remarquables par l'éclat de leurs fleurs ou les particu- 
larités de leur feuillage, tandis que des éclaircies bien ménagées entre eux 
donnent à chaque instant la surprise des plus jolies perspectives. Ici, une 
vaste et belle piece d'eau, agréablement accidentée et parfaitement entretenue, 
a fourni les moyens de cultiver un grand nombre de plantes aquatiques (1); 
plus loin, un-monticule, disposé en labyrinthe et sur les flancs duquel tom- 
hent de petites cascades (2), offre des sites propices à la culture de végétaux 
alpestres ou saxatiles; d'un autre cóté enfin, une plantation d'arbres fruitiers 
fournit les éléments nécessaires à l'étude de la taille (3). 

: Quant aux plantes de pleine terre qui n'ont pu trouver place dans les cul- 
tures précédentes, elles se trouvent reléguées dans une petite école de bota- 
nique spéciale, où on leur a donné aussi une distribution particulière, Dans 
ce mode de plantation, usité également depuis longtemps dans le jardin 
de Kew, toutes les plantes qui constituent une seule et méme famille natu- 
relle occupent une plate-bande spéciale. On discerne ainsi, à la premiere in- 
spection du terrain, l'importance numérique des espèces composant le groupe 
que l'on va étudier, et si, aux plantes de pleine terre, on pouvait en ajouter 
quelques autres, on comprend qu'en subordonnant leur plantation aux don- 
nées que l'on posséde aujourd'hui sur le rapport des familles entre elles, on 
pourrait distribuer les plate-bandes de manière à dessiner sur le terrain une 
sorte de tableau des affinités naturelles des plantes. 

Les serres destinées à la culture des végétaux exotiques n'ont pas encore 
toute l'importance qu'elles sont destinées à acquérir’ par la suite, grâce aux 
communications incessantes et faciles que cette ville commerçante entretient 
avec les régions tropicales de diverses parties du monde. On y remarque 
néanmoins, dés à présent , bon nombre de spécimens qui mériteraient d'étre 


4) Nous devons signaler aussi les essais de pisciculture qui se font dans les diverses 
pièces d'eau du jardin. Les truites et les saumons paraissent jusqu'à présent s'y bien 
porter. Un grand nombre d’œufs sont en ce moment à l'éclosion. 

(2) Ces cascades sont intermittentes et intriguent beaucoup, nous dit-on, les hommes 
du monde et méme les savants, qui n'ont pu jusqu'à ee jour se rendre compte des 
causes qui les produisent. 

(3) Cette école est composée d'arbres jeunes, très heaux et bien conduits, mais ne 
paraît pas être assez grande ni assez nombreuse en espèces pour répondre aux besoins 
de l'enseignement, dans un département où l'arboriculture fruitière est si estimée et si 
suivie. On y remarque un modèle de treille à huit cordons horizontaux, conduite 
d'après la méthode suivie à Thomery ; c'est un des plus beaux spécimens que nous con- 
naissions. 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES ‘EN AOUT 1861. 768 


signalés, soit pour leur rareté, soit pour leur belle venue. J'ajoute que l'exten- 
sion que l'on a dû donner tout d'abord aux serres de multiplication, indis- 
pensables, à un grand jardin d'ornement, doit absorher. pendant quelque 
temps encore les ressources qui auraient pu servir à augmenter les collec- 
tions purement scientifiques. 

Les limites dans lesquelles nous sommes obligés de restreindre ce: rapport 
ne nous permettent pas de signaler en détail et nominativement tous les végé- 
taux qui ont attiré notre attention, soit dans le jardin. lui-même, soit dans 
les serres; ce serait toutefois une véritable omission que de ne pas exprimer 
la satisfaction que nous avons éprouvée en parcourant la superbe avenue de 
Magnolias (1) qui traverse le jardin non loin de son entrée principale. C'est 
sans doute la plus belle de ce genre. qui existe en Europe. La plantation de 
Camellias, de Rhododendrons et d'autres plantes. de terre de bruyère, qui 
longe le mur de séparation du jardin et de. l'enceinte du lycée, n'est guère 
moins digne d'attention, car elle n'a probablement pas. sa pareille en 
France (9). ^ lo 

Nous terminerons cet exposé bien sommaire en rendant hommage: à la sol- 
licitude infatigable qui continue de présider à la direction du bel établisse- 
ment dont nous avons essayé de donner une idée générale, et la Commission 
émet le yœu que les hommes éclairés qui ont prêté leur concours à une 
création qui fait tant d'honneur à la ville de Nantes continuent leur œuvre et 
la complétent (3). 

T Au nom de la Commission : 
H.-A. WEDDELL, rapporteur. 


Musée d'histoire naturelle de Nantes. 


Le savant directeur du Musée d'histoire naturelle de Nantes se trouvait 
absent au moment de la visite de la Commission. TI est entré depuis en cor- 
forct h Mte tort 2 i TEOT fa: , t ' yrs : 


: fin ; ; | 
(1) Cette avenue fut plantée, en 1821, par M. Hectot, premier directeur du jardin. 
(2) Parmi les cing à six cents espèces d'arbres ou d'arbustes plantés dans diverses 

parties du jardin, soit isolés, soit en massifs, nous signalerons encore les suivants : 

Araucaria imbricata, A. excelsa; Colymbea Bidwilli; Cedrus Libani, C. atlantic, C. 

Deodara ; Abies Smithiana, A. Douglasii, A. cephalonica; A. Piusapo, A. Fraseri, A. 

nobilis trés au), À. Menziezii, A. orientalis, A. tenuifolia ; Laurus nobilis, L. Ben. 

zoin, L. Sassafras; Ilex Aquifolium (plusieurs fort belles variétés); Liquidambar Styra- 
ciflua; Fagus purpurea; Virgilia lutea (très bean); Gleditsehia triacanthos, G. Bujoti, 

G. macracantha, G. caspica; Robinia pyramidalis; Acacia Julibrissin; Viburnum 

Tinus, V. pirifolium, V. dentatum, V. macrocephalum, V. plicatum; Solanum fasti- 

giatu, élc., ete. 

(3) Au nombre des additions dont le jardin nous parait susceptible, nous nous per- 
mettrons de recommander, comme éminemment utile à l'instruction des masses, une petite 
école spécialement à leur usage, composée de plantes officinales, alimentaires, indus- 
trielles et vénéneuses. Une école de cette nature existe depuis longtemps au Jardin-des- 


764^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


respondance avec elle, et c'est à son obligeance que nous devons la plupart 
des détails qui suivent. 

En 1801, M. Dubuisson (de Nantes) conçat le projet de réunir les collec- 
tions d'histoire naturelle formées par MM. Blanchard de la Musse, Deloyne, 
Kerambart, Dutertre, Buron et Desmortier, en y joignant celles qu'il avait 
rassemblées lui-méme depuis quinze ans. Cela formait un ensemble assez 
considérable. : 

A cette époque, le célèbre chimiste Fourcroy vint à Nantes. Il vit Dubuisson, 
visita avec lui les collections, approuva ses idées, et engagea fortement le 
préfet, M. Le Tourneur, à faire cette acquisition: pour le département. De 
retour à Paris, Fourcroy obtint du ministre Chaptal l'approbation de cet achat, 
qui eut lieu, le 9 mars 1802, pour la somme de 38 700 francs. 

Le Musée fut d'abord placé à l’École centrale, dans le local actuel du lycée 
impérial. Lors de la création du lycée, les collections furent données par le 
département à la ville; et, par les soins de M. le baron Bertrand-Geslin, alors 
maire de Nantes, père du savant géologue actuel, elles furent installées dans 
le local de l'ancienne école de chirurgie de Saint-Côme, rue Saint-Léonard, 
qu'elles occupent encore actuellement. L'inauguration eut lieu le 48 août 1810. 
Dubuisson fut nommé directeur, et, outre ses appointements, il lui fut alloué 
une somme annuelle de 600 francs pour former les collections minéralogiques 
et géognostiques de la Loire-Inférieure. 

Pendant vingt-six ans, Dubuisson professa l'histoire naturelle au Musée de 
Nantes. En 1819, il publia un résumé de ses lecons, et en 1830, aux frais 
du département, le catalogue de la collection minéralogique et géognostique 
de la Loire-Inférieure, contenant environ 1500 échantillons recueillis par lui. 
Ce catalogue était accompagné d'une carte indicative de ses recherches. 

Dubuisson était surtout minéralogiste, et ce fut principalement dans sa spé- 
cialité qu'il enrichit le Musée pendant son administration. Il était en relations 
suivies avec Haüy, à qui il soumettait les nombreuses substances minérales 
dignes d'intérét qu'il découvrait. Chose singulière! Ces substances étaient 
toujours en si petite quantité qu'Haüy disait : « Dans la Loire-Inférieure, la 
» minéralogie est en miniature; il faut toute la sagacité d'esprit de M. Du- 
» buisson pour y faire autant de découvertes. » 

Dubuisson s'éteignit le 10 janvier 1836, dans un áge avancé. C'était le type 
du savant obligeant et modeste. Sa mémoire est restée populaire à Nantes, et 
la ville fit placer son buste dans une des salles du Musée, le ^ février 1837. 

Le fondateur du Musée ne pouvait étre plus dignement remplacé que par le 


plantes de Paris, dont elle est peut-étre un des points les plus fréquentés, et M. Martins, 
Y'habile directeur du Jardin-des-plantes de Montpellier, en a créé une autre dans son 
établissement. Ce sont des modéles à suivre, et l'empressement de toutes les classes à 
osi de l'instruction qui leur est ainsi offerte témoigne assez en faveur de leur 
u è 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861, 765 


directeur actuel, M. Frédéric Cailliaud. M. Cailliaud était conservateur adjoint 
depuis 1826, il donnait gratuitement au Musée les soins les plus assidus, et 
l'établissement lui était redevable d'objets précieux rapportés de Méroé et du 
Nil-blanc par cet intrépide voyageur. 

On peut dire que M. F. Cailliaud a voué son existence à la prospérité du 
Musée d'histoire naturelle de Nantes, et, quand on considère les circonstances 
défavorables dans lesquelles l'établissement est placé, on ne peut assez s'étonner 
qu'il ait pu y rassembler et conserver de si nombreuses collections. 

Le Musée d'histoire naturelle de Nantes se compose de sept salles, dont 
cinq au rez-de-chaussée et deux au premier étage. 

La salled'entrée et la grande salle ronde qui lui foit suite contiennent la col- 
lection minéralogique générale de Dubuisson; comprenant 3500 échantillons, 
la plupart trés-beaux, auxquels M. Cailiiaud a ajouté 200 morceaux de premier 
choix, provenant de ses voyages. 

Le milieu de cette salle est occupé par une série de vitrines, contenant la 
collection géologique du département, classée par arrondissements, cantons et 
communes. Elle renferme mille échantillons de roches et une nombreuse suite 
de fossiles. Les roches sont représentées par de magnifiques spécimens de 
15 centimétres de cóté. 

Les fossiles appartiennent à tous les terrains, sauf le terrain jurassique, le 
seul qui n'existe pas dans la Loire-Inférieure. 

Parmi les plus intéressants, nous pouvons citer les fossiles connus jusqu'ici 
dans le terrain silurien supérieur seulement , et trouvés par M. Cailliaud 
dans le calcaire d'Erbray que tout semble rattacher au terrain dévonien. Ce 
fait remarquable a été l'objet d'une communication de M. Cailliaud à la So- 
ciété géologique de France. Notons aussi plusieurs espéces de lingules, qui 
semblent annoncer la présence , dans le département, de la faune silurienne 
inférieure, ou faune primordiale de M. Barrande. 

Cette belle collection ne renferme environ que le tiers des échantillons de 
géologie recueillis par M. Cailliaud dans la Loire-Inférieure. Le reste, encore 
en caisses, est destiné à former une seconde collection, par ordre de terrains, 
qui ne pourra étre exposée que lorsque le Musée sera transféré dans un local 
plus spacieux. 

Au-dessus des vitrines est exposée une excellente carte géologique du dé- 
partement, qui est, comme les collections, le fruit des recherches persévé- 
rantes de M. Cailliaud. Cette carte sera bientót accompagnée d'un volume 
donnant l'histoire géologique complète de la Loire-Inférieure. 

Dans quelques autres vitrines sont placés les magnifiques échantillons qui 
ont servi à M. Cailliaud de piéces à l'appui de son Mémoire sur les mol- 
lusques perforants, couronné par la Société hollandaise des sciences natu- 
relles. “ 

La salle située à droite de la salle ronde est consacrée à la collection coma 


766 1 |: SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


chyliologique, composée de 2650 coquilles. On y remarque quelques raretés, 
entre autres les plus beaux magiles qu'il soit possible de voir. 

Au-dessus des mollusques est placée la collection des polypiers, la plus belle 
de France, probablement, aprés celle de Paris. Ellé renferme 200 espèces, 
toutes représentées par des échantillons de |a plus grande taille et de la plus 
grande beauté. 

Cette salle contient encore une collection "m terrains des environs de Paris 
et une importante série de 150 modeles en plâtre d'ossements fossiles, donnés 
par le Musée de Paris. 

La salle située à gauche de la sale ronde, symétriquement à celle-ci, ren- 
férme les mammifères, les reptiles et les poissons. Cette partie est pauvre et se 
ressent plus particuliérement de l'humidité du local. 

Citons cependant, parmi les reptiles, deux nouvelles et bonnes espèces 
(Rana agilis Thomas, et Triton Blasi? De l'Isle), toutes deux découvertes 
dans la Loire-Inférieure, et publiées depuis peu de temps dans les Annales 
des sciences naturelles. La plupart des reptiles sont dans un ordre parfait; 
ils ont été nommés et classés avec soin par M. De l'Isle, suivant l'Herpé- 
tologie générale de Duméril. 

La salle des oiseaux fait suite à celle-ci. Elle contient 600 oiseaux exotiques 
en bon état, et une collection d'oiseaux d'Europe assez nombreuse, mais qui 
a beaucoup souffert des teignes et de l'humidité. 

Dans la salle des oiseaux sont exposées de nombreuses vitrines remplies 
d'inseetes, mais la collection principale, provenant du legs de M. Pesneau et 
contenant au moins 11 000 individus, reste en magasin faute de place. 

Les deux salles du premier étage sont occupées par la collection minéralo- 
gique départementale, recueillie par Dubuisson : 2039 échantillons avec cata- 
logue imprimé. 

Si l'on ajoute à cela une petite cillseioh tératologique, qui présente 
quelques cas intéressants; une cinquantaine de pièces d'anatomie ; la collec- 
tion des crustacés, nombreuse, mais répartie dans diverses salles et en pártie 
en caisses; la collection géologique générale (1400 échantillons) et une belle 
série de minéraux de l'Amérique du Nord, toutes les deux en caisses faute de 
place; enfin, un important herbier légué par M. Pesneau, et plusieurs inté- 
ressantes publications de Cryptogames en exsiccata, tout cela conservé en Ma- 
gasin par ld méine raison, on sera convaincu qu'il ne manque au Musée de 
Nantes, pour être un des plus beatix de France, qu'un édifice convenable. Le 
local actuel est moitié trop étroit, d'une humidité déplorable, et tout à fait in- 
dighe d'une grande cité. Nous espérons que la ville de Nantes comprendra 
qu'il est urgent d'opérer ce changement, si elle veut conserver une partie de 
ses collections déjà sensiblement endoinmagées, et qu'il est non moins urgent 
d'avoir un préparateur spécial, attaché à l'établissement, condition indispen- 
sable, et que le Musée de Nantes est peut-être le seul à ne pas remplir. La 


SESSION EXTRAORDINAIRE A NANTES EN AOUT 1861. 767 


ville de Nantes, qui vient de inontrer, par une exposition, que le progrès est 
en honneur chez elle, ne peut rester en arriéré pour cé qui se rattache à 
l'instruction générale. Nous lui demandons avec instance de prendre au 
plus tót les mesures nécessaires pour assurer la conservation de son Musée. 
Nous appelons avec confiance sur cette œuvre l'attention de l'honorable séna- 
teur qui administre la cité, et à qui les sciences ne sont ni étrangères, ni 
indifférentes, et nous lui promettons la reconnaissance de tous les gens 
instrüits et de tous ceux qui désirent s'instruire. 


Au nom de la Commission : 
ÉD. BUREAU, rapporteur. 


€ 


Collections de la Société académique de la LoireeEnférieure 
et Herbier de M, J, Lloyd. 


Le dimanche 18 août, la Commission chargée de visiter les collections de 
la Société académique et de M. Lloyd, et composée de MM. l'abbé de La- 
croix, Bras et Eug. Fournier, s'est successivement transportée à une heure 
au local de la Société académique, et à trois heures chez M. Lloyd. 

A la Société académique, où nous avions déjà été si bien accueillis à notre , 
arrivée à Nantes, nous fümes conduits par l'un de ses membres, notre con- 
frère aussi, M. Édouard Bureau, qui nous fit visiter avec beaucoup d'obli- 
geance l'herbier, la collection de fruits et la bibliothéque de la Société, 

L'herbier de la Société académique se compose principalement de celui 
qui lui a été laissé par feu l'abbé Delalande et de quelques collections spé- 
ciales. L'herbier de Delalande, bien classé et bien étiqueté, sauf peut-être 
dans quelques familles cryptogamiques, n'occupe pas moins de 106 cartons; 
il renferme des espéces exotiques et européennes, beaucoup d'especes fran- 
caises et surtout les plantes de l'ouest, qui avaient été l'objet des recherches 
spéciales de Delalande. Les recherches y sont facilitées pat des étiquettes à 
onglet, et par la couleur variée des chemises d'enveloppe, qui indique d'avance 
à quelle région appartient l'espèce qui y est renfermée. Somme toute, cet 
herbier est un don précieux, que la Société académique conserve avec une 
grande vénération pour la mémoire du donateur, l'une des dernieres bonnes 
cuvres qu'il ait faites, et l'une des mieux placées assurément qu'il ait pu 
faire, Il est malheureusement à regretter qu'on n'ait pu garantir plus tôt 
cette belle collection contre les insectes par les précautions ordinaires; le 
temps surtout aura manqué sans doute (1). A l'herbier Delalande se joignent 
d'ailleurs deux collections importantes, qui n'ont pas besoin des mémes soins ; 


(4) Nous avons appris avec grand plaisir que ce travail est aujourd'hui (mai 1863) 
presque achevé, grâce aux soins de MM; les membres de la section des sciences natu- 
relles de la Société académique. (Note ajoutée pendant l'impression.) 


- 


768 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


ce sont les Graminées et Cypéracées de M. Pradal, et les Algues de l'ouest 
de la France publiées par M. Lloyd. 

La collection de fruits se compose de flacons renfermant des échantillons 
d'espéces indigènes et exotiques, conservés en partie dans l'alcoo! ; ces flacons 
garnissent du haut en bas les rayons d'un casier spécial. 

La bibliothéque est moins importante que les collections. Cependant nous 
devons y signaler les manuscrits de l'abbé Delalande, un trés grand nombre 
de Flores locales, et quelques ouvrages importants, tels que les /cones 
selectæ de Benjamin Delessert, la Flore des Antilles de Descourtilz, l’ Hortus 
malabaricus, le Flora fluminensis, la collection complète des 3Annales des 
sciences naturelles, etc. 

M. Lloyd, à qui la Société botanique devait déjà beaucoup de reconnaissance 
pour l'avoir si bien guidée dans ses fructueuses herborisations, nous a donné 
de nouvelles preuves de son obligeance en nous ouvrant ses riches collections. 
Nous n'avons pas besoin de faire ici l’éloge du soin et de l'ordre avec lesquels 
est disposé un herbier qui a servi de base à la publication de deux Flores, 
celle de la Loire-Inférieure et celle de l'ouest de la France. L'herbier général 
de M. Lloyd occupe 108 cases, sans y comprendre les Algues, qui forment 
une collection séparée. 1l est disposé, comme celui de M. Bourgault-Ducou- 
dray, dans des boites renfermées elles-mêmes dans un casier; dans chaque 
boîte les plantes sont serrées entre deux planchettes et deux sangles clouées 
au fond de la boite. Des étiquettesà onglet indiquent la place des familles et de 
chaque genre, et rendent les recherches trés faciles. Cet herbier a été empoi- 
sonné avec le plus grand soin. Si l'on y joint la nombreuse série des Algues, 
qui occupent à elles seules plusieurs cases, et qui ont été l'objet d'une prédi- 
lection particulière de la part de M. Lloyd, on a sous les yeux la collection 
botanique la plus remarquable de la ville de Nantes, collection qui, renfermant 
les types dela Flore de l'Ouest et des espèces nouvelles décrites par M. Lloyd, 
offre pour la botanique francaise une importance considérable. 


Au nom de la Commission : 
EUGENE FOURNIER, rapporteur. 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. i 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


De lépaississement des membranes cellulaires; par 
M. A. Trécul (L'Zustitut, 30° année, n° 4496, pp. 290-292). 


M. Trécul commence cette note par un historique de la question qu'il 
étudie, et duquel il conclut que la plus grande incertitude règne sur la ma- 
nière dont les cellules s'accroissent, D’ après ses dernières observations, cer- 
taines cellules s'épaississent par intussusception et d'autres par opposition. 
Comme exemple du premier mode, il cite l'albumen du Sabal et l'évolution 
des spiricules et des anneaux renfermés dans les cellules ligneuses des .EcAi- 
nocactus, Mamillaria et Melocactus ; il pense encore que la membrane simple 
qui sépare à l'origine les cavités cellulaires du Taxus baccata, s'épaissit par 
intussusception pour former la membrane propre à chaque cellule. Il donne 
ensuite des détails sur le développement des cellules spiralées de quel- 
ques Orchidées. Comme exemples d'épaississements cellulaires formés par 
opposition, M. Trécul cite les cellules libériennes du Phaseolus nanus, de 
l'Onobrychis sativa et de l'Urtica angustifolia; les zones qui se forment 
ainsi ont, d’après lui, d'un quatre centième à un centième de millimètre ; 
quelquefois ces dépóts sont successifs. Dans d'autres cas, tout le plasma de la 
cellule se solidifie en méme temps. L'auteur a observé des dépóts semblables 
dans le liber de toutes les Dicotylédones qu'il a étudiées à une époque 


favorable. 
D' EUGÈNE FOURNIER. 


Des mueilages chez les Malvacées, le Tilleul, les Stcrou- 
liacées, les Caetées et les Orchidées indigènes; par 
M. A. Trécul (L'7nstitut, 30° année, n° 1499, pp. 314-316). 


M. Trécul s’est proposé de montrer dans ce trayail que les matières muci- 
lagineuses ne sont pas toujours le produit d'une altération des membranes 
cellulaires ou. de l'amidon, mais qu'elles sont souvent un élément physiolo- 
gique, comme la cellulose et l'amidon, et qu'elles constituent méme des cel- 
lules spéciales qui ont leur développement particulier. I! discute les opinions 
contraires aux siennes de MM. Karsten, Kuetzing, Nægeli et d'autres savauts. 
Il décrit les cellules de mucilage des A////ea, dans lesquelles le plasma se 
partage, à la façon des couches de cellulose, en strates concentriques qui ap- 

T. Vii: 50 


770 SOCIÉTÉ BOTAMQUE DE FRANCE. 


paraissent d’abord vers sa circonférence, puis continuent de croître vers le 
centre de la cellule, en respectant des pores ménagés dans leur intérieur. Ces 
strates sont de deux sortes : les unes, minces, denses et blanches, alternent 
avec d'autres assez molles pour être coagulées par l'alcool sous la forme de 
fines granulations blondes, caractéristiques des substances mucilagineuses. 

Les cellules de mucilage sont d'ailleurs ou isolées ou juxtaposées, et réunies 
quelquefois en groupes plüs ou moins considérables, comme dans l Althea 
rosea. Au bout d'un certain temps, les cellules de mucilage disparaissent par 
liquéfaction ; tantôt ce sont les couches externes qui s’altèrent les premieres, 
tantót, mais moins fréquemment, ce sont les couches internes. Cette désor- 
ganisation explique, d'aprés l'auteur, la constitution de la gomme de Kateera 
qui, au milieu d'une masse homogène amorphe, offre des cellules seulement 
peu altérées. Mais les canaux mucilagineux n'ont pas tous cette origine, 
que l'on remarque dans les Malvacées, le Tilleul et les Sterculiacées. Dans 
le Cycas revoluta, à la place que doit occuper chacun de ces canaux, est 
un faisceau de cellules plus claires que les voisines, qui plus tard jaunissent 
et se chargent de fines granalations, tandis que le parenchyme environnant 
développe des grains d'amidon. Alors se montre dans ce faisceau un petit 
méat autour duquel se rangent les cellules pâles et qui contient du mucilage ; 
ces cellules en produisent aussi. — M. Trécul a encore observé la production 
de cellules-filles dans les cavités à mucilage ; tantôt elles apparaissent dans ces 
cavités elles-mêmes (77/ia corallina), tantôt entre les couches d'épaississe- 
ment (PAyllocactus guianensis) — Enfin il donne quelques détails sur le 
mucilage des Orchidées. 

E. F. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Botanical contributions ( Contributions botaniques); par M. Asa 
Gray (Extrait des Proceedings of the american Academy of Arts and 
Sciences, t. V, novembre 1861); tirage à part, en brochure in-8° de 
A0 pages, sans pagination Spéciale. 


Cette brochure contient deux travaux de M. le professeur Asa Gray. Le 
premier est intitulé : Notes sur une partie des collections de plantes sèches 
récemment faites par le docteur Seemann dans les îles Fidji. M. Gray ayant 
reçu communication de ces plantes et les ayant comparées avec celles qu'a- 
vait recuiellies, dans l'exploration du Pacifique, l'expédition dirigée par le 
capitaine Wilkes, fait connaitre les remarques que lui a suggérées l'examen 
de ces échantillons. Le genre nouveau Smyfhea, créé par M. Seemann, lui 
paraît un Ventilago dont le fruit serait d'une largeur inaccoutumée; de 
même, le Æubiacea rentre à ses yeux dans les genres Canthium, Psychotria 
et peut-être Griffithsia. Il pense que le Psychotriacearumdevrait être provi- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. EV... 


soirement rapporté à l/zora. Enfin il fait connaitre un genre nouveau, le 
genre CoutAovia, de la famille des Loganiacées, dans lequel rentre un 
Gærtnera de M; Seemann. Voici les caractères du nouveau genre : 

COUTHOVIA Asa Gray Proceed. amer. Acad. IV, p. 325. — Calyx quin- 
que-partitus, segmentis imbricatis rotundatis crassis, marginibus tenuibus. 
Corolla brevis, quinquefida, æstivatione valvata. Stamina 5, tubo vel fauci 
inserta; filamenta brevia; antheræ oblongæ. Ovarium biloculare, ovatum, 
stylo apiculatum; stigma subcapitatum, bilobum. Ovula in placentis medio 
dissepimento adnatis plurima, amphitropa, Fructus clavatus, drupaceus, basi 
attenuatus, sarcocarpio tenui, putamine lignoso percrasso, 9-1-loculari, 2-1- 
spermo. Semina... Arbores vitienses, glabri, stipulis Zabordere, foliis sub- 
coriaceis, cyma terminali, corolla fere Strychnearum breviflorarum. 

Le second travail contenu dans la brochure que nous analysons a pour 
titre : Caractères des espèces obscures ou nouvelles appartenant aux fa- 
milles monopétales et comprises dans la collection recueillie pendant l'ezpé- 
dition dirigée par les États-Unis dans le sud de l'océan Pacifique, sous le 

commandement du capitaine Ch. Wilkes, avec des remarques, etc., par 

M. Asa Gray. Nous avons déjà entretenu nos lecteurs de l'étude de ces col- 
lections, commencée depuis plusieurs années par M. Asa Gray; l'auteur nous 
livre aujourd'hui ses remarques sur les Calycérées, Valérianées, Éricacées, 
Épacridées, Styracacées, Ébénacées, Sapotacées, Primulacées, Myrsinées, 
Oléacées, Jasminées, Apocyuées, Asclépiadées, Convolvulacées, Hydrophyl- 
lées, Borraginées, Labiées, Acanthacées, Gesnériacées et Cyrtandracées, qui 
se trouvent parmi ces récoltes. Ce travail contient la description d'un grand 
nombre d'espèces nouvelles, que nous ne pouvons qu'indiquer, et qui sont 
les suivantes : Valeriana pycnantha, V. globularis, V. rhizantha; Cya- 
thodes Pomaræ, C. Douglasii; Diospyros samoënsis ; Sersalisia glabra, 
Isonandra? Richii ; Bassia Amicorum ; Sapota ? pyrulifera, S. vitiensis, 
S. sandwicensis ; Lysimachia Hillebrandi Hook. fil.; Mesa Pickeringii, 
M. persicifolia, M. corylifolia ; Myrsine myricifolia, M.? Bracken- 
ridgei, M. taitensis; Ardisia? capitata ; Olea sandwicensis ; Jasminum 
tetraquetrum ; Lyonsia lævis; Tylophora samoënsis, T. Brackenridgei ; 
Gymnema subnudum, G. stenophyllum ; Hoya bicarinata; Bonamia Men- 
ziezit ; Nama sandwicensis ; Gardoquia pilosa ; Sphacele hastata; Phyllo- 
stegia brevidens, Ph. stachyoides, Ph. haplostachya, Ph. truncata ; Steno- 
gyne rotundifolia, St. calaminthoides, St. angustifolia, St. crenata, St. 
diffusa ; Eranthemum laxiflorum, E. insularum ; Cyrtandra platyphylla, 
C. Pickeringii, C. Macræi. 

Les espèces dont le nom d'auteur n'est pas indiqué sont signées par M. Asa 
Gray, dont le travail renferme encore un conspectus des genres Nama, Col- 


denià, Phyllostegia et Stenogyne. 
E. F. 


772 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Remarques sur la flore du sud de la Chine; par M. F.-A.- 
W. Miquel (Journal de botanique néerlandaise, pp. 84-129, 1861). 


La collection qui a fourni le sujet de ce travail a été recueillie par un mis- 
sionnaire, M. B. Krone, dans la province de Canton et dans l'ile de Hong- 
Kong. M. Miquel y décrit un grand nombre d'espéces nouvelles dont nous 
enregistrerons les noms, sans les faire suivre de l'abrégé du nom de M. Mi- 
quel, puisque ce serait une répétition continuelle; ce sont les suivantes : 

Pinus canaliculata, Eriocaulon sinicum, Commelina ludens, Smilax 
pteropus, Asparagopsis sinica, Arundina pulchra, Eulophia? sinensis, 
Habenaria endothrix,: Alpinia oxyphylla, Zingiber confine, Phryntum 
sinicum, Polygonum. subcordatum, Croton Kroneanum, Melanthera ? glau- 
cescens, Vernonia Kroneana, V. exilis, Eupatorium subtetragonum, Aster 
scaberulus, Conyza leucodasys, Emilia sinica, Brachyramphus sinicus, 
Youngia gracilis, Y.? humilis, Pavetta sinica, P. Kroneana, Sclerome- 
trion sinense, Mussænda hirsutula, Lysimachia inconspicua, L. sinica, 
Olea. ovalis, Evolvulus sinicus, Vandellia subcrenulata, Striga parvula, 
Caryopteris ovata, Clerodendron oxysepalum, Plectranthus sinensis, Scu- 
tellaria leucodasys, Sc. adenophylla, Dipteracanthus subdenticulatus, Hy- 
poéstes sinica, Rostellularia trichochila, Panax fallax, Quisqualis grandi- 
flora, Amygdalus dasylepis (cultivé comme arbre fruitier), Jex oxyphylla, 
Vitis sinica, Stalagmites erosipetala, Dianthus longicalyx, Gynandropsis 
sinica, Uvaria synsepala. 

M. Miquel n'ayant pu avoir connaissance du Flora. hongkongensis de 
M. Bentham, qui a paru presque en méme temps que son travail, il y a peut- 
étre malheureusement quelques doubles emplois entre les nouveautés qu'il 


publie et celles qu'a fait connaitre l'auteur anglais. 


Notes on some of the american Ash-trees, with deserip- 
tions of new species (Notes sur quelques Frénes d'Amérique, avec 
la description de nouvelles espèces); par M. S.-B. Buckley (Proceedings 
of the Academy of natural sciences of Philadelphia, 1862, pp. 2-5). 


Ce travail contient des renseignements sur les Fraxinus americana. L., 
F. pubescens Walt., F. epiptera Michx, F. viridis Michx ; on y trouve en 
outre la diagnose des espèces nouvelles suivantes : : 

Fraxinus albicans Buckley. — Foliolis 2-4-jugis, sessilibus aut breviter 
petiolatis, ovatis aut ovato-lanceolatis, integris vel serratis, subtus glaucis 
tarde utrinque glabris, paniculis laxis terminalibus seu axillaribus ; samaris 
linearibus 12-18 lin. longis, emarginatis, basi subteretibus. 

F. oblongocarpa Buckley. — Foliolis 2-4-jugis, lanceolatis vel ovato-lan- 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 773 


ceolatis, acuminatis, basi cuneatis, integerrimis vel parce serratis , utrinque 
viridibus, junioribus subtus parce pubescentibus, breve petiolatis ; samaris 
lineari-oblongis, obtusis vel emarginatis, basi subteretibus et auguste alatis. 

F. nigrescens Buckley. — Foliolis 2-4-jugis, lanceolatis vel ovato-lanceo- 
latis, sessilibus aut breve petiolatis, utrinque acutis vel abrupte acutis, basi 
longe teretibus, acutis. 

F. trialata Buckley. — Foliolis 2-3-jugis, lanceolatis vel obovatis, supra 
glabris, subtus parce pubescentibus, ad venas glaucescentibus ; samaris 2-3- 
alatis, 6-8 lin. longis, obtusis, emarginatis vel subacutis, basi anguste alatis, 
acutis. 

Il ressort des détails donnés par l'auteur, que ces espèces étaient confon- 
dues par la plupart des botanistes qui les connaissaient avec d'autres espéces 


du méme genre. 
RE 


PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. 


Note sur une collection de plantes fossiles recueillies en 
Grèce par M Gaudry; par M. Ad. Brongniart (Comptes rendus, 
t. LII, 1861, 1°" semestre, pp. 1232-1239). 


Ces fossiles ont été recueillis par M. Gaudry prés de Koumi , dans l'Eu- 
bée; on y remarque trois Conifères : Giyptostrobus europeus, Sequoia 
Langsdorffii et un Pinus; six espèces de Myrica, l'Alnus nostratum, les 
Quercus Elena, Q. Drymeia, Q. valdensis, le Planera Ungeri ; le Cinnamo- 
mum Scheuchzeri Heer; des empreintes qui paraissent identiques avec celles 
que l'on a rapportées aux genres Persea, Terminalia, Vaccinium, Andro- 
meda, Celastrus et Rhus. M. Brongniart s'est fondé sur la netteté des échan- 
tillons de Myrica recueillis par M. Gaudry pour exclure les espèces fossiles 
qu'ils représentent de la famille des Protéacées, où plusieurs auteurs les ont 
placées. 1l fait voir que l'on s'est trop hâté parfois de déterminer générique- 
ment des feuilles fossiles d'aprés l'examen de leur nervation, et dit que les 
rapports établis ainsi entre les types éteints et les types actuels ne doivent étre 
considérés que seulement comme probables ou possibles, à moins que les 
feuilles étudiées n'offrent des caractères exceptionnels, rares, propres à des 
genres particuliers, ou qu'elles ne soient associées dans les mémes loca- 
lités à des fruits qui puissent confirmer l'analogie reconnue. Il caractérise 
par le nom de Stenocarpites anisolobus des feuilles non encore décrites, 
trouvées à Koumi par M. Gaudry, et analogues à celles du Sfenocarpus si- 
nuatus, de la famille des Protéacées; et il décrit sous le nom de Nerium 
Gaudrianum des feuilles trouvées par M. Gaudry à Oropo, dans l'Attique. 
La détermination générique de cette feuille n'est pas douteuse, parce qu'elle 
présente, entre ses nervures secondaires, une double série de petites taches 


77h . SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

arrondies, sinueuses, qui ont l'aspect extérieur des cryptes de l'épiderme des 
Nerium. On a donc là l'exemple d'une forme propre à la région méditerra- 
néenne et orientale, où elle se trouve très répandue actuellement, et qui 
existait déjà à une époque reculée. Quant aux caractères géologiques de la 


flore de Koumi et d'Oropo, elle présente ceux de la flore miocène, 
E. F. 


NOUVELLES. 


(Juin 1863.) 


— On annonce la mise en vente d'un herbier de 1328 espéces, provenant 
en majeure partie des environs de Toulouse et des Pyrénées. Cette collection 
est classée par familles et accompagnée d'un catalogue spécial; elle renferme 
un assez grand nombre de doubles. S'adresser, pour traiter de la vente, à 
M. Étienne Giraud, 20, rue Saint-Sulpice, à Paris. 


Association pour la récolte et l'étude des Cryptogames. 


1* L'Association a pour but de faire explorer, sous le rapport de la bota- 
nique cryptogamique, les contrées de l'Europe qui jusqu'ici n'ont été que 
peu visitées ou qui ne sont connues que d'une maniére incompléte ou 
superficielle. | 

2° Indépendamment de l'étude scientifique des pays explorés, le voya- 
geur de l'Association devra récolter , à l'appui de ses obseryations ou de ses 
découvertes, des échantillons nombreux, bien préparés, qui seront distribués 
aux membres de l' Association. 

3° Afin de fouxair des matériaux aux diverses spécialités des cryptogamistes, 
les voyages d'exploration se divisent en bryologiques (comprenant les Mousses, 
les Hépatiques et les Fougères), lichénologiques, algologiques (comprenant 
aussi les Characées et les Thalassiophytes), et enfin mycologiques. 

4^ On n'admettra comme voyageurs que des hommes jeunes, bien por- 
tants, robustes, qui soient parfaitement au courant de la branche de la cryp- 
togamie pour laquelle on les aura choisis, connaissant les résultats des études 
Scientifiques les plus récentes, qui non-seulement puissent apprécier l'impor- 
tance de ]a mission qu'on leur confie, mais qui offrent les garanties néces- 
saires pour sa bonne exécution ; il est à désirer qu'ils aient déjà fourni des 
preuves de leur savoir-faire. 

L'Association ayant particulièrement en vue l'étude des questions de géo- 
graphie botanique, il est indispensable que le voyageur possede assez de con- 
naissances en géognosie et en météorologie pour apprécier les questions 
de ces parties de la science qui se présentent dans les contrées qu'il doit 
explorer, 

5° L'époque, de même que la durée des voyages, se réglera naturellement 


REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 779 


d’après l'éloignement des contrées à explorer ; habituellement cependant ces 
voyages se restreindront à trois ou quatre mois d'été. 

6^ La cotisation annuelle des membres de l'Association est fixée à 15 francs, 
soit 4 thalers de Prusse, 6 florins d'Autriche, 7 florins du Rhin. Lorsque la 
valeur des objets récoltés sera au-dessous du chiffre de la cotisation annuelle, 

l'excédant de cette dernière sera reporté à l'actif de l’associé pour le compte 
de l'année suivante; dans le cas contraire, l'associé aura à verser, aprés la 
distribution des récoltes, une cotisation supplémentaire proportionnelle. 

On pourra former ainsi un fonds de réserve destiné à permettre, en dehors 
des cotisations périodiques, l'exécution de voyages plus étendus. 

Chaque membre a le droit de ne demander que des plantes se rapportant 
à ses études spéciales. 

7° Les cotisations sont payables en janvier : pour l'Allemagne, chez M. le 
docteur Rabenhorst, à Dresde ; pour l'Autriche, chez M. J. Nave, à Bruenn ; 
pour la Bavière, etc., chez M. l'assesseur F. Arnold , à Eichstætt; pour la 
France, la Belgique, la Suisse, etc., chez M. le professeur Buchinger, à Stras- 
bourg, contre récépissé au nom de l'Association. 

8° Nous nous réservons de faire les communications nécessaires relative- 
ment aux contrées à explorer, 

9° Le voyageur devra envoyer, toutes les trois ou quatre semaines, un 
journal de voyage, qui sera publié dans quelque recueil répandu. 

10^ Aussitót aprés sou retour, le voyageur procédera, avec l'assistance des 
hommes spéciaux, à l'étude et à la détermination des matériaux recueillis ; il 
en surveillera la répartition entre les divers membres, et finalement publiera 
un compte rendu de son voyage. 

L'époque avancée de la présente année nous imposant le devoir de passer 
outre sans trop de retard et de prendre un parti rapide, nous terminerons cet 
appel général par un appel particulier aux amateurs de Mousses, les enga- 
geant à faire les frais d'un voyage qu'entreprendrait M. Molendo (de Munich), 
déjà avantageusement connu des bryologues. Ce botaniste visiterait immédia- 
tement la Marmolatta, dans le Tirol méridional, et le mont Orteler. Nous 
engageons donc les futurs membres de l'Association à nous mettre au plus 
tót à méme de faire partir le voyageur. 


Dresde et Strasbourg, mai 1863. L. RABENHORST, 
W.-Ph. SCHIMPER. 
Nécrologte. 
— Nous avons le vif regret d'annoncer la mort de M. Charles-Gustave 


Moriceau, décédé à Nantes, à l’âge de soixante-trois ans, le 20 mars 1863. 
M. Moriceau était l'un des membres les plus actifs des sections de médecine 


776 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


et d'histoire naturelle de la Société académique de la Loire-Inférieure. A un 
grand savoir, il joignait une grande modestie. On lui doit plusieurs indica- 
tions précieuses pour la flore de son département, et c'est lui qui signala le 
premier la curieuse Ombellifère que M. Lloyd a décrite sous le nom d’Ange- 
lica heterocarpa. 

Parmi ses travaux d'histoire naturelle, nous devons citer une Excursion 
botanique à Belle-Ile-en-Mer, publiée dans le Bulletin de la Société aca- 
démique de la Loire-Inférieure, et un Discours sur les avantages et les dou- 
ceurs du travail intellectuel, lu à la séance publique de la méme Société 
en novembre 1861. Son âme de naturaliste s'y peint tout entière. 

M. Moriceau a dessiné avec une fidélité remarquable un grand nombre de 
Desmidiées, de Diatomées et d'animaux inférieurs, étudiés par lui au micros- 
cope. 

Excellent citoyen, il se fit estimer et honorer dans les diverses fonctions 
publiques qui lui furent confiées, notamment comme membre du Conseil 
municipal de Nantes et comme administrateur des hópitaux de cette ville. En 
juin 1848, il fit partie des volontaires bretons qui se rendirent à Paris pour 
porter secours à l'Assemblée nationale. 

Médecin distingué , il eut autant d'amis dévoués que de clients ; et sa belle 
conduite, lors de l'épidémie de choléra en 1832, lui valut, de la part de la 
ville, une médaille d'argent grand module. 

Une de ses dernieres pensées a été pour la science. Il recommanda à un de 
ses amis qui veillait à son chevet, de faire l'autopsie de son corps, espérant 
rendre ainsi un dernier service à l'humanité. 

La Société botanique de France ne saurait oublier l'extréme bienveillance 
avec laquelle M. Moriceau l'accueillit lors de sa session à Nantes, en 
août 1864, et l'obligeant empressement avec lequel il mit à så disposition le 
local et les collections de la Société académique cn la Loire-Inférieure, dont 
il était alors le président. 

Dr A. VtAUD-GRAND-MARAIS, 


Paris. — Imprimerie de E. MARTINET, rue Mignon, 2. 


Bull. de la Soc. bot. de Rue Tome VIII, PL I. 


Ao Doudiot se 


N Rémond imp. Paris: 


"Tome VII, PLH. 


Bull.de la Soc. bot.de France. 


6 Tue : e Lith.E.3i à Strasbourg. 
n W.Ph. Sch. a AUT imon | $ 


TABLE ALPHABÉTIQUE 


DES 


MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME HUITIÈME. 


N.-B. — Les numéros indiquent les pages. — Tous les noms de genre ou d'espèce rangés par ordre 
alphabétique sont les noms latins des plantes, Ainsi, pour trouver Orme, cherchez Ulmus, etc. 


À 


Acer Pseudoplatanus L. à germination 
anomale, 286. 

Acétique (Sur la fermentation), 536. 

Achillea Erba rotta All., 271. — ligustica 
All., 274. 

Acumen qui termine l'épi de quelques Equi- 
selum, 368. . 

ApAMOWICZ (A.-F.). Note pour servir à 
l'hist. dela botanique en Lithuanie, 697. 

Adenocalymma? cæsium Ms, 646. — diva- 
ricatum Ms, 646. — flavidum Ms, 646. 
~- lanceolatum Ms, 646. — prehensile 
Ms, 646. — scansile Ms, 645. 

Adenosiyles pyrenaica Lge, sp. nov., 556. 

Ægilops hybrides, 612. 

Ægopodium Podagraria L. loc. div., 361. 

Agation Brongn. gen. noy., 79. 

Agave americana L. (Circonst. qui peuvent 
déterminer la florais. de l'), 575. — po- 
tatorum Zucc. (Floraison et fécondation 
de l’), 629. 

Alaric (Plantes trouvées dans la montagne 
d’), 330. 

Albizzia anthelminthica Brongn., 32. 

Aldrovandia vesiculosa Monti, trouvé pr. 
d'Arles, 518. — (Analyse du mémoire 
de G. Monti sur l’), 519. — (Irritabilité 
des follicules de l’), 522. 

Algérie (Flore de 1°), voyez Crucifère, Cy- 
nomorium, La Perraudière, Letourneux, 
Rubiacée, et (dans la table de la Revue 
bibliogr.): Debeaux et Weddell. 

Algérie (Maladie des Oliviers en), 229-232. 

Algues (Classification des) chlorospermées, 
653. — de Noirmoutier, 747. 

Allioni (Rectifications de la synonymie de 
quelques plantes d'), 270. 

Alpes-Maritimes (Sur la flore du dép. des), 
231. 

Alstræmeria Didierana Jaub. sp. nov., 118. 

Alyssum argenteum All., 273. 


T. VIII. 


Amphoridium Mougeoli B. S. trouvé au 
Mont-Dore, 297 (en note). 

Anagallis arvensis L. monstr., 695. 

Analyse du mémoire de Gaétan Monti sur 
l Aldrovandia, 519. 


.| Androcée des Crucifères, 370, 471. 


Androstylium Miq., 71. 

AnpnY (V.). Obs., 11, 237. 

Anemone. Espéces et variétés croiss. dans le 
dép. des Alpes-Maritimes, 239. — Hal- 
leri All., 271. : 

Anjou (Plantes croissant en) prés des vieux 
cháteaux, 365. 

Anuonces, voy. Mélanges. 

Anomalies, voy. Monstruosités. 

Antennaria elæophila Mont, parasite de 
l'Olivier, 232, 

Arabis cerulea All., 273. — saxatilis All., 
216. 

Araucaria brasiliensis Rich., 85. —Saviana 
Parl. sp. nov., 89. 

Arbres remarquables plantés dans le dép. 
du Loiret, 354. 

Arctomia Fr. g. nov., 326. 

Areca? erythropoda Miq. sp. noy., 492. 

Arenaria controversa Boiss. du Lot, 445. 
— Ses localités en France, 446. 

Arles (Aldrovandia vesiculosa trouvé pr. d'), 
518, 

Armeria Langei Boiss., 556. 

Aromatiques (Végétaux), 77. 

Arrudea St.-Hil. et Camb., 70. 

Asimina Meneghini, foss. 563. 

Asolanus Camptotænia, foss., 405, — Orni- 
thocnoides, foss. 405. 

Asperugo procumbens L. loc. div., 363. 

Atriplex obtusata Lge, sp. nov., 556. 

Atropa Belladonna L. loc. div. 363. 

Attalea funifera Mart., 156. 

Aubrac (Excursion botanique à l', 508, 
541, 619. : 

AUGÉ DE Lassus. Analyse du mémoire de G. 
Monti sur l’ Aldrovandia et obs. sur l'irri- 
tabilité des follicules de cette plante,519. 


51 


778 

Aurantiacées (Classification des), 560. 

Azadirachta indica À. Juss., 95. 

Asosma Punctum et lichenoides Lerx (Sur 
les), 699. - 


B 


Bapixcrox (C.-C.) a découvert l’Zsočtes Hys- 
trix à Guernesey, 33. 

Balboa P. T. g. nov., 11. 

Banara dioica, sp. nov., 648, — domin- 
gensis, sp. nov., 648. — grandiflora 
Spr. sp. nov. 648. — laxiflora Benth. 
sp. nov. 648. — nitida Spr. , 648. — pu- 
bescens Spr. sp. nov., 648. 

Barrau (Ad. de) envoie des échantillons de 
branches d'arbres monstrueuses, 612. 

Bassia All., 276. 

Beauvais (Découverte du Lycopodium Cha- 
maϾcyparissus pr. de), 244, 430. 

Begonia (Feuille monstr. de), 298. 

Bellidiastrum Michelii Cass, trouvé en Sa- 
voie, 462. 

BrncERoN (G.), voy. Le Sourd-Dussipfes. 

BescuEnELLE (E.). Rapport sur une herbo- 
risation faite aux env. de Fontainebleau, 
443. — Voyez Roze. 

Belula insignis foss., 562. 

Bibliographique (Revue), 43, 101, 169, 
246, 311, 379, 476, 553, 011, 769. 
— (Modification réglementaire relative à 
la), 114. 

Bidens radiata Thuill., 153. 

Biographique (Notice) sur quelques natura- 
listes de Noirmoutier, 702. 

Bixacées (Classif, des), 647. 

Blume (C.-L.). Sa mort et note biograph., 
655-656. 

BoispuvaL présente des plantes qu'il cultive, 
196, 460. — Obs., 536. — et DunauEL. 
Une herborisation à Notre-Dame de la 
Trappe (Orne), 534. 

Bonner (M.). Sur un caractère variable des 
esp. du genre Iberis, 158. 


Borner (Éd.). Sur le Phycagrostis major, | 


456. 

Botanique (Histoire de la) en Lithuanie, 
697. 

Bouncaurr-DocoUpRAY (A.), Rapport sur 
l'excursion de la Société au Pouliguen et 
au Croisic, 725. à 

Bourgeons du Liriodendron, 33. .— foliaires 
du Furcræa gigantea, 164. e 

Bourecer, Lettre sur quelques pl. trouvées 
aux env. de Paris, 369. 

Branches d'arbre monstrueuses, 612, 

Bromus mazimus Desf., etc., 102. 

Bronçnianr (Ad.), président de la Société, 3. 

;— Sur un nouy. genre de Violacées 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


(Agation) de la Nouv.-Calédonie, 77 

— Sur quelques cas de transformation 
d'étamines en carpelles, 453. — Lettre 
relative à la session extraordinaire, 666. 
— Obs., 11, 21, 26, 32, 33, 36, 11, 95, 
146; 157, 196, 197, 203, 9987 937; 
264, 288, 296, 298, 350, 358, 374, 
430, 442, 453, 456, 460, 523, 533, 
552, 630. — et Gris. Sur un nouv. 
genred'Ombelliféres (Myodocarpus) de la 
Nouv.-Calédonie, 121. — Description de 
quelques Eléocarpées de la Nouv.-Calé- 
donie, 198. — Sur le genre Joinvillea et 
sur la famille des Flagellariées, 264. 
— Sur un nouv, genre de Nyctaginées 
(Vieillardia) de la Nouv.-Calédonie, 374. 
— Sur le genre Crossosiylis de Forster, 
316. 

Bulliarda aquatica DC., 312, 

„Bupleurum Gerardi All., 213. 

Bureau (Éd.). Sur quelques plantes fossiles 
du dép. de la Loire-Inférieure, 689. 
— Sur une fleur monstr. de Streptocar- 
pus, 708. — Rapport sur l’herborisa- 
lion de la Société à Trentemoult pr. 
Nantes, 714. — Rapport sur l'herbori- 
sation de la Société sur les coteaux de 
Mauves et dans les boires de Saint-Julien 
pr. Nantes, 718. — Rapport sur le Mu- 
sée d'histoire naturelle de Nantes, 763. 
— Obs., 94, 579, 708. 

Bureau de la Société pour 4861, 3. — de 
la session extraordinaire, 660. 

Buxus sempervirens L, loc, div., 364. 


G 


CADET DE CHAMBINE (E.). Sa mort, 570. 
— Hommage rendu à sa mémoire, 570. 

Cakile maritima Scop. monstr., 696. 

Calamus Diepenhorstii Miq. sp. nov., 493. 
— Manan Miq. sp. nov., 493. — suban- 
gulaius Miq. sp. nov., 493. 

Caleaire (De la mer comme source de) pour 
les plantes du littoral, 434, 

Calédonie (Plantes de la Nouvelle-), voy. 
Brongniart, 

Calophyllum L., 99, 

Calycérées (Division des), 58. 

Calycopeplus Planch. g. nov., 30, 

Campanula alpestris All., 275. 

Caprifoliacées (Classif. des), 481, 485. 

Capsella Bursa pastoris Mœnch, 258. — 
gracilis Gren., 261. — rubella Reut., 
259. — rubescens V. Pers., 258. 

Capsule double obs. chez quelques Mousses, 
13, 2971, 394, 

Caractére (Sur un) variable des esp. du 


genre Iberis, 158, 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


Caractères (Des) pistillaires du genre Rus- 
cus, 280. 

Cardamine granulosa All. (Sur le), 463. 

Carex fœtida All., 274. 

Carlina acanthifolia AM., 271. 

Carpellaires (Étamines transformées en 
feuilles) ou en carpelles, 348-350, 453. 

Carpotroche grandiflora Spr. sp. nov., 
647. 

Carya tusca foss., 564. 

Catalepsie (Prétendue) des fleurs du Draco- 
cephalum virginianum, 551, 569, 

Cazau (Étang de), voy. soétes. 

Celastrus Micheloltii foss. y 563. 

Centaurea divergens Lge, 556, 

Cephalaria leucantha Schrad. du Lot, 539; 
— Ses localités en France, 540, 

CHapoisseau (l'abbé), Obs., 264. 

Chamærops L., 429. — excelsa Thunb. 
Sa patrie, le climat qui lui convient, son 
introduct. dans l'Europe occidentale, les 
chances qu'il a d'y étre naturalisé, son 
fibrillilium, les usages économiques aux- 
quels il peut servir, etc,, 410. 

Champignons (Classif. des), 561. 

Chara coronata Ziz, trouvé à Couéron, 695. 

Charente-Inférieure (Sur quelques plantes 
de la), 684. 

Cháteaux (Plantes des vieux), 359, 365. 

CaariN (Ad.), membre à vie, 1. — Sur la 
structure anatomique des pétales com- 
parée à celle des feuilles, 22. — Excur- 
sion botanique dirigée en Savoie et en 
Suisse, 127, 210, 302, 333. — Sur un 
cas extraord. de monstruosité offert par 
le Cylinus Hypocistis, 496. — Sur les 
plantes des vieux châteaux, 359. — com- 
munique une lettre inédite d'A.-L, de 
Jussieu, 366, — Sur l'androcée des Cru- 
cifères, 370, 471. — présente l’ Elatine 
Alsinastrum recueilli pr. de Versailles, 
460. — présente un Orchis maculata 
anomal, 378. — Discours d'ouverture de 
la session extraordinaire, 662. — Obs., 
11, 21, 288, 517, 580, 

Cheiranthus Cheiri L. monstr., 454, 456. 

Chine (Sur la végét. d'une partie de la), 4. 

Chloranthies, 536, 696, 

Chrysochlamys P. E,, 78. 

Chrysopi P.-Th., 97, 

Cassie lanceolata Lam. du Lot., 540. 

Circæa alpina L. (Végét. souterraine du), 
545 (en note). * 

Cirsium hybridum Koch, 10, 42, 

Cistus salvifolius L. du Lot, 632. 

Cladonia firma Nyl., 755. goleg 

Clandestina rectiflora Lam. parasite sur le 

n Crithmum, 295,7... — 

Clinopodium vulgare L. monstr., 536. 


779 

Cros (D.). Nouvel aperçu sur la théorie de 
l'iuflorescence, 11, 36. — Des caractères 
pistillaires du genre Ruscus, 280. — Sur 
la germination du Cocotier et sur la 
Clandestine, 294. — Discussion de quel- 
ques points de glossologie botanique 
(suite), 615. i 

Clusia Plum., 66. 

Clusiella, 10. 

Clypeola gracilis Pl. trouvé dans la mont. 
d'Alaric, 331. — Jonthlaspi L. ou gra- 
cilis trouvé dans le Lot, 229, 331. 

Cobæa scandens L, à fleurs anomales, 547. 

Cochlanthera Choisy, 70. | 

Cocos nucifera L, (Germination du), 294, 

Collections de la Société acad. de la Loire- 
Inférieure (Rapport sur les), 767. 

Collema magmoides Nyl. sp. nov., 759. 

Commerson (Ph.). Étude biographique, 
62. 

Commission des Archiyes, 2. — du Bulle- 
tin pour 1861, 2. — communication 
faite en son nom, 24, — de comptabi- 
lité, 2. — des gravures pour 1861, 2. 
— pour le choix du lieu de la session ex- 
traordinaire, 2. — chargée d'examiner 
des rameaux d'Olivier malades, 229. 

Commissions chargées de visiter les éta- 
blissements scientifiques de Nantes, 678. 

Composées (Feuilles). Définition de ce 
terme, 616. 

Conseil d'Administration de la. Société 
pour 1861, 3. 

Coriandrum aquilegifolium All., 272, 

Coriaria myrtifolia L. du Lot., 471. 

Coronopus All., 276. 

Corydaliis lutea, DC, loc. div., 362. 

Cosson (E.) présente des rameaux d'Olivier 
malades, 229. — présente une forme re- 
marquable de l'Equiselum palusire, 297. 
— Notice sur [a vie, les recherches et 
les voyages botaniques de H. de la Per- 
raudiére, 591. — Obs., 10, 11,84, 121, 
155, 156, 231, 245, 286, 296, 300, 
508, 518, 614,615. ; 

Couëron pr. Nantes, voy: Herborisations, 
— (Découverte du Chara coronala à), 
695. 

Cousin. Rapport sur la maladie des Oliviers 
en Algérie, 230. 

Couthovia À. Gr. g. nov., 711. 

Craspedoneuron V. d. B. g. nov, , 650. 

Cratægus monstr., 453, 

Crepidomanes V. d. B. g. nov., 650, 

Crithmum (La Clandestine parasite sur le), . 
295, 

Crocus vernus All., 271. — trouvé en Sa- 
voie, 462. M ab 

Croisic (Le), voy. Herborisat;ons. 


780 


Crossostylis Forst. (Sur le genre), 376. — 
biflora Forst., 317. — grandiflora Forst. , 
377. — mulliflora B. G. sp. nov., 378 
(en note). 

Crucifère (Brassica?) trouvée en Algérie, 
583. 

Cruciféres (Sur l'androcée des), 370, 471. 

Cryptogamæ  (Stirpes) vogeso-rhenanæ, 
fasc. XV, 41. : 

Cyclopteris. camptoneura foss., 501. 
Wilsonii foss., 406. 

Cymodocea æquorea Kon. voy. Phycagrostis 
major. 

Cynomorium coccineum L., 381. 

Cyperiles elegans foss., 562. 

Cytinus Hypocislis L., monstr., 196. 


D 


Damonorops longipes Miq. sp. nov., 492. 
— perianthus Miq. sp. nov., 493. — 
trichrous Miq. sp. nov. 492. 

Datura Stramonium L. stations div., 363. 

DesEAUx (0.). Lettre sur la végét. d'une 
partie de la Chine, 4. 

Decaisne (J.). Obs., 447, 453, 517. 

Décandres (Fleurs) de Solanum tuberosum, 
452. - 

Décomposées, laciniées (Feuilles). Défini- 
tion de ces termes, 616. 

Déformations, voy. Monstruosités. 

Defrance. Sa mort, note nécrologique, 345 
(en note). 

DeLavauD (C.). Sur une fleur tétramère de 
Tigridia pavonia, 146. — Lettre sur des 
anomalies offertes par la germination du 
Sycomore et par une fleur de Tulipe, 286. 
— Étude tératologique sur les fleurs de 
l’Orme champêtre, 144. 

Delphinium verdunense Balb. du Lot, 203. 
— Ses localités en France, 209. 

Dentaria bulbifera L. trouvé pr.de la Ferté- 
Gaucher, 369.— pinnata Lam. du Lot., 
300. — Ses localités en France, 301. 

Dialypétalie, 547. 

Dianthus Caryophyllus L. loc, div., 359. 

Didymoglossum V. d. B. g. nov., 650. 

Digitalis grandiflora All., 276. — ochro- 
leuca Jacq., 277. 

Dimères (Fleurs) d'Epidendrum Stamfor- 
dianum, 149. 

Dimerospora Fr. g. nov., 326. 

Discostygma Hassk., 98. 

- Discours de M. Chatin à l'ouv, de la session 

extraordinaire, 662, — de M. l'abbé de 

Laeroix à la session extraordinaire, 667, 

691, 711. — de M, Jacobsen, maire de 

Noirmoutier, 694. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Discussion de quelques points de glossologie 
botanique (suite), 615. 

Distribution géographique des plantes dans 
la Vendée et régions voisines, 91, 124, 
160. 

Dons faits à la Société, 4, 4, 24, 65, 81, 
113, 144, 193, 226, 258, 293, 329, 
330, 366, 409, 447, 462, 467, 505, 
507, 526, 569, 587, 590. 

Dore (Excursion botanique au Mont-), 508, 
541, 619. — (Ampho*idium Mougeoti 
trouvé au Mont-), 297 (en note). 

DonvauLT. Obs., 680. 

Double capsule obs. chez quelques Mousses, 
73, 297, 354. 

Doumer (N.). Obs., 164, 232. 

Dracocephalum virginianum L. (Sur le), 
547. —  Prétendue catalepsie de ses 
fleurs, 551, 569. 

Dubouzetia Panch. g. nov., 199. — cam- 
panulata Panch., 199. 

DucHaaTRE (P.). Sur deux particularités 
obs. dans une Jacinthe, 158. — annonce 
la mort de M. A. de Limminghue, 257. 
— Sur une feuille monstr. de Begonia, 
298. — Sur trois fleurs monstr. (Rosa, 
Iris, Solanum), 450. — Sur la sécrétion 
salée du Tamarix gallica au bord de la 
mer, 514. — Floraison et fécondation 
de l Agave potatorum, 629. — Obs., 157, 
164, 288, 443, 350, 374,517, 579, 580. 

Durour (Ed.). Rapport sur l'herborisation 
de la Société à Couéron pr. Nantes, 722. 

DunauEL (de Camembert) envoie un Clino- 
podium monstr. 536. — Voy. Boisduval. 

Du PanQuET.a trouvé pr. de Nangis l Erica 
Tetralix anandra, 288. 

Durieu DE Maisonneuve présente une tige 
de Furcræa gigantea, couverte de bour- 
geons foliaires, 164. —-. présente les 
Isoëtes Hystriæ, Boryana et echinospora, 
164. — Lettre sur des Mousses à double 
capsule, 297. — a trouvé l'Amphoridium 
Mougeoti au Mont-Dore, 297 (en note). 
— Ses découvertes dans la montagne 
d’Alaric, 330. — Lettres sur des plantes 
trouvées en Algérie par M. A. Letourneux, 
582. — présente des dessins de Chara- 
cées, 690. —.Obs,, 165. 

Duvaz-Jouve (J.). Lettre dans laquelle il 
propose le mot sporose pour désigner le 
moment de la fructification des Fougères, 
36. — Sur l'acumen qui termine l'épi 
de quelques esp. d'Equisetum, 368. — 
Lettre sur la découv. de l'Aldrovandia 
vesiculosa pr. d'Arles, 518. — Sur la 
synonymie d’une espèce d'Equisetum 
(E. Telmateia Ehrh. = E. maximum 
Lam.), 637. 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


E 


Elatine Alsinastrum L. trouvé pr. de Ver- 
sailles, 460. 

Elæocarpus alaternoides B. G. sp. nov. , 201. 
— persicifolius B. G. sp. nov., 202. — 
rotundifolius B. G. sp. nov., 202. — spa- 
thulatus B. G. sp. nov., 202, — speciosus 
B. G. sp. nov., 201. — Vieillardi B. G. 
sp. nov., 202. 

Éléocarpées (Descript. de quelques) de la 
Nouvelle-Calédonie, 198. 

ÉLov ne Vico. Lettre sur quelques Primula 
hybrides, 299. 

Embryon (Structure de hb de quelques Or- 
chidées, 19, 42. 

Empoisonnement des herbiers par le sul- 
fure de carbone, 679. 

Épi (Acumen qui termine l’) de quelques 
Equisetum, 368. 

Epidendrum  Stamfordianum Batem. à 
fleurs monstr. diméres et monomères, 
149. 

Epilobium palustre L. (Stolons de Y), 623. 

Equiseltites macrodontus foss., 501. 

Equisetum (Acumen qui termine l'épi de 
quelques), 368. — arvense L. pourvus 
de tubercules, 203. — palustre L. Forme 
remarquable trouv. pr. de Jouy-en-Josas, 
297. — Telmateia Ehrh. synonyme de 
VE. maximum Lam., 637. 

Erdre (Marais de l), pr. Nantes, voy. Her- 
borisations. 

Erica Tetralix anandra trouvé pr. deNan- 
gis, et note sur cette plante, 288. 

Ermenonville (Polygonum Bistorta trouvé 
pr. d"), 430. 

Eruca sativa Lam. loc. div., 361. 

Erucastrum obtusangulum Rchb. loc, div., 
363. 

Erythronium Dens canis L. du Lot, 633. — 
Ses localités en France, 633. 

Étamines transf. en feuilles carpellaires ou 
carpelles, 348-350, 453-456. 

Euphorbia. La vraie nature de la fleur des 
Euphorbes expliquée par un nouv. genre 
d'Euphorbiacées, 29, 

Evax carpetana Lge, sp. nov., 556. 


Excursion botanique dirigée en Savoie et en 


Suisse, 127, 210, 302, 333. — à l'Au- 
. brac et au Mont-Dore principalement 
pour la recherche des /soétes, 508, 541, 


. ..619. ; 
Excursions diverses, voy. Herborisations. 


F 


- 


Fécondation de l'Agave potatorum, 629. 
Fermentation acétique (Sur la), 536. 


781 


FgnMoND (Ch.) membre à vie, 1. 
Ferté-Gaucher (Pl. trouv. pr. de la), 369. 
Feuille monstr. de Begonia, 298. 

Feuilles laciniées, décomposées, composées, 
Définition de ces termes, 616. — car- 
pellaires, voy. Carpellaires. — (Struc- 
ture anatomique des pétales comparée à 
celle des), 22, — (Etude tératologique 
sur les) de l'Orme champêtre, 144, — du 
Liriodendron, 33. " 

Fibrillitium du Chamærops excelsa, 427. 

Ficus ? Sarzanella foss., 563. 

Filago micropodioides Lge, sp. nov., 556. 

Flagellaria L., 268. 

Fleur (La vraie nature de la) des Euphorbes 
expliquée par un nouv. genre d'Euphor- 
biacées, 29. —- anomale d'Orchis mas- 
cula, 227. — de Cobæa scandens, 547. 
— d’/ris, 152, — de Streptocarpus, 108. 
— tétramére de Tigridia pavonia, 146. 

Fleurs (Prétendue catalepsie des) du Dra- 
cocephalum virginianum, 551, 569. — 
auomales de Tulipe, 287, — de Fuchsia, 
194. — de Cakile maritima, 696. — de 
Streptocarpus Reæii, 109. — d' Anagallis 
phœnicea, 695. — de Trifolium repens, 
696. — monstr. diméres et monomères 
d'Epidendrum Stamfordianum, 149. — 
prolifères de Rosa, 450. — tétramères 
d'Iris Xiphium, 451. — décandres de 
Solanum tuberosum, 452. — (ou cap- 
sules) soudées chez les Mousses, 73, 297. 
351. — soüdées d'une Jacinthe, 15$. 

Floraison de l'Agave potatorum, 629, — de 
l'Agave americana (Circonstances qui 
peuvent déterminer la), 575. 

Flore d'Algérie, voy. Algérie. — de France, 

: voy. France. — de Paris, voy. Paris, — 
diverses, voy. Herborisations et Végé- 
tation. 1 

Fœniculum officinale AN., 274.— loc. div., 
360. 

Foliaires (Bourgeons) du Furcræa gigantea, 
164. 

Foliation primordiale transitoire (Perma- 
nence de la) du Pinus Pinea, 527. 

Follicules de l' Aldrovandia (Irritabilité des), 
529. 1 

Fontainebleau (PI. trouv. dans une excur- 
sion aux env. de), 443. —  (Mousses 
trouv. pr. de), 444. — (Localité du Stipa 
pennata pr. de), 219. 

Fossiles (Sur quelques plantes) du dép. de 
Ja Loire-Inférieure, 689. 

Fossiles (Plantes), voy. (dans la table de 
la Rev. bibliogr.) : Brongniart, Geppert, 
Nylander, Stiehler, Strozzi, Unger, 
Wood. 

Fougères (Fructification des), voy. Sporose, 


782 


Fouanier (Eug.) présente des Cirsium hy- 
bridum, 42. — présente des Equisetum 
arvense pourvus de tubercules, 203. — 
+- présente des monstruosités de Ranuncu- 
Jus chærophyllos et de Myosurus, 348. 
— sur des anom. d'une fleur de Cobæa 
scandens, 547. — présente deux anoma- 
lies de Cakile maritima, 696. — Rap- 
port sur l'herborisation de la Société aux 
marais de l'Erdre pr. Nantes, 715. — 
Rapport sur les collections de la Société 
académique de la Loire-Inférieure et sur 
Fherbier de M. Lloyd, 767. — Obs.,10, 
144, 152, 203, 456, 462, 467, 580, 581, 
679, 701. 

France (Flore de) : Herborisations de la So- 
ciété pendant sa session à Nantes et à 
Noirmoutier, 714, 715, 718, 722, 725, 
736. — Rapport sur une herborisation 
aux env. de Fontainebleau, 443, — Sur 
quelques plantes trouv. aux env. de Pa- 
ris, 153, 219, 244, 988, 297, 359-365, 
369, 430, 460. — Excursion botanique 
à l'Aubrac et au Mont-Dore, principale- 
ment à la recherche des soëtes du pla- 
teau central de la France, 508, 541, 619. 
— Excursion botanique dirigée en Savoie 
et en Suisse, 127, 210, 302, 333. — Sur 
quelques plantes des Alpes de Savoie, 
461. — Une herborisation à Notre-Dame 
de la Trappe (Orne), 534. — Sur la dis- 
tribution géogr. des plantes dans la Ven- 
dée et les régions voisines, 91, 124, 160, 
— Sur la végétation maritime de l'arr, 
de Marennes et sur quelques plantes de 
la Charente-Inférieure, 680. — Revue 
critique de la flore du dép. du Lot, 203, 
201, 300, 331, 445, 467, 538, 584, 
630. —- Sur les plantes du versant mé- 
ridional de la Montagne-Noire, canton de 
Mas-Cabardés (Aude) 119, 165, — 
Plantes trouv, dansla montagne d'Alaric, 
330. — Sur la flore du dép. des Alpes- 
Maritimes, 237. — Mousses rares ou 
nouv. trouv. aux env. de Paris, 82-84,444, 
— Mousses récolt. en Savoie eten Suisse, 
345, — Lichenes adnotati in Armorica, 


ad Pornic, 153. — Algues de Noirmou- | 


tier, 747, — Sur quelques pl. fossilesdu 
dép. de la Loire-Inférieure, 689. — Sur 
un caractére variable des esp. du genre 
Iberis, 158. — Sur div. esp. du genre 
Capsella, 258. — Sur l'histoire du Bidens 
radiata, 153, — Sur div. esp. du genre 
Primula, 1,629. — Sur les pl. des vieux 
Châteaux, 359-365. —Réeolte des Trutfes 
daus la Haute-Marne et en Provence, 


ins — Espèces nouvelles ou signa- | . 


SOCIÉTÉ DOTANIQUE DE FRANCE. 


Adenostyles pyrenaica Lge, 555. — 
Ægopodium Podagraria, 361. — Aldro- 
vandia vesiculosa, 518. — Amphoridium 
Mougeoti, 297. — Anemone, sp.' div. 
239. — Antennaria elæophila, 232. — 
Arenaria controversa, 445. — Asperugo 
procumbens, 363, — Atropa Belladonna, 
363. — Azosma Punctum et lichenoides. 
Lerx, 699. . 

Bellidiastrum Michelii, 462. — Bidens 
radiata, 153. — Bromus maximus et sp. 
div., 102. — Buxus sempervirens, 364. 

Capsella Bursa pastoris, 238. — C. 
gracilis, 961. C. rubella, 259. — 
C.rubescens, 258. — Cephalaria leucan- 
tha, 539. — Chara coronata, 695. — 
Cineraria lanceolata, 540. — Cistus sal- 
vifolius, 632, — Cladonia firma, 155. 
— Clypeola gracilis, 331. — C. Jon- 
thlaspi, 229. — Collema magmoidesNyl., 
759. — Coriaria myrlifolia, 471. — 
Corydallis lutea, 362. — Crocus vernus, 
462. — Cymodocea æquorea, 456. 

Datura Stramonium, 363, — Delphi- 
nium verdunense, 203. — Dentaria bul- 
bifera, 369. — D. pinnata, 300. — 
Dianthus Caryophyllus, 359. 

Elatine Alsinastrum, 460. — Equise- 
tum palustre var., 297. — Erica Tetra- 
lix anandra, 288.— Eruca sativa, 361. 
— Erucas'rum obtusangulum, 363. — 
Erythronium Dens canis, 633, 

Fœniculum officinale, 360. 

Gagea Liottardi et lutea, 462. — Ga- 
lium saccharatum, 238, — Geranium 
tuberosum, 238. — Geum silvaticum, 
391. 

Helichrysum Stwchas , 585, — Hyos- 
eyamus niger, 363. — Hypericum lina- 
rifolium, 467. am 

Iberis sp. div., 158. — Inula spirci- 
folia, 584, — Iris fœtidissima, 362. — 
I. graminea, 331. — Isoëtes sp. div., 
508, 541,619. — I. Boryana DR.,164. 


` — I. Hystrix, 164. — T. echinospora - 


DR., 164-165. 
Lecanora sp. div., 755-157. — L. ho- 


lophæa, 755. — Lecidea sp. div. 157- 


759. — Leonurus Cardiaca, 361. — 
Leuzea conifera, 585. — Linaria Pelli- 
ceriana, 630. — Linum tenuifolium, 467. 
— Lychnis Coronaria, 331. — Lycopo- 
dium Chamæcyparissus, 244, 245, 430, 

Melissa officinalis, 361. — Mentha vi- 
ridis, 361. 

Narcissus juncifolius, 634. 

Opegrapha Chevalieri, 158. — Orchis 
hircino-Simia Timb, , 396. — Orobanche 
Picridis, 369. pue secus 


Garcinia L., 97. 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 783 


Pedicularis Letourneuxii Pers., 461. , 
— Petasites officinalis, 362. — Phyca- 
grostis major, 456. — Pinus uncinala 
622. — Polygonum Bistorta, 430. — 
Primula variabilis et sp. div., 7, 497, 
239, 629. 

Ruta graveolens, 363. 

Salvia Sclarea, 360. — Satureia mon- 

` tana, 361. — Saxifraga hypnoides, 538. 
— Scilla autumnalis, 632. — Scrofula- 
ria canina, 586. — Scutellaria Columneæ, 
363. — Sedum dasyphyllum et var., 
238, 363. — Silene inflata, maritima et 
Thorei, 143. — Silybum Marianum, 360. 
— Sisymbrium polyceratium, 291, — 
Stipa pennáta, 219. 

Thalicirum tuberosum, 330. — Thy- 
mus cilriodorus, 361. — Tragus race- 
mosus, 635, — Trientalis europæa, 513. 
— Triselum agrostideum, 448-449. — 

. Typha minima, 462. 

Urtica pilulifera, 363. 

Verrucaria sp. div., 758. — V. mi- 
crosporoides Nyl., 759. — Vinca minor 
var., 461. — Viola elalior, 369. — 
Voyez (dansla table de la Revue bibliog.) : 
Arrondeau, Contejean, Jordan, Lambert, 
Le Jolis, Ravin, Rochebrune, Roussel, 
Timbal-Lagrave. 

Fraxinus albicans Buckl. sp. nov., 772. — 

nigrescens Bucki. sp. nov., 773. — 
oblongocarpa Buckl. sp. nov., 772. — 

trialala Buckl. sp. nov., 773. 

Fructification des Fougères, voy. Sporose. 

Fruit portant des feuilles, 453. 

Fuchsia (Fl. monstr, de), 194. 

Fuernrohr (A.-E.). Sa mort, 192. 

Furcrœa gigantea (Bourgeons foliaires du), 

164, 


G 


Gagea Liottardi Schult. et lutea Schult, 
trouv, en Savoie, 462, 

Galium cinereum All., 271, — lucidum 
All., 275. — saccharátum Ali., 238. 


Gay (J.) Félicitations à M. Duchartre sur 
son élection à l'Académie des sciences, 
93. — Présentation de M. le docteur 
Hénon, 143. — Sur l'histoire du Bidens 
radiata, 153. — présente une pomme de 
terre monstr., 156. — présente des Pri- 
mula variabilis, 197. — annonce les dé- 
couvertes de M. Durieu de Maisonneuve 
dans la montague d'Alaric, 330. — Le 
Chamærops excelsa Thunb., sa patrie, 


‘le climat qui lui convient, son introduc- 
tion dans l'Europe occidentale, les 


chances qu'il a d'y être naturalisé, son 
fibrillitium, les usages économiques aux- 
quels il peut servir, ete., 410. — Sur le 
Triselum agrostideum, 449 (en note). — 
Une excursion botanique à l' Aubrac et au 
Mont-Dore principalement pour la re- 
cherche des 7soétes du plateau central de 
la France, 508, 541, 619. — Sur la vé- 
gétation souterraine du Circæa alpina, 
545 (en note). — Sur les stolons de l’ Epi- 
lobium palustre, 623, — Obs., 33, 121, 
158, 160, 165, 296, 297 (en note), 374, 
443, 456, 460,513, 518, 523, 581, 583. 

Géographie botanique, voy. Flore et Végé- 
tation. 

Geranium tuberosum L., 238, 

Germination anomale de I'Acer Pseudopla- 
lanus, 286. — du Cocotier, 294. — 
(Mode de) de quelques Orchidées, 19, 42. 

Geum silvaticum Pourr. trouvé dans la 
mont. d'Alaric, 331. 

Gisors (PI. croissant autour du château de), 

« 859. 

Glossologie botanique (Discussion de quel- 
ques points de) (suite), 615. 

GopnoN (A.), Sur les bourgeons et les feuilles 
du Liriodendron Tulipifera, 33. 

Gonocormus Teysmanni V. d. B. sp. nov., 
650. 

Graminées (Nouv. classification des), 494, 

Gnas (Aug.). Sur quelques rectifications de 
synonymie, 270. — Sur le Cardamine 
granulosa All., 463. — Sur deux lettres 
inédites de B. de Jussieu, 670. — Sou- 
venirs d'une herborisation à Verceil, 684. 

Gris (A.). Obs., 77, 350. — Voyez Bron- 
gniart. 

GnoENLAND (J.) Sur les hybrides du genre 
JEgilops, 612. — Obs., 615. 

GUBLER (Ad.). Sur la récolte des Truffes en 
Provence, 235. — Sur la flore du dep, 
des Alpes-Maritimes, 237, — De la mer 
considérée comme source de calcaire pour 
les pl. du littoral, 431. — Étude térato- 
logique sur une anomaliedu Pinus Pinca. 
constituée par la permanence de la folia- 
tion primordiale transitoire, 527, — Obs., 
932, 449, 517, 518, 534. 

Guernesey (Découv. de l'/soétes Hysit , 
33. 

Guttiféres (Sur la famille des), 26, 66, 96. 

Gynécée bifide, 348. 


H 


Habrodictyon V. d. B. g. nov., 651. 
Hampe supplémentaire, 159. — à deux 

épis, 378. 
Havetia H. B. K., 73. 


784 


Havetiopsis, 72. 

Helichrysum Stœchas DC. du Lot, 585. 

Heliotropium europæum L. et var., 493. 

Helocarpon Fr. g. nov., 326. 

Henslow. Sa mort, 293. 

Herbier de M. Lloyd (Rapport sur l’), 767. 

Herbiers (Empoisonnement des) par le sul- 
fure de carbone, 679. 

Herborisation (Une) à Notre-Dame de la 
Trappe (Orne), 534. — (Souvenirs d'une) 
à Verceil, 684. 

Herborisations de la Société pendant sa ses- 
sion à Nantes et à Noirmoutier (Rapports 
sur les) : Trentemoult, 714. Marais de 
PErdre, 715. Coteaux de Mauves et 
boires de Saint-Julien, 718, Couéron. 
122. Le Pouliguen et le Croisic, 725. 
Noirmoutier, 736. — Voy. Excursions. 

Heterocrambe Arisiidis ? DR. sp. nov.?, 583. 

Hieracium glaucum All., 271. — stalicifo- 
lium All., 273. 

Histoire de la botanique en Lithuanie, 697. 

Hyacinthus orienialis L. (Sur deux particu- 
larités obs. chez un), 158. 

Hybrides: ZEgilops, 612. — Cirsium, 10, 
49. — Nicotiana, 264. — Orchis, 11, 
396, — Passiflora, 264. — Primula, 10, 
299-300. — Verbascum, 264, 615. -. 
Voyez (dans la table de la Revue bibliog.): 
Timbal-Lagrave. à 

Hyoscyamus niger L. stations div., 363. 

Hypericum linarifolium Vahl, 467, — Ses 
localités en France, 470. 

Hypertrophie, 696. 

Hystérinées (Division des), 60. 


I 


Iberis (Sur un caract. variable des esp. du 
genre), 158. — Garrexiana All., 271. 

Ilex theifolia et Vivianii foss., 563. 

Impost (L.),naturaliste de Noirmoutier,707. 

Inflorescence (Nouvel aperéu sur la théorie 
de 1), 11, 36. 

Inula spiræifolia L. du Lot, 584. — Ses 
localités en France, 585. 

Iris monstr., 152. — fotidissima L. loc. 
div., 369. — graminea L. trouvé dans 
la mont. d'Alaric, 331. — Xiphium à 
fleur tétramére, 451. 

Irritabilité des follicules de l'Aldrovandia, 
522. 

Isoétes (Excurs. botanique à la recherche 
des) du plateau central de la France), 
508, 541, 619. — Boryana DR. sp. 
nov. trouvé à Cazau, 164. — echinos- 
pora DR. sp. nov., 164-165.— Hystrix 
DR. trouvé à Cazau, 164. — trouvé à 
Guernesey, 33. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


J 


JacossEN, maire de Noirmoutier. Son dis- 
cours, 694. — Obs., 712. 

Jamain (Al.). Obs., 144, 296, 517. 

Jardin-des-plantes de Nantes (Rapport sur 
le), 760. 

Jaugesr (le comte). Sur quelques plantes du 
haut Pérou, 114. — Note sur l'Attalea 
junifera, 156. 

Joinvillea Gdch., 268. — ascendens Gdch , 
269. — elegans Gdch., 268. — Gaudi- 
chaudiana B. G. sp. nov., 269. 

Jouy-en-Josas (Forme remarquable de 
l'Equisetum palustre trouv. pr, de), 297. 

Jussieu (A.-L. de). Lettre inédite, 366. 

Jussieu (B. de). Lettres inédites, 670. 


K 


Khayea Wall., 99. 


Korthalsia flagellaris et Teysmanni Miq.sp. 
noy., 492. 


L 


Laciniées, décomposées (Feuilles). Défini- 
tion de ces termes, 616. 

Lacnoix (l'abbé S. de), président de la ses- 
sion extraordinaire, 660. — Ses discours 
à la session, 667, 691, 711. — Sur le 
Capsella Bursa pastoris et autres esp. du 
méme genre, 258. — Sur le Verbascum 
thapsiformi-floccosum Koch, 675. — Sur 
les Azosma Punctum et lichenoides, 699. 
— Obs., 670, 701. 

Laniéres (Définition du mot), 615. 

La PEnRAUDIÈRE (H. de) cite quelques pl. 
croissant en Anjou, pr. des vieux châ- 
teaux, 365. — Sa mort, 666. — Notice 
sur sa vie, ses recherches et ses voyages 
botaniques, 591. — Don de son herbier 
à la Société, 590. 

La PerRAUDIÈRE (J. de). Lettre annonçant 
le don de l'herbier de son frére à la So- 
ciété, 590. 

LEsEL. Lettre sur le Primula variabilis, Ts 

Lecanora sp. div., 755-757. — holophæa 
Mont. , 755. 

Lecidea sp. div., 757-759. 

Leclère (L.). Sa mort, 587. 

LecoQ (H.). Obs., 160. 

Le Dies (Ém.). Sur un phénomène térato- 
logique obs. chez quelques Mousses, 73. 
— Obs., 517, 679. 

Leguminosites Pyladis foss., 564. 

Le Joris (A.).Lettre sur div. Primula, 629. 

Le Maovr (E.). Obs., 569, 579. 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


Lenorman (R.). Sur le fasc. XV des Stirpes 
cryptogamævogeso-rhenanæ de Mougeot, 
41. 

Leontodon carpelanus Lge, 556. 

Leonurus Cardiaca L. loc. div., 361. 

Lepidodendron sp. div. foss., 405-407. 

Lepidophlogos ichthyolepis foss., 406. 

Lepidostrobus stachyoides foss., 406. 

LÉpiNE (J.). Sur le Veppamarum Vembou,95. 

Le Prevost (A.). Notice biographique, 191. 

Le Sounp-DossiPLES (E.). Sur une anomalie 
prés, par une fleur d'Orchis mascula, 
297. — et BERGERON. Sur un cas de mé- 
tamorphose ascendante: étamines transf. 
en feuilles carpellaires, 348. 

LETOURNEUX (A.). Deux pl. indéterminées 
trouv, en Algérie (Rubiacée, Crucifére), 
582. 

LETOURNEUX (T.). Lettre sur la distrib. géog. 
des plantes dans le dép. de la Vendéeet 
les régions voisines, 91, 124, 160. 

Lettres de MM. Brongniart, Debeaux, De- 
lavaud, Durieu de Maisonneuve, Duval - 
Jouve, Eloy de Vicq, J. de la Perraudière, 
Lebel, Le Jolis, T. Letourneux, Lloyd, 
Marcilly, Miégeville, de Soland , Soubei- 
ran, voy. ces noms. — inédites d'A. L. 
de Jussieu, 366. — de B. de Jussieu, 
670. — de Linné, 574. 

Leuzea conifera DC. du Lot, 585. — Ses 
localités en France, 588. 

Lichenes adnotati in Armorica ad Pornic, 
753. 

Licuala amplifrons Miq. sp. nov. 492. 

Ligusticum ferulaceum All., 271. 

Limminghe (le comte A. de). Sa mort, 257. 

Linaria Pelliceriana Mill. du Lot, 630. 

Linne (C. de). Lettre inédite, 574. 

Linum tenuifolium L, du Lot, 467. 

Liriodendron Tulipifera L. (Sur les bour- 
geons et les feuilles du), 33. 

. Lithuanie (Histoire de la botanique en), 
697. 2 

LLovp (J.). Lettre sur l'odeur du Primula 
Auricula, 636, — Rapport sur son her- 
bier, 767. 

Lobes (Définition du mot), 615. 

Loire-Inférieure (Sur quelques pl.' fossiles 
du dép. de la), 689. — Végétation du 
dép. de la) voy. Herborisations, — (Rap- 
port sur les collections de la Société aca- 
démique de la), 767. 

Loiret (Arbres remarquables plantés dans 
le dép. du), 354. 

LowBanD. Obs., 679. 

Lot (Revue critique de la flore du dép. du), 
203, 291, 300, 331, 445, 467, 538, 
584, 630. — Clypeola Jonthlaspi trouvé 
dans le dép. du), 229. 


T. VER 


785 


Lunaria divaricata Benth. sp. nov., 648. 
— parviftora Spr. sp. nov., 647. 

Lychnis Coronaria Lam. du Lot, 331, — 
Ses local, en France, 333. 

Lycopodium Chamæcyparissus Br. trouvé 
près de Beauvais, 244, 430. — Ses local. 
en France, 245. 


M 


Macleya cordata monstr., 350. 

Maine-et-Loire (Société académique de). 
Communication faite en son nom, 668. 

Maladie des Oliviers, 229-232. 

MaLBRANCHE (A.). Sur une lettre inédite de 
Linné à Correa de Serra, 571. 

Mammea L., 100. 

ManciLLY fils. Découv. du Lycopodium Cha- 
mæcyparissus pr. de Beauvais, 244. — 
Lettre sur ce sujet, 430. — Découv. du 
Polygonum Bistorta pr.d'Ermenonville, 
430. 

Marennes (Végétation marit. de l'arrondiss. 
de), 680, 

Marne (Récolte des truffes dans le dép. de 
la Haute-), 232. 

Martins (Ch.). Des circonstances qui peu- 
vent déterminer la floraison de l'Agave 
americana, 575. — Obs., 579, 580, 
581. 

Mas-Cabardès (Pl. du canton de), 119, 165. 

Mauves (Coteaux de) pr. Nantes, voy. Her- 
borisations. 

Mayna ovata Benth. sp. nov., 647. 

Mélanges, nouvelles, annonces, nécrologie, 
61, 112, 191, 256, 328, 407, 503,566, 
655, 774. - ; 

MéLıcoco (le baron de). Physiologie végétale 
aux xiv, xv* et xvi* siècles, 288. 

Melissa officinalis L. loc. div., 361. 

MzNi£nE (P.) présente des fragments de vé- 
gétaux aromatiques, 17. 

Mentha viridis L. loc, div., 361. 

Mer (De la) comme source de calcaire pour 
les pl. du littoral, 431. — (Sécrétion sa- 
lée du Tamarix gallica au bord de la), 
514. 

Mesua L., 99. 

Métamorphose ascendante, 348-350, 454- 
456. 

Microgonidium Presl, 650. 

Microgonium Motleyi V. d. B., 650. 

MiÉGEVILLE (l'abbé). Lettre sur la découv. 
du Trisetum agrostideum, 448. 

MosanD, annonce la découv. du Chara co- 
ronata pr. de Couéron, 695. 

Monoméres (Fleurs) d'Epidendrum Stam- 
fordianum, 149. 


- 


54. 


786 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Monstruosités, déformations, anomalies, té- 
ratologie. Acer Pseudoplatanus, 286. — 
Anagallis arvensis, 695. — Begonia, 
298. — Cakile marilima, 696. — Chei- 
ranthus Cheiri, 454, 456. — Clinopo- 
dium vulgare, 536, — Cobæa scandens, 
547. — Cralægus, 453. — Cytinus Hy- 
pocislis, 196. — Epidendrum Stamfor- 
dianum, 149. — Fuchsia, 194. — Hya- 
cinthus orientalis, 158. — Iris, 152. — 
I. Xiphium, 451. — Macleya cordata, 
350. — Mousses diverses, 73, 297, 351. 
— Myosurus minimus, 348. — Narcis- 
sus chrysanthus, 160. — Orchis macu- 
lata, 318.— O.mascula, 227 .— Papaver, 
319-350. — Pinus Pinea, 527. — Po- 
lemonium cæruleum, 455. — Ranuncu- 
lus chorophyllos, 348. — Rosa, 450, 
453. — Sempervivum teclorum, 350, 
454. — Solanum tuberosum, 156, 452. 
— Streptocarpus Reæii, 108. — Tigri- 
dia pavonia, 146. — Trifolium repens, 
695. — Tulipa Gesneriana, 287. — 
Ulmus campestris, 144. — Branches 
d'arbre anomales, 612. — Chloranthie, 
536, 696. —  Dialypétalie, 547. — 
Double capsule, 73, 297, 351. — Éta- 
mines transf. en carpelles, 348 350, 453- 
456. — Feuilles anomales, 144, 298. — 
Fleurs décandres, 452. — Fleurs diméres 
et monoméres, 149-152. — Fleurs té- 
tramères, 146, 451. — Fleurs. ou cap- 
sules soudées, 73, 158, 297, 351, — 
Fleurs anomales diverses, 194, 227, 287, 
547, 696, 709. — Fruit portant des 
feuilles, 453. — Germination anomale, 
286. — Gynécée bifide, 348. — Hampe 
supplémentaire, 159. — Hampe à deux 

- épis, 378. — Hypertrophie, 696. — 
Métamorphose ascendante, 348-350, 454- 
456. — Ovaire anomal, 197. — Perma- 
nence de la foliation primordiale, 527. 
— Prolification, 450. — Réceptacles bi- 
fides, 348, — Synanthie, 73, 158-159, 
297, 351. — Tubercule digité, 156. — 
Voyez (dans la table de la Revuebibliogr.): 
Caspary, Masters, Schultz-Schultzenstein, 
Tassi, Wesmael. 

Mont- Dore, voy. Dore. 

Montagne-Noire, voy. Noire. 

Monti (G.), voy. Augé de Lassus. 

Montrouziera Panch., 97. 

Moquin-Tannox (A.). Sur le Mussenna, 
32. — présente une partie de tronc 
de Chêne, 142. — Obs., 296,517, 518, 
612. 

E “+ (C. -G.).Sa mort et note nécrolog. , 

Moronobea Aubl., 97. 


MovcEor (J.-B.). Sur le XV* fascicule de 
ses Stirpes cryptogamæ vogeso-rhenanæ, 
41. 

Mousses rares ou nouv. trouv, aux env. de 
Paris, 82-84, 444.— récoltées en Savoie 
et en Suisse, 345. — (Phénomènes téra- 
tologiques obs. chez quelques), 73, 297, 
354. 

Musée d'histoire naturelle de Nantes (Rap- 
port sur le), 763. 

Mussenna ou Moussenna, 32. 

Mycoderma, 536. 

Myodocarpus B. G. g. nov., 123. — pin- 
natus et simplicifolius B. G., 123. 

Myosotis nana, an All.?, 272. 

Myosurus minimus L. anomal, 348. 


N 


Nangis (Erica Tetralix anandra trouvé pr. 
de), 288. 

Nantes, voy. Discours, Herborisations, Rap- 
port, Session extraordinaire, Visite. — 
(Séances de la Société à), 662, 677. 

Narcissus chrysanthus monstr., 160. — 
juncifolius Lag. du Lot, 634. 

Naturalistes (Notice biograph. sur quelques) 
de Noirmoutier, 702. 

Nécrologie, voy. Mélanges. 

Nicotiana hybrides, 264. 

Noire (Plantes de la Montagne-), 119, 165. 

Noirmoutier (Séances de la Société à), 691, 
701. — (Algues de), 747. — (Notice 
biograph. sur quelques naturalistes de), 
702. — Voyez Herborisations. 

Notre-Dame de la Trappe, voy. Trappe. 

Nouvelle-Calédonie (Plantes de la), voy. 
Brongniart. 

Nouvelles, voy. Mélanges. 

Nyctaginées (Nouv. genre de): Vie/llardia, 
374. 

NyrANDER (W.). Lichenes adnotati in Armo- 
rica ad Pornic, 753. 


0 


Ochrocarpus P.-Th., 97. 

Odeur du Primula Auricula, 636. 

Œdematopus P. T. g. nov., 72. 

Oftia Adans., 398. 

Olea europæa L. Maladie des Oliviers, 229- 
232. 

Ombellifères (Nouv. genre d") : Myodocar- 
pus, 121. 

Ononis Columna All., 271. 

Opegrapha Chevalieri Leight., 758. 

Orbigny (A. d"). Son séjour à Noirmoutier, 
102. > 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 


Orchidées (Structure de l'embryon et mode 
de germination de quelques), 19, 42. 
Orchis hircino-Simia T.-L. hybr., 396. — 
(Autres) hybrides, 11, — maculata L. 
anomal, 378. — mascula L. anomal, 227. 

Orobanche Picridis Vauch. trouvé pr. de la 
Ferté-Gaucher, 369. 

Orthotrichum anomalum auct., 56. 

Ovaire anomal, 197. 

Oxystemon P. T. g. nov., 70. 

. OzaNoN (Ch.). Sur les plantes du versant 
méridional de la Montague-Noire, re- 
cueillies en 1860, dans le canton de Mas. 
Cabardés (Aude), 119, 165. 


p 


Papaver orientale et somniferum à étamines 
transf. en feuilles carpellaires, 349-350. 

Paris (Flore des env. de), voy. Beauvais, 
Bouteiller, Cháteaux, Ermenonville, Fon- 
tainebleau, Jouy-en-Josas, Mousses, Nan- 
gis, Rochefort, Versailles, et (dans la 
table de la Revue bibliogr.) : Roussel, 
Lambert. 

PARLATORE (Ph.). Sur les Araucaria brasi- 
liensis et Saviana, sp. nov., 84. 

Passiftora hybrides, 264. 

Passy (A.). Sur la récolte des Truffes dans 
Je dép. dela Haute-Marne, 232. — Obs., 
237, 245. 

PAsrEUR (L.). Sur la fermentation acétique, 
536." 

Pedicularis Letourneuxii V, Pers, sp. nov., 
461. 

Pentadesma Don, 97. 

Permanence de la foliation primordiale 
transitoire du Pinus Pinea, 527. 

Pérou (Sur quelques plantes du Haut-), 114. 

PrensowwaT (V.). Sur quelques plantes des 
Alpes de Savoie, 461. — Sur la végét. 
maritime de l'arrondiss. de Marennes et 
sur quelques pl. de la Charente-Infé- 
rieure, 680. ; 

Pétales (Structure anatom. des) comparée à 
celle des feuilles, 22. 

Petasites officinalis Mænch, loc. div., 362. 

Phycagrostis major Cav. (Sur le), 456. 

Physiologie végétale aux xiw*, xv^ et 
xvi* siècles, 288. 

Phyteuma Scheuchzeri AM., 271. 

Pic ou Puy de Sancy, voy. Sancy. 

Piet (Fr.), naturaliste de Noirmoutier, 704. 

Pilobolus Tode, 554. 

Pilosperma P. T. g. nov., 72. 

Pinus Pinea L. (Anomalie du) : permanence 
de la foliation primordiale transitoire, 
527. — uncinata Ram. trouvé au Mont- 
Dore, 622, 


787 


Pistillaires (Des caractères) du genre Ruscus, 
280. x 

Placographa Fr. g. nov., 326. 

PraNcHON (J.-E.). La vraie nature de la 
fleur des Enphorbes expliquée par un 
nouv. genre d'Euphorbiacées (Calycope- 
plus), 29. — Obs., 32. — et TRIANA. 
Sur la famille des Guttifères, 26, 66,96. 

Plantago serpentina All., 273. 

Plantes (Sur les) des vieux châteaux, 359, 
365. 

Platonia Mart., 97. 

Plectocomia sumatrana Miq. sp. nov., 492. 

Poacites primavus foss., 562. 

Polemonium ceruleum L. monstr., 455. 

Polygonum alpinum All., 971. — Bistorta 
L. trouvé pr. d'Ermenonville, 430. 

Polythecandra P. T. g. nov., 70. 

Pontederia azurea Sw., 642. 

Pornic (Lichenes adnotati ad), 153. 

Pouliguen (Le), voy. Herborisations. 

PnuiLLiEUx (Ed.). Sur la structure de l'em- 
bryon et le mode de germination de 
quelques Orchidées, 19. — présente des 
Orchidées en germination, 42. — Sur 
des fleurs monstr. diméres et monomères 
d'Epidendrum Stamfordianum, 149. — 
Sur des fleurs monstr. de Fuchsia, 194. 

Primula hybrides, 10, 299-300. — acaulis 
Jacq., 629. — Auricula L. (Odeur du), 
636. — grandiflora Lam., 239, 629. 
— hirsuta All., 275. — silvestris Scop. 
et sa synonymie,278, —variabilis Goup. , 
629. — (Lettre sur le), 7. — trouvé 
dans la forêt de Tancarville, 197, — 
viscosa All., 275. 

Programme de la session extraord., 661. 

Prolifères (Fleurs de Rosa), 450. 

Provence (Récolte des truffes en), 235. 

Provins (Viola elatior trouvé pr. de), 369. 

Pteris Pecchiolii foss., 562. 

Ptychosperma polystachya et simplicifrons 
Miq. sp. nov., 492. 

Poer (T.). Revue critique de la flore du dép. 
du Lot (2* partie, herbier du Lot), 203, 
291, 300, 331, 445, 467, 538, 584, 
630. — Sur le Clypeola Jonthlaspi, 229. 
— Obs., 94, 331, 348, 365, 628. 


Q 


Quapoya Aubl., 71. 

Quercus sp. div. foss., 563. — Tronc de 

- Chêne frappé par la foudre et dévoré par 
des larves, 142. 

Quiina Aubl., 100 . 


R 


Ramono (A.), envoie le Primula variabilis 
trouvé pr. de Tancarville, 197. 

Ranunculus Charophyllos L. anomal, 348. 

Rapport sur le Jardin-des-plantes de Nantes, 
760. — Sur le Musée d'histoire naturelle 
de Nantes, 763. — sur les collect. de la 
Société académique de la Loire-Infé- 
rieure et sur l'herbier de M. Lloyd, 767. 

Rapports sur les herborisatious de la So- 
ciété, voy. Herborisations. 

Réceptacles bifides, 348. 

Récolte des Truffes dans le dép. de la Haute- 
Marne, 232. — en Provence, 235. 

Rectifications (Quelques)de synonymie, 270. 

Réglement spécial du seerétariat de la Bor 
ciété, 589. 

Réglementaires (Modifications) relat. à la 
Revue bibliographique, 114. 

Reméde contre la morsure des vipères, 144. 

Rengifa Poepp., 71. 

Revue bibliographique, voy. Bibliographi- 
que. 

Revue critique de la flore du dép. du Lot 
(suite), 203, 291, 300, 331, 445, 467, 
538, 584, 630. 

Rheedia L., 99. 

Rheziophiale Fr. g. nov., 326. 

Richer (Éd.), naturaliste de Noirmoutier, 
105. 

RocuEBRUNE (A. de). Obs. sur le Ruscus 
aculeatus, 523. — Sur le Dracocephalum 
virginianum L., 547. 

Rochefort (Quelques pl. trouv. 
ruines du cháteau de), 364. 

Rosa à fleurs prolifères ou anomales, 450 
453. 

Ross (D.) membre à vie, 505. 

Royer (Ch.) membre à vie, 505. 

Roze (E.). Mousses récoltées en Savoie et 
en Suisse pendant l'excursion dirig. par 
M. Chatin, 345. — Obs., 164. — et 
BESCHERELLE. Sur quelques Mousses rares 
ou nouv. trouv. aux eny. de Paris, 82. 

Rubiacée (Oldenlandia ?) trouv. en Algérie, 
582. 

Rumex arifolius AN., 273. 

Ruscus (Des caractères pistillaires du genre), 
280. — aculeatus L. (Obs. sur le), 523. 

Ruta graveolens L. loc. div., 363. 


sur les 


S 


Saint-Julien (Boires de) pr. Nantes, voy. 
Herborisations. 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Salée (Sécrétion) du Tamarix gallica au 
bord de la mer, 514. 

Salpichroma Didieranum Jaub. sp 
1TT. 

Salvia Sclarea: L. loc. div., 360. 

Samydacées (Classif. des), 647. 

Sancy (Puy ou pic de). Sa végétation, 626- 
628. 

Saribus Rumph., 430. 

Satureia montana L. loc. div., 361. 

Savoie (Sur quelques pl. des Alpes de), 461. 
— (Excursion bot. en), 127, 210, 302, 
333. — (Mousses récolt, en), 315. — 


. nov., 


(Trientalis europea découv. dans la 
Haute-), 513. 
Sazifraga biflora AM., 271. — hypnoides 


L. du Lot, 538. — muscoides All. 
Scheidweiler (J.), Sa mort, 503. 
Scarwper (W .-Ph.). Sur quelques cas de té- 

ratologie bryologique, 351. 

ScuLEIDEN (J.), voy. Scheenefeld. 
ScmoexeFELD (W. de). Communication au 

nom de la Commission du Bulletin, 24. 

— Quelques mots sur l'Erica Tetralix 

anandra, 288 (en note). — Plantes 

trouv. à Rochefort, 364, — Quelques 
móts sur les migrations des plantes, 
d'aprés M. Schleiden, 365 (en note).— 

Hommage rendu à la mémoire de M. E. 

Cadet de Chambine, 570. — Obs., 10, 

11,288, 409, 462, 523, 547, 580, 581, 

628, 666, 700, 713. 

Scilla autumnalis L. du Lot, 632. 
Serofularia canina L. du Lot, 586. 
Scutellaria Columna AM. loc. ‘div., 363. 
Secrétariat de la Société. Proposition relat. 

à son organisation, 588. — (Règlement 

spécial du), 589. 


274. 


; | Sécrétion salée du Tamarix gallica au bord 


de la mer, 514. 

Sedum dasyphy!lum L. loc. div., 363. — 
— var. glanduliferum, 238. — nicæense 
AN., 276. 

Sempervivum tectorum L. monstr., 
454. 

Senecio legionensis Lee, sp. nov., 556. 

Session extraordinaire à Nantes et à Noir- 
moutier, 657-768. — (Fixation de la), 
114, 330. — (Avantages obtenus pour 
la), 409. — (Comité de la), 657. — (Bu- 
reau de la), 660. — (Membres qui ont 
assisté à la), 657. — (Autres personnes 
qui ont pris part à la), 658-659. — 
(Programme de la), 661. — (Séances de 
la), 662, 677, 691, 701. — (Correspon- 
dance de la), 666, 668, 670, 678. — 
(Commssions de la), 678. — (Herb ori- 
sations, excursions et voyages de la), 
voy. Herborisations. 


350, 


L 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 789 


Sigillarta bistriata foss., 407. — cymatoides 
foss., 407. — perplexa foss., 405. — 
Solanota foss., 405. 

Silene inflata Sm., 743. — maritima 
With., 743. — nicæensis All.,.271. — 
Thorei Duf., 143. 

Silybum Marianum Gærtn. loc. div., 360, 

Sinclair (A.). Sa mort, 503. 

Sisymbrium polyceratium L. du Lot, 291, 
— Ses local. en France, 292. 

Smilax Targionii foss., 562. 

Société académique de la Loire-Inférieure, 
Rapport sur ses collections, 767. — aca- 
démique de Maine-et-Loire, Communi- 
cation faite en son nom, 668. 

SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE France. Composition 
du Bureau et du Conseil pour 1861, 3. 
— Commissions pour 1861, voy Com- 
missions. 

SoLanp (A. de). Lettre relative à la session 
extraord., 678. 

Solanum tuberosum L. (Fleurs décandres 
de), 452. — Pomme-de-terre anomale, 
156. 

Solenoula psilophlæa foss., 405. 

Sonchus asper Vill., 274. 

Sowsemman (J. L.) a découv. dans le dép. du 
Lot un Clypeola (Jonthlaspi ou gracilis), 
229, 331. — Lettre annonçant l'envoi 
d'autographes, 508. 

Souterraine (Végétation) du Circæa alpina, 
545 (en note). 

Soüvenirs d'une herborisation à Verceil, 
684. 

Sphæria atomica foss., 562. 

Sporose. Nouv. mot pour désigner le mo- 
ment de la pleine fructification des Fou- 
gères, 36. 

Stipa pennata L. Sa local. dans la forêt de 
Fontainebleau, 219. 

Stirpes cryplogamæ vogeso-rhenanæ, fasc. 
XV,41. 

Stolons de l' Epilobium palustre, 623. 

Streptocarpus Rezii (FI. monstr. de), 708. 

Succisa pinnatifida Lge, sp. nov., 556. 

Suisse (Excursion botanique en), 127, 210, 
302, 332. — (Mousses récoltées en), 
345. 

Sulfure de carbone. Son emploi pour l'em- 
poisonnement des herbiers, 679. 

Susum Bl,, 269 (en note). 

Synanthie ou Syncarpie de quelques Mous- 
ses, 73, 297, 351. — d'une Jacinthe, 
158. : 

Synonymie (Quelques rectifications de), 270. 
— d'un Equisetum (Telmateia Ehrh. — 
mazimum Lam.), 637. 

Syringodendron magnificum foss., 405. 


T 


Tamarix gallica L. (Sécrétion salée du) au 
bord de Ja mer, 514. 

Tanæcium brasiliense et prælongum Ms, sp. 
nov., 646. 

Tancarville (Primula variabilis trouvé dans 
la forét de), 197. 

Taxodiles Strozziæ foss., 562. 

Tenore (M.).Sa mort et note sur ses tra- 
vaux, 407. 

Tératologie, voy. Monstruosités. 

Ternstræmiacées (Division des), 57, 

Tétramères (Fleurs) d'/ris Xiphium, 451. 
— de Tigridia pavonia, 146. 

Thalictrum tuberosum L. trouvé dans la 
mont. d'Alaric, 330. 

Théorie (Nouvel aperçu sur la) de l'inflo- 
rescence, 11, 36. 

Thymus citriodorus Schreb., loc. div., 361. 

Tigridia pavonia Pers. à fleurs tétraméres, 
116. 

Tiliacées (Classif. des), 496. 

Torula cerevisiæ Turp., 392. 

Tovomita Aubl., 73. 

Trachycarpus H. W., 429. 

Tragus racemosus All. du Lot, 635. 

Transformation d'étamines en feuilles car- 
pellaires ou carpelles, 348-350, 453-456. 

Trappe (Herborisation à Notre-Dame de la), 
534. 

Trentemoult pr. Nantes, voy. Herborisa- 
tions. 

TRiAxA (J.), voy. Planchon. 

Trientalis europea L. découv. dans la 
Haute-Savoie, 513. 

Trifolium repens L. monstr, 695. — saza- 
tile AN., 274. 

Trisetum agrostideum Fr. esp. nouv. pour - 
la fl. francaise, 448-449, 

Tuber. Récolte des Truffes dans le dép. de 
la Haute-Marne, 232. — en Provence, 
235, 

Tubercules de l'Equisetum arvense, 203. 
— digités, 156. 

Tulipa Gesneriana L. à fl. anomales, 287. 

Typha minima Hoppe, trouvé en Savoie, 
462. 


U 


Ulmus campestris Sm. Étude tératologique 
sur ses feuilles, 144. 

Umbraculum Gottsche, g. nov., 254, 

Urtica pilulifera L. loc. div., 363. 


790 
Y 


Van-den-Bosch (R.-B.). Sa mort, 655. 

Végétation du dép. des Alpes-Maritimes, 
231. — de l'Aubrac et du Mont-Dore, 

` voy. ces mots, — (Sur la) d'une partie 
dela Chine, 4. — des env. de Fontaine- 
bleau, 443. — du dép. de la Loire Infé- 
rieure, voy, Herborisations. — du dép. 
du Lot, 203, 229, 291, 300, 331, 445, 
467, 538, 584, 630. — de la Montagne- 
Noire, canton de Mas-Cabardés, 119, 
165. — de Noirmoutier, voy. Herborisa- 
tions. — de la Savoie et de la Suisse, 
461, 127, 210, 302, 333. — de la Ven- 
dée, 91, 124, 160. — maritime de 
l’arrond. de Marennes, 680. 

Végétation souterraine du Circæa alpina, 
545 (en note). 

Vendée (Distrib. géogr. des plantes dans le 
dép. de là), 91, 124, 160. 

Veppamarum Vembou, 95. 

Verbascum  thapsiformi-floccosum Koch, 
675. — Autres hybrides, 264. 

Verceil (Souvenirs d'une herborisation à), 
684. 

ViRLor (B.). Sur quelques arbres remar- 
quables plantés dans le dép. du Loiret, 
354. — Obs., 580. 

Verrucaria sp. div. ,158. — microsporoides 
Nyl. sp. nov., 759. 

Versailles (Elatine Alsinasirum trouvé pr. 
de), 460. 

Viaun-GrAND-Marais (A.). Remède contre la 
 morsure des vipéres, 144. — Sur des 
 monstruosités de l'Anagallis arvensis et 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


‘du Trifolium repens, 695, — Notice 
biographique sur quelques naturalistes 
de Noirmoutier, 702. — Rapport sur les 
hérborisations de la Société dans l'ile de 
Noirmoutier, 736. — Note nécrologique 
sur M. G. Moriceau, 775. 

Vibürnées (Classif, des), 486, 
Vicia augustifolia AM., 274. 
Vieillardia B. G. g. nov,, 315. — austro- 

caledonica B. G., 376. 

Vinca minor L. var. purpurea, trouvé en 

Savoie, 461. 

Viola elatior Fr. trouvé pr. de Provins, 369. 
— Nummularia All., 276. 

Violacées (Nouv. genre de) de la Nouvelle- 
Calédonie : Agation, 11. 

Vipére. Remédes contre ses morsures, 144. 

Visite de la Société à div. établiss. scienti- 
fiques de Nantes, 760. 

Voyages botaniques de H. de la Perraudière, 
591. 

Vriese(De). Sa mort et note biograph., 655. 


W 


WALKER (A.) membre à vie, 505. 

WxppELL (H.-A.). De l'emploi du sulfure 
de carbone pour l'empoisonnement des 
collections botaniques, 679. — Rapport 
sur le Jardin-des-plantes de Nantes, 760. 

Wenderoth (G.-G.-F.), Sa mort et note né- 
crologique, 328. 


X. 


Xanthochymus Roxb., 99. 


TABLE 


PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS 
DES PUBLICATIONS 


ANALYSÉES DANS LA REVUE BIBLIOGRAPHIQUE, 


(TOME HUITIÈME.) 


N, B, — Celle table ne contient que les litres des ouvrages analysés et les noms de leurs auteurs. 
Tous les noms de plantes dont les descriptions ou les diagnoses se trouvent reproduites dans la Revue 
bibliographique, aiusi que les articles nécrologiques, etc, doivent être cherchés dans la table générale 


qui précède celle-ci. 


e ————— 


AnpEnssON, Enumeratio plantarum in insu- 


lis Galapagensibus hucusque observata- 
rum, 557. 

ANONYME. Marine Botany, 256. — British 
Ferns and Mosses, 256. — (H. C.). Liste 
des pl. recueillies en 1860 aux env, de 

Douvres, Walmer, Folkstone et Sundgate, 

53. . 

Anzi (M.). Catalogus Lichenum in provincia 
Sondriensi et circa, Novum-Comum col- 
lectorum, 253, 

AnnoNpEAU. Sur les Conferves des env. de 
Toulouse, 404, | 


Baittos. (H.). Sur la struct. et le développ. 
de la fleur des Philésiacées, 45. — Sur 
l'androcée des 4sarum et sur des appen- 
dices qui tiennent la place des pétales 
dans l'As. europeum, 46. — Sur la par- 
thénogénése dans le régne végétal, 101. 
— Sur le développ. des fleurs à couronne, 
101. — Organogénie florale des Xan- 
thium, 102. — Sur l'organisat. et le dé- 
velopp. des Ericoïdées, 187. — Sur le 
développ. du fruit des Morées, 315. — 
Sur la symétrie et l'organog. florale des 
Marantées, 383. — Sur l'organisation, 
le développ. et l'anatomie des Capifolia- 
cées, 481. 

Bentnam (G.). Sur la famille des Ternstræ- 
miacées, 56. — Sur les Anonacées, 59. 
— Flora hongkongensis, 106. — Sur les 

. Ménispermacées, 397, — Sur les Tilia- 
cées, 496. — Sur les Bixacées et les Sa- 
mydacées, 647. — Voyez Flora brasi- 
liensis, 


BeNrLEY (R ). Manuel de botanique, 388. 
= Sur la sophistication de l'Ellébore- 
noir par l'Actea spicata; 504, 

BEnrHELOT. Sur la manne du Sinaï et la 
manne de Syrie, 565. i 

BocouiLLON (H.-T.). Sur le genre Oftia 
Adaus., 398. 

Borssign (E.) et Boase, Énumérat. des pl. 
récoltées pendant un voyage au delà du 
Caucase et en Perse, 188. 

Borte (C.). Les Scrofulaires des îles Cana- 
ries, 491. 

Braun (Al.) Sur la polyembryonie et la 
germinat, du Cælebogyne, suppl. au mé-. 
moire sur la parthénogénése des plantes, 
471. — De l'influence qu'exercent les 
gelées tardives sur les feuilles de l'ZEscu- 
lus Hippocastanum, 644. > 

Brongniart (Ad.). Sur une collection de pl. 
fossiles recueill. en Gréce par M, Gau- 
dry, 113. 

BockLeY (S.-B.). Sur quelques Frénes 
d'Amérique, 772. 

Busse (F.), voy. Boissier. 

Burçue, voy. Lambert. 


Cap (P.-A.). Philibert Commerson natura- 
liste-voyageur, 62. 
CanueL (Th.). Prodrome de la flore toscane, 

fasc. 1, 49. , 
Casrary (R.). Sur le Bulliarda aquatica 
DC., 342. — Quelques pélories, 394. 
Cauvet (D.). Sur le rôle des racines dans 
l'absorption et l'excrétion, 476. — No- 
tice organograph. sur quelques pl. de la 
famille des Cactées, 641. E 


792 


Caarix (Ad.). Essai sur la mesure du de- 
gré d'élévation ou de perfectionnement 
organique des esp. végétales, 387. 

Cros (D.). Cladodes et axes ailés, 181. 

Coewmass (E.). Sur le genre Pilobolus de 
Tode, 554. 

CorwEiRo (M.). Obs. faites sur les mouve- 
ments des feuilles et des fleurs de quel- 
ques pl. à l'occasion d'une éclipse de so- 
leil, 182. 

CoxwaAiLLE et LausEnT. Sur le fruit du Pin 
à pignons et sur la présence du cuivre 
dans plusieurs végétaux, notamment 
dans ceux de la fam. des Coniféres, 644. 

CowrExEAN, Un fait de géograph. bot. à 
l'appui de l'influence physique du sol 
sur la distrib. des plantes, 404, 

CooeER (J.-G.) et A. Gray. Relations des 
explorations et voyages entrepris pour 
étudier le trajet d'une voie ferrée allant 
du Mississipi à l'océan Pacifique (Re- 
lation botanique), 251. 

ConENwiNDEn (B.). Sur la migration du phos- 
phore dans les végétaux, 315. 

Crocker (C.-W.). Sur la germination de 
quelques Cyrtandrées, 46. 


DesEAUX (0.). Catalogue des pl. obs. dans 
le territoire de Boghar, 321. 

De CanDoLce (Alph.), voy. Flora brasilien- 
sis. 

Dwpet . Sur le développ. et l’organisat, des 

. ponctuations à interstices lenticulaires, 

+ 246. a 

Doxx (le pasteur). Sur la tribu des Hysté- 
rinées, de la fam. des Hypoxylées, 59. 


Eaton (D.-C.). Filices Wrightianæ et Fen- 
dleriañæ, enumerat novæque descripta, 
190. 

Ernnesmausex (C. d"). Physiographie des pl. 
médicinales, 654. 


Favre (E.). Sur la floraison et le développ. 
de la hampe de l' Agave densiflora, 481. 

Feszt (Éd.), voy. Flora brasiliensis. 

Flora brasiliensis, sive enumeratio planta- 
rum in Brasilia hactenus detectarum 
quas edidit C.-F.-Ph. de Martius, accu- 
rante Fenzl: fasc. XXI-XXV HII. Malpighia- 
cées, Labiées, Fougéres, Papilionacées, 
Santalacées, Myristicacées, Apocynacées, 
Antidesmées, Bégoniacées, Célastrinées, 

- Hicinées et Rhamnées, par MM, Grise- 
bach, Schmidt, Sturm, Bentbam, Alph. 


De Candolle, J. Mueller, Tulasne et 
Reissek, 189. . 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 


Fries (Th.-M.). Lichenes arctoi Europæ 
Gronlandieque hactenus cogniti, 325. 
— Genera Heterolichenum europæa re- 
cognita, 400. 

FuckEL (L.). Notes mycologiques, 402. 


GanREAU (L.). Sur la distrib. des matières 
minérales fixes dans les div. organes des 
plantes, 46. 

Gaspannint, voy. Polonio. 

Gaupix (Ch.-Th.), voy. Strozzi. 

GaupRY (A.), voy. Brongniart. 

Gœpvrert (H.-R.).Sur la présence de pl. du 
lias dans le Caucase et la chaîne de l'Al- 
borus, 500. 

GorrscE (C. -M.). Notes sur les Hépatiques, 
253. 

Gray (A.). Contributions botaniques : Notes 
sur une partie des collect, de pl. sèches 
faites par M. Seemann dans les îles Fidji, 
770; Caractères des esp. obscures ou 
nouv. appartenant aux fam. monopétales 
et comprises dans la collection recueillie 
pendant l'exploration de l'océan Pacifi- 
que par M, Wilkes, etc , 771. — Voyez 
Cooper. 

Gray (J.-E.). Classif. des fam. et des 
genres des Algues chlorospermées, 653. 

Gris (A.). Du développ. de la fécule et de sa 

& résorption dans l'albumen des graines en 
germination, 170. — Sur le développ. de 
la graine du Ricin, 382. 

GnisesACR (A.). Plante Wrightianæ e Cuba 
orientali (Polypetalæ et Apetalæ), 105. 
— Voyez Flora brasiliensis. 

GUILLARD (A.). La famille des Urticées, 313. 


Horrmann (H.). Icones analyticæ Fungo- 
rum, fasc. 1, 401. 

Hormeisten (W.). De l'influence de la pe- 
santeur sur la direction de certaines par- 
ties des végétaux, 384. — Nouveaux do- 
cuments sur l'embryogénie des Phane- 
rogames: 17, Monocotylédones, 478. 

Hooker (J.-D.). Sur les pl. récoltées au 
Grenland et dans l'Amérique boréale 
par M. Walker, 53. — et Tnomson. Præ- 
cursores ad floram indicam: Cruciferæ, 
324. 


Joux (N.) et Mussert. Sur l’origine, la forma- 
tion et la fructificat. de la levüre de biére 
(Torula Cerevisie Turp.), 392. 

JonpaN (A.). Note sur le Bromus maximus 
et sur d'autres esp. voisines, 102. 


TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS. 


Kasscu. Recherches anatom. et physiolog. 
sur l'irritabilité des organes sexuels, 169. 

KansrEN (H.). La vie sexuelle des plantes et 
la parthénogénése, 248. 

KincHorF (A.). De Labiatarum organis ve- 
gelativis commentarium anatomico-mor- 
phologicum, 311. 

KoœnBer (G.-W.). Parerga lichenologica, 
fasc. nr, 497. 

KREMPELHUBER (A. de). Flore des Lichens de 
la Bavière, 651. 


Lacaze, voy. Timbal-Lagrave. 

LausERT (Ed.) et BurGuE. Sur les Algues du 
dép. de l'Aisne, 110. 

LAMBERT, voy. Commaille. 

Lance (J.). Pugillus plantarum imprimis 
hispanicarum , pars n, 555. — Voyez 
Willkomm. 

Le Joris (A. ). De l'influence des terrains sur 
la dispersion des plantes, 254. 

LesPinasse (G.). Les zoospores et les anthé- 
rozoides des Algues, 555. 

LivisGsToN (J. -S.) . Expériences sur les effets 
des gaz narcotiques et caustiques sur les 
plantes, 314. 

Lowe (R.-T.). Catalogue des pl. recueillies 
en 1859 à Mogador, etc., 54. 


MapiNiER (P.). Le Mudar et ses applic. in- 
dustrielles, 502. 

MancuaND (L.). Du Croton Tiglium. Re- 
cherches botaniq. et thérapeutiques, 61. 

ManriUs (C.-F.-Ph. de), voy. Flora brasi- 
liensis. 

Masters (M.-T.). Sur un mode extraord. de 
germination obs, sur le Mango, 554. 
'"Minnirig.D. Manière de conserver fraîches 

les fleurs récemment cueillies, 61. 

Murs (J.). Sur les Calycérées, 57. — Sur 
les Bignoniacées, 108, 645. — De l'his- 
toire de la plante Maté et des div. esp. 
d'/ler empi. dans la préparation de 
l'Yerba de Maté ou thé du Paraguay, 564. 

MiQUEL (F.-A.-G.). Flora Indie balavæ, 55. 
— Revue des Palmiers de l'ile de Suma- 
tra, 491. — Sur la flore du sud de la 
Chine, 772. 

Murren (W.). Hepaticæ Indim orientalis, 
111. 

Moquin-Taxpon (A.). Éléments de botanique 
médicale, 326. 

MoELLE& (Ch.) de Halle, L'État végétal ; 
esquisse d'une histoire du développ. du 
règne végétal, 182. 

^ MoutLuen (J.), voy. Flora brasiliensis. 

Musser (Ch.), voy. Joly. 


| 


793 


NyLANDER (W.). Lichenes Scandinavia, sive 
prodromus lichenographiæ Scandinaviæ, 
325. — Diatomaceis Fenniæ fossilibus 
additamentum, 399. 


OEssTED (B.-S.) 
num, 482. 
Ocivie (G.). Sur les faisceaux dits ligneux 
et vasculaires des Fougères, 43, — Des 
phases de la reproduction chez les êtres 
organisés, 316. 

Ouiver (D.). Sur les Aurantiacées, 559. 


. Examen du genre Vibur- 


Paxcert (P.). De la coloration d'un œuf de 
poule et des Cryptogames qui se déve- 
loppent dans les œufs, 393. 

PARLATORE (Ph.). Sur la composition du cóne 
des Coniféres, 316. 

Passy (A ). Notice biographique sur Aug. 
Le Prevost, 191. 

Payen. Sur l'amidon des fruits verts, 553. 
PrnnaorTET. Sur l'introduct. du Vanillier à 
l'île de la Réunion, 323. 

Pirra (A.). Sur la manière dont quelqu 
Phanérogames parasites se fixent à leurs 
plantes nourricières, 178. . 

PoLonio (A.-F.). Obs. de botanique descrip- 
tive extraites de l'herbier de Gasparrini 
conservé au jardin: botanique de Pavie, 
493. 

Princsueim (N.). Sur les zoospores perma- 
nentes de l’Hydrodictyon et sur quelques 
organismes analogues, 176. 


Ravis (E.). Catalogue méthod. et raisonné 
des pl. qui croissent dans le dép. de 
l'Yonne, 395. ; 

ReceL (E.). Monographie des Bétulacées, 
490. 

REcNAULT (G.). Sur les affinités de struc 
ture des tiges des pl. du groupe des Cy- 
clospermées, 379. 

ReicHENBACH (L. et H.-G.). /cones flore ger- 
manicæ et helveticæ : t. XIX, 51, 103; 
t. XX, dec, 1-vin, 558. 

Reissex (S.), voy. Flora brasiliensis. 

Remy (E.-A.), Essai d'une nouv. classificat. 
de la fam. des Graminées, 47° part : les 
genres, 494.  . 

RocHEBRUNE (A.-T. de) et Savater, Cata- 
logue raisonné des Phanérogames du: 
dép. de la Charente, 48. 

Ropert (J.-A.). Note sur l'anatomie et la 
physiologie d'un cóne de Pin, 553. 

Rousset (E.). Des Champignons comestibles 
et vénéneux des eny. de Paris, 112. 


-= Caetées et les Orchidée 


794 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. : 


SAvATIER (Al.), voy. Rochebrune., : 

Savi (P.). Note pour servir à l'étude mor- 

. phologique et micrographique des Cyca- 
dées, 44. 

SCLECHTENDAL (D.-F.-L. de). Obs, sur le 
Pontederia azurea et sur quelques pl. 
.Yoisines, 642. 

Scmuipr (J.-A.), voy. Flora brasiliensis. 

SGauLTz-SCRULTZENSTEIN. Sur la métamor- 
phose rétrograde et sur les arrêts de dé- 
yelopp. dans la formation des fleurs, 247. 

SEEMANN, voy. A. Gray. 


Spruce: (R.). Mousses de l'Amazone et des: 


Andes, 111. 
STENHOUSE (J.). De quelques variétés de tan- 


satin (A.-W.). Synopsis de botanique 


fossile, 1** sect, : Dicotylédones gamopé- 
tales angiospermes, 653. 

Srnenc (W.-M.). Nomenclator Fungorum, 
561. 

Strozzi (le marquis C.) et Gaumw. Contri- 
butions à la flore fossile italienne : Val 
d'Arno, 561. 

Sturm (J.-G.), voy. Flora brasiliensis. 


Tissi (A ). Étude d'une singularité de | 


struct. offerte par la fleur de l’Aquilegia 
vulgaris, 394. 

Tuomson (T.), voy. Hooker, 

TisaL-LaGnAvE (Éd.). Étude sur quelques 
Cistes de Narbonne, 186. — Rapport sur 
un Orchis (hircino-Simia) adressé par 
M. Lacaze à l'Académ. de Toulouse, 396. 

TrécuL (A.). Des mucilages chez les Mal- 
vacées, le Tilleul, les Sterculiacées, les 


= — De l'épaississement des membranes 
cellulaires, 769. 


s indigènes, 769, | 


TuLasne (L.-R. et- Ch.). Selecia Fungorum 
carpologia, t. l, 391. — or a Sere 
brasiliensis.. ; 


Uncer (F.). La Nouvelle-Hollande en Eu- 
rope, 498. 


Vas-pEN-Doscu (R.-B.). Hymenophyllaceæ 
javanicæ, 649. 


Warrer, voy. Hooker. 

WEpbELL (H.-A.). Sur le Cynomorium coc- 
cineum, parasite de l'ordre des Balano- 
phorées, 381. 

Wezwirscu (Fr.). Sur la végét, du royaume 
de Benguela, ete., dans l'Afrique occi- 
dentale, 323. - 

WESMAEL (A.). Tératologie végétale, Anom, 
du Draba verna, 393. 

WILKES, voy. À. Gray. 

WitLkoww (M.) et Lance. Prodromus florc 
hisparicæ, t.1, pars I, 648. 

Woop (H. -C.). Tribut à la flore houillére 
des États-Unis, 405. — Catalogue des 
pl. du terrain carbonifére que renferme 
le Musée de l'Acad. des sciences de Phi- 
ladelphie, 501. 

Woop (J.-B.). Remarques sur l'Orthotri- 
chum anomalum, 56. 


ZETTERSTEDT. (J.-E.). Revisio Graminearum 
Scandinaviæ, 398. 


Avis au relieur. — La planche 1 de ce volume doit étre placée en posit de la 
page 35 ; la planche II en regard de la page 353. 


TOTUM 


Ax, 


Paris, — Imprimerie de E. 


MARTINET, rue Mignon, 2.